{"id":684,"date":"2026-03-26T11:25:39","date_gmt":"2026-03-26T10:25:39","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/aristoloche-pistoloche\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"aristoloche-pistoloche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/aristoloche-pistoloche\/","title":{"rendered":"ARISTOLOCHE PISTOLOCHE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/aristoloche-pistoloche.png\" alt=\"Planche botanique Aristoloche pistoloche\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>Nom scientifique :<\/strong> <em>Aristolochia pistolochia<\/em> L.<br \/>\n<strong>Famille :<\/strong> Aristolochiaceae<br \/>\n<strong>Genre :<\/strong> <em>Aristolochia<\/em><br \/>\n<strong>Synonymes :<\/strong> <em>Aristolochia pistolochia<\/em> var. <em>typica<\/em><br \/>\n<strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Aristoloche pistoloche, Pistoloche, Petite aristoloche, Birthwort (en), Knollige Osterluzei (de), Aristoloquia pistoloquia (es)<\/p>\n<p>Le nom <em>Aristolochia<\/em> d\u00e9rive du grec <em>aristos<\/em> (le meilleur) et <em>locheia<\/em> (accouchement), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;usage obst\u00e9trical traditionnel de ces plantes, r\u00e9put\u00e9es faciliter l&rsquo;accouchement et l&rsquo;expulsion du placenta. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>pistolochia<\/em> est une forme latinis\u00e9e du nom vernaculaire m\u00e9ridional de cette plante, probablement d\u00e9riv\u00e9 du latin <em>pistillum<\/em> (pilon, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la forme du fruit ou de la racine tub\u00e9reuse). Le genre <em>Aristolochia<\/em> comprend environ 500 esp\u00e8ces r\u00e9parties dans les r\u00e9gions tropicales et temp\u00e9r\u00e9es chaudes du monde. L&rsquo;Aristoloche pistoloche est une esp\u00e8ce m\u00e9diterran\u00e9enne de petite taille, beaucoup plus discr\u00e8te que sa parente <em>Aristolochia clematitis<\/em> (aristoloche cl\u00e9matite) mais partageant les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s toxiques redoutables.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire r\u00e9cente des aristoloches est marqu\u00e9e par le scandale sanitaire des n\u00e9phropathies aux acides aristolochiques, d\u00e9couvert en Belgique dans les ann\u00e9es 1990, qui a conduit \u00e0 l&rsquo;interdiction mondiale de toutes les esp\u00e8ces d&rsquo;<em>Aristolochia<\/em> en usage m\u00e9dicinal. Ce scandale a profond\u00e9ment modifi\u00e9 notre regard sur ces plantes, autrefois piliers de la pharmacop\u00e9e traditionnelle.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante herbac\u00e9e vivace, de petite taille, 10 \u00e0 30 cm de hauteur, \u00e0 souche tub\u00e9reuse globuleuse ou irr\u00e9guli\u00e8re, brune, de la taille d&rsquo;une noix. Les tiges sont gr\u00eales, flexueuses, dress\u00e9es ou ascendantes, simples ou peu ramifi\u00e9es, pubescentes, l\u00e9g\u00e8rement anguleuses.<\/p>\n<p>Les feuilles sont alternes, petites (2 \u00e0 4 cm de long et de large), ovales-triangulaires \u00e0 hast\u00e9es (en forme de fer de lance), obtuses au sommet, cord\u00e9es \u00e0 la base, enti\u00e8res, p\u00e9tiol\u00e9es, d&rsquo;un vert mat, pubescentes sur les deux faces. Elles sont nettement plus petites que celles de l&rsquo;aristoloche cl\u00e9matite.<\/p>\n<p>Les fleurs sont solitaires \u00e0 l&rsquo;aisselle des feuilles, petites mais de forme remarquable. Le p\u00e9rianthe, en une seule pi\u00e8ce, forme un tube courb\u00e9 en S ou en pipe, de 2 \u00e0 4 cm de long, jaune verd\u00e2tre \u00e0 brun-pourpre, termin\u00e9 par un limbe unilat\u00e9ral en forme de languette brun-pourpre fonc\u00e9. Ce tube constitue un pi\u00e8ge \u00e0 insectes : les pollinisateurs (petites mouches, moucherons) sont attir\u00e9s par l&rsquo;odeur et p\u00e9n\u00e8trent dans le tube, o\u00f9 des poils r\u00e9trorses les emp\u00eachent de ressortir tant que la pollinisation n&rsquo;est pas accomplie. Apr\u00e8s la f\u00e9condation, les poils se fanent et les insectes, couverts de pollen, peuvent s&rsquo;\u00e9chapper et polliniser une autre fleur. Ce m\u00e9canisme de pi\u00e8ge floral est l&rsquo;un des plus \u00e9labor\u00e9s du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal.<\/p>\n<p>Le fruit est une capsule piriforme (en forme de poire), pendante, de 10 \u00e0 15 mm, s&rsquo;ouvrant \u00e0 maturit\u00e9 en 6 valves, contenant de nombreuses graines aplaties, triangulaires, brunes. La floraison intervient d&rsquo;avril \u00e0 juin.<\/p>\n<hr>\n<h3>Habitat et \u00e9cologie<\/h3>\n<p>L&rsquo;Aristoloche pistoloche est une esp\u00e8ce m\u00e9diterran\u00e9enne, h\u00e9liophile \u00e0 h\u00e9mi-sciaphile, thermophile, caract\u00e9ristique des garrigues, des matorrals, des pelouses rocailleuses, des \u00e9boulis calcaires, des talus secs, des lisi\u00e8res de ch\u00eanaies vertes et des friches thermophiles. Elle affectionne les sols calcaires, secs, caillouteux, bien drain\u00e9s, pauvres et superficiels.<\/p>\n<p>Du point de vue phytosociologique, elle se rencontre dans les communaut\u00e9s de l&rsquo;ordre des <em>Rosmarinetalia officinalis<\/em> (garrigues calcicoles) et du <em>Brachypodietalia phoenicoidis<\/em> (pelouses m\u00e9diterran\u00e9ennes). Elle s&rsquo;associe \u00e0 <em>Rosmarinus officinalis<\/em>, <em>Thymus vulgaris<\/em>, <em>Lavandula latifolia<\/em>, <em>Aphyllanthes monspeliensis<\/em>, <em>Brachypodium retusum<\/em> et <em>Quercus coccifera<\/em>.<\/p>\n<p>La pollinisation par pi\u00e8ge (pollinisation par tromperie) fait de l&rsquo;aristoloche un cas d&rsquo;\u00e9cole en biologie de la pollinisation. Les insectes pollinisateurs sont principalement des dipt\u00e8res de petite taille (psychodides, chironomides), attir\u00e9s par l&rsquo;odeur f\u00e9tide \u00e9mise par la fleur, qui mime celle de mati\u00e8res organiques en d\u00e9composition. La plante se d\u00e9veloppe de 0 \u00e0 800 m d&rsquo;altitude, exclusivement en climat m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;Aristoloche pistoloche est une esp\u00e8ce m\u00e9diterran\u00e9enne occidentale, distribu\u00e9e dans le sud de la France, l&rsquo;Espagne orientale, le Portugal m\u00e9ridional, l&rsquo;Italie (Ligurie, Sardaigne), la Corse et l&rsquo;Afrique du Nord (Maroc, Alg\u00e9rie). Son aire est relativement restreinte au sein du bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental.<\/p>\n<p>En France, elle est pr\u00e9sente dans le Midi m\u00e9diterran\u00e9en : Languedoc, Provence, Dr\u00f4me m\u00e9ridionale, Ard\u00e8che m\u00e9ridionale, Corse. Elle est rare et localis\u00e9e dans ces r\u00e9gions, cantonn\u00e9e aux garrigues calcaires bien expos\u00e9es. Elle est absente du reste du territoire fran\u00e7ais.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Aristoloche pistoloche contient les m\u00eames classes de compos\u00e9s toxiques que les autres esp\u00e8ces du genre :<\/p>\n<p><strong>Acides aristolochiques (AA) :<\/strong> Ce sont les compos\u00e9s les plus importants du point de vue toxicologique. L&rsquo;<strong>acide aristolochique I<\/strong> (AA-I, 8-m\u00e9thoxy-6-nitroph\u00e9nanthr\u00e8ne-1-carboxylique acide) et l&rsquo;<strong>acide aristolochique II<\/strong> (AA-II, 6-nitroph\u00e9nanthr\u00e8ne-1-carboxylique acide) sont les principaux repr\u00e9sentants. Ces compos\u00e9s nitroph\u00e9nanthr\u00e9niques sont g\u00e9notoxiques, n\u00e9phrotoxiques et canc\u00e9rig\u00e8nes av\u00e9r\u00e9s. La concentration en acides aristolochiques dans les racines de <em>A. pistolochia<\/em> est variable mais significative (0,1 \u00e0 0,5 % du poids sec).<\/p>\n<p><strong>Aristolactames :<\/strong> D\u00e9riv\u00e9s des acides aristolochiques, dont l&rsquo;<strong>aristolactame I<\/strong> et l&rsquo;<strong>aristolactame II<\/strong>, \u00e9galement toxiques.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">Alcalo\u00efdes<\/a> :<\/strong> Des alcalo\u00efdes isoquinol\u00e9iques du type <strong>aporphine<\/strong> (magnoflorine, aristolochiine) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/terpenes\/\">Terp\u00e8nes<\/a> :<\/strong> Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a><\/strong> de type cl\u00e9rodane et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a><\/strong> sont pr\u00e9sents dans les racines, contribuant \u00e0 l&rsquo;amertume de la plante.<\/p>\n<p><strong>Autres compos\u00e9s :<\/strong> Des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong>, des <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, des <strong>tanins<\/strong> et une <strong>huile essentielle<\/strong> \u00e0 odeur d\u00e9sagr\u00e9able compl\u00e8tent le profil chimique.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques des aristoloches sont indissociables de leur toxicit\u00e9 extr\u00eame. Aucune propri\u00e9t\u00e9 th\u00e9rapeutique ne peut justifier l&rsquo;usage de ces plantes.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 n\u00e9phrotoxique :<\/strong> Les acides aristolochiques provoquent une n\u00e9phropathie tubulo-interstitielle progressive, irr\u00e9versible, aboutissant \u00e0 l&rsquo;insuffisance r\u00e9nale terminale n\u00e9cessitant la dialyse ou la transplantation. Cette n\u00e9phropathie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte en 1992 en Belgique (n\u00e9phropathie aux herbes chinoises) chez des femmes ayant consomm\u00e9 des g\u00e9lules amincissantes contenant accidentellement <em>Aristolochia fangchi<\/em> au lieu de <em>Stephania tetrandra<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 canc\u00e9rig\u00e8ne :<\/strong> Les acides aristolochiques sont class\u00e9s canc\u00e9rig\u00e8nes du Groupe 1 par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer). Ils forment des adduits covalents avec l&rsquo;ADN (adduits aristolactame-ad\u00e9nine), provoquant des mutations caract\u00e9ristiques (transversions A:T vers T:A) et des cancers des voies urinaires (carcinomes uroth\u00e9liaux du bassinet r\u00e9nal, de l&rsquo;uret\u00e8re et de la vessie). Le spectre mutationnel des acides aristolochiques a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 r\u00e9trospectivement dans de nombreux cas de cancers urologiques en Europe du Sud-Est (Balkans) et en Asie orientale, li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exposition chronique aux aristoloches par l&rsquo;alimentation ou la phytoth\u00e9rapie traditionnelle.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire et antimicrobienne :<\/strong> Des \u00e9tudes in vitro ont d\u00e9montr\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires (inhibition de la phospholipase A2) et antimicrobiennes des extraits d&rsquo;aristoloche, mais ces propri\u00e9t\u00e9s sont cliniquement inexploitables en raison de la toxicit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p><strong>Aucune indication th\u00e9rapeutique ne peut \u00eatre retenue pour <em>Aristolochia pistolochia<\/em> ni pour aucune autre esp\u00e8ce d&rsquo;Aristolochia. L&rsquo;usage th\u00e9rapeutique de toutes les esp\u00e8ces du genre est interdit dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne et dans la plupart des pays du monde.<\/strong><\/p>\n<p>Les indications historiques (emm\u00e9nagogue, ocytocique, vermifuge, f\u00e9brifuge, cicatrisant, contrepoison) sont toutes abandonn\u00e9es et ne doivent en aucun cas \u00eatre reproduites. L&rsquo;hom\u00e9opathie utilise <em>Aristolochia clematitis<\/em> en dilutions tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es, mais cet usage est controvers\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Acides aristolochiques (AA)<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide aristolochique i<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide aristolochique ii<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Aristolactames<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Aristolactame i<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Aucune posologie ne peut \u00eatre recommand\u00e9e. L&rsquo;usage de l&rsquo;Aristoloche pistoloche est formellement interdit, quelle que soit la dose, la forme ou la voie d&rsquo;administration.<\/strong><\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p><strong>L&rsquo;Aristoloche pistoloche est une plante extr\u00eamement dangereuse. Toute utilisation est formellement contre-indiqu\u00e9e.<\/strong> Il n&rsquo;existe aucune dose s\u00fbre d&rsquo;acides aristolochiques. La toxicit\u00e9 est cumulative : m\u00eame de tr\u00e8s petites doses r\u00e9p\u00e9t\u00e9es sur de longues p\u00e9riodes peuvent provoquer une n\u00e9phropathie et un cancer. La manipulation de la plante (r\u00e9colte, pr\u00e9paration) expose \u00e0 un risque d&rsquo;absorption cutan\u00e9e et d&rsquo;inhalation de poussi\u00e8res toxiques.<\/p>\n<p>Contre-indications absolues et sans exception : toute personne, en toute circonstance, quel que soit l&rsquo;\u00e2ge, le sexe ou l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Sans objet puisque l&rsquo;usage est interdit. Les acides aristolochiques sont m\u00e9tabolis\u00e9s par les nitror\u00e9ductases h\u00e9patiques et r\u00e9nales, g\u00e9n\u00e9rant des m\u00e9tabolites r\u00e9actifs (aristolactames) qui forment des adduits \u00e0 l&rsquo;ADN. Toute substance ou condition modifiant l&rsquo;activit\u00e9 de ces enzymes pourrait th\u00e9oriquement moduler la toxicit\u00e9, mais cette consid\u00e9ration est purement acad\u00e9mique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicologie<\/h3>\n<p><strong>N\u00e9phropathie aux acides aristolochiques (AAN) :<\/strong> L&rsquo;exposition chronique aux acides aristolochiques provoque une n\u00e9phropathie tubulo-interstitielle progressive caract\u00e9ris\u00e9e par une fibrose interstitielle massive, une atrophie tubulaire et une rar\u00e9faction des tubules r\u00e9naux, aboutissant \u00e0 l&rsquo;insuffisance r\u00e9nale terminale en quelques mois \u00e0 quelques ann\u00e9es. La fonction r\u00e9nale se d\u00e9t\u00e9riore de mani\u00e8re irr\u00e9versible, m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat de l&rsquo;exposition.<\/p>\n<p><strong>Cancer des voies urinaires :<\/strong> Plus de 40 % des patients atteints de n\u00e9phropathie aristolochique d\u00e9veloppent un carcinome uroth\u00e9lial (cancer du bassinet r\u00e9nal, de l&rsquo;uret\u00e8re ou de la vessie), souvent bilat\u00e9ral et multifocal. Les adduits aristolactame-ADN persistent ind\u00e9finiment dans les tissus et constituent des biomarqueurs d&rsquo;exposition.<\/p>\n<p><strong>N\u00e9phropathie end\u00e9mique des Balkans (NEB) :<\/strong> Cette maladie r\u00e9nale chronique, d\u00e9crite depuis les ann\u00e9es 1950 dans les villages ruraux de Serbie, Bulgarie, Roumanie, Bosnie et Croatie, a longtemps \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9tiologie inconnue. Des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques et mol\u00e9culaires r\u00e9centes ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;elle est caus\u00e9e par l&rsquo;exposition chronique aux acides aristolochiques pr\u00e9sents dans les graines d&rsquo;<em>Aristolochia clematitis<\/em> contaminant les r\u00e9coltes de bl\u00e9 dans ces r\u00e9gions.<\/p>\n<p><strong>DL50 :<\/strong> La DL50 de l&rsquo;acide aristolochique I est d&rsquo;environ 100 mg\/kg chez la souris (voie orale). Mais la toxicit\u00e9 chronique est bien plus pr\u00e9occupante que la toxicit\u00e9 aigu\u00eb : des doses infimes mais r\u00e9p\u00e9t\u00e9es sont suffisantes pour provoquer des l\u00e9sions r\u00e9nales irr\u00e9versibles et un cancer.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Aristoloche pistoloche partage avec les autres esp\u00e8ces du genre une longue histoire m\u00e9dicinale, remontant \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine. Dioscoride et Pline l&rsquo;Ancien recommandaient les aristoloches comme emm\u00e9nagogues (stimulant les r\u00e8gles), ocytociques (facilitant l&rsquo;accouchement), alexit\u00e8res (contrepoisons) et vuln\u00e9raires (cicatrisants). Le nom m\u00eame du genre (aristos locheia, le meilleur pour l&rsquo;accouchement) inscrit cet usage dans l&rsquo;\u00e9tymologie.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine populaire m\u00e9diterran\u00e9enne, la racine tub\u00e9reuse de l&rsquo;Aristoloche pistoloche \u00e9tait r\u00e9colt\u00e9e et s\u00e9ch\u00e9e pour \u00eatre utilis\u00e9e en d\u00e9coction ou en poudre comme emm\u00e9nagogue, vermifuge, f\u00e9brifuge, stimulant digestif et contrepoison contre les morsures de serpent. En Provence, elle \u00e9tait appel\u00e9e serpentaire ou herbe \u00e0 la vip\u00e8re et port\u00e9e en amulette contre les morsures de serpent. En Espagne, la racine mac\u00e9r\u00e9e dans le vin \u00e9tait administr\u00e9e comme purgatif et comme rem\u00e8de contre les fi\u00e8vres intermittentes (paludisme).<\/p>\n<p>La th\u00e9orie des signatures voyait dans la forme en S de la fleur une ressemblance avec l&rsquo;ut\u00e9rus, justifiant l&rsquo;usage obst\u00e9trical. Cette analogie morphologique, bien que scientifiquement invalide, a maintenu l&rsquo;usage de la plante pendant des si\u00e8cles.<\/p>\n<p><strong>Tous ces usages sont aujourd&rsquo;hui formellement interdits en raison de la toxicit\u00e9 r\u00e9nale et canc\u00e9rig\u00e8ne av\u00e9r\u00e9e des acides aristolochiques.<\/strong><\/p>\n<hr>\n<h3>Conservation et culture<\/h3>\n<p>L&rsquo;Aristoloche pistoloche n&rsquo;est pas cultiv\u00e9e et ne doit pas l&rsquo;\u00eatre \u00e0 des fins m\u00e9dicinales. Elle est occasionnellement cultiv\u00e9e dans les jardins botaniques \u00e0 des fins \u00e9ducatives et de conservation, avec un \u00e9tiquetage appropri\u00e9 signalant sa toxicit\u00e9. En milieu naturel, l&rsquo;esp\u00e8ce se maintient dans les garrigues calcaires m\u00e9diterran\u00e9ennes. Sa conservation est li\u00e9e au maintien de ces habitats, menac\u00e9s par l&rsquo;urbanisation littorale, les incendies et la d\u00e9prise agro-pastorale conduisant \u00e0 la fermeture du milieu.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire et protection<\/h3>\n<p><em>Aristolochia pistolochia<\/em> ne b\u00e9n\u00e9ficie pas de protection l\u00e9gale au niveau national en France, bien qu&rsquo;elle soit peu commune et localis\u00e9e. Elle figure sur les listes rouges r\u00e9gionales de certaines r\u00e9gions du sud de la France.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9glementation toxicologique :<\/strong> Toutes les esp\u00e8ces du genre <em>Aristolochia<\/em> et les pr\u00e9parations en contenant sont <strong>interdites<\/strong> dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne en tant que m\u00e9dicaments \u00e0 base de plantes et en tant qu&rsquo;ingr\u00e9dients de compl\u00e9ments alimentaires (Directive 2004\/24\/CE, transpos\u00e9e dans les l\u00e9gislations nationales). En France, les aristoloches figurent sur la liste B des plantes m\u00e9dicinales de la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise (plantes dont l&rsquo;usage est interdit ou limit\u00e9 en raison de leur toxicit\u00e9). L&rsquo;acide aristolochique est class\u00e9 <strong>canc\u00e9rig\u00e8ne du Groupe 1<\/strong> par le CIRC (2002, confirm\u00e9 en 2012). L&rsquo;interdiction est mondiale : FDA (\u00c9tats-Unis), Health Canada, TGA (Australie) et les autorit\u00e9s sanitaires de la plupart des pays ont banni les aristoloches de l&rsquo;usage m\u00e9dicinal.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>ARISTOLOCHE PISTOLOCHE pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Aristolochia%20pistolochia\">Plants of the World Online, Kew : <em>Aristolochia pistolochia<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Aristolochia+pistolochia\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Aristolochia pistolochia<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Vuln\u00e9raire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Nom scientifique : Aristolochia pistolochia L. 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