{"id":685,"date":"2026-03-26T11:25:40","date_gmt":"2026-03-26T10:25:40","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/aristoloche-a-feuilles-rondes\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"aristoloche-a-feuilles-rondes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/aristoloche-a-feuilles-rondes\/","title":{"rendered":"ARISTOLOCHE \u00c0 FEUILLES RONDES"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/aristoloche-a-feuilles-rondes.png\" alt=\"Planche botanique Aristoloche \u00e0 feuilles rondes\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Aristoloche \u00e0 feuilles rondes, <em>Aristolochia rotunda<\/em> L., appartient \u00e0 la famille des <strong>Aristolochiaceae<\/strong>, genre <em>Aristolochia<\/em> L. Ce genre pantropical et m\u00e9diterran\u00e9en comprend environ 500 esp\u00e8ces, dont une douzaine en Europe. <em>A. rotunda<\/em> se rattache au sous-genre <em>Aristolochia<\/em>, section <em>Aristolochia<\/em>, caract\u00e9ris\u00e9e par des fleurs tubuleuses \u00e0 l\u00e8vre simple et un p\u00e9rianthe formant un pi\u00e8ge \u00e0 insectes pour assurer la pollinisation. Les noms vernaculaires incluent Aristoloche \u00e0 feuilles rondes, Aristoloche ronde et Pied de b\u0153uf. Sur le plan de la classification APG IV, les Aristolochiaceae appartiennent \u00e0 l&rsquo;ordre des Piperales, au sein des Magnoliidae (Angiospermes basales). Ce positionnement phylog\u00e9n\u00e9tique basal conf\u00e8re \u00e0 la famille un int\u00e9r\u00eat \u00e9volutif majeur. L&rsquo;esp\u00e8ce est distribu\u00e9e en Europe m\u00e9ridionale et m\u00e9diane, du Portugal \u00e0 la Gr\u00e8ce, avec des stations relictuelles en Europe centrale. La synonymie est stable. L&rsquo;esp\u00e8ce est morphologiquement proche d&rsquo;<em>A. pallida<\/em> Willd. et d&rsquo;<em>A. paucinervis<\/em> Pomel, dont la distinction repose sur la forme du tubercule, la nervation foliaire et la morphologie florale.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante vivace herbac\u00e9e, g\u00e9ophyte \u00e0 tubercule globuleux brun fonc\u00e9, de 2 \u00e0 5 cm de diam\u00e8tre, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent une ou plusieurs tiges dress\u00e9es ou ascendantes, simples, hautes de 20 \u00e0 50 cm, flexueuses, glabres ou faiblement pubescentes. Les feuilles sont alternes, sessiles ou bri\u00e8vement p\u00e9tiol\u00e9es, orbiculaires-cordiformes, de 3 \u00e0 8 cm de diam\u00e8tre, \u00e0 bord entier, vert mat dessus, glauques dessous, \u00e0 nervation palm\u00e9e. Les fleurs sont solitaires \u00e0 l&rsquo;aisselle des feuilles, tubuleuses, de 3 \u00e0 5 cm de long, \u00e0 tube courb\u00e9 en forme de pipe, jaune verd\u00e2tre ext\u00e9rieurement, stri\u00e9 de brun pourpre int\u00e9rieurement, s&rsquo;ouvrant par une l\u00e8vre unique oblongue, brun pourpre fonc\u00e9. Le tube floral fonctionne comme un pi\u00e8ge \u00e0 insectes (pi\u00e8ge \u00e0 chute) : les dipt\u00e8res attir\u00e9s par l&rsquo;odeur f\u00e9tide p\u00e9n\u00e8trent dans le tube garni de poils r\u00e9trorses, sont retenus le temps de la pollinisation, puis lib\u00e9r\u00e9s lorsque les poils fl\u00e9trissent. Le fruit est une capsule globuleuse pendante, de 1,5 \u00e0 2,5 cm, \u00e0 6 valves, contenant de nombreuses graines aplaties triangulaires. La floraison a lieu d&rsquo;avril \u00e0 juin. L&rsquo;esp\u00e8ce habite les haies, lisi\u00e8res, ourlets, vignobles et terrains remani\u00e9s sur sols calcaires \u00e0 neutres, en situations chaudes.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET HABITAT<\/h3>\n<p><em>Aristolochia rotunda<\/em> est une esp\u00e8ce m\u00e9diterran\u00e9enne \u00e0 subm\u00e9diterran\u00e9enne, habitant les haies, lisi\u00e8res, ourlets thermophiles, vignobles, olivettes et terrains remani\u00e9s sur sols calcaires, argileux ou marneux, bien drain\u00e9s et chauds. L&rsquo;esp\u00e8ce est h\u00e9liophile \u00e0 h\u00e9mi-sciaphile, thermophile, pr\u00e9f\u00e9rant les situations abrit\u00e9es et ensoleill\u00e9es. Son aire de r\u00e9partition couvre l&rsquo;Europe m\u00e9ridionale, de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique \u00e0 la Gr\u00e8ce et \u00e0 l&rsquo;Anatolie occidentale, avec des irradiations en Europe centrale (vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, Suisse m\u00e9ridionale, Hongrie). En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est pr\u00e9sente dans le Midi m\u00e9diterran\u00e9en, la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, le Sud-Ouest et localement en Bourgogne et en Alsace. L&rsquo;altitude varie du niveau de la mer \u00e0 environ 800 m. Le g\u00e9ophyte \u00e0 tubercule entre en dormance estivale dans les r\u00e9gions les plus s\u00e8ches. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e par de petits dipt\u00e8res pi\u00e9g\u00e9s dans le tube floral. La diss\u00e9mination est barochore (capsules pendantes lib\u00e9rant les graines par gravit\u00e9) et myrm\u00e9cochore.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Historiquement, le <strong>tubercule<\/strong> (improprement appel\u00e9 \u00ab racine \u00bb) et les <strong>parties a\u00e9riennes<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s en m\u00e9decine. Le nom <em>Aristolochia<\/em> d\u00e9rive du grec <em>aristos<\/em> (meilleur) et <em>locheia<\/em> (accouchement), la plante ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9put\u00e9e faciliter l&rsquo;accouchement depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. <strong>ATTENTION : l&rsquo;usage m\u00e9dicinal de toutes les Aristoloches est aujourd&rsquo;hui formellement contre-indiqu\u00e9<\/strong> en raison de la pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>acides aristolochiques<\/strong>, compos\u00e9s n\u00e9phrotoxiques et canc\u00e9rog\u00e8nes av\u00e9r\u00e9s. Les pr\u00e9parations \u00e0 base d&rsquo;aristoloche sont interdites \u00e0 la vente dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne et dans la plupart des pays. Le tubercule \u00e9tait traditionnellement r\u00e9colt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;automne, s\u00e9ch\u00e9 et r\u00e9duit en poudre. Les feuilles \u00e9taient utilis\u00e9es en cataplasmes.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Acides aristolochiques<\/h3>\n<p>Le tubercule et les parties a\u00e9riennes contiennent des <strong>acides aristolochiques<\/strong>, principalement l&rsquo;<strong>acide aristolochique I<\/strong> (AA-I) et l&rsquo;<strong>acide aristolochique II<\/strong> (AA-II). Ces compos\u00e9s nitr\u00e9s d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;acide ph\u00e9nanthr\u00e8ne-carboxylique sont des <strong>canc\u00e9rog\u00e8nes g\u00e9notoxiques de classe 1<\/strong> selon le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer). Ils forment des adduits covalents avec l&rsquo;ADN (adduits aristolactame-ad\u00e9nine) provoquant des mutations caract\u00e9ristiques (transversions A\u2192T) dans les g\u00e8nes suppresseurs de tumeurs.<\/p>\n<h3>B. Alcalo\u00efdes aporphiniques<\/h3>\n<p>Le genre <em>Aristolochia<\/em> contient des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> isoquinol\u00e9iques de type aporphine<\/strong> : <strong>magnoflorine<\/strong>, <strong>aristolochine<\/strong> (terme ambigu d\u00e9signant parfois l&rsquo;acide aristolochique lui-m\u00eame), <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/berberine\/\">berb\u00e9rine<\/a><\/strong> en traces. Ces alcalo\u00efdes, bien que pharmacologiquement actifs, ne compensent en rien la toxicit\u00e9 des acides aristolochiques.<\/p>\n<h3>C. Terp\u00e8nes et st\u00e9rols<\/h3>\n<p>Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a><\/strong>, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a><\/strong> de type cl\u00e9rodane et des <strong>phytost\u00e9rols<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">\u03b2-sitost\u00e9rol<\/a>) ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s. Les diterp\u00e8nes cl\u00e9rodanes pr\u00e9sentent des activit\u00e9s insectifuges document\u00e9es.<\/p>\n<h3>D. Compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p>Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignanes<\/a><\/strong> et des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> compl\u00e8tent le profil chimique, mais leur int\u00e9r\u00eat est totalement \u00e9clips\u00e9 par la toxicit\u00e9 des acides aristolochiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les <strong>acides aristolochiques<\/strong> exercent leur toxicit\u00e9 par un m\u00e9canisme g\u00e9notoxique direct : apr\u00e8s bioactivation h\u00e9patique par les nitror\u00e9ductases, ils forment des adduits covalents avec les bases puriques de l&rsquo;ADN (aristolactame-dATP et -dGTP). Ces adduits provoquent des mutations caract\u00e9ristiques par transversion A:T\u2192T:A, identifi\u00e9es comme signature mutationnelle dans les tumeurs uroth\u00e9liales induites par les aristoloches. Les acides aristolochiques sont \u00e9galement <strong>n\u00e9phrotoxiques<\/strong>, provoquant une fibrose tubulo-interstitielle progressive et irr\u00e9versible aboutissant \u00e0 l&rsquo;insuffisance r\u00e9nale terminale (\u00ab n\u00e9phropathie aux aristoloches \u00bb ou \u00ab n\u00e9phropathie des herbes chinoises \u00bb). Les <strong>alcalo\u00efdes aporphiniques<\/strong> exercent des effets sur le syst\u00e8me nerveux central et le syst\u00e8me cardiovasculaire, mais ces propri\u00e9t\u00e9s sont cliniquement inexploitables en raison de la co-pr\u00e9sence des acides aristolochiques. Les usages traditionnels (emm\u00e9nagogue, ocytocique, vuln\u00e9raire, anti-infectieux) ne justifient plus aucun emploi de cette plante.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques sur les aristoloches sont domin\u00e9es par les rapports de toxicit\u00e9. L&rsquo;\u00e9pisode le plus dramatique est l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de n\u00e9phropathie aux herbes chinoises survenue en Belgique en 1991-1993, o\u00f9 une centaine de femmes ont d\u00e9velopp\u00e9 une insuffisance r\u00e9nale apr\u00e8s avoir consomm\u00e9 des g\u00e9lules amaigrissantes contenant par erreur <em>Aristolochia fangchi<\/em> au lieu de <em>Stephania tetrandra<\/em>. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des patientes ont d\u00e9velopp\u00e9 un cancer uroth\u00e9lial. Des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques men\u00e9es dans les Balkans ont li\u00e9 l&rsquo;end\u00e9mie de \u00ab n\u00e9phropathie end\u00e9mique des Balkans \u00bb (BEN) \u00e0 l&rsquo;ingestion chronique de graines d&rsquo;aristoloche contaminant les r\u00e9coltes de bl\u00e9. Le CIRC a class\u00e9 les acides aristolochiques dans le <strong>Groupe 1<\/strong> (canc\u00e9rog\u00e8nes certains pour l&rsquo;homme) en 2012. Aucun essai th\u00e9rapeutique contr\u00f4l\u00e9 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 ni ne devrait l&rsquo;\u00eatre. L&rsquo;usage de toute pr\u00e9paration contenant des aristoloches est interdit dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne (Directive 2004\/24\/CE et pharmacop\u00e9es nationales).<\/p>\n<hr>\n<h3>TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h3>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe chimique<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Acide aristolochique I<\/strong><\/td>\n<td>Acide nitroph\u00e9nanthr\u00e8ne<\/td>\n<td>N\u00e9phrotoxique, canc\u00e9rog\u00e8ne (Groupe 1 CIRC)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Acide aristolochique II<\/strong><\/td>\n<td>Acide nitroph\u00e9nanthr\u00e8ne<\/td>\n<td>N\u00e9phrotoxique, canc\u00e9rog\u00e8ne<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Magnoflorine<\/strong><\/td>\n<td>Alcalo\u00efde aporphinique<\/td>\n<td>Pharmacologiquement actif mais inexploitable<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Diterp\u00e8nes cl\u00e9rodanes<\/strong><\/td>\n<td>Diterp\u00e8nes<\/td>\n<td>Insectifuge<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>\u03b2-Sitost\u00e9rol<\/strong><\/td>\n<td>Phytost\u00e9rol<\/td>\n<td>Hypocholest\u00e9rol\u00e9miant (non pertinent ici)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Acides aristolochiques<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide aristolochique i<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide aristolochique ii<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Canc\u00e9rog\u00e8nes g\u00e9notoxiques de classe 1<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Magnoflorine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>AUCUNE FORME GAL\u00c9NIQUE NE DOIT \u00caTRE PR\u00c9PAR\u00c9E NI UTILIS\u00c9E.<\/strong> Toutes les pr\u00e9parations \u00e0 base d&rsquo;aristoloche sont interdites dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne et dans la plupart des pays du monde. Les usages historiques, tous obsol\u00e8tes et dangereux, comprenaient :<\/p>\n<ul>\n<li>Poudre de tubercule en d\u00e9coction (emm\u00e9nagogue, ocytocique).<\/li>\n<li>Cataplasme de feuilles fra\u00eeches (vuln\u00e9raire).<\/li>\n<li>Teinture de racine (anti-infectieux).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces usages sont rappel\u00e9s \u00e0 titre purement historique et ne doivent en aucun cas \u00eatre reproduits.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Aristoloche \u00e0 feuilles rondes est une plante <strong>hautement toxique<\/strong>. Les <strong>acides aristolochiques<\/strong> sont des <strong>canc\u00e9rog\u00e8nes certains pour l&rsquo;homme<\/strong> (Groupe 1, CIRC) et des <strong>n\u00e9phrotoxiques puissants<\/strong>. L&rsquo;ingestion chronique m\u00eame \u00e0 faibles doses provoque une n\u00e9phropathie tubulo-interstitielle progressive (\u00ab n\u00e9phropathie aux aristoloches \u00bb) aboutissant \u00e0 l&rsquo;insuffisance r\u00e9nale terminale n\u00e9cessitant la dialyse ou la transplantation. Le risque de cancer uroth\u00e9lial (carcinome des voies urinaires) est consid\u00e9rablement augment\u00e9 chez les sujets expos\u00e9s. La signature mutationnelle des acides aristolochiques (transversions A:T\u2192T:A) a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e dans des cancers h\u00e9patocellulaires en Asie du Sud-Est, \u00e9largissant le spectre des cancers associ\u00e9s. Il n&rsquo;existe aucun antidote sp\u00e9cifique. L&rsquo;exposition est cumulative et irr\u00e9versible. Les plantes du genre <em>Aristolochia<\/em> ne doivent jamais \u00eatre consomm\u00e9es, manipul\u00e9es sans pr\u00e9caution ni recommand\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Les aristoloches figurent parmi les plantes m\u00e9dicinales les plus anciennement document\u00e9es. Dioscoride (Ier si\u00e8cle) d\u00e9crit trois esp\u00e8ces d&rsquo;Aristoloche \u2014 ronde, longue et cl\u00e9matite \u2014 comme emm\u00e9nagogues, ocytociques et vuln\u00e9raires. Le nom grec <em>aristolochia<\/em> (\u00ab meilleure pour l&rsquo;accouchement \u00bb) t\u00e9moigne de l&rsquo;usage obst\u00e9trical. Galien confirme ces indications et ajoute l&rsquo;usage comme antidote contre les venins. Au Moyen \u00c2ge, l&rsquo;Aristoloche ronde entre dans les \u00ab th\u00e9riaques \u00bb et les pr\u00e9parations polypharmaceutiques comme alexipharmaque. Matthiole (1554) et Dodoens (1554) reprennent les indications antiques. En m\u00e9decine populaire fran\u00e7aise, le tubercule \u00e9tait administr\u00e9 aux parturientes pour acc\u00e9l\u00e9rer l&rsquo;expulsion du placenta. La doctrine des signatures voyait dans la forme tubulaire de la fleur une analogie avec l&rsquo;ut\u00e9rus, renfor\u00e7ant l&rsquo;usage obst\u00e9trical. En pharmacop\u00e9e traditionnelle chinoise, <em>Aristolochia<\/em> spp. \u00e9taient utilis\u00e9es pour les douleurs articulaires et les infections respiratoires. Toute cette tradition est aujourd&rsquo;hui invalid\u00e9e par la d\u00e9couverte de la toxicit\u00e9 canc\u00e9rog\u00e8ne et n\u00e9phrotoxique des acides aristolochiques.<\/p>\n<hr>\n<h3>STATUT DE CONSERVATION ET PROTECTION<\/h3>\n<p><em>Aristolochia rotunda<\/em> n&rsquo;est pas globalement menac\u00e9e mais peut \u00eatre localement rare aux limites de son aire. En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est inscrite sur des listes rouges r\u00e9gionales dans certaines r\u00e9gions septentrionales o\u00f9 elle atteint sa limite nord. Elle ne figure pas sur la liste nationale des esp\u00e8ces prot\u00e9g\u00e9es. Les habitats de l&rsquo;esp\u00e8ce (ourlets thermophiles, vignobles traditionnels, haies) sont en r\u00e9gression dans certaines r\u00e9gions en raison de l&rsquo;intensification viticole, de l&rsquo;arrachage des haies et de l&rsquo;urbanisation. Les programmes de maintien des infrastructures agro\u00e9cologiques (haies, murets, lisi\u00e8res) b\u00e9n\u00e9ficient \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce. La plante n&rsquo;est pas r\u00e9colt\u00e9e commercialement, l&rsquo;interdiction de vente des aristoloches \u00e9liminant toute pression de cueillette.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Aristoloche \u00e0 feuilles rondes est un cas d&rsquo;\u00e9cole en pharmacognosie : une plante m\u00e9dicinale utilis\u00e9e pendant plus de deux mill\u00e9naires, dont la toxicit\u00e9 canc\u00e9rog\u00e8ne n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte que dans les ann\u00e9es 1990. Les acides aristolochiques, canc\u00e9rog\u00e8nes de classe 1 (CIRC), n\u00e9phrotoxiques irr\u00e9versibles et mutag\u00e8nes, ont entra\u00een\u00e9 l&rsquo;interdiction totale de toutes les pr\u00e9parations \u00e0 base d&rsquo;aristoloche dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne et dans la plupart des pays. L&rsquo;histoire de cette plante constitue un avertissement majeur sur les limites de l&rsquo;usage traditionnel comme garantie de s\u00e9curit\u00e9 et sur la n\u00e9cessit\u00e9 absolue d&rsquo;une \u00e9valuation toxicologique moderne de toutes les drogues v\u00e9g\u00e9tales. Sur le plan botanique, l&rsquo;esp\u00e8ce reste un joyau de la flore m\u00e9diterran\u00e9enne par son m\u00e9canisme de pollinisation par pi\u00e8ge et sa position phylog\u00e9n\u00e9tique basale parmi les Angiospermes.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>IARC, 2012. A review of human carcinogens: Pharmaceuticals. <em>IARC Monographs<\/em>, vol. 100A: Aristolochic acids.<\/li>\n<li>Heinrich M. et al., 2009. Aristolochic acid nephropathy: lessons for drug regulation. <em>J. Ethnopharmacology<\/em>, 121(2), 178-184.<\/li>\n<li>Vanherweghem J.L. et al., 1993. Rapidly progressive interstitial renal fibrosis in young women. <em>Lancet<\/em>, 341, 387-391.<\/li>\n<li>Grollman A.P., 2013. Aristolochic acid nephropathy. <em>JASN<\/em>, 24(11), 1682-1691.<\/li>\n<li>Bruneton J., 2009. <em>Pharmacognosie<\/em>, 4e \u00e9d. Tec &amp; Doc Lavoisier : Aristolochiaceae.<\/li>\n<li>Plants of the World Online \u2014 Royal Botanic Gardens, Kew : <em>Aristolochia rotunda<\/em>.<\/li>\n<li>Tela Botanica \u2014 eFlore : Fiche <em>Aristolochia rotunda<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Vuln\u00e9raire (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;Aristoloche \u00e0 feuilles rondes, Aristolochia rotunda L., appartient \u00e0 la famille des Aristolochiaceae, genre Aristolochia L. Ce genre pantropical et m\u00e9diterran\u00e9en [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[55],"tags":[],"class_list":["post-685","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-aristolochiacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/685","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=685"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/685\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14043,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/685\/revisions\/14043"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=685"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=685"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=685"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}