{"id":722,"date":"2026-03-26T11:26:30","date_gmt":"2026-03-26T10:26:30","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/bourrache-officinale\/"},"modified":"2026-06-24T17:51:22","modified_gmt":"2026-06-24T15:51:22","slug":"bourrache-officinale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/bourrache-officinale\/","title":{"rendered":"BOURRACHE OFFICINALE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/bourrache-officinale.png\" alt=\"Planche botanique Bourrache officinale\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La bourrache officinale est l&rsquo;une des plantes les plus attachantes de la flore europ\u00e9enne : ses fleurs d&rsquo;un bleu pur, \u00e9toil\u00e9es, pendantes en grappes l\u00e2ches, attirent le regard autant que les abeilles. Cette Boraginac\u00e9e annuelle des jardins et des friches est cultiv\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9, tant pour ses vertus m\u00e9dicinales que pour sa saveur \u2014 les fleurs, au go\u00fbt iod\u00e9 de concombre frais, sont l&rsquo;une des fleurs comestibles les plus populaires de la gastronomie contemporaine. Mais c&rsquo;est surtout son huile de graines, exceptionnellement riche en acide gamma-linol\u00e9nique (GLA), qui a propuls\u00e9 la bourrache au rang de plante majeure de la phytoth\u00e9rapie et de la cosm\u00e9tique moderne.<\/p>\n<p>Plante sudorifique, diur\u00e9tique et \u00e9molliente dans la tradition, anti-inflammatoire et r\u00e9gulatrice cutan\u00e9e par son huile de graines, la bourrache incarne la polyvalence des Boraginac\u00e9es m\u00e9dicinales. Sa phytochimie impose cependant une vigilance : la pr\u00e9sence d&rsquo;<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> pyrrolizidiniques h\u00e9patotoxiques dans les parties a\u00e9riennes encadre strictement son usage.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Boraginaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Borago<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Borago officinalis<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Bourrache officinale, Bourrache commune, Langue-de-b\u0153uf, Herbe \u00e0 la su\u00e9e, Bourrache des jardins.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Borago<\/em> d\u00e9riverait de l&rsquo;arabe <em>abu rach<\/em> (\u00ab p\u00e8re de la sueur \u00bb), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;effet sudorifique, ou du latin <em>burra<\/em> (\u00ab \u00e9toffe grossi\u00e8re \u00bb), allusion \u00e0 la pilosit\u00e9 r\u00eache de la plante. <em>officinalis<\/em> atteste l&rsquo;usage en officine de pharmacie.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p>Plante annuelle robuste de 30 \u00e0 80 cm, \u00e0 port dress\u00e9 puis \u00e9tal\u00e9, tr\u00e8s ramifi\u00e9e, enti\u00e8rement h\u00e9riss\u00e9e de poils raides et piquants qui rendent la plante rude au toucher \u2014 un trait caract\u00e9ristique des Boraginac\u00e9es.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> dress\u00e9es, cylindriques, \u00e9paisses, creuses, charnues et succulentes, h\u00e9riss\u00e9es de poils hispides (poils raides, \u00e9tal\u00e9s, \u00e0 base bulbeuse, contenant de la silice). La plante a un aspect robuste et \u00ab hirsute \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> alternes, grandes (10-20 cm pour les basales), ovales-elliptiques, les basales p\u00e9tiol\u00e9es, les caulinaires sessiles \u00e0 semi-embrassantes. La surface est rugueuse, h\u00e9riss\u00e9e de poils raides et scabres, vert fonc\u00e9. La saveur est fra\u00eeche, mucilagineuse, avec une note iod\u00e9e rappelant le concombre \u2014 due \u00e0 des ald\u00e9hydes en C10.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> cymes scorpio\u00efdes (enroul\u00e9es en crosse) caract\u00e9ristiques des Boraginac\u00e9es, portant des fleurs pendantes sur de longs p\u00e9dicelles.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> de 20 \u00e0 25 mm de diam\u00e8tre, spectaculairement <strong>bleue<\/strong> \u2014 un bleu pur et lumineux, parmi les plus intenses de la flore europ\u00e9enne. La corolle est rotac\u00e9e (en \u00e9toile plate), \u00e0 5 p\u00e9tales aigus, r\u00e9fl\u00e9chis vers l&rsquo;arri\u00e8re, r\u00e9v\u00e9lant un c\u00f4ne central d&rsquo;\u00e9tamines noir-pourpre (anth\u00e8res conniventes formant un \u00ab bec \u00bb). Ce contraste bleu\/noir est saisissant. Certaines vari\u00e9t\u00e9s produisent des fleurs blanches (<em>f. alba<\/em>). Le calice est \u00e0 5 s\u00e9pales lin\u00e9aires, h\u00e9riss\u00e9s. Cinq \u00e9tamines.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> t\u00e9trak\u00e8ne \u2014 4 nucules (\u00ab \u00e9r\u00e8mes \u00bb) ovo\u00efdes, de 7-10 mm, brun-noir, rugueuses, contenant chacune une graine riche en huile. Les nucules se d\u00e9tachent individuellement \u00e0 maturit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> mai \u00e0 septembre (floraison tr\u00e8s longue). Pollinisation entomophile \u2014 la bourrache est l&rsquo;une des plantes les plus mellif\u00e8res de la flore cultiv\u00e9e, produisant un nectar abondant et tr\u00e8s sucr\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Origine et habitat<\/h3>\n<p>Originaire du bassin m\u00e9diterran\u00e9en occidental (probablement Espagne, Maghreb), la bourrache est cultiv\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 et s&rsquo;est naturalis\u00e9e dans toute l&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e. On la trouve \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat subspontan\u00e9 dans les jardins, friches, d\u00e9combres, pieds de murs et terrains vagues sur sols meubles et riches. Elle est aussi cultiv\u00e9e industriellement pour l&rsquo;huile de ses graines (principaux producteurs : Royaume-Uni, Nouvelle-Z\u00e9lande, Canada).<\/p>\n<h3>B. Culture<\/h3>\n<p>Semis direct au printemps (mars-avril) en sol meuble et ensoleill\u00e9. La plante se ress\u00e8me abondamment et peut devenir envahissante dans les jardins. La r\u00e9colte des graines pour l&rsquo;huile s&rsquo;effectue m\u00e9caniquement \u00e0 maturit\u00e9 (ao\u00fbt-septembre).<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Huile de graines :<\/strong> obtenue par pression \u00e0 froid des nucules. C&rsquo;est la partie la plus utilis\u00e9e aujourd&rsquo;hui en phytoth\u00e9rapie et cosm\u00e9tique. Ne contient PAS d&rsquo;alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques.<\/li>\n<li><strong>Sommit\u00e9s fleuries :<\/strong> usage traditionnel (infusion sudorifique et \u00e9molliente). Contiennent des traces d&rsquo;alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques \u2014 usage limit\u00e9 dans le temps.<\/li>\n<li><strong>Fleurs seules :<\/strong> usage culinaire et d\u00e9coratif (les fleurs sont quasiment d\u00e9pourvues d&rsquo;alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Huile de graines \u2014 le profil lipidique exceptionnel<\/h3>\n<p>L&rsquo;huile de bourrache contient l&rsquo;une des plus fortes concentrations d&rsquo;<strong>acide gamma-linol\u00e9nique (GLA)<\/strong> du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Acide gamma-linol\u00e9nique (GLA, om\u00e9ga-6)<\/strong> : 17-27 % \u2014 c&rsquo;est le compos\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eat majeur. Le GLA est un acide gras polyinsatur\u00e9 pr\u00e9curseur de la prostaglandine E1 (PGE1), anti-inflammatoire et immunomodulatrice.<\/li>\n<li><strong>Acide linol\u00e9ique (LA, om\u00e9ga-6)<\/strong> : 35-40 %<\/li>\n<li><strong>Acide ol\u00e9ique (om\u00e9ga-9)<\/strong> : 15-20 %<\/li>\n<li><strong>Acide palmitique<\/strong> : 10-12 %<\/li>\n<\/ul>\n<p>Seule l&rsquo;huile d&rsquo;onagre (<em>Oenothera biennis<\/em>, 7-10 % de GLA) peut rivaliser, mais la bourrache en contient 2 \u00e0 3 fois plus.<\/p>\n<h3>B. Parties a\u00e9riennes \u2014 alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques<\/h3>\n<p>Les feuilles et tiges contiennent des <strong>alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques<\/strong> (AP) en faible quantit\u00e9 : <strong>lycopsamine<\/strong>, <strong>amabiline<\/strong>, <strong>supinine<\/strong>, <strong>th\u00e9sinine<\/strong>. Ces AP sont des 1,2-d\u00e9shydropyrrolizidines \u00e0 potentiel h\u00e9patotoxique (maladie veino-occlusive) et g\u00e9notoxique en usage chronique. Leur pr\u00e9sence impose une restriction d&rsquo;usage des parties a\u00e9riennes (cure courte, pas d&rsquo;usage prolong\u00e9).<\/p>\n<h3>C. Mucilages<\/h3>\n<p>Les feuilles et fleurs contiennent des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a> abondants, conf\u00e9rant l&rsquo;effet \u00e9mollient et adoucissant.<\/p>\n<h3>D. Flavono\u00efdes et acides ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p>D\u00e9riv\u00e9s de la <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a> et du kaempf\u00e9rol ; <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-rosmarinique\/\">acide rosmarinique<\/a>. Activit\u00e9 antioxydante.<\/p>\n<h3>E. Compos\u00e9s aromatiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;ar\u00f4me de concombre est d\u00fb au <strong>(E,Z)-2,6-nonadi\u00e9nal<\/strong> \u2014 un ald\u00e9hyde gras volatil.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Activit\u00e9 anti-inflammatoire cutan\u00e9e (huile de graines)<\/h3>\n<p>Le GLA est m\u00e9tabolis\u00e9 en <strong>acide dihomo-\u03b3-linol\u00e9nique (DGLA)<\/strong>, pr\u00e9curseur de la <strong>prostaglandine E1 (PGE1)<\/strong> et du <strong>15-HETE<\/strong>, m\u00e9diateurs anti-inflammatoires. Chez les sujets dont la conversion de l&rsquo;acide linol\u00e9ique en GLA est d\u00e9ficiente (ecz\u00e9ma atopique, vieillissement, diab\u00e8te), la suppl\u00e9mentation en GLA par l&rsquo;huile de bourrache \u00ab court-circuite \u00bb cette \u00e9tape m\u00e9tabolique et restaure la production de m\u00e9diateurs anti-inflammatoires. Cet effet se traduit par une am\u00e9lioration de l&rsquo;hydratation cutan\u00e9e, une r\u00e9duction de l&rsquo;inflammation et du prurit.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9 sudorifique et diaphor\u00e9tique (parties a\u00e9riennes)<\/h3>\n<p>L&rsquo;infusion de bourrache provoque une sudation douce \u2014 usage traditionnel dans les \u00e9tats f\u00e9briles et les refroidissements.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 \u00e9molliente (mucilages)<\/h3>\n<p>Les mucilages prot\u00e8gent les muqueuses irrit\u00e9es \u2014 usage dans les toux s\u00e8ches et les irritations pharyng\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;huile de bourrache a fait l&rsquo;objet de nombreuses \u00e9tudes cliniques, principalement dans :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ecz\u00e9ma atopique :<\/strong> la revue syst\u00e9matique Cochrane (Bamford et al., 2013), portant sur 8 essais d&rsquo;huile de bourrache, conclut \u00e0 une <strong>absence de b\u00e9n\u00e9fice par rapport au placebo<\/strong> ; l&rsquo;efficacit\u00e9 dans l&rsquo;ecz\u00e9ma n&rsquo;est pas d\u00e9montr\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Polyarthrite rhumato\u00efde :<\/strong> le GLA \u00e0 haute dose (2,8 g\/jour pendant 6 mois) a montr\u00e9 une r\u00e9duction modeste des douleurs articulaires et de la raideur matinale sur un petit effectif (56 patients), r\u00e9sultat non confirm\u00e9 \u00e0 plus large \u00e9chelle (Zurier et al., 1996, <em>Arthritis &amp; Rheumatism<\/em>, 39(11):1808-1817).<\/li>\n<li><strong>Syndrome pr\u00e9menstruel :<\/strong> r\u00e9sultats encourageants mais insuffisamment confirm\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Cosm\u00e9tique :<\/strong> am\u00e9lioration de l&rsquo;hydratation et de l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 cutan\u00e9e en application topique.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Acide \u03b3-linol\u00e9nique (AGL)<\/td>\n<td>Acide gras om\u00e9ga-6<\/td>\n<td>Anti-inflammatoire (huile de graine raffin\u00e9e)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">Mucilages<\/a><\/td>\n<td>Polysaccharides<\/td>\n<td>\u00c9mollients<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques (parties a\u00e9riennes)<\/td>\n<td>Alcalo\u00efdes<\/td>\n<td>H\u00e9patotoxiques \u2014 limiter la plante<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes, acides ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>Polyph\u00e9nols<\/td>\n<td>Antioxydants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Huile de bourrache en capsules :<\/strong> 500-1000 mg, 1-3 fois\/jour (apport de 100-300 mg de GLA\/jour). Forme principale en phytoth\u00e9rapie.<\/li>\n<li><strong>Huile vierge cosm\u00e9tique :<\/strong> application cutan\u00e9e directe ou dans les cr\u00e8mes pour peaux s\u00e8ches et atopiques.<\/li>\n<li><strong>Infusion de sommit\u00e9s fleuries :<\/strong> 2-3 g pour 150 ml, 10 min. Sudorifique et \u00e9mollient. Cure courte (&lt; 10 jours) en raison des alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques.<\/li>\n<li><strong>Fleurs fra\u00eeches :<\/strong> d\u00e9coration de salades, cocktails, desserts (comestibles et sans risque).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p><strong>L&rsquo;huile de graines<\/strong> n&rsquo;est s\u00fbre que si elle est <strong>raffin\u00e9e<\/strong> : l&rsquo;huile brute ou simplement press\u00e9e \u00e0 froid peut renfermer des traces d&rsquo;alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques, que seul le <strong>raffinage<\/strong> \u00e9limine (r\u00e9duction d&rsquo;un facteur de l&rsquo;ordre de 30 000, teneurs r\u00e9siduelles &lt; 20 ppb). Depuis juillet 2022, l&rsquo;Union europ\u00e9enne fixe des teneurs maximales en AP pour ces produits : privil\u00e9gier une huile conforme \u00e0 cette r\u00e9glementation.<\/p>\n<p><strong>Les parties a\u00e9riennes<\/strong> (feuilles, tiges) contiennent des AP h\u00e9patotoxiques en usage chronique. L&rsquo;usage interne des parties a\u00e9riennes (feuilles, fleurs) est <strong>d\u00e9conseill\u00e9<\/strong> et il n&rsquo;existe pas de monographie de l&rsquo;EMA pour la plante enti\u00e8re ; il est <strong>contre-indiqu\u00e9 pendant la grossesse et l&rsquo;allaitement<\/strong> et en cas d&rsquo;insuffisance h\u00e9patique. \u00c0 d\u00e9faut, le r\u00e9server \u00e0 une cure tr\u00e8s courte et occasionnelle. La consommation occasionnelle de feuilles en salade est consid\u00e9r\u00e9e comme sans risque (doses tr\u00e8s faibles, exposition ponctuelle). Les <strong>fleurs seules<\/strong> sont pratiquement d\u00e9pourvues d&rsquo;AP et ne posent pas de probl\u00e8me.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La bourrache est cultiv\u00e9e comme plante potag\u00e8re depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 romaine. Pline l&rsquo;Ancien rapporte que les soldats romains prenaient de la bourrache avant le combat pour se donner du courage (<em>Ego Borago gaudia semper ago<\/em> \u2014 \u00ab Moi, Bourrache, j&rsquo;apporte toujours la joie \u00bb). Les fleurs, au go\u00fbt frais de concombre, sont l&rsquo;une des fleurs comestibles les plus utilis\u00e9es en gastronomie \u2014 cristallis\u00e9es, en salade, en cocktail (traditionnellement dans le Pimm&rsquo;s anglais), en gla\u00e7ons d\u00e9coratifs. Les feuilles, plus rugueuses, sont consomm\u00e9es en beignets frits (Italie, Ligurie \u2014 les <em>borragine fritte<\/em> sont une sp\u00e9cialit\u00e9 ligure), en soupe et en farce. En Allemagne, la bourrache fra\u00eeche entre dans la composition de la \u00ab sauce verte de Francfort \u00bb (<em>Gr\u00fcne So\u00dfe<\/em>), l&rsquo;une des sept herbes traditionnelles.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>La bourrache est l&rsquo;une des <strong>plantes mellif\u00e8res les plus productives<\/strong> des jardins temp\u00e9r\u00e9s. Sa floraison tr\u00e8s longue (mai-septembre) et son nectar extr\u00eamement sucr\u00e9 (concentration en sucre jusqu&rsquo;\u00e0 40-50 %) attirent en permanence abeilles domestiques, bourdons, papillons et syrphes. On estime qu&rsquo;un m\u00e8tre carr\u00e9 de bourrache peut produire jusqu&rsquo;\u00e0 100 kg de miel par hectare et par an \u2014 record absolu parmi les plantes cultiv\u00e9es. En compagnonnage au potager, elle attire les pollinisateurs b\u00e9n\u00e9fiques pour les tomates, courgettes et fraisiers, et repousserait certains ravageurs (doryphore). Ses feuilles d\u00e9compos\u00e9es enrichissent le compost en potassium.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong><em>Anchusa officinalis<\/em><\/strong> (buglosse officinale) : m\u00eame famille, pilosit\u00e9 similaire, mais fleurs bleues en tube (pas rotac\u00e9es \u00e9toil\u00e9es), vivace.<\/li>\n<li><strong><em>Echium vulgare<\/em><\/strong> (vip\u00e9rine) : pilosit\u00e9 r\u00eache aussi, mais fleurs en entonnoir oblique, non pendantes.<\/li>\n<li><strong><em>Symphytum officinale<\/em><\/strong> (consoude) : m\u00eame famille, feuilles d\u00e9currentes sur la tige, fleurs en clochette pendante rose-violet ou blanche.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La bourrache officinale illustre parfaitement la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre usage traditionnel et d\u00e9couverte moderne. Si l&rsquo;usage des parties a\u00e9riennes comme sudorifique et \u00e9mollient persiste dans la tradition, c&rsquo;est l&rsquo;huile de graines \u2014 riche en GLA (17-27 %) \u2014 qui constitue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pharmacognosique majeur : anti-inflammatoire cutan\u00e9, r\u00e9gulateur de l&rsquo;immunit\u00e9 et protecteur des peaux atopiques. La pr\u00e9sence d&rsquo;alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques dans les parties a\u00e9riennes impose des restrictions d&rsquo;usage (cures courtes) mais ne concerne que les parties a\u00e9riennes : l&rsquo;huile de graines reste s\u00fbre \u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre raffin\u00e9e et certifi\u00e9e conforme aux teneurs maximales en AP. \u00c9cologiquement, la bourrache est un champion mellif\u00e8re in\u00e9gal\u00e9, et gastronomiquement, ses fleurs bleues restent l&rsquo;une des plus belles expressions de l&rsquo;art culinaire des fleurs comestibles.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J., <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B., <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>, Biotope \u00c9ditions, 2014.<\/li>\n<li>Zurier R.B., Rossetti R.G., Jacobson E.W. et al., \u00ab Gamma-linolenic acid treatment of rheumatoid arthritis: a randomized, placebo-controlled trial \u00bb, <em>Arthritis &amp; Rheumatism<\/em>, 1996, 39(11), 1808-1817.<\/li>\n<li>EMA\/HMPC, <em>Assessment report on Borago officinalis L., oleum<\/em>, 2009.<\/li>\n<li>Couplan F., <em>Le r\u00e9gal v\u00e9g\u00e9tal \u2014 Plantes sauvages comestibles<\/em>, Sang de la Terre, 2009.<\/li>\n<li>Asadi-Samani M., Bahmani M., Rafieian-Kopaei M., \u00ab The chemical composition, botanical characteristic and biological activities of <em>Borago officinalis<\/em>: a review \u00bb, <em>Asian Pacific Journal of Tropical Medicine<\/em>, 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient \/ adoucissant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (huile raffin\u00e9e)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (tradition)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bourrache officinale est l&rsquo;une des plantes les plus attachantes de la flore europ\u00e9enne : ses fleurs d&rsquo;un bleu pur, \u00e9toil\u00e9es, pendantes en grappes l\u00e2ches, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[108],"tags":[],"class_list":["post-722","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-boraginacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/722","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=722"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/722\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14201,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/722\/revisions\/14201"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=722"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=722"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=722"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}