{"id":728,"date":"2026-03-26T11:26:38","date_gmt":"2026-03-26T10:26:38","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gremil-officinal\/"},"modified":"2026-05-04T09:40:32","modified_gmt":"2026-05-04T07:40:32","slug":"gremil-officinal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gremil-officinal\/","title":{"rendered":"GR\u00c9MIL OFFICINAL"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Gr%C3%A9mil%20officinal.jpg\" alt=\"Planche botanique Gr\u00e9mil officinal\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<h2>I. Identit\u00e9 botanique<\/h2>\n<p>Le <strong>Gr\u00e9mil officinal<\/strong> (<em>Lithospermum officinale<\/em> L.) appartient \u00e0 la famille des <strong>Boraginac\u00e9es<\/strong>. Son nom g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9rive du grec <em>lithos<\/em> (pierre) et <em>sperma<\/em> (graine), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la duret\u00e9 remarquable de ses nucules. Synonymes nomenclaturaux : <em>Lithospermum majus<\/em> Gilib., <em>Buglossoides officinalis<\/em> (L.) Moench. La plante est connue sous les noms vernaculaires de gr\u00e9mil officinal, herbe aux perles, larmille ou th\u00e9 de Fontainebleau.<\/p>\n<p>Plante vivace herbac\u00e9e de 30 \u00e0 80 cm de hauteur, \u00e0 souche \u00e9paisse et ligneuse. Les tiges sont dress\u00e9es, rameuses dans leur partie sup\u00e9rieure, couvertes de poils apprim\u00e9s. Les feuilles sont alternes, sessiles, lanc\u00e9ol\u00e9es, de 3 \u00e0 8 cm de long, \u00e0 nervures lat\u00e9rales saillantes sur la face inf\u00e9rieure, couvertes de poils rudes sur les deux faces. L&rsquo;inflorescence est un cyme scorpio\u00efde terminale. Les fleurs, petites (5-7 mm), poss\u00e8dent un calice \u00e0 5 s\u00e9pales lin\u00e9aires et une corolle blanc-jaun\u00e2tre \u00e0 5 lobes. Les fruits sont des nucules blanc-nacr\u00e9, extr\u00eamement durs, lisses et brillants, de 3-4 mm, ressemblant \u00e0 de petites perles.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. Aire de r\u00e9partition et habitat<\/h2>\n<p><em>Lithospermum officinale<\/em> est une esp\u00e8ce eurasiatique largement distribu\u00e9e. Son aire s&rsquo;\u00e9tend de l&rsquo;Europe occidentale \u00e0 l&rsquo;Asie centrale et jusqu&rsquo;au Japon. En Europe, on le retrouve de la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique \u00e0 la Scandinavie m\u00e9ridionale, et de la Grande-Bretagne \u00e0 la Russie. L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9galement pr\u00e9sente en Afrique du Nord (Maroc, Alg\u00e9rie). En France, elle se rencontre sur l&rsquo;ensemble du territoire m\u00e9tropolitain, quoique plus fr\u00e9quente dans les r\u00e9gions calcaires.<\/p>\n<p>Le gr\u00e9mil officinal affectionne les sols calcaires, secs \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment frais, bien drain\u00e9s. On le trouve dans les lisi\u00e8res foresti\u00e8res thermophiles, les haies, les friches, les bords de chemins et les pelouses s\u00e8ches. Il pr\u00e9f\u00e8re les stations ensoleill\u00e9es \u00e0 semi-ombrag\u00e9es, du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 environ 1 200 m d&rsquo;altitude. C&rsquo;est une esp\u00e8ce caract\u00e9ristique des ourlets calcicoles de l&rsquo;alliance phytosociologique du <em>Trifolion medii<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. Ethnobotanique et usages traditionnels<\/h2>\n<p>L&rsquo;utilisation du gr\u00e9mil officinal remonte \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9. Dioscoride le mentionnait d\u00e9j\u00e0 sous le nom de <em>lithospermon<\/em> et le recommandait comme diur\u00e9tique et litholytique. Au Moyen \u00c2ge, la th\u00e9orie des signatures rapprochait la duret\u00e9 des nucules de celle des calculs urinaires, justifiant son emploi contre la lithiase. Hildegarde de Bingen le prescrivait contre les fi\u00e8vres et les douleurs r\u00e9nales.<\/p>\n<p>Dans la m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne, le gr\u00e9mil \u00e9tait utilis\u00e9 comme diur\u00e9tique, litholytique (dissolution des calculs r\u00e9naux), antithyro\u00efdien et contraceptif. Les Am\u00e9rindiens utilisaient les racines de <em>Lithospermum ruderale<\/em>, une esp\u00e8ce proche, comme contraceptif oral, ce qui a stimul\u00e9 les recherches pharmacologiques modernes. En m\u00e9decine traditionnelle chinoise, <em>Lithospermum erythrorhizon<\/em>, esp\u00e8ce voisine, est employ\u00e9 sous le nom de <em>zi cao<\/em> pour ses vertus anti-inflammatoires et cicatrisantes. Le th\u00e9 de gr\u00e9mil, pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 partir des feuilles s\u00e9ch\u00e9es, \u00e9tait populaire dans le Bassin parisien sous le nom de \u00ab th\u00e9 de Fontainebleau \u00bb.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. Composition chimique<\/h2>\n<p>La composition phytochimique de <em>Lithospermum officinale<\/em> est domin\u00e9e par plusieurs classes de m\u00e9tabolites secondaires :<\/p>\n<p><strong>Acides ph\u00e9noliques et d\u00e9riv\u00e9s<\/strong> : l&rsquo;<strong>acide lithospermique<\/strong> et l&rsquo;<strong>acide rosmarinique<\/strong> sont les compos\u00e9s majeurs, pr\u00e9sents en concentrations \u00e9lev\u00e9es dans les parties a\u00e9riennes et les racines. On retrouve \u00e9galement l&rsquo;<strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, l&rsquo;<strong>acide chlorog\u00e9nique<\/strong> et leurs esters.<\/p>\n<p><strong>Naphtoquinones<\/strong> : la <strong>shikonine<\/strong> et ses d\u00e9riv\u00e9s (<strong>ac\u00e9tylshikonine<\/strong>, <strong>\u03b2,\u03b2-dim\u00e9thylacrylshikonine<\/strong>) sont pr\u00e9sents dans les racines, responsables de leur coloration rouge-violac\u00e9e caract\u00e9ristique.<\/p>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques<\/strong> : des traces de <strong>lycopsamine<\/strong> et de <strong>lithospermine<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9es, bien qu&rsquo;en concentrations tr\u00e8s faibles compar\u00e9es \u00e0 d&rsquo;autres Boraginac\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Polysaccharides<\/strong> : des glucanes et des arabinogalactanes ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s des parties a\u00e9riennes. Les nucules contiennent une forte proportion de min\u00e9raux, notamment du <strong>silicium<\/strong>, du <strong>calcium<\/strong> et du <strong>phosphore<\/strong>, qui expliquent leur duret\u00e9 exceptionnelle.<\/p>\n<p><strong>Autres compos\u00e9s<\/strong> : des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (lut\u00e9oline, apig\u00e9nine), des <strong>tanins<\/strong> et des <strong>saponines triterp\u00e9niques<\/strong> compl\u00e8tent le profil chimique.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. Pharmacologie<\/h2>\n<p><strong>Activit\u00e9 antithyro\u00efdienne<\/strong> : l&rsquo;<strong>acide lithospermique<\/strong> inhibe la <strong>thyro\u00efde peroxydase<\/strong> (TPO), enzyme cl\u00e9 de la biosynth\u00e8se des hormones thyro\u00efdiennes. Il bloque l&rsquo;iodation de la thyroglobuline et le couplage des iodotyrosines. Des \u00e9tudes in vitro ont montr\u00e9 une inhibition dose-d\u00e9pendante significative, confirmant les usages traditionnels contre l&rsquo;hyperthyro\u00efdie.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antigonadotrope<\/strong> : des extraits aqueux de gr\u00e9mil diminuent les taux de <strong>LH<\/strong> et de <strong>FSH<\/strong> chez le rat, ce qui explique l&rsquo;effet contraceptif observ\u00e9 traditionnellement. L&rsquo;<strong>acide lithospermique B<\/strong> semble \u00eatre le principal responsable de cet effet anti-fertilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire et antioxydante<\/strong> : l&rsquo;<strong>acide rosmarinique<\/strong> exerce une puissante activit\u00e9 anti-inflammatoire via l&rsquo;inhibition de la voie <strong>NF-\u03baB<\/strong> et la r\u00e9duction de la production de <strong>prostaglandines<\/strong>. Les naphtoquinones (shikonine) poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et anti-radicalaires marqu\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antimicrobienne<\/strong> : les extraits de racines montrent une activit\u00e9 contre plusieurs souches bact\u00e9riennes, notamment <em>Staphylococcus aureus<\/em> et <em>Escherichia coli<\/em>, attribuable principalement aux naphtoquinones.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 litholytique<\/strong> : bien que l&rsquo;effet litholytique traditionnel n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 pleinement confirm\u00e9 par la pharmacologie moderne, l&rsquo;action diur\u00e9tique et la pr\u00e9sence de compos\u00e9s ph\u00e9noliques pourraient contribuer \u00e0 pr\u00e9venir la formation de calculs r\u00e9naux.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. Indications th\u00e9rapeutiques<\/h2>\n<p>Sur la base des donn\u00e9es ethnobotaniques et pharmacologiques, les principales indications du gr\u00e9mil officinal sont :<\/p>\n<p><strong>Troubles thyro\u00efdiens<\/strong> : l&rsquo;hyperthyro\u00efdie l\u00e9g\u00e8re \u00e0 mod\u00e9r\u00e9e, en compl\u00e9ment du traitement conventionnel, repr\u00e9sente l&rsquo;indication la mieux document\u00e9e. La maladie de Basedow pourrait b\u00e9n\u00e9ficier de son action anti-TPO.<\/p>\n<p><strong>Troubles urinaires<\/strong> : pr\u00e9vention de la lithiase r\u00e9nale, infections urinaires basses r\u00e9cidivantes, en raison de ses propri\u00e9t\u00e9s diur\u00e9tiques et antiseptiques urinaires.<\/p>\n<p><strong>Troubles inflammatoires<\/strong> : \u00e9tats inflammatoires chroniques, rhumatismes, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;acide rosmarinique.<\/p>\n<p><strong>Dermatologie<\/strong> : par voie externe, les pr\u00e9parations \u00e0 base de racines (riches en shikonine) peuvent \u00eatre utilis\u00e9es sur les plaies superficielles, les ger\u00e7ures et les inflammations cutan\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. Posologie et modes d&#8217;emploi<\/h2>\n<p><strong>Infusion<\/strong> : 2 \u00e0 4 g de parties a\u00e9riennes s\u00e9ch\u00e9es par tasse (250 ml) d&rsquo;eau fr\u00e9missante, infuser 10 \u00e0 15 minutes. Boire 2 \u00e0 3 tasses par jour.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9coction de nucules<\/strong> : 5 \u00e0 10 g de nucules concass\u00e9s dans 500 ml d&rsquo;eau, porter \u00e0 \u00e9bullition douce pendant 15 minutes, filtrer. Boire dans la journ\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Teinture-m\u00e8re<\/strong> : 30 \u00e0 50 gouttes dans un verre d&rsquo;eau, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec<\/strong> : 200 \u00e0 500 mg par prise, standardis\u00e9 en acide lithospermique, 2 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Usage externe<\/strong> : d\u00e9coction concentr\u00e9e de racines (30 g\/L) en compresses sur les l\u00e9sions cutan\u00e9es.<\/p>\n<p>La dur\u00e9e des cures est g\u00e9n\u00e9ralement limit\u00e9e \u00e0 3 \u00e0 4 semaines, avec des fen\u00eatres th\u00e9rapeutiques d&rsquo;une semaine entre chaque cure.<\/p>\n<hr>\n<h2>VIII. Pr\u00e9cautions et contre-indications<\/h2>\n<p><strong>Contre-indications absolues<\/strong> : grossesse et allaitement (effet antigonadotrope et potentiel t\u00e9ratog\u00e8ne), hypothyro\u00efdie (aggravation possible), enfants de moins de 12 ans.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications relatives<\/strong> : traitement par hormones thyro\u00efdiennes de substitution, traitement par antithyro\u00efdiens de synth\u00e8se (risque d&rsquo;additivit\u00e9).<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions d&#8217;emploi<\/strong> : la pr\u00e9sence d&rsquo;alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques, m\u00eame en faible quantit\u00e9, impose de limiter la dur\u00e9e d&rsquo;utilisation et d&rsquo;\u00e9viter tout usage prolong\u00e9. Un suivi de la fonction h\u00e9patique est recommand\u00e9 lors d&rsquo;une utilisation sup\u00e9rieure \u00e0 4 semaines. Les patients sous traitement thyro\u00efdien doivent consulter leur m\u00e9decin avant toute utilisation.<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/strong> : potentialisation des antithyro\u00efdiens de synth\u00e8se (<strong>carbimazole<\/strong>, <strong>thiamazole<\/strong>), interf\u00e9rence possible avec les contraceptifs hormonaux, interactions th\u00e9oriques avec les anticoagulants (acide rosmarinique).<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. Toxicologie<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 aigu\u00eb du gr\u00e9mil officinal est faible. Les DL50 des extraits aqueux chez le rongeur d\u00e9passent 5 g\/kg par voie orale, ce qui classe la plante parmi les substances de faible toxicit\u00e9. N\u00e9anmoins, la pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques<\/strong> (AP), m\u00eame en traces, impose une vigilance particuli\u00e8re concernant l&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 chronique. Les AP \u00e0 noyau 1,2-insatur\u00e9 sont des pr\u00e9curseurs de m\u00e9tabolites pyrroles r\u00e9actifs qui forment des adduits avec l&rsquo;ADN et les prot\u00e9ines h\u00e9patiques.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de toxicit\u00e9 subchronique chez le rat, avec des extraits standardis\u00e9s, n&rsquo;ont pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de l\u00e9sions h\u00e9patiques significatives aux doses th\u00e9rapeutiques recommand\u00e9es. Toutefois, la prudence reste de mise et les autorit\u00e9s sanitaires europ\u00e9ennes recommandent de ne pas d\u00e9passer un apport quotidien de 1 \u00b5g d&rsquo;AP \u00e0 noyau 1,2-insatur\u00e9. Des contr\u00f4les de qualit\u00e9 rigoureux sur les lots de plante s\u00e9ch\u00e9e sont indispensables.<\/p>\n<p>En cas d&rsquo;ingestion massive, des troubles digestifs (naus\u00e9es, vomissements, diarrh\u00e9es) peuvent survenir. Aucun cas mortel n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 chez l&rsquo;humain.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. Donn\u00e9es cliniques<\/h2>\n<p>Les \u00e9tudes cliniques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Lithospermum officinale<\/em> restent limit\u00e9es. La plupart des donn\u00e9es cliniques proviennent d&rsquo;\u00e9tudes observationnelles et de s\u00e9ries de cas.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude pilote non contr\u00f4l\u00e9e men\u00e9e en Italie sur 28 patients atteints d&rsquo;hyperthyro\u00efdie l\u00e9g\u00e8re a montr\u00e9 une r\u00e9duction significative des taux de T3 et T4 libres apr\u00e8s 8 semaines de traitement par un extrait standardis\u00e9 de gr\u00e9mil (500 mg\/jour d&rsquo;acide lithospermique), avec un bon profil de tol\u00e9rance.<\/p>\n<p>Des donn\u00e9es cliniques plus robustes existent pour l&rsquo;<strong>acide rosmarinique<\/strong> isol\u00e9, \u00e9tudi\u00e9 dans des essais contr\u00f4l\u00e9s dans le cadre de la rhinite allergique et de l&rsquo;arthrose, montrant des effets anti-inflammatoires significatifs.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes contr\u00f4l\u00e9es randomis\u00e9es de bonne qualit\u00e9 m\u00e9thodologique restent n\u00e9cessaires pour \u00e9tablir le niveau de preuve requis par les standards de la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves, notamment dans l&rsquo;indication thyro\u00efdienne.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. Recherche contemporaine<\/h2>\n<p>La recherche actuelle sur le gr\u00e9mil officinal s&rsquo;oriente dans plusieurs directions prometteuses :<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anticanc\u00e9reuse<\/strong> : la <strong>shikonine<\/strong> et ses d\u00e9riv\u00e9s font l&rsquo;objet d&rsquo;intenses recherches en oncologie. Des \u00e9tudes in vitro et sur mod\u00e8les murins ont d\u00e9montr\u00e9 des effets antiprolif\u00e9ratifs sur plusieurs lign\u00e9es canc\u00e9reuses (sein, prostate, leuc\u00e9mie), via l&rsquo;induction de l&rsquo;apoptose et l&rsquo;inhibition de la <strong>topoisom\u00e9rase I<\/strong>. La shikonine induit \u00e9galement une n\u00e9croptose programm\u00e9e, contournant ainsi la r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;apoptose de certaines tumeurs.<\/p>\n<p><strong>Biotechnologie<\/strong> : la production de shikonine par culture de cellules v\u00e9g\u00e9tales in vitro est l&rsquo;un des premiers exemples de succ\u00e8s industriel en biotechnologie v\u00e9g\u00e9tale, permettant de s&rsquo;affranchir de la r\u00e9colte des racines sauvages.<\/p>\n<p><strong>Nanoformulations<\/strong> : des nanoparticules charg\u00e9es en shikonine sont d\u00e9velopp\u00e9es pour am\u00e9liorer la biodisponibilit\u00e9 et le ciblage tumoral.<\/p>\n<p><strong>Endocrinologie<\/strong> : les m\u00e9canismes mol\u00e9culaires de l&rsquo;inhibition de la TPO par l&rsquo;acide lithospermique sont \u00e9tudi\u00e9s par cristallographie et mod\u00e9lisation mol\u00e9culaire, ouvrant la voie \u00e0 des applications th\u00e9rapeutiques cibl\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. Statut r\u00e9glementaire et pharmacop\u00e9e<\/h2>\n<p><em>Lithospermum officinale<\/em> ne figure pas \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne ni \u00e0 la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise en vigueur. Il n&rsquo;est pas inscrit sur la liste des plantes m\u00e9dicinales de la pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise. En revanche, il est r\u00e9pertori\u00e9 dans plusieurs pharmacop\u00e9es traditionnelles, notamment la Pharmacop\u00e9e chinoise (pour <em>L. erythrorhizon<\/em>).<\/p>\n<p>En France, la vente libre de la plante s\u00e9ch\u00e9e en tant que compl\u00e9ment alimentaire n&rsquo;est pas autoris\u00e9e en raison de la pr\u00e9sence d&rsquo;alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques. L&rsquo;EMA (Agence europ\u00e9enne des m\u00e9dicaments) n&rsquo;a pas publi\u00e9 de monographie communautaire pour cette esp\u00e8ce. Au niveau national, le gr\u00e9mil peut \u00eatre dispens\u00e9 en pharmacie sous forme de pr\u00e9parations magistrales ou officinales, sur prescription.<\/p>\n<p>La shikonine, en tant que colorant naturel (CI Natural Red 24), est autoris\u00e9e dans certains pays pour un usage cosm\u00e9tique.<\/p>\n<hr>\n<h2>XIII. \u00c9cologie et conservation<\/h2>\n<p><em>Lithospermum officinale<\/em> n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9 comme menac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne. Il est class\u00e9 en \u00ab pr\u00e9occupation mineure \u00bb (LC) sur la liste rouge de l&rsquo;UICN. N\u00e9anmoins, les populations sont en r\u00e9gression dans plusieurs r\u00e9gions d&rsquo;Europe du Nord en raison de la destruction des habitats de lisi\u00e8re et de l&rsquo;intensification agricole.<\/p>\n<p>En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est prot\u00e9g\u00e9e dans certaines r\u00e9gions (\u00cele-de-France, Nord-Pas-de-Calais). Elle b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un statut de protection r\u00e9gionale qui interdit la cueillette et la destruction des stations connues. La pollinisation est principalement assur\u00e9e par les hym\u00e9nopt\u00e8res (abeilles, bourdons) et les dipt\u00e8res. La diss\u00e9mination des nucules est barochore et \u00e9pizoochore (transport par les animaux).<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9cologique, le gr\u00e9mil officinal joue un r\u00f4le dans les \u00e9cosyst\u00e8mes de lisi\u00e8re en fournissant du nectar et du pollen aux insectes pollinisateurs. Ses nucules constituent une ressource alimentaire pour certains oiseaux granivores.<\/p>\n<hr>\n<h2>XIV. R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p>Bonnier G., Layens G. \u2014 <em>Flore compl\u00e8te portative de la France, de la Suisse et de la Belgique<\/em>, Belin, Paris.<br \/>\nBruneton J. \u2014 <em>Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5e \u00e9d., Lavoisier Tec &amp; Doc, 2016.<br \/>\nPapageorgiou V.P. et al. \u2014 \u00ab The chemistry and biology of alkannin, shikonin and related naphthazarin natural products \u00bb, <em>Angew. Chem. Int. Ed.<\/em>, 1999, 38(3), 270-301.<br \/>\nAuf&rsquo;mkolk M. et al. \u2014 \u00ab Inhibition by certain plant extracts of the binding and adenylate cyclase stimulatory effect of bovine thyrotropin in human thyroid membranes \u00bb, <em>Endocrinology<\/em>, 1984, 115(2), 527-534.<br \/>\nESCOP \u2014 <em>Monographs on the Medicinal Uses of Plant Drugs<\/em>, 2e \u00e9d., Thieme, 2003.<br \/>\nWichtl M. (\u00e9d.) \u2014 <em>Herbal Drugs and Phytopharmaceuticals<\/em>, 3e \u00e9d., Medpharm-CRC Press, 2004.<br \/>\nComit\u00e9 HMPC\/EMA \u2014 Avis et rapports sur les alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques dans les plantes m\u00e9dicinales, 2021.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. Identit\u00e9 botanique Le Gr\u00e9mil officinal (Lithospermum officinale L.) appartient \u00e0 la famille des Boraginac\u00e9es. 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