{"id":739,"date":"2026-03-26T11:26:51","date_gmt":"2026-03-26T10:26:51","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/pulmonaire-obscure\/"},"modified":"2026-04-26T08:44:49","modified_gmt":"2026-04-26T06:44:49","slug":"pulmonaire-obscure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/pulmonaire-obscure\/","title":{"rendered":"PULMONAIRE OBSCURE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Pulmonaire%20obscure.jpg\" alt=\"Planche botanique Pulmonaire obscure\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<h2>I. Identit\u00e9 botanique<\/h2>\n<p>La pulmonaire obscure, <em>Pulmonaria obscura<\/em> Dumort., appartient \u00e0 la famille des <em>Boraginaceae<\/em>. C&rsquo;est une plante herbac\u00e9e vivace de 15 \u00e0 30 cm de hauteur, \u00e0 rhizome court et robuste. Les feuilles basales, apparaissant apr\u00e8s la floraison, sont largement ovales-cordiformes, \u00e0 sommet brusquement acumin\u00e9, non macul\u00e9es ou tr\u00e8s faiblement macul\u00e9es (vert uniforme, parfois avec quelques taches tr\u00e8s p\u00e2les), velout\u00e9es-pubescentes, \u00e0 p\u00e9tiole ail\u00e9. Les feuilles caulinaires sont sessiles, semi-embrassantes, ovales-lanc\u00e9ol\u00e9es. Les tiges sont dress\u00e9es, poilues. L&rsquo;inflorescence est une cyme scorpio\u00efde bipare, portant des fleurs tubuleuses-infundibuliformes de 10 \u00e0 15 mm, d&rsquo;abord roses puis virant au bleu-violet apr\u00e8s pollinisation. Le calice est tubuleux \u00e0 5 dents. Les fleurs sont h\u00e9t\u00e9rostyl\u00e9es (distylie pin\/thrum). La floraison s&rsquo;\u00e9tend de mars \u00e0 mai. Le fruit est form\u00e9 de 4 nucules lisses. L&rsquo;esp\u00e8ce est diplo\u00efde (2n = 14). <em>P. obscura<\/em> se distingue de <em>P. officinalis<\/em> par ses feuilles basales nettement cordiformes \u00e0 la base, non ou \u00e0 peine macul\u00e9es, et son indument de poils plus denses et plus courts.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. \u00c9cologie et habitat<\/h2>\n<p><em>Pulmonaria obscura<\/em> est une esp\u00e8ce europ\u00e9enne \u00e0 tendance continentale, r\u00e9partie de la France du nord-est \u00e0 la Russie, en passant par l&rsquo;Allemagne, la Pologne, les pays baltes et la Scandinavie m\u00e9ridionale. En France, elle est pr\u00e9sente dans le nord-est (Alsace, Lorraine, Champagne, Bourgogne, Franche-Comt\u00e9), devenant rare dans le reste du pays. Elle colonise les sous-bois de for\u00eats de feuillus m\u00e9sophiles \u00e0 m\u00e9sohygrophiles (ch\u00eanaies-charmaies, h\u00eatraies-ch\u00eanaies, \u00e9rabli\u00e8res), les lisi\u00e8res, les haies et les berges ombrag\u00e9es, sur sols frais, humif\u00e8res, argileux \u00e0 limono-argileux, neutres \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement basiques (pH 6-7,5). L&rsquo;esp\u00e8ce est sciaphile \u00e0 semi-sciaphile et indicatrice de for\u00eats anciennes \u00e0 sols riches en humus. Elle appartient aux communaut\u00e9s foresti\u00e8res du <em>Querco-Fagetea<\/em> et est souvent associ\u00e9e \u00e0 <em>Anemone nemorosa<\/em>, <em>Mercurialis perennis<\/em>, <em>Galium odoratum<\/em> et <em>Asarum europaeum<\/em>. Sa floraison pr\u00e9coce en fait une source de nectar importante pour les premiers bourdons du printemps.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. Histoire et usages traditionnels<\/h2>\n<p>L&rsquo;histoire m\u00e9dicinale de <em>Pulmonaria obscura<\/em> est intimement li\u00e9e \u00e0 celle de <em>P. officinalis<\/em>, les deux esp\u00e8ces n&rsquo;ayant \u00e9t\u00e9 clairement distingu\u00e9es qu&rsquo;au XIXe si\u00e8cle par Dumortier. La th\u00e9orie des signatures de Paracelse attribuait aux pulmonaires, dont les taches foliaires \u00e9voquent les alv\u00e9oles pulmonaires, des vertus pectorales. Cependant, <em>P. obscura<\/em>, aux feuilles peu ou non macul\u00e9es, ne correspond pas bien \u00e0 cette th\u00e9orie, ce qui explique son utilisation moindre par rapport \u00e0 <em>P. officinalis<\/em>. En m\u00e9decine populaire d&rsquo;Europe centrale et orientale, toutes les pulmonaires \u00e9taient n\u00e9anmoins employ\u00e9es indiff\u00e9remment en infusion pectorale contre la toux, les bronchites et les catarrhes pulmonaires. Les feuilles servaient aussi en cataplasme sur les plaies et les engelures. L&rsquo;infusion \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e adoucissante, \u00e9molliente et l\u00e9g\u00e8rement sudorifique. Les jeunes feuilles, comestibles, \u00e9taient ajout\u00e9es aux soupes et salades printani\u00e8res en Europe centrale (Bavi\u00e8re, Autriche, Boh\u00eame).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. Composition chimique d\u00e9taill\u00e9e<\/h2>\n<p>La composition chimique de <em>P. obscura<\/em> est tr\u00e8s proche de celle de <em>P. officinalis<\/em> et de <em>P. longifolia<\/em>. Les <strong>mucilages<\/strong> (arabinogalactanes, rhamnogalacturonanes) repr\u00e9sentent 6 \u00e0 10 % du poids sec des feuilles. L&rsquo;<strong>acide rosmarinique<\/strong> est le compos\u00e9 ph\u00e9nolique majeur (1 \u00e0 3 % MS), aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et anti-inflammatoires remarquables. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<strong>querc\u00e9tine<\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong>rutine<\/strong>) et des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong>acide chlorog\u00e9nique<\/strong>) sont pr\u00e9sents. Les <strong>tanins<\/strong> cat\u00e9chiques et galliques (4-8 % MS) conf\u00e8rent une astringence mod\u00e9r\u00e9e. De la <strong>silice<\/strong> soluble (acide silicique) est pr\u00e9sente. Des <strong>min\u00e9raux<\/strong> (potassium, calcium, fer, mangan\u00e8se) et de la <strong>vitamine C<\/strong> compl\u00e8tent le profil. Des <strong>alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques<\/strong> (AP) traces sont probables chez cette esp\u00e8ce comme chez les autres Boraginac\u00e9es, bien que leur teneur n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifiquement quantifi\u00e9e. Des <strong>anthocyanes<\/strong> (delphinidine, cyanidine) sont responsables du changement de couleur des fleurs.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. Pharmacologie et m\u00e9canismes d&rsquo;action<\/h2>\n<p>Les m\u00e9canismes d&rsquo;action de <em>P. obscura<\/em> sont identiques \u00e0 ceux d\u00e9crits pour les autres pulmonaires. Les <strong>mucilages<\/strong> forment un film hydrophile protecteur sur les muqueuses respiratoires, r\u00e9duisant la toux et l&rsquo;inflammation de contact. L&rsquo;<strong>acide rosmarinique<\/strong> inhibe la COX-2, la 5-LOX, le compl\u00e9ment C3-convertase, r\u00e9duit la production de leucotri\u00e8nes et pi\u00e8ge les radicaux libres. Il poss\u00e8de aussi des propri\u00e9t\u00e9s antivirales (inhibition de l&rsquo;entr\u00e9e de certains virus envelopp\u00e9s) et antiallergiques (inhibition de la d\u00e9granulation mastocytaire). Les <strong>tanins<\/strong> exercent un effet astringent sur les muqueuses. La <strong>silice<\/strong> soluble est consid\u00e9r\u00e9e comme favorable \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des tissus conjonctifs. Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> compl\u00e8tent les effets antioxydants et anti-inflammatoires. L&rsquo;ensemble de ces propri\u00e9t\u00e9s justifie l&rsquo;usage traditionnel pectoral et adoucissant.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. Propri\u00e9t\u00e9s th\u00e9rapeutiques document\u00e9es<\/h2>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s de <em>P. obscura<\/em> ne sont pas document\u00e9es par des \u00e9tudes cliniques sp\u00e9cifiques. Elles sont extrapol\u00e9es de celles des autres pulmonaires et des donn\u00e9es pharmacologiques de leurs constituants. (1) <strong>Effet b\u00e9chique et adoucissant<\/strong> : les mucilages calment la toux s\u00e8che. (2) <strong>Effet expectorant doux<\/strong> : la combinaison mucilages-saponines traces facilite l&rsquo;expectoration. (3) <strong>Effet anti-inflammatoire<\/strong> : l&rsquo;acide rosmarinique r\u00e9duit l&rsquo;inflammation des voies respiratoires. (4) <strong>Effet antioxydant<\/strong> : capacit\u00e9 antioxydante \u00e9lev\u00e9e in vitro. (5) <strong>Effet astringent<\/strong> : les tanins r\u00e9duisent les s\u00e9cr\u00e9tions excessives. (6) <strong>Effet vuln\u00e9raire<\/strong> : usage externe traditionnel sur les plaies. L&rsquo;esp\u00e8ce ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune monographie officielle.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. Indications en phytoth\u00e9rapie clinique<\/h2>\n<p>Les indications sont identiques \u00e0 celles des autres pulmonaires : toux s\u00e8che irritative, bronchite aigu\u00eb b\u00e9nigne, inflammation des voies respiratoires sup\u00e9rieures (pharyngite, laryngite), affections cutan\u00e9es mineures en usage externe. En herboristerie d&rsquo;Europe centrale, la pulmonaire obscure entre dans les m\u00eames m\u00e9langes pectoraux que <em>P. officinalis<\/em>. La distinction entre les esp\u00e8ces de <em>Pulmonaria<\/em> est rarement faite en herboristerie pratique. La r\u00e9serve relative aux alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques s&rsquo;applique \u00e0 toutes les pulmonaires, limitant l&rsquo;usage prolong\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>VIII. Posologie et modes d&#8217;emploi<\/h2>\n<p><strong>Infusion de feuilles et sommit\u00e9s fleuries<\/strong> : 1,5 \u00e0 3 g pour 250 mL d&rsquo;eau bouillante, infuser 10-15 min ; 3 \u00e0 4 tasses\/jour. <strong>D\u00e9coction<\/strong> (usage externe) : 30 \u00e0 50 g pour 1 L d&rsquo;eau ; en compresses. <strong>Teinture-m\u00e8re<\/strong> (1:5, \u00e9thanol 40 %) : 30 \u00e0 50 gouttes, 3 fois\/jour. <strong>Sirop<\/strong> : infusion concentr\u00e9e additionn\u00e9e de miel ; 2 \u00e0 4 cuill\u00e8res \u00e0 soupe\/jour. Dur\u00e9e limit\u00e9e \u00e0 4-6 semaines (pr\u00e9caution AP).<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. Contre-indications et pr\u00e9cautions<\/h2>\n<p>D\u00e9conseill\u00e9 pendant la grossesse et l&rsquo;allaitement (AP potentiels). Usage prolong\u00e9 (&gt; 6 semaines\/an) d\u00e9conseill\u00e9. Patients atteints de maladie h\u00e9patique : \u00e9viter. Allergie aux Boraginac\u00e9es : prudence. L&rsquo;identification botanique doit \u00eatre certaine.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h2>\n<p>Mucilages : retarder l&rsquo;absorption de m\u00e9dicaments (espacer de 30-60 min). Tanins : r\u00e9duire l&rsquo;absorption du fer et d&rsquo;antibiotiques (espacer de 2 h). Acide rosmarinique : inhibition modeste de la COMT (th\u00e9orique, non cliniquement significative). Risque global tr\u00e8s faible.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. Toxicologie<\/h2>\n<p>Toxicit\u00e9 aigu\u00eb tr\u00e8s faible. Risque principal : alcalo\u00efdes pyrrolizidiniques potentiels en traces. Les teneurs chez les pulmonaires sont g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s faibles (&lt; 10 \u00b5g\/g MS). L&#039;EMA recommande de ne pas d\u00e9passer 1 \u00b5g d&#039;AP 1,2-insatur\u00e9s\/jour au long cours. L&#039;usage en infusion de courte dur\u00e9e est consid\u00e9r\u00e9 comme s\u00fbr. La plante n&#039;est pas r\u00e9pertori\u00e9e comme toxique.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. Recherche scientifique r\u00e9cente<\/h2>\n<p>La recherche sur <em>P. obscura<\/em> est surtout taxonomique et \u00e9cologique. Des \u00e9tudes de phylog\u00e9nie mol\u00e9culaire ont confirm\u00e9 que <em>P. obscura<\/em> est g\u00e9n\u00e9tiquement distincte de <em>P. officinalis<\/em>, contrairement \u00e0 ce que certains auteurs soutenaient. Des \u00e9tudes \u00e9cologiques sur la distylie montrent que les populations de <em>P. obscura<\/em> maintiennent un \u00e9quilibre isopl\u00e9tique dans les grandes for\u00eats mais sont d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es dans les fragments forestiers isol\u00e9s. L&rsquo;acide rosmarinique des pulmonaires fait l&rsquo;objet de recherches en cosm\u00e9tique (photoprotection), en neurologie (neuroprotection) et en infectiologie (activit\u00e9 antivirale). Des \u00e9tudes quantifient les AP dans les tissus commercialis\u00e9s de pulmonaire, avec des r\u00e9sultats rassurants (&lt; 1 \u00b5g\/g dans la plupart des lots).<\/p>\n<hr>\n<h2>XIII. Conservation et culture<\/h2>\n<p><em>P. obscura<\/em> n&rsquo;est pas menac\u00e9e globalement mais peut \u00eatre localement rare aux marges de son aire. En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est commune dans le nord-est mais rare ou absente ailleurs. La culture est identique \u00e0 celle des autres pulmonaires : ombre \u00e0 mi-ombre, sol humif\u00e8re frais, neutre, drainant. Multiplication par division de touffes (automne-printemps) ou par semis (germination lente). Plante ornementale d&rsquo;ombre appr\u00e9ci\u00e9e pour sa floraison pr\u00e9coce bicolore. Mellif\u00e8re pour les premiers pollinisateurs.<\/p>\n<hr>\n<h2>XIV. R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5e \u00e9d. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc ; 2016.<br \/>\nBolliger M. et al. Molecular phylogenetics of <em>Pulmonaria<\/em>. <em>Taxon<\/em>. 2014;63(2):405-421.<br \/>\nPetersen M., Simmonds M.S.J. Rosmarinic acid. <em>Phytochemistry<\/em>. 2003;62(2):121-125.<br \/>\nEMA\/HMPC. Public statement on pyrrolizidine alkaloids. EMA\/HMPC\/893108\/2011.<br \/>\nTison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. Identit\u00e9 botanique La pulmonaire obscure, Pulmonaria obscura Dumort., appartient \u00e0 la famille des Boraginaceae. 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