{"id":762,"date":"2026-03-26T11:27:39","date_gmt":"2026-03-26T10:27:39","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/lepidium-des-champs\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:12","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:12","slug":"lepidium-des-champs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/lepidium-des-champs\/","title":{"rendered":"LEPIDIUM DES CHAMPS"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Passerage%20des%20champs.jpg\" alt=\"Planche botanique Passerage des champs\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Le l\u00e9pidium des champs, ou passerage des champs, est une petite crucif\u00e8re adventice des cultures et des terrains perturb\u00e9s, discr\u00e8te mais tenace. Membre d&rsquo;un genre cosmopolite comptant plus de 200 esp\u00e8ces, il partage avec ses cousins \u2014 dont le c\u00e9l\u00e8bre cresson al\u00e9nois \u2014 une saveur piquante caract\u00e9ristique due aux <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/glucosinolates\/\">glucosinolates<\/a>. La m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne l&rsquo;a utilis\u00e9 comme d\u00e9puratif, diur\u00e9tique et rub\u00e9fiant, tandis que la m\u00e9decine traditionnelle du Maghreb et du Moyen-Orient l&#8217;emploie encore contre les troubles respiratoires et les douleurs articulaires. Comme beaucoup de mauvaises herbes m\u00e9dicinales, le l\u00e9pidium des champs a \u00e9t\u00e9 \u00e9clips\u00e9 par des esp\u00e8ces plus spectaculaires, mais sa richesse en glucosinolates et en compos\u00e9s soufr\u00e9s m\u00e9rite une r\u00e9\u00e9valuation scientifique approfondie.<\/p>\n<p><em>Lepidium campestre<\/em> (L.) W.T.Aiton<\/p>\n<p>Famille : Brassicaceae<\/p>\n<p>Le l\u00e9pidium des champs est de ces plantes que l&rsquo;on pi\u00e9tine sans les voir. Il se contente d&rsquo;un sol pauvre et d&rsquo;un bord de chemin, il pousse dru, il part en graines vite. Mais derri\u00e8re cette modestie se cache une chimie active \u2014 celle, \u00e2cre et soufr\u00e9e, des crucif\u00e8res \u2014 qui fonde un usage m\u00e9dicinal ancien et coh\u00e9rent. Chaque Brassicaceae contient une petite bombe chimique, le syst\u00e8me glucosinolate-myrosinase, et le l\u00e9pidium ne fait pas exception.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Brassicaceae (Cruciferae)<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Lepidium<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Lepidium campestre<\/em> (L.) W.T.Aiton<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> L\u00e9pidium des champs, Passerage des champs, Bourse de Judas, Field Pepperwort (anglais).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le genre <em>Lepidium<\/em> appartient \u00e0 la tribu des Lepidieae au sein des Brassicaceae. Il regroupe environ 230 esp\u00e8ces r\u00e9parties dans le monde entier, des r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es aux zones arides. <em>L. campestre<\/em> se distingue par ses silicules \u00e9chancr\u00e9es, ail\u00e9es au sommet, et ses feuilles caulinaires embrassantes \u00e0 oreillettes aigu\u00ebs. Il ne doit pas \u00eatre confondu avec <em>Lepidium sativum<\/em> (cresson al\u00e9nois, cultiv\u00e9 comme condiment), <em>Lepidium draba<\/em> (passerage drave, vivace \u00e0 silicules non ail\u00e9es) ni avec <em>Lepidium virginicum<\/em> (esp\u00e8ce nord-am\u00e9ricaine naturalis\u00e9e en Europe). La distinction repose principalement sur la morphologie du fruit et des feuilles caulinaires.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante annuelle ou bisannuelle, de 20 \u00e0 50 cm de hauteur, \u00e0 port dress\u00e9 et ramifi\u00e9 dans la partie sup\u00e9rieure. Tige unique ou peu ramifi\u00e9e \u00e0 la base, dens\u00e9ment pubescente-gris\u00e2tre avec des poils courts et apprim\u00e9s. Feuilles basales en rosette, spatul\u00e9es \u00e0 oblongues, dent\u00e9es \u00e0 sinu\u00e9es, p\u00e9tiol\u00e9es, disparaissant souvent \u00e0 la floraison. Feuilles caulinaires sessiles, embrassantes, \u00e0 oreillettes aigu\u00ebs, sagitt\u00e9es, enti\u00e8res ou finement dent\u00e9es, \u00e0 pubescence gris\u00e2tre.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fleurs :<\/strong> petites (2-3 mm), blanches, \u00e0 4 p\u00e9tales en croix d\u00e9passant \u00e0 peine les s\u00e9pales, dispos\u00e9es en grappes terminales allong\u00e9es et denses. Six \u00e9tamines dont 4 longues et 2 courtes (t\u00e9tradynames).<\/li>\n<li><strong>Fruit :<\/strong> silicule ovale, aplatie lat\u00e9ralement, \u00e9chancr\u00e9e au sommet, ail\u00e9e dans la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure, de 5 \u00e0 6 mm de long, contenant une graine par loge. Style tr\u00e8s court, inclus dans l&rsquo;\u00e9chancrure.<\/li>\n<li><strong>Graines :<\/strong> ovo\u00efdes, brun fonc\u00e9, de 2 mm, finement ponctu\u00e9es, mucilageuses au contact de l&rsquo;eau.<\/li>\n<li><strong>Floraison :<\/strong> mai \u00e0 juillet.<\/li>\n<li><strong>Habitat :<\/strong> cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res, friches, bords de chemins, talus, remblais, terrains secs \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment humides, sols calcaires \u00e0 neutres.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9partition :<\/strong> Eurasie temp\u00e9r\u00e9e, largement naturalis\u00e9 en Am\u00e9rique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET CULTURE<\/h3>\n<p>Le l\u00e9pidium des champs est une esp\u00e8ce pionni\u00e8re des sols perturb\u00e9s, calcaires \u00e0 neutres, bien drain\u00e9s. Il colonise les friches, les bords de route, les cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res (en particulier les chaumes), les terrains vagues et les remblais ferroviaires. Il se ress\u00e8me abondamment et peut constituer des peuplements denses, en particulier dans les jach\u00e8res. Annuel ou bisannuel, il passe l&rsquo;hiver sous forme de rosette basale et fleurit d\u00e8s le printemps suivant. En agriculture, il est \u00e9tudi\u00e9 comme plante de couverture hivernale (protection des sols, pi\u00e8ge \u00e0 nitrates) et comme source d&rsquo;huile industrielle non alimentaire. Il ne n\u00e9cessite aucun soin particulier et pousse spontan\u00e9ment dans la plupart des r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es d&rsquo;Europe. Sa pollinisation est entomophile (abeilles, syrphes) et autogame (autof\u00e9condation fr\u00e9quente).<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<ul>\n<li>Parties a\u00e9riennes (plante enti\u00e8re fleurie)<\/li>\n<li>Graines<\/li>\n<li>Racine (usage marginal)<\/li>\n<\/ul>\n<p>La plante enti\u00e8re est r\u00e9colt\u00e9e en d\u00e9but de floraison (mai-juin) et s\u00e9ch\u00e9e rapidement \u00e0 l&rsquo;ombre pour pr\u00e9server les glucosinolates volatils. Les graines, plus riches en glucosinolates et en huile fixe, sont r\u00e9colt\u00e9es \u00e0 maturit\u00e9 compl\u00e8te (juillet-ao\u00fbt) par battage des tiges s\u00e8ches. Elles conservent leur piquant caract\u00e9ristique pendant plusieurs mois si elles sont stock\u00e9es au sec et \u00e0 l&rsquo;abri de la chaleur. La racine, \u00e0 saveur de raifort att\u00e9nu\u00e9e, est parfois utilis\u00e9e en condiment dans certaines r\u00e9gions.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Glucosinolates et isothiocyanates<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Glucotropa\u00e9oline<\/strong> (benzyl-glucosinolate) \u2014 glucosinolate majeur des graines, lib\u00e9rant par hydrolyse enzymatique via la <strong>myrosinase<\/strong> de l&rsquo;<strong>isothiocyanate de benzyle<\/strong> (BITC), compos\u00e9 piquant et biologiquement tr\u00e8s actif. La r\u00e9action se produit lors du broyage des tissus v\u00e9g\u00e9taux, lorsque le substrat (glucosinolate) et l&rsquo;enzyme (myrosinase), s\u00e9questr\u00e9s dans des compartiments cellulaires distincts, entrent en contact.<\/li>\n<li><strong>Sinigrine<\/strong> \u2014 pr\u00e9curseur de l&rsquo;<strong>isothiocyanate d&rsquo;allyle<\/strong> (AITC), pr\u00e9sent en quantit\u00e9 variable selon les populations et les conditions de croissance.<\/li>\n<li><strong>Glucol\u00e9pidiine<\/strong> \u2014 glucosinolate sp\u00e9cifique du genre <em>Lepidium<\/em>, \u00e0 activit\u00e9 biologique encore peu \u00e9tudi\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Huile fixe des graines<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Acide \u00e9rucique<\/strong> (C22:1) \u2014 acide gras mono-insatur\u00e9 dominant, typique des Brassicaceae non am\u00e9lior\u00e9es. Repr\u00e9sente 20 \u00e0 40 % de l&rsquo;huile totale.<\/li>\n<li><strong>Acide ol\u00e9ique<\/strong> (C18:1), <strong>acide linol\u00e9ique<\/strong> (C18:2), <strong>acide linol\u00e9nique<\/strong> (C18:3) \u2014 acides gras compl\u00e9mentaires.<\/li>\n<li>Teneur en huile des graines : 18 \u00e0 25 % du poids sec.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. Flavono\u00efdes et compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et leurs glycosides \u2014 antioxydants et anti-inflammatoires.<\/li>\n<li><strong>Acide sinapique<\/strong>, <strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>, <strong>acide p-coumarique<\/strong> \u2014 acides ph\u00e9noliques hydroxyl\u00e9s \u00e0 activit\u00e9 antioxydante.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>D. Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">Mucilages<\/a> (graines) \u2014 polysaccharides \u00e9mollients qui gonflent au contact de l&rsquo;eau, formant un gel visqueux autour de la graine.<\/li>\n<li>Vitamine C (acide ascorbique) \u2014 30 \u00e0 60 mg\/100 g dans les parties a\u00e9riennes fra\u00eeches.<\/li>\n<li>Compos\u00e9s soufr\u00e9s volatils \u2014 di- et trisulfures responsables de l&rsquo;odeur piquante au froissement.<\/li>\n<li>Sels min\u00e9raux : potassium, calcium, fer, phosphore.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Action rub\u00e9fiante et r\u00e9vulsive<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>isothiocyanate de benzyle<\/strong> (BITC) lib\u00e9r\u00e9 par les graines broy\u00e9es provoque une vasodilatation locale intense lorsqu&rsquo;il est appliqu\u00e9 sur la peau, avec rougeur, sensation de chaleur et afflux sanguin. Cet effet rub\u00e9fiant, comparable \u00e0 celui du cataplasme de moutarde (sinapisme), est utilis\u00e9 en m\u00e9decine populaire pour soulager les douleurs musculaires, articulaires et thoraciques par r\u00e9vulsion \u2014 le principe \u00e9tant de cr\u00e9er une irritation superficielle qui d\u00e9tourne la douleur profonde et stimule la circulation locale.<\/p>\n<h3>B. Action antimicrobienne<\/h3>\n<p>Les isothiocyanates, en particulier le BITC et l&rsquo;AITC, exercent une activit\u00e9 antibact\u00e9rienne et antifongique \u00e0 large spectre, document\u00e9e in vitro contre <em>Staphylococcus aureus<\/em>, <em>Bacillus subtilis<\/em>, <em>Escherichia coli<\/em>, <em>Pseudomonas aeruginosa<\/em> et <em>Candida albicans<\/em>. Le m\u00e9canisme principal implique la perturbation des enzymes thiol-d\u00e9pendantes des micro-organismes par alkylation irr\u00e9versible des groupements sulfhydryles. Cette activit\u00e9 est exploit\u00e9e traditionnellement par l&rsquo;application de cataplasmes sur les plaies infect\u00e9es.<\/p>\n<h3>C. Action diur\u00e9tique<\/h3>\n<p>La tradition attribue \u00e0 la plante enti\u00e8re un effet diur\u00e9tique mod\u00e9r\u00e9, probablement li\u00e9 aux sels de potassium, aux flavono\u00efdes et aux compos\u00e9s soufr\u00e9s. Cet usage rejoint celui d&rsquo;autres Brassicaceae employ\u00e9es comme d\u00e9puratifs printaniers (cresson, cochl\u00e9aire, roquette) pour stimuler l&rsquo;\u00e9limination r\u00e9nale et h\u00e9patique apr\u00e8s l&rsquo;hiver.<\/p>\n<h3>D. Action expectorante et d\u00e9congestionnante<\/h3>\n<p>Les compos\u00e9s soufr\u00e9s volatils (isothiocyanates, sulfures) irritent mod\u00e9r\u00e9ment les muqueuses bronchiques par voie r\u00e9flexe (r\u00e9flexe gastro-pulmonaire), stimulant la s\u00e9cr\u00e9tion de mucus fluide et facilitant l&rsquo;expectoration. Ce m\u00e9canisme est commun \u00e0 plusieurs crucif\u00e8res m\u00e9dicinales (raifort, moutarde, cresson, cochl\u00e9aire) et justifie l&rsquo;usage contre les bronchites, les toux grasses et les encombrements des voies respiratoires sup\u00e9rieures.<\/p>\n<h3>E. Potentiel chimiopr\u00e9ventif<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>isothiocyanate de benzyle<\/strong> (BITC) fait l&rsquo;objet de recherches actives en canc\u00e9rologie pr\u00e9ventive depuis les ann\u00e9es 1990. Il induit l&rsquo;apoptose de cellules canc\u00e9reuses in vitro (lign\u00e9es de cancer du poumon, du c\u00f4lon, du sein, de la prostate) par activation des caspases et arr\u00eat du cycle cellulaire. Il active \u00e9galement les enzymes de phase II de la d\u00e9toxification h\u00e9patique (<strong>glutathion-S-transf\u00e9rase<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quinones\/\">quinone<\/a> r\u00e9ductase<\/strong>, <strong>UDP-glucuronosyltransf\u00e9rase<\/strong>), acc\u00e9l\u00e9rant l&rsquo;\u00e9limination des carcinog\u00e8nes. Ces donn\u00e9es, obtenues principalement sur <em>L. sativum<\/em> et d&rsquo;autres Brassicaceae, sont extrapolables au genre.<\/p>\n<h3>F. Action antioxydante<\/h3>\n<p>Les flavono\u00efdes (<strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong>querc\u00e9tine<\/strong>) et les acides ph\u00e9noliques (<strong>acide sinapique<\/strong>, <strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>) conf\u00e8rent une activit\u00e9 antioxydante significative, compl\u00e9mentaire de celle des isothiocyanates qui activent la voie Nrf2\/ARE de la d\u00e9fense antioxydante cellulaire.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches sp\u00e9cifiques sur <em>L. campestre<\/em> restent limit\u00e9es, la majorit\u00e9 des donn\u00e9es pharmacologiques concernant le genre <em>Lepidium<\/em> dans son ensemble, notamment <em>L. sativum<\/em> (cresson al\u00e9nois) et <em>L. meyenii<\/em> (maca). L&rsquo;activit\u00e9 antimicrobienne des isothiocyanates de benzyle a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par plusieurs \u00e9tudes in vitro. Le potentiel chimiopr\u00e9ventif de l&rsquo;<strong>isothiocyanate de benzyle<\/strong> est document\u00e9 par plus de 300 publications sur des mod\u00e8les cellulaires et animaux, avec des r\u00e9sultats encourageants sur les cancers du poumon, du c\u00f4lon et de la prostate. Des \u00e9tudes agronomiques su\u00e9doises et finlandaises \u00e9valuent <em>L. campestre<\/em> comme ol\u00e9agineuse de couverture en agriculture biologique (projet CoverCress), avec un potentiel de domestication int\u00e9ressant. L&rsquo;analyse nutritionnelle confirme une teneur \u00e9lev\u00e9e en prot\u00e9ines (25-30 % de la graine) et en huile (20-25 %), faisant de cette plante un candidat pour l&rsquo;agriculture durable.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Glucotropa\u00e9oline<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Myrosinase<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Isothiocyanate de benzyle<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Sinigrine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Isothiocyanate d&rsquo;allyle<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Infusion :<\/strong> 3 \u00e0 5 g de plante s\u00e8che (parties a\u00e9riennes) par tasse de 250 ml, infuser 10 min sous couvert. 2 \u00e0 3 tasses par jour (usage diur\u00e9tique et d\u00e9puratif).<\/li>\n<li><strong>Graines enti\u00e8res :<\/strong> 3 \u00e0 5 g par jour, m\u00e2ch\u00e9es ou finement broy\u00e9es dans du miel ou du yaourt (tradition maghr\u00e9bine). Commencer par 1 g pour tester la tol\u00e9rance digestive.<\/li>\n<li><strong>Cataplasme rub\u00e9fiant :<\/strong> graines fra\u00eechement moulues en p\u00e2te avec de l&rsquo;eau ti\u00e8de, application 10 \u00e0 15 min maximum sur la peau prot\u00e9g\u00e9e par une gaze fine. Ne pas r\u00e9appliquer sur la m\u00eame zone avant 24 heures.<\/li>\n<li><strong>Jus frais :<\/strong> plante fra\u00eeche broy\u00e9e et press\u00e9e, 20 \u00e0 30 ml par jour dilu\u00e9s dans de l&rsquo;eau, en cure printani\u00e8re de 2 \u00e0 3 semaines.<\/li>\n<li><strong>Teinture :<\/strong> plante fra\u00eeche au 1\/5 dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 45 degr\u00e9s. 30 \u00e0 50 gouttes, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Les isothiocyanates sont des compos\u00e9s irritants pour la peau et les muqueuses \u00e0 forte dose. L&rsquo;application cutan\u00e9e prolong\u00e9e (plus de 20 minutes) de graines broy\u00e9es provoque des br\u00fblures v\u00e9sicantes comparables \u00e0 celles de la moutarde (dermite de contact irritative, voire phlyct\u00e8nes). Par voie orale, un exc\u00e8s de graines crues peut entra\u00eener des irritations gastriques, des naus\u00e9es, des crampes abdominales et des diarrh\u00e9es. L&rsquo;<strong>acide \u00e9rucique<\/strong> de l&rsquo;huile des graines est cardiotoxique \u00e0 forte dose chez l&rsquo;animal (l\u00e9sions myocardiques lipidiques observ\u00e9es chez le rat), mais les quantit\u00e9s ing\u00e9r\u00e9es en usage phytoth\u00e9rapeutique ou culinaire restent tr\u00e8s en de\u00e7\u00e0 des seuils toxiques. L&rsquo;inhalation prolong\u00e9e des vapeurs de graines broy\u00e9es peut irriter les voies respiratoires.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONTRE-INDICATIONS ET PR\u00c9CAUTIONS<\/h3>\n<ul>\n<li>Hypothyro\u00efdie non compens\u00e9e : les glucosinolates sont goitrog\u00e8nes (les isothiocyanates inhibent la captation de l&rsquo;iode par la thyro\u00efde via le symporteur NIS). \u00c9viter toute consommation r\u00e9guli\u00e8re en cas de dysfonction thyro\u00efdienne.<\/li>\n<li>Grossesse et allaitement : insuffisance de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9, \u00e9viter par pr\u00e9caution. Certaines traditions l&rsquo;utilisent comme galactog\u00e8ne, mais sans validation scientifique.<\/li>\n<li>Ulc\u00e8re gastro-duod\u00e9nal actif ou gastrite \u00e9rosive : risque d&rsquo;aggravation par les isothiocyanates irritants.<\/li>\n<li>Peau l\u00e9s\u00e9e, ecz\u00e9mateuse ou sensible : ne pas appliquer de cataplasme de graines.<\/li>\n<li>Enfants de moins de 6 ans : \u00e9viter l&rsquo;usage interne et externe (peau fragile).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>INTERACTIONS M\u00c9DICAMENTEUSES<\/h3>\n<p>Interaction th\u00e9orique avec les antithyro\u00efdiens de synth\u00e8se (thiamazole, propylthiouracile) par effet goitrog\u00e8ne additif. Prudence avec les anticoagulants oraux de type AVK (la vitamine K1 des parties vertes pourrait r\u00e9duire l&rsquo;efficacit\u00e9 de la warfarine \u00e0 forte consommation, tandis que les isothiocyanates pourraient inhiber le CYP2E1 h\u00e9patique). Interaction possible avec les substrats du cytochrome CYP1A2 (les isothiocyanates sont inducteurs de ce cytochrome). Pas d&rsquo;interaction cliniquement document\u00e9e \u00e0 ce jour.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<h3>A. D\u00e9puratif printanier<\/h3>\n<p>En Europe occidentale, la plante enti\u00e8re fra\u00eeche \u00e9tait consomm\u00e9e en salade ou en jus au printemps, \u00e0 la mani\u00e8re du cresson, pour purifier le sang \u2014 un usage coh\u00e9rent avec l&rsquo;action diur\u00e9tique, l&rsquo;apport de vitamine C et la stimulation h\u00e9patique apr\u00e8s les mois d&rsquo;hiver. Les jeunes rosettes basales, r\u00e9colt\u00e9es avant la floraison, \u00e9taient les plus appr\u00e9ci\u00e9es pour leur saveur piquante mais non br\u00fblante.<\/p>\n<h3>B. Cataplasme rub\u00e9fiant<\/h3>\n<p>Les graines broy\u00e9es, m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 de l&rsquo;eau ti\u00e8de pour former une p\u00e2te, \u00e9taient appliqu\u00e9es en cataplasme sur la poitrine (bronchites, toux grasses, pleur\u00e9sies) ou sur les articulations douloureuses (rhumatismes, arthrose, lumbago), \u00e0 la mani\u00e8re des sinapismes de moutarde. L&rsquo;application ne devait pas d\u00e9passer 10 \u00e0 15 minutes pour \u00e9viter les br\u00fblures cutan\u00e9es v\u00e9sicantes. Une gaze interpos\u00e9e entre la p\u00e2te et la peau prot\u00e9geait les peaux sensibles.<\/p>\n<h3>C. M\u00e9decine populaire du Maghreb et du Moyen-Orient<\/h3>\n<p>Au Maroc, en Alg\u00e9rie et en Arabie, les graines de <em>Lepidium<\/em> spp. (d\u00e9sign\u00e9es sous le nom arabe habb er-rechad ou habba sawda dans certaines r\u00e9gions) sont consomm\u00e9es m\u00e9lang\u00e9es au miel, au lait chaud ou \u00e0 l&rsquo;huile d&rsquo;olive contre les affections respiratoires (toux, asthme, bronchite), les douleurs rhumatismales, la faiblesse g\u00e9n\u00e9rale et comme galactog\u00e8ne (stimulant la lactation). Cet usage est encore vivace aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<h3>D. Condiment et aliment de disette<\/h3>\n<p>Les graines enti\u00e8res \u00e9taient parfois utilis\u00e9es comme succ\u00e9dan\u00e9 du poivre dans les campagnes pauvres. Les feuilles basales, riches en vitamine C, constituaient un aliment de cueillette appr\u00e9ci\u00e9 lors des disettes.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00c9GLEMENTATION ET STATUT<\/h3>\n<ul>\n<li>Non inscrit \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne ni \u00e0 la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise.<\/li>\n<li>Plante alimentaire sauvage consomm\u00e9e occasionnellement en cueillette (feuilles, graines).<\/li>\n<li>Non r\u00e9glement\u00e9 sp\u00e9cifiquement en tant que compl\u00e9ment alimentaire dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/li>\n<li>Les graines de <em>Lepidium<\/em> spp. sont commercialis\u00e9es dans les herboristeries du Maghreb et du Moyen-Orient.<\/li>\n<li>Esp\u00e8ce non menac\u00e9e, localement consid\u00e9r\u00e9e comme adventice des cultures dans toute l&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le l\u00e9pidium des champs est une crucif\u00e8re m\u00e9dicinale de terrain, riche en <strong>glucosinolates<\/strong> (notamment la <strong>glucotropa\u00e9oline<\/strong>) et en <strong>isothiocyanates<\/strong> (notamment l&rsquo;<strong>isothiocyanate de benzyle<\/strong>), dont l&rsquo;usage traditionnel comme rub\u00e9fiant, diur\u00e9tique, d\u00e9puratif et expectorant est pharmacologiquement coh\u00e9rent et bien fond\u00e9. Son potentiel chimiopr\u00e9ventif, li\u00e9 aux isothiocyanates inducteurs des enzymes de d\u00e9toxification h\u00e9patique, ouvre des perspectives int\u00e9ressantes mais n\u00e9cessite des essais cliniques sp\u00e9cifiques. Son potentiel agronomique comme culture de couverture et ol\u00e9agineuse alternative est activement explor\u00e9 en Scandinavie. La plante m\u00e9rite une r\u00e9\u00e9valuation dans le cadre de la phytoth\u00e9rapie fond\u00e9e sur les preuves, d&rsquo;autant que sa disponibilit\u00e9 est quasi illimit\u00e9e et que son profil de s\u00e9curit\u00e9 est bien compris. En attendant, elle reste un d\u00e9puratif printanier de bon sens et un cataplasme rub\u00e9fiant efficace, \u00e0 condition de respecter les pr\u00e9cautions d&#8217;emploi \u2014 en particulier la dur\u00e9e d&rsquo;application et les contre-indications thyro\u00efdiennes.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Lepidium%20campestre\">Plants of the World Online, Kew : <em>Lepidium campestre<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Lepidium+campestre\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Lepidium campestre<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Expectorant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> D\u00e9puratif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le l\u00e9pidium des champs, ou passerage des champs, est une petite crucif\u00e8re adventice des cultures et des terrains perturb\u00e9s, discr\u00e8te mais tenace. 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