{"id":7629,"date":"2026-04-04T12:15:57","date_gmt":"2026-04-04T10:15:57","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/04\/jardin-foret-en-savoie-combe-de-savoie\/"},"modified":"2026-04-04T12:15:57","modified_gmt":"2026-04-04T10:15:57","slug":"jardin-foret-en-savoie-combe-de-savoie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/04\/jardin-foret-en-savoie-combe-de-savoie\/","title":{"rendered":"Jardin for\u00eat en Savoie (Combe de Savoie)"},"content":{"rendered":"<p>Imaginer un jardin for\u00eat en Combe de Savoie, ce n\u2019est pas plaquer un mod\u00e8le id\u00e9al sur un territoire r\u00e9el. C\u2019est partir d\u2019un paysage pr\u00e9cis, d\u2019un climat d\u00e9j\u00e0 contrast\u00e9, de sols souvent filtrants, d\u2019expositions tr\u00e8s variables et d\u2019un avenir climatique qui impose de penser plus loin que la seule saison suivante. Entre influences alpines, effet de vall\u00e9e, \u00e9t\u00e9s parfois tr\u00e8s chauds et \u00e9pisodes de s\u00e9cheresse plus fr\u00e9quents, la Combe de Savoie constitue un terrain particuli\u00e8rement int\u00e9ressant pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des syst\u00e8mes nourriciers plus r\u00e9silients, plus sobres et plus vivants.<\/p>\n<p>Le jardin for\u00eat n\u2019y doit pas \u00eatre compris comme une for\u00eat miniature laiss\u00e9e au hasard, ni comme une collection exotique de plantes \u201coriginales\u201d. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me cultiv\u00e9, inspir\u00e9 des dynamiques naturelles, organis\u00e9 en strates, fond\u00e9 sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre arbres, arbustes, vivaces, couvre-sols et grimpantes. Son int\u00e9r\u00eat n\u2019est pas seulement productif. Il touche aussi \u00e0 la r\u00e9gulation du microclimat, \u00e0 la protection du sol, \u00e0 la circulation de l\u2019eau, \u00e0 la biodiversit\u00e9 fonctionnelle et \u00e0 la stabilit\u00e9 \u00e0 long terme d\u2019un lieu habit\u00e9.<\/p>\n<p>En Savoie, cette approche prend une tonalit\u00e9 particuli\u00e8re. Le changement climatique n\u2019est plus une hypoth\u00e8se abstraite : il modifie d\u00e9j\u00e0 les r\u00e9gimes hydriques, les dates de floraison, la pression de certains stress thermiques et la mani\u00e8re m\u00eame de concevoir les plantations. Un jardin for\u00eat bien pens\u00e9 ne cherche donc pas seulement \u00e0 produire des fruits, des feuilles ou du bois. Il cherche \u00e0 construire de la r\u00e9silience. Il anticipe. Il distribue les risques. Il mise sur la diversit\u00e9. Il cr\u00e9e des continuit\u00e9s \u00e9cologiques et des r\u00e9serves biologiques l\u00e0 o\u00f9 les syst\u00e8mes simplifi\u00e9s deviennent plus fragiles.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. POURQUOI LA COMBE DE SAVOIE EST UN TERRITOIRE STRAT\u00c9GIQUE POUR LE JARDIN FOR\u00caT<\/h2>\n<p>La Combe de Savoie pr\u00e9sente une singularit\u00e9 pr\u00e9cieuse : elle concentre sur un espace relativement restreint des situations tr\u00e8s diverses de pente, d\u2019exposition, de circulation d\u2019air, de profondeur de sol et de disponibilit\u00e9 en eau. Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 est un d\u00e9fi pour la culture uniforme, mais un avantage pour un jardin for\u00eat bien con\u00e7u. L\u00e0 o\u00f9 un syst\u00e8me monosp\u00e9cifique souffre d\u2019un manque d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, un syst\u00e8me stratifi\u00e9 peut au contraire tirer parti des nuances de terrain.<\/p>\n<p>Les coteaux chauds, les replats plus profonds, les lisi\u00e8res vent\u00e9es, les zones plus fra\u00eeches ou plus humides, les poches de sol calcaire ou limono-caillouteux permettent d\u2019installer des assemblages diff\u00e9renci\u00e9s. Le territoire devient alors non pas un obstacle, mais une mosa\u00efque de microclimats. C\u2019est un point essentiel, car les travaux d\u2019INRAE comme ceux de l\u2019ONF montrent que l\u2019avenir des arbres d\u00e9pend de plus en plus de leur capacit\u00e9 \u00e0 faire face aux s\u00e9cheresses, aux canicules et \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames plus fr\u00e9quents.<\/p>\n<div class=\"medical-section-panel\">\n<p>Concevoir un jardin for\u00eat en Savoie ne consiste donc pas \u00e0 chercher <em>la<\/em> liste parfaite d\u2019esp\u00e8ces. Il s\u2019agit d\u2019apprendre \u00e0 lire les gradients du lieu et \u00e0 associer les plantes aux bonnes niches \u00e9cologiques.<\/p>\n<\/div>\n<h2>II. CE QU\u2019UN JARDIN FOR\u00caT PEUT APPORTER DANS UN CONTEXTE DE R\u00c9CHAUFFEMENT<\/h2>\n<p>Le retour de l\u2019arbre dans les syst\u00e8mes cultiv\u00e9s n\u2019a rien d\u2019un simple effet de mode. L\u2019agroforesterie et les syst\u00e8mes arbor\u00e9s sont aujourd\u2019hui \u00e9tudi\u00e9s et encourag\u00e9s parce qu\u2019ils am\u00e9liorent plusieurs fonctions \u00e9cologiques majeures : structure du sol, activit\u00e9 biologique, infiltration de l\u2019eau, protection contre l\u2019\u00e9rosion, cr\u00e9ation de microclimats, stockage de carbone et accueil de biodiversit\u00e9. Le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture comme INRAE rappellent que l\u2019association de strates v\u00e9g\u00e9tales permet une meilleure utilisation des ressources et un fonctionnement plus stable que celui de syst\u00e8mes simplifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un jardin for\u00eat, cela signifie plusieurs choses concr\u00e8tes. L\u2019ombre partielle r\u00e9duit l\u2019\u00e9chauffement du sol. La liti\u00e8re amortit les pluies violentes et limite l\u2019\u00e9vaporation. Les racines profondes am\u00e9liorent la porosit\u00e9 et soutiennent les cycles du carbone et des nutriments. Les floraisons \u00e9tal\u00e9es nourrissent davantage de pollinisateurs. Les lisi\u00e8res, haies et zones semi-ombrag\u00e9es multiplient les refuges pour les auxiliaires. Le lieu devient progressivement moins d\u00e9pendant d\u2019interventions permanentes et plus capable d\u2019absorber les variations climatiques.<\/p>\n<p>Cela ne supprime pas le besoin de gestion. Mais cela change la nature de cette gestion : on travaille plus avec les fonctions du vivant qu\u2019avec des corrections permanentes impos\u00e9es de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h2>III. PREMIER PRINCIPE : INSTALLER UNE CANOP\u00c9E SOBEREMENT AMBITIEUSE<\/h2>\n<p>La strate arbor\u00e9e doit \u00eatre pens\u00e9e comme l\u2019ossature du syst\u00e8me. En Combe de Savoie, elle gagnera \u00e0 combiner robustesse locale et ouverture prudente vers des essences plus thermophiles, sans c\u00e9der \u00e0 l\u2019enthousiasme irr\u00e9fl\u00e9chi. Le noyer (<em>Juglans regia<\/em>), le ch\u00e2taignier (<em>Castanea sativa<\/em>) dans les situations compatibles, le poirier franc (<em>Pyrus communis<\/em>), certains pommiers francs rustiques ou encore le figuier dans les expositions favorables ont d\u00e9j\u00e0 leur place dans ce paysage.<\/p>\n<p>Le micocoulier (<em>Celtis australis<\/em>) m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re dans les secteurs chauds et drainants : il r\u00e9siste bien \u00e0 la s\u00e9cheresse une fois install\u00e9, supporte les sols pauvres et constitue un arbre de structure int\u00e9ressant pour l\u2019avenir. L\u2019amandier (<em>Prunus dulcis<\/em>) peut trouver sa place dans les zones tr\u00e8s abrit\u00e9es et bien expos\u00e9es, \u00e0 condition de tenir compte du risque de gel sur floraison pr\u00e9coce. Le figuier (<em>Ficus carica<\/em>) est d\u00e9j\u00e0 un bon indicateur de la transition climatique en cours dans de nombreuses vall\u00e9es internes.<\/p>\n<p>L\u2019objectif n\u2019est pas de \u201cm\u00e9diterran\u00e9iser\u201d artificiellement le site. Il s\u2019agit plut\u00f4t de constituer une canop\u00e9e diversifi\u00e9e, capable d\u2019encaisser des \u00e9t\u00e9s plus secs, d\u2019offrir une ombre utile aux strates inf\u00e9rieures et de limiter la d\u00e9pendance \u00e0 une seule essence sensible.<\/p>\n<h2>IV. STRATES INTERM\u00c9DIAIRES : FRUITIERS, ARBUSTES ET COMPAGNES FONCTIONNELLES<\/h2>\n<p>La strate sub-arbor\u00e9e permet d\u2019introduire des fruitiers plus rapides et plus accessibles : p\u00eacher (<em>Prunus persica<\/em>), cerisier (<em>Prunus avium<\/em>), n\u00e9flier (<em>Mespilus germanica<\/em>) et, dans les secteurs les plus favorables, plaqueminier (<em>Diospyros kaki<\/em>). Ces esp\u00e8ces n\u2019ont pas toutes la m\u00eame rusticit\u00e9 ni les m\u00eames exigences, mais elles participent \u00e0 la diversification temporelle du syst\u00e8me : certaines entrent vite en production, d\u2019autres prennent le relais plus tard.<\/p>\n<p>La strate arbustive joue un r\u00f4le encore plus strat\u00e9gique. Le noisetier (<em>Corylus avellana<\/em>) apporte densit\u00e9, mati\u00e8re organique et r\u00e9colte. Le sureau noir (<em>Sambucus nigra<\/em>) occupe bien les zones plus fra\u00eeches et productives. Le cassis (<em>Ribes nigrum<\/em>) n\u2019est pertinent qu\u2019en situations prot\u00e9g\u00e9es de l\u2019exc\u00e8s de chaleur. \u00c0 l\u2019inverse, des esp\u00e8ces comme l\u2019argousier (<em>Hippophae rhamnoides<\/em>) ou certains \u00e9l\u00e9agnus comme le goumi du Japon (<em>Elaeagnus multiflora<\/em>) sont int\u00e9ressants pour leur r\u00e9sistance et, dans le cas des \u00e9l\u00e9agnac\u00e9es, pour leur r\u00f4le dans la dynamique de fertilit\u00e9.<\/p>\n<div class=\"phytochimie-grid\">\n<section class=\"phytochimie-card\">\n<h3 class=\"phytochimie-card-title\">Arbustes de production<\/h3>\n<div class=\"phytochimie-card-body\">\n<p>Noisetier, sureau, cassis en zones fra\u00eeches, groseilliers selon exposition : ils donnent une structure productive rapidement visible.<\/p>\n<\/div>\n<\/section>\n<section class=\"phytochimie-card\">\n<h3 class=\"phytochimie-card-title\">Arbustes de r\u00e9silience<\/h3>\n<div class=\"phytochimie-card-body\">\n<p>Argousier, goumi, parfois am\u00e9lanchier selon les sols : ils renforcent la tol\u00e9rance au stress et diversifient les floraisons.<\/p>\n<\/div>\n<\/section>\n<section class=\"phytochimie-card\">\n<h3 class=\"phytochimie-card-title\">Arbustes refuges<\/h3>\n<div class=\"phytochimie-card-body\">\n<p>Les haies m\u00ealant essences locales, floraisons \u00e9tag\u00e9es et bois dense favorisent auxiliaires, oiseaux et continuit\u00e9s \u00e9cologiques.<\/p>\n<\/div>\n<\/section>\n<\/div>\n<h2>V. HERBAC\u00c9ES, COUVRE-SOLS ET LISI\u00c8RES : LE SYST\u00c8ME NE TIENT PAS SANS ELLES<\/h2>\n<p>Un jardin for\u00eat \u00e9choue souvent lorsqu\u2019on pense uniquement \u201carbres\u201d. La r\u00e9ussite d\u00e9pend aussi des couches basses. Les vivaces fonctionnelles comme l\u2019ortie (<em>Urtica dioica<\/em>), l\u2019achill\u00e9e millefeuille (<em>Achillea millefolium<\/em>), la consoude (<em>Symphytum<\/em> spp.), l\u2019origan (<em>Origanum vulgare<\/em>) ou la sauge officinale (<em>Salvia officinalis<\/em>) apportent bien davantage qu\u2019un d\u00e9cor : biomasse, ressource mellif\u00e8re, couverture du sol, attractivit\u00e9 pour les auxiliaires, parfois usage culinaire ou m\u00e9dicinal.<\/p>\n<p>Les couvre-sols ont un r\u00f4le d\u00e9cisif en climat plus chaud. Le fraisier des bois (<em>Fragaria vesca<\/em>) convient mieux aux secteurs semi-ombrag\u00e9s. Le tr\u00e8fle blanc (<em>Trifolium repens<\/em>) soutient les dynamiques de couverture et de vie du sol. Le thym serpolet (<em>Thymus serpyllum<\/em>) devient tr\u00e8s int\u00e9ressant dans les zones s\u00e8ches, en bordures, entre pierres ou sur talus drainants. Dans bien des cas, la stabilit\u00e9 hydrique du syst\u00e8me se joue davantage \u00e0 10 centim\u00e8tres du sol qu\u2019\u00e0 10 m\u00e8tres de hauteur.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoutent les lianes et grimpantes. La vigne (<em>Vitis vinifera<\/em>) est \u00e9videmment coh\u00e9rente en Savoie. Le houblon (<em>Humulus lupulus<\/em>) peut occuper les secteurs plus frais. Le kiwi r\u00e9clame davantage de protection, d\u2019eau et d\u2019abri. Comme toujours, la bonne question n\u2019est pas \u201cest-ce que l\u2019esp\u00e8ce peut vivre ici ?\u201d, mais \u201cdans quel microclimat pr\u00e9cis et avec quel niveau d\u2019entretien ?\u201d.<\/p>\n<h2>VI. L\u2019EAU : LE VRAI SUJET STRUCTURANT DU JARDIN FOR\u00caT DE DEMAIN<\/h2>\n<p>Dans une vall\u00e9e int\u00e9rieure comme la Combe de Savoie, la gestion de l\u2019eau devient centrale. La logique du jardin for\u00eat n\u2019est pas d\u2019augmenter ind\u00e9finiment l\u2019irrigation, mais d\u2019am\u00e9liorer la capacit\u00e9 du site \u00e0 retenir, infiltrer et redistribuer l\u2019eau disponible. Cela suppose plusieurs leviers combin\u00e9s : paillage r\u00e9gulier, maintien d\u2019un sol couvert, densit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale r\u00e9fl\u00e9chie, limitation du travail du sol, cr\u00e9ation \u00e9ventuelle de l\u00e9g\u00e8res baissi\u00e8res ou d\u2019am\u00e9nagements de ralentissement des \u00e9coulements l\u00e0 o\u00f9 la topographie le permet.<\/p>\n<p>Il faut aussi apprendre \u00e0 distinguer les besoins des diff\u00e9rentes phases. Les jeunes plantations demandent souvent un soutien plus marqu\u00e9 les premi\u00e8res ann\u00e9es. Une fois install\u00e9s, certains arbres deviennent beaucoup plus autonomes. C\u2019est pourquoi le design initial compte autant : profondeur de sol, exposition, concurrence racinaire, capacit\u00e9 d\u2019ombrage futur et nature du couvert herbac\u00e9 modifient fortement le bilan hydrique local.<\/p>\n<p>Un jardin for\u00eat bien conduit ne cr\u00e9e pas de l\u2019eau. Mais il peut r\u00e9duire les pertes, amortir les extr\u00eames et mieux valoriser chaque pluie utile. Dans le contexte actuel, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rable.<\/p>\n<h2>VII. SOLS, MICROBIOLOGIE ET MATI\u00c8RE ORGANIQUE : LA VRAIE FERTILIT\u00c9 EST L\u00c0<\/h2>\n<p>Le discours sur les arbres devient vite superficiel si l\u2019on oublie le sol. Or c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019un des int\u00e9r\u00eats majeurs des syst\u00e8mes arbor\u00e9s. Les racines, les exsudats racinaires, la chute des feuilles, les bois morts fins, l\u2019activit\u00e9 fongique et la diversit\u00e9 des micro-habitats contribuent \u00e0 transformer progressivement la structure et la vie biologique du terrain. INRAE souligne que les syst\u00e8mes agroforestiers introduisent une forte h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 spatiale et temporelle dans le fonctionnement des sols ; cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 n\u2019est pas un d\u00e9faut, c\u2019est souvent une source de r\u00e9silience.<\/p>\n<p>En pratique, cela signifie qu\u2019un jardin for\u00eat gagne \u00e0 \u00eatre g\u00e9r\u00e9 comme un syst\u00e8me de fabrication de sol vivant. On y produit de la mati\u00e8re organique, on y prot\u00e8ge les horizons superficiels, on y r\u00e9duit le lessivage et l\u2019\u00e9rosion, on y favorise les micro-organismes plut\u00f4t que de tout corriger par apport externe. Le sol devient alors moins un support inerte qu\u2019un r\u00e9servoir dynamique d\u2019eau, d\u2019\u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux et d\u2019interactions biologiques.<\/p>\n<div class=\"medical-section-panel\">\n<p>Plus le climat devient instable, plus la qualit\u00e9 biologique du sol devient un levier de s\u00e9curit\u00e9. Un sol vivant amortit mieux les exc\u00e8s et les manques qu\u2019un sol nu, compact\u00e9 ou appauvri.<\/p>\n<\/div>\n<h2>VIII. FAUT-IL INTRODUIRE DES ESP\u00c8CES \u201cDE DEMAIN\u201d ? OUI, MAIS AVEC DISCERNEMENT<\/h2>\n<p>La tentation est grande d\u2019introduire massivement des esp\u00e8ces plus m\u00e9ridionales en anticipant le climat futur. Une partie de cette intuition est juste : certaines plantes aujourd\u2019hui marginales peuvent devenir plus pertinentes demain. Le grenadier (<em>Punica granatum<\/em>), le feijoa (<em>Acca sellowiana<\/em>) ou, dans des cas tr\u00e8s prot\u00e9g\u00e9s, le figuier de Barbarie (<em>Opuntia ficus-indica<\/em>) sont des pistes d\u2019exp\u00e9rimentation int\u00e9ressantes dans les zones les plus chaudes. Mais une exp\u00e9rimentation ne doit pas \u00eatre confondue avec un basculement g\u00e9n\u00e9ral du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Il faut rester prudent pour trois raisons. D\u2019abord, la chaleur moyenne ne suffit pas : les gels tardifs, les inversions thermiques et les hivers ponctuellement s\u00e9v\u00e8res continuent de compter. Ensuite, une esp\u00e8ce productive n\u2019est pas forc\u00e9ment une esp\u00e8ce \u00e9cologiquement pertinente \u00e0 grande \u00e9chelle. Enfin, la r\u00e9silience vient moins d\u2019un pari sur quelques \u201cvedettes climatiques\u201d que d\u2019une composition diversifi\u00e9e, redondante et capable de r\u00e9partir les risques.<\/p>\n<p>La bonne strat\u00e9gie consiste souvent \u00e0 tester modestement, dans des poches chaudes bien identifi\u00e9es, tout en gardant une trame principale fond\u00e9e sur des essences fiables, robustes et compatibles avec le territoire.<\/p>\n<h2>IX. UNE M\u00c9THODE EN TROIS TEMPS : OBSERVER, INSTALLER, \u00c9PAISSIR<\/h2>\n<p>Un jardin for\u00eat r\u00e9ussi ne se plante pas d\u2019un seul coup. En Combe de Savoie, une m\u00e9thode progressive est g\u00e9n\u00e9ralement plus robuste.<\/p>\n<h3>1. Observer le site pendant au moins un cycle complet<\/h3>\n<p>Il faut regarder o\u00f9 persistent les zones fra\u00eeches, o\u00f9 le sol craquelle, o\u00f9 le vent acc\u00e9l\u00e8re, o\u00f9 le gel descend, o\u00f9 l\u2019eau stagne ou file trop vite. Sans cette lecture, le design reste th\u00e9orique.<\/p>\n<h3>2. Installer les structures principales<\/h3>\n<p>On commence par les arbres de charpente, les haies, les premi\u00e8res masses arbustives et quelques vivaces fonctionnelles. C\u2019est le moment de penser les circulations, l\u2019acc\u00e8s, les protections, les r\u00e9serves de biomasse et la r\u00e9partition des ombres futures.<\/p>\n<h3>3. \u00c9paissir progressivement le syst\u00e8me<\/h3>\n<p>Les couvre-sols, grimpantes, esp\u00e8ces plus sensibles ou exp\u00e9rimentales viennent ensuite, lorsque les premiers effets microclimatiques et biologiques commencent \u00e0 appara\u00eetre. Cette progressivit\u00e9 limite les pertes et permet d\u2019ajuster le projet au r\u00e9el.<\/p>\n<h2>X. CE QUE PEUT DEVENIR UN JARDIN FOR\u00caT SAVOYARD \u00c0 L\u2019HORIZON DE QUELQUES D\u00c9CENNIES<\/h2>\n<p>\u00c0 maturit\u00e9, un jardin for\u00eat bien implant\u00e9 en Combe de Savoie peut devenir bien plus qu\u2019un espace productif. Il peut constituer un \u00eelot de fra\u00eecheur, une r\u00e9serve de biomasse, un refuge pour les pollinisateurs, un lieu de transmission, une trame nourrici\u00e8re et un espace d\u2019exp\u00e9rimentation sur l\u2019adaptation des syst\u00e8mes vivants au climat qui vient. Il ne remplacera ni les for\u00eats naturelles, ni les vergers sp\u00e9cialis\u00e9s, ni les prairies, ni les cultures annuelles. Mais il peut tisser entre eux une forme de continuit\u00e9 \u00e9cologique et nourrici\u00e8re particuli\u00e8rement pr\u00e9cieuse.<\/p>\n<p>Sa force n\u2019est pas d\u2019imiter une for\u00eat sauvage parfaite. Sa force est de composer un milieu habit\u00e9, productif, esth\u00e9tique et \u00e9cologiquement intelligent. Un lieu o\u00f9 l\u2019on accepte la lenteur, o\u00f9 l\u2019on r\u00e9partit les fonctions, o\u00f9 l\u2019on favorise la diversit\u00e9 plut\u00f4t que la simplification, et o\u00f9 l\u2019on fait du paysage un alli\u00e9 plut\u00f4t qu\u2019un support passif.<\/p>\n<p>Dans une r\u00e9gion comme la Savoie, cette d\u00e9marche a quelque chose de profond\u00e9ment concret. Elle ne rel\u00e8ve ni du d\u00e9cor, ni du slogan. Elle r\u00e9pond \u00e0 une question tr\u00e8s simple et tr\u00e8s s\u00e9rieuse : comment continuer \u00e0 produire, habiter, nourrir et transmettre dans un climat moins stable qu\u2019autrefois ? Le jardin for\u00eat n\u2019apporte pas une r\u00e9ponse unique. Mais il ouvre une r\u00e9ponse cr\u00e9dible, f\u00e9conde et durable.<\/p>\n<h2>XI. SOURCES ET R\u00c9F\u00c9RENCES<\/h2>\n<ul>\n<li>INRAE, <em>Arbres, for\u00eats et s\u00e9cheresse<\/em> :<br \/><a href=\"https:\/\/www.inrae.fr\/actualites\/arbres-forets-secheresse\">https:\/\/www.inrae.fr\/actualites\/arbres-forets-secheresse<\/a><\/li>\n<li>INRAE, <em>Agroforesterie : des arbres pour une agriculture durable<\/em> :<br \/><a href=\"https:\/\/www.inrae.fr\/actualites\/agroforesterie-arbres-agriculture-durable\">https:\/\/www.inrae.fr\/actualites\/agroforesterie-arbres-agriculture-durable<\/a><\/li>\n<li>INRAE, <em>De l\u2019influence des pratiques d\u2019agroforesterie sur les sols<\/em> :<br \/><a href=\"https:\/\/www.inrae.fr\/actualites\/linfluence-pratiques-dagroforesterie-sols\">https:\/\/www.inrae.fr\/actualites\/linfluence-pratiques-dagroforesterie-sols<\/a><\/li>\n<li>INRAE, <em>Changement climatique : la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019origine de l\u2019adaptation des arbres ?<\/em> :<br \/><a href=\"https:\/\/www.inrae.fr\/actualites\/changement-climatique-diversite-genetique-lorigine-ladaptation-arbres\">https:\/\/www.inrae.fr\/actualites\/changement-climatique-diversite-genetique-lorigine-ladaptation-arbres<\/a><\/li>\n<li>ONF, <em>Adapter les for\u00eats au changement climatique<\/em> :<br \/><a href=\"https:\/\/www.onf.fr\/vivre-la-foret\/enjeux-foret\/changement-climatique-foret\">https:\/\/www.onf.fr\/vivre-la-foret\/enjeux-foret\/changement-climatique-foret<\/a><\/li>\n<li>Minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, <em>L\u2019agroforesterie en France<\/em> :<br \/><a href=\"https:\/\/agriculture.gouv.fr\/lagroforesterie-en-france\">https:\/\/agriculture.gouv.fr\/lagroforesterie-en-france<\/a><\/li>\n<li>Minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, <em>Infographie &#8211; Les b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019agroforesterie<\/em> :<br \/><a href=\"https:\/\/agriculture.gouv.fr\/infographie-les-benefices-de-lagroforesterie\">https:\/\/agriculture.gouv.fr\/infographie-les-benefices-de-lagroforesterie<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment concevoir en Combe de Savoie un jardin for\u00eat nourricier, diversifi\u00e9 et r\u00e9silient face \u00e0 la chaleur, \u00e0 la s\u00e9cheresse et aux d\u00e9s\u00e9quilibres climatiques \u00e0 venir.<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-7629","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-vie-du-jardin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7629","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7629"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7629\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7629"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7629"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7629"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}