{"id":763,"date":"2026-03-26T11:27:42","date_gmt":"2026-03-26T10:27:42","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/moutarde-blanche\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"moutarde-blanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/moutarde-blanche\/","title":{"rendered":"MOUTARDE BLANCHE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Moutarde%20blanche.jpg\" alt=\"Planche botanique Moutarde blanche\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/sinapis_alba.jpg\" alt=\"Sinapis alba \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Sinapis alba<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>La <strong>moutarde blanche<\/strong> (<em>Sinapis alba<\/em> L., synonyme : <em>Brassica hirta<\/em> Moench) appartient \u00e0 la famille des <strong>Brassicaceae<\/strong> (Crucif\u00e8res). Le genre <em>Sinapis<\/em> comprend une dizaine d&rsquo;esp\u00e8ces, principalement m\u00e9diterran\u00e9ennes. Le nombre chromosomique est 2n = 24. Le nom <em>Sinapis<\/em> est le nom latin classique de la moutarde, d\u00e9riv\u00e9 du grec <em>sinapi<\/em>. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>alba<\/em> (blanche) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur claire des graines, par opposition \u00e0 la moutarde noire (<em>Brassica nigra<\/em>) aux graines brun fonc\u00e9. Noms vernaculaires : moutarde jaune, s\u00e9nev\u00e9 blanc, sanve blanche. En anglais : <em>white mustard<\/em>, <em>yellow mustard<\/em>. Le genre est proche de <em>Brassica<\/em> et les limites entre ces deux genres ont \u00e9t\u00e9 longtemps d\u00e9battues ; les analyses mol\u00e9culaires confirment la distinction de <em>Sinapis<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante herbac\u00e9e annuelle de 30 \u00e0 80 cm, \u00e0 croissance rapide. <strong>Racine<\/strong> pivotante relativement profonde, avec racines secondaires. <strong>Tige<\/strong> dress\u00e9e, ramifi\u00e9e dans la partie sup\u00e9rieure, cylindrique, pubescente (poils r\u00e9trorses). <strong>Feuilles<\/strong> alternes ; les basales lyr\u00e9es-pennatis\u00e9qu\u00e9es, longues de 10 \u00e0 20 cm, \u00e0 lobe terminal plus grand que les lat\u00e9raux, \u00e0 p\u00e9tiole long ; les caulinaires progressivement plus petites, subsessiles, moins divis\u00e9es, \u00e0 bord dent\u00e9 ou lob\u00e9 ; limbe vert clair, pubescent sur les deux faces. <strong>Inflorescence<\/strong> : grappe terminale allong\u00e9e, sans bract\u00e9es. <strong>Fleurs<\/strong> jaune vif, de 12 \u00e0 15 mm de diam\u00e8tre ; 4 s\u00e9pales \u00e9tal\u00e9s ; 4 p\u00e9tales dispos\u00e9s en croix (caract\u00e8re des Crucif\u00e8res) ; 6 \u00e9tamines t\u00e9tradynames (4 longues et 2 courtes) ; ovaire sup\u00e8re bicarpell\u00e9. <strong>Fruit<\/strong> : silique de 2 \u00e0 4 cm, h\u00e9riss\u00e9e de poils raides, termin\u00e9e par un bec aplati long de 1 \u00e0 2 cm (caract\u00e8re distinctif par rapport \u00e0 <em>S. arvensis<\/em>) ; contenant 2 \u00e0 6 graines par loge. <strong>Graines<\/strong> sph\u00e9riques, jaune p\u00e2le, de 2 \u00e0 3 mm de diam\u00e8tre, lisses. <strong>Floraison<\/strong> : mai \u00e0 ao\u00fbt.<\/p>\n<hr>\n<h3>Origine g\u00e9ographique et r\u00e9partition<\/h3>\n<p>Esp\u00e8ce probablement originaire de la <strong>r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne orientale<\/strong> (Proche-Orient, Gr\u00e8ce). Cultiv\u00e9e et naturalis\u00e9e dans toute l&rsquo;Europe, l&rsquo;Asie temp\u00e9r\u00e9e, l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, l&rsquo;Australie et l&rsquo;Afrique du Nord. C&rsquo;est l&rsquo;une des premi\u00e8res plantes \u00e0 \u00e9pices domestiqu\u00e9es, attest\u00e9e dans des sites arch\u00e9ologiques n\u00e9olithiques. En France, pr\u00e9sente sur tout le territoire comme plante cultiv\u00e9e, adventice des cultures et rud\u00e9rale des friches, bords de routes et terrains vagues. L&rsquo;esp\u00e8ce est cultiv\u00e9e industriellement au Canada (premier producteur mondial), aux \u00c9tats-Unis, en Europe centrale (Hongrie, R\u00e9publique tch\u00e8que) et en Inde. La France produit environ 10 000 tonnes de graines de moutarde par an, principalement en Bourgogne.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et habitat<\/h3>\n<p><strong>Cultures<\/strong>, <strong>friches<\/strong>, <strong>bords de routes<\/strong>, <strong>terrains perturb\u00e9s<\/strong>, <strong>champs de c\u00e9r\u00e9ales<\/strong>, <strong>jach\u00e8res<\/strong>. Plante annuelle pionni\u00e8re des sols remani\u00e9s, appr\u00e9ciant les conditions de pleine lumi\u00e8re et les sols argileux \u00e0 limoneux, neutres \u00e0 calcaires, bien pourvus en azote. L&rsquo;esp\u00e8ce est <strong>engrais vert<\/strong> majeur en agriculture : sem\u00e9e en interculture, elle produit une biomasse importante en 6 \u00e0 8 semaines, fixe l&rsquo;azote atmosph\u00e9rique par sa rhizosph\u00e8re, structure le sol et limite l&rsquo;\u00e9rosion. Ses racines s\u00e9cr\u00e8tent des compos\u00e9s soufr\u00e9s (isothiocyanates) \u00e0 effet <strong>biofumigant<\/strong>, r\u00e9duisant les populations de n\u00e9matodes et de champignons pathog\u00e8nes du sol. La pollinisation est entomophile (abeilles, syrphes). L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9galement auto-compatible. La diss\u00e9mination des graines est barochore et anthropochore (par les machines agricoles).<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le profil chimique de <em>Sinapis alba<\/em> est domin\u00e9 par les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/glucosinolates\/\">glucosinolates<\/a><\/strong>, compos\u00e9s soufr\u00e9s caract\u00e9ristiques des Brassicaceae. Le glucosinolate principal est la <strong>sinalbine<\/strong> (4-hydroxybenzyl glucosinolate), repr\u00e9sentant 80 \u00e0 90 % des glucosinolates totaux de la graine (teneur : 60 \u00e0 100 \u00b5mol\/g de graine s\u00e8che). L&rsquo;hydrolyse enzymatique par la <strong>myrosinase<\/strong> (thioglucoside glucohydrolase) lib\u00e8re le <strong>4-hydroxybenzyl isothiocyanate<\/strong> (p-HBITC), responsable de la saveur piquante, moins volatile et moins lacrimog\u00e8ne que l&rsquo;allyl isothiocyanate de la moutarde noire. Les graines contiennent aussi des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a><\/strong> (polysaccharides hydrophiles dans le t\u00e9gument, 5-8 %), une <strong>huile fixe<\/strong> (25-35 % : <strong>acide \u00e9rucique<\/strong>, <strong>acide ol\u00e9ique<\/strong>, <strong>acide linol\u00e9ique<\/strong>, <strong>acide linol\u00e9nique<\/strong>), des <strong>prot\u00e9ines<\/strong> (25-30 %), des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>), des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong>acide sinapique<\/strong>, <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>), et des <strong>tocoph\u00e9rols<\/strong> (vitamine E). La feuille contient \u00e9galement des glucosinolates (sinigrine en faible quantit\u00e9) et des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les <strong>isothiocyanates<\/strong> lib\u00e9r\u00e9s par hydrolyse enzymatique des glucosinolates exercent des activit\u00e9s biologiques multiples. Le <strong>p-HBITC<\/strong> poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s <strong>rub\u00e9fiantes<\/strong> (vasodilatation cutan\u00e9e locale, afflux sanguin, sensation de chaleur), utilis\u00e9es dans les cataplasmes (sinapismes). Il exerce une activit\u00e9 <strong>antimicrobienne<\/strong> contre des bact\u00e9ries gram-positives et gram-n\u00e9gatives (<em>Staphylococcus aureus<\/em>, <em>Escherichia coli<\/em>, <em>Pseudomonas aeruginosa<\/em>) et antifongique (<em>Candida albicans<\/em>). Les isothiocyanates poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s <strong>anticanc\u00e9reuses<\/strong> d\u00e9montr\u00e9es in vitro : induction de l&rsquo;apoptose, inhibition de la phase G2\/M du cycle cellulaire, activation des enzymes de d\u00e9toxification de phase II (glutathion-S-transf\u00e9rases). Les <strong>mucilages<\/strong> exercent un effet <strong>laxatif m\u00e9canique<\/strong> doux (augmentation du volume f\u00e9cal). Les compos\u00e9s soufr\u00e9s stimulent les <strong>s\u00e9cr\u00e9tions digestives<\/strong> (salive, suc gastrique). L&rsquo;huile de moutarde est \u00e9molliente et l\u00e9g\u00e8rement irritante.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations m\u00e9dicinales traditionnelles<\/h3>\n<p>La moutarde est l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus anciennement document\u00e9es. <strong>Hippocrate<\/strong> prescrivait les graines de moutarde en cataplasme contre les douleurs musculaires et les rhumatismes. <strong>Dioscoride<\/strong> recommandait la moutarde comme digestif, expectorant et r\u00e9vulsif. Dans la <strong>m\u00e9decine arabe m\u00e9di\u00e9vale<\/strong>, Avicenne utilisait les graines contre les paralysies, les n\u00e9vralgies et les affections respiratoires. En <strong>m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne<\/strong>, le <strong>sinapisme<\/strong> (cataplasme de farine de moutarde) \u00e9tait le traitement de r\u00e9f\u00e9rence des bronchites, des douleurs articulaires, des sciatiques et des n\u00e9vralgies. Les bains de pieds \u00e0 la moutarde servaient de r\u00e9vulsif contre les congestions c\u00e9phaliques. L&rsquo;ingestion de graines enti\u00e8res (1 cuill\u00e8re \u00e0 caf\u00e9) \u00e9tait prescrite comme laxatif m\u00e9canique et comme stimulant digestif. En <strong>m\u00e9decine ayurv\u00e9dique<\/strong>, l&rsquo;huile de moutarde est utilis\u00e9e en massage pour les douleurs articulaires et en soins capillaires.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches se concentrent sur le potentiel <strong>anticanc\u00e9reux<\/strong> des isothiocyanates : le p-HBITC et le sulforaphane (ce dernier issu du brocoli, Brassicaceae apparent\u00e9) induisent l&rsquo;apoptose des cellules canc\u00e9reuses et activent les enzymes de d\u00e9toxification de phase II (NQO1, GST) via la voie Nrf2-Keap1. Des essais cliniques de pr\u00e9vention du cancer colorectal par les isothiocyanates alimentaires sont en cours. La <strong>biofumigation<\/strong> par incorporation de moutarde dans le sol fait l&rsquo;objet de nombreux travaux agronomiques pour remplacer les fumigants chimiques (m\u00e9tam-sodium). Les <strong>mucilages<\/strong> de moutarde sont \u00e9tudi\u00e9s comme excipients pharmaceutiques (agents g\u00e9lifiants et \u00e9paississants). La <strong>s\u00e9lection vari\u00e9tale<\/strong> vise \u00e0 r\u00e9duire la teneur en acide \u00e9rucique (vari\u00e9t\u00e9s \u00e0 bas \u00e9rucique pour l&rsquo;alimentation) et \u00e0 augmenter les teneurs en glucosinolates pour la biofumigation. Des recherches en <strong>allergologie<\/strong> portent sur l&rsquo;identification des allerg\u00e8nes majeurs de la moutarde (Sin a 1, albumine 2S).<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Sinalbine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Myrosinase<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>4-hydroxybenzyl isothiocyanate<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Huile fixe<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide \u00e9rucique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Graines enti\u00e8res (laxatif m\u00e9canique) :<\/strong> 5 \u00e0 15 g avec un grand verre d&rsquo;eau, le matin \u00e0 jeun. <strong>Sinapisme (cataplasme r\u00e9vulsif) :<\/strong> farine de moutarde d\u00e9lay\u00e9e dans l&rsquo;eau ti\u00e8de (jamais d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), qui inactive la myrosinase), \u00e9tal\u00e9e sur un linge et appliqu\u00e9e sur la peau pendant 10 \u00e0 15 minutes maximum (peau adulte). Chez l&rsquo;enfant : 5 minutes maximum. <strong>Bain de pieds r\u00e9vulsif :<\/strong> 30 \u00e0 50 g de farine de moutarde dans une bassine d&rsquo;eau ti\u00e8de, 10 \u00e0 15 minutes. <strong>Infusion de graines broy\u00e9es (stomachique) :<\/strong> 2 \u00e0 5 g pour 250 mL d&rsquo;eau, infuser 10 minutes. <strong>Huile de moutarde (massage) :<\/strong> en application externe sur les articulations douloureuses. L&rsquo;utilisation en cataplasme n\u00e9cessite une surveillance attentive pour \u00e9viter les br\u00fblures cutan\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Les <strong>isothiocyanates<\/strong> sont des substances irritantes. L&rsquo;application cutan\u00e9e prolong\u00e9e de cataplasmes de moutarde provoque des <strong>br\u00fblures chimiques<\/strong> (dermite v\u00e9sicante), des phlyct\u00e8nes et des n\u00e9croses cutan\u00e9es si le temps d&rsquo;application est d\u00e9pass\u00e9. L&rsquo;ingestion de grandes quantit\u00e9s de graines entra\u00eene une <strong>irritation gastro-intestinale<\/strong> (gastrite, vomissements, diarrh\u00e9es). L&rsquo;huile essentielle de moutarde (allyl isothiocyanate, surtout dans la moutarde noire) est toxique par ingestion (dose l\u00e9tale estim\u00e9e \u00e0 150-500 mg\/kg chez le rat). <strong>Contre-indications :<\/strong> ulc\u00e8re gastroduod\u00e9nal, peau l\u00e9s\u00e9e ou inflammatoire (application externe), enfants de moins de 6 ans, hypothyro\u00efdie s\u00e9v\u00e8re (les glucosinolates sont goitrog\u00e8nes \u00e0 haute dose, inhibant la captation de l&rsquo;iode par la thyro\u00efde). L&rsquo;allergie aux Brassicaceae (moutarde, colza, chou) est une allergie alimentaire fr\u00e9quente, pouvant provoquer des r\u00e9actions anaphylactiques. L&rsquo;\u00e9tiquetage de la moutarde est obligatoire dans la r\u00e9glementation europ\u00e9enne des allerg\u00e8nes.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La moutarde occupe une place majeure dans l&rsquo;histoire des civilisations. La <strong>parabole du grain de moutarde<\/strong> (\u00c9vangile de Matthieu 13:31-32) en fait un symbole de la puissance cach\u00e9e de la foi. Les <strong>Romains<\/strong> broyaient les graines dans du mo\u00fbt de raisin (<em>mustum ardens<\/em>, mo\u00fbt ardent), d&rsquo;o\u00f9 le mot fran\u00e7ais \u00ab moutarde \u00bb. <strong>Dijon<\/strong> est devenue la capitale mondiale de la moutarde \u00e0 partir du XIVe si\u00e8cle gr\u00e2ce \u00e0 un privil\u00e8ge royal. La <strong>moutarde de Dijon<\/strong> utilise traditionnellement des graines de moutarde brune (<em>B. juncea<\/em>), mais la moutarde blanche entre dans les moutardes douces et am\u00e9ricaines (yellow mustard). En <strong>m\u00e9decine de guerre<\/strong>, les cataplasmes de moutarde \u00e9taient utilis\u00e9s dans les ambulances militaires jusqu&rsquo;\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Le gaz moutarde (yp\u00e9rite), arme chimique de 1917, doit son nom \u00e0 l&rsquo;odeur de moutarde du compos\u00e9, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait aucun lien chimique avec la plante. En agriculture, la moutarde blanche est le premier engrais vert en surface cultiv\u00e9e en France.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire et conservation<\/h3>\n<p><em>Sinapis alba<\/em> est une esp\u00e8ce largement cultiv\u00e9e, non menac\u00e9e. La graine est inscrite \u00e0 la <strong>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne<\/strong>. La moutarde figure sur la liste des 14 allerg\u00e8nes \u00e0 d\u00e9claration obligatoire dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne (R\u00e8glement 1169\/2011). En France, la graine de moutarde est class\u00e9e comme <strong>\u00e9pice alimentaire<\/strong> et comme <strong>plante m\u00e9dicinale<\/strong> traditionnelle (usage externe en cataplasme). La farine de moutarde est en vente libre en herboristerie. Les vari\u00e9t\u00e9s cultiv\u00e9es sont inscrites au catalogue officiel des esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s. L&rsquo;esp\u00e8ce sauvage n&rsquo;est soumise \u00e0 aucune restriction de r\u00e9colte.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La graine de moutarde blanche est inscrite \u00e0 la <strong>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne<\/strong> (<em>Sinapis albae semen<\/em>). La monographie sp\u00e9cifie une teneur minimale en glucosinolates totaux (exprim\u00e9e en sinalbine). L&rsquo;identification microscopique de la graine repose sur l&rsquo;observation du t\u00e9gument : assise palissadique de cellules mucilagineuses (couche de mucilage), assise pigmentaire, couche de cellules scl\u00e9reuses. L&rsquo;endosperme est r\u00e9duit, les cotyl\u00e9dons occupent la majeure partie de la graine. Le test \u00e0 la myrosinase (\u00e9crasement de la graine dans l&rsquo;eau ti\u00e8de avec apparition de saveur piquante) est un test d&rsquo;identification rapide. Le dosage de la sinalbine se fait par HPLC-UV apr\u00e8s d\u00e9prot\u00e9ination. Le dosage de l&rsquo;huile fixe par extraction au Soxhlet. La farine de moutarde est une poudre jaune p\u00e2le, d&rsquo;odeur faible devenant piquante apr\u00e8s humidification, et de saveur initialement farineuse puis br\u00fblante.<\/p>\n<hr>\n<h3>Conclusion et perspectives<\/h3>\n<p><em>Sinapis alba<\/em>, le s\u00e9nev\u00e9 blanc de la Bible et le condiment universel, demeure une plante d&rsquo;importance majeure en alimentation, en agriculture et en pharmacologie. Son profil en glucosinolates, domin\u00e9 par la sinalbine, conf\u00e8re des propri\u00e9t\u00e9s rub\u00e9fiantes, antimicrobiennes et anticanc\u00e9reuses qui justifient \u00e0 la fois les usages traditionnels (sinapisme, stomachique) et les recherches contemporaines (chimiopr\u00e9vention, biofumigation). L&rsquo;essor de l&rsquo;agriculture biologique et de la biofumigation offre de nouvelles perspectives de valorisation agronomique. Les recherches en allergologie, port\u00e9es par la pr\u00e9valence croissante de l&rsquo;allergie \u00e0 la moutarde, soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une meilleure caract\u00e9risation des prot\u00e9ines allerg\u00e9niques. La moutarde blanche illustre combien une plante famili\u00e8re, cultiv\u00e9e depuis des mill\u00e9naires, rec\u00e8le encore des questions scientifiques ouvertes et des applications innovantes.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Sinapis%20alba\">Plants of the World Online, Kew : <em>Sinapis alba<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Sinapis+alba\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Sinapis alba<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Expectorant (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Laxatif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Sinapis albaK\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887 La moutarde blanche (Sinapis alba L., synonyme : Brassica hirta Moench) appartient \u00e0 la famille des Brassicaceae [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-763","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-brassicacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/763","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=763"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/763\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14292,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/763\/revisions\/14292"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=763"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=763"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=763"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}