{"id":849,"date":"2026-03-26T11:29:57","date_gmt":"2026-03-26T10:29:57","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/cuscute-du-thym\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"cuscute-du-thym","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/cuscute-du-thym\/","title":{"rendered":"CUSCUTE DU THYM"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Cuscute%20du%20thym.jpg\" alt=\"Planche botanique Cuscute du thym\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La cuscute du thym (<em>Cuscuta epithymum<\/em>) est une plante parasite obligatoire de la famille des Convolvulac\u00e9es, d\u00e9pourvue de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/chlorophylle\/\">chlorophylle<\/a> et de feuilles fonctionnelles, qui tire l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de ses ressources nutritives de ses plantes h\u00f4tes en s&rsquo;y fixant par des su\u00e7oirs (haustoria). Ses filaments rouge\u00e2tres ou jaune orang\u00e9, entrelac\u00e9s en r\u00e9seau serr\u00e9 autour des tiges de thym, de bruy\u00e8re ou d&rsquo;ajoncs, forment des enchev\u00eatrements caract\u00e9ristiques qui trahissent sa pr\u00e9sence dans les landes et les garrigues.<\/p>\n<p>Plante singuli\u00e8re par sa biologie \u2014 elle a abandonn\u00e9 la photosynth\u00e8se et vit en vampire v\u00e9g\u00e9tal \u2014 la cuscute du thym poss\u00e8de n\u00e9anmoins un pass\u00e9 m\u00e9dicinal non n\u00e9gligeable. Utilis\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 comme purgatif et cholagogue, elle fut inscrite dans les pharmacop\u00e9es m\u00e9di\u00e9vales et renaissantes avant de tomber progressivement dans l&rsquo;oubli. Sa phytochimie, domin\u00e9e par les flavono\u00efdes et les compos\u00e9s ph\u00e9noliques d\u00e9riv\u00e9s en partie de ses h\u00f4tes, fait l&rsquo;objet d&rsquo;un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat scientifique, notamment pour ses propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et h\u00e9patoprotectrices.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<br \/>\n<strong>Division :<\/strong> Magnoliophyta<br \/>\n<strong>Classe :<\/strong> Magnoliopsida<br \/>\n<strong>Ordre :<\/strong> Solanales<br \/>\n<strong>Famille :<\/strong> Convolvulaceae (sous-famille Cuscutoideae)<br \/>\n<strong>Genre :<\/strong> <em>Cuscuta<\/em> L., 1753<br \/>\n<strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Cuscuta epithymum<\/em> (L.) L., 1774<\/p>\n<p>Le genre <em>Cuscuta<\/em> comprend environ 200 esp\u00e8ces cosmopolites, toutes parasites obligatoires. Certaines classifications \u00e9l\u00e8vent les cuscutes au rang de famille distincte (Cuscutaceae), mais la classification APG les maintient au sein des Convolvulac\u00e9es. Le nom <em>Cuscuta<\/em> d\u00e9rive de l&rsquo;arabe <em>kuchuth<\/em> ou <em>kushuta<\/em>. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>epithymum<\/em> signifie \u00ab sur le thym \u00bb (du grec <em>epi<\/em>, sur, et <em>thymon<\/em>, thym), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;un de ses h\u00f4tes les plus fr\u00e9quents. En France, on distingue plusieurs esp\u00e8ces : <em>C. europaea<\/em> (grande cuscute), <em>C. campestris<\/em> (cuscute des champs, adventice d&rsquo;origine am\u00e9ricaine) et <em>C. epithymum<\/em> (cuscute du thym), la plus petite.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>La cuscute du thym est une plante annuelle enti\u00e8rement d\u00e9pourvue de chlorophylle, de racines fonctionnelles (\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat adulte) et de feuilles d\u00e9velopp\u00e9es. Les tiges sont filiformes, de 0,3 \u00e0 0,8 mm de diam\u00e8tre, rouge\u00e2tres \u00e0 jaune orang\u00e9, volubiles, s&rsquo;enroulant autour des tiges de la plante h\u00f4te dans le sens des aiguilles d&rsquo;une montre. \u00c0 chaque point de contact avec l&rsquo;h\u00f4te, la cuscute d\u00e9veloppe des su\u00e7oirs (haustoria) qui p\u00e9n\u00e8trent l&rsquo;\u00e9corce et le phlo\u00e8me de l&rsquo;h\u00f4te pour en extraire l&rsquo;eau, les sels min\u00e9raux et les photosynth\u00e9tats. La tige ne poss\u00e8de que des \u00e9cailles rudimentaires en guise de feuilles. Le syst\u00e8me racinaire embryonnaire, issu de la germination, d\u00e9g\u00e9n\u00e8re d\u00e8s que la connexion parasitaire est \u00e9tablie.<\/p>\n<h3>B. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p>Les fleurs sont petites (3 \u00e0 4 mm), sessiles ou bri\u00e8vement p\u00e9dicell\u00e9es, group\u00e9es en glom\u00e9rules sph\u00e9riques denses de 5 \u00e0 10 mm de diam\u00e8tre, r\u00e9partis le long des tiges. Le calice est \u00e0 4-5 lobes triangulaires. La corolle est blanche \u00e0 ros\u00e9e, campanul\u00e9e, \u00e0 4-5 lobes triangulaires \u00e9tal\u00e9s, d\u00e9passant \u00e0 peine le calice. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur du tube corollaire, on observe des \u00e9cailles frang\u00e9es (infrastaminales) caract\u00e9ristiques du genre. Les \u00e9tamines sont au nombre de 4-5, ins\u00e9r\u00e9es sur le tube. L&rsquo;ovaire est sup\u00e8re, \u00e0 2 loges. Les styles sont 2, filiformes, termin\u00e9s par un stigmate capit\u00e9. La floraison a lieu de juillet \u00e0 octobre. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e par de petits dipt\u00e8res et hym\u00e9nopt\u00e8res.<\/p>\n<h3>C. Fruit et graine<\/h3>\n<p>Le fruit est une capsule globuleuse, de 2 \u00e0 3 mm, s&rsquo;ouvrant par d\u00e9hiscence circumscissile (le sommet se d\u00e9tachant comme un couvercle). Chaque capsule contient 2 \u00e0 4 graines minuscules, ovo\u00efdes, \u00e0 t\u00e9gument dur, brun fonc\u00e9. Les graines poss\u00e8dent un embryon spiral\u00e9 d\u00e9pourvu de cotyl\u00e9dons fonctionnels, entour\u00e9 d&rsquo;un albumen. Elles peuvent persister dans le sol pendant plusieurs ann\u00e9es avant de germer.<\/p>\n<h3>D. Variabilit\u00e9 et cycle parasitaire<\/h3>\n<p>La germination de la graine produit un filament d\u00e9pourvu de cotyl\u00e9dons, qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve en d\u00e9crivant des cercles \u00e0 la recherche d&rsquo;un h\u00f4te. Si aucun contact n&rsquo;est \u00e9tabli dans les premiers jours, le plantule meurt. La reconnaissance de l&rsquo;h\u00f4te fait intervenir des signaux chimiques volatils \u00e9mis par la plante cible. L&rsquo;esp\u00e8ce parasite une large gamme d&rsquo;h\u00f4tes (thym, bruy\u00e8re, ajonc, tr\u00e8fle, luzerne, serpolet, lavande), avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour les Lamiac\u00e9es et les Fabac\u00e9es des milieux ouverts. Les populations montrent une variabilit\u00e9 dans la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;h\u00f4te, certaines races \u00e9tant plus \u00e9troitement associ\u00e9es \u00e0 un type d&rsquo;h\u00f4te.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Cuscuta epithymum<\/em> est une esp\u00e8ce euro-m\u00e9diterran\u00e9enne \u00e0 eurasiatique, pr\u00e9sente dans toute l&rsquo;Europe (sauf l&rsquo;extr\u00eame nord), en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Asie temp\u00e9r\u00e9e. En France, elle est relativement commune sur l&rsquo;ensemble du territoire, des plaines au montagnard (jusqu&rsquo;\u00e0 2 000 m), partout o\u00f9 ses plantes h\u00f4tes sont pr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>Ses habitats sont les landes \u00e0 bruy\u00e8re et \u00e0 ajoncs, les pelouses s\u00e8ches \u00e0 thym et \u00e0 serpolet, les garrigues, les prairies maigres et les talus. Elle affectionne les milieux ouverts, ensoleill\u00e9s, \u00e0 sol pauvre, o\u00f9 ses h\u00f4tes pr\u00e9f\u00e9rentiels abondent. C&rsquo;est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile et thermophile, plus fr\u00e9quente en exposition sud. Elle est parfois nuisible aux cultures de luzerne et de tr\u00e8fle, bien que moins redoutable dans ce r\u00f4le que <em>C. campestris<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La plante enti\u00e8re (tiges fleuries) constitue la drogue traditionnelle. La r\u00e9colte s&rsquo;effectuait en pleine floraison, de juillet \u00e0 septembre. Les tiges enchev\u00eatr\u00e9es \u00e9taient d\u00e9tach\u00e9es de leurs h\u00f4tes et s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ombre. La drogue s\u00e8che se pr\u00e9sente sous forme de filaments rouge\u00e2tres ou brun\u00e2tres, enchev\u00eatr\u00e9s, \u00e0 odeur faible et \u00e0 saveur am\u00e8re et un peu \u00e2cre.<\/p>\n<p>La composition de la drogue d\u00e9pend partiellement de la nature de l&rsquo;h\u00f4te, puisque la cuscute accumule des m\u00e9tabolites secondaires provenant de la plante parasit\u00e9e. La cuscute r\u00e9colt\u00e9e sur le thym \u00e9tait traditionnellement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, car consid\u00e9r\u00e9e comme plus active gr\u00e2ce aux principes aromatiques du thym qu&rsquo;elle concentrait.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La phytochimie de <em>Cuscuta epithymum<\/em> est complexe, m\u00ealant des m\u00e9tabolites propres et des compos\u00e9s s\u00e9questr\u00e9s \u00e0 partir de l&rsquo;h\u00f4te :<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes<\/strong> : les tiges contiennent des glycosides de <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et d&rsquo;<strong>isorhamn\u00e9tine<\/strong>. Le <strong>kaempf\u00e9rol-3-O-glucoside<\/strong> est le compos\u00e9 flavono\u00efdique majeur. Ces flavono\u00efdes sont en partie synth\u00e9tis\u00e9s par la cuscute elle-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Acides ph\u00e9noliques<\/strong> : <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong>, <strong>acide p-coumarique<\/strong> et <strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">Lignanes<\/a><\/strong> : pr\u00e9sence de lignanes de type <strong>arctigenine<\/strong> et <strong>matair\u00e9sinol<\/strong>.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">Alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> : des traces d&rsquo;alcalo\u00efdes de type <strong>cuscutine<\/strong> (alcalo\u00efde quinolizidine) ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es dans la litt\u00e9rature ancienne, mais leur pr\u00e9sence n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par les analyses modernes.<\/p>\n<p><strong>Glycosides<\/strong> : pr\u00e9sence de <strong>cuscutoside<\/strong>, un ph\u00e9nyl\u00e9thano\u00efde glycosidique aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes.<\/p>\n<p><strong>Polysaccharides<\/strong> : des polysaccharides \u00e0 activit\u00e9 immunomodulatrice ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s des tiges.<\/p>\n<p><strong>M\u00e9tabolites d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;h\u00f4te<\/strong> : la cuscute concentre des compos\u00e9s de l&rsquo;h\u00f4te (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/thymol\/\">thymol<\/a> et carvacrol si l&rsquo;h\u00f4te est le thym, par exemple), ce qui influence la composition et l&rsquo;activit\u00e9 de la drogue selon l&rsquo;h\u00f4te parasit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Activit\u00e9 h\u00e9patoprotectrice<\/strong> : des extraits m\u00e9thanoliques de <em>C. epithymum<\/em> ont montr\u00e9 une protection significative des h\u00e9patocytes contre les dommages induits par le t\u00e9trachlorure de carbone chez le rat, avec r\u00e9duction des transaminases s\u00e9riques et de la peroxydation lipidique. Cette activit\u00e9 est attribu\u00e9e aux flavono\u00efdes et aux compos\u00e9s ph\u00e9noliques.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antioxydante<\/strong> : les extraits montrent une puissante activit\u00e9 antioxydante dans les tests DPPH et ABTS, sup\u00e9rieure \u00e0 celle de nombreuses plantes m\u00e9dicinales classiques. Les ph\u00e9nyl\u00e9thano\u00efdes glycosidiques (cuscutoside) contribuent significativement \u00e0 cette activit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 laxative et cholagogue<\/strong> : l&rsquo;effet purgatif traditionnel est attribu\u00e9 aux compos\u00e9s ph\u00e9noliques et \u00e0 l&rsquo;action sur la motilit\u00e9 intestinale. Un effet cholagogue (stimulation de la s\u00e9cr\u00e9tion biliaire) a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 exp\u00e9rimentalement, coh\u00e9rent avec l&rsquo;usage traditionnel contre les troubles h\u00e9patobiliaires.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/strong> : les flavono\u00efdes et les lignanes exercent une inhibition de la production de m\u00e9diateurs inflammatoires in vitro.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antimicrobienne<\/strong> : activit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e contre certaines bact\u00e9ries gram-positives et champignons, variable selon la nature de l&rsquo;h\u00f4te parasit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Aucun essai clinique moderne n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 avec <em>Cuscuta epithymum<\/em>. L&rsquo;usage th\u00e9rapeutique repose sur la tradition m\u00e9di\u00e9vale et renaissante. La cuscute du thym figurait dans la pharmacop\u00e9e de M\u00e9su\u00e9, de S\u00e9rapion et d&rsquo;Avicenne comme purgatif doux de la bile noire (atrabile), indiqu\u00e9 dans la m\u00e9lancolie, les engorgements h\u00e9patiques et les fi\u00e8vres bilieuses.<\/p>\n<p>En phytoth\u00e9rapie europ\u00e9enne traditionnelle, les indications classiques \u00e9taient les troubles h\u00e9patobiliaires (insuffisance h\u00e9patique l\u00e9g\u00e8re, lithiase biliaire), la constipation et les affections spl\u00e9niques. La plante \u00e9tait souvent prescrite en association avec d&rsquo;autres purgatifs doux (rhubarbe, s\u00e9n\u00e9) pour en mod\u00e9rer l&rsquo;action.<\/p>\n<p>La plante n&rsquo;est inscrite dans aucune pharmacop\u00e9e contemporaine. En m\u00e9decine traditionnelle iranienne et indienne (Unani), <em>Cuscuta<\/em> spp. conservent une place dans les formulaires, notamment comme h\u00e9patoprotecteur et fortifiant.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Kaempf\u00e9rol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Isorhamn\u00e9tine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Kaempf\u00e9rol-3-o-glucoside<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acides ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Infusion<\/strong> (usage historique) : 2 \u00e0 5 g de tiges s\u00e9ch\u00e9es par tasse d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infuser 10 minutes. Une \u00e0 deux tasses par jour, comme cholagogue et laxatif doux.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9coction<\/strong> (usage historique) : 20 \u00e0 30 g par litre, bouillir 5 minutes, infuser 15 minutes. Comme purgatif l\u00e9ger.<\/p>\n<p><strong>Poudre<\/strong> (usage historique) : 1 \u00e0 2 g de poudre de plante s\u00e8che, en g\u00e9lules ou d\u00e9lay\u00e9e dans du miel, comme h\u00e9patoprotecteur.<\/p>\n<p>Ces posologies sont donn\u00e9es \u00e0 titre historique. L&rsquo;absence de donn\u00e9es modernes de s\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;efficacit\u00e9 ne permet pas de recommander un usage contemporain.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de <em>Cuscuta epithymum<\/em> est consid\u00e9r\u00e9e comme faible aux doses traditionnelles. Les \u00e9tudes de toxicit\u00e9 aigu\u00eb chez le rongeur n&rsquo;ont pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d&rsquo;effets l\u00e9taux aux doses test\u00e9es (jusqu&rsquo;\u00e0 2 g\/kg). La pr\u00e9sence potentielle d&rsquo;alcalo\u00efdes en traces justifie cependant une certaine prudence.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage est d\u00e9conseill\u00e9 chez la femme enceinte (effet laxatif et stimulation possible des contractions ut\u00e9rines par analogie avec d&rsquo;autres plantes laxatives). L&rsquo;allaitement constitue \u00e9galement une contre-indication de pr\u00e9caution. Les personnes sous traitement h\u00e9patique doivent consulter un professionnel avant tout usage.<\/p>\n<p>Un risque th\u00e9orique r\u00e9side dans l&rsquo;accumulation de m\u00e9tabolites toxiques provenant de l&rsquo;h\u00f4te : une cuscute parasite d&rsquo;une plante toxique pourrait concentrer des compos\u00e9s d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. Seule la cuscute r\u00e9colt\u00e9e sur des h\u00f4tes non toxiques devrait \u00eatre utilis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La cuscute est connue des m\u00e9decins arabes m\u00e9di\u00e9vaux sous le nom de <em>aftimoun<\/em> (du grec <em>epithymon<\/em>). Avicenne la prescrit dans le <em>Canon de la m\u00e9decine<\/em> comme purgatif de la bile noire et rem\u00e8de de la m\u00e9lancolie. Dioscoride mentionne l&rsquo;<em>epithymon<\/em> comme purgatif et emm\u00e9nagogue. Galien la classait parmi les rem\u00e8des des engorgements h\u00e9patiques et spl\u00e9niques.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge europ\u00e9en, la cuscute du thym figurait dans les apothicaireries monastiques. Son statut de plante parasite lui a valu des interpr\u00e9tations symboliques ambivalentes : cr\u00e9ature du diable pour certains (qui la surnommaient \u00ab cheveux du diable \u00bb), elle \u00e9tait paradoxalement consid\u00e9r\u00e9e comme un rem\u00e8de puissant par les m\u00e9decins, selon le principe que les maladies les plus retorses appellent des rem\u00e8des eux-m\u00eames \u00e9tranges.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine populaire fran\u00e7aise, la cuscute \u00e9tait utilis\u00e9e comme vermifuge et comme traitement des dartres et des maladies de peau, en application externe. Dans le Midi, on l&#8217;employait contre les vers intestinaux des enfants.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p>Les cuscutes jouent un r\u00f4le \u00e9cologique complexe dans les \u00e9cosyst\u00e8mes qu&rsquo;elles occupent. En tant que parasites, elles r\u00e9gulent les populations de leurs plantes h\u00f4tes et modifient les rapports de comp\u00e9tition au sein des communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales. Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que la pr\u00e9sence de <em>Cuscuta<\/em> spp. peut augmenter la diversit\u00e9 floristique d&rsquo;une communaut\u00e9 en r\u00e9duisant la dominance des esp\u00e8ces comp\u00e9titives les plus vigoureuses.<\/p>\n<p>Les cuscutes \u00e9tablissent \u00e9galement des ponts physiologiques entre les plantes h\u00f4tes qu&rsquo;elles relient, permettant le transfert de signaux mol\u00e9culaires (ARN messagers, petits ARN r\u00e9gulateurs) entre individus. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, d\u00e9couvert r\u00e9cemment, a des implications fascinantes pour la compr\u00e9hension de la communication inter-plantes.<\/p>\n<p>Les fleurs de cuscute attirent de petits pollinisateurs sp\u00e9cifiques. Les graines sont dispers\u00e9es par les eaux de ruissellement et par les animaux. L&rsquo;esp\u00e8ce est un indicateur de landes et de pelouses en bon \u00e9tat de conservation, car elle n\u00e9cessite des milieux ouverts \u00e0 v\u00e9g\u00e9tation basse.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p><em>Cuscuta europaea<\/em> (grande cuscute) : tiges plus \u00e9paisses (1 \u00e0 2 mm), fleurs en glom\u00e9rules plus gros, parasitant pr\u00e9f\u00e9rentiellement les orties, les houblons et les saules en milieu humide. Esp\u00e8ce plus grande et plus robuste.<\/p>\n<p><em>Cuscuta campestris<\/em> (cuscute des champs) : esp\u00e8ce d&rsquo;origine nord-am\u00e9ricaine, \u00e0 tiges jaune verd\u00e2tre, \u00e0 fleurs \u00e0 corolle \u00e0 lobes aigus \u00e9tal\u00e9s en \u00e9toile, parasitant les cultures (luzerne, tr\u00e8fle, betterave). Adventice probl\u00e9matique en agriculture.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re parasite, l&rsquo;absence de feuilles et de chlorophylle, et les tiges filiformes color\u00e9es rendent les cuscutes imm\u00e9diatement identifiables comme groupe. La distinction entre esp\u00e8ces repose sur la taille des tiges et des fleurs, la forme des \u00e9cailles infrastaminales et le spectre d&rsquo;h\u00f4tes.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La cuscute du thym est une plante fascinante \u00e0 plus d&rsquo;un titre. Sa biologie de parasite obligatoire, qui l&rsquo;a conduite \u00e0 abandonner la photosynth\u00e8se, les racines et les feuilles pour devenir un r\u00e9seau de filaments vampiriques, en fait un objet d&rsquo;\u00e9tude privil\u00e9gi\u00e9 pour les biologistes des interactions plante-plante. Sa phytochimie, enrichie par les m\u00e9tabolites s\u00e9questr\u00e9s \u00e0 partir de l&rsquo;h\u00f4te, offre un cas remarquable de pharmacognosie indirecte, o\u00f9 l&rsquo;activit\u00e9 de la drogue d\u00e9pend de l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;h\u00f4te parasit\u00e9.<\/p>\n<p>Son pass\u00e9 m\u00e9dicinal, riche de deux mill\u00e9naires d&rsquo;usage comme purgatif et h\u00e9patoprotecteur, est coh\u00e9rent avec les donn\u00e9es pharmacologiques modernes qui confirment ses propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et h\u00e9patoprotectrices. Si son usage th\u00e9rapeutique n&rsquo;est plus d&rsquo;actualit\u00e9, la cuscute du thym m\u00e9rite l&rsquo;attention des phytochimistes et des \u00e9cologues pour son potentiel scientifique inexploit\u00e9 et son r\u00f4le original dans les dynamiques des communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<p>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5e \u00e9d. Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris, 2016.<\/p>\n<p>Costea M., Tardif F.J. The biology of Canadian weeds. 133. <em>Cuscuta campestris<\/em>, <em>C. gronovii<\/em>, <em>C. umbrosa<\/em>, <em>C. epithymum<\/em>. <em>Canadian Journal of Plant Science<\/em>, 2006 ; 86 : 293-316.<\/p>\n<p>Dioscoride. <em>De Materia Medica<\/em>. Trad. Beck L.Y., Olms-Weidmann, 2005.<\/p>\n<p>Fournier P. <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>. Lechevalier, Paris, 1947-1948.<\/p>\n<p>Hajimehdipoor H. et al. Hepatoprotective activity of <em>Cuscuta epithymum<\/em> extract. <em>Pharmaceutical Biology<\/em>, 2012 ; 50(8) : 1019-1025.<\/p>\n<p>Shen H. et al. Cuscuta spp. \u2014 parasitic plants in the family Convolvulaceae: phytochemistry and pharmacology. <em>Natural Product Communications<\/em>, 2013 ; 8(2) : 269-274.<\/p>\n<p>Tison J.-M., de Foucault B. (dir.). <em>Flora Gallica \u2013 Flore de France<\/em>. Biotope \u00c9ditions, M\u00e8ze, 2014.<\/p>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cholagogue<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cuscute du thym (Cuscuta epithymum) est une plante parasite obligatoire de la famille des Convolvulac\u00e9es, d\u00e9pourvue de chlorophylle et de feuilles fonctionnelles, qui tire [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[62],"tags":[],"class_list":["post-849","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-convolvulacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/849","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=849"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/849\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13975,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/849\/revisions\/13975"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=849"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=849"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=849"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}