{"id":857,"date":"2026-03-26T11:30:09","date_gmt":"2026-03-26T10:30:09","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/crassule-mousse\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"crassule-mousse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/crassule-mousse\/","title":{"rendered":"CRASSULE MOUSSE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Crassule%20mousse.jpg\" alt=\"Planche botanique Crassule mousse\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La <em>Crassula tillaea<\/em> Lest.-Garl. (syn. <em>Tillaea muscosa<\/em> L.), commun\u00e9ment appel\u00e9e crassule mousse ou till\u00e9e mousse, est une plante annuelle miniature de la famille des <strong>Crassulaceae<\/strong>. Comme sa cong\u00e9n\u00e8re <em>Crassula vaillantii<\/em>, elle appartient \u00e0 la section <em>Tillaea<\/em>, regroupant les crassules annuelles naines de l&rsquo;Ancien Monde. Le genre <em>Crassula<\/em>, principalement repr\u00e9sent\u00e9 en Afrique australe, ne compte que quelques esp\u00e8ces en Europe. Le nom <em>tillaea<\/em> rend hommage au botaniste italien Michelangelo Tilli (1655-1740), directeur du jardin botanique de Pise. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te \u00ab mousse \u00bb dans le nom vernaculaire souligne la ressemblance de cette plante minuscule avec une mousse ou un lichen, tant par sa taille que par son port.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>La crassule mousse est l&rsquo;une des plus petites plantes \u00e0 fleurs d&rsquo;Europe, mesurant de 1 \u00e0 5 cm de hauteur. Les tiges sont gr\u00eales, dress\u00e9es ou \u00e9tal\u00e9es, simples ou ramifi\u00e9es d\u00e8s la base, rouge\u00e2tres \u00e0 verd\u00e2tres, glabres, souvent formant de petites touffes compactes. Les feuilles sont oppos\u00e9es, sessiles, conn\u00e9es \u00e0 la base, ovales \u00e0 triangulaires, charnues, longues de 1 \u00e0 2 mm, aigu\u00ebs, vertes devenant rouge vif en conditions de stress hydrique ou lumineux. Cette coloration rouge est due \u00e0 l&rsquo;accumulation d&rsquo;<strong>anthocyanes<\/strong> protectrices. Les fleurs sont axillaires, solitaires, sessiles, minuscules (environ 1 mm de diam\u00e8tre). Le calice poss\u00e8de 3 s\u00e9pales. La corolle comprend 3 p\u00e9tales blancs \u00e0 ros\u00e9s, plus courts que les s\u00e9pales. Les 3 \u00e9tamines alternent avec les p\u00e9tales. Le gyn\u00e9c\u00e9e comprend 3 carpelles libres. Les follicules sont tr\u00e8s petits, contenant de nombreuses graines microscopiques, ovales, lisses, brun clair. Le syst\u00e8me racinaire est filiforme, tr\u00e8s superficiel, ancrant la plante dans les premiers millim\u00e8tres du substrat.<\/p>\n<hr>\n<h3>Habitat naturel et r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>La crassule mousse est une esp\u00e8ce des milieux ouverts, secs et ensoleill\u00e9s, sur substrat siliceux. On la trouve sur les dalles rocheuses affleurantes, les sables compacts, les chemins argileux secs, les joints de dallages, les pelouses rases pi\u00e9tin\u00e9es et les terrains vagues sur sol acide. Elle affectionne les substrats min\u00e9raux \u00e0 faible \u00e9paisseur de sol, o\u00f9 la concurrence avec d&rsquo;autres plantes est r\u00e9duite. Sa r\u00e9partition est m\u00e9diterran\u00e9o-atlantique, couvrant le sud et l&rsquo;ouest de l&rsquo;Europe, l&rsquo;Afrique du Nord et la Macaron\u00e9sie (Canaries, Mad\u00e8re). En France, elle est commune dans l&rsquo;ouest (Bretagne, fa\u00e7ade atlantique), le Midi m\u00e9diterran\u00e9en et la Corse, plus diss\u00e9min\u00e9e dans le centre et l&rsquo;est du territoire. Elle se rencontre du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 environ 600 m d&rsquo;altitude. C&rsquo;est une esp\u00e8ce thermophile et h\u00e9liophile, absente des r\u00e9gions \u00e0 hivers tr\u00e8s rigoureux.<\/p>\n<hr>\n<h3>Cycle de vie et ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p>La crassule mousse est une th\u00e9rophyte \u00e0 cycle court. La germination intervient \u00e0 l&rsquo;automne (octobre-novembre) apr\u00e8s les premi\u00e8res pluies, ou au d\u00e9but du printemps selon les r\u00e9gions. Les plantules se d\u00e9veloppent durant l&rsquo;hiver et le d\u00e9but du printemps. La floraison se d\u00e9roule de mars \u00e0 juin, parfois d\u00e8s f\u00e9vrier en climat m\u00e9diterran\u00e9en. Chaque fleur est autogame, la pollinisation s&rsquo;effectuant sans intervention d&rsquo;insectes. La fructification suit rapidement. La plante compl\u00e8te son cycle avant la s\u00e9cheresse estivale, mourant apr\u00e8s la lib\u00e9ration des graines. L&rsquo;ensemble du cycle peut se d\u00e9rouler en quelques semaines dans des conditions favorables, un record de bri\u00e8vet\u00e9 dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal. Les graines, extr\u00eamement petites, sont dispers\u00e9es par l&rsquo;eau de ruissellement (hydrochorie), le vent (an\u00e9mochorie) et le pi\u00e9tinement (anthropochorie). La banque de graines du sol assure la p\u00e9rennit\u00e9 des populations d&rsquo;une ann\u00e9e sur l&rsquo;autre. La plante prend souvent une teinte rouge vif caract\u00e9ristique en fin de cycle, lorsque le stress hydrique s&rsquo;intensifie.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de la crassule mousse est tr\u00e8s peu \u00e9tudi\u00e9e, en raison de sa taille infime qui rend l&rsquo;extraction de quantit\u00e9s suffisantes de mat\u00e9riel tr\u00e8s difficile. Par analogie avec les autres Crassulaceae, on peut supposer la pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>acides organiques<\/strong> (<strong>acide malique<\/strong>, <strong>acide citrique<\/strong>) li\u00e9s au m\u00e9tabolisme succulent. Les <strong>anthocyanes<\/strong> responsables de la coloration rouge de la plante en conditions de stress ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es visuellement mais non caract\u00e9ris\u00e9es chimiquement chez cette esp\u00e8ce. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> et des <strong>compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/strong> sont probablement pr\u00e9sents dans les feuilles. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a><\/strong> des feuilles charnues contribuent \u00e0 la r\u00e9tention d&rsquo;eau. Les graines pourraient contenir des <strong>lipides<\/strong> de r\u00e9serve. L&rsquo;expression du m\u00e9tabolisme CAM (Crassulacean Acid Metabolism) chez cette esp\u00e8ce annuelle miniature n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9e, bien qu&rsquo;elle soit th\u00e9oriquement possible chez les Crassulaceae. Aucune substance toxique n&rsquo;est connue.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>La crassule mousse n&rsquo;a aucun usage m\u00e9dicinal document\u00e9, pass\u00e9 ou pr\u00e9sent. Sa taille microscopique et sa biomasse infime la rendent totalement impropre \u00e0 toute exploitation th\u00e9rapeutique. Aucune tradition ethnopharmacologique, aucun herbier, aucune pharmacop\u00e9e ne la mentionnent. Par analogie avec d&rsquo;autres Crassulaceae, on pourrait th\u00e9oriquement lui attribuer de vagues propri\u00e9t\u00e9s \u00e9mollientes li\u00e9es aux mucilages ou astringentes li\u00e9es aux compos\u00e9s ph\u00e9noliques, mais aucune donn\u00e9e ne soutient ces suppositions. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la crassule mousse est exclusivement botanique, \u00e9cologique et scientifique, en tant que mod\u00e8le miniature d&rsquo;adaptation aux milieux x\u00e9riques et en tant qu&rsquo;indicatrice de conditions \u00e9daphiques particuli\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Acides organiques<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide malique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acide citrique<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Anthocyanes<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>La crassule mousse ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune transformation ni pr\u00e9paration, que ce soit \u00e0 des fins alimentaires, m\u00e9dicinales ou industrielles. Sa biomasse individuelle, de l&rsquo;ordre du milligramme, exclut toute exploitation pratique. Comme pour la crassule de Vaillant, la seule forme de \u00ab pr\u00e9paration \u00bb concerne la conservation de graines en banques de semences. Les graines, r\u00e9colt\u00e9es manuellement avec pr\u00e9caution \u00e0 maturit\u00e9 (mai-juin), sont s\u00e9ch\u00e9es et conserv\u00e9es au frais. La r\u00e9colte requiert une grande minutie : les follicules minuscules sont pr\u00e9lev\u00e9s sous loupe ou en secouant les plants sur un papier blanc. Les herbiers de r\u00e9f\u00e9rence conservent des sp\u00e9cimens de cette esp\u00e8ce, souvent difficiles \u00e0 examiner tant les individus sont petits. La photographie de terrain et les relev\u00e9s phytosociologiques constituent les principales \u00ab transformations \u00bb de l&rsquo;observation de cette plante en donn\u00e9es scientifiques exploitables.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects \u00e9cologiques et environnementaux<\/h3>\n<p>La crassule mousse est une esp\u00e8ce bio-indicatrice des milieux ouverts, secs et acides, \u00e0 sol superficiel et pauvre. Elle caract\u00e9rise les communaut\u00e9s th\u00e9rophytiques pionni\u00e8res des dalles rocheuses siliceuses (alliance <em>Thero-Airion<\/em>), aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;autres th\u00e9rophytes miniatures comme <em>Moenchia erecta<\/em>, <em>Trifolium subterraneum<\/em> et <em>Vulpia myuros<\/em>. Son r\u00f4le fonctionnel est celui d&rsquo;une pionni\u00e8re colonisant les interstices et les microhabitats inaccessibles aux plantes de plus grande taille. Elle contribue \u00e0 la fixation du substrat et \u00e0 la formation d&rsquo;un d\u00e9but de sol par accumulation de mati\u00e8re organique. En milieu urbain, elle colonise spontan\u00e9ment les joints de dallage, les fissures de trottoirs et les surfaces min\u00e9rales, participant \u00e0 la v\u00e9g\u00e9talisation spontan\u00e9e des villes. Malgr\u00e9 sa petitesse, elle joue un r\u00f4le dans les r\u00e9seaux trophiques en fournissant de la mati\u00e8re v\u00e9g\u00e9tale aux d\u00e9composeurs et aux micro-invert\u00e9br\u00e9s du sol.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Toxicit\u00e9 non document\u00e9e ; en l\u2019absence de donn\u00e9es, s\u2019abstenir de tout usage interne non encadr\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La crassule mousse n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucun usage traditionnel connu. Son existence m\u00eame passe inaper\u00e7ue pour l&rsquo;immense majorit\u00e9 des personnes, y compris dans les r\u00e9gions o\u00f9 elle est commune. Seuls les botanistes et les naturalistes avertis la rep\u00e8rent, souvent \u00e0 genoux, loupe en main. Elle n&rsquo;appara\u00eet dans aucun ouvrage ethnobotanique, aucun trait\u00e9 de plantes utiles, aucun recueil de savoirs populaires. Cette invisibilit\u00e9 culturelle contraste avec son omnipr\u00e9sence dans certains milieux : sur les trottoirs, les dalles de terrasses, les joints de pav\u00e9s, elle peut former des populations de milliers d&rsquo;individus sans \u00eatre jamais remarqu\u00e9e. Son absence de l&rsquo;ethnobotanique illustre le biais cognitif humain qui tend \u00e0 ignorer les organismes en dessous d&rsquo;une certaine taille, ph\u00e9nom\u00e8ne que les \u00e9cologues appellent parfois \u00ab c\u00e9cit\u00e9 botanique \u00bb.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et exigences agronomiques<\/h3>\n<p>La crassule mousse ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune culture intentionnelle. Sa reproduction en conditions contr\u00f4l\u00e9es est th\u00e9oriquement possible mais pr\u00e9sente des difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la taille microscopique des graines et des plantules. Un substrat siliceux, compact, acide, maintenu humide en hiver et sec en \u00e9t\u00e9, reproduirait ses conditions naturelles. Le semis en surface, sans recouvrement, sur un substrat de sable fin ou d&rsquo;argile siliceuse compact\u00e9e, devrait permettre la germination. L&rsquo;absence totale de concurrence est indispensable, toute v\u00e9g\u00e9tation concurrente \u00e9touffant imm\u00e9diatement cette plante minuscule. En pratique, les seules tentatives de culture ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es dans le cadre de jardins botaniques ou de collections de plantes miniatures. L&rsquo;esp\u00e8ce ne pr\u00e9sente aucun int\u00e9r\u00eat horticole en raison de sa taille et de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de la distinguer visuellement \u00e0 distance. Elle constitue en revanche un sujet fascinant pour la macrophotographie botanique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation et r\u00e9glementation<\/h3>\n<p>La crassule mousse est une esp\u00e8ce localement commune dans les r\u00e9gions atlantiques et m\u00e9diterran\u00e9ennes de France, mais elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme rare ou en d\u00e9clin dans les r\u00e9gions situ\u00e9es en marge de son aire de r\u00e9partition. Elle ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucun statut de protection au niveau national en France. Dans certains pays du nord de l&rsquo;Europe (Pays-Bas, Belgique, Allemagne), elle est consid\u00e9r\u00e9e comme rare ou vuln\u00e9rable. En Grande-Bretagne, elle est class\u00e9e comme \u00ab Least Concern \u00bb mais fait l&rsquo;objet d&rsquo;un suivi. Les principales menaces pesant sur ses populations sont la destruction de ses microhabitats par l&rsquo;urbanisation, l&rsquo;enrobage des surfaces naturelles et l&rsquo;eutrophisation des sols. L&rsquo;utilisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de d\u00e9sherbants sur les surfaces pav\u00e9es et dall\u00e9es \u00e9limine discr\u00e8tement des populations enti\u00e8res. La conservation de cette esp\u00e8ce passe par le maintien de surfaces non trait\u00e9es, de dalles rocheuses ouvertes et de milieux pionniers siliceux.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et curiosit\u00e9s historiques<\/h3>\n<p>La crassule mousse d\u00e9tient une place singuli\u00e8re dans l&rsquo;histoire de la botanique syst\u00e9matique. Longtemps class\u00e9e dans le genre <em>Tillaea<\/em>, elle y formait avec quelques esp\u00e8ces voisines un petit groupe de crassulac\u00e9es miniatures apparemment sans rapport avec les grandes <em>Crassula<\/em> succulentes d&rsquo;Afrique du Sud. Les analyses mol\u00e9culaires modernes ont montr\u00e9 que les <em>Tillaea<\/em> europ\u00e9ennes \u00e9taient bien nich\u00e9es au sein du genre <em>Crassula<\/em>, imposant leur transfert nomenclatural. Ce r\u00e9sultat illustre comment la taille et l&rsquo;apparence peuvent masquer les v\u00e9ritables relations de parent\u00e9 entre organismes. La crassule mousse est probablement la plante \u00e0 fleurs la plus petite que l&rsquo;on puisse observer sur les trottoirs de villes fran\u00e7aises, un record de discr\u00e9tion botanique urbaine. Le botaniste su\u00e9dois Carl von Linn\u00e9 la d\u00e9crivit en 1753 sous le nom de <em>Tillaea muscosa<\/em>, reconnaissant sa ressemblance trompeuse avec une mousse. Son observation sur le terrain reste un exercice de patience et d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle appr\u00e9ci\u00e9 des botanistes amateurs.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>La crassule mousse peut \u00eatre confondue avec quelques esp\u00e8ces de taille comparable. La <em>Crassula vaillantii<\/em> (crassule de Vaillant), esp\u00e8ce voisine, se distingue par son habitat (milieux humides temporaires versus milieux secs) et ses fleurs \u00e0 3-4 parties (identiques chez les deux esp\u00e8ces, mais le contexte \u00e9cologique diff\u00e8re). Les petites mousses v\u00e9ritables (bryophytes) peuvent superficiellement ressembler \u00e0 la crassule mousse, mais elles ne poss\u00e8dent ni fleurs ni feuilles charnues. Le <em>Sedum rubens<\/em> (orpin rouge\u00e2tre), autre Crassulaceae annuelle miniature, se distingue par ses feuilles alternes (non oppos\u00e9es), cylindriques, et ses fleurs \u00e0 5 p\u00e9tales ros\u00e9s. Le <em>Sagina apetala<\/em> (sagine ap\u00e9tale), Caryophyllaceae minuscule des m\u00eames habitats, poss\u00e8de des feuilles lin\u00e9aires non charnues et des fleurs \u00e0 4 s\u00e9pales. Pour une identification certaine, l&rsquo;examen des feuilles oppos\u00e9es, conn\u00e9es, charnues et des fleurs \u00e0 3 p\u00e9tales est d\u00e9terminant.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La crassule mousse est un condens\u00e9 de vie v\u00e9g\u00e9tale en miniature, d\u00e9montrant que l&rsquo;\u00e9volution peut produire des plantes \u00e0 fleurs compl\u00e8tes et fonctionnelles \u00e0 une \u00e9chelle de quelques millim\u00e8tres. Son succ\u00e8s \u00e9cologique dans les milieux ouverts et pionniers, malgr\u00e9 sa fragilit\u00e9 apparente, t\u00e9moigne de strat\u00e9gies adaptatives efficaces : autogamie, cycle court, tol\u00e9rance au stress, miniaturisation. Les perspectives de recherche concernent la physiologie de cette miniaturisation extr\u00eame, les m\u00e9canismes de tol\u00e9rance au stress hydrique, l&rsquo;expression \u00e9ventuelle du m\u00e9tabolisme CAM et la g\u00e9n\u00e9tique des populations. La conservation de ses habitats \u2014 dalles rocheuses, sols superficiels, interstices urbains \u2014 passe par une prise de conscience de l&rsquo;existence de cette flore invisible qui peuple nos pieds sans que nous la remarquions. La crassule mousse nous rappelle que la biodiversit\u00e9 se niche dans chaque fissure du monde.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Crassula%20tillaea\">Plants of the World Online, Kew : <em>Crassula tillaea<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Crassula+tillaea\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Crassula tillaea<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La Crassula tillaea Lest.-Garl. (syn. 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