{"id":869,"date":"2026-03-26T11:30:26","date_gmt":"2026-03-26T10:30:26","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/bryone-dioique\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"bryone-dioique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/bryone-dioique\/","title":{"rendered":"BRYONE DIO\u00cfQUE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/bryone-dioique.png\" alt=\"Planche botanique Bryone dio\u00efque\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p><em>Bryonia dioica<\/em> Jacq.<\/p>\n<p>Famille : Cucurbitaceae<\/p>\n<p>La bryone dio\u00efque est une grande liane herbac\u00e9e des haies, des friches et des lisi\u00e8res humides \u00e0 s\u00e8ches, imm\u00e9diatement reconnaissable \u00e0 ses vrilles spiral\u00e9es, ses feuilles palmatilob\u00e9es et ses baies rouges tr\u00e8s attractives. Cette beaut\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale un peu sauvage masque pourtant une toxicit\u00e9 s\u00e9rieuse. La bryone est une plante que l&rsquo;on doit d&rsquo;abord apprendre \u00e0 reconna\u00eetre pour s&rsquo;en m\u00e9fier.<\/p>\n<p>Son histoire m\u00e9dicinale est longue et ambigu\u00eb : purgative, \u00e9m\u00e9tique, r\u00e9vulsive, elle fut pendant des si\u00e8cles l&rsquo;un des purgatifs drastiques de la pharmacop\u00e9e populaire \u2014 un rem\u00e8de violent que la m\u00e9decine moderne a abandonn\u00e9, non sans avoir identifi\u00e9 dans sa racine des compos\u00e9s phytochimiques d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat consid\u00e9rable, en particulier les cucurbitacines.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><strong>Classification :<\/strong> R\u00e8gne Plantae \u2014 Division Magnoliophyta \u2014 Classe Magnoliopsida \u2014 Ordre Cucurbitales \u2014 Famille Cucurbitaceae \u2014 Genre <em>Bryonia<\/em> \u2014 Esp\u00e8ce <em>Bryonia dioica<\/em> Jacq.<\/p>\n<p><strong>Synonymes :<\/strong> <em>Bryonia cretica<\/em> subsp. <em>dioica<\/em> (Jacq.) Tutin (nom retenu par certaines flores).<\/p>\n<p><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Bryone dio\u00efque, Bryone, Navet du diable, Vigne blanche, Couleuvr\u00e9e, Rave de serpent. En anglais : <em>white bryony<\/em>, <em>red bryony<\/em>. En allemand : <em>Rotbeerige Zaunr\u00fcbe<\/em>.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Bryonia<\/em> d\u00e9rive du grec <em>bryein<\/em> (pousser vigoureusement, prolif\u00e9rer), allusion \u00e0 la croissance explosive de la liane au printemps. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>dioica<\/em> indique la dio\u00e9cie \u2014 les fleurs m\u00e2les et femelles sont port\u00e9es par des pieds s\u00e9par\u00e9s.<\/p>\n<p>Le genre <em>Bryonia<\/em> comprend une dizaine d&rsquo;esp\u00e8ces, principalement m\u00e9diterran\u00e9ennes et orientales. <em>B. dioica<\/em> est la seule esp\u00e8ce commune en France.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>La bryone est une plante vivace herbac\u00e9e grimpante, pouvant atteindre 3 \u00e0 5 m de longueur en une saison de croissance. La partie souterraine est constitu\u00e9e d&rsquo;un <strong>navet<\/strong> (tubercule napiforme) volumineux, charnu, blanc-jaun\u00e2tre, pouvant peser plusieurs kilogrammes et atteindre 50 \u00e0 60 cm de longueur. Ce tubercule constitue un organe de r\u00e9serve puissant, riche en amidon, en cucurbitacines et en r\u00e9sines, responsable de la vigueur v\u00e9g\u00e9tative annuelle.<\/p>\n<p>Les tiges sont herbac\u00e9es, stri\u00e9es, rugueuses, ramifi\u00e9es, munies de vrilles simples (non ramifi\u00e9es) oppos\u00e9es aux feuilles, qui s&rsquo;enroulent autour des supports avec une rapidit\u00e9 remarquable. La croissance peut atteindre 10 \u00e0 15 cm par jour en p\u00e9riode favorable.<\/p>\n<p>Les feuilles, alternes, sont palmatilob\u00e9es \u00e0 5 lobes in\u00e9gaux, dent\u00e9s, d&rsquo;un vert mat et l\u00e9g\u00e8rement scabres au toucher. Les deux faces portent des poils courts et rudes (trichomes).<\/p>\n<p>Les fleurs sont dio\u00efques : les pieds m\u00e2les portent des grappes de fleurs jaun\u00e2tre-verd\u00e2tre \u00e0 cinq p\u00e9tales soud\u00e9s \u00e0 la base, vein\u00e9s de vert ; les pieds femelles portent des fleurs plus petites, \u00e0 ovaire inf\u00e8re bien visible. La pollinisation est entomophile (abeilles, mouches).<\/p>\n<p>Le fruit est une baie globuleuse de 6 \u00e0 10 mm, verte puis rouge vif \u00e0 maturit\u00e9, luisante, contenant 2 \u00e0 6 graines. Les grappes de baies rouges sont tr\u00e8s voyantes dans les haies en automne et constituent le principal risque d&rsquo;intoxication accidentelle chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition<\/h3>\n<p><em>Bryonia dioica<\/em> est une esp\u00e8ce euro-m\u00e9diterran\u00e9enne, pr\u00e9sente de la Grande-Bretagne \u00e0 l&rsquo;Iran, et de la Scandinavie m\u00e9ridionale \u00e0 l&rsquo;Afrique du Nord. En France, elle est commune dans toutes les r\u00e9gions de plaine et de colline, jusqu&rsquo;\u00e0 1 000 m environ.<\/p>\n<p>Son habitat comprend les haies, les lisi\u00e8res foresti\u00e8res, les friches, les d\u00e9combres, les murs, les cl\u00f4tures et les jardins. Elle affectionne les sols riches, frais \u00e0 humides, argileux ou calcaires. C&rsquo;est une nitrophile qui profite de la fertilisation azot\u00e9e des bords de champs et des d\u00e9combres.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La drogue v\u00e9g\u00e9tale historique est la <strong>racine<\/strong> (tubercule), r\u00e9colt\u00e9e en automne ou au d\u00e9but du printemps, coup\u00e9e en rondelles et s\u00e9ch\u00e9e. La racine fra\u00eeche, tr\u00e8s active, \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e pour les usages externes (cataplasmes). Les baies ne sont pas utilis\u00e9es en th\u00e9rapeutique en raison de leur toxicit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La phytochimie de la bryone est domin\u00e9e par les cucurbitacines, classe de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a> t\u00e9tracycliques hautement oxyg\u00e9n\u00e9s, caract\u00e9ristiques des Cucurbitac\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Cucurbitacines :<\/strong> la racine contient principalement les <strong>cucurbitacines B, D, E, I, J, K et L<\/strong>, \u00e0 des concentrations de 0,1 \u00e0 0,5 % de la mati\u00e8re s\u00e8che. Ces compos\u00e9s, extr\u00eamement amers (seuil de d\u00e9tection gustative inf\u00e9rieur au microgramme par millilitre), sont responsables de la toxicit\u00e9 et de l&rsquo;essentiel des propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques de la plante. La cucurbitacine B et ses d\u00e9riv\u00e9s sont les mieux \u00e9tudi\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sines :<\/strong> la racine contient des r\u00e9sines purgatives (bryonine, bryonidine), glycosides r\u00e9sineux responsables de l&rsquo;action drastique sur l&rsquo;intestin.<\/p>\n<p><strong>Lectines :<\/strong> des prot\u00e9ines \u00e0 activit\u00e9 h\u00e9magglutinante (lectines) ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9es de la racine, pr\u00e9sentant un int\u00e9r\u00eat en immunologie et en recherche anticanc\u00e9reuse.<\/p>\n<p><strong>Amidon :<\/strong> la racine est tr\u00e8s riche en amidon (jusqu&rsquo;\u00e0 50 % de la mati\u00e8re s\u00e8che), ce qui lui conf\u00e8re son aspect charnu et sa consistance farineuse.<\/p>\n<p><strong>Huile des graines :<\/strong> les graines contiennent des acides gras insatur\u00e9s, dont l&rsquo;<strong>acide linol\u00e9ique conjugu\u00e9<\/strong> et l&rsquo;<strong>acide \u00e9l\u00e9ost\u00e9arique<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p><strong>Activit\u00e9 purgative drastique :<\/strong> les r\u00e9sines (bryonine, bryonidine) irritent violemment la muqueuse intestinale, provoquant une hypers\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;eau et d&rsquo;\u00e9lectrolytes et des contractions p\u00e9ristaltiques intenses. L&rsquo;effet purgatif est brutal, douloureux et accompagn\u00e9 de naus\u00e9es et de vomissements \u2014 un profil th\u00e9rapeutique inacceptable par les standards modernes.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 cytotoxique (cucurbitacines) :<\/strong> les cucurbitacines B, D et E exercent une cytotoxicit\u00e9 puissante sur de nombreuses lign\u00e9es tumorales humaines <em>in vitro<\/em>, par inhibition du signal JAK\/STAT3, induction de l&rsquo;apoptose et perturbation du cytosquelette d&rsquo;actine. La cucurbitacine B est l&rsquo;un des inhibiteurs naturels les plus puissants de la voie STAT3, cible th\u00e9rapeutique majeure en oncologie. Ces r\u00e9sultats ont suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat consid\u00e9rable en recherche anticanc\u00e9reuse, bien que la toxicit\u00e9 des cucurbitacines limite leur utilisation clinique directe.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 anti-inflammatoire :<\/strong> les cucurbitacines inhibent la production de TNF-alpha, d&rsquo;IL-6 et de PGE2 dans les mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux. L&rsquo;usage externe traditionnel de la racine en cataplasme r\u00e9vulsif contre les douleurs articulaires et les n\u00e9vralgies est partiellement justifi\u00e9 par cette activit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 h\u00e9patoprotectrice :<\/strong> paradoxalement, les cucurbitacines \u00e0 faible dose exercent un effet h\u00e9patoprotecteur dans certains mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux, par activation des m\u00e9canismes antioxydants h\u00e9patiques.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales \u2014 Notation<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Cytotoxique (recherche)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Purgatif (usage historique, abandonn\u00e9)<\/li>\n<li><strong>\u26a0\ufe0f TOXIQUE<\/strong> \u2014 Usage th\u00e9rapeutique d\u00e9conseill\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Aucun essai clinique moderne n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 avec des pr\u00e9parations de bryone. Les donn\u00e9es cliniques sont exclusivement historiques et proviennent des trait\u00e9s de m\u00e9decine des XVIIe au XIXe si\u00e8cles. L&rsquo;usage de la racine de bryone comme purgatif a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, remplac\u00e9 par des laxatifs plus s\u00fbrs.<\/p>\n<p>En hom\u00e9opathie, <em>Bryonia alba<\/em> (esp\u00e8ce voisine) est l&rsquo;un des rem\u00e8des les plus prescrits, utilis\u00e9 en dilutions \u00e9lev\u00e9es contre les douleurs articulaires, les pleur\u00e9sies et les bronchites s\u00e8ches. L&rsquo;usage hom\u00e9opathique ne pose pas de probl\u00e8me de toxicit\u00e9 (dilutions au-del\u00e0 du nombre d&rsquo;Avogadro).<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Cucurbitacines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Cucurbitacines b, d, e, i, j, k et l<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>R\u00e9sines<\/td>\n<td>R\u00e9sine<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lectines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Amidon<\/td>\n<td>Polysaccharide<\/td>\n<td>R\u00e9serve glucidique<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Usage abandonn\u00e9.<\/strong> Les formes gal\u00e9niques historiques comprenaient la teinture de racine, la poudre de racine et le cataplasme de racine fra\u00eeche. Toutes sont aujourd&rsquo;hui d\u00e9conseill\u00e9es en raison de la toxicit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Hom\u00e9opathie :<\/strong> <em>Bryonia<\/em> en granules (5 CH, 9 CH, 15 CH) est disponible en pharmacie, avec des indications hom\u00e9opathiques sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La bryone est une <strong>plante toxique<\/strong>, dont tous les organes sont dangereux, en particulier les baies et la racine.<\/p>\n<p><strong>Baies :<\/strong> l&rsquo;ingestion de 10 \u00e0 15 baies suffit \u00e0 provoquer des troubles digestifs graves chez l&rsquo;enfant (vomissements, diarrh\u00e9es sanglantes, coliques). Des cas mortels ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s historiquement, bien que la l\u00e9talit\u00e9 soit faible gr\u00e2ce au go\u00fbt extr\u00eamement amer des baies, qui limite la quantit\u00e9 ing\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Racine :<\/strong> l&rsquo;ingestion de racine fra\u00eeche provoque une irritation gastro-intestinale violente : vomissements, diarrh\u00e9es profuses, douleurs abdominales, d\u00e9shydratation. \u00c0 forte dose, des troubles r\u00e9naux, des convulsions et un collapsus cardio-vasculaire sont possibles.<\/p>\n<p><strong>Contact cutan\u00e9 :<\/strong> la manipulation de la racine fra\u00eeche peut provoquer une dermatite de contact (v\u00e9sicules, \u00e9ryth\u00e8me) li\u00e9e aux cucurbitacines et aux lectines irritantes.<\/p>\n<p>La dose l\u00e9tale estim\u00e9e pour l&rsquo;adulte est de l&rsquo;ordre de 40 baies ou 15 \u00e0 30 g de racine fra\u00eeche \u2014 donn\u00e9es approximatives issues de la litt\u00e9rature toxicologique historique.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La bryone est l&rsquo;un des grands purgatifs de la m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne, utilis\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. Dioscoride la d\u00e9crit sous le nom d&rsquo;<em>ampelos leuk\u00ea<\/em> (vigne blanche) et recommande la racine comme purgatif, emm\u00e9nagogue et rem\u00e8de des plaies. Au Moyen \u00c2ge, la racine de bryone, sculpt\u00e9e en forme humaine et s\u00e9ch\u00e9e, servait de substitut bon march\u00e9 \u00e0 la mandragore \u2014 la fameuse \u00ab fausse mandragore \u00bb des colporteurs et des charlatans.<\/p>\n<p>Le nom \u00ab navet du diable \u00bb \u00e9voque la puissance et la dangerosit\u00e9 de la racine. L&rsquo;usage r\u00e9vulsif externe (cataplasme de racine fra\u00eeche rap\u00e9e sur les articulations douloureuses, les entorses, les pleur\u00e9sies) a perdur\u00e9 dans les campagnes fran\u00e7aises jusqu&rsquo;au milieu du XXe si\u00e8cle. Cazin (1858) et Fournier (1947) d\u00e9crivent en d\u00e9tail ces usages avec les pr\u00e9cautions n\u00e9cessaires.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique et conservation<\/h3>\n<p>La bryone est une esp\u00e8ce commune et non menac\u00e9e. Son int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique r\u00e9side dans sa production abondante de baies rouges, consomm\u00e9es par les oiseaux (merles, fauvettes, grives) qui assurent la diss\u00e9mination des graines \u2014 les graines transitent par le tube digestif sans dommage, l&rsquo;enrobage muqueux du fruit facilitant la germination.<\/p>\n<p>Les vrilles de la bryone pr\u00e9sentent un mouvement thigmotropique (r\u00e9ponse au contact) remarquable, \u00e9tudi\u00e9 par Darwin dans <em>The Movements and Habits of Climbing Plants<\/em> (1875). Le m\u00e9canisme d&rsquo;enroulement en spirale double, avec inversion du sens de torsion au milieu de la vrille, est un mod\u00e8le classique de biom\u00e9canique v\u00e9g\u00e9tale.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p><strong><em>Tamus communis<\/em><\/strong> (tamier, herbe aux femmes battues) : autre liane \u00e0 baies rouges des haies, mais feuilles enti\u00e8res cordiformes (non lob\u00e9es), sans vrilles, famille des Dioscoreaceae. La confusion est fr\u00e9quente et sans gravit\u00e9 particuli\u00e8re, les deux plantes \u00e9tant toxiques.<\/p>\n<p><strong>Vignes cultiv\u00e9es :<\/strong> les jeunes pousses de bryone peuvent vaguement ressembler aux pampres de vigne, d&rsquo;o\u00f9 le nom de \u00ab vigne blanche \u00bb. La pr\u00e9sence de vrilles simples (et non ramifi\u00e9es comme chez la vigne) et de poils rudes permet la distinction.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La bryone dio\u00efque est une plante toxique dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pharmacognosique contemporain repose sur les cucurbitacines, triterp\u00e8nes t\u00e9tracycliques aux propri\u00e9t\u00e9s cytotoxiques puissantes, en particulier comme inhibiteurs de la voie JAK\/STAT3 \u2014 cible th\u00e9rapeutique majeure en canc\u00e9rologie. L&rsquo;usage th\u00e9rapeutique direct de la plante est abandonn\u00e9 depuis un si\u00e8cle, mais ses compos\u00e9s actifs alimentent une recherche pharmacologique active.<\/p>\n<p>Entre le navet du diable des campagnes, la fausse mandragore des colporteurs et les cucurbitacines des laboratoires d&rsquo;oncologie, la bryone illustre le parcours singulier d&rsquo;une plante dont la dangerosit\u00e9 a paradoxalement entretenu la m\u00e9moire \u2014 et continue de nourrir l&rsquo;innovation.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Bruneton, J. \u2014 <em>Plantes toxiques : v\u00e9g\u00e9taux dangereux pour l&rsquo;homme et les animaux<\/em>, 4<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2009.<\/li>\n<li>Fournier, P.-V. \u2014 <em>Dictionnaire des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>, Omnibus, 1947.<\/li>\n<li>Cazin, F.-J. \u2014 <em>Trait\u00e9 pratique et raisonn\u00e9 des plantes m\u00e9dicinales indig\u00e8nes<\/em>, 3<sup>e<\/sup> \u00e9d., 1858.<\/li>\n<li>Tison, J.-M. &amp; de Foucault, B. \u2014 <em>Flora Gallica<\/em>, Biotope, 2014.<\/li>\n<li>Chen, J.C. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab Cucurbitacins and cucurbitane glycosides: structures and biological activities \u00bb, <em>Natural Product Reports<\/em>, 22, 2005.<\/li>\n<li>Blaskovich, M.A. <em>et al.<\/em> \u2014 \u00ab Discovery of JSI-124 (cucurbitacin I), a selective Janus kinase\/signal transducer and activator of transcription 3 signaling pathway inhibitor \u00bb, <em>Cancer Research<\/em>, 63, 2003.<\/li>\n<li>Darwin, C. \u2014 <em>The Movements and Habits of Climbing Plants<\/em>, Murray, London, 1875.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Laxatif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bryonia dioica Jacq. Famille : Cucurbitaceae La bryone dio\u00efque est une grande liane herbac\u00e9e des haies, des friches et des lisi\u00e8res humides \u00e0 s\u00e8ches, imm\u00e9diatement [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[64],"tags":[],"class_list":["post-869","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cucurbitacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/869","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=869"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/869\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14005,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/869\/revisions\/14005"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=869"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=869"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=869"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}