{"id":878,"date":"2026-03-26T11:30:39","date_gmt":"2026-03-26T10:30:39","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/genevrier-commun\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"genevrier-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/genevrier-commun\/","title":{"rendered":"GEN\u00c9VRIER COMMUN"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Gen%C3%A9vrier%20commun.jpg\" alt=\"Planche botanique Gen\u00e9vrier commun\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/juniperus_communis.jpg\" alt=\"Juniperus communis \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Juniperus communis<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le <em>Gen\u00e9vrier commun<\/em> (<em>Juniperus communis<\/em> L.) appartient \u00e0 la famille des <em>Cupressaceae<\/em>. C&rsquo;est un arbuste ou petit arbre persistant, extr\u00eamement polymorphe, pouvant prendre des formes tr\u00e8s vari\u00e9es selon les conditions : arbre colonnaire de 5 \u00e0 10 m en station favorable, arbuste \u00e9tal\u00e9 de 1 \u00e0 3 m en garrigue, ou coussin prostr\u00e9 de quelques dizaines de centim\u00e8tres en montagne (subsp. <em>nana<\/em>). Le tronc est souvent tortueux, \u00e0 \u00e9corce brun-rouge\u00e2tre, s&rsquo;exfoliant en lani\u00e8res fibreuses. Les feuilles sont des aiguilles persistantes, piquantes, dispos\u00e9es en verticilles de 3, lin\u00e9aires-subul\u00e9es, de 8 \u00e0 15 mm de long, \u00e0 une seule bande stomatique blanche sur la face sup\u00e9rieure, vertes sur la face inf\u00e9rieure. L&rsquo;esp\u00e8ce est dio\u00efque : les c\u00f4nes m\u00e2les sont petits, jaun\u00e2tres, axillaires, lib\u00e9rant leur pollen au printemps. Les c\u00f4nes femelles, les \u00ab baies de geni\u00e8vre \u00bb, sont en r\u00e9alit\u00e9 des galbules, compos\u00e9s de 3 \u00e9cailles charnues soud\u00e9es, formant une pseudo-baie globuleuse de 5 \u00e0 10 mm de diam\u00e8tre. Les galbules, verts la premi\u00e8re ann\u00e9e, m\u00fbrissent en 2 \u00e0 3 ans pour devenir bleu-noir, pruineux (couverts d&rsquo;une fine pellicule cireuse blanch\u00e2tre). Ils contiennent 1 \u00e0 3 graines triangulaires. Le syst\u00e8me racinaire est puissant, adapt\u00e9 aux sols pauvres et caillouteux.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Le Gen\u00e9vrier commun est l&rsquo;esp\u00e8ce ligneuse \u00e0 la plus vaste distribution g\u00e9ographique au monde. Son aire couvre l&rsquo;ensemble de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord, de l&rsquo;Arctique aux montagnes subtropicales : toute l&rsquo;Europe, l&rsquo;Asie du Nord et centrale (jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Himalaya et au Japon), l&rsquo;Afrique du Nord (Atlas) et l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord (Canada, nord des \u00c9tats-Unis). En France, il est pr\u00e9sent dans toutes les r\u00e9gions, du littoral atlantique aux sommets alpins (jusqu&rsquo;\u00e0 2 500 m). Trois sous-esp\u00e8ces principales sont reconnues : subsp. <em>communis<\/em> (forme arborescente des plaines et collines), subsp. <em>nana<\/em> (forme prostr\u00e9e de haute montagne et des r\u00e9gions arctiques) et subsp. <em>hemisphaerica<\/em> (forme m\u00e9diterran\u00e9enne). Le Gen\u00e9vrier commun colonise des habitats tr\u00e8s vari\u00e9s : pelouses s\u00e8ches calcaires, landes \u00e0 bruy\u00e8res, garrigues, maquis, lisi\u00e8res foresti\u00e8res, falaises, \u00e9boulis stabilis\u00e9s, tourbi\u00e8res (forme naine) et prairies d&rsquo;altitude. Il tol\u00e8re les sols pauvres, calcaires ou siliceux, secs ou mod\u00e9r\u00e9ment humides. C&rsquo;est une esp\u00e8ce pionni\u00e8re h\u00e9liophile qui recule devant la fermeture foresti\u00e8re.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>Le Gen\u00e9vrier commun est un arbuste long\u00e9vif, certains individus pouvant vivre plus de 200 ans. Sa croissance est lente, quelques centim\u00e8tres par an dans les conditions difficiles. L&rsquo;esp\u00e8ce est dio\u00efque : la pollinisation an\u00e9mogame a lieu au printemps (mars-mai). Les galbules m\u00fbrissent en 2 \u00e0 3 ans, ce qui est exceptionnellement long pour une plante \u00e0 c\u00f4ne. La dispersion est assur\u00e9e par les oiseaux frugivores (grives, merles, fauvettes) qui consomment les galbules et rejettent les graines (endozoochorie). La germination est lente et capricieuse, les graines poss\u00e9dant une dormance profonde pouvant durer 2 \u00e0 3 ans. Le recrutement de jeunes individus est souvent insuffisant, et de nombreuses populations europ\u00e9ennes sont vieillissantes et en d\u00e9clin. Le Gen\u00e9vrier est une esp\u00e8ce pionni\u00e8re qui colonise les milieux ouverts (pelouses abandonn\u00e9es, friches, parcours pastoraux) mais dispara\u00eet lorsque la for\u00eat se referme. Le maintien de milieux ouverts par le p\u00e2turage extensif lui est favorable. L&rsquo;esp\u00e8ce est tr\u00e8s r\u00e9sistante \u00e0 la s\u00e9cheresse, au froid, au vent et aux sols pauvres. Elle est sensible \u00e0 la maladie du dess\u00e8chement du gen\u00e9vrier caus\u00e9e par le champignon <em>Phytophthora austrocedri<\/em>, en expansion en Europe.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Les galbules de Gen\u00e9vrier commun contiennent une huile essentielle (0,5 \u00e0 2,5 % du poids sec) dont les constituants majeurs sont l&rsquo;<strong>\u03b1-<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pinene\/\">pin\u00e8ne<\/a><\/strong> (25-50 %), le <strong>myrc\u00e8ne<\/strong> (5-15 %), le <strong>sabin\u00e8ne<\/strong> (3-20 %), le <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/limonene\/\">limon\u00e8ne<\/a><\/strong> (2-12 %), le <strong>terpin\u00e8ne-4-ol<\/strong> (1-10 %) et le <strong>\u03b2-pin\u00e8ne<\/strong>. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a><\/strong> (<strong>germacr\u00e8ne D<\/strong>, <strong>\u03b2-caryophyll\u00e8ne<\/strong>) sont pr\u00e9sents en quantit\u00e9s variables. Les galbules contiennent \u00e9galement des <strong>diterp\u00e8nes<\/strong> (dont l&rsquo;<strong>acide communique<\/strong>), des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<strong>amentoflavone<\/strong>, <strong>biflavones<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a><\/strong>), des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a>), des <strong>sucres<\/strong> (glucose, fructose) en quantit\u00e9s importantes (jusqu&rsquo;\u00e0 30 % du poids sec), de l&rsquo;<strong>acide ascorbique<\/strong> (vitamine C) et des <strong>r\u00e9sines<\/strong>. Le bois contient des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignanes<\/a><\/strong>, des <strong>diterp\u00e8nes<\/strong> et des <strong>c\u00e8dres<\/strong> (sesquiterp\u00e8nes). Les aiguilles renferment de l&rsquo;huile essentielle, des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> et des <strong>biflavones<\/strong> (<strong>amentoflavone<\/strong>, <strong>cupressuflavone<\/strong>). La composition de l&rsquo;huile essentielle varie consid\u00e9rablement selon l&rsquo;origine g\u00e9ographique, l&rsquo;altitude, le stade de maturit\u00e9 des galbules et le ch\u00e9motype.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les \u00e9tudes pharmacologiques modernes ont confirm\u00e9 de nombreuses propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales traditionnelles des baies de Gen\u00e9vrier commun. L&rsquo;huile essentielle et les extraits de galbules poss\u00e8dent des activit\u00e9s <strong>diur\u00e9tiques<\/strong> d\u00e9montr\u00e9es, par augmentation de la filtration glom\u00e9rulaire r\u00e9nale, attribu\u00e9es au <strong>terpin\u00e8ne-4-ol<\/strong>. Des propri\u00e9t\u00e9s <strong>antimicrobiennes<\/strong> \u00e0 large spectre ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es in vitro contre des bact\u00e9ries Gram-positives et Gram-n\u00e9gatives, des champignons et des levures. Des activit\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong> et <strong>antirhumatismales<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es, soutenant l&rsquo;usage traditionnel contre les douleurs articulaires. Des effets <strong>antioxydants<\/strong> significatifs sont attribu\u00e9s aux <strong>flavono\u00efdes<\/strong> et aux <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a><\/strong> des galbules. Des propri\u00e9t\u00e9s <strong>hypoglyc\u00e9miantes<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 mises en \u00e9vidence dans des mod\u00e8les animaux de diab\u00e8te. L&rsquo;huile essentielle poss\u00e8de des effets <strong>carminatifs<\/strong> et <strong>spasmolytiques<\/strong> sur le muscle lisse intestinal. Des activit\u00e9s <strong>h\u00e9patoprotectrices<\/strong> et <strong>gastroprotectrices<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es. L&rsquo;usage traditionnel des baies de gen\u00e9vrier est reconnu pour les troubles digestifs mineurs (dyspepsie, flatulences) et comme adjuvant dans les troubles urinaires mineurs.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Huile essentielle (\u03b1-pin\u00e8ne, myrc\u00e8ne, sabin\u00e8ne)<\/td>\n<td>Monoterp\u00e8nes<\/td>\n<td>Diur\u00e9tiques, antiseptiques<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Terpin\u00e8n-4-ol<\/td>\n<td>Monoterp\u00e9nol<\/td>\n<td>Diur\u00e9tique aquar\u00e9tique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes, proanthocyanidines<\/td>\n<td>Polyph\u00e9nols<\/td>\n<td>Antioxydants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Les baies de geni\u00e8vre s&rsquo;utilisent sous de nombreuses formes. L&rsquo;<strong>infusion de baies<\/strong> se pr\u00e9pare avec 2 \u00e0 3 g de baies \u00e9cras\u00e9es pour 150 ml d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infuser 10 minutes, 3 tasses par jour. La <strong>teinture m\u00e8re<\/strong> de baies se prend \u00e0 raison de 30 \u00e0 50 gouttes, 3 fois par jour. L&rsquo;<strong>huile essentielle<\/strong> de baies de gen\u00e9vrier s&rsquo;utilise en diffusion atmosph\u00e9rique, en inhalation ou en massage dilu\u00e9e \u00e0 5-10 % dans une huile v\u00e9g\u00e9tale (articulations douloureuses, r\u00e9tention d&rsquo;eau). La dose par voie orale ne doit pas d\u00e9passer 1 \u00e0 2 gouttes dilu\u00e9es dans un support, 2 \u00e0 3 fois par jour, et pour une dur\u00e9e limit\u00e9e. Les <strong>baies enti\u00e8res<\/strong> se m\u00e2chent \u00e0 raison de 4 \u00e0 6 baies par jour pour stimuler la digestion. En cuisine, 5 \u00e0 10 baies \u00e9cras\u00e9es aromatisent un plat pour 4 personnes. Les <strong>g\u00e9lules d&rsquo;extrait sec<\/strong> se prennent selon les recommandations du fabricant, g\u00e9n\u00e9ralement 200 \u00e0 500 mg par prise. Le <strong>vin de geni\u00e8vre<\/strong> (mac\u00e9ration de baies \u00e9cras\u00e9es dans du vin blanc pendant 10 jours) \u00e9tait un rem\u00e8de traditionnel pris en ap\u00e9ritif. La cure ne doit pas exc\u00e9der 4 \u00e0 6 semaines.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Les baies de geni\u00e8vre sont contre-indiqu\u00e9es en cas d&rsquo;<strong>insuffisance r\u00e9nale<\/strong> ou de <strong>n\u00e9phrite<\/strong>, l&rsquo;effet diur\u00e9tique pouvant aggraver l&rsquo;atteinte r\u00e9nale. L&rsquo;usage prolong\u00e9 (plus de 6 semaines) est d\u00e9conseill\u00e9 car il peut provoquer une irritation r\u00e9nale. Les baies sont formellement contre-indiqu\u00e9es chez la <strong>femme enceinte<\/strong> en raison d&rsquo;un effet ut\u00e9rotonique potentiel, et chez la femme allaitante. L&rsquo;huile essentielle de gen\u00e9vrier est contre-indiqu\u00e9e chez les enfants de moins de 12 ans, les personnes \u00e9pileptiques et les asthmatiques. \u00c0 fortes doses, l&rsquo;huile essentielle est n\u00e9phrotoxique et peut provoquer des troubles digestifs (naus\u00e9es, vomissements, diarrh\u00e9e). Les personnes sous traitement diur\u00e9tique, hypoglyc\u00e9miant ou anticoagulant doivent consulter un m\u00e9decin avant toute utilisation. Il ne faut pas confondre les galbules de <em>Juniperus communis<\/em> (comestibles) avec ceux de <em>Juniperus sabina<\/em> (Sabine, tr\u00e8s toxique) ni avec ceux du Gen\u00e9vrier cade (<em>J. oxycedrus<\/em>). La sabine est un arbuste \u00e0 feuillage en \u00e9cailles (et non en aiguilles piquantes) dont l&rsquo;ingestion peut \u00eatre mortelle. Les baies vertes (non m\u00fbres) sont plus riches en huile essentielle et plus irritantes que les baies m\u00fbres bleu-noir.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le Gen\u00e9vrier commun est l&rsquo;une des plantes les plus utilis\u00e9es dans les traditions m\u00e9dicinales et culinaires europ\u00e9ennes. Les baies de geni\u00e8vre sont un condiment classique de la cuisine europ\u00e9enne, utilis\u00e9es pour aromatiser la choucroute, les marinades, les gibiers, les p\u00e2t\u00e9s et les terrines. Elles sont l&rsquo;ingr\u00e9dient principal du gin (dont le nom d\u00e9rive de \u00ab geni\u00e8vre \u00bb), du geni\u00e8vre (boisson hollandaise et belge) et de l&rsquo;aquavit scandinave. En m\u00e9decine populaire, les baies sont r\u00e9put\u00e9es diur\u00e9tiques, stomachiques, carminatives et antiseptiques. L&rsquo;infusion de baies \u00e9tait recommand\u00e9e contre les rhumatismes, les infections urinaires, les troubles digestifs et la r\u00e9tention d&rsquo;eau. La fumigation de rameaux de gen\u00e9vrier servait \u00e0 purifier l&rsquo;air des pi\u00e8ces de malades et des \u00e9tables, une pratique attest\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. En \u00c9cosse et en Scandinavie, le gen\u00e9vrier avait une dimension rituelle : on br\u00fblait des branches pour \u00e9loigner les mauvais esprits et les maladies. Le bois de gen\u00e9vrier, aromatique et imputrescible, \u00e9tait utilis\u00e9 pour la fabrication de coffrets, de crayons, de pipes et de petits objets. L&rsquo;huile essentielle \u00e9tait employ\u00e9e en parfumerie et en m\u00e9decine. Les baies servaient aussi \u00e0 parfumer les saunas en Finlande.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>Le Gen\u00e9vrier commun se multiplie par semis ou par bouturage. Le <strong>semis<\/strong> est d\u00e9licat en raison de la dormance profonde des graines : une stratification froide de 3 \u00e0 6 mois est n\u00e9cessaire, parfois pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;une stratification chaude de 3 mois pour lever la double dormance. La germination est lente et irr\u00e9guli\u00e8re (6 \u00e0 18 mois). Le <strong>bouturage<\/strong> de rameaux semi-ao\u00fbt\u00e9s, en fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9 ou en automne, avec hormone d&rsquo;enracinement, donne de meilleurs r\u00e9sultats. Le Gen\u00e9vrier se plante en automne ou au printemps, en situation ensoleill\u00e9e, dans un sol bien drain\u00e9. Il tol\u00e8re tous types de sols, calcaires, siliceux, sableux, caillouteux, m\u00eame tr\u00e8s pauvres. Il ne supporte pas les sols lourds, d\u00e9tremp\u00e9s et ombrag\u00e9s. L&rsquo;espacement est de 1 \u00e0 3 m selon la forme d\u00e9sir\u00e9e. Aucune fertilisation n&rsquo;est n\u00e9cessaire. L&rsquo;arrosage est utile les deux premi\u00e8res ann\u00e9es, puis l&rsquo;arbuste se passe d&rsquo;irrigation. La taille est rarement n\u00e9cessaire, sauf pour contenir la forme. Les cultivars ornementaux (&lsquo;Hibernica&rsquo; colonnaire, &lsquo;Repanda&rsquo; prostr\u00e9, &lsquo;Gold Cone&rsquo; dor\u00e9) sont disponibles en p\u00e9pini\u00e8re. Le Gen\u00e9vrier est un arbuste de jardin sec, de rocaille, de haie libre et de jardin de plantes m\u00e9dicinales.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9colte et conservation<\/h3>\n<p>Les baies de geni\u00e8vre se r\u00e9coltent \u00e0 l&rsquo;automne (septembre-novembre), lorsqu&rsquo;elles ont atteint leur coloration bleu-noir et leur pruine cireuse. Seules les baies m\u00fbres sont r\u00e9colt\u00e9es ; les galbules verts, non m\u00fbrs, sont laiss\u00e9s sur l&rsquo;arbre pour la r\u00e9colte de l&rsquo;ann\u00e9e ou des ann\u00e9es suivantes (maturation en 2-3 ans). La r\u00e9colte s&rsquo;effectue en secouant les rameaux au-dessus d&rsquo;un drap ou d&rsquo;un r\u00e9cipient, ou en cueillant manuellement les baies. Le port de gants est recommand\u00e9 en raison des aiguilles piquantes. Le s\u00e9chage se fait en couche mince, \u00e0 l&rsquo;ombre, dans un local bien ventil\u00e9, \u00e0 une temp\u00e9rature ne d\u00e9passant pas 35 \u00b0C pour pr\u00e9server l&rsquo;huile essentielle. Les baies s\u00e9ch\u00e9es se conservent dans des bocaux herm\u00e9tiques, \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re et de la chaleur, pendant 2 \u00e0 3 ans. La cong\u00e9lation des baies fra\u00eeches est possible. L&rsquo;huile essentielle, obtenue par distillation \u00e0 la vapeur d&rsquo;eau des baies m\u00fbres broy\u00e9es, se conserve dans un flacon en verre teint\u00e9, herm\u00e9tiquement ferm\u00e9, pendant 3 \u00e0 5 ans. Les rameaux, r\u00e9colt\u00e9s pour la fumigation, se s\u00e8chent en bouquets suspendus et se conservent au sec pendant un an.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>Les baies de Gen\u00e9vrier commun sont inscrites \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne (monographie \u00ab Juniperi pseudo-fructus \u00bb) et \u00e0 la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise (liste A des plantes m\u00e9dicinales). Une monographie europ\u00e9enne reconna\u00eet l&rsquo;usage traditionnel des baies de gen\u00e9vrier pour les troubles digestifs mineurs (flatulences, dyspepsie) et comme adjuvant dans les troubles urinaires mineurs. Les baies de geni\u00e8vre sont autoris\u00e9es comme \u00e9pice alimentaire et comme ingr\u00e9dient de compl\u00e9ments alimentaires dans l&rsquo;UE. L&rsquo;huile essentielle de baies de gen\u00e9vrier est utilis\u00e9e en cosm\u00e9tique et en aromath\u00e9rapie. L&rsquo;esp\u00e8ce ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune restriction CITES. En France, le Gen\u00e9vrier commun n&rsquo;est pas prot\u00e9g\u00e9 au niveau national, mais la sous-esp\u00e8ce <em>nana<\/em> (forme prostr\u00e9e de haute montagne) b\u00e9n\u00e9ficie de protections r\u00e9gionales dans certaines r\u00e9gions o\u00f9 elle est rare. Les habitats o\u00f9 le gen\u00e9vrier est caract\u00e9ristique (landes, pelouses s\u00e8ches, junip\u00e9raies) sont des habitats d&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire au titre de Natura 2000 (code 5130 : formations \u00e0 <em>Juniperus communis<\/em>). Le d\u00e9clin du Gen\u00e9vrier commun en Europe fait l&rsquo;objet de pr\u00e9occupations croissantes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations et synergies<\/h3>\n<p>En phytoth\u00e9rapie, les baies de geni\u00e8vre s&rsquo;associent \u00e0 de nombreuses plantes. Pour l&rsquo;effet <strong>diur\u00e9tique<\/strong>, elles se combinent avec la Piloselle (<em>Hieracium pilosella<\/em>), le Bouleau (<em>Betula pendula<\/em>) et la Reine-des-pr\u00e9s (<em>Filipendula ulmaria<\/em>). Pour les <strong>rhumatismes<\/strong> et les <strong>douleurs articulaires<\/strong>, l&rsquo;association avec l&rsquo;Harpagophytum (<em>Harpagophytum procumbens<\/em>), le Cassis (<em>Ribes nigrum<\/em>) et la Reine-des-pr\u00e9s est traditionnelle. Pour les <strong>troubles digestifs<\/strong>, elles s&rsquo;associent au Fenouil (<em>Foeniculum vulgare<\/em>), \u00e0 la Menthe poivr\u00e9e (<em>Mentha \u00d7 piperita<\/em>) et \u00e0 l&rsquo;Anis vert (<em>Pimpinella anisum<\/em>). En aromath\u00e9rapie, l&rsquo;huile essentielle de gen\u00e9vrier se combine avec celles de Cypr\u00e8s (<em>Cupressus sempervirens<\/em>), de Romarin \u00e0 <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/camphre\/\">camphre<\/a> (<em>Rosmarinus officinalis<\/em> ct. camphre) et de Gaulth\u00e9rie (<em>Gaultheria procumbens<\/em>) dans les synergies anti-rhumatismales. En \u00e9cologie, le Gen\u00e9vrier cohabite avec l&rsquo;Aub\u00e9pine, le Prunellier, l&rsquo;\u00c9glantier et le Buis dans les pelouses calcicoles en cours d&#8217;embuissonnement. Les junip\u00e9raies constituent un habitat original abritant une faune et une flore sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et faits remarquables<\/h3>\n<p>Le gin, boisson embl\u00e9matique n\u00e9e aux Pays-Bas au XVIIe si\u00e8cle sous le nom de \u00ab genever \u00bb (geni\u00e8vre en n\u00e9erlandais), tire son nom et son ar\u00f4me principal des baies de Gen\u00e9vrier commun. Le gin britannique, devenu la boisson nationale, a connu une p\u00e9riode de consommation excessive au XVIIIe si\u00e8cle, immortalis\u00e9e par les gravures de Hogarth (\u00ab Gin Lane \u00bb). Le geni\u00e8vre (jenever) belge et n\u00e9erlandais est un spiritueux distinct du gin, distill\u00e9 \u00e0 partir de malt et aromatis\u00e9 au gen\u00e9vrier. L&rsquo;aquavit scandinave utilise \u00e9galement les baies de geni\u00e8vre. En \u00c9cosse, la coutume de br\u00fbler des branches de gen\u00e9vrier pour purifier les maisons et les \u00e9tables au Nouvel An (\u00ab saining \u00bb) remonte aux traditions pr\u00e9chr\u00e9tiques. Le bois de gen\u00e9vrier, imputrescible et aromatique, est utilis\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 : des vestiges en bois de gen\u00e9vrier ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s dans des sites n\u00e9olithiques lacustres. Le gen\u00e9vrier est un symbole de protection dans de nombreuses cultures : accrocher une branche de gen\u00e9vrier \u00e0 la porte \u00e9loignait les mauvais esprits selon les traditions populaires europ\u00e9ennes. Le Gen\u00e9vrier commun est l&rsquo;un des premiers arbres \u00e0 recoloniser les terres apr\u00e8s la derni\u00e8re glaciation il y a 12 000 ans, comme en t\u00e9moignent les analyses polliniques.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le Gen\u00e9vrier commun est une esp\u00e8ce patrimoniale d&rsquo;une importance \u00e9cologique, m\u00e9dicinale, culinaire et culturelle majeure. Son extraordinaire plasticit\u00e9 \u00e9cologique, qui lui permet de coloniser des milieux allant de l&rsquo;Arctique aux montagnes m\u00e9diterran\u00e9ennes, en fait l&rsquo;arbuste le plus largement distribu\u00e9 de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord. Cependant, l&rsquo;esp\u00e8ce est en d\u00e9clin dans une grande partie de l&rsquo;Europe occidentale, victime de la fermeture des milieux ouverts par l&rsquo;abandon du pastoralisme, du vieillissement des populations sans r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration suffisante et de l&rsquo;\u00e9mergence de la maladie caus\u00e9e par <em>Phytophthora austrocedri<\/em>. La restauration et le maintien des junip\u00e9raies, habitats Natura 2000, n\u00e9cessitent une gestion active par le p\u00e2turage extensif, le d\u00e9broussaillage s\u00e9lectif et la plantation de jeunes individus. Sur le plan pharmacologique, les baies de geni\u00e8vre continuent de susciter l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la recherche pour leurs propri\u00e9t\u00e9s antimicrobiennes, anti-inflammatoires et antioxydantes. Le renouveau du gin artisanal (\u00ab craft gin \u00bb) et la demande croissante en baies de geni\u00e8vre de qualit\u00e9 ouvrent des perspectives de valorisation \u00e9conomique qui pourraient contribuer \u00e0 la conservation de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Gen\u00e9vrier%20commun\">Plants of the World Online, Kew : <em>Gen\u00e9vrier commun<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Gen\u00e9vrier+commun\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Gen\u00e9vrier commun<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Digestif \/ ap\u00e9ritif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antiseptique urinaire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antirhumatismal<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Juniperus communisK\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887 Le Gen\u00e9vrier commun (Juniperus communis L.) appartient \u00e0 la famille des Cupressaceae. 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