{"id":880,"date":"2026-03-26T11:30:42","date_gmt":"2026-03-26T10:30:42","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/genevrier-sabine\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:16","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:16","slug":"genevrier-sabine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/genevrier-sabine\/","title":{"rendered":"GEN\u00c9VRIER SABINE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Gen%C3%A9vrier%20sabine.jpg\" alt=\"Planche botanique Gen\u00e9vrier sabine\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le <strong>gen\u00e9vrier sabine<\/strong> (<em>Juniperus sabina<\/em> L.) appartient \u00e0 la famille des <strong>Cupressaceae<\/strong> (anciennement plac\u00e9 dans les Coniferales, famille des Cupressaceae sensu lato). Le genre <em>Juniperus<\/em> comprend environ 60 \u00e0 75 esp\u00e8ces r\u00e9parties dans tout l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re Nord. Le nombre chromosomique est 2n = 22. Le nom <em>Juniperus<\/em> d\u00e9rive du latin classique pour le gen\u00e9vrier. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>sabina<\/em> fait r\u00e9f\u00e9rence au pays des Sabins (centre de l&rsquo;Italie), o\u00f9 la plante \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e abondante. Noms vernaculaires : sabine, savinier, gen\u00e9vrier f\u00e9tide. En anglais : <em>savin juniper<\/em>, <em>savin<\/em>. La plante est connue depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 comme un <strong>abortif puissant et dangereux<\/strong>, ce qui en fait l&rsquo;une des plantes les plus toxiques de la flore europ\u00e9enne.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Arbrisseau dio\u00efque (rarement mono\u00efque) de 1 \u00e0 4 m de hauteur, \u00e0 port \u00e9tal\u00e9, rampant ou ascendant, formant souvent des coussins denses. <strong>\u00c9corce<\/strong> brun-rouge\u00e2tre, se desquamant en lani\u00e8res. <strong>Rameaux<\/strong> cylindriques, \u00e9tal\u00e9s, \u00e0 odeur forte et d\u00e9sagr\u00e9able au froissement (crit\u00e8re distinctif majeur). <strong>Feuilles<\/strong> de deux types selon l&rsquo;\u00e2ge : sur les jeunes pousses, feuilles aciculaires (en aiguilles), piquantes, longues de 4-6 mm, vert glauque, portant une bande stomatique blanche au revers ; sur les rameaux adultes, feuilles squamiformes (en \u00e9cailles), \u00e9troitement imbriqu\u00e9es, de 1-3 mm, ovales-rhombo\u00efdales, vert sombre, \u00e0 glande r\u00e9sineuse dorsale (visible \u00e0 la loupe). <strong>C\u00f4nes m\u00e2les<\/strong> petits, terminaux, jaunes. <strong>C\u00f4nes femelles<\/strong> (galbules) : petits (5-7 mm), globuleux, brun-noir \u00e0 pruine bleut\u00e9e \u00e0 maturit\u00e9, port\u00e9s sur des p\u00e9doncules recourb\u00e9s, contenant 1 \u00e0 4 graines. Maturation en 18 mois. <strong>Floraison<\/strong> : mars \u00e0 mai.<\/p>\n<hr>\n<h3>Origine g\u00e9ographique et r\u00e9partition<\/h3>\n<p>Esp\u00e8ce <strong>eurasiatique montagnarde<\/strong>. R\u00e9partie de l&rsquo;Espagne et des Alpes \u00e0 l&rsquo;Asie centrale (Sib\u00e9rie, Chine occidentale, Mongolie). En France, pr\u00e9sente dans les <strong>Alpes<\/strong> (du Chablais au Mercantour), les <strong>Pyr\u00e9n\u00e9es<\/strong>, le <strong>Jura<\/strong> et ponctuellement dans le <strong>Massif central<\/strong> (C\u00e9vennes). L&rsquo;esp\u00e8ce est typiquement montagnarde, entre 800 et 2 500 m d&rsquo;altitude, atteignant exceptionnellement 3 000 m dans les Alpes internes. Elle est plus fr\u00e9quente dans les Alpes internes s\u00e8ches (Valais, Maurienne, Brian\u00e7onnais, Queyras) o\u00f9 elle forme parfois des peuplements \u00e9tendus sur les adrets rocheux. L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9galement largement cultiv\u00e9e comme plante ornementale dans les jardins, avec de nombreux cultivars.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et habitat<\/h3>\n<p><strong>Rochers<\/strong>, <strong>\u00e9boulis<\/strong>, <strong>pelouses s\u00e8ches<\/strong>, <strong>landes supraforesti\u00e8res<\/strong>, <strong>adrets rocheux montagnards<\/strong>, <strong>for\u00eats claires de pins sylvestres<\/strong>. Le gen\u00e9vrier sabine est h\u00e9liophile, x\u00e9rophile et thermophile. Il supporte les sols superficiels, calcaires \u00e0 siliceux, bien drain\u00e9s, pauvres en nutriments. L&rsquo;esp\u00e8ce est r\u00e9sistante au froid intense, \u00e0 la s\u00e9cheresse estivale et aux vents violents. Elle appartient aux communaut\u00e9s des Ononido-Pinion (pin\u00e8des s\u00e8ches de montagne), des Juniperion sabinae (landes \u00e0 gen\u00e9vrier sabine) et des Seslerietalia (pelouses calcaires s\u00e8ches). La pollinisation est an\u00e9mophile (par le vent). Le gen\u00e9vrier sabine est dio\u00efque, les pieds m\u00e2les et femelles \u00e9tant s\u00e9par\u00e9s. La diss\u00e9mination des galbules est ornithochore (oiseaux frugivores, notamment les grives et les merles, qui consomment les galbules et dispersent les graines).<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le gen\u00e9vrier sabine contient une <strong>huile essentielle<\/strong> (1 \u00e0 5 % dans les feuilles) de composition complexe et variable selon l&rsquo;origine g\u00e9ographique. Les compos\u00e9s majoritaires sont des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/monoterpenes\/\">monoterp\u00e8nes<\/a><\/strong> et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a><\/strong> : <strong>sabin\u00e8ne<\/strong> (10-25 %), <strong>\u03b1-thujone<\/strong> et <strong>\u03b2-thujone<\/strong> (5-15 %, c\u00e9tones monoterp\u00e9niques hautement toxiques), <strong>sabinyl ac\u00e9tate<\/strong> (sabinol est\u00e9rifi\u00e9, 20-50 % dans certains ch\u00e9motypes, principal responsable de la toxicit\u00e9), <strong>terpin\u00e8ne-4-ol<\/strong>, <strong>\u03b1-<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pinene\/\">pin\u00e8ne<\/a><\/strong>, <strong>\u03b2-pin\u00e8ne<\/strong>, <strong>myrc\u00e8ne<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/limonene\/\">limon\u00e8ne<\/a><\/strong>. La plante contient \u00e9galement des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a><\/strong> de type labdane, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignanes<\/a><\/strong> : <strong>podophyllotoxine<\/strong> et <strong>d\u00e9oxypodophyllotoxine<\/strong> (compos\u00e9s cytotoxiques puissants, pr\u00e9sents aussi chez le podophylle), des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> : <strong>amentoflavone<\/strong>, <strong>cupressuflavone<\/strong> (biflavono\u00efdes), des <strong>tanins<\/strong> et des <strong>acides r\u00e9siniques<\/strong>. La <strong>podophyllotoxine<\/strong> est un inhibiteur puissant de la topoisom\u00e9rase II, utilis\u00e9 comme pr\u00e9curseur de m\u00e9dicaments anticanc\u00e9reux (\u00e9toposide, t\u00e9niposide).<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques du gen\u00e9vrier sabine sont domin\u00e9es par la <strong>toxicit\u00e9<\/strong>. Le <strong>sabinyl ac\u00e9tate<\/strong> et les <strong>thujones<\/strong> exercent une action <strong>ut\u00e9rotonique<\/strong> puissante (contraction des muscles lisses ut\u00e9rins), responsable de l&rsquo;effet abortif historiquement recherch\u00e9. Les thujones sont <strong>neurotoxiques<\/strong> (convulsivantes, pro-\u00e9pileptog\u00e8nes) par antagonisme des r\u00e9cepteurs GABA-A. L&rsquo;huile essentielle est <strong>n\u00e9phrotoxique<\/strong> (l\u00e9sions tubulaires r\u00e9nales) et <strong>h\u00e9patotoxique<\/strong>. La <strong>podophyllotoxine<\/strong> est un <strong>antimitotique<\/strong> puissant (inhibition de la tubuline, arr\u00eat en m\u00e9taphase) et un <strong>inhibiteur de la topoisom\u00e9rase II<\/strong>, fondement de la synth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9toposide (VP-16), anticanc\u00e9reux majeur utilis\u00e9 en chimioth\u00e9rapie. Les <strong>biflavono\u00efdes<\/strong> (amentoflavone) poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires, antivirales et antitumorales. Malgr\u00e9 ces propri\u00e9t\u00e9s, l&rsquo;usage th\u00e9rapeutique direct de la plante est exclu en raison de sa toxicit\u00e9 majeure.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations m\u00e9dicinales traditionnelles<\/h3>\n<p>Le gen\u00e9vrier sabine est l&rsquo;un des <strong>abortifs v\u00e9g\u00e9taux les plus anciennement document\u00e9s<\/strong>. <strong>Dioscoride<\/strong> (Ier si\u00e8cle) le prescrit comme emm\u00e9nagogue et abortif. <strong>Pline l&rsquo;Ancien<\/strong> mentionne son usage pour provoquer les menstruations. Au <strong>Moyen \u00c2ge<\/strong>, la sabine \u00e9tait l&rsquo;abortif le plus couramment utilis\u00e9 en Europe, malgr\u00e9 les interdictions eccl\u00e9siastiques et civiles. En <strong>m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne<\/strong>, les feuilles \u00e9taient employ\u00e9es en infusion ou en poudre comme emm\u00e9nagogue, anthelminthique (vermifuge) et sudorifique. En usage externe, la poudre de feuilles servait de v\u00e9sicant (r\u00e9vulsif cutan\u00e9) et de caustique sur les verrues et les condylomes. L&rsquo;huile essentielle dilu\u00e9e \u00e9tait utilis\u00e9e en liniment contre les rhumatismes. Tous ces usages sont aujourd&rsquo;hui <strong>formellement proscrits<\/strong> en raison de la toxicit\u00e9 mortelle de la plante.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches portent principalement sur la <strong>podophyllotoxine<\/strong> et ses d\u00e9riv\u00e9s semi-synth\u00e9tiques. L&rsquo;\u00e9toposide (VP-16) et le t\u00e9niposide (VM-26), d\u00e9riv\u00e9s de la podophyllotoxine, sont des anticanc\u00e9reux majeurs utilis\u00e9s dans le traitement des cancers du poumon, des testicules, des leuc\u00e9mies et des lymphomes. La demande mondiale en podophyllotoxine d\u00e9passe la capacit\u00e9 de production naturelle (principalement \u00e0 partir de <em>Podophyllum<\/em> spp.), et les <em>Juniperus<\/em> sabine sont explor\u00e9s comme sources alternatives. La <strong>biotechnologie<\/strong> d\u00e9veloppe la production de podophyllotoxine par cultures de cellules et de tissus de <em>Juniperus<\/em>. Les <strong>biflavono\u00efdes<\/strong> (amentoflavone) sont \u00e9tudi\u00e9s pour leurs propri\u00e9t\u00e9s antivirales (inhibition du virus de la dengue et du VIH). La <strong>chimiotaxonomie<\/strong> du genre utilise les profils en huile essentielle. Des \u00e9tudes d&rsquo;<strong>\u00e9cologie de la reproduction<\/strong> examinent les m\u00e9canismes de dio\u00e9cie et de dispersion chez les gen\u00e9vriers montagnards.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Huile essentielle<\/td>\n<td>Huile essentielle<\/td>\n<td>Aromatique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Sabin\u00e8ne<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u0391-thujone<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u0392-thujone<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Sabinyl ac\u00e9tate<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>AUCUNE POSOLOGIE N&rsquo;EST RECOMMAND\u00c9E.<\/strong> L&rsquo;usage interne du gen\u00e9vrier sabine est formellement interdit et potentiellement mortel. \u00c0 titre strictement historique et toxicologique : les doses abortives rapport\u00e9es dans la litt\u00e9rature ancienne (5 \u00e0 20 g de feuilles en infusion) sont proches des doses mortelles. L&rsquo;huile essentielle est mortelle \u00e0 partir de quelques millilitres. En usage externe historique : la poudre de feuilles \u00e9tait appliqu\u00e9e sur les verrues et condylomes comme caustique. Les pr\u00e9parations hom\u00e9opathiques (<em>Sabina<\/em>) sont les seules formes autoris\u00e9es, en dilutions \u00e9lev\u00e9es (\u00e0 partir de 5 CH). La vente de la plante et de son huile essentielle est interdite ou strictement r\u00e9glement\u00e9e dans la plupart des pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Le gen\u00e9vrier sabine est une <strong>plante hautement toxique<\/strong>. L&rsquo;ingestion de feuilles ou d&rsquo;huile essentielle provoque : <strong>gastro-ent\u00e9rite h\u00e9morragique<\/strong> s\u00e9v\u00e8re (vomissements sanglants, diarrh\u00e9es sanguinolentes), <strong>h\u00e9morragies ut\u00e9rines<\/strong> massives, <strong>n\u00e9phrite aigu\u00eb<\/strong> (h\u00e9maturie, anurie), <strong>h\u00e9patite toxique<\/strong>, <strong>convulsions<\/strong>, <strong>coma<\/strong> et <strong>mort<\/strong> par d\u00e9faillance multi-organique. La dose mortelle est estim\u00e9e \u00e0 6 \u00e0 20 g de feuilles fra\u00eeches chez l&rsquo;adulte. De nombreux d\u00e9c\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s historiquement, li\u00e9s \u00e0 des tentatives d&rsquo;avortement clandestin. L&rsquo;huile essentielle est encore plus dangereuse : quelques millilitres peuvent \u00eatre fatals. La toxicit\u00e9 est due au sabinyl ac\u00e9tate, aux thujones et \u00e0 la podophyllotoxine. Le contact cutan\u00e9 avec les rameaux frais peut provoquer une dermite de contact s\u00e9v\u00e8re. <strong>Contre-indications absolues :<\/strong> grossesse (abortif), allaitement, enfants, insuffisance r\u00e9nale ou h\u00e9patique, \u00e9pilepsie.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le gen\u00e9vrier sabine occupe une place singuli\u00e8re dans l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine et du droit. Pendant des si\u00e8cles, il fut l&rsquo;<strong>abortif v\u00e9g\u00e9tal le plus utilis\u00e9 en Europe<\/strong>, au point que sa simple pr\u00e9sence dans un jardin pouvait constituer une preuve \u00e0 charge dans les proc\u00e8s pour avortement. En <strong>Angleterre<\/strong>, plusieurs lois m\u00e9di\u00e9vales interdisaient la culture de la sabine dans les jardins. En <strong>France<\/strong>, l&rsquo;ordonnance royale de 1682 mentionnait la sabine parmi les substances dont la vente devait \u00eatre contr\u00f4l\u00e9e. <strong>Culpeper<\/strong> (1653) la classe parmi les plantes \u00ab dangereuses et violentes \u00bb. L&rsquo;histoire m\u00e9dico-l\u00e9gale de la sabine est jalonn\u00e9e d&rsquo;<strong>empoisonnements<\/strong>, de <strong>proc\u00e8s criminels<\/strong> et de <strong>morts par avortement clandestin<\/strong> jusqu&rsquo;au XXe si\u00e8cle. En <strong>pharmacologie moderne<\/strong>, la d\u00e9couverte de la <strong>podophyllotoxine<\/strong> dans la sabine a contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9toposide, l&rsquo;un des anticanc\u00e9reux les plus utilis\u00e9s au monde.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire et conservation<\/h3>\n<p><em>Juniperus sabina<\/em> n&rsquo;est pas menac\u00e9 au niveau mondial (UICN : LC). En France, l&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas prot\u00e9g\u00e9e mais est localement rare en dehors de ses stations alpines principales. L&rsquo;huile essentielle de sabine est class\u00e9e comme <strong>substance toxique<\/strong> et sa vente est interdite ou r\u00e9glement\u00e9e dans de nombreux pays. En France, la plante figure sur la <strong>liste B des plantes m\u00e9dicinales<\/strong> (plantes dont les effets ind\u00e9sirables potentiels sont sup\u00e9rieurs au b\u00e9n\u00e9fice th\u00e9rapeutique) de la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise. L&rsquo;usage est r\u00e9serv\u00e9 aux pr\u00e9parations hom\u00e9opathiques (dilutions sup\u00e9rieures \u00e0 5 CH). La plante est largement cultiv\u00e9e comme ornementale (cultivars nains pour rocailles), mais la plantation dans les jardins accessibles aux enfants est d\u00e9conseill\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Les feuilles de gen\u00e9vrier sabine \u00e9taient autrefois inscrites \u00e0 la <strong>Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise<\/strong> (retir\u00e9es en raison de la dangerosit\u00e9). L&rsquo;identification repose sur les caract\u00e8res morphologiques : port \u00e9tal\u00e9, feuilles squamiformes \u00e0 odeur d\u00e9sagr\u00e9able au froissement (distinction avec <em>J. communis<\/em> \u00e0 feuilles aciculaires et odeur r\u00e9sineuse agr\u00e9able). L&rsquo;examen microscopique montre des cellules s\u00e9cr\u00e9trices \u00e0 huile essentielle dans le parenchyme foliaire, des canaux r\u00e9sinif\u00e8res et des stomates enfonc\u00e9s. La distillation \u00e0 la vapeur d&rsquo;eau des rameaux feuill\u00e9s fournit l&rsquo;huile essentielle, dont l&rsquo;analyse par GC-MS permet l&rsquo;identification du ch\u00e9motype (dosage du sabinyl ac\u00e9tate et des thujones). La distinction avec les autres gen\u00e9vriers est essentielle : <em>J. communis<\/em> (feuilles en aiguilles, galbules comestibles), <em>J. phoenicea<\/em> (m\u00e9diterran\u00e9en, feuilles squamiformes mais sans odeur f\u00e9tide).<\/p>\n<hr>\n<h3>Conclusion et perspectives<\/h3>\n<p><em>Juniperus sabina<\/em>, le gen\u00e9vrier maudit de l&rsquo;histoire m\u00e9dicale europ\u00e9enne, incarne le paradoxe des plantes toxiques dont la dangerosit\u00e9 rec\u00e8le un potentiel th\u00e9rapeutique majeur. La podophyllotoxine, poison cellulaire mortel \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat brut, a engendr\u00e9 l&rsquo;\u00e9toposide, anticanc\u00e9reux qui sauve des milliers de vies chaque ann\u00e9e. Les thujones et le sabinyl ac\u00e9tate, responsables de tant de drames d&rsquo;avortement clandestin, sont aujourd&rsquo;hui des outils de recherche en toxicologie et en pharmacologie. L&rsquo;histoire de la sabine rappelle que la fronti\u00e8re entre poison et m\u00e9dicament est une question de dose, de pr\u00e9paration et de connaissance. La recherche continue sur les sources v\u00e9g\u00e9tales de podophyllotoxine et sur les biflavono\u00efdes anticanc\u00e9reux des Cupressaceae, faisant de ce gen\u00e9vrier toxique un objet d&rsquo;\u00e9tude scientifique de premier plan.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Juniperus%20sabina\">Plants of the World Online, Kew : <em>Juniperus sabina<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Juniperus+sabina\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Juniperus sabina<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. 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