{"id":882,"date":"2026-03-26T11:30:45","date_gmt":"2026-03-26T10:30:45","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/choin-noiratre\/"},"modified":"2026-06-24T17:34:47","modified_gmt":"2026-06-24T15:34:47","slug":"choin-noiratre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/choin-noiratre\/","title":{"rendered":"CHOIN NOIR\u00c2TRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Choin%20noir%C3%A2tre.jpg\" alt=\"Planche botanique Choin noir\u00e2tre\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le <em>Schoenus nigricans<\/em> L., commun\u00e9ment appel\u00e9 Choin noir\u00e2tre ou Choin noir, appartient \u00e0 la famille des Cyperaceae. Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Schoenus<\/em> vient du grec <em>schoinos<\/em>, qui d\u00e9signait un jonc ou une plante de marais, tandis que l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>nigricans<\/em> (noircissant) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la teinte sombre que prend la plante \u00e0 maturit\u00e9. C&rsquo;est une plante vivace, dens\u00e9ment cespiteuse, formant des touffes compactes de 20 \u00e0 70 cm de hauteur. Les tiges sont cylindriques, rigides, dress\u00e9es, glabres, stri\u00e9es, de couleur vert fonc\u00e9 devenant brun noir\u00e2tre \u00e0 la base. Les feuilles sont basales, r\u00e9duites \u00e0 des gaines engainantes brun fonc\u00e9 \u00e0 noires, luisantes, \u00e0 limbe tr\u00e8s court et filiforme, souvent enroul\u00e9. L&rsquo;inflorescence est un capitule terminal compact, compos\u00e9 de 5 \u00e0 10 \u00e9pillets noir\u00e2tres, chacun long de 10-15 mm, subtendus par une bract\u00e9e inf\u00e9rieure d\u00e9passant largement l&rsquo;inflorescence, donnant l&rsquo;impression d&rsquo;un prolongement de la tige. Chaque \u00e9pillet contient 1 \u00e0 3 fleurs, dont une seule est g\u00e9n\u00e9ralement fertile. Les glumes sont distiques, coriaces, brun fonc\u00e9 \u00e0 noires. Le fruit est un ak\u00e8ne trigone, blanc, lisse et luisant, de 2-3 mm, surmont\u00e9 de 3 \u00e0 6 soies scabres caduques. Le syst\u00e8me racinaire est fascicul\u00e9, dense, associ\u00e9 \u00e0 des mycorhizes sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre poss\u00e8de une distribution circumbor\u00e9ale \u00e0 subtropicale remarquablement \u00e9tendue. On le trouve dans tout le bassin m\u00e9diterran\u00e9en, en Europe atlantique et centrale, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Afrique tropicale orientale, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande. En France, il est pr\u00e9sent sur l&rsquo;ensemble du littoral m\u00e9diterran\u00e9en, le littoral atlantique (de la Gironde au Pas-de-Calais), en Corse, et dans l&rsquo;arri\u00e8re-pays calcaire du Midi. Son habitat caract\u00e9ristique est le marais alcalin : bas-marais calcaires, suintements tufeux, prairies humides sur substrat basique, dunes fix\u00e9es humides, arri\u00e8re-dunes, berges de lacs calcaires. Il est une esp\u00e8ce caract\u00e9ristique de l&rsquo;alliance phytosociologique du <em>Schoenion nigricantis<\/em>, regroupant les communaut\u00e9s de bas-marais alcalins. Il tol\u00e8re une certaine salinit\u00e9 et se retrouve dans les pr\u00e9s sal\u00e9s arri\u00e8re-littoraux. Le substrat est toujours calcaire ou riche en bases, souvent tourbeux ou marneux, avec un engorgement permanent ou saisonnier. L&rsquo;esp\u00e8ce peut monter jusqu&rsquo;\u00e0 1 800 m d&rsquo;altitude dans le sud de l&rsquo;Europe.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre est une h\u00e9micryptophyte cespiteuse dont la biologie est \u00e9troitement li\u00e9e aux milieux humides alcalins. Sa croissance est lente mais r\u00e9guli\u00e8re, la plante formant progressivement des touffes de plus en plus denses pouvant atteindre 40 cm de diam\u00e8tre apr\u00e8s plusieurs d\u00e9cennies. La floraison s&rsquo;\u00e9tale de mai \u00e0 juillet selon la latitude et l&rsquo;altitude. La pollinisation est an\u00e9mophile, comme chez la plupart des Cyperaceae. La production de graines est relativement faible, chaque \u00e9pillet ne produisant qu&rsquo;un seul ak\u00e8ne fertile en moyenne. La diss\u00e9mination est hydrochore (par l&rsquo;eau), \u00e9pizoochore (accroch\u00e9e aux animaux via les soies) et barochore. La germination est capricieuse et n\u00e9cessite des conditions tr\u00e8s sp\u00e9cifiques : sol nu, humidit\u00e9 constante, absence de comp\u00e9tition. La principale strat\u00e9gie de maintien est v\u00e9g\u00e9tative, par expansion centrifuge des touffes. L&rsquo;esp\u00e8ce joue un r\u00f4le d&rsquo;ing\u00e9nieur \u00e9cologique dans les bas-marais alcalins : ses touffes denses accumulent la mati\u00e8re organique, modifient la microtopographie et cr\u00e9ent des micro-habitats pour d&rsquo;autres esp\u00e8ces. Elle forme des associations mycorhiziennes sp\u00e9cifiques avec des champignons du sol qui facilitent l&rsquo;absorption des nutriments dans ces milieux oligotrophes.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique du Choin noir\u00e2tre a \u00e9t\u00e9 peu \u00e9tudi\u00e9e en d\u00e9tail, ce qui est fr\u00e9quent pour les esp\u00e8ces de Cyperaceae non utilis\u00e9es en m\u00e9decine ou en alimentation. Les analyses disponibles r\u00e9v\u00e8lent la pr\u00e9sence de <strong>cellulose<\/strong> et d&rsquo;<strong>h\u00e9micellulose<\/strong> en forte proportion dans les tiges et les feuilles, conf\u00e9rant \u00e0 la plante sa rigidit\u00e9 caract\u00e9ristique. Les gaines basales contiennent des <strong>compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/strong> responsables de leur coloration sombre, notamment des <strong>m\u00e9lanines<\/strong> v\u00e9g\u00e9tales et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a><\/strong>. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s dans les parties a\u00e9riennes, principalement des d\u00e9riv\u00e9s de la <strong>lut\u00e9oline<\/strong> et de la <strong>tricine<\/strong>, cette derni\u00e8re \u00e9tant caract\u00e9ristique des Monocotyl\u00e9dones. La plante contient \u00e9galement de la <strong>silice<\/strong> biog\u00e9nique en quantit\u00e9 notable, incorpor\u00e9e dans les parois cellulaires sous forme de phytolithes, ce qui contribue \u00e0 la r\u00e9sistance m\u00e9canique des tissus. Les racines accumulent des <strong>amidon<\/strong> de r\u00e9serve et sont associ\u00e9es \u00e0 des <strong>glomalines<\/strong> produites par les champignons mycorhiziens \u00e0 arbuscules. La teneur en <strong>calcium<\/strong> et en <strong>magn\u00e9sium<\/strong> est \u00e9lev\u00e9e, refl\u00e9tant le substrat calcaire dans lequel la plante pousse.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre ne poss\u00e8de pas de propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales document\u00e9es dans les pharmacop\u00e9es classiques et ne figure dans aucune tradition phytoth\u00e9rapeutique significative. Son int\u00e9r\u00eat pharmacologique est essentiellement th\u00e9orique et repose sur la pr\u00e9sence de flavono\u00efdes et de compos\u00e9s ph\u00e9noliques aux propri\u00e9t\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong> potentielles. La <strong>tricine<\/strong>, flavono\u00efde pr\u00e9sent dans de nombreuses Poaceae et Cyperaceae, a montr\u00e9 dans des \u00e9tudes in vitro des propri\u00e9t\u00e9s <strong>anti-inflammatoires<\/strong>, <strong>antiprolif\u00e9ratives<\/strong> et <strong>anticanc\u00e9reuses<\/strong>, mais ces r\u00e9sultats n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifiquement obtenus \u00e0 partir de <em>Schoenus nigricans<\/em>. Dans certaines traditions populaires m\u00e9diterran\u00e9ennes, des cataplasmes de tiges broy\u00e9es \u00e9taient occasionnellement appliqu\u00e9s sur les blessures mineures, probablement pour le pouvoir absorbant des fibres plus que pour une action pharmacologique sp\u00e9cifique. L&rsquo;absence quasi totale d&rsquo;usage m\u00e9dicinal s&rsquo;explique par la faible app\u00e9tence de la plante, sa duret\u00e9 fibreuse et la disponibilit\u00e9 d&rsquo;esp\u00e8ces m\u00e9dicinales plus efficaces dans les m\u00eames milieux humides. Le Choin noir\u00e2tre reste avant tout une esp\u00e8ce d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique plut\u00f4t que m\u00e9dicinal.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations traditionnelles et populaires<\/h3>\n<p>Les utilisations traditionnelles du Choin noir\u00e2tre sont modestes mais attest\u00e9es dans plusieurs r\u00e9gions. En Camargue et sur le littoral languedocien, les tiges rigides \u00e9taient r\u00e9colt\u00e9es pour la fabrication de liens d&rsquo;usage agricole, servant \u00e0 attacher les gerbes de bl\u00e9 ou les fagots de bois. Dans les r\u00e9gions littorales de M\u00e9diterran\u00e9e, les touffes s\u00e9ch\u00e9es servaient \u00e0 confectionner des balais rustiques et des brosses. En Sardaigne et en Corse, les fibres du Choin \u00e9taient tress\u00e9es pour fabriquer de petits paniers et des nattes utilis\u00e9es pour s\u00e9cher les fruits. Dans le sud de l&rsquo;Espagne, la plante \u00e9tait parfois utilis\u00e9e comme mat\u00e9riau de rembourrage pour les selles et les b\u00e2ts des \u00e2nes et des mules. Sur le littoral atlantique fran\u00e7ais, les touffes denses de Choin \u00e9taient exploit\u00e9es comme liti\u00e8re pour le b\u00e9tail dans les exploitations proches des marais. En Australie, les aborig\u00e8nes utilisaient les tiges de <em>Schoenus<\/em> spp. pour la fabrication de filets de p\u00eache et de nattes de couchage. En Tunisie, les touffes sont parfois br\u00fbl\u00e9es pour produire de la potasse artisanale utilis\u00e9e dans la fabrication de savon traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>La recherche scientifique sur <em>Schoenus nigricans<\/em> se concentre principalement sur l&rsquo;\u00e9cologie et la conservation des bas-marais alcalins. Des \u00e9tudes phytosociologiques d\u00e9taill\u00e9es ont permis de caract\u00e9riser les communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales \u00e0 Choin noir\u00e2tre \u00e0 travers l&rsquo;Europe, r\u00e9v\u00e9lant des variations r\u00e9gionales significatives dans la composition floristique. Les recherches sur les mycorhizes montrent que l&rsquo;esp\u00e8ce d\u00e9pend de champignons mycorhiziens \u00e0 arbuscules sp\u00e9cifiques pour absorber le phosphore dans les sols calcaires oligotrophes, une relation symbiotique cruciale pour sa survie. Des travaux en \u00e9cophysiologie ont mis en \u00e9vidence les adaptations de la plante \u00e0 l&rsquo;engorgement permanent : a\u00e9renchymes racinaires, oxydation de la rhizosph\u00e8re, tol\u00e9rance aux conditions anoxiques. L&rsquo;utilisation de la plante comme bioindicateur de la qualit\u00e9 des eaux souterraines et de l&rsquo;\u00e9tat de conservation des zones humides fait l&rsquo;objet de recherches appliqu\u00e9es. En restauration \u00e9cologique, des exp\u00e9rimentations testent les meilleures m\u00e9thodes de r\u00e9introduction (semis, transplantation de mottes) dans les sites d\u00e9grad\u00e9s. La mod\u00e9lisation de la r\u00e9partition de l&rsquo;esp\u00e8ce sous sc\u00e9narios climatiques sugg\u00e8re un d\u00e9placement vers le nord et en altitude, mais aussi un risque de disparition dans les stations les plus m\u00e9ridionales en cas d&rsquo;ass\u00e8chement.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Cellulose<\/td>\n<td>Fibre<\/td>\n<td>Constituant structural<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>H\u00e9micellulose<\/td>\n<td>Fibre<\/td>\n<td>Constituant structural<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>M\u00e9lanines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lut\u00e9oline<\/td>\n<td>Flavone<\/td>\n<td>Antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Usage traditionnel en infusion (d\u00e9part \u00e0 froid) ; pas de forme standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Toxicit\u00e9 non document\u00e9e ; en l\u2019absence de donn\u00e9es, s\u2019abstenir de tout usage interne non encadr\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La culture du Choin noir\u00e2tre n&rsquo;est pas courante mais trouve sa place dans les jardins naturalistes, les projets de restauration de zones humides et les jardins de milieux filtrants. Le semis est difficile en raison de la faible viabilit\u00e9 des graines et de la germination capricieuse. La m\u00e9thode la plus fiable est la division de touffes au printemps, en pr\u00e9levant des \u00e9clats comprenant au moins 3-4 tiges avec leurs racines. Le substrat doit \u00eatre alcalin (pH &gt; 7), constamment humide, de pr\u00e9f\u00e9rence marneux ou tourbeux calcaire. Un m\u00e9lange de tourbe calcaire, de sable et de marne convient bien en culture. L&rsquo;exposition doit \u00eatre ensoleill\u00e9e \u00e0 mi-ombrag\u00e9e. L&rsquo;esp\u00e8ce ne tol\u00e8re pas la s\u00e9cheresse prolong\u00e9e ni l&rsquo;acidification du substrat. L&rsquo;entretien est minimal : pas de taille n\u00e9cessaire, pas de fertilisation (l&rsquo;exc\u00e8s de nutriments favorise la concurrence d&rsquo;esp\u00e8ces comp\u00e9titrices). En bassin ou en zone humide artificielle, la plante peut \u00eatre utilis\u00e9e en phyto\u00e9puration gr\u00e2ce \u00e0 ses racines denses qui filtrent les eaux. La croissance est lente, la patience est de mise : il faut 3 \u00e0 5 ans pour obtenir une touffe esth\u00e9tique. La rusticit\u00e9 est bonne, la plante supportant des gel\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 -15 \u00b0C si le rhizome reste prot\u00e9g\u00e9 par l&rsquo;eau ou la tourbe.<\/p>\n<hr>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre est une esp\u00e8ce cl\u00e9 des bas-marais alcalins, habitats parmi les plus menac\u00e9s et les plus riches en biodiversit\u00e9 en Europe. Ses touffes denses cr\u00e9ent une microtopographie complexe (buttes et creux) qui multiplie les niches \u00e9cologiques pour de nombreuses esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales et animales associ\u00e9es. Parmi les plantes compagnes figurent des esp\u00e8ces patrimoniales comme <em>Liparis loeselii<\/em> (Liparis de Loesel, prot\u00e9g\u00e9 par la directive Habitats), <em>Pinguicula vulgaris<\/em> (Grassette commune), <em>Epipactis palustris<\/em> (\u00c9pipactis des marais) et diverses esp\u00e8ces de mousses calcicoles. L&rsquo;entomofaune des cho\u00efnaies est riche et sp\u00e9cialis\u00e9e : plusieurs esp\u00e8ces de col\u00e9opt\u00e8res et de dipt\u00e8res sont inf\u00e9od\u00e9es \u00e0 ce milieu. Les touffes servent de refuge hivernal \u00e0 de nombreux invert\u00e9br\u00e9s. Le r\u00f4le du Choin dans l&rsquo;accumulation de tourbe calcaire est fondamental : ses r\u00e9sidus se d\u00e9composent lentement, contribuant \u00e0 la formation de tourbe alcaline qui stocke le carbone sur le long terme. L&rsquo;esp\u00e8ce est consid\u00e9r\u00e9e comme un indicateur fiable des habitats de bas-marais alcalins en bon \u00e9tat de conservation, habitats list\u00e9s \u00e0 l&rsquo;annexe I de la directive europ\u00e9enne Habitats (code 7230).<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation<\/h3>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre lui-m\u00eame n&rsquo;est pas menac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, mais ses habitats le sont gravement. Les bas-marais alcalins figurent parmi les milieux les plus r\u00e9gress\u00e9s d&rsquo;Europe, ayant perdu plus de 90 % de leur superficie dans certaines r\u00e9gions au cours du XXe si\u00e8cle. Les principales menaces sont le drainage agricole, l&rsquo;eutrophisation des eaux, l&rsquo;urbanisation, l&rsquo;extraction de tourbe et l&rsquo;abandon des pratiques pastorales extensives qui maintenaient les milieux ouverts. En France, l&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas prot\u00e9g\u00e9e au niveau national mais b\u00e9n\u00e9ficie de protections r\u00e9gionales dans plusieurs territoires. Elle est inscrite sur des listes rouges r\u00e9gionales en \u00cele-de-France, en Picardie et dans d&rsquo;autres r\u00e9gions du nord de la France o\u00f9 ses stations sont devenues rares. Les habitats \u00e0 Choin noir\u00e2tre sont prot\u00e9g\u00e9s au titre de la directive Habitats comme habitats d&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire (bas-marais alcalins, code 7230). Les programmes de restauration de zones humides calcaires incluent souvent la r\u00e9introduction de cette esp\u00e8ce comme composante structurante du milieu. La gestion conservatoire passe par le maintien du niveau d&rsquo;eau, la fauche tardive exportatrice et la lutte contre l&#8217;embroussaillement.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre peut \u00eatre confondu avec plusieurs esp\u00e8ces de Cyperaceae ou de Juncaceae. Le Choin ferrugineux (<em>Schoenus ferrugineus<\/em>) est l&rsquo;esp\u00e8ce la plus proche : il se distingue par ses \u00e9pillets brun rouge\u00e2tre (non noirs), sa taille plus r\u00e9duite (10-30 cm) et sa distribution plus montagnarde. Le Jonc noir (<em>Juncus atratus<\/em>) se diff\u00e9rencie par ses capsules tricarpell\u00e9es caract\u00e9ristiques des Juncaceae et ses fleurs \u00e0 t\u00e9pales. Certains Scirpes (<em>Scirpus<\/em> spp.) \u00e0 capitules sombres peuvent pr\u00eater \u00e0 confusion, mais leurs \u00e9pillets sont multiflores et leurs fruits portent des soies persistantes. La La\u00eeche de Davall (<em>Carex davalliana<\/em>), fr\u00e9quente dans les m\u00eames milieux, se reconna\u00eet \u00e0 ses \u00e9pis unisexu\u00e9s et \u00e0 ses utricules caract\u00e9ristiques. Le Jonc aigu (<em>Juncus acutus<\/em>), sur le littoral, est plus grand, \u00e0 feuilles piquantes et \u00e0 inflorescence lat\u00e9rale. Le crit\u00e8re le plus fiable pour identifier le Choin noir\u00e2tre reste la combinaison de ses gaines basales noires et luisantes, de ses \u00e9pillets en capitule terminal compact noir\u00e2tre et de la bract\u00e9e inf\u00e9rieure qui prolonge apparemment la tige.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et histoire<\/h3>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre a une histoire scientifique qui remonte aux origines de la botanique syst\u00e9matique. Linn\u00e9 le d\u00e9crivit en 1753 dans son <em>Species Plantarum<\/em>, le pla\u00e7ant dans un genre qui regroupait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de nombreuses cyp\u00e9rac\u00e9es indiff\u00e9renci\u00e9es. Le naturaliste fran\u00e7ais Lamarck consacra plusieurs pages \u00e0 la description de cette esp\u00e8ce dans son <em>Encyclop\u00e9die m\u00e9thodique<\/em>. L&rsquo;un des aspects les plus fascinants de cette plante est sa long\u00e9vit\u00e9 : des \u00e9tudes palynologiques ont montr\u00e9 que des populations de Choin noir\u00e2tre occupent certains sites depuis la fin de la derni\u00e8re glaciation, soit plus de 10 000 ans. En Camargue, les \u00ab sansouires \u00bb \u00e0 Choin sont des paysages ancestraux qui impressionnaient d\u00e9j\u00e0 les voyageurs du XIXe si\u00e8cle. Le naturaliste proven\u00e7al \u00c9mile Jahandiez d\u00e9crivait en 1908 les \u00ab formations noir\u00e2tres du Choin \u00bb comme l&rsquo;un des spectacles les plus singuliers de la flore littorale varoise. En Australie, les aborig\u00e8nes des r\u00e9gions c\u00f4ti\u00e8res du Victoria portent un nom sp\u00e9cifique pour les prairies \u00e0 <em>Schoenus<\/em>, t\u00e9moignant de l&rsquo;anciennet\u00e9 de la relation entre l&rsquo;homme et ces milieux sur diff\u00e9rents continents.<\/p>\n<hr>\n<h3>Place dans la culture et le symbolisme<\/h3>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre n&rsquo;occupe pas une place importante dans la symbolique culturelle, ce qui est commun pour les cyp\u00e9rac\u00e9es, souvent \u00e9clips\u00e9es par des plantes plus voyantes. Cependant, dans la culture des zones humides m\u00e9diterran\u00e9ennes, il repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment identitaire fort. En Camargue, les \u00e9tendues de Choin font partie int\u00e9grante du paysage culturel, au m\u00eame titre que les flamants roses et les taureaux. Les photographes naturalistes appr\u00e9cient particuli\u00e8rement la photog\u00e9nie de ses touffes sombres se d\u00e9tachant sur le bleu du ciel ou les reflets de l&rsquo;eau. En \u00e9cologie du paysage, les \u00ab cho\u00efnaies \u00bb sont devenues un symbole de la fragilit\u00e9 des zones humides et de la n\u00e9cessit\u00e9 de leur conservation. Le Choin noir\u00e2tre figure dans de nombreux guides naturalistes et ouvrages de vulgarisation comme esp\u00e8ce embl\u00e9matique des marais calcaires. Dans les formations en \u00e9cologie et en botanique, il sert souvent d&rsquo;exemple pour illustrer les notions d&rsquo;esp\u00e8ce ing\u00e9nieur et d&rsquo;indicateur \u00e9cologique. Sa couleur sombre inhabituelle parmi les plantes de marais lui conf\u00e8re une esth\u00e9tique singuli\u00e8re qui ne laisse pas indiff\u00e9rent l&rsquo;observateur attentif.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le Choin noir\u00e2tre (<em>Schoenus nigricans<\/em>) est une cyp\u00e9rac\u00e9e vivace structurante des bas-marais alcalins, milieux d&rsquo;une importance \u00e9cologique majeure et d&rsquo;une fragilit\u00e9 extr\u00eame. Sa silhouette sombre et dense, ses gaines noires et luisantes et ses capitules noir\u00e2tres en font une plante facilement reconnaissable pour le botaniste averti. D\u00e9pourvu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00e9dicinal notable et de peu d&rsquo;usage artisanal, il compense largement par son r\u00f4le d&rsquo;ing\u00e9nieur \u00e9cologique : cr\u00e9ation de microtopographie, accumulation de tourbe, filtration des eaux, fourniture de micro-habitats pour une biodiversit\u00e9 exceptionnelle. La conservation de cette esp\u00e8ce est indissociable de celle des zones humides calcaires, habitats prioritaires de la politique europ\u00e9enne de biodiversit\u00e9. Le Choin noir\u00e2tre nous rappelle que les esp\u00e8ces les plus discr\u00e8tes sont parfois les plus indispensables au fonctionnement des \u00e9cosyst\u00e8mes, et que leur protection m\u00e9rite autant d&rsquo;attention que celle des esp\u00e8ces embl\u00e9matiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Schoenus%20nigricans\">Plants of the World Online, Kew : <em>Schoenus nigricans<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Schoenus+nigricans\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Schoenus nigricans<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE Le Schoenus nigricans L., commun\u00e9ment appel\u00e9 Choin noir\u00e2tre ou Choin noir, appartient \u00e0 la famille des Cyperaceae. 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