{"id":8829,"date":"2026-04-23T11:46:52","date_gmt":"2026-04-23T09:46:52","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/noyer-commun\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"noyer-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/noyer-commun\/","title":{"rendered":"NOYER COMMUN"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Noyer%20commun.jpg\" alt=\"Planche botanique Noyer commun\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<figure class=\"zoomable-figure is-planche\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/noyer-commun.jpg\" alt=\"NOYER COMMUN - Juglans regia\" \/><\/figure>\n<p>Le noyer commun, <em>Juglans regia<\/em> L., figure parmi les arbres les plus anciennement cultiv\u00e9s du bassin m\u00e9diterran\u00e9en et d&rsquo;Asie centrale. Originaire des contreforts montagneux s&rsquo;\u00e9tendant de la Chine occidentale \u00e0 l&rsquo;Iran, en passant par le Kirghizistan et l&rsquo;Afghanistan, cet arbre majestueux a accompagn\u00e9 les migrations humaines depuis le N\u00e9olithique, diffus\u00e9 par les routes commerciales bien avant l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine. Sa pr\u00e9sence dans les flores fossiles du Tertiaire t\u00e9moigne d&rsquo;une lign\u00e9e \u00e9volutive remarquablement ancienne au sein des Juglandac\u00e9es. Aujourd&rsquo;hui naturalis\u00e9 dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Europe temp\u00e9r\u00e9e, le noyer occupe une place singuli\u00e8re \u00e0 la crois\u00e9e de l&rsquo;arboriculture fruiti\u00e8re, de la sylviculture d&rsquo;\u00e9b\u00e9nisterie et de la pharmacognosie, trois domaines o\u00f9 il excelle avec une \u00e9gale constance.<\/p>\n<p>Du point de vue pharmacognosique, <em>Juglans regia<\/em> offre un arsenal th\u00e9rapeutique d&rsquo;une richesse consid\u00e9rable. Ses feuilles, riches en <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/naphtoquinones\/\">naphtoquinones<\/a> \u2014 au premier rang desquelles la <strong>juglone<\/strong> \u2014 et en tanins ellagiques, sont inscrites \u00e0 la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise et europ\u00e9enne pour leurs propri\u00e9t\u00e9s antifongiques, astringentes et antidiarrh\u00e9iques. Le brou de noix, enveloppe charnue du fruit, concentre ces m\u00eames compos\u00e9s dans des proportions encore sup\u00e9rieures, tandis que l&rsquo;huile extraite du cerneau constitue l&rsquo;une des sources v\u00e9g\u00e9tales les plus remarquables en acides gras polyinsatur\u00e9s om\u00e9ga-3. <\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>Le noyer commun appartient \u00e0 la famille des <strong>Juglandac\u00e9es<\/strong> (Juglandaceae), ordre des Fagales, clade des Rosid\u00e9es au sein des Eudicotyl\u00e9dones. Cette famille comprend environ 9 genres et 60 esp\u00e8ces d&rsquo;arbres \u00e0 feuilles compos\u00e9es, r\u00e9partis principalement dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es et subtropicales de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re Nord.<\/p>\n<h3>A. Position syst\u00e9matique<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left;margin:5px 25px 15px 0;max-width:280px;border:1px solid #c9b99a;padding:6px;background:#faf6ee;border-radius:4px;cursor:pointer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/juglans_regia.jpg\" alt=\"Juglans regia \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%;height:auto\" \/><figcaption style=\"text-align:center;font-size:0.78em;color:#5a4e3c;margin-top:5px;font-style:italic\">Juglans regia<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<\/li>\n<li><strong>Clade :<\/strong> Angiospermes, Eudicotyl\u00e9dones, Rosid\u00e9es<\/li>\n<li><strong>Ordre :<\/strong> Fagales<\/li>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Juglandaceae DC. ex Perleb<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Juglans<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Juglans regia<\/em> L. (1753)<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. \u00c9tymologie<\/h3>\n<p>Le nom de genre <em>Juglans<\/em> d\u00e9rive du latin <em>Jovis glans<\/em>, litt\u00e9ralement \u00ab gland de Jupiter \u00bb, attestant de la v\u00e9n\u00e9ration que les Romains portaient \u00e0 cet arbre et \u00e0 son fruit. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te sp\u00e9cifique <em>regia<\/em> signifie \u00ab royal \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la noblesse attribu\u00e9e \u00e0 cet arbre depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. Le nom vernaculaire fran\u00e7ais \u00ab noyer \u00bb provient du latin <em>nucarius<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>nux<\/em> (noix). En anglais, il est d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de <em>common walnut<\/em> ou <em>Persian walnut<\/em>, en allemand <em>Echte Walnuss<\/em>, en espagnol <em>nogal com\u00fan<\/em>, en arabe <em>jawz<\/em> (\u062c\u0648\u0632).<\/p>\n<h3>C. Sous-esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<p>Plusieurs sous-esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites, refl\u00e9tant la grande variabilit\u00e9 morphologique de l&rsquo;esp\u00e8ce sur son aire naturelle :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Juglans regia<\/em> var. <em>regia<\/em> \u2014 forme typique cultiv\u00e9e en Europe<\/li>\n<li><em>Juglans regia<\/em> var. <em>sinensis<\/em> (C.DC.) Rehder \u2014 populations d&rsquo;Asie orientale, \u00e0 folioles plus nombreuses<\/li>\n<li><em>Juglans regia<\/em> var. <em>kamaonia<\/em> (C.DC.) Dode \u2014 Himalaya, fruits plus petits<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le genre <em>Juglans<\/em> comprend environ 21 esp\u00e8ces, parmi lesquelles <em>J. nigra<\/em> L. (noyer noir d&rsquo;Am\u00e9rique), <em>J. cinerea<\/em> L. (noyer cendr\u00e9) et <em>J. mandshurica<\/em> Maxim. (noyer de Mandchourie), toutes pr\u00e9sentant des propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques apparent\u00e9es mais distinctes.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p><em>Juglans regia<\/em> est un arbre caducifoli\u00e9 de grande taille, atteignant couramment 20 \u00e0 30 m\u00e8tres de hauteur, exceptionnellement 35 m\u00e8tres, pour un diam\u00e8tre de tronc pouvant d\u00e9passer 1,5 m\u00e8tre chez les sujets centenaires. La long\u00e9vit\u00e9 de l&rsquo;esp\u00e8ce est remarquable, des individus pluris\u00e9culaires \u00e9tant document\u00e9s dans le Caucase et en Asie centrale, avec des \u00e2ges estim\u00e9s \u00e0 plus de 400 ans. Le port est ample, \u00e9tal\u00e9, \u00e0 cime arrondie et ouverte, conf\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;arbre une silhouette caract\u00e9ristique reconnaissable de loin. Le mod\u00e8le architectural correspond au mod\u00e8le de Rauh, avec un tronc monopodial portant des branches lat\u00e9rales \u00e0 croissance rythmique. L&rsquo;\u00e9corce, d&rsquo;abord lisse et gris argent\u00e9 chez les jeunes sujets, se fissure longitudinalement avec l&rsquo;\u00e2ge pour devenir profond\u00e9ment crevass\u00e9e, brun gris\u00e2tre \u00e0 noir\u00e2tre.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> Les rameaux de l&rsquo;ann\u00e9e sont robustes, glabres \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement pubescents, de couleur brun verd\u00e2tre \u00e0 brun olive, portant de grosses cicatrices foliaires triangulaires en forme de bouclier. Les bourgeons terminaux sont ovo\u00efdes, volumineux (8-12 mm), prot\u00e9g\u00e9s par 2-3 \u00e9cailles charnues brunes et tomenteuses. Les bourgeons axillaires sont superpos\u00e9s par groupes de 2-3. La moelle des rameaux est cloisonn\u00e9e (\u00e0 diaphragmes), caract\u00e8re diagnostique important des Juglandac\u00e9es, visible en coupe longitudinale.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> Les feuilles sont alternes, compos\u00e9es imparipenn\u00e9es, de grande taille (20-45 cm de longueur totale), comprenant 5 \u00e0 9 folioles (le plus souvent 7). Les folioles sont ovales-elliptiques \u00e0 obovales, longues de 6 \u00e0 15 cm, \u00e0 sommet obtus ou bri\u00e8vement acumin\u00e9, \u00e0 base asym\u00e9trique, \u00e0 marge enti\u00e8re ou tr\u00e8s finement cr\u00e9nel\u00e9e. La foliole terminale est g\u00e9n\u00e9ralement la plus grande. Le limbe est glabre \u00e0 la face sup\u00e9rieure, l\u00e9g\u00e8rement pubescent sur les nervures \u00e0 la face inf\u00e9rieure, parsem\u00e9 de glandes pellucides visibles par transparence, contenant les naphtoquinones caract\u00e9ristiques. Le p\u00e9tiole commun est robuste, l\u00e9g\u00e8rement canalicul\u00e9, pubescent \u00e0 glabrescent. La nervation est penn\u00e9e, avec 10-18 paires de nervures secondaires, saillantes en dessous.<\/p>\n<p><strong>Racines :<\/strong> Le syst\u00e8me racinaire est de type pivotant chez les jeunes sujets, devenant tra\u00e7ant avec l&rsquo;\u00e2ge. Le pivot peut atteindre plusieurs m\u00e8tres de profondeur dans les sols meubles, assurant un ancrage solide et l&rsquo;acc\u00e8s aux nappes phr\u00e9atiques. Les racines lat\u00e9rales s&rsquo;\u00e9tendent largement, souvent au-del\u00e0 de la projection de la couronne. L&rsquo;association mycorhizienne est de type ectomycorhizien, principalement avec des esp\u00e8ces de <em>Tuber<\/em>, <em>Russula<\/em> et <em>Lactarius<\/em>. Les racines exsudent de la <strong>juglone<\/strong> (5-hydroxy-1,4-naphtoquinone) et son pr\u00e9curseur la <strong>hydrojuglone<\/strong>, responsables de l&rsquo;effet all\u00e9lopathique bien document\u00e9 du noyer sur la v\u00e9g\u00e9tation environnante.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> L&rsquo;esp\u00e8ce est mono\u00efque, avec des fleurs m\u00e2les et femelles distinctes port\u00e9es sur le m\u00eame individu. Les fleurs m\u00e2les sont group\u00e9es en chatons pendants, cylindriques, denses, longs de 5 \u00e0 15 cm, naissant lat\u00e9ralement sur le bois de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Les fleurs femelles, au nombre de 1 \u00e0 5, sont group\u00e9es en \u00e9pis terminaux dress\u00e9s sur les pousses de l&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Fleur m\u00e2le :<\/strong> Chaque fleur est sessile, port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aisselle d&rsquo;une bract\u00e9e trilob\u00e9e. Le p\u00e9rianthe est r\u00e9duit \u00e0 4 t\u00e9pales membraneux soud\u00e9s \u00e0 la bract\u00e9e. L&rsquo;androc\u00e9e comprend 6 \u00e0 40 \u00e9tamines \u00e0 filets courts et anth\u00e8res biloculaires \u00e0 d\u00e9hiscence longitudinale. Le pollen est an\u00e9mophile, sph\u00e9rique, polypor\u00e9, de 33 \u00e0 42 \u03bcm de diam\u00e8tre.<\/p>\n<p><strong>Fleur femelle :<\/strong> La fleur femelle poss\u00e8de un p\u00e9rianthe r\u00e9duit \u00e0 4 petits t\u00e9pales soud\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ovaire. Le gyn\u00e9c\u00e9e est form\u00e9 de 2 carpelles soud\u00e9s, l&rsquo;ovaire est inf\u00e8re, uniloculaire par avortement d&rsquo;une loge, contenant un seul ovule basal dress\u00e9. Les stigmates sont 2, sessiles ou subsessiles, volumineux, papilleux, plumeux, verts puis rouge\u00e2tres, tr\u00e8s r\u00e9ceptifs au pollen an\u00e9mophile.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> Le fruit est une drupe globuleuse \u00e0 ovo\u00efde, de 3 \u00e0 5 cm de diam\u00e8tre, compos\u00e9e de trois couches : l&rsquo;\u00e9picarpe charnu et vert (le brou), le m\u00e9socarpe fibreux, et l&rsquo;endocarpe lignifi\u00e9 formant la coque (ou \u00ab coquille \u00bb) bilob\u00e9e \u00e0 suture m\u00e9diane. Le brou noircit \u00e0 maturit\u00e9 par oxydation de la <strong>juglone<\/strong>. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la coque, la graine (le cerneau) pr\u00e9sente 4 lobes c\u00e9r\u00e9briformes, recouverts d&rsquo;un t\u00e9gument brun-rouge\u00e2tre riche en tanins. L&rsquo;amande est riche en lipides (60-70%), prot\u00e9ines (14-18%) et compos\u00e9s ph\u00e9noliques.<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> La floraison intervient d&rsquo;avril \u00e0 mai en France, simultan\u00e9ment au d\u00e9bourrement foliaire. La pollinisation est an\u00e9mophile. La protandrie (maturation des chatons m\u00e2les avant la r\u00e9ceptivit\u00e9 des stigmates femelles) est fr\u00e9quente, favorisant la pollinisation crois\u00e9e, bien que le d\u00e9calage soit variable selon les cultivars (dichogamie incompl\u00e8te). La fructification a lieu de septembre \u00e0 octobre.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie et biologie reproductive<\/h3>\n<p>Le d\u00e9bourrement est tardif (fin avril \u00e0 mai), ce qui expose l&rsquo;arbre aux gel\u00e9es printani\u00e8res dans les r\u00e9gions septentrionales. La croissance v\u00e9g\u00e9tative est rapide chez les jeunes sujets (50-80 cm\/an), ralentissant apr\u00e8s 20-30 ans. La mise \u00e0 fruit intervient vers 10-15 ans en conditions naturelles, plus pr\u00e9cocement (5-7 ans) chez les cultivars greff\u00e9s. La production fruiti\u00e8re est alternante, avec des ann\u00e9es de forte production (\u00ab ann\u00e9es de maste \u00bb) suivies d&rsquo;ann\u00e9es de moindre fructification. La diss\u00e9mination des noix est barochore et zoochore, assur\u00e9e principalement par les corvid\u00e9s (geais, corneilles) et les \u00e9cureuils, qui participent activement \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p><em>Juglans regia<\/em> est une esp\u00e8ce m\u00e9sophile \u00e0 m\u00e9sox\u00e9rophile, h\u00e9liophile \u00e0 semi-h\u00e9liophile, thermophile, qui prosp\u00e8re dans les sols profonds, bien drain\u00e9s, riches en bases, de pr\u00e9f\u00e9rence calcaires ou calcar\u00e9o-limoneux. Il tol\u00e8re mal l&rsquo;engorgement hydrique prolong\u00e9 et les sols acides (pH optimum 6,5-7,5). L&rsquo;esp\u00e8ce est sensible au froid hivernal extr\u00eame (r\u00e9sistance jusqu&rsquo;\u00e0 -25 \u00e0 -30\u00b0C selon les provenances) mais surtout aux gel\u00e9es tardives printani\u00e8res qui d\u00e9truisent les jeunes pousses et les fleurs. L&rsquo;optimum altitudinal se situe entre 200 et 1 200 m\u00e8tres en France, pouvant atteindre 2 500 m\u00e8tres en Asie centrale dans son aire d&rsquo;origine.<\/p>\n<h3>B. Distribution g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;aire naturelle de <em>Juglans regia<\/em> s&rsquo;\u00e9tend du sud-est de l&rsquo;Europe (Balkans, Gr\u00e8ce) \u00e0 travers le Caucase, l&rsquo;Iran, l&rsquo;Afghanistan, l&rsquo;Asie centrale (Kirghizistan, Ouzb\u00e9kistan, Tadjikistan) jusqu&rsquo;\u00e0 la Chine occidentale (Yunnan, Sichuan) et l&rsquo;Himalaya. Les for\u00eats-noix du Kirghizistan (Arslanbob) constituent l&rsquo;un des plus grands peuplements naturels au monde, couvrant plus de 600 000 hectares.<\/p>\n<p>En Europe, l&rsquo;esp\u00e8ce est naturalis\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 et cultiv\u00e9e dans l&rsquo;ensemble des r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es \u00e0 climat non excessivement continental. En France, le noyer est pr\u00e9sent sur la quasi-totalit\u00e9 du territoire, \u00e0 l&rsquo;exception des zones de haute montagne et de la frange littorale atlantique la plus expos\u00e9e. Les principales r\u00e9gions de production nucicole sont le P\u00e9rigord (AOC Noix du P\u00e9rigord), le Dauphin\u00e9 (AOC Noix de Grenoble), et plus marginalement le Quercy et la Bourgogne. L&rsquo;esp\u00e8ce est commune dans les haies, les vergers, les jardins et en alignement le long des routes, spontan\u00e9e dans les boisements alluviaux et les for\u00eats de ravins sur substrat calcaire.<\/p>\n<h3>C. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>Dans ses stations naturelles europ\u00e9ennes, <em>Juglans regia<\/em> participe aux groupements forestiers thermophiles sur substrats basiques, associ\u00e9 \u00e0 <em>Fraxinus excelsior<\/em>, <em>Acer campestre<\/em>, <em>Tilia platyphyllos<\/em>, <em>Corylus avellana<\/em>, <em>Prunus avium<\/em>. L&rsquo;effet all\u00e9lopathique de la <strong>juglone<\/strong> exsud\u00e9e par les racines et le lessivat foliaire limite la croissance de nombreuses esp\u00e8ces sous le couvert du noyer, cr\u00e9ant un cort\u00e8ge floristique appauvri mais caract\u00e9ristique, domin\u00e9 par les esp\u00e8ces tol\u00e9rantes \u00e0 la juglone comme <em>Geranium robertianum<\/em>, <em>Geum urbanum<\/em>, <em>Alliaria petiolata<\/em>, <em>Chelidonium majus<\/em> et certaines Poac\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Plusieurs parties du noyer font l&rsquo;objet d&rsquo;un usage pharmacognosique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Feuilles (<em>Juglandis folium<\/em>) :<\/strong> Inscrites \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne (Ph. Eur. 01\/2008:1502). La drogue est constitu\u00e9e par les folioles s\u00e9ch\u00e9es, r\u00e9colt\u00e9es en juin-juillet, avant la pleine maturit\u00e9, lorsque la teneur en compos\u00e9s ph\u00e9noliques est maximale. Le s\u00e9chage doit \u00eatre rapide, \u00e0 l&rsquo;ombre et en couche mince, pour pr\u00e9server la teneur en naphtoquinones. La drogue s\u00e8che se pr\u00e9sente sous forme de folioles fragment\u00e9es, brun verd\u00e2tre, \u00e0 odeur aromatique caract\u00e9ristique.<\/li>\n<li><strong>Brou de noix (<em>Juglandis pericarpium<\/em>) :<\/strong> Enveloppe charnue du fruit (\u00e9picarpe et m\u00e9socarpe), r\u00e9colt\u00e9e en septembre-octobre \u00e0 maturit\u00e9. Utilis\u00e9 frais ou s\u00e9ch\u00e9, il constitue une drogue extr\u00eamement riche en tanins et naphtoquinones.<\/li>\n<li><strong>Huile de noix (<em>Juglandis oleum<\/em>) :<\/strong> Obtenue par pression \u00e0 froid des cerneaux, riche en acides gras insatur\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>\u00c9corce :<\/strong> Utilis\u00e9e en m\u00e9decine traditionnelle, plus rarement en pharmacognosie moderne.<\/li>\n<li><strong>Bourgeons :<\/strong> Utilis\u00e9s en gemmoth\u00e9rapie (mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 de bourgeons frais).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le profil phytochimique de <em>Juglans regia<\/em> est d&rsquo;une richesse et d&rsquo;une complexit\u00e9 remarquables, avec plusieurs classes de m\u00e9tabolites secondaires d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pharmacologique majeur.<\/p>\n<h3>A. Naphtoquinones<\/h3>\n<p>Les naphtoquinones constituent la classe de compos\u00e9s la plus caract\u00e9ristique du genre <em>Juglans<\/em>. Le compos\u00e9 principal est la <strong>juglone<\/strong> (5-hydroxy-1,4-naphtoquinone), pr\u00e9sente dans toutes les parties de la plante, avec des teneurs maximales dans le brou vert (2-4 % de la mati\u00e8re s\u00e8che) et les racines. La juglone est biosynth\u00e9tis\u00e9e \u00e0 partir de l&rsquo;<strong>acide 1,4-dihydroxy-2-naphto\u00efque<\/strong> via la voie des shikimates. D&rsquo;autres naphtoquinones ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es : l&rsquo;<strong>hydrojuglone<\/strong> (forme r\u00e9duite, incolore, pr\u00e9curseur de la juglone), la <strong>1,4,5-trihydroxynaphtal\u00e8ne<\/strong>, la <strong>plumbagine<\/strong> (en traces), et la <strong>juglone-4-\u03b2-D-glucoside<\/strong> (forme de stockage dans les tissus vivants).<\/p>\n<h3>B. Tanins<\/h3>\n<p>Les feuilles et le brou contiennent une proportion \u00e9lev\u00e9e de tanins (8-12 % dans les feuilles, jusqu&rsquo;\u00e0 15-20 % dans le brou), de nature mixte :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Tanins ellagiques (hydrolysables) :<\/strong> <strong>p\u00e9dunculagine<\/strong>, <strong>casuarictine<\/strong>, <strong>tellimagrandine I et II<\/strong>, <strong>acide ellagique<\/strong>, <strong>acide gallique<\/strong>, <strong>rugosine D<\/strong>. Ces compos\u00e9s sont caract\u00e9ristiques et responsables de l&rsquo;astringence marqu\u00e9e de la drogue.<\/li>\n<li><strong>Tanins galliques :<\/strong> <strong>gallotanins<\/strong> complexes, pentagalloylglucose.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. Flavono\u00efdes<\/h3>\n<p>Les feuilles renferment une fraction flavono\u00efdique diversifi\u00e9e, comprenant principalement des h\u00e9t\u00e9rosides de <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> (<strong>hyp\u00e9roside<\/strong>, <strong>quercitrine<\/strong>, <strong>isoquercitrine<\/strong>), de <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong> (<strong>astragaline<\/strong>, <strong>juglanine<\/strong>) et de <strong>myric\u00e9tine<\/strong> (<strong>myric\u00e9tine-3-O-rhamnoside<\/strong>). La teneur totale en flavono\u00efdes des feuilles est estim\u00e9e entre 1 et 3 % de la mati\u00e8re s\u00e8che.<\/p>\n<h3>D. Acides ph\u00e9noliques et d\u00e9riv\u00e9s<\/h3>\n<p>On identifie dans les feuilles et le p\u00e9ricarpe l&rsquo;<strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong> (acide 5-O-caf\u00e9ylquinique), l&rsquo;<strong>acide p-coumarique<\/strong>, l&rsquo;<strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>, l&rsquo;<strong>acide sinapique<\/strong> et l&rsquo;<strong>acide protocat\u00e9chique<\/strong>. Le cerneau contient en outre l&rsquo;<strong>acide syringique<\/strong> et l&rsquo;<strong>acide vanillique<\/strong>.<\/p>\n<h3>E. Terp\u00e9no\u00efdes et compos\u00e9s volatils<\/h3>\n<p>L&rsquo;huile essentielle des feuilles, obtenue en faible rendement (0,01-0,03 %), contient principalement du <strong>\u03b2-caryophyll\u00e8ne<\/strong>, du <strong>germacr\u00e8ne D<\/strong>, de l&rsquo;<strong>\u03b1-<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pinene\/\">pin\u00e8ne<\/a><\/strong>, du <strong>\u03b2-pin\u00e8ne<\/strong>, du <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/limonene\/\">limon\u00e8ne<\/a><\/strong> et de l&rsquo;<strong>eug\u00e9nol<\/strong>. Le brou frais contient des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a> sp\u00e9cifiques et des d\u00e9riv\u00e9s furaniques contribuant \u00e0 l&rsquo;odeur caract\u00e9ristique.<\/p>\n<h3>F. Lipides du cerneau<\/h3>\n<p>L&rsquo;huile de noix (60-70 % du cerneau) pr\u00e9sente un profil en acides gras remarquable : <strong>acide linol\u00e9ique<\/strong> (C18:2 n-6, 50-60 %), <strong>acide \u03b1-linol\u00e9nique<\/strong> (C18:3 n-3, 8-14 %), <strong>acide ol\u00e9ique<\/strong> (C18:1, 15-25 %), <strong>acide palmitique<\/strong> (C16:0, 6-8 %), <strong>acide st\u00e9arique<\/strong> (C18:0, 2-3 %). Le rapport om\u00e9ga-6\/om\u00e9ga-3 de l&rsquo;ordre de 4:1 \u00e0 6:1 est nutritionnellement favorable. L&rsquo;huile contient \u00e9galement des tocoph\u00e9rols (<strong>\u03b3-tocoph\u00e9rol<\/strong> majoritaire, 200-300 mg\/kg) et des phytost\u00e9rols (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">\u03b2-sitost\u00e9rol<\/a><\/strong>, <strong>campest\u00e9rol<\/strong>).<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Activit\u00e9 antifongique et antimicrobienne<\/h3>\n<p>La <strong>juglone<\/strong> exerce une puissante activit\u00e9 antifongique document\u00e9e in vitro contre <em>Candida albicans<\/em>, <em>C. glabrata<\/em>, <em>Trichophyton rubrum<\/em>, <em>T. mentagrophytes<\/em>, <em>Microsporum canis<\/em> et <em>Aspergillus niger<\/em>, avec des CMI (concentrations minimales inhibitrices) de l&rsquo;ordre de 2 \u00e0 16 \u03bcg\/mL. Le m\u00e9canisme implique une interf\u00e9rence avec la cha\u00eene respiratoire mitochondriale fongique par inhibition des <strong>NADH-ubiquinone oxydor\u00e9ductases<\/strong> (complexe I), g\u00e9n\u00e9ration de radicaux libres via un cycle redox, et perturbation de la biosynth\u00e8se de l&rsquo;ergost\u00e9rol membranaire. L&rsquo;activit\u00e9 antibact\u00e9rienne, quoique moins marqu\u00e9e, est significative contre <em>Staphylococcus aureus<\/em> (y compris SARM), <em>Bacillus subtilis<\/em>, <em>Helicobacter pylori<\/em> et certaines ent\u00e9robact\u00e9ries, par un m\u00e9canisme d&rsquo;alkylation des groupements thiol des prot\u00e9ines bact\u00e9riennes.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9 astringente et antidiarrh\u00e9ique<\/h3>\n<p>Les tanins ellagiques (p\u00e9dunculagine, tellimagrandine, casuarictine) exercent une action astringente puissante par pr\u00e9cipitation des prot\u00e9ines des muqueuses digestives, formant une couche protectrice imperm\u00e9able qui r\u00e9duit les s\u00e9cr\u00e9tions et l&rsquo;inflammation. Cet effet est potentialis\u00e9 par l&rsquo;inhibition des prostaglandines E<sub>2<\/sub> via la modulation de l&rsquo;activit\u00e9 de la <strong>COX-2<\/strong>. Au niveau intestinal, les tanins r\u00e9duisent le p\u00e9ristaltisme et les s\u00e9cr\u00e9tions chlor\u00e9es, justifiant l&rsquo;usage traditionnel du brou comme antidiarrh\u00e9ique.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/h3>\n<p>La <strong>juglone<\/strong> et les flavono\u00efdes (querc\u00e9tine, kaempf\u00e9rol) inhibent la voie du facteur nucl\u00e9aire <strong>NF-\u03baB<\/strong> en emp\u00eachant la phosphorylation d&rsquo;<strong>I\u03baB\u03b1<\/strong> par le complexe <strong>IKK<\/strong>, ce qui bloque la translocation nucl\u00e9aire de NF-\u03baB et la transcription de g\u00e8nes pro-inflammatoires (TNF-\u03b1, IL-1\u03b2, IL-6, iNOS, COX-2). Des \u00e9tudes in vitro sur macrophages RAW 264.7 stimul\u00e9s au LPS ont montr\u00e9 une r\u00e9duction dose-d\u00e9pendante de la production de NO (jusqu&rsquo;\u00e0 70 % d&rsquo;inhibition \u00e0 10 \u03bcM de juglone). La querc\u00e9tine agit en outre comme inhibiteur direct des <strong>lipoxyg\u00e9nases<\/strong> (5-LOX, 12-LOX) et de la <strong>phospholipase A<sub>2<\/sub><\/strong>.<\/p>\n<h3>D. Activit\u00e9 antioxydante<\/h3>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 antioxydante des extraits foliaires et du cerneau est consid\u00e9rable. Les tanins ellagiques, les flavono\u00efdes et l&rsquo;acide ellagique agissent comme pi\u00e9geurs directs de radicaux libres (O<sub>2<\/sub><sup>\u2022-<\/sup>, OH<sup>\u2022<\/sup>, ROO<sup>\u2022<\/sup>), ch\u00e9lateurs de m\u00e9taux de transition (Fe<sup>2+<\/sup>, Cu<sup>2+<\/sup>) et inducteurs d&rsquo;enzymes antioxydantes endog\u00e8nes (<strong>superoxyde dismutase<\/strong>, <strong>glutathion peroxydase<\/strong>, <strong>catalase<\/strong>) via l&rsquo;activation du facteur de transcription <strong>Nrf2<\/strong> et de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse antioxydante (ARE). Les valeurs ORAC (Oxygen Radical Absorbance Capacity) du cerneau de noix sont parmi les plus \u00e9lev\u00e9es des fruits \u00e0 coque (13 541 \u03bcmol TE\/100 g).<\/p>\n<h3>E. Activit\u00e9 hypoglyc\u00e9miante<\/h3>\n<p>Des extraits foliaires de <em>Juglans regia<\/em> ont d\u00e9montr\u00e9 une activit\u00e9 hypoglyc\u00e9miante dans des mod\u00e8les animaux de diab\u00e8te de type 2, par plusieurs m\u00e9canismes : inhibition de l&rsquo;<strong>\u03b1-glucosidase<\/strong> intestinale (retardant l&rsquo;absorption des glucides), am\u00e9lioration de la sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;insuline via l&rsquo;activation de la voie <strong>PI3K\/Akt<\/strong> dans les tissus p\u00e9riph\u00e9riques, et stimulation de la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;insuline par les cellules \u03b2 pancr\u00e9atiques. Les tanins ellagiques et la querc\u00e9tine sont les principaux responsables de ces effets.<\/p>\n<h3>F. Activit\u00e9 antitumorale<\/h3>\n<p>La <strong>juglone<\/strong> a fait l&rsquo;objet de nombreuses \u00e9tudes in vitro d\u00e9montrant une cytotoxicit\u00e9 significative contre diverses lign\u00e9es tumorales (MCF-7, HeLa, HepG2, A549, HL-60). Les m\u00e9canismes identifi\u00e9s incluent l&rsquo;induction de l&rsquo;apoptose par la voie mitochondriale (activation des caspases 3, 8 et 9), l&rsquo;inhibition de la <strong>peptidyl-prolyl cis-trans isom\u00e9rase Pin1<\/strong> (enzyme surexprim\u00e9e dans de nombreux cancers), l&rsquo;arr\u00eat du cycle cellulaire en phase G2\/M, et la g\u00e9n\u00e9ration de stress oxydatif intracellulaire. Cependant, la toxicit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de la juglone limite son potentiel comme agent antitumoral direct.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>A. Essais cliniques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques concernant <em>Juglans regia<\/em> sont relativement limit\u00e9es en termes d&rsquo;essais randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s, bien que de plus en plus de travaux soient publi\u00e9s :<\/p>\n<p>Un essai clinique randomis\u00e9 en double aveugle (Hosseini et al., 2014) portant sur 61 patients diab\u00e9tiques de type 2 a montr\u00e9 qu&rsquo;une suppl\u00e9mentation en extrait foliaire de noyer (100 mg, 2 fois\/jour pendant 3 mois) entra\u00eenait une r\u00e9duction significative de la glyc\u00e9mie \u00e0 jeun (-12,3 %), de l&rsquo;h\u00e9moglobine glyqu\u00e9e HbA1c (-0,8 %) et des triglyc\u00e9rides s\u00e9riques (-14,5 %) par rapport au placebo.<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9tudes observationnelles de grande envergure ont \u00e9tabli une association entre la consommation r\u00e9guli\u00e8re de fruits \u00e0 coque et un risque cardiovasculaire r\u00e9duit. Dans PREDIMED (2018), un r\u00e9gime m\u00e9diterran\u00e9en suppl\u00e9ment\u00e9 en noix m\u00e9lang\u00e9es (30 g\/j, dont 15 g de cerneaux) \u00e9tait associ\u00e9 \u00e0 une r\u00e9duction de 28 % des \u00e9v\u00e9nements cardiovasculaires majeurs vs r\u00e9gime contr\u00f4le. Dans NHS et HPFS (Bao et al., 2013), la consommation de fruits \u00e0 coque \u22657 fois\/semaine \u00e9tait associ\u00e9e \u00e0 une r\u00e9duction de 20 % de la mortalit\u00e9 toutes causes, avec une r\u00e9duction significative de la mortalit\u00e9 cardiovasculaire. Ces b\u00e9n\u00e9fices sont attribu\u00e9s au profil lipidique favorable (om\u00e9ga-3, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a>) des cerneaux, attribu\u00e9e au profil lipidique favorable (om\u00e9ga-3, polyph\u00e9nols) des cerneaux.<\/p>\n<p>En dermatologie, des \u00e9tudes ouvertes ont document\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;applications topiques de d\u00e9coction de feuilles (5-10 %) dans le traitement d&rsquo;ecz\u00e9mas suintants, de dermatophytoses et d&rsquo;hyperhidrose palmoplantaire, avec des taux d&rsquo;am\u00e9lioration clinique de 60 \u00e0 80 % apr\u00e8s 4 semaines de traitement.<\/p>\n<h3>B. Tradition d&rsquo;usage<\/h3>\n<p>L&rsquo;usage traditionnel des feuilles de noyer est reconnu par l&rsquo;EMA (European Medicines Agency) et l&rsquo;ESCOP pour le traitement symptomatique de la diarrh\u00e9e l\u00e9g\u00e8re, des inflammations mineures de la peau et des muqueuses, et de l&rsquo;hyperhidrose. L&rsquo;usage du noyer rel\u00e8ve de la tradition : application cutan\u00e9e dans les inflammations mineures de la peau et la transpiration excessive des mains et des pieds, sans donn\u00e9es d&rsquo;essais cliniques suffisantes pour parler d&rsquo;efficacit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Juglone<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/naphtoquinones\/\">Naphtoquinone<\/a><\/td>\n<td>Antifongique, antiseptique cutan\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Tanins ellagiques<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">Tanins<\/a><\/td>\n<td>Astringents<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes, acides ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>Polyph\u00e9nols<\/td>\n<td>Antioxydants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<h3>A. Infusion de feuilles<\/h3>\n<p>Verser 150 mL d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid) sur 1,5 g de feuilles s\u00e8ches finement coup\u00e9es. Laisser infuser 10 \u00e0 15 minutes, filtrer. Posologie : 2 \u00e0 3 tasses par jour. En usage externe, pr\u00e9parer une d\u00e9coction plus concentr\u00e9e (5 g pour 200 mL, \u00e9bullition 15 minutes) pour bains locaux, compresses ou lavages.<\/p>\n<h3>B. D\u00e9coction de brou<\/h3>\n<p>Faire bouillir 30 \u00e0 50 g de brou frais ou 15 \u00e0 20 g de brou s\u00e9ch\u00e9 dans 1 litre d&rsquo;eau pendant 20 minutes. Filtrer. Usage externe exclusivement (bains, compresses) pour dermatoses fongiques et ecz\u00e9mas. Attention : le brou tache intens\u00e9ment la peau et les textiles.<\/p>\n<h3>C. Teinture-m\u00e8re (feuilles)<\/h3>\n<p>Pr\u00e9par\u00e9e au 1\/5 dans de l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 45 % (V\/V) selon les normes de la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise. Posologie per os : 30 \u00e0 50 gouttes, 2 \u00e0 3 fois par jour, dilu\u00e9es dans un peu d&rsquo;eau. En application locale, diluer au 1\/5 dans l&rsquo;eau pour lavages.<\/p>\n<h3>D. Extrait sec titr\u00e9<\/h3>\n<p>Extrait hydro\u00e9thanolique (40-60 % \u00e9thanol) des feuilles, titr\u00e9 en tanins totaux (minimum 5 % exprim\u00e9s en pyrogallol) ou en flavono\u00efdes totaux (minimum 1,5 % exprim\u00e9s en hyp\u00e9roside). Posologie : 200 \u00e0 400 mg, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<h3>E. Mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 (gemmoth\u00e9rapie)<\/h3>\n<p>Mac\u00e9rat de bourgeons frais au 1\/20 dans un m\u00e9lange eau-alcool-glyc\u00e9rine. Posologie usuelle : 5 \u00e0 15 gouttes par jour en d\u00e9but de traitement, jusqu&rsquo;\u00e0 30 gouttes par jour. Indications : r\u00e9gulation du microbiote intestinal, soutien pancr\u00e9atique, terrain mycosique.<\/p>\n<h3>F. Huile de noix<\/h3>\n<p>Huile de premi\u00e8re pression \u00e0 froid, utilis\u00e9e en di\u00e9t\u00e9tique (1 \u00e0 2 cuill\u00e8res \u00e0 soupe par jour en assaisonnement) comme source d&rsquo;acides gras essentiels om\u00e9ga-3. Conservation au r\u00e9frig\u00e9rateur, \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re, consommation rapide apr\u00e8s ouverture en raison de la sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oxydation.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<h3>A. Toxicit\u00e9 aigu\u00eb et chronique<\/h3>\n<p>La <strong>juglone<\/strong> pure pr\u00e9sente une toxicit\u00e9 significative. La DL<sub>50<\/sub> chez la souris par voie orale est estim\u00e9e \u00e0 112-125 mg\/kg de poids corporel. Aux doses pharmacologiques des pr\u00e9parations traditionnelles, la toxicit\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e comme faible. Cependant, l&rsquo;ingestion de grandes quantit\u00e9s de brou frais peut provoquer des irritations gastro-intestinales s\u00e9v\u00e8res (naus\u00e9es, vomissements, douleurs abdominales). La juglone est g\u00e9notoxique in vitro (test d&rsquo;Ames positif) par g\u00e9n\u00e9ration de radicaux libres et adduits \u00e0 l&rsquo;ADN, ce qui contre-indique l&rsquo;usage prolong\u00e9 \u00e0 forte dose de pr\u00e9parations riches en juglone (brou).<\/p>\n<h3>B. Contre-indications<\/h3>\n<ul>\n<li>Hypersensibilit\u00e9 connue aux Juglandac\u00e9es<\/li>\n<li>Allergie aux noix (allergie crois\u00e9e fr\u00e9quente avec les autres fruits \u00e0 coque)<\/li>\n<li>Grossesse et allaitement (par pr\u00e9caution, en l&rsquo;absence de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 suffisantes)<\/li>\n<li>Insuffisance h\u00e9patique (m\u00e9tabolisation h\u00e9patique de la juglone)<\/li>\n<li>Enfants de moins de 12 ans (voie interne)<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Les tanins ellagiques peuvent r\u00e9duire l&rsquo;absorption intestinale de m\u00e9dicaments co-administr\u00e9s par ch\u00e9lation (fer, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a>, certains antibiotiques). Un intervalle de 2 heures est recommand\u00e9. La querc\u00e9tine est un inhibiteur mod\u00e9r\u00e9 du <strong>CYP3A4<\/strong> et de la <strong>P-glycoprot\u00e9ine<\/strong>, pouvant potentiellement augmenter la biodisponibilit\u00e9 de substrats de ces syst\u00e8mes (ciclosporine, statines, certains antir\u00e9troviraux). L&rsquo;effet hypoglyc\u00e9miant pourrait se surajouter aux antidiab\u00e9tiques oraux.<\/p>\n<h3>D. Allerg\u00e9nicit\u00e9<\/h3>\n<p>La noix est un allerg\u00e8ne alimentaire majeur, class\u00e9 parmi les 14 allerg\u00e8nes \u00e0 d\u00e9claration obligatoire dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Les principales prot\u00e9ines allerg\u00e8nes identifi\u00e9es sont <strong>Jug r 1<\/strong> (albumine 2S, allerg\u00e8ne majeur), <strong>Jug r 2<\/strong> (viciline), <strong>Jug r 3<\/strong> (LTP, prot\u00e9ine de transfert lipidique) et <strong>Jug r 4<\/strong> (l\u00e9gumine 11S). Les r\u00e9actions allergiques peuvent \u00eatre graves (anaphylaxie). Des allergies de contact aux feuilles et au brou (dermatite de contact) sont document\u00e9es, li\u00e9es principalement \u00e0 la juglone.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<h3>A. Usage culinaire<\/h3>\n<p>Le cerneau de noix est consomm\u00e9 frais (noix \u00ab fra\u00eeches \u00bb de septembre-octobre, \u00e0 la saveur d\u00e9licate et lact\u00e9e) ou sec, entier ou concass\u00e9. Il entre dans la composition de nombreuses pr\u00e9parations culinaires : salades, p\u00e2tisseries (g\u00e2teau aux noix, brownies), confiseries (pralines, nougatine), fromages (roquefort aux noix), sauces (sauce aux noix de la cuisine g\u00e9orgienne, <em>bazhe<\/em>). L&rsquo;huile de noix, \u00e0 la saveur subtile et fruit\u00e9e, est un condiment de choix pour l&rsquo;assaisonnement des salades et des plats fins, mais ne supporte pas la cuisson en raison de son point de fum\u00e9e bas (160\u00b0C). Le vin de noix, pr\u00e9par\u00e9 par mac\u00e9ration de noix vertes dans du vin rouge sucr\u00e9 avec des \u00e9pices, est une sp\u00e9cialit\u00e9 traditionnelle du Sud-Ouest fran\u00e7ais. Le brou de noix entre dans la fabrication de liqueurs (ratafiat de noix, nocino italien).<\/p>\n<h3>B. Traditions populaires et ethnobotaniques<\/h3>\n<p>Le noyer occupe une place importante dans les traditions populaires europ\u00e9ennes, souvent ambivalente. Dans le folklore fran\u00e7ais, le noyer passait pour un arbre mal\u00e9fique sous lequel il ne fallait pas dormir, croyance probablement fond\u00e9e sur l&rsquo;observation empirique des effets all\u00e9lopathiques de la juglone et de l&rsquo;exhalation de compos\u00e9s volatils irritants. En m\u00e9decine populaire, les feuilles de noyer \u00e9taient utilis\u00e9es en bains de pieds contre la transpiration excessive, en gargarismes contre les angines, en lotions contre les dartres et la teigne. Le brou servait de teinture brune pour les cheveux, les textiles et le bois, usage persistant en \u00e9b\u00e9nisterie artisanale. Dans la m\u00e9decine traditionnelle persane (Unani), le noyer (<em>jawz<\/em>) est consid\u00e9r\u00e9 comme chaud et sec, prescrit contre les affections c\u00e9r\u00e9brales en raison de la ressemblance morphologique du cerneau avec le cerveau humain (th\u00e9orie des signatures). En Chine, les noix sont traditionnellement recommand\u00e9es pour tonifier les reins (<em>bu shen<\/em>) et renforcer la m\u00e9moire.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>Le noyer commun joue un r\u00f4le \u00e9cologique multifacette dans les \u00e9cosyst\u00e8mes o\u00f9 il est pr\u00e9sent. Ses fruits constituent une ressource alimentaire majeure pour la faune sauvage : les geais des ch\u00eanes (<em>Garrulus glandarius<\/em>), les \u00e9cureuils (<em>Sciurus vulgaris<\/em>), les mulots (<em>Apodemus sylvaticus<\/em>), les loirs (<em>Glis glis<\/em>) et les pics contribuent \u00e0 la diss\u00e9mination des noix en les enfouissant comme r\u00e9serves hivernales, participant ainsi \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle de l&rsquo;esp\u00e8ce. La canop\u00e9e \u00e9tal\u00e9e du noyer offre des sites de nidification aux passereaux et aux rapaces nocturnes (chouette hulotte).<\/p>\n<p>L&rsquo;effet all\u00e9lopathique de la <strong>juglone<\/strong> constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9cologique remarquable. Cette naphtoquinone, lib\u00e9r\u00e9e dans le sol par les racines et le lessivat des feuilles et du brou, inhibe la germination et la croissance de nombreuses esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales (tomates, pommes de terre, luzerne, rhododendrons) en interf\u00e9rant avec leur cha\u00eene respiratoire mitochondriale. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne cr\u00e9e une zone d&rsquo;exclusion comp\u00e9titive autour du noyer, modifiant la structure des communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales locales. Paradoxalement, certaines esp\u00e8ces nitrophiles tirent avantage de la min\u00e9ralisation rapide de la liti\u00e8re de noyer, riche en azote.<\/p>\n<p>Les mycorhizes ectomycorhiziennes du noyer abritent une diversit\u00e9 fongique notable, incluant des esp\u00e8ces de truffes (<em>Tuber brumale<\/em>, rarement <em>T. melanosporum<\/em>) dans les stations calcaires m\u00e9ridionales, ce qui conf\u00e8re un int\u00e9r\u00eat agroforestier suppl\u00e9mentaire \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<p>Les confusions avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces sont limit\u00e9es en raison du port caract\u00e9ristique et des feuilles compos\u00e9es odorantes du noyer, mais certaines m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre signal\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><em>Juglans nigra<\/em> L. (noyer noir d&rsquo;Am\u00e9rique) :<\/strong> Arbre plus grand (jusqu&rsquo;\u00e0 40 m), \u00e0 \u00e9corce profond\u00e9ment sillonn\u00e9e et noir\u00e2tre, folioles plus nombreuses (15-23), de plus petite taille, finement dent\u00e9es, pubescentes en dessous. Le fruit poss\u00e8de une coque extr\u00eamement dure, \u00e0 surface sculpt\u00e9e de c\u00f4tes irr\u00e9guli\u00e8res. Plant\u00e9 comme arbre d&rsquo;ornement et forestier en France. Teneur en juglone encore sup\u00e9rieure \u00e0 <em>J. regia<\/em>.<\/li>\n<li><strong><em>Pterocarya fraxinifolia<\/em> (Lam.) Spach (pt\u00e9rocaryer du Caucase) :<\/strong> M\u00eame famille, feuilles compos\u00e9es similaires mais \u00e0 folioles plus nombreuses (11-25), finement dent\u00e9es, sans glandes aromatiques \u00e0 juglone. Fruits ail\u00e9s caract\u00e9ristiques en longues grappes pendantes. Arbre des milieux alluviaux, plant\u00e9 en ornement.<\/li>\n<li><strong><em>Carya<\/em> spp. (caryers) :<\/strong> Juglandac\u00e9es nord-am\u00e9ricaines \u00e0 feuilles compos\u00e9es, mais sans odeur de juglone, \u00e0 \u00e9corce souvent exfoliante et \u00e0 fruit (pacane chez <em>C. illinoinensis<\/em>) morphologiquement distinct.<\/li>\n<li><strong><em>Fraxinus excelsior<\/em> L. (fr\u00eane commun) :<\/strong> Feuilles compos\u00e9es imparipenn\u00e9es superficiellement similaires mais oppos\u00e9es (et non alternes), \u00e0 folioles dent\u00e9es, sans odeur aromatique, bourgeons noirs caract\u00e9ristiques. Famille des Ol\u00e9ac\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Juglans regia<\/em> L. constitue une drogue v\u00e9g\u00e9tale de premi\u00e8re importance en pharmacognosie europ\u00e9enne, dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique repose sur une phytochimie riche et des m\u00e9canismes pharmacodynamiques bien document\u00e9s. Les feuilles, drogue officinale inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, doivent leur activit\u00e9 principale aux naphtoquinones (juglone), aux tanins ellagiques et aux flavono\u00efdes, qui agissent en synergie pour produire des effets antifongiques, astringents, anti-inflammatoires et antioxydants. Le brou de noix, encore plus concentr\u00e9 en ces m\u00eames principes actifs, constitue un topique antifongique et antidiarrh\u00e9ique d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, quoique d&rsquo;usage plus d\u00e9licat en raison de la toxicit\u00e9 potentielle de la juglone \u00e0 forte dose.<\/p>\n<p>L&rsquo;huile de cerneau, riche en acide \u03b1-linol\u00e9nique (om\u00e9ga-3), en \u03b3-tocoph\u00e9rol et en polyph\u00e9nols, repr\u00e9sente un aliment fonctionnel dont les b\u00e9n\u00e9fices cardiovasculaires sont \u00e9tay\u00e9s par des donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques solides. L&rsquo;originalit\u00e9 pharmacognosique de l&rsquo;esp\u00e8ce r\u00e9side dans la juglone, naphtoquinone aux propri\u00e9t\u00e9s biologiques remarquables (antifongique, antitumorale, all\u00e9lopathique) mais dont la toxicit\u00e9 intrins\u00e8que impose un usage encadr\u00e9 et des recherches compl\u00e9mentaires pour en exploiter le potentiel th\u00e9rapeutique en toute s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>La prise en charge pharmacognosique moderne du noyer int\u00e8gre ainsi plusieurs niveaux d&rsquo;utilisation : phytoth\u00e9rapie traditionnelle bien \u00e9tablie pour les indications dermatologiques et digestives, nutraceutique pour les cerneaux et l&rsquo;huile, et recherche pharmacologique active pour la juglone et les ellagitanins, avec des perspectives prometteuses en oncologie et en diab\u00e9tologie.<\/p>\n<hr>\n<h3>GEMMOTH\u00c9RAPIE<\/h3>\n<p><strong>Partie utilis\u00e9e :<\/strong> bourgeons \u2014 <em>Juglans regia<\/em><\/p>\n<p><strong>Forme :<\/strong> Mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 1DH<\/p>\n<h3>Indications<\/h3>\n<ul>\n<li>dysbiose intestinale<\/li>\n<li>flore intestinale<\/li>\n<li>pancr\u00e9as<\/li>\n<li>diab\u00e8te type 2<\/li>\n<li>diarrh\u00e9e chronique<\/li>\n<li>candidose<\/li>\n<li>acn\u00e9 infect\u00e9e<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s principales<\/h3>\n<ul>\n<li>r\u00e9gulateur de la flore intestinale<\/li>\n<li>anti-infectieux intestinal<\/li>\n<li>stimulant pancr\u00e9atique<\/li>\n<li>anti-candidosique<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Posologie<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Adulte :<\/strong> 5 \u00e0 15 gouttes par jour, en dehors des repas, pures ou dans un peu d&#039;eau<\/li>\n<li><strong>Enfant :<\/strong> 1 goutte par ann\u00e9e d&#039;\u00e2ge, par jour<\/li>\n<li><strong>Dur\u00e9e :<\/strong> 3 semaines, pause 1 semaine, cure de 3 mois possible<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Associations fr\u00e9quentes<\/h3>\n<ul>\n<li>Airelle rouge (flore intestinale, cystites)<\/li>\n<li>Romarin (digestion h\u00e9patique)<\/li>\n<li>Figuier (troubles digestifs nerveux)<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions :<\/strong> Aucune connue aux doses recommand\u00e9es. En cas de diab\u00e8te trait\u00e9, surveillance glyc\u00e9mique recommand\u00e9e<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5<sup>e<\/sup> \u00e9d. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc ; 2016.<\/li>\n<li>Wichtl M, Anton R. <em>Plantes th\u00e9rapeutiques : tradition, pratique officinale, science et th\u00e9rapeutique<\/em>. 2<sup>e<\/sup> \u00e9d. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc ; 2003.<\/li>\n<li>ESCOP. <em>ESCOP Monographs: The Scientific Foundation for Herbal Medicinal Products<\/em>. 2<sup>e<\/sup> \u00e9d. Stuttgart : Thieme ; 2003. Monographie \u00ab Juglandis folium \u00bb.<\/li>\n<li>EMA\/HMPC. <em>Community herbal monograph on Juglans regia L., folium<\/em>. EMA\/HMPC\/148217\/2008. Londres : European Medicines Agency ; 2012.<\/li>\n<li>Commission E (BfArM). Monographie \u00ab Juglandis folium \u00bb. <em>Bundesanzeiger<\/em>, 1990.<\/li>\n<li>Tison J-M, de Foucault B (coords.). <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>. M\u00e8ze : Biotope \u00c9ditions ; 2014.<\/li>\n<li>Rameau J-C, Mansion D, Dum\u00e9 G. <em>Flore foresti\u00e8re fran\u00e7aise<\/em>. Tome 1 : Plaines et collines. Paris : IDF ; 1989.<\/li>\n<li>Cosmulescu S, Trandafir I, Nour V. Phenolic acids and flavonoids profiles of extracts from edible wild fruits and their antioxidant properties. <em>Int J Food Prop<\/em>. 2017;20(12):3124-3134.<\/li>\n<li>Hosseini S, Jamshidi L, Mehrzadi S <em>et al<\/em>. Effects of <em>Juglans regia<\/em> L. leaf extract on hyperglycemia and lipid profiles in type 2 diabetic patients: a randomized double-blind, placebo-controlled clinical trial. <em>J Ethnopharmacol<\/em>. 2014;152(3):451-456.<\/li>\n<li>Oliveira I, Sousa A, Ferreira ICFR <em>et al<\/em>. Total phenols, antioxidant potential and antimicrobial activity of walnut (<em>Juglans regia<\/em> L.) green husks. <em>Food Chem Toxicol<\/em>. 2008;46(7):2326-2331.<\/li>\n<li>[R\u00e9f\u00e9rence \u00e0 supprimer. Aucun article de Ahmad T, Cawood M, Iqbal Q portant sur Juglans regia n&rsquo;existe. IJMS 2019;20(22):5574 est un article sur Plasmodium falciparum. \u00c0 remplacer par une revue v\u00e9rifi\u00e9e, par ex. : Croitoru A et al. Evaluation and Exploitation of Bioactive Compounds of Walnut, Juglans regia. Curr Pharm Des. 2020;25(2):119-131. PMID 30931854.]<\/li>\n<li>Vinson JA, Cai Y. Nuts, especially walnuts, have both antioxidant quantity and efficacy and exhibit significant potential health benefits. <em>Food Funct<\/em>. 2012;3(2):134-140.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. 11<sup>e<\/sup> \u00e9d. Monographie \u00ab Juglandis folium \u00bb (01\/2008:1502). Strasbourg : EDQM ; 2023.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Astringent<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antiseptique cutan\u00e9 (externe, dermatoses)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antidiab\u00e9tique l\u00e9ger (tradition)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Vermifuge (tradition)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le noyer commun, Juglans regia L., figure parmi les arbres les plus anciennement cultiv\u00e9s du bassin m\u00e9diterran\u00e9en et d&rsquo;Asie centrale. 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