{"id":8832,"date":"2026-04-23T11:46:52","date_gmt":"2026-04-23T09:46:52","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/grande-camomille\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"grande-camomille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/grande-camomille\/","title":{"rendered":"GRANDE CAMOMILLE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Grande%20camomille.jpg\" alt=\"Planche botanique Grande camomille\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Parmi les Ast\u00e9rac\u00e9es d&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00e9dicinal, la grande camomille (<em>Tanacetum parthenium<\/em> (L.) Sch.Bip.) occupe une place singuli\u00e8re \u00e0 la crois\u00e9e de la tradition herboriste europ\u00e9enne et de la pharmacologie mol\u00e9culaire contemporaine. Plante vivace des d\u00e9combres, des vieux murs et des jardins abandonn\u00e9s, elle fut longtemps confondue avec les \u00ab camomilles \u00bb au sens large, avant que la chimie des lactones sesquiterp\u00e9niques ne vienne \u00e9clairer la sp\u00e9cificit\u00e9 de son profil pharmacognosique. Pr\u00e9sente dans la mati\u00e8re m\u00e9dicale europ\u00e9enne depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine \u2014 Dioscoride la mentionne sous le nom de <em>parthenion<\/em> \u2014, elle conna\u00eet depuis les ann\u00e9es 1980 un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat consid\u00e9rable apr\u00e8s la validation clinique de son activit\u00e9 anti-migraineuse, fond\u00e9e sur la <strong>parth\u00e9nolide<\/strong>, un germacranolide aux propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires et antiagr\u00e9gantes plaquettaires remarquables.<\/p>\n<p>La grande camomille constitue aujourd&rsquo;hui un cas d&rsquo;\u00e9cole en pharmacognosie : elle illustre parfaitement le passage d&rsquo;un rem\u00e8de traditionnel, document\u00e9 par des si\u00e8cles d&rsquo;usage empirique, \u00e0 un m\u00e9dicament \u00e0 base de plante dont le m\u00e9canisme d&rsquo;action est d\u00e9sormais caract\u00e9ris\u00e9 au niveau mol\u00e9culaire. L&rsquo;inhibition du facteur de transcription NF-\u03baB par la <strong>parth\u00e9nolide<\/strong>, la modulation des voies de signalisation inflammatoires et la r\u00e9gulation de la lib\u00e9ration de s\u00e9rotonine plaquettaire en font un sujet d&rsquo;\u00e9tude particuli\u00e8rement f\u00e9cond, \u00e0 l&rsquo;interface entre ethnopharmacologie, biologie mol\u00e9culaire et th\u00e9rapeutique clinique. Cette monographie propose une synth\u00e8se rigoureuse des donn\u00e9es botaniques, phytochimiques, pharmacologiques et cliniques actuellement disponibles sur cette esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La grande camomille appartient \u00e0 la famille des <strong>Asteraceae<\/strong> (Compositae), sous-famille des <strong>Asteroideae<\/strong>, tribu des <strong>Anthemideae<\/strong>, genre <em>Tanacetum<\/em> L. L&rsquo;esp\u00e8ce est d\u00e9sign\u00e9e sous le bin\u00f4me <em>Tanacetum parthenium<\/em> (L.) Sch.Bip. (1844). Le basionyme est <em>Matricaria parthenium<\/em> L. (1753), et l&rsquo;esp\u00e8ce a connu de nombreux synonymes taxonomiques au fil des r\u00e9visions : <em>Chrysanthemum parthenium<\/em> (L.) Bernh., <em>Pyrethrum parthenium<\/em> (L.) Sm., <em>Leucanthemum parthenium<\/em> (L.) Gren. &amp; Godr. La classification actuelle, confirm\u00e9e par les analyses phylog\u00e9n\u00e9tiques mol\u00e9culaires, rattache fermement cette esp\u00e8ce au genre <em>Tanacetum<\/em>, aux c\u00f4t\u00e9s de la tanaisie commune (<em>T. vulgare<\/em> L.).<\/p>\n<h3>A. \u00c9tymologie<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left;margin:5px 25px 15px 0;max-width:280px;border:1px solid #c9b99a;padding:6px;background:#faf6ee;border-radius:4px;cursor:pointer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/tanacetum_parthenium.jpg\" alt=\"Tanacetum parthenium \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%;height:auto\" \/><figcaption style=\"text-align:center;font-size:0.78em;color:#5a4e3c;margin-top:5px;font-style:italic\">Tanacetum parthenium<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Tanacetum<\/em> d\u00e9rive probablement du grec m\u00e9di\u00e9val <em>athanasia<\/em> (immortalit\u00e9), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la long\u00e9vit\u00e9 des capitules s\u00e9ch\u00e9s. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te sp\u00e9cifique <em>parthenium<\/em> vient du grec <em>parthenos<\/em> (jeune fille, vierge), allusion traditionnelle \u00e0 son usage en gyn\u00e9cologie populaire, notamment pour les troubles menstruels. Le nom vernaculaire fran\u00e7ais \u00ab grande camomille \u00bb est source de confusion car la plante n&rsquo;appartient pas au genre <em>Chamaemelum<\/em> ni au genre <em>Matricaria<\/em>. Les autres noms populaires incluent : partenelle, matricaire odorante, herbe \u00e0 la Vierge, pyr\u00e8thre dor\u00e9, <em>feverfew<\/em> en anglais (de <em>febrifuge<\/em>, par d\u00e9formation du latin <em>febrifugia<\/em>).<\/p>\n<h3>B. Sous-esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<p>On distingue la forme type <em>T. parthenium<\/em> var. <em>parthenium<\/em> \u00e0 ligules blanches et la vari\u00e9t\u00e9 horticole <em>&lsquo;Aureum&rsquo;<\/em> \u00e0 feuillage dor\u00e9, utilis\u00e9e en ornementation. Des cultivars \u00e0 fleurs doubles (<em>&lsquo;Flore Pleno&rsquo;<\/em>, <em>&lsquo;White Bonnet&rsquo;<\/em>) existent en horticulture mais pr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement des teneurs en <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> inf\u00e9rieures \u00e0 la forme sauvage. Le nombre chromosomique est 2n = 18.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p>La grande camomille est une plante herbac\u00e9e vivace, parfois bisannuelle selon les conditions, atteignant 30 \u00e0 80 cm de hauteur, rarement jusqu&rsquo;\u00e0 1 m en stations ombrag\u00e9es. Le port est dress\u00e9, buissonnant, ramifi\u00e9 dans la partie sup\u00e9rieure. La plante d\u00e9gage une odeur aromatique forte et p\u00e9n\u00e9trante, caract\u00e9ristique, nettement camphr\u00e9e et am\u00e8re, perceptible au froissement des feuilles. L&rsquo;architecture v\u00e9g\u00e9tative correspond \u00e0 un mod\u00e8le sympodial, avec une ramification abondante \u00e0 partir de la base lors de la deuxi\u00e8me ann\u00e9e de croissance.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> les tiges sont dress\u00e9es, cylindriques, stri\u00e9es longitudinalement, pubescentes (poils tecteurs courts et poils s\u00e9cr\u00e9teurs capitul\u00e9s), pleines, de couleur vert clair \u00e0 vert jaun\u00e2tre, devenant ligneuses \u00e0 la base avec l&rsquo;\u00e2ge. La ramification est surtout d\u00e9velopp\u00e9e dans le tiers sup\u00e9rieur. Les tiges portent des glandes s\u00e9cr\u00e9trices sessiles visibles \u00e0 la loupe, responsables de l&rsquo;odeur aromatique.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> les feuilles sont alternes, p\u00e9tiol\u00e9es (p\u00e9tiole de 1 \u00e0 3 cm), de contour ovale \u00e0 oblong, longues de 3 \u00e0 8 cm, bipennatipartites \u00e0 bipennatifides, \u00e0 segments oblongs, lob\u00e9s-dent\u00e9s, \u00e0 dents mucron\u00e9es. Le limbe est vert jaun\u00e2tre, plus p\u00e2le \u00e0 la face inf\u00e9rieure, pubescent sur les deux faces avec des poils tecteurs et de nombreuses glandes s\u00e9cr\u00e9trices schizog\u00e8nes visibles en microscopie. Les feuilles sup\u00e9rieures sont sessiles, plus petites, simplement pennatipartites. La nervation est penn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Syst\u00e8me racinaire :<\/strong> le syst\u00e8me racinaire est fascicul\u00e9, relativement superficiel, \u00e0 racines fibreuses partant d&rsquo;une souche \u00e9paisse et courte, parfois stolonif\u00e8re, assurant une propagation v\u00e9g\u00e9tative modeste. La souche ligneuse persiste plusieurs ann\u00e9es et \u00e9met chaque printemps de nouvelles tiges a\u00e9riennes.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> les capitules sont group\u00e9s en corymbes terminaux l\u00e2ches, compos\u00e9s de 5 \u00e0 30 capitules. Chaque capitule mesure 1,5 \u00e0 2,5 cm de diam\u00e8tre, port\u00e9 par un p\u00e9doncule pubescent de 2 \u00e0 5 cm. L&rsquo;involucre est h\u00e9misph\u00e9rique, form\u00e9 de 2 \u00e0 3 rangs de bract\u00e9es imbriqu\u00e9es, oblongues, pubescentes, \u00e0 marge scarieuse blanch\u00e2tre.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> le r\u00e9ceptacle est convexe, garni de paillettes (r\u00e9ceptacle pal\u00e9ac\u00e9) chez certaines populations, nu chez d&rsquo;autres. Les fleurs ligul\u00e9es p\u00e9riph\u00e9riques sont femelles, au nombre de 12 \u00e0 20, \u00e0 ligule blanche, oblongue, longue de 4 \u00e0 8 mm, trident\u00e9e au sommet. Les fleurs tubuleuses du disque sont hermaphrodites, nombreuses (plus de 100), \u00e0 corolle jaune d&rsquo;or, tubuleuse, \u00e0 5 dents, longue de 2 \u00e0 3 mm.<\/p>\n<p><strong>Androc\u00e9e :<\/strong> cinq \u00e9tamines synanth\u00e9r\u00e9es, \u00e0 anth\u00e8res soud\u00e9es en tube autour du style, \u00e0 d\u00e9hiscence introrse. Le pollen est tricolpor\u00e9, \u00e9chinul\u00e9, de 20 \u00e0 25 \u00b5m de diam\u00e8tre.<\/p>\n<p><strong>Gyn\u00e9c\u00e9e :<\/strong> ovaire inf\u00e8re, bicarpell\u00e9, uniloculaire, uniovul\u00e9. Le style est filiforme, bifide au sommet, \u00e0 branches stigmatiques tronqu\u00e9es, pourvues de poils collecteurs.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> ak\u00e8ne oblong-obovale, long de 1 \u00e0 1,5 mm, c\u00f4tel\u00e9 (5 \u00e0 10 c\u00f4tes longitudinales), surmont\u00e9 d&rsquo;une couronne membraneuse courte (pappus coroniforme) ou parfois absent. La diss\u00e9mination est barochore et \u00e9pizoochore.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie et biologie reproductive<\/h3>\n<p>La floraison s&rsquo;\u00e9tend de juin \u00e0 septembre, avec un pic en juillet. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e principalement par les dipt\u00e8res (syrphes) et les hym\u00e9nopt\u00e8res. L&rsquo;autogamie est possible gr\u00e2ce \u00e0 la protandrie incompl\u00e8te des fleurs tubuleuses. La germination des ak\u00e8nes n\u00e9cessite de la lumi\u00e8re (esp\u00e8ce photoblastique positive) et des temp\u00e9ratures comprises entre 15 et 20 \u00b0C. La plante se comporte en h\u00e9micryptophyte \u00e0 rosette hivernale et peut aussi se multiplier par division de touffe ou par bouturage de tige.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p>La grande camomille est une esp\u00e8ce rud\u00e9rale et subnitrophile, typique des milieux anthropis\u00e9s. Elle colonise pr\u00e9f\u00e9rentiellement les vieux murs, les d\u00e9combres, les talus, les bords de chemins, les friches urbaines et p\u00e9riurbaines, les abords des habitations et les jardins en friche. Elle tol\u00e8re des sols secs \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment frais, calcaires \u00e0 neutres, riches en azote. C&rsquo;est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile \u00e0 semi-sciaphile, supportant un ombrage mod\u00e9r\u00e9. Elle se situe aux \u00e9tages collin\u00e9en \u00e0 montagnard inf\u00e9rieur (0 \u00e0 1 200 m d&rsquo;altitude). En phytosociologie, elle rel\u00e8ve des <em>Chenopodietea muralis<\/em> et des <em>Artemisietea vulgaris<\/em>.<\/p>\n<h3>B. Distribution g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;aire d&rsquo;origine de <em>T. parthenium<\/em> est le sud-est de l&rsquo;Europe (Balkans) et le sud-ouest de l&rsquo;Asie (Caucase, Anatolie). L&rsquo;esp\u00e8ce est aujourd&rsquo;hui largement naturalis\u00e9e dans toute l&rsquo;Europe occidentale et centrale, en Am\u00e9rique du Nord, en Am\u00e9rique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande. En France, elle est pr\u00e9sente dans la quasi-totalit\u00e9 des d\u00e9partements, plus fr\u00e9quente dans le Midi, la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, le Bassin parisien et l&rsquo;Ouest. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme arch\u00e9ophyte dans une grande partie du territoire, introduite d\u00e8s le Moyen \u00c2ge via les jardins monastiques. Elle figure dans la plupart des flores r\u00e9gionales, avec un statut de plante naturalis\u00e9e ou subspontan\u00e9e.<\/p>\n<h3>C. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>La grande camomille s&rsquo;associe fr\u00e9quemment \u00e0 d&rsquo;autres esp\u00e8ces rud\u00e9rales et nitrophiles : <em>Urtica dioica<\/em>, <em>Chelidonium majus<\/em>, <em>Artemisia vulgaris<\/em>, <em>Ballota nigra<\/em>, <em>Parietaria judaica<\/em>, <em>Cymbalaria muralis<\/em>. Dans les jardins et les friches, on la trouve en compagnie de <em>Malva sylvestris<\/em>, <em>Verbascum thapsus<\/em> et <em>Digitalis purpurea<\/em>. Elle colonise rapidement les espaces perturb\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 sa production abondante de semences et sa capacit\u00e9 de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration par la souche.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La drogue officinale est constitu\u00e9e par les <strong>parties a\u00e9riennes fleuries<\/strong> (<em>Tanaceti parthenii herba<\/em>), r\u00e9colt\u00e9es au moment de la pleine floraison, g\u00e9n\u00e9ralement en juillet-ao\u00fbt. Les feuilles fra\u00eeches sont \u00e9galement utilis\u00e9es en phytoth\u00e9rapie traditionnelle anglo-saxonne (mastication de 2 \u00e0 3 feuilles fra\u00eeches par jour dans la pr\u00e9vention de la migraine). La r\u00e9colte s&rsquo;effectue par temps sec, en coupant les tiges \u00e0 mi-hauteur, de pr\u00e9f\u00e9rence le matin apr\u00e8s \u00e9vaporation de la ros\u00e9e.<\/p>\n<p>Le s\u00e9chage doit \u00eatre rapide, \u00e0 l&rsquo;ombre, en couche mince, \u00e0 une temp\u00e9rature ne d\u00e9passant pas 40 \u00b0C pour pr\u00e9server les lactones sesquiterp\u00e9niques thermosensibles. La drogue s\u00e8che se conserve \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re et de l&rsquo;humidit\u00e9, dans des r\u00e9cipients herm\u00e9tiques, pendant un maximum de 12 \u00e0 18 mois. Le rendement en drogue s\u00e8che est d&rsquo;environ 25 \u00e0 30 % du poids frais. Le contr\u00f4le de qualit\u00e9 doit porter sur le dosage de la <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> par HPLC, avec un seuil minimal de 0,2 % recommand\u00e9 par plusieurs pharmacop\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le profil phytochimique de <em>Tanacetum parthenium<\/em> est domin\u00e9 par les lactones sesquiterp\u00e9niques et l&rsquo;huile essentielle, mais comprend \u00e9galement des flavono\u00efdes et d&rsquo;autres compos\u00e9s ph\u00e9noliques.<\/p>\n<h3>A. Lactones sesquiterp\u00e9niques<\/h3>\n<p>La classe majeure et pharmacologiquement d\u00e9terminante est celle des <strong>germacranolides<\/strong>. La <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> (un 10,5-\u00e9poxygermacr\u00e8ne-4,11(13)-di\u00e9n-12,6-olide) est le compos\u00e9 principal, repr\u00e9sentant 0,2 \u00e0 1,8 % de la masse s\u00e8che des parties a\u00e9riennes fleuries selon les populations et les conditions de culture. D&rsquo;autres lactones sesquiterp\u00e9niques ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es : la <strong>3\u03b2-hydroxyparth\u00e9nolide<\/strong>, le <strong>costunolide<\/strong>, la <strong>canine<\/strong>, l&rsquo;<strong>art\u00e9canine<\/strong>, la <strong>secotanapartholide A<\/strong>, la <strong>secotanapartholide B<\/strong> et plusieurs <strong>guaianolides<\/strong>. La <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> se caract\u00e9rise par un groupement \u03b1-m\u00e9thyl\u00e8ne-\u03b3-butyrolactone et une fonction \u00e9poxyde, tous deux essentiels \u00e0 son activit\u00e9 biologique.<\/p>\n<h3>B. Huile essentielle<\/h3>\n<p>Le rendement en huile essentielle varie de 0,02 \u00e0 0,5 % (v\/m). Les principaux compos\u00e9s sont le <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/camphre\/\">camphre<\/a><\/strong> (15-40 %), le <strong>chrysanth\u00e9nyl ac\u00e9tate<\/strong> (5-20 %), le <strong>camph\u00e8ne<\/strong>, le <strong>born\u00e9ol<\/strong>, le <strong>p-cym\u00e8ne<\/strong>, le <strong>trans-chrysanth\u00e9nol<\/strong>, le <strong>\u03b2-farn\u00e9s\u00e8ne<\/strong>, le <strong>germacr\u00e8ne D<\/strong> et le <strong>spathul\u00e9nol<\/strong>. La composition varie consid\u00e9rablement selon l&rsquo;origine g\u00e9ographique et le ch\u00e9motype. Des ch\u00e9motypes \u00e0 dominante camphre, \u00e0 dominante chrysanth\u00e9nyl ac\u00e9tate et \u00e0 dominante trans-chrysanth\u00e9nol ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits.<\/p>\n<h3>C. Flavono\u00efdes<\/h3>\n<p>Les flavono\u00efdes repr\u00e9sentent une classe secondaire importante : <strong>lut\u00e9oline<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/apigenine\/\">apig\u00e9nine<\/a><\/strong>, <strong>chryso\u00e9riol<\/strong>, ainsi que leurs glucosides et glucuronides. La <strong>tanetin<\/strong> (6-hydroxy-3,5,7,3&prime;,4&prime;-pentamethoxyflavone) est un flavono\u00efde m\u00e9thoxyl\u00e9 sp\u00e9cifique du genre <em>Tanacetum<\/em>. On note \u00e9galement la pr\u00e9sence de <strong>jac\u00e9idine<\/strong>, <strong>centaur\u00e9idine<\/strong> et <strong>santin<\/strong>.<\/p>\n<h3>D. Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p>Des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (acide caf\u00e9ique, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a>, acide 3,5-dicaf\u00e9oylquinique), des <strong>polyac\u00e9tyl\u00e8nes<\/strong> (pontica\u00e9poxyde) et des <strong>m\u00e9latonine<\/strong> (traces) ont aussi \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s. La pr\u00e9sence de <strong>pyr\u00e9thrine<\/strong> parfois mentionn\u00e9e dans la litt\u00e9rature ancienne est erron\u00e9e et r\u00e9sulte d&rsquo;une confusion avec <em>Tanacetum cinerariifolium<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Activit\u00e9 anti-inflammatoire et inhibition de NF-\u03baB<\/h3>\n<p>La <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> est un inhibiteur puissant du facteur de transcription <strong>NF-\u03baB<\/strong> (Nuclear Factor kappa-light-chain-enhancer of activated B cells). Son m\u00e9canisme repose sur l&rsquo;alkylation directe du r\u00e9sidu cyst\u00e9ine-38 de la sous-unit\u00e9 p65 (RelA) de NF-\u03baB, emp\u00eachant la liaison \u00e0 l&rsquo;ADN. Par ailleurs, la <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> inhibe l&rsquo;<strong>I\u03baB kinase \u03b2 (IKK\u03b2)<\/strong> en se liant \u00e0 la cyst\u00e9ine-179, bloquant ainsi la phosphorylation et la d\u00e9gradation de l&rsquo;inhibiteur I\u03baB\u03b1. Cette double inhibition entra\u00eene une suppression de la transcription des g\u00e8nes pro-inflammatoires codant pour les cytokines <strong>IL-1\u03b2<\/strong>, <strong>IL-6<\/strong>, <strong>TNF-\u03b1<\/strong>, les enzymes <strong>COX-2<\/strong> et <strong>iNOS<\/strong>, ainsi que les mol\u00e9cules d&rsquo;adh\u00e9sion <strong>ICAM-1<\/strong> et <strong>VCAM-1<\/strong>.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9 anti-migraineuse<\/h3>\n<p>L&rsquo;action anti-migraineuse implique plusieurs m\u00e9canismes compl\u00e9mentaires. La <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> inhibe la lib\u00e9ration de <strong>s\u00e9rotonine<\/strong> (5-HT) par les plaquettes sanguines en bloquant les groupements sulfhydryles membranaires. Elle r\u00e9duit la synth\u00e8se et la lib\u00e9ration de <strong>prostaglandines<\/strong> (PGE<sub>2<\/sub>, PGI<sub>2<\/sub>) par inhibition de la <strong>phospholipase A<sub>2<\/sub><\/strong> et de la <strong>cyclo-oxyg\u00e9nase (COX-1\/COX-2)<\/strong>. Elle diminue \u00e9galement la lib\u00e9ration de <strong>CGRP<\/strong> (Calcitonin Gene-Related Peptide) par les neurones trig\u00e9minaux, un neuropeptide vasodilatateur cl\u00e9 dans la physiopathologie de la migraine. Elle module enfin les canaux <strong>TRP<\/strong> (Transient Receptor Potential), en particulier le canal <strong>TRPA1<\/strong>, impliqu\u00e9 dans la nociception trig\u00e9minale.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 antiagr\u00e9gante plaquettaire<\/h3>\n<p>La <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> inhibe l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire induite par l&rsquo;ADP, le collag\u00e8ne, la thrombine et l&rsquo;acide arachidonique. Ce m\u00e9canisme passe par l&rsquo;inhibition de la <strong>thromboxane synthase<\/strong> et la neutralisation des groupements thiols des prot\u00e9ines plaquettaires impliqu\u00e9es dans la transduction du signal d&rsquo;activation.<\/p>\n<h3>D. Activit\u00e9 antitumorale<\/h3>\n<p>L&rsquo;inhibition de NF-\u03baB conf\u00e8re \u00e0 la <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> une activit\u00e9 pro-apoptotique sur diverses lign\u00e9es tumorales. Elle induit l&rsquo;apoptose par activation de la voie mitochondriale (lib\u00e9ration du cytochrome c, activation des <strong>caspases 3, 8 et 9<\/strong>), g\u00e9n\u00e9ration de <strong>d\u00e9riv\u00e9s r\u00e9actifs de l&rsquo;oxyg\u00e8ne (ROS)<\/strong> et d\u00e9pl\u00e9tion en <strong>glutathion<\/strong> intracellulaire. Des travaux pr\u00e9cliniques ont montr\u00e9 une activit\u00e9 sur les leuc\u00e9mies aigu\u00ebs my\u00e9lo\u00efdes, les cancers du sein, du c\u00f4lon et de la prostate, avec une s\u00e9lectivit\u00e9 pour les cellules souches leuc\u00e9miques \u00e9pargnant les cellules souches h\u00e9matopo\u00ef\u00e9tiques normales.<\/p>\n<h3>E. Activit\u00e9 antioxydante et cytoprotectrice<\/h3>\n<p>Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> de la grande camomille (lut\u00e9oline, apig\u00e9nine) contribuent \u00e0 une activit\u00e9 antioxydante par pi\u00e9geage des radicaux libres et ch\u00e9lation des ions m\u00e9talliques. La <strong>m\u00e9latonine<\/strong>, m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de traces, pourrait exercer un effet neuroprotecteur synergique.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>A. Essais cliniques dans la prophylaxie de la migraine<\/h3>\n<p>L&rsquo;essai clinique fondateur est celui de <strong>Johnson et al. (1985)<\/strong>, publi\u00e9 dans le <em>British Medical Journal<\/em>, un essai randomis\u00e9 en double aveugle contre placebo portant sur 17 patients migraineux qui consommaient d\u00e9j\u00e0 des feuilles fra\u00eeches de grande camomille. L&rsquo;arr\u00eat de la plante (groupe placebo) a entra\u00een\u00e9 une augmentation significative de la fr\u00e9quence et de l&rsquo;intensit\u00e9 des crises, confirmant l&rsquo;efficacit\u00e9 prophylactique.<\/p>\n<p>L&rsquo;essai de <strong>Murphy et al. (1988)<\/strong>, randomis\u00e9, en double aveugle, contre placebo, sur 72 patients, a montr\u00e9 une r\u00e9duction de 24 % de la fr\u00e9quence des crises de migraine et une diminution significative des naus\u00e9es et vomissements associ\u00e9s, sur une p\u00e9riode de 4 mois de traitement avec des capsules de feuilles s\u00e9ch\u00e9es contenant au minimum 0,2 % de <strong>parth\u00e9nolide<\/strong>.<\/p>\n<p>L&rsquo;essai de <strong>Pfaffenrath et al. (2002)<\/strong>, utilisant un extrait standardis\u00e9 de CO<sub>2<\/sub> supercritique (MIG-99) contenant 0,5 mg de <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> par dose, a montr\u00e9 une tendance \u00e0 la r\u00e9duction de la fr\u00e9quence des crises sans atteindre la significativit\u00e9 statistique sur l&rsquo;ensemble de la population, mais un effet significatif dans le sous-groupe des patients ayant plus de 4 crises par mois.<\/p>\n<p>L&rsquo;essai de <strong>Diener et al. (2005)<\/strong>, portant sur 170 patients avec le m\u00eame extrait MIG-99 \u00e0 la dose de 6,25 mg trois fois par jour, a confirm\u00e9 une r\u00e9duction significative de la fr\u00e9quence des crises de migraine par rapport au placebo (r\u00e9duction de 1,9 crises par mois contre 1,3 dans le groupe placebo, p = 0,0456).<\/p>\n<h3>B. M\u00e9ta-analyses et revues syst\u00e9matiques<\/h3>\n<p>La revue <strong>Cochrane<\/strong> de <strong>Pittler et Ernst (2004)<\/strong>, mise \u00e0 jour en 2015, a conclu que les donn\u00e9es disponibles sugg\u00e8rent un b\u00e9n\u00e9fice de la grande camomille dans la prophylaxie de la migraine, mais que l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des pr\u00e9parations et des protocoles rend difficile une conclusion d\u00e9finitive. L&rsquo;ESCOP et la Commission E allemande reconnaissent l&rsquo;usage de la grande camomille dans la prophylaxie de la migraine.<\/p>\n<h3>C. Autres indications explor\u00e9es<\/h3>\n<p>Des \u00e9tudes pr\u00e9liminaires ont explor\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de <em>T. parthenium<\/em> dans l&rsquo;arthrite rhumato\u00efde (r\u00e9sultats non concluants), les dysm\u00e9norrh\u00e9es (tradition d&rsquo;usage non valid\u00e9e par essais cliniques) et comme adjuvant en oncologie (phase pr\u00e9clinique uniquement).<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Parth\u00e9nolide<\/td>\n<td>Lactone sesquiterp\u00e9nique<\/td>\n<td>Antimigraineux (inhibe la s\u00e9rotonine plaquettaire)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavonols<\/td>\n<td>Anti-inflammatoires<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Huile essentielle (camphre)<\/td>\n<td>Terp\u00e8nes<\/td>\n<td>Aromatique<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<h3>A. Poudre de plante et g\u00e9lules<\/h3>\n<p>La forme la plus utilis\u00e9e en prophylaxie de la migraine est la <strong>poudre de parties a\u00e9riennes fleuries<\/strong> en g\u00e9lules, \u00e0 la posologie de 100 \u00e0 300 mg par jour en une ou deux prises, standardis\u00e9e \u00e0 un minimum de 0,2 % de <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> (soit 0,2 \u00e0 0,6 mg de parth\u00e9nolide par jour). Le traitement prophylactique doit \u00eatre poursuivi pendant au moins 4 \u00e0 6 semaines avant d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9, et id\u00e9alement pendant 3 \u00e0 4 mois.<\/p>\n<h3>B. Extrait sec standardis\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;extrait MIG-99 (extrait de CO<sub>2<\/sub> supercritique) est dos\u00e9 \u00e0 6,25 mg d&rsquo;extrait, trois fois par jour, pour un apport de 0,5 mg de <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> par prise. D&rsquo;autres extraits hydroalcooliques ou \u00e9thanoliques sont disponibles, standardis\u00e9s \u00e0 0,2-0,7 % de <strong>parth\u00e9nolide<\/strong>.<\/p>\n<h3>C. Teinture m\u00e8re<\/h3>\n<p>La teinture m\u00e8re hom\u00e9opathique (<em>Tanacetum parthenium<\/em> TM) est pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir de la plante fra\u00eeche enti\u00e8re r\u00e9colt\u00e9e en d\u00e9but de floraison. En phytoth\u00e9rapie, la teinture (1:5, \u00e9thanol 45-55 %) se prescrit \u00e0 raison de 30 \u00e0 60 gouttes, deux \u00e0 trois fois par jour.<\/p>\n<h3>D. Feuilles fra\u00eeches<\/h3>\n<p>L&rsquo;usage traditionnel anglais consiste \u00e0 m\u00e2cher 1 \u00e0 3 feuilles fra\u00eeches par jour (environ 50 \u00e0 150 mg) en pr\u00e9vention de la migraine. Cette forme pose le probl\u00e8me de la variabilit\u00e9 de la teneur en <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> et des ulc\u00e9rations buccales possibles.<\/p>\n<h3>E. Infusion<\/h3>\n<p>L&rsquo;infusion de parties a\u00e9riennes fleuries (1 \u00e0 2 g pour 150 ml d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infuser 10 \u00e0 15 minutes, 2 \u00e0 3 tasses par jour) est une forme traditionnelle mais non valid\u00e9e cliniquement pour la migraine, en raison de la faible solubilit\u00e9 aqueuse de la <strong>parth\u00e9nolide<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<h3>A. Toxicit\u00e9 aigu\u00eb et chronique<\/h3>\n<p>La toxicit\u00e9 aigu\u00eb de la grande camomille est faible. La DL<sub>50<\/sub> de la <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> par voie orale chez la souris n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 atteinte dans les \u00e9tudes disponibles (pas de mortalit\u00e9 \u00e0 500 mg\/kg). Les \u00e9tudes de toxicit\u00e9 chronique (6 mois chez le rat) n&rsquo;ont pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de toxicit\u00e9 d&rsquo;organe significative aux doses th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h3>B. Effets ind\u00e9sirables<\/h3>\n<p>Les effets ind\u00e9sirables rapport\u00e9s sont g\u00e9n\u00e9ralement b\u00e9nins : ulc\u00e9rations buccales et glossite lors de la mastication de feuilles fra\u00eeches (10-18 % des utilisateurs), troubles digestifs l\u00e9gers (naus\u00e9es, ballonnements, diarrh\u00e9e), dermatite de contact allergique chez les sujets sensibilis\u00e9s aux Ast\u00e9rac\u00e9es (r\u00e9action crois\u00e9e avec <em>Artemisia<\/em>, <em>Ambrosia<\/em>, <em>Chrysanthemum<\/em>). Un syndrome de sevrage mod\u00e9r\u00e9 (c\u00e9phal\u00e9es rebond, insomnie, raideurs articulaires) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat brutal apr\u00e8s un usage prolong\u00e9.<\/p>\n<h3>C. Contre-indications<\/h3>\n<p>La grande camomille est contre-indiqu\u00e9e pendant la <strong>grossesse<\/strong> en raison de l&rsquo;activit\u00e9 ut\u00e9rotonique et emm\u00e9nagogue document\u00e9e exp\u00e9rimentalement. Elle est contre-indiqu\u00e9e chez les patients pr\u00e9sentant une <strong>allergie connue aux Ast\u00e9rac\u00e9es<\/strong>. Elle est d\u00e9conseill\u00e9e chez l&rsquo;<strong>enfant de moins de 12 ans<\/strong> en l&rsquo;absence de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9. Elle est contre-indiqu\u00e9e chez les patients sous anticoagulants ou en pr\u00e9-op\u00e9ratoire en raison de l&rsquo;activit\u00e9 antiagr\u00e9gante plaquettaire.<\/p>\n<h3>D. Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Des interactions potentielles existent avec les <strong>anticoagulants<\/strong> (warfarine, h\u00e9parine) et les <strong>antiagr\u00e9gants plaquettaires<\/strong> (aspirine, clopidogrel) par addition d&rsquo;effet. La <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> est un substrat et un inhibiteur mod\u00e9r\u00e9 du <strong>CYP1A2<\/strong> et du <strong>CYP3A4<\/strong> in vitro, mais la pertinence clinique de ces interactions est incertaine aux doses th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<h3>A. Usages culinaires<\/h3>\n<p>La grande camomille n&rsquo;a pas d&rsquo;usage alimentaire \u00e9tabli en raison de son amertume prononc\u00e9e. Toutefois, les jeunes feuilles sont parfois ajout\u00e9es en tr\u00e8s petites quantit\u00e9s dans les salades compos\u00e9es ou les sandwichs en Angleterre, dans le cadre de l&rsquo;autom\u00e9dication anti-migraineuse. En herboristerie traditionnelle, elle entre dans la composition de certains \u00ab vins m\u00e9dicinaux \u00bb amers et de liqueurs digestives artisanales.<\/p>\n<h3>B. Traditions populaires<\/h3>\n<p>Dans la m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne, la grande camomille \u00e9tait employ\u00e9e comme <strong>f\u00e9brifuge<\/strong> (d&rsquo;o\u00f9 son nom anglais <em>feverfew<\/em>), <strong>emm\u00e9nagogue<\/strong> (pour provoquer les r\u00e8gles), <strong>vermifuge<\/strong>, <strong>tonique amer<\/strong> et <strong>antirhumatismal<\/strong>. En Angleterre, la tradition de m\u00e2cher les feuilles fra\u00eeches contre les maux de t\u00eate est document\u00e9e depuis le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Culpeper (1653) la recommandait contre \u00ab toute douleur de la t\u00eate \u00bb. En m\u00e9decine populaire fran\u00e7aise, elle \u00e9tait utilis\u00e9e en cataplasme contre les piq\u00fbres d&rsquo;insectes et en fumigations contre les \u00ab vapeurs \u00bb. Matthiole (XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) la pr\u00e9conisait contre les vertiges et la m\u00e9lancolie.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>La grande camomille joue un r\u00f4le \u00e9cologique notable dans les milieux anthropis\u00e9s. Ses capitules, abondamment fleuris en \u00e9t\u00e9, constituent une source de nectar et de pollen pour une entomofaune diversifi\u00e9e : syrphes (<em>Episyrphus balteatus<\/em>, <em>Syrphus ribesii<\/em>), abeilles solitaires (<em>Halictus<\/em> spp., <em>Lasioglossum<\/em> spp.), petits col\u00e9opt\u00e8res floricoles (<em>Oedemera nobilis<\/em>) et papillons diurnes. La plante s&rsquo;inscrit dans le cort\u00e8ge des esp\u00e8ces rud\u00e9rales qui assurent la continuit\u00e9 florale en milieu urbain pendant la p\u00e9riode estivale.<\/p>\n<p>Par son caract\u00e8re aromatique, elle exerce un effet r\u00e9pulsif sur certains insectes phytophages et est parfois utilis\u00e9e en jardinage biologique comme plante compagne. Ses propri\u00e9t\u00e9s insecticides sont toutefois nettement inf\u00e9rieures \u00e0 celles de la pyr\u00e8thre de Dalmatie (<em>Tanacetum cinerariifolium<\/em>). La colonisation des murs et des d\u00e9combres contribue \u00e0 la stabilisation des substrats et \u00e0 la biodiversit\u00e9 des milieux rupestres anthropiques.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<p>Plusieurs esp\u00e8ces sont fr\u00e9quemment confondues avec la grande camomille, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance d&rsquo;une identification rigoureuse :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Camomille romaine<\/strong> (<em>Chamaemelum nobile<\/em> (L.) All.) : plante plus basse (10-30 cm), rampante, \u00e0 feuilles bi- \u00e0 tripennatis\u00e9qu\u00e9es \u00e0 segments tr\u00e8s fins, filiformes. Le r\u00e9ceptacle est plein et conique. L&rsquo;odeur est sucr\u00e9e, fruit\u00e9e, non camphr\u00e9e. La camomille romaine est riche en esters d&rsquo;ang\u00e9late et de tiglate, non en <strong>parth\u00e9nolide<\/strong>.<\/li>\n<li><strong>Matricaire<\/strong> (<em>Matricaria chamomilla<\/em> L., syn. <em>M. recutita<\/em> L.) : plante annuelle, glabre, \u00e0 feuilles bi- \u00e0 tripennatis\u00e9qu\u00e9es \u00e0 segments filiformes. Le r\u00e9ceptacle est creux et conique (crit\u00e8re diagnostique majeur). L&rsquo;odeur est aromatique, sucr\u00e9e. Elle est riche en <strong>\u03b1-<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/bisabolol\/\">bisabolol<\/a><\/strong> et en <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/chamazulene\/\">chamazul\u00e8ne<\/a><\/strong>, absents chez la grande camomille.<\/li>\n<li><strong>Tanaisie commune<\/strong> (<em>Tanacetum vulgare<\/em> L.) : plante plus grande (60-150 cm), \u00e0 feuilles pennatis\u00e9qu\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res, \u00e0 capitules en boutons jaunes sans ligules (ou ligules tr\u00e8s courtes). L&rsquo;odeur est camphr\u00e9e, plus piquante. Elle contient de la <strong>thuyone<\/strong>, neurotoxique.<\/li>\n<li><strong>Marguerite commune<\/strong> (<em>Leucanthemum vulgare<\/em> Lam.) : capitules plus grands (3-6 cm), solitaires, \u00e0 feuilles simples, spatul\u00e9es, dent\u00e9es, non d\u00e9coup\u00e9es. Pas d&rsquo;odeur aromatique notable.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La distinction repose sur l&rsquo;examen des feuilles (bipennatipartites \u00e0 lobes larges et dent\u00e9s chez <em>T. parthenium<\/em>, versus segments filiformes chez <em>Matricaria<\/em> et <em>Chamaemelum<\/em>), l&rsquo;odeur (camphr\u00e9e et am\u00e8re chez la grande camomille), la morphologie du r\u00e9ceptacle et le profil chimique.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La grande camomille, <em>Tanacetum parthenium<\/em>, est l&rsquo;une des rares plantes m\u00e9dicinales europ\u00e9ennes dont l&rsquo;usage traditionnel dans la prophylaxie de la migraine a \u00e9t\u00e9 confort\u00e9 par des essais cliniques randomis\u00e9s et par l&rsquo;\u00e9lucidation de m\u00e9canismes pharmacologiques mol\u00e9culaires pr\u00e9cis. La <strong>parth\u00e9nolide<\/strong>, lactone sesquiterp\u00e9nique de type germacranolide, est le principe actif majeur, agissant comme inhibiteur direct du facteur de transcription NF-\u03baB et modulateur de la lib\u00e9ration plaquettaire de s\u00e9rotonine.<\/p>\n<p>La standardisation des pr\u00e9parations \u00e0 un minimum de 0,2 % de <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> est une condition sine qua non de l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique, ce qui exclut les formes gal\u00e9niques aqueuses (infusions) et certains cultivars ornementaux appauvris. Le profil de s\u00e9curit\u00e9 est globalement favorable, avec comme principale r\u00e9serve la contre-indication pendant la grossesse et le risque allergique chez les sujets sensibilis\u00e9s aux Ast\u00e9rac\u00e9es.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la migraine, les perspectives ouvertes par l&rsquo;inhibition de NF-\u03baB \u2014 en oncologie, en rhumatologie et en neurologie \u2014 font de la <strong>parth\u00e9nolide<\/strong> un compos\u00e9 chef de file (<em>lead compound<\/em>) prometteur, dont les d\u00e9riv\u00e9s h\u00e9mi-synth\u00e9tiques (dim\u00e9thylaminoparth\u00e9nolide, DMAPT) sont actuellement en d\u00e9veloppement pr\u00e9clinique avanc\u00e9. La grande camomille incarne ainsi la d\u00e9marche pharmacognosique moderne : de l&rsquo;observation ethnobotanique \u00e0 la cible mol\u00e9culaire, en passant par la validation clinique.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton, J. (2016). <em>Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5<sup>e<\/sup> \u00e9dition. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc.<\/li>\n<li>Tison, J.-M. &amp; de Foucault, B. (2014). <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>. M\u00e8ze : Biotope \u00c9ditions.<\/li>\n<li>ESCOP (2009). <em>ESCOP Monographs<\/em>, 2<sup>nd<\/sup> edition, Supplement 2009. Tanaceti parthenii herba. Stuttgart : Thieme.<\/li>\n<li>Johnson, E.S., Kadam, N.P., Hylands, D.M. &amp; Hylands, P.J. (1985). Efficacy of feverfew as prophylactic treatment of migraine. <em>British Medical Journal<\/em>, 291, 569-573.<\/li>\n<li>Murphy, J.J., Heptinstall, S. &amp; Mitchell, J.R.A. (1988). Randomised double-blind placebo-controlled trial of feverfew in migraine prevention. <em>The Lancet<\/em>, 332(8604), 189-192.<\/li>\n<li>Diener, H.C., Pfaffenrath, V., Schnitker, J., Friede, M. &amp; Henneicke-von Zepelin, H.H. (2005). Efficacy and safety of 6.25 mg t.i.d. feverfew CO<sub>2<\/sub>-extract (MIG-99) in migraine prevention \u2014 a randomized, double-blind, multicentre, placebo-controlled study. <em>Cephalalgia<\/em>, 25(11), 1031-1041.<\/li>\n<li>Pittler, M.H. &amp; Ernst, E. (2004). Feverfew for preventing migraine. <em>Cochrane Database of Systematic Reviews<\/em>, (1), CD002286.<\/li>\n<li>Kwok, B.H., Koh, B., Ndubuisi, M.I., Elofsson, M. &amp; Bhatt, R.N. (2001). The anti-inflammatory natural product parthenolide from the medicinal herb Feverfew directly binds to and inhibits I\u03baB kinase. <em>Chemistry &amp; Biology<\/em>, 8(8), 759-766.<\/li>\n<li>Pareek, A., Suthar, M., Rathore, G.S. &amp; Bansal, V. (2011). Feverfew (<em>Tanacetum parthenium<\/em> L.): A systematic review. <em>Pharmacognosy Reviews<\/em>, 5(9), 103-110.<\/li>\n<li>Wichtl, M. (dir.) (2004). <em>Herbal Drugs and Phytopharmaceuticals<\/em>. 3<sup>rd<\/sup> edition. Stuttgart : Medpharm Scientific Publishers.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, 11<sup>e<\/sup> \u00e9dition (2023). Monographie \u00ab Tanaisie (grande camomille) \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Antimigraineux (pr\u00e9vention)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les Ast\u00e9rac\u00e9es d&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00e9dicinal, la grande camomille (Tanacetum parthenium (L.) Sch.Bip.) occupe une place singuli\u00e8re \u00e0 la crois\u00e9e de la tradition herboriste europ\u00e9enne et [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[56],"tags":[],"class_list":["post-8832","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-asteracees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8832","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8832"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8832\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14336,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8832\/revisions\/14336"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8832"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8832"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8832"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}