{"id":8835,"date":"2026-04-23T11:46:52","date_gmt":"2026-04-23T09:46:52","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/figuier-commun\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:10","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:10","slug":"figuier-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/figuier-commun\/","title":{"rendered":"FIGUIER COMMUN"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Figuier%20commun.jpg\" alt=\"Planche botanique Figuier commun\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Le figuier commun, <em>Ficus carica<\/em> L., est l&rsquo;une des plus anciennes esp\u00e8ces fruiti\u00e8res domestiqu\u00e9es par l&rsquo;homme, avec des traces arch\u00e9obotaniques remontant \u00e0 plus de 11 000 ans dans la vall\u00e9e du Jourdain. Arbre embl\u00e9matique du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en, il s&rsquo;inscrit dans un paysage culturel et pharmacognosique d&rsquo;une richesse consid\u00e9rable, aux confins de la botanique, de la m\u00e9decine traditionnelle et de la nutrition. Sa silhouette noueuse et ses larges feuilles palmatilob\u00e9es sont indissociables des garrigues calcaires, des restanques proven\u00e7ales et des jardins m\u00e9ridionaux o\u00f9 il prosp\u00e8re depuis des mill\u00e9naires, tant\u00f4t cultiv\u00e9 pour ses fruits sucr\u00e9s, tant\u00f4t employ\u00e9 pour les vertus th\u00e9rapeutiques de son latex, de ses feuilles ou de ses bourgeons.<\/p>\n<p>Du point de vue pharmacognosique, <em>Ficus carica<\/em> pr\u00e9sente un profil phytochimique pluriel qui justifie la diversit\u00e9 de ses usages traditionnels et contemporains. Le latex, riche en enzymes prot\u00e9olytiques du groupe des ficines, poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s k\u00e9ratolytiques exploit\u00e9es en dermatologie populaire contre les verrues. Les feuilles renferment des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/furocoumarines\/\">furocoumarines<\/a> responsables d&rsquo;une phototoxicit\u00e9 bien document\u00e9e, mais aussi des flavono\u00efdes et des acides ph\u00e9noliques aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes. Les bourgeons, utilis\u00e9s en gemmoth\u00e9rapie, sont r\u00e9put\u00e9s pour leur action r\u00e9gulatrice sur l&rsquo;axe corticotrope et le syst\u00e8me nerveux autonome, tandis que les fruits constituent une source nutritionnelle remarquable en fibres, sucres simples, min\u00e9raux et <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a>. Cette monographie se propose d&rsquo;explorer l&rsquo;ensemble de ces facettes avec la rigueur exig\u00e9e par la pharmacognosie contemporaine.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><em>Ficus carica<\/em> L. appartient \u00e0 la famille des <strong>Moraceae<\/strong> (Morac\u00e9es), ordre des Rosales, clade des Rosid\u00e9es. Le genre <em>Ficus<\/em> L. est l&rsquo;un des plus vastes du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal, comptant environ 850 esp\u00e8ces majoritairement tropicales et subtropicales. <em>Ficus carica<\/em> est la seule esp\u00e8ce du genre naturellement pr\u00e9sente dans la zone temp\u00e9r\u00e9e chaude du bassin m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<h3>A. Position syst\u00e9matique<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<\/li>\n<li><strong>Clade :<\/strong> Angiospermes, Eudicotyl\u00e9dones, Rosid\u00e9es<\/li>\n<li><strong>Ordre :<\/strong> Rosales<\/li>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Moraceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Ficus<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Ficus carica<\/em> L., 1753<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. \u00c9tymologie<\/h3>\n<p>Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Ficus<\/em> d\u00e9rive directement du latin classique <em>ficus<\/em>, d\u00e9signant \u00e0 la fois l&rsquo;arbre et son fruit, lui-m\u00eame probablement emprunt\u00e9 \u00e0 une langue pr\u00e9-indo-europ\u00e9enne du Proche-Orient. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te sp\u00e9cifique <em>carica<\/em> renvoie \u00e0 la Carie, ancienne r\u00e9gion d&rsquo;Asie Mineure (sud-ouest de la Turquie actuelle), consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;un des foyers de domestication de l&rsquo;esp\u00e8ce. En fran\u00e7ais, on emploie les noms vernaculaires de <strong>figuier commun<\/strong>, <strong>figuier domestique<\/strong> ou simplement <strong>figuier<\/strong>. En occitan, il est nomm\u00e9 <em>figui\u00e8r<\/em> ou <em>figui\u00e8ra<\/em>.<\/p>\n<h3>C. Sous-esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<p>On distingue traditionnellement deux formes botaniques principales. La forme sauvage, <em>Ficus carica<\/em> var. <em>caprificus<\/em> Risso (caprifiguier), produit des figues non comestibles et abrite le pollinisateur sp\u00e9cifique <em>Blastophaga psenes<\/em> L. La forme cultiv\u00e9e, <em>Ficus carica<\/em> var. <em>domestica<\/em>, regroupe plusieurs centaines de cultivars s\u00e9lectionn\u00e9s pour la qualit\u00e9 de leurs fruits. Parmi les cultivars les plus r\u00e9pandus en France, on citera la &lsquo;Violette de Solli\u00e8s&rsquo;, la &lsquo;Ronde de Bordeaux&rsquo;, la &lsquo;Blanche d&rsquo;Argenteuil&rsquo;, la &lsquo;Bourjassotte noire&rsquo; et la &lsquo;Dauphine&rsquo;. Le polymorphisme vari\u00e9tal est consid\u00e9rable, tant pour la morphologie du fruit (couleur, taille, forme) que pour la biologie florale (vari\u00e9t\u00e9s unif\u00e8res ou bif\u00e8res, caprifigation n\u00e9cessaire ou non).<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p><em>Ficus carica<\/em> est un arbre ou grand arbuste caducifoli\u00e9 pouvant atteindre 5 \u00e0 10 m de hauteur, exceptionnellement 15 m dans des conditions optimales. Le port est \u00e9tal\u00e9, souvent plus large que haut, avec une cime irr\u00e9guli\u00e8re et arrondie. Le tronc, g\u00e9n\u00e9ralement court et tortueux, se ramifie rapidement en branches ma\u00eetresses puissantes. L&rsquo;\u00e9corce est lisse, gris clair \u00e0 gris argent\u00e9, marqu\u00e9e de lenticelles bien visibles. La croissance sympodiale conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;arbre une architecture caract\u00e9ristique, avec des rameaux \u00e9pais, peu nombreux et cassants. L&rsquo;ensemble de la plante renferme un latex blanc abondant, visible \u00e0 la moindre blessure des tissus.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> les rameaux de l&rsquo;ann\u00e9e sont vigoureux, verts puis gris\u00e2tres, pubescents, marqu\u00e9s de cicatrices foliaires pro\u00e9minentes en forme de fer \u00e0 cheval. Les bourgeons terminaux sont coniques, volumineux (1-2 cm), prot\u00e9g\u00e9s par deux stipules engainantes caduques. Le bois est tendre, \u00e0 moelle abondante, pauvre en tanins, ce qui le rend peu r\u00e9sistant aux agents pathog\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> les feuilles sont alternes, simples, de grande taille (10-25 cm de long sur 10-20 cm de large), palmatilob\u00e9es \u00e0 3-5(-7) lobes profonds, plus rarement enti\u00e8res sur certains cultivars. Le limbe est \u00e9pais, coriace, \u00e0 face sup\u00e9rieure vert fonc\u00e9 et rugueuse au toucher (pr\u00e9sence de cystolithes calcifi\u00e9s dans les cellules \u00e9pidermiques), \u00e0 face inf\u00e9rieure plus claire, finement pubescente. La nervation est palm\u00e9e, avec des nervures secondaires bien saillantes sur la face inf\u00e9rieure. Le p\u00e9tiole est robuste, long de 3 \u00e0 8 cm, cylindrique, pubescent, contenant du latex. Les stipules sont grandes, membraneuses, caduques, laissant une cicatrice annulaire caract\u00e9ristique sur le rameau.<\/p>\n<p><strong>Racines :<\/strong> le syst\u00e8me racinaire est puissant, tra\u00e7ant et profond \u00e0 la fois, capable de s&rsquo;insinuer dans les anfractuosit\u00e9s rocheuses et les interstices des murs, ce qui explique la capacit\u00e9 du figuier \u00e0 coloniser les substrats les plus ingrats. Les racines principales peuvent s&rsquo;\u00e9tendre lat\u00e9ralement sur plusieurs m\u00e8tres et descendre \u00e0 plus de 5 m de profondeur dans les terrains meubles. Cette architecture racinaire conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce une remarquable r\u00e9sistance \u00e0 la s\u00e9cheresse estivale.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> la structure reproductive du figuier est un sycone (ou figue), r\u00e9ceptacle charnu, piriforme, creux, tapiss\u00e9 int\u00e9rieurement de fleurs unisexu\u00e9es. Le sycone constitue une inflorescence involucre, ferm\u00e9e, ne communiquant avec l&rsquo;ext\u00e9rieur que par un petit orifice apical, l&rsquo;ostiole, obtur\u00e9 par des bract\u00e9es imbriqu\u00e9es. Cette structure est unique dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal et intimement li\u00e9e \u00e0 la biologie du pollinisateur.<\/p>\n<p><strong>Fleurs :<\/strong> les fleurs sont minuscules, unisexu\u00e9es, ap\u00e9tales. Les fleurs femelles sont de deux types : les fleurs femelles \u00e0 style long (longistyl\u00e9es), qui donneront les ak\u00e8nes apr\u00e8s f\u00e9condation, et les fleurs femelles \u00e0 style court (br\u00e9vistyl\u00e9es), dites \u00ab fleurs-galles \u00bb, dans lesquelles le <em>Blastophaga psenes<\/em> d\u00e9pose ses \u0153ufs. Les fleurs m\u00e2les sont regroup\u00e9es pr\u00e8s de l&rsquo;ostiole et poss\u00e8dent 1 \u00e0 5 \u00e9tamines. Chez les cultivars parth\u00e9nocarpiques (la majorit\u00e9 des vari\u00e9t\u00e9s cultiv\u00e9es en France), la fructification se produit sans pollinisation ni f\u00e9condation.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> au sens botanique, le fruit est un sycone charnu renfermant de nombreux ak\u00e8nes. Le sycone m\u00fbr est piriforme \u00e0 sph\u00e9rique, de 3 \u00e0 8 cm de diam\u00e8tre selon les cultivars, \u00e0 peau fine de couleur verte, jaune, violette ou noire selon les vari\u00e9t\u00e9s. La pulpe est sucr\u00e9e, juteuse, de couleur blanche, ros\u00e9e ou rouge, parsem\u00e9e d&rsquo;ak\u00e8nes croquants. Les vari\u00e9t\u00e9s bif\u00e8res produisent une premi\u00e8re r\u00e9colte en juin-juillet (figues-fleurs, form\u00e9es sur le bois de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente) et une seconde en ao\u00fbt-octobre (figues d&rsquo;automne, sur le bois de l&rsquo;ann\u00e9e).<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> la floraison, invisible car int\u00e9rieure au sycone, s&rsquo;\u00e9tale d&rsquo;avril \u00e0 septembre selon les r\u00e9coltes.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie et biologie reproductive<\/h3>\n<p>Le d\u00e9bourrement intervient tardivement au printemps (avril-mai), ce qui prot\u00e8ge partiellement le figuier des gel\u00e9es printani\u00e8res. La chute des feuilles survient en octobre-novembre. La biologie reproductive du figuier est intimement li\u00e9e au mutualisme avec le Blastophage (<em>Blastophaga psenes<\/em> L.), hym\u00e9nopt\u00e8re Agaonidae qui assure la pollinisation en p\u00e9n\u00e9trant dans le sycone par l&rsquo;ostiole. Ce mutualisme, vieux de plus de 80 millions d&rsquo;ann\u00e9es, constitue l&rsquo;un des exemples les plus remarquables de co\u00e9volution plante-insecte. Toutefois, la grande majorit\u00e9 des cultivars modernes sont parth\u00e9nocarpiques et ne n\u00e9cessitent pas l&rsquo;intervention du pollinisateur pour produire des figues comestibles.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p><em>Ficus carica<\/em> est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile, thermophile et x\u00e9rophile, caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9tage thermo-m\u00e9diterran\u00e9en et m\u00e9so-m\u00e9diterran\u00e9en. Il affectionne les substrats calcaires, rocheux, bien drain\u00e9s, mais tol\u00e8re une grande diversit\u00e9 de sols pourvu qu&rsquo;ils ne soient pas engorg\u00e9s en eau. On le rencontre typiquement dans les \u00e9boulis, les falaises, les vieux murs, les ripisylves m\u00e9diterran\u00e9ennes et les frutic\u00e9es thermophiles. Il supporte des temp\u00e9ratures minimales de l&rsquo;ordre de -10 \u00e0 -15 \u00b0C selon les cultivars, mais les parties a\u00e9riennes g\u00e8lent \u00e0 partir de -8 \u00b0C environ, le pied pouvant rejeter de souche.<\/p>\n<h3>B. Distribution g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;aire d&rsquo;origine de <em>Ficus carica<\/em> englobe le bassin m\u00e9diterran\u00e9en oriental, de la Turquie \u00e0 l&rsquo;Iran, en passant par le Levant et le Caucase. L&rsquo;esp\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t par l&rsquo;homme dans l&rsquo;ensemble du bassin m\u00e9diterran\u00e9en, puis dans toutes les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es chaudes du globe (Californie, Am\u00e9rique du Sud, Australie, Afrique du Sud). En France, le figuier est spontan\u00e9 ou subspontan\u00e9 dans tout le Midi : Provence, Languedoc, Roussillon, Corse, c\u00f4te basque, basse vall\u00e9e du Rh\u00f4ne. Il est cultiv\u00e9 et parfois naturalis\u00e9 plus au nord, jusque dans le Bassin parisien (o\u00f9 des pieds persistent sur les quais de Seine) et m\u00eame en Bretagne littorale gr\u00e2ce \u00e0 la douceur oc\u00e9anique. Les principaux bassins de production fran\u00e7ais se situent dans le Var (Solli\u00e8s-Pont, capitale fran\u00e7aise de la figue) et les Bouches-du-Rh\u00f4ne.<\/p>\n<h3>C. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>Dans son habitat naturel m\u00e9diterran\u00e9en, <em>Ficus carica<\/em> participe aux groupements de l&rsquo;alliance du <em>Oleo-Ceratonion<\/em> et du <em>Quercion ilicis<\/em>. Il est fr\u00e9quent dans les ripisylves thermophiles \u00e0 <em>Populus alba<\/em>, <em>Salix alba<\/em> et <em>Vitex agnus-castus<\/em>, ainsi que dans les frutic\u00e9es rupicoles \u00e0 <em>Capparis spinosa<\/em>, <em>Pistacia lentiscus<\/em> et <em>Rubus ulmifolius<\/em>. En milieu anthropis\u00e9, il colonise les murs, les ruines et les zones rud\u00e9rales, souvent en compagnie d&rsquo;<em>Ailanthus altissima<\/em>, de <em>Parietaria judaica<\/em> et de <em>Centranthus ruber<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Plusieurs parties du figuier pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique ou nutritionnel distinct :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Bourgeons frais :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9s au printemps (mars-avril), au stade de d\u00e9bourrement, pour la pr\u00e9paration du mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 de gemmoth\u00e9rapie. Ils sont mis en mac\u00e9ration dans un m\u00e9lange eau-alcool-glyc\u00e9rine imm\u00e9diatement apr\u00e8s la r\u00e9colte.<\/li>\n<li><strong>Feuilles :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9es en pleine v\u00e9g\u00e9tation (juin-ao\u00fbt), s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ombre dans un local ventil\u00e9 \u00e0 une temp\u00e9rature ne d\u00e9passant pas 40 \u00b0C. La drogue s\u00e8che doit \u00eatre conserv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re en raison de la photosensibilit\u00e9 des furocoumarines.<\/li>\n<li><strong>Latex :<\/strong> exsud\u00e9 par incision de toute partie verte de la plante, utilis\u00e9 frais, en application locale. Il ne se conserve pas et doit \u00eatre employ\u00e9 extemporan\u00e9ment.<\/li>\n<li><strong>Fruits (figues) :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9s \u00e0 maturit\u00e9 compl\u00e8te pour la consommation fra\u00eeche ou s\u00e9ch\u00e9s au soleil ou en \u00e9tuve (50-60 \u00b0C) pour la conservation. Les figues s\u00e8ches constituent une drogue officinale mineure (laxatif doux).<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le profil phytochimique de <em>Ficus carica<\/em> varie consid\u00e9rablement selon l&rsquo;organe consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<h3>A. Latex<\/h3>\n<p>Le latex blanc et irritant du figuier contient principalement des <strong>enzymes prot\u00e9olytiques \u00e0 cyst\u00e9ine<\/strong>, collectivement d\u00e9sign\u00e9es sous le nom de <strong>ficines<\/strong> (ficine A, ficine B, ficine C, ficine D). Ces endopeptidases, apparent\u00e9es \u00e0 la papa\u00efne et \u00e0 la brom\u00e9la\u00efne, poss\u00e8dent une activit\u00e9 prot\u00e9asique puissante optimale \u00e0 pH 6-7. Le latex renferme \u00e9galement des <strong>lipases<\/strong>, des <strong>amylases<\/strong>, des <strong>furocoumarines<\/strong> (<strong>psoral\u00e8ne<\/strong>, <strong>bergapt\u00e8ne<\/strong>, <strong>xanthotoxine<\/strong>) et du <strong>caoutchouc<\/strong> (cis-1,4-polyisopr\u00e8ne) en faible quantit\u00e9.<\/p>\n<h3>B. Feuilles<\/h3>\n<p>Les feuilles sont particuli\u00e8rement riches en <strong>furocoumarines lin\u00e9aires<\/strong> : <strong>psoral\u00e8ne<\/strong> (7H-furo[3,2-g]chrom\u00e9n-7-one), <strong>bergapt\u00e8ne<\/strong> (5-m\u00e9thoxypsoral\u00e8ne, 5-MOP), <strong>xanthotoxine<\/strong> (8-m\u00e9thoxypsoral\u00e8ne, 8-MOP) et <strong>isopimpinelline<\/strong> (5,8-dim\u00e9thoxypsoral\u00e8ne). On y trouve \u00e9galement des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> : <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>-3-O-rutinoside), <strong>isoquercitrine<\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol-3-O-glucoside<\/strong>, des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong>, <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong>, <strong>acide f\u00e9rulique<\/strong>), des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/coumarines\/\">coumarines<\/a> simples<\/strong> (<strong>ombellif\u00e9rone<\/strong>, <strong>scopol\u00e9tine<\/strong>) et des <strong>st\u00e9rols<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">\u03b2-sitost\u00e9rol<\/a><\/strong>, <strong>stigmast\u00e9rol<\/strong>). Les feuilles contiennent aussi des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a><\/strong> pentacycliques, notamment l&rsquo;<strong>acide ol\u00e9anolique<\/strong> et l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-ursolique\/\">acide ursolique<\/a><\/strong>.<\/p>\n<h3>C. Fruits<\/h3>\n<p>Les figues fra\u00eeches contiennent 12 \u00e0 23 % de sucres (principalement <strong>glucose<\/strong> et <strong>fructose<\/strong> en proportions quasi \u00e9gales), 2 \u00e0 3 % de fibres (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pectines\/\">pectines<\/a>, cellulose, h\u00e9micellulose), des <strong>anthocyanes<\/strong> dans les vari\u00e9t\u00e9s \u00e0 peau sombre (<strong>cyanidine-3-O-rutinoside<\/strong>, <strong>cyanidine-3-O-glucoside<\/strong>), des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong>, des <strong>acides organiques<\/strong> (<strong>acide citrique<\/strong>, <strong>acide malique<\/strong>), des <strong>min\u00e9raux<\/strong> (potassium 230 mg\/100 g, calcium 35 mg\/100 g, magn\u00e9sium 17 mg\/100 g), des <strong>vitamines<\/strong> (B1, B6, C en faible quantit\u00e9) et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/carotenoides\/\">carot\u00e9no\u00efdes<\/a><\/strong> (<strong>lut\u00e9ine<\/strong>, <strong>\u03b2-carot\u00e8ne<\/strong>). Les figues s\u00e8ches concentrent ces compos\u00e9s d&rsquo;un facteur 3 \u00e0 4.<\/p>\n<h3>D. Bourgeons<\/h3>\n<p>Le bourgeon de figuier, employ\u00e9 en gemmoth\u00e9rapie, renferme un totum de compos\u00e9s issus des diff\u00e9rents tissus embryonnaires : <strong>acides amin\u00e9s<\/strong>, <strong>phytohormones<\/strong> (auxines, gibb\u00e9rellines, cytokinines), <strong>enzymes<\/strong>, <strong>flavono\u00efdes<\/strong>, <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> et <strong>traces de furocoumarines<\/strong>. La composition exacte reste incompl\u00e8tement caract\u00e9ris\u00e9e par la litt\u00e9rature scientifique, ce qui constitue une limite \u00e9pist\u00e9mologique de la gemmoth\u00e9rapie.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Action k\u00e9ratolytique et antivirale du latex<\/h3>\n<p>Les <strong>ficines<\/strong> exercent une prot\u00e9olyse des k\u00e9ratines \u00e9pidermiques, ce qui explique l&rsquo;usage traditionnel du latex frais sur les verrues cutan\u00e9es. Cette action k\u00e9ratolytique est potentialis\u00e9e par les <strong>furocoumarines<\/strong> qui, sous l&rsquo;effet des UV, forment des adduits covalents avec l&rsquo;ADN pyrimidinique (pontages interbrins), inhibant ainsi la r\u00e9plication cellulaire et potentiellement la r\u00e9plication virale du HPV. Des \u00e9tudes in vitro ont montr\u00e9 une activit\u00e9 cytotoxique du latex sur diff\u00e9rentes lign\u00e9es cellulaires, impliquant l&rsquo;activation de la voie apoptotique mitochondriale (caspases 3 et 9).<\/p>\n<h3>B. Action r\u00e9gulatrice neuro-digestive des bourgeons<\/h3>\n<p>La gemmoth\u00e9rapie attribue au mac\u00e9rat de bourgeons de figuier une action r\u00e9gulatrice de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-corticosurr\u00e9nalien (axe HPA), avec un effet normalisateur sur la s\u00e9cr\u00e9tion de <strong>cortisol<\/strong>. Le m\u00e9canisme mol\u00e9culaire pr\u00e9cis n&rsquo;est pas \u00e9lucid\u00e9, mais l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une modulation GABAergique via les flavono\u00efdes (analogues structuraux des benzodiaz\u00e9pines au niveau du r\u00e9cepteur GABA<sub>A<\/sub>) est avanc\u00e9e par certains auteurs. L&rsquo;action sur la motilit\u00e9 gastro-intestinale impliquerait une r\u00e9gulation du syst\u00e8me nerveux ent\u00e9rique, avec un tropisme particulier pour le plexus myent\u00e9rique d&rsquo;Auerbach.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9s antioxydante et anti-inflammatoire<\/h3>\n<p>Les <strong>polyph\u00e9nols<\/strong> des feuilles et des fruits exercent une activit\u00e9 antioxydante par pi\u00e9geage des radicaux libres (DPPH, ABTS) et ch\u00e9lation des ions m\u00e9talliques. Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (rutine, querc\u00e9tine) inhibent les enzymes pro-inflammatoires <strong>COX-2<\/strong> et <strong>5-LOX<\/strong>, r\u00e9duisent l&rsquo;expression du facteur nucl\u00e9aire <strong>NF-\u03baB<\/strong> et diminuent la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-\u03b1, IL-1\u03b2, IL-6). L&rsquo;<strong>acide ol\u00e9anolique<\/strong> des feuilles active la voie <strong>Nrf2\/ARE<\/strong>, stimulant l&rsquo;expression des enzymes antioxydantes endog\u00e8nes (SOD, catalase, glutathion peroxydase).<\/p>\n<h3>D. Action hypoglyc\u00e9miante<\/h3>\n<p>Des \u00e9tudes sur mod\u00e8les animaux diab\u00e9tiques ont montr\u00e9 que l&rsquo;extrait aqueux de feuilles de figuier r\u00e9duit la glyc\u00e9mie post-prandiale, possiblement par inhibition de l&rsquo;<strong>\u03b1-glucosidase<\/strong> intestinale et stimulation de la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;<strong>insuline<\/strong> par les cellules \u03b2 pancr\u00e9atiques. Les <strong>furocoumarines<\/strong> pourraient y contribuer via une potentialisation de la sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;insuline au niveau du r\u00e9cepteur INSR.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Laxatif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Stomachique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>A. Gemmoth\u00e9rapie<\/h3>\n<p>Le mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 de bourgeons de <em>Ficus carica<\/em> est l&rsquo;un des pr\u00e9parations les plus prescrites en gemmoth\u00e9rapie. La tradition d&rsquo;usage, consolid\u00e9e par les travaux du D<sup>r<\/sup> Pol Henry (fondateur de la phytembryoth\u00e9rapie) et de Max T\u00e9tau, lui attribue une efficacit\u00e9 dans les troubles fonctionnels digestifs (gastrite, reflux gastro-\u0153sophagien, colopathie fonctionnelle), les troubles du sommeil, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et les manifestations psychosomatiques. Toutefois, aucun essai clinique randomis\u00e9 contr\u00f4l\u00e9 de qualit\u00e9 m\u00e9thodologique suffisante n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 ce jour pour confirmer ces indications avec un niveau de preuve \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<h3>B. Feuilles et glyc\u00e9mie<\/h3>\n<p>Un essai clinique (Serraclara et al., 1998) men\u00e9 sur 10 patients diab\u00e9tiques de type 1 a montr\u00e9 qu&rsquo;une d\u00e9coction de feuilles de figuier, administr\u00e9e pendant un mois en compl\u00e9ment de l&rsquo;insulinoth\u00e9rapie, r\u00e9duisait significativement la dose d&rsquo;insuline n\u00e9cessaire et am\u00e9liorait le profil glyc\u00e9mique post-prandial. La taille r\u00e9duite de l&rsquo;\u00e9chantillon et l&rsquo;absence de groupe placebo limitent cependant la port\u00e9e de ces r\u00e9sultats.<\/p>\n<h3>C. Latex et verrues<\/h3>\n<p>Plusieurs \u00e9tudes ouvertes et une \u00e9tude contr\u00f4l\u00e9e (Bohlooli et al., 2012) ont \u00e9valu\u00e9 l&rsquo;application topique de latex de figuier sur les verrues vulgaires, montrant un taux de r\u00e9solution comparable \u00e0 celui de la cryoth\u00e9rapie, avec moins d&rsquo;effets secondaires. Le latex a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 deux fois par jour pendant deux semaines. Le niveau de preuve reste mod\u00e9r\u00e9 en raison du faible nombre de patients inclus.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Enzymes prot\u00e9olytiques \u00e0 cyst\u00e9ine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ficines<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lipases<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Amylases<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Furocoumarines<\/td>\n<td>Coumarine<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 de bourgeons (gemmoth\u00e9rapie) :<\/strong> mac\u00e9rat-m\u00e8re concentr\u00e9 (1DH ou 1D selon les fabricants). Posologie usuelle : 5 \u00e0 15 gouttes par jour en sublingual, pur ou dilu\u00e9 dans un peu d&rsquo;eau, 15 minutes avant les repas. En pratique courante, on d\u00e9bute \u00e0 5 gouttes et on augmente progressivement.<\/li>\n<li><strong>Infusion de feuilles :<\/strong> 3 \u00e0 5 g de feuilles s\u00e8ches fragment\u00e9es pour 250 mL d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infuser 10 minutes, filtrer. 2 \u00e0 3 tasses par jour. Usage traditionnel dans les troubles digestifs et comme adjuvant hypoglyc\u00e9miant.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9coction de feuilles :<\/strong> 10 g de feuilles s\u00e8ches pour 500 mL d&rsquo;eau, d\u00e9cocter 10 minutes, filtrer. Posologie : 2 tasses par jour avant les repas.<\/li>\n<li><strong>Latex frais :<\/strong> application locale sur les verrues, 1 \u00e0 2 fois par jour, en prot\u00e9geant la peau saine environnante (vaseline). Dur\u00e9e : 2 \u00e0 4 semaines.<\/li>\n<li><strong>Figues s\u00e8ches :<\/strong> 3 \u00e0 5 figues par jour comme laxatif doux, tremp\u00e9es la veille dans de l&rsquo;eau ti\u00e8de.<\/li>\n<li><strong>Sirop de figues :<\/strong> pr\u00e9paration officinale laxative douce, adapt\u00e9e aux enfants.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<h3>A. Phototoxicit\u00e9<\/h3>\n<p>Les <strong>furocoumarines<\/strong> (psoral\u00e8ne, bergapt\u00e8ne, xanthotoxine) pr\u00e9sentes dans les feuilles et le latex sont des agents photosensibilisants puissants. Le contact cutan\u00e9 suivi d&rsquo;une exposition solaire provoque une <strong>phytophotodermatose<\/strong> (dermatite de contact phototoxique) caract\u00e9ris\u00e9e par un \u00e9ryth\u00e8me, des v\u00e9sicules et une hyperpigmentation r\u00e9siduelle persistante. Cette r\u00e9action, parfois appel\u00e9e \u00ab br\u00fblure du figuier \u00bb, est bien document\u00e9e en dermatologie. Les jardiniers et les r\u00e9colteurs de figues sont les plus expos\u00e9s.<\/p>\n<h3>B. Irritation locale<\/h3>\n<p>Le latex frais est irritant pour les muqueuses et la peau. Son application excessive ou prolong\u00e9e peut provoquer des ulc\u00e9rations cutan\u00e9es. L&rsquo;ingestion accidentelle de latex provoque une irritation buccale et \u0153sophagienne.<\/p>\n<h3>C. Contre-indications<\/h3>\n<ul>\n<li>Les pr\u00e9parations \u00e0 base de feuilles sont d\u00e9conseill\u00e9es chez la femme enceinte et allaitante (insuffisance de donn\u00e9es).<\/li>\n<li>Les patients sous traitement anticoagulant doivent \u00eatre prudents avec les fortes consommations de figues s\u00e8ches (riches en vitamine K).<\/li>\n<li>Allergie crois\u00e9e possible chez les personnes sensibilis\u00e9es au latex d&rsquo;<em>Hevea brasiliensis<\/em> (syndrome latex-fruits).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>D. Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<p>Les furocoumarines sont des inhibiteurs du cytochrome <strong>CYP3A4<\/strong> et peuvent potentialiser les effets de nombreux m\u00e9dicaments m\u00e9tabolis\u00e9s par cette voie enzymatique. L&rsquo;association avec des m\u00e9dicaments photosensibilisants (t\u00e9tracyclines, fluoroquinolones, AINS, amiodarone) majore le risque de phototoxicit\u00e9. L&rsquo;effet hypoglyc\u00e9miant des feuilles n\u00e9cessite une surveillance chez les patients diab\u00e9tiques trait\u00e9s par insuline ou antidiab\u00e9tiques oraux.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<h3>A. Usage culinaire<\/h3>\n<p>La figue est l&rsquo;un des fruits les plus anciennement consomm\u00e9s par l&rsquo;homme. Fra\u00eeche, elle se d\u00e9guste nature ou accompagn\u00e9e de charcuterie, de fromage de ch\u00e8vre ou de foie gras dans la gastronomie fran\u00e7aise. S\u00e9ch\u00e9e, elle constitue un aliment de conservation remarquable, riche en \u00e9nergie (250 kcal\/100 g), en fibres et en min\u00e9raux. Elle entre dans la composition de pains, de g\u00e2teaux, de confits et de liqueurs. En Provence, la figue s\u00e8che fait partie des \u00ab treize desserts \u00bb de No\u00ebl. La confiture de figues, les figues r\u00f4ties au miel et au romarin, ou encore le \u00ab pain de figues \u00bb aux amandes sont des sp\u00e9cialit\u00e9s r\u00e9gionales m\u00e9ridionales.<\/p>\n<h3>B. Traditions populaires<\/h3>\n<p>Le figuier occupe une place symbolique consid\u00e9rable dans les civilisations m\u00e9diterran\u00e9ennes et proche-orientales. Dans la Bible, c&rsquo;est avec des feuilles de figuier qu&rsquo;Adam et \u00c8ve couvrent leur nudit\u00e9 apr\u00e8s la Chute (Gen\u00e8se 3:7). Le figuier est l&rsquo;arbre sous lequel le Bouddha atteint l&rsquo;\u00c9veil (<em>Ficus religiosa<\/em>, esp\u00e8ce voisine). Dans la Rome antique, le figuier Ruminal, au pied du Palatin, \u00e9tait l&rsquo;arbre sacr\u00e9 sous lequel la louve aurait allait\u00e9 Romulus et R\u00e9mus. En m\u00e9decine populaire m\u00e9diterran\u00e9enne, le latex du figuier est traditionnellement appliqu\u00e9 sur les verrues, les cors et les durillons. La d\u00e9coction de feuilles est utilis\u00e9e comme antidiab\u00e9tique au Maghreb et au Moyen-Orient. En Corse et en Sardaigne, la s\u00e8ve du figuier servait de pr\u00e9sure v\u00e9g\u00e9tale pour la fabrication de fromages traditionnels (action des ficines sur la cas\u00e9ine).<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p><em>Ficus carica<\/em> joue un r\u00f4le \u00e9cologique majeur dans les \u00e9cosyst\u00e8mes m\u00e9diterran\u00e9ens en tant qu&rsquo;esp\u00e8ce cl\u00e9 de vo\u00fbte (<em>keystone species<\/em>). La fructification \u00e9tal\u00e9e et abondante fournit une ressource alimentaire critique pour de nombreuses esp\u00e8ces frugivores : oiseaux (merles, fauvettes, \u00e9tourneaux, grives), mammif\u00e8res (renards, fouines, blaireaux, chauves-souris) et insectes (drosophiles, gu\u00eapes, c\u00e9toines). La relation mutualiste avec <em>Blastophaga psenes<\/em> constitue un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude fondamental en \u00e9cologie \u00e9volutive et en biologie de la pollinisation. Le figuier contribue \u00e0 la stabilisation des sols en milieu rocheux et \u00e0 la v\u00e9g\u00e9talisation des espaces d\u00e9grad\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 son syst\u00e8me racinaire puissant. Dans les ripisylves m\u00e9diterran\u00e9ennes, il participe au maintien de la biodiversit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;ombrage des cours d&rsquo;eau. Les vieux figuiers creux offrent des g\u00eetes aux chiropt\u00e8res et aux oiseaux cavicoles.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<p>Les confusions avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces sont rares en raison de la morphologie tr\u00e8s caract\u00e9ristique du figuier. Cependant, quelques situations m\u00e9ritent attention :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><em>Ficus carica<\/em> var. <em>caprificus<\/em><\/strong> (caprifiguier) : la forme sauvage produit des figues non comestibles, petites, s\u00e8ches et \u00e2cres. La confusion est possible dans le Midi pour les personnes non averties, mais les figues du caprifiguier, bien que non toxiques, sont immangeables.<\/li>\n<li><strong><em>Broussonetia papyrifera<\/em><\/strong> (m\u00fbrier \u00e0 papier, Moraceae) : arbre introduit, parfois confondu v\u00e9g\u00e9tativement avec le figuier en raison de ses feuilles lob\u00e9es et de la pr\u00e9sence de latex. Ses feuilles sont cependant plus finement dent\u00e9es, alternes et oppos\u00e9es sur le m\u00eame rameau, et ses fruits sont des syncarpes globuleux rouges, tr\u00e8s diff\u00e9rents des figues.<\/li>\n<li>En phytoth\u00e9rapie, il convient de ne pas confondre les pr\u00e9parations \u00e0 base de <strong><em>Ficus carica<\/em><\/strong> avec celles d&rsquo;autres <em>Ficus<\/em> tropicaux (<em>F. benghalensis<\/em>, <em>F. religiosa<\/em>, <em>F. racemosa<\/em>) qui poss\u00e8dent des profils phytochimiques et des indications diff\u00e9rents.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Ficus carica<\/em> L. se distingue par la pluralit\u00e9 de ses drogues v\u00e9g\u00e9tales (bourgeons, feuilles, latex, fruits), chacune dot\u00e9e d&rsquo;un profil phytochimique et d&rsquo;indications sp\u00e9cifiques. Le bourgeon de figuier s&rsquo;est impos\u00e9 comme l&rsquo;un des piliers de la gemmoth\u00e9rapie contemporaine, bien que le niveau de preuve clinique reste insuffisant au regard des standards de l&rsquo;EBM (<em>Evidence-Based Medicine<\/em>). Le latex, avec ses ficines prot\u00e9olytiques, offre un traitement topique d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les verrues, appuy\u00e9 par quelques donn\u00e9es cliniques encourageantes. Les feuilles, riches en furocoumarines et en polyph\u00e9nols, ouvrent des pistes hypoglyc\u00e9miantes et anti-inflammatoires qui n\u00e9cessitent des essais cliniques de plus grande envergure. Les fruits, quant \u00e0 eux, constituent un aliment-sant\u00e9 dont la richesse en fibres, en min\u00e9raux et en antioxydants est bien \u00e9tablie. La principale pr\u00e9caution d&#8217;emploi concerne la phototoxicit\u00e9 des furocoumarines, qui impose une stricte photoprotection lors de tout contact avec les parties vertes de la plante ou leur latex.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gration des donn\u00e9es ethnobotaniques, phytochimiques et pharmacologiques permet de consid\u00e9rer <em>Ficus carica<\/em> comme une esp\u00e8ce \u00e0 fort potentiel pharmacognosique, encore insuffisamment explor\u00e9e par la recherche clinique moderne. Le d\u00e9veloppement d&rsquo;essais randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s, notamment sur les indications de la gemmoth\u00e9rapie et l&rsquo;action hypoglyc\u00e9miante des feuilles, constitue une priorit\u00e9 pour la valorisation rationnelle de cette plante mill\u00e9naire.<\/p>\n<hr>\n<h3>GEMMOTH\u00c9RAPIE<\/h3>\n<p><strong>Partie utilis\u00e9e :<\/strong> bourgeons \u2014 <em>Ficus carica<\/em><\/p>\n<p><strong>Forme :<\/strong> Mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 1DH<\/p>\n<h3>Indications<\/h3>\n<ul>\n<li>anxi\u00e9t\u00e9<\/li>\n<li>stress<\/li>\n<li>troubles digestifs nerveux<\/li>\n<li>gastrite<\/li>\n<li>ulc\u00e8re gastrique<\/li>\n<li>spasmophilie<\/li>\n<li>insomnie<\/li>\n<li>dystonies neurov\u00e9g\u00e9tatives<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s principales<\/h3>\n<ul>\n<li>r\u00e9gulateur de l&#039;axe cortico-hypothalamique<\/li>\n<li>anxiolytique<\/li>\n<li>antispasmodique digestif<\/li>\n<li>cicatrisant gastrique<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Posologie<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Adulte :<\/strong> 5 \u00e0 15 gouttes par jour, en dehors des repas, pures ou dans un peu d&#039;eau<\/li>\n<li><strong>Enfant :<\/strong> 1 goutte par ann\u00e9e d&#039;\u00e2ge, par jour<\/li>\n<li><strong>Dur\u00e9e :<\/strong> 3 semaines, pause 1 semaine, cure de 3 mois possible<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Associations fr\u00e9quentes<\/h3>\n<ul>\n<li>Tilleul (insomnie)<\/li>\n<li>Aub\u00e9pine (anxi\u00e9t\u00e9 cardiaque)<\/li>\n<li>Noyer (troubles digestifs)<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions :<\/strong> Aucune connue aux doses recommand\u00e9es<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5<sup>e<\/sup> \u00e9d. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc ; 2016.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>. M\u00e8ze : Biotope \u00c9ditions ; 2014.<\/li>\n<li>Bonnier G., de Layens G. <em>Flore compl\u00e8te portative de la France, de la Suisse et de la Belgique<\/em>. Paris : Belin ; r\u00e9\u00e9dition 2015.<\/li>\n<li>Mawa S., Husain K., Jantan I. <em>Ficus carica<\/em> L. (Moraceae): phytochemistry, traditional uses and biological activities. <em>Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine<\/em>. 2013 ; 2013 : 974256.<\/li>\n<li>Serraclara A., Hawkins F., P\u00e9rez C. et al. Hypoglycemic action of an oral fig-leaf decoction in type-I diabetic patients. <em>Diabetes Research and Clinical Practice<\/em>. 1998 ; 39(1) : 29-33.<\/li>\n<li>Bohlooli S., Mohebipoor A., Mohammadi S., Kouhsari S.M., Torkzaban S. Comparative study of fig tree efficacy in the treatment of common warts (<em>Verruca vulgaris<\/em>) vs cryotherapy. <em>International Journal of Dermatology<\/em>. 2012 ; 51(11) : 1355-1358.<\/li>\n<li>Lansky E.P., Paavilainen H.M., Pawlus A.D., Newman R.A. <em>Ficus spp.<\/em>: ethnobotany and potential as anticancer and anti-inflammatory agents. <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>. 2008 ; 119(2) : 195-213.<\/li>\n<li>T\u00e9tau M. <em>Nouvelles cliniques de gemmoth\u00e9rapie<\/em>. Limoges : Roger Jollois ; 2004.<\/li>\n<li>Henry P. <em>Gemmoth\u00e9rapie \u2014 Th\u00e9rapeutique par les extraits embryonnaires v\u00e9g\u00e9taux<\/em>. Bruxelles : Presses universitaires de Bruxelles ; 1970.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e Europ\u00e9enne, 11<sup>e<\/sup> \u00e9dition. Strasbourg : EDQM, Conseil de l&rsquo;Europe.<\/li>\n<li>Coste H. <em>Flore descriptive et illustr\u00e9e de la France, de la Corse et des contr\u00e9es limitrophes<\/em>. Paris : Albert Blanchard ; r\u00e9\u00e9dition 1998.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le figuier commun, Ficus carica L., est l&rsquo;une des plus anciennes esp\u00e8ces fruiti\u00e8res domestiqu\u00e9es par l&rsquo;homme, avec des traces arch\u00e9obotaniques remontant \u00e0 plus de 11 [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[144],"tags":[],"class_list":["post-8835","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-moracees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8835","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8835"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8835\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13525,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8835\/revisions\/13525"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8835"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8835"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8835"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}