{"id":8840,"date":"2026-04-23T12:00:56","date_gmt":"2026-04-23T10:00:56","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/pivoine-officinale\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:10","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:10","slug":"pivoine-officinale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/pivoine-officinale\/","title":{"rendered":"PIVOINE OFFICINALE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Pivoine%20officinale.jpg\" alt=\"Planche botanique Pivoine officinale\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La pivoine officinale, fleur embl\u00e9matique des jardins d&rsquo;agr\u00e9ment europ\u00e9ens, dissimule sous l&rsquo;opulence de ses corolles une pharmacop\u00e9e mill\u00e9naire dont les racines plongent dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine. <em>Paeonia officinalis<\/em> L., esp\u00e8ce montagnarde du sud de l&rsquo;Europe, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus v\u00e9n\u00e9r\u00e9es du monde antique, associ\u00e9e au dieu m\u00e9decin P\u00e9on et r\u00e9put\u00e9e capable de gu\u00e9rir l&rsquo;\u00e9pilepsie, les convulsions et les affections nerveuses. Cette r\u00e9putation, longtemps rel\u00e9gu\u00e9e au rang de superstition par la m\u00e9decine moderne, trouve aujourd&rsquo;hui un \u00e9cho inattendu dans la d\u00e9couverte des propri\u00e9t\u00e9s neuroprotectrices et antispasmodiques de ses compos\u00e9s chimiques majeurs.<\/p>\n<p>Du point de vue pharmacognosique, la pivoine officinale rec\u00e8le un arsenal mol\u00e9culaire remarquable, domin\u00e9 par le <strong>paeonol<\/strong> et la <strong>paeoniflorine<\/strong>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/monoterpenes\/\">monoterp\u00e8ne<\/a> glucosidique aux propri\u00e9t\u00e9s antispasmodiques, s\u00e9datives et anti-inflammatoires bien document\u00e9es. Si la litt\u00e9rature scientifique s&rsquo;est longtemps concentr\u00e9e sur les pivoines chinoises (<em>Paeonia lactiflora<\/em>, <em>P. suffruticosa<\/em>), piliers de la m\u00e9decine traditionnelle chinoise, l&rsquo;esp\u00e8ce europ\u00e9enne <em>P. officinalis<\/em> partage un profil phytochimique suffisamment proche pour justifier une r\u00e9\u00e9valuation de ses usages traditionnels occidentaux. Plante prot\u00e9g\u00e9e dans plusieurs r\u00e9gions de France en raison de la rar\u00e9faction de ses populations sauvages, la pivoine officinale incarne les enjeux contemporains de conservation de la biodiversit\u00e9 m\u00e9dicinale europ\u00e9enne.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La pivoine officinale appartient \u00e0 la famille des <strong>Paeoniaceae<\/strong> (Paeoniac\u00e9es), ordre des Saxifragales selon la classification APG IV (2016). Cette famille monog\u00e9n\u00e9rique ne comprend qu&rsquo;un seul genre, <em>Paeonia<\/em> L., regroupant environ 33 esp\u00e8ces d&rsquo;herbac\u00e9es vivaces et d&rsquo;arbustes r\u00e9partis dans les zones temp\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re Nord. La position syst\u00e9matique des Paeoniac\u00e9es a longtemps \u00e9t\u00e9 d\u00e9battue : autrefois incluses dans les Renonculac\u00e9es (Ranunculaceae), elles en ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9es sur la base de caract\u00e8res embryologiques, chimiques et mol\u00e9culaires.<\/p>\n<h3>A. Position syst\u00e9matique<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<\/li>\n<li><strong>Clade :<\/strong> Angiospermes, Eudicotyl\u00e9dones<\/li>\n<li><strong>Ordre :<\/strong> Saxifragales<\/li>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Paeoniaceae Raf.<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Paeonia<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Paeonia officinalis<\/em> L. (1753)<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Synonymes et noms vernaculaires<\/h3>\n<p>Les synonymes taxonomiques incluent : <em>Paeonia feminea<\/em> Mill., <em>Paeonia peregrina<\/em> auct. non Mill. (confusion fr\u00e9quente), <em>Paeonia pubens<\/em> Sims, <em>Paeonia paradoxa<\/em> Anderson. La nomenclature infrasp\u00e9cifique est complexe et la d\u00e9limitation avec les esp\u00e8ces voisines parfois d\u00e9licate.<\/p>\n<p>En fran\u00e7ais : pivoine officinale, pivoine commune, pivoine de nos jardins, pivoine m\u00e2le (par confusion historique avec <em>P. mascula<\/em>), rose de Notre-Dame, herbe sainte-Rose, pione. En anglais : <em>common peony<\/em>, <em>European peony<\/em> ; en allemand : <em>Echte Pfingstrose<\/em>, <em>Bauernpfingstrose<\/em> ; en espagnol : <em>peon\u00eda<\/em>, <em>rosa albardera<\/em> ; en italien : <em>peonia comune<\/em>, <em>peonia femmina<\/em>.<\/p>\n<h3>C. \u00c9tymologie<\/h3>\n<p>Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Paeonia<\/em> d\u00e9rive du grec ancien \u03a0\u03b1\u03b9\u03ce\u03bd (<em>Pai\u00f4n<\/em>), nom du m\u00e9decin des dieux dans la mythologie grecque, qui gu\u00e9rit Had\u00e8s d&rsquo;une blessure inflig\u00e9e par H\u00e9racl\u00e8s gr\u00e2ce \u00e0 une plante merveilleuse. Selon certaines versions du mythe, P\u00e9on fut lui-m\u00eame transform\u00e9 en pivoine par Zeus pour le soustraire \u00e0 la jalousie d&rsquo;Ascl\u00e9pios. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>officinalis<\/em> (\u00ab de l&rsquo;officine \u00bb) indique que la plante \u00e9tait inscrite dans les pharmacop\u00e9es officielles et vendue dans les officines d&rsquo;apothicaires. Le nom fran\u00e7ais \u00ab pivoine \u00bb d\u00e9rive du latin <em>paeonia<\/em> par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>pione<\/em>.<\/p>\n<h3>D. Sous-esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce est divis\u00e9e en plusieurs sous-esp\u00e8ces g\u00e9ographiques dont la taxonomie fait l&rsquo;objet de r\u00e9visions r\u00e9guli\u00e8res :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Paeonia officinalis<\/em> subsp. <em>officinalis<\/em> \u2014 la forme type, pr\u00e9sente dans les Alpes et les Apennins<\/li>\n<li><em>Paeonia officinalis<\/em> subsp. <em>microcarpa<\/em> (Boiss. &amp; Reut.) Nyman \u2014 \u00e0 carpelles plus petits, Pyr\u00e9n\u00e9es et montagnes ib\u00e9riques<\/li>\n<li><em>Paeonia officinalis<\/em> subsp. <em>huthii<\/em> Soldano \u2014 end\u00e9mique des Alpes pi\u00e9montaises<\/li>\n<li><em>Paeonia officinalis<\/em> subsp. <em>banatica<\/em> (Rochel) So\u00f3 \u2014 Balkans occidentaux<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les cultivars horticoles sont tr\u00e8s nombreux, notamment les formes \u00e0 fleurs doubles (\u00ab Rubra Plena \u00bb, \u00ab Rosea Plena \u00bb, \u00ab Alba Plena \u00bb) qui sont les plus courantes dans les jardins et dont l&rsquo;origine remonte au Moyen \u00c2ge. Il ne faut pas confondre <em>P. officinalis<\/em> avec <em>Paeonia mascula<\/em> (L.) Mill. (pivoine m\u00e2le), esp\u00e8ce voisine mais distincte, pr\u00e9sente dans le sud de la France.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p>La pivoine officinale est une plante herbac\u00e9e vivace, g\u00e9ophyte \u00e0 rhizome tub\u00e9ris\u00e9, formant une touffe dense de 40 \u00e0 80 cm de hauteur (parfois jusqu&rsquo;\u00e0 1 m en culture). Le port est dress\u00e9 puis \u00e9tal\u00e9 sous le poids des fleurs \u00e0 l&rsquo;anth\u00e8se. La souche est puissante, p\u00e9renne, \u00e9mettant chaque ann\u00e9e de nouvelles tiges a\u00e9riennes qui disparaissent compl\u00e8tement en hiver (h\u00e9micryptophyte). La long\u00e9vit\u00e9 des pieds est remarquable : des touffes centenaires sont document\u00e9es dans les jardins historiques.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Souche et racines :<\/strong> le syst\u00e8me souterrain est constitu\u00e9 d&rsquo;un rhizome court et \u00e9pais, portant de nombreuses racines tub\u00e9ris\u00e9es, fusiformes, de 10 \u00e0 30 cm de long et 1 \u00e0 3 cm de diam\u00e8tre, \u00e0 \u00e9corce brun rouge\u00e2tre et \u00e0 chair blanch\u00e2tre, \u00e0 odeur forte et caract\u00e9ristique, \u00e0 saveur d&rsquo;abord douce\u00e2tre puis \u00e2cre et l\u00e9g\u00e8rement am\u00e8re. Les racines tub\u00e9ris\u00e9es constituent la partie officinale principale. Les bourgeons de renouvellement (\u00ab yeux \u00bb) sont situ\u00e9s au collet, prot\u00e9g\u00e9s par des \u00e9cailles charnues rouge\u00e2tres.<\/p>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> les tiges a\u00e9riennes sont dress\u00e9es, robustes, cylindriques, pleines, stri\u00e9es, glabres ou l\u00e9g\u00e8rement pubescentes, de couleur verte souvent teint\u00e9e de rouge, ramifi\u00e9es dans le tiers sup\u00e9rieur. Elles portent les feuilles et les fleurs terminales. Leur hauteur varie de 40 \u00e0 80 cm.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> les feuilles sont alternes, compos\u00e9es bitern\u00e9es (doublement divis\u00e9es en trois), \u00e0 segments (folioles) ovales-lanc\u00e9ol\u00e9s \u00e0 elliptiques, entiers ou plus rarement lob\u00e9s, de 5 \u00e0 12 cm de long, \u00e0 apex aigu. La face sup\u00e9rieure est vert fonc\u00e9, glabre et luisante ; la face inf\u00e9rieure est plus p\u00e2le, glauque, glabre ou l\u00e9g\u00e8rement pubescente le long des nervures. Le p\u00e9tiole est long (10-20 cm pour les feuilles basales), canalicul\u00e9. La nervation est penn\u00e9e avec les nervures secondaires bien marqu\u00e9es sur la face inf\u00e9rieure. Les feuilles sup\u00e9rieures sont progressivement simplifi\u00e9es, parfois simplement trifoli\u00e9es ou m\u00eame enti\u00e8res.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> les fleurs sont solitaires et terminales (rarement 2-3 par tige), port\u00e9es par un p\u00e9doncule robuste, dress\u00e9 puis l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 sous le poids de la fleur.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> les fleurs sont grandes (8 \u00e0 15 cm de diam\u00e8tre), actinomorphes, hermaphrodites, spectaculaires. Le calice est form\u00e9 de 5 s\u00e9pales in\u00e9gaux, persistants, coriaces, verts, ovales-concaves. La corolle comprend 5 \u00e0 8 p\u00e9tales libres dans la forme sauvage (beaucoup plus dans les cultivars \u00e0 fleurs doubles), largement obovales, concaves, de couleur rouge pourpre vif \u00e0 rose magenta, satin\u00e9s, avec une texture d\u00e9licate et froiss\u00e9e. La couleur vive est due \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthocyanines\/\">anthocyanines<\/a><\/strong> (d\u00e9riv\u00e9s de la paeonidine).<\/p>\n<p><strong>Androc\u00e9e :<\/strong> les \u00e9tamines sont tr\u00e8s nombreuses (150-300), dispos\u00e9es en spirale sur un r\u00e9ceptacle convexe, \u00e0 filets jaune p\u00e2le et \u00e0 anth\u00e8res jaune d&rsquo;or, biloculaires, \u00e0 d\u00e9hiscence longitudinale. La maturation est centrip\u00e8te. Le pollen est abondant, attirant de nombreux insectes pollinisateurs.<\/p>\n<p><strong>Gyn\u00e9c\u00e9e :<\/strong> le gyn\u00e9c\u00e9e est apocarpe, form\u00e9 de 2 \u00e0 3 (parfois 4-5) carpelles libres, tomenteux (couverts d&rsquo;un duvet blanc \u00e0 ros\u00e9 caract\u00e9ristique), dispos\u00e9s sur un disque charnu. Chaque carpelle contient plusieurs ovules bis\u00e9ri\u00e9s. Les stigmates sont sessiles, d\u00e9currents, rouge\u00e2tres, papilleux.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> le fruit est un polyfolliole compos\u00e9 de 2 \u00e0 3 follicules divergents en \u00e9toile, de 3 \u00e0 5 cm de long, \u00e0 paroi coriace, couverts d&rsquo;un tomentum dense blanch\u00e2tre \u00e0 ros\u00e2tre. \u00c0 maturit\u00e9, les follicules s&rsquo;ouvrent par leur suture ventrale, exposant les graines. Les graines sont d&rsquo;abord rouge vif puis deviennent bleu-noir brillant \u00e0 maturit\u00e9 compl\u00e8te ; ce dimorphisme chromatique (graines fertiles noires alternant avec des graines st\u00e9riles rouges) cr\u00e9e un contraste visuel remarquable qui attire les oiseaux disperseurs.<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> mai \u00e0 juin, selon l&rsquo;altitude et la latitude. La floraison est br\u00e8ve (10-15 jours par pied). La pollinisation est entomophile, assur\u00e9e par les col\u00e9opt\u00e8res (cantharidophilie), les abeilles, les bourdons et les syrphes.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie et biologie reproductive<\/h3>\n<p>La pivoine officinale est une plante \u00e0 floraison printani\u00e8re, dont le cycle ph\u00e9nologique est \u00e9troitement synchronis\u00e9 avec les conditions climatiques montagnardes : d\u00e9bourrement en mars-avril, floraison en mai-juin, fructification en juillet-ao\u00fbt, s\u00e9nescence foliaire en septembre-octobre, dormance hivernale de novembre \u00e0 f\u00e9vrier. La vernalisation (p\u00e9riode de froid hivernal) est n\u00e9cessaire \u00e0 la floraison ; un minimum de 6 \u00e0 8 semaines \u00e0 des temp\u00e9ratures inf\u00e9rieures \u00e0 5 \u00b0C est requis pour lever la dormance des bourgeons floraux.<\/p>\n<p>La reproduction sexu\u00e9e est compl\u00e9t\u00e9e par une multiplication v\u00e9g\u00e9tative lente par fragmentation naturelle du rhizome. La germination des graines est lente et complexe, n\u00e9cessitant une double dormance (dormance physique de la graine suivie d&rsquo;une dormance physiologique de l&#8217;embryon), ce qui requiert deux hivers successifs pour aboutir \u00e0 la lev\u00e9e. Cette biologie reproductive lente explique la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des populations naturelles face aux perturbations.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p>La pivoine officinale est une esp\u00e8ce orophile (montagnarde), m\u00e9sophile \u00e0 m\u00e9sox\u00e9rophile, h\u00e9liophile \u00e0 semi-sciaphile, calcicole pr\u00e9f\u00e9rentielle. Son habitat naturel comprend les lisi\u00e8res foresti\u00e8res, les clairi\u00e8res, les pelouses s\u00e8ches \u00e0 semi-s\u00e8ches sur substrat calcaire, les \u00e9boulis stabilis\u00e9s, les ourlets thermophiles et les ch\u00eanaies pubescentes claires des \u00e9tages collin\u00e9en sup\u00e9rieur et montagnard (de 400 \u00e0 1 800 m d&rsquo;altitude). Elle affectionne les sols squelettiques \u00e0 moyennement profonds, calcaires ou dolomitiques, bien drain\u00e9s, \u00e0 bonne exposition (versants sud et sud-ouest).<\/p>\n<h3>B. Distribution g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;aire naturelle de <em>Paeonia officinalis<\/em> s.l. s&rsquo;\u00e9tend sur les montagnes du sud de l&rsquo;Europe, des Pyr\u00e9n\u00e9es orientales \u00e0 la p\u00e9ninsule balkanique, en passant par les Alpes, les Apennins, les Dinarides et les Carpates m\u00e9ridionales. C&rsquo;est une esp\u00e8ce essentiellement sud-europ\u00e9enne \u00e0 distribution fragment\u00e9e, typique de la flore orom\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n<p><strong>En France,<\/strong> la pivoine officinale est pr\u00e9sente de mani\u00e8re dispers\u00e9e dans plusieurs massifs montagneux du sud :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Alpes m\u00e9ridionales :<\/strong> Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Dr\u00f4me, Is\u00e8re (sud), Var (arri\u00e8re-pays) \u2014 stations souvent situ\u00e9es entre 600 et 1 500 m<\/li>\n<li><strong>C\u00e9vennes et causses :<\/strong> Loz\u00e8re, Gard (nord), H\u00e9rault (nord), Aveyron \u2014 pelouses calcicoles des causses<\/li>\n<li><strong>Pyr\u00e9n\u00e9es orientales :<\/strong> Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, Ari\u00e8ge, Aude (montagne) \u2014 subsp. <em>microcarpa<\/em> dans les Pyr\u00e9n\u00e9es<\/li>\n<li><strong>Provence :<\/strong> quelques stations dans le Vaucluse (Ventoux, Luberon) et les Bouches-du-Rh\u00f4ne (Sainte-Victoire, Sainte-Baume)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les populations sont g\u00e9n\u00e9ralement petites et isol\u00e9es, souvent menac\u00e9es par la fermeture des milieux (d\u00e9prise pastorale, enfrichement), la cueillette sauvage et l&rsquo;urbanisation. L&rsquo;esp\u00e8ce est <strong>prot\u00e9g\u00e9e au niveau r\u00e9gional<\/strong> dans plusieurs r\u00e9gions fran\u00e7aises (\u00cele-de-France, Centre-Val de Loire, Franche-Comt\u00e9, Alsace) et inscrite sur les listes rouges r\u00e9gionales dans d&rsquo;autres. Elle figure \u00e0 l&rsquo;annexe V de la Directive Habitats dans certains pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<h3>C. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>Phytosociologiquement, <em>Paeonia officinalis<\/em> est caract\u00e9ristique ou compagne de plusieurs groupements :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Geranion sanguinei<\/strong> T\u00fcxen in M\u00fcller 1962 \u2014 ourlets thermophiles des lisi\u00e8res de ch\u00eanaies pubescentes et de h\u00eatraies s\u00e8ches, en association avec <em>Geranium sanguineum<\/em>, <em>Dictamnus albus<\/em>, <em>Anthericum liliago<\/em>, <em>Peucedanum cervaria<\/em><\/li>\n<li><strong>Quercion pubescenti-sessiliflorae<\/strong> \u2014 ch\u00eanaies pubescentes s\u00e8ches \u00e0 <em>Quercus pubescens<\/em><\/li>\n<li><strong>Mesobromion erecti<\/strong> \u2014 pelouses calcicoles m\u00e9sox\u00e9rophiles \u00e0 <em>Bromus erectus<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Elle cohabite typiquement avec <em>Buxus sempervirens<\/em>, <em>Amelanchier ovalis<\/em>, <em>Coronilla emerus<\/em>, <em>Viburnum lantana<\/em>, <em>Lilium martagon<\/em> et <em>Cephalanthera<\/em> spp., formant des cort\u00e8ges floristiques d&rsquo;une grande richesse patrimoniale.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>En pharmacop\u00e9e traditionnelle europ\u00e9enne, deux parties de la pivoine officinale sont principalement utilis\u00e9es :<\/p>\n<p><strong>Racines tub\u00e9ris\u00e9es :<\/strong> c&rsquo;est la drogue principale, r\u00e9colt\u00e9e en automne (septembre-octobre) sur des pieds \u00e2g\u00e9s de 3 \u00e0 5 ans minimum. Les racines tub\u00e9ris\u00e9es sont lav\u00e9es, d\u00e9barrass\u00e9es des radicelles, coup\u00e9es en rondelles ou en fragments longitudinaux, puis s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ombre ou en s\u00e9choir ventil\u00e9 \u00e0 temp\u00e9rature mod\u00e9r\u00e9e (40-50 \u00b0C). La drogue s\u00e8che se pr\u00e9sente sous forme de fragments cylindriques ou aplatis, de 1 \u00e0 3 cm de diam\u00e8tre, \u00e0 \u00e9corce brun rouge\u00e2tre, \u00e0 cassure nette, blanc ros\u00e9, \u00e0 odeur forte caract\u00e9ristique et \u00e0 saveur d&rsquo;abord douce puis \u00e2cre et l\u00e9g\u00e8rement am\u00e8re. On distingue traditionnellement l&rsquo;\u00e9corce de la racine (<em>cortex radicis<\/em>) et le c\u0153ur de la racine (<em>radix decorticata<\/em>).<\/p>\n<p><strong>P\u00e9tales (fleurs) :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9s au d\u00e9but de l&rsquo;anth\u00e8se, lorsque la couleur est la plus intense. Les p\u00e9tales sont s\u00e9ch\u00e9s rapidement \u00e0 l&rsquo;ombre en couche mince. La drogue s\u00e8che est constitu\u00e9e de p\u00e9tales froiss\u00e9s, rouge sombre \u00e0 violac\u00e9s, fragiles, \u00e0 odeur faiblement aromatique et \u00e0 saveur l\u00e9g\u00e8rement am\u00e8re puis astringente. Les p\u00e9tales \u00e9taient autrefois officinaux sous le nom de <em>Flores Paeoniae<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Graines :<\/strong> r\u00e9colt\u00e9es \u00e0 maturit\u00e9 (ao\u00fbt-septembre), les graines noires \u00e9taient utilis\u00e9es dans la pharmacop\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale (collier de graines contre l&rsquo;\u00e9pilepsie). Leur usage interne est aujourd&rsquo;hui abandonn\u00e9 en raison du manque de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>La conservation des racines s\u00e9ch\u00e9es se fait en r\u00e9cipient herm\u00e9tique, \u00e0 l&rsquo;abri de la lumi\u00e8re et de l&rsquo;humidit\u00e9, pour une dur\u00e9e maximale de 2 ans. Les p\u00e9tales se conservent moins longtemps (12 mois maximum) et perdent progressivement leur couleur et leur activit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le profil phytochimique de <em>Paeonia officinalis<\/em> est apparent\u00e9 \u00e0 celui des pivoines asiatiques officinales (<em>P. lactiflora<\/em>, <em>P. suffruticosa<\/em>), avec cependant des diff\u00e9rences quantitatives significatives. Les compos\u00e9s majeurs sont les monoterp\u00e8nes glycosyl\u00e9s, les ph\u00e9nols et les tanins.<\/p>\n<h3>A. Monoterp\u00e8nes glycosyl\u00e9s (paeono\u00efdes)<\/h3>\n<p>La classe chimique la plus caract\u00e9ristique du genre <em>Paeonia<\/em> est celle des <strong>monoterp\u00e8nes glycosyl\u00e9s de type pinor\u00e9sinol<\/strong>, dont le chef de file est la <strong>paeoniflorine<\/strong>. Ce glucoside monoterp\u00e9nique (C<sub>23<\/sub>H<sub>28<\/sub>O<sub>11<\/sub>) est pr\u00e9sent \u00e0 des concentrations de 1 \u00e0 5 % dans les racines s\u00e9ch\u00e9es. On identifie \u00e9galement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Albiiflorine<\/strong> \u2014 isom\u00e8re de la paeoniflorine, pr\u00e9sent en quantit\u00e9 variable<\/li>\n<li><strong>Oxypaeoniflorine<\/strong> \u2014 d\u00e9riv\u00e9 hydroxyl\u00e9 de la paeoniflorine<\/li>\n<li><strong>Benzoylpaeoniflorine<\/strong> \u2014 ester benzo\u00efque de la paeoniflorine, plus lipophile<\/li>\n<li><strong>Paeonilactone A, B et C<\/strong> \u2014 monoterp\u00e8nes lactones sp\u00e9cifiques du genre<\/li>\n<li><strong>Paeonisuffrone<\/strong> \u2014 c\u00e9tone monoterp\u00e9nique<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Ph\u00e9nols simples<\/h3>\n<p>Le <strong>paeonol<\/strong> (2&prime;-hydroxy-4&prime;-m\u00e9thoxyac\u00e9toph\u00e9none, C<sub>9<\/sub>H<sub>10<\/sub>O<sub>3<\/sub>) est un ph\u00e9nol simple volatil majeur, pr\u00e9sent principalement dans l&rsquo;\u00e9corce des racines \u00e0 des concentrations de 0,5 \u00e0 1,5 %. Le paeonol est le m\u00e9tabolite pharmacologiquement le plus \u00e9tudi\u00e9 du genre <em>Paeonia<\/em>, dot\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires, analg\u00e9siques et neuroprotectrices puissantes. On trouve \u00e9galement la <strong>paeonoside<\/strong> (glucoside du paeonol) et le <strong>paeonolide<\/strong>.<\/p>\n<h3>C. Tanins<\/h3>\n<p>Les racines contiennent 5 \u00e0 15 % de <strong>tanins<\/strong>, principalement des <strong>tanins hydrolysables<\/strong> de type gallotanins et ellagitanins. On identifie la <strong>1,2,3,4,6-penta-O-galloyl-\u03b2-D-glucose<\/strong> (PGG), le <strong>casuarictin<\/strong>, le <strong>corilagine<\/strong> et d&rsquo;autres ellagitanins complexes. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a>) sont pr\u00e9sentes en moindre quantit\u00e9.<\/p>\n<h3>D. Flavono\u00efdes et anthocyanines<\/h3>\n<p>Les p\u00e9tales sont riches en <strong>anthocyanines<\/strong>, responsables de la couleur rouge : principalement la <strong>paeonidine-3,5-di-O-glucoside<\/strong> (pa\u00e9onine), la <strong>paeonidine-3-O-glucoside<\/strong> et des d\u00e9riv\u00e9s de la <strong>cyanidine<\/strong>. Les feuilles et les racines contiennent des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavonols\/\">flavonols<\/a><\/strong> : <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et leurs glycosides (astragaline, hyperoside).<\/p>\n<h3>E. St\u00e9rols et triterp\u00e8nes<\/h3>\n<p>On identifie le <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">\u03b2-sitost\u00e9rol<\/a><\/strong>, le <strong>stigmast\u00e9rol<\/strong>, le <strong>campest\u00e9rol<\/strong> ainsi que des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a> pentacycliques, notamment l&rsquo;<strong>acide ol\u00e9anolique<\/strong> et l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-ursolique\/\">acide ursolique<\/a><\/strong>.<\/p>\n<h3>F. Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p>Les racines contiennent de l&rsquo;<strong>amidon<\/strong> (25-35 %), des <strong>huiles essentielles<\/strong> en faible quantit\u00e9 (dont le paeonol volatil), des <strong>acides organiques<\/strong> (acide benzo\u00efque, acide gallique), du <strong>saccharose<\/strong>, et des <strong>compos\u00e9s volatils<\/strong> divers (ac\u00e9toph\u00e9none, benzoate de m\u00e9thyle) contribuant \u00e0 l&rsquo;odeur caract\u00e9ristique de la drogue.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Activit\u00e9 antispasmodique et myorelaxante<\/h3>\n<p>La <strong>paeoniflorine<\/strong> est le principal responsable de l&rsquo;activit\u00e9 antispasmodique de la pivoine. Son m\u00e9canisme d&rsquo;action implique :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;inhibition de l&rsquo;influx calcique intracellulaire dans les cellules musculaires lisses, par blocage des <strong>canaux calciques voltage-d\u00e9pendants de type L<\/strong><\/li>\n<li>La potentialisation de l&rsquo;activit\u00e9 <strong>GABAergique<\/strong> : la paeoniflorine et ses m\u00e9tabolites augmentent la liaison du GABA (acide gamma-aminobutyrique) \u00e0 ses r\u00e9cepteurs GABA<sub>A<\/sub>, renfor\u00e7ant l&rsquo;inhibition neuronale<\/li>\n<li>L&rsquo;inhibition de la lib\u00e9ration d&rsquo;<strong>ac\u00e9tylcholine<\/strong> aux jonctions neuromusculaires, contribuant \u00e0 l&rsquo;effet myorelaxant<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces m\u00e9canismes fondent les indications traditionnelles dans les spasmes digestifs, les dysm\u00e9norrh\u00e9es et les crampes musculaires.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9 s\u00e9dative et anticonvulsivante<\/h3>\n<p>La paeoniflorine et le <strong>paeonol<\/strong> exercent une activit\u00e9 s\u00e9dative et anticonvulsivante d\u00e9montr\u00e9e sur mod\u00e8les animaux. Le paeonol augmente les concentrations c\u00e9r\u00e9brales de <strong>s\u00e9rotonine<\/strong> (5-HT) et d&rsquo;<strong>acide 5-hydroxy-indolac\u00e9tique<\/strong> (5-HIAA) dans l&rsquo;hypothalamus, sugg\u00e9rant un effet s\u00e9rotoninergique. La paeoniflorine r\u00e9duit l&rsquo;excitabilit\u00e9 neuronale en modulant les r\u00e9cepteurs <strong>NMDA<\/strong> (N-m\u00e9thyl-D-aspartate) du glutamate, principal neurotransmetteur excitateur. L&rsquo;activit\u00e9 anticonvulsivante a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e sur les mod\u00e8les de crises induites par le pentyl\u00e8net\u00e9trazol et par l&rsquo;\u00e9lectrochoc maximal chez le rat, validant partiellement l&rsquo;usage ancestral contre l&rsquo;\u00e9pilepsie.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/h3>\n<p>Le <strong>paeonol<\/strong> est un puissant anti-inflammatoire qui agit \u00e0 plusieurs niveaux :<\/p>\n<ul>\n<li>Inhibition de la <strong>voie NF-\u03baB<\/strong> par suppression de la phosphorylation d&rsquo;I\u03baB\u03b1, r\u00e9duisant l&rsquo;expression de <strong>COX-2<\/strong>, de l&rsquo;<strong>iNOS<\/strong> et des cytokines pro-inflammatoires (<strong>TNF-\u03b1<\/strong>, <strong>IL-1\u03b2<\/strong>, <strong>IL-6<\/strong>)<\/li>\n<li>Inhibition de la <strong>phospholipase A<sub>2<\/sub><\/strong> (PLA<sub>2<\/sub>), r\u00e9duisant la lib\u00e9ration d&rsquo;acide arachidonique et la synth\u00e8se d&rsquo;eicosano\u00efdes inflammatoires<\/li>\n<li>Suppression de la migration et de l&rsquo;activation des <strong>neutrophiles<\/strong> et des <strong>macrophages<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>La <strong>paeoniflorine<\/strong> compl\u00e8te cette action par inhibition de la production de <strong>monoxyde d&rsquo;azote<\/strong> (NO) et de <strong>prostaglandine E<sub>2<\/sub><\/strong> (PGE<sub>2<\/sub>) par les macrophages activ\u00e9s. Les <strong>tanins<\/strong> (PGG) exercent une activit\u00e9 anti-inflammatoire additionnelle par inhibition de la <strong>hyaluronidase<\/strong> et de l&rsquo;<strong>\u00e9lastase leucocytaire<\/strong>.<\/p>\n<h3>D. Activit\u00e9 neuroprotectrice<\/h3>\n<p>La paeoniflorine exerce un effet neuroprotecteur d\u00e9montr\u00e9 <em>in vitro<\/em> et <em>in vivo<\/em> par plusieurs m\u00e9canismes : inhibition de l&rsquo;<strong>excitotoxicit\u00e9 glutamatergique<\/strong>, r\u00e9duction du <strong>stress oxydatif neuronal<\/strong> (pi\u00e9geage des ERO, augmentation du glutathion r\u00e9duit), inhibition de l&rsquo;<strong>apoptose neuronale<\/strong> induite par les peptides \u03b2-amylo\u00efdes, et modulation de la <strong>neuroinflammation microgliale<\/strong>. Ces propri\u00e9t\u00e9s suscitent un int\u00e9r\u00eat croissant dans la recherche sur les maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives (Alzheimer, Parkinson).<\/p>\n<h3>E. Activit\u00e9 h\u00e9patoprotectrice<\/h3>\n<p>Le paeonol et la paeoniflorine prot\u00e8gent les h\u00e9patocytes contre les l\u00e9sions induites par le t\u00e9trachlorure de carbone et le parac\u00e9tamol dans les mod\u00e8les animaux, par r\u00e9duction du stress oxydatif h\u00e9patique et inhibition de la fibrose via la voie <strong>TGF-\u03b2\/Smad<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2606\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antalgique<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>A. Donn\u00e9es cliniques sur <em>Paeonia officinalis<\/em><\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Paeonia officinalis<\/em> sont tr\u00e8s limit\u00e9es. Aucun essai clinique randomis\u00e9 en double aveugle n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur cette esp\u00e8ce europ\u00e9enne. L&rsquo;essentiel de la litt\u00e9rature clinique concerne les esp\u00e8ces chinoises (<em>P. lactiflora<\/em>, <em>P. suffruticosa<\/em>), dont les r\u00e9sultats peuvent \u00eatre extrapol\u00e9s avec prudence en raison de la parent\u00e9 phytochimique.<\/p>\n<h3>B. Tradition d&rsquo;usage europ\u00e9enne<\/h3>\n<p>L&rsquo;usage de la pivoine en m\u00e9decine europ\u00e9enne est document\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. Th\u00e9ophraste, Dioscoride et Galien mentionnent la pivoine (\u00ab pai\u00f4nia \u00bb) comme rem\u00e8de contre l&rsquo;\u00e9pilepsie (le \u00ab haut mal \u00bb), les convulsions infantiles, les cauchemars et les affections nerveuses. La prescription la plus c\u00e9l\u00e8bre consistait \u00e0 suspendre un collier de graines de pivoine (graines noires, luisantes) autour du cou des enfants \u00e9pileptiques \u2014 pratique magico-m\u00e9dicale qui a perdur\u00e9 en Europe jusqu&rsquo;au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et dont le fondement rationnel pourrait r\u00e9sider dans l&rsquo;inhalation chronique de compos\u00e9s volatils (paeonol) lib\u00e9r\u00e9s par les graines.<\/p>\n<p>Matthiole (XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) recommande la racine de pivoine dans les convulsions, les paralysies, les douleurs ut\u00e9rines et les coliques n\u00e9phr\u00e9tiques. L\u00e9mery (XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) prescrit la poudre de racine comme antispasmodique et emm\u00e9nagogue. Cazin (1868) confirme l&rsquo;usage dans l&rsquo;\u00e9pilepsie et les affections nerveuses, tout en notant l&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 des r\u00e9sultats. Henri Leclerc (1935) d\u00e9crit la racine de pivoine comme \u00ab un antispasmodique s\u00e9datif \u00bb utile dans les convulsions infantiles, la coqueluche et les n\u00e9vralgies.<\/p>\n<h3>C. Donn\u00e9es cliniques sur les esp\u00e8ces chinoises (extrapolation)<\/h3>\n<p>Des essais cliniques conduits en Chine avec la <strong>d\u00e9coction de pivoine blanche<\/strong> (<em>Radix Paeoniae Alba<\/em>, issue de <em>P. lactiflora<\/em>) ont montr\u00e9 une efficacit\u00e9 dans la polyarthrite rhumato\u00efde (en association avec la glycyrrhizine), les dysm\u00e9norrh\u00e9es, le syndrome des ovaires polykystiques et certaines h\u00e9patopathies chroniques. Le <strong>glucoside total de pivoine<\/strong> (TGP \u2014 Total Glucosides of Peony), pr\u00e9paration standardis\u00e9e en paeoniflorine, est un m\u00e9dicament enregistr\u00e9 en Chine pour la polyarthrite rhumato\u00efde, avec des essais cliniques d\u00e9montrant une r\u00e9duction significative de l&rsquo;activit\u00e9 de la maladie (DAS28) et des marqueurs inflammatoires (CRP, VS).<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Monoterp\u00e8nes glycosyl\u00e9s de type pinor\u00e9sinol<\/td>\n<td>Terp\u00e8ne<\/td>\n<td>Aromatique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Paeoniflorine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Albiiflorine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Oxypaeoniflorine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Benzoylpaeoniflorine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<h3>A. D\u00e9coction de racines<\/h3>\n<p>Faire bouillir 10 \u00e0 20 g de racines s\u00e9ch\u00e9es concass\u00e9es dans 500 mL d&rsquo;eau pendant 10 \u00e0 15 minutes. Filtrer apr\u00e8s 10 minutes d&rsquo;infusion. Posologie : 2 \u00e0 3 tasses par jour, en cure de 2 \u00e0 3 semaines. Usage traditionnel comme antispasmodique et s\u00e9datif l\u00e9ger.<\/p>\n<h3>B. Poudre de racine<\/h3>\n<p>La poudre micronis\u00e9e de racine peut \u00eatre conditionn\u00e9e en g\u00e9lules de 250 \u00e0 500 mg. Posologie traditionnelle : 2 \u00e0 4 g\u00e9lules par jour (soit 1 \u00e0 2 g de poudre par jour), r\u00e9parties en 2 prises, au moment des repas.<\/p>\n<h3>C. Teinture-m\u00e8re (TM)<\/h3>\n<p>Pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir de racines fra\u00eeches ou de p\u00e9tales frais dans de l&rsquo;alcool \u00e0 60\u00b0 selon la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise. Posologie : 20 \u00e0 40 gouttes, 2 \u00e0 3 fois par jour, dilu\u00e9es dans un verre d&rsquo;eau.<\/p>\n<h3>D. Infusion de p\u00e9tales<\/h3>\n<p>Infuser 5 \u00e0 10 g de p\u00e9tales s\u00e9ch\u00e9s dans 250 mL d&rsquo;eau fr\u00e9missante pendant 10 minutes. Filtrer. La tisane de p\u00e9tales de pivoine est traditionnellement utilis\u00e9e comme s\u00e9datif l\u00e9ger et antitussif. Posologie : 2 \u00e0 3 tasses par jour, le soir de pr\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<h3>E. Extrait standardis\u00e9<\/h3>\n<p>Les extraits standardis\u00e9s en paeoniflorine (30-50 % de paeoniflorine) sont utilis\u00e9s en m\u00e9decine chinoise sous forme de comprim\u00e9s ou de g\u00e9lules. Posologie des pr\u00e9parations commercialis\u00e9es (TGP) : 0,6 \u00e0 1,8 g par jour en 3 prises. Ces pr\u00e9parations ne sont pas directement disponibles en France mais peuvent \u00eatre obtenues dans les pharmacies sp\u00e9cialis\u00e9es en m\u00e9decine traditionnelle chinoise.<\/p>\n<h3>F. Usage hom\u00e9opathique<\/h3>\n<p><em>Paeonia officinalis<\/em> est une souche hom\u00e9opathique inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise, pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir de la racine fra\u00eeche. Indications principales en hom\u00e9opathie : fissures anales, h\u00e9morro\u00efdes, cauchemars et terreurs nocturnes. Dilutions couramment prescrites : 5 CH \u00e0 15 CH, 3 \u00e0 5 granules 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<h3>A. Toxicit\u00e9<\/h3>\n<p>La pivoine officinale est consid\u00e9r\u00e9e comme une plante de toxicit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, n\u00e9cessitant le respect des doses th\u00e9rapeutiques. La paeoniflorine pr\u00e9sente une faible toxicit\u00e9 aigu\u00eb (DL<sub>50<\/sub> orale chez la souris : sup\u00e9rieure \u00e0 9 g\/kg). Le paeonol est plus toxique (DL<sub>50<\/sub> orale chez la souris : environ 3,4 g\/kg), mais reste bien en de\u00e7\u00e0 des concentrations atteintes par l&rsquo;usage th\u00e9rapeutique normal. La plante n&rsquo;est pas class\u00e9e parmi les plantes toxiques par les centres antipoison fran\u00e7ais.<\/p>\n<h3>B. Contre-indications<\/h3>\n<ul>\n<li>Grossesse : formellement contre-indiqu\u00e9e \u2014 la paeoniflorine est ut\u00e9rotonique et emm\u00e9nagogue ; risque th\u00e9orique d&rsquo;avortement<\/li>\n<li>Allaitement : d\u00e9conseill\u00e9e par principe de pr\u00e9caution<\/li>\n<li>Enfants de moins de 12 ans : en l&rsquo;absence de donn\u00e9es p\u00e9diatriques<\/li>\n<li>Troubles de la coagulation ou traitement anticoagulant : la paeoniflorine poss\u00e8de une activit\u00e9 antiagr\u00e9gante plaquettaire <em>in vitro<\/em><\/li>\n<li>P\u00e9riode pr\u00e9op\u00e9ratoire : suspendre l&rsquo;usage 2 semaines avant une intervention chirurgicale programm\u00e9e (risque h\u00e9morragique th\u00e9orique)<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Anticoagulants et antiagr\u00e9gants plaquettaires<\/strong> (warfarine, aspirine, clopidogrel) : potentialisation th\u00e9orique de l&rsquo;effet antithrombotique<\/li>\n<li><strong>Benzodiaz\u00e9pines et hypnotiques<\/strong> : potentialisation de l&rsquo;effet s\u00e9datif (synergie GABAergique)<\/li>\n<li><strong>Anti\u00e9pileptiques<\/strong> : interaction th\u00e9orique possible, surveillance recommand\u00e9e<\/li>\n<li><strong>Ph\u00e9nyto\u00efne<\/strong> : la paeoniflorine pourrait modifier le m\u00e9tabolisme h\u00e9patique de la ph\u00e9nyto\u00efne (donn\u00e9es animales)<\/li>\n<\/ul>\n<h3>D. Effets ind\u00e9sirables<\/h3>\n<p>Les effets ind\u00e9sirables rapport\u00e9s aux doses th\u00e9rapeutiques sont rares : naus\u00e9es, diarrh\u00e9e, \u00e9ruption cutan\u00e9e occasionnelle. \u00c0 doses \u00e9lev\u00e9es, les tanins peuvent provoquer une irritation gastrique. L&rsquo;ingestion de grandes quantit\u00e9s de racine fra\u00eeche (non s\u00e9ch\u00e9e) pourrait th\u00e9oriquement provoquer des troubles digestifs plus marqu\u00e9s (vomissements, coliques).<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<h3>A. Usages alimentaires<\/h3>\n<p>Les p\u00e9tales de pivoine sont comestibles et utilis\u00e9s depuis des si\u00e8cles pour parfumer et colorer les pr\u00e9parations culinaires. Dans la cuisine m\u00e9di\u00e9vale europ\u00e9enne, les p\u00e9tales de pivoine \u00e9taient ajout\u00e9s aux salades, aux confitures et aux boissons aromatis\u00e9es. En Provence, une confiture de p\u00e9tales de pivoine est encore pr\u00e9par\u00e9e artisanalement. Les p\u00e9tales frais peuvent \u00eatre cristallis\u00e9s au sucre pour d\u00e9corer les p\u00e2tisseries.<\/p>\n<p>En Chine, les p\u00e9tales de pivoine sont utilis\u00e9s dans la cuisine traditionnelle du Luoyang (province du Henan, \u00ab capitale de la pivoine \u00bb) : soupe de p\u00e9tales, beignets de pivoine, th\u00e9 de pivoine. Les racines de <em>P. lactiflora<\/em> entrent dans la composition de nombreuses soupes m\u00e9dicinales de la cuisine-pharmacop\u00e9e chinoise.<\/p>\n<h3>B. Traditions populaires et ethnobotanique<\/h3>\n<p>L&rsquo;usage le plus c\u00e9l\u00e8bre de la pivoine dans l&rsquo;ethnom\u00e9decine europ\u00e9enne est le <strong>collier de graines anti-\u00e9pileptique<\/strong>. Cette pratique, document\u00e9e depuis Galien (II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) et persistant jusqu&rsquo;au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dans les campagnes fran\u00e7aises, consistait \u00e0 enfiler les graines noires de pivoine en collier et \u00e0 le suspendre au cou des enfants \u00e9pileptiques ou sujets aux convulsions f\u00e9briles. La racine de pivoine, port\u00e9e en amulette ou r\u00e9duite en poudre dans un sachet de tissu autour du cou, servait le m\u00eame usage. Si la dimension magique de cette pratique est \u00e9vidente, la lib\u00e9ration de compos\u00e9s volatils (paeonol) par les graines pourrait constituer une forme rudimentaire d&rsquo;aromath\u00e9rapie antispasmodique.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine populaire proven\u00e7ale, la d\u00e9coction de racine de pivoine \u00e9tait prescrite contre les \u00ab vapeurs \u00bb (troubles nerveux f\u00e9minins), les convulsions infantiles, la coqueluche, les maux de dents et les cauchemars. En Italie m\u00e9ridionale, la pivoine \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e prot\u00e9ger du mauvais \u0153il et des mauvais esprits \u2014 on plantait un pied de pivoine pr\u00e8s de la porte d&rsquo;entr\u00e9e de la maison.<\/p>\n<p>La pivoine occupe une place centrale dans la symbolique culturelle europ\u00e9enne et asiatique : symbole de beaut\u00e9, de richesse et de noblesse en Chine (fleur nationale officieuse), elle est associ\u00e9e en Europe \u00e0 la gu\u00e9rison, \u00e0 la protection et \u00e0 la Vierge Marie (\u00ab rose de Notre-Dame \u00bb dans la tradition chr\u00e9tienne m\u00e9di\u00e9vale).<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>La pivoine officinale pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique multiple dans les \u00e9cosyst\u00e8mes montagnards m\u00e9diterran\u00e9ens qu&rsquo;elle habite. Sa floraison printani\u00e8re spectaculaire (mai-juin) constitue une ressource alimentaire importante pour les pollinisateurs en altitude, \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 les ressources florales sont encore limit\u00e9es. Les fleurs, riches en pollen (150-300 \u00e9tamines par fleur), attirent une entomofaune diversifi\u00e9e : col\u00e9opt\u00e8res floricoles (c\u00e9toines, clairons), abeilles sauvages (<em>Andrena<\/em>, <em>Osmia<\/em>), bourdons et syrphes.<\/p>\n<p>Les graines, d&rsquo;abord rouges puis noires, pr\u00e9sentent un dimorphisme chromatique qui constitue un signal visuel fort pour les oiseaux frugivores (merles, grives, geais), qui contribuent \u00e0 la dispersion des graines (ornithochorie). Ce mode de dispersion conf\u00e8re \u00e0 la pivoine un potentiel de colonisation de sites \u00e9loign\u00e9s, bien que la germination lente et les exigences \u00e9cologiques strictes limitent l&rsquo;\u00e9tablissement effectif.<\/p>\n<p>Comme esp\u00e8ce indicatrice de milieux ouverts thermophiles sur calcaire, la pivoine officinale signale des habitats de grande valeur patrimoniale (pelouses calcicoles, lisi\u00e8res de ch\u00eanaies pubescentes) qui h\u00e9bergent un cort\u00e8ge d&rsquo;esp\u00e8ces remarquables. La pr\u00e9sence de la pivoine dans une station est souvent corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une richesse floristique et entomologique \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>La conservation de <em>Paeonia officinalis<\/em> en France passe par le maintien de milieux ouverts ou semi-ouverts (p\u00e2turage extensif, d\u00e9broussaillage s\u00e9lectif), la protection stricte des stations contre la cueillette (ramassage des fleurs et des racines) et la sensibilisation du public. La culture en jardin constitue une forme de conservation ex situ appr\u00e9ciable, les cultivars horticoles d\u00e9rivant directement de l&rsquo;esp\u00e8ce sauvage.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<p>Plusieurs esp\u00e8ces de pivoines sauvages coexistent en Europe et peuvent pr\u00eater \u00e0 confusion :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><em>Paeonia mascula<\/em> (L.) Mill. (pivoine m\u00e2le) :<\/strong> esp\u00e8ce la plus fr\u00e9quemment confondue avec <em>P. officinalis<\/em>. Elle se distingue par ses folioles enti\u00e8res (non divis\u00e9es), plus larges et moins nombreuses (9 folioles au maximum contre 15-17 chez <em>P. officinalis<\/em>), et par ses carpelles glabres ou faiblement pubescents (non dens\u00e9ment tomenteux). Pr\u00e9sente en Corse, dans le Midi et dans l&rsquo;Ouest de la France. Les deux esp\u00e8ces sont utilisables en phytoth\u00e9rapie.<\/li>\n<li><strong><em>Paeonia peregrina<\/em> Mill. (pivoine voyageuse) :<\/strong> esp\u00e8ce balkanique \u00e0 fleurs rouge \u00e9carlate (et non pourpre), \u00e0 folioles enti\u00e8res et luisantes, \u00e0 carpelles glabres. Parfois cultiv\u00e9e et naturalis\u00e9e en Europe occidentale. La distinction avec <em>P. officinalis<\/em> repose sur les folioles enti\u00e8res (non divis\u00e9es).<\/li>\n<li><strong><em>Paeonia lactiflora<\/em> Pall. (pivoine de Chine) :<\/strong> esp\u00e8ce asiatique tr\u00e8s cultiv\u00e9e, \u00e0 fleurs blanches \u00e0 rose p\u00e2le (rarement rouges), \u00e0 carpelles glabres. Tr\u00e8s hybrid\u00e9e avec <em>P. officinalis<\/em> en horticulture. La distinction en jardin peut \u00eatre difficile, mais les populations sauvages ne sont pas confondables (esp\u00e8ce absente de la flore spontan\u00e9e europ\u00e9enne).<\/li>\n<li><strong><em>Paeonia corallina<\/em> Retz. :<\/strong> nom parfois utilis\u00e9 comme synonyme de <em>P. mascula<\/em> subsp. <em>mascula<\/em>, source de confusion nomenclaturale fr\u00e9quente dans la litt\u00e9rature ancienne.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour la r\u00e9colte \u00e0 vis\u00e9e th\u00e9rapeutique, il est essentiel de s&rsquo;assurer de l&rsquo;identit\u00e9 botanique pr\u00e9cise de l&rsquo;esp\u00e8ce, en examinant attentivement les caract\u00e8res foliaires (feuilles bitern\u00e9es \u00e0 segments divis\u00e9s chez <em>P. officinalis<\/em> vs segments entiers chez <em>P. mascula<\/em>) et la pilosit\u00e9 des carpelles (tomentum dense chez <em>P. officinalis<\/em>). La r\u00e9colte en milieu naturel est de toute fa\u00e7on \u00e0 proscrire compte tenu du statut de conservation d\u00e9favorable de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La pivoine officinale (<em>Paeonia officinalis<\/em> L.) constitue une drogue v\u00e9g\u00e9tale d&rsquo;int\u00e9r\u00eat historique majeur en pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, dont la r\u00e9\u00e9valuation \u00e0 la lumi\u00e8re de la pharmacologie moderne r\u00e9v\u00e8le un potentiel th\u00e9rapeutique remarquable. Le couple <strong>paeoniflorine<\/strong>&#8211;<strong>paeonol<\/strong> conf\u00e8re \u00e0 la racine un profil pharmacodynamique unique, associant des propri\u00e9t\u00e9s antispasmodiques (modulation GABAergique, inhibition calcique), s\u00e9datives (modulation s\u00e9rotoninergique et glutamatergique), anti-inflammatoires (inhibition NF-\u03baB, COX-2, PLA<sub>2<\/sub>) et neuroprotectrices (anti-excitotoxicit\u00e9, anti-apoptose neuronale).<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es mol\u00e9culaires apportent une rationalit\u00e9 inattendue \u00e0 l&rsquo;usage multi-mill\u00e9naire de la pivoine contre l&rsquo;\u00e9pilepsie et les affections nerveuses, longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme une superstition. Si les preuves cliniques directes sur <em>P. officinalis<\/em> restent \u00e0 construire, les donn\u00e9es cliniques obtenues avec les esp\u00e8ces chinoises apparent\u00e9es (<em>P. lactiflora<\/em>) dans la polyarthrite rhumato\u00efde et les dysm\u00e9norrh\u00e9es sont encourageantes et ouvrent des pistes de recherche pour l&rsquo;esp\u00e8ce europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Le statut de conservation d\u00e9favorable de <em>P. officinalis<\/em> en France et en Europe constitue un obstacle majeur \u00e0 l&rsquo;exploitation th\u00e9rapeutique de la ressource sauvage. L&rsquo;avenir pharmacognosique de cette esp\u00e8ce passe n\u00e9cessairement par la culture, la domestication et la standardisation des extraits, dans une logique de valorisation durable du patrimoine phytoth\u00e9rapeutique europ\u00e9en. La pivoine officinale illustre ainsi exemplairement la n\u00e9cessit\u00e9 de concilier conservation de la biodiversit\u00e9 et exploitation raisonn\u00e9e des plantes m\u00e9dicinales.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5<sup>e<\/sup> \u00e9d. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc ; 2016.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. (coords). <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>. M\u00e8ze : Biotope \u00c9ditions ; 2014.<\/li>\n<li>Fournier P.-V. <em>Le Livre des Plantes M\u00e9dicinales et V\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>. Paris : Lechevalier ; 1947-1948. 3 vol.<\/li>\n<li>Leclerc H. <em>Pr\u00e9cis de Phytoth\u00e9rapie<\/em>. Paris : Masson ; 1935 (r\u00e9\u00e9d. 1976).<\/li>\n<li>Cazin F.-J. <em>Trait\u00e9 pratique et raisonn\u00e9 des plantes m\u00e9dicinales indig\u00e8nes<\/em>. 3<sup>e<\/sup> \u00e9d. Paris : Lab\u00e9 ; 1868.<\/li>\n<li>He D.Y., Dai S.M. \u00ab Anti-inflammatory and immunomodulatory effects of Paeonia lactiflora Pall., a traditional Chinese herbal medicine \u00bb. <em>Frontiers in Pharmacology<\/em>, 2011 ; 2 : 10.<\/li>\n<li>Zhang L., Wei W. \u00ab Anti-inflammatory and immunoregulatory effects of paeoniflorine and total glucosides of paeony \u00bb. <em>Pharmacology &amp; Therapeutics<\/em>, 2020 ; 207 : 107452.<\/li>\n<li>Hsieh C.L., Cheng C.Y., Tsai T.H. et al. \u00ab Paeonol reduced cerebral infarction involving the superoxide anion and microglia activation in ischemia-reperfusion injured rats \u00bb. <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>, 2006 ; 106(2) : 208-215.<\/li>\n<li>Sun G.P., Wang H., Xu S.P. et al. \u00ab Anti-tumor effects of paeonol in a HepA-hepatoma bearing mouse model via induction of tumor cell apoptosis and stimulation of IL-2 and TNF-\u03b1 production \u00bb. <em>European Journal of Pharmacology<\/em>, 2008 ; 584(2-3) : 246-252.<\/li>\n<li>Stearn W.T., Davis P.H. <em>Peonies of Greece: A Taxonomic and Historical Survey of the Genus Paeonia in Greece<\/em>. Kifissia : Goulandris Natural History Museum ; 1984.<\/li>\n<li>Hong D.Y. <em>Peonies of the World: Taxonomy and Phytogeography<\/em>. Kew : Kew Publishing, Royal Botanic Gardens ; 2010.<\/li>\n<li>ESCOP Monographs. <em>The Scientific Foundation for Herbal Medicinal Products<\/em>. 2<sup>e<\/sup> \u00e9d. Stuttgart : Georg Thieme Verlag ; 2003.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise. 11<sup>e<\/sup> \u00e9d. Paris : ANSM.<\/li>\n<li>Rameau J.-C., Mansion D., Dum\u00e9 G. <em>Flore foresti\u00e8re fran\u00e7aise \u2014 Guide \u00e9cologique illustr\u00e9<\/em>. Tome 3 : R\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne. Paris : IDF ; 2008.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Digestif<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pivoine officinale, fleur embl\u00e9matique des jardins d&rsquo;agr\u00e9ment europ\u00e9ens, dissimule sous l&rsquo;opulence de ses corolles une pharmacop\u00e9e mill\u00e9naire dont les racines plongent dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine. 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