{"id":8843,"date":"2026-04-23T12:00:56","date_gmt":"2026-04-23T10:00:56","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/murier-noir\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:10","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:10","slug":"murier-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/murier-noir\/","title":{"rendered":"M\u00dbRIER NOIR"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/M%C3%BBrier%20noir.jpg\" alt=\"Planche botanique M\u00fbrier noir\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Le m\u00fbrier noir, <em>Morus nigra<\/em> L., est un arbre fruitier de la famille des Morac\u00e9es, originaire d&rsquo;Asie occidentale et naturalis\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 dans l&rsquo;ensemble du bassin m\u00e9diterran\u00e9en. Robuste, long\u00e9vif et g\u00e9n\u00e9reux, cet arbre au port \u00e9tal\u00e9 et aux fruits d&rsquo;un pourpre profond a accompagn\u00e9 les civilisations perse, grecque et romaine avant de conqu\u00e9rir l&rsquo;Europe m\u00e9di\u00e9vale, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 largement plant\u00e9 dans les jardins, les vergers monastiques et les cours de ferme. Son destin historique est intimement li\u00e9 \u00e0 celui de la s\u00e9riciculture, bien que la confusion avec le m\u00fbrier blanc (<em>Morus alba<\/em> L.), esp\u00e8ce de pr\u00e9dilection du ver \u00e0 soie, ait longtemps brouill\u00e9 les fronti\u00e8res entre les deux esp\u00e8ces dans la litt\u00e9rature populaire et m\u00eame savante.<\/p>\n<p>Sur le plan pharmacognosique, le m\u00fbrier noir pr\u00e9sente un profil d&rsquo;int\u00e9r\u00eat remarquable reposant sur deux axes compl\u00e9mentaires. D&rsquo;une part, ses feuilles contiennent des iminosucres, en particulier la <strong>1-d\u00e9soxynojirimycine<\/strong> (DNJ), un puissant inhibiteur de l&rsquo;\u03b1-glucosidase intestinale qui conf\u00e8re \u00e0 la plante un potentiel antidiab\u00e9tique document\u00e9. D&rsquo;autre part, ses fruits, d&rsquo;un noir violac\u00e9 intense, rec\u00e8lent une richesse exceptionnelle en anthocyanes, en <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/resveratrol\/\">resv\u00e9ratrol<\/a> et en autres <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">polyph\u00e9nols<\/a> aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et anti-inflammatoires puissantes. \u00c0 ces vertus s&rsquo;ajoutent des usages traditionnels bien \u00e9tablis \u2014 gargarismes astringents contre les maux de gorge, sirops pectoraux, rem\u00e8des populaires contre les inflammations buccales \u2014 qui fondent une tradition d&rsquo;usage plurimill\u00e9naire. L&rsquo;\u00e9tude de cette esp\u00e8ce offre ainsi une perspective pharmacognosique originale, au croisement de la biochimie des iminosucres, de la phytochimie des polyph\u00e9nols et de l&rsquo;ethnobotanique m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<h3>A. Classification<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<\/li>\n<li><strong>Clade :<\/strong> Angiospermes \u2014 Eudicotyl\u00e9dones \u2014 Rosid\u00e9es<\/li>\n<li><strong>Ordre :<\/strong> Rosales<\/li>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Moraceae Gaudich.<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Morus<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Morus nigra<\/em> L. (1753)<\/li>\n<\/ul>\n<p>La famille des Moraceae comprend environ 40 genres et 1 100 esp\u00e8ces, principalement tropicales et subtropicales, incluant des genres aussi divers que <em>Ficus<\/em> (figuiers), <em>Artocarpus<\/em> (arbre \u00e0 pain, jacquier), <em>Broussonetia<\/em> (m\u00fbrier \u00e0 papier) et <em>Maclura<\/em> (oranger des Osages). Le genre <em>Morus<\/em> compte une douzaine d&rsquo;esp\u00e8ces reconnues, r\u00e9parties dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es et subtropicales de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord, dont les principales sont <em>M. alba<\/em> L. (m\u00fbrier blanc), <em>M. nigra<\/em> L. (m\u00fbrier noir), <em>M. rubra<\/em> L. (m\u00fbrier rouge d&rsquo;Am\u00e9rique) et <em>M. australis<\/em> Poir.<\/p>\n<h3>B. Noms vernaculaires<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais : m\u00fbrier noir, m\u00fbre noire (le fruit). En anglais : <em>black mulberry<\/em>. En allemand : <em>Schwarzer Maulbeerbaum<\/em>. En espagnol : <em>morera negra<\/em>, <em>moral<\/em>. En italien : <em>gelso nero<\/em>. En arabe : <em>t\u016bt aswad<\/em> (\u062a\u0648\u062a \u0623\u0633\u0648\u062f). En persan : <em>t\u016bt siy\u0101h<\/em>. En grec : \u03bc\u03bf\u03c5\u03c1\u03b9\u03ac (<em>mouri\u00e1<\/em>).<\/p>\n<h3>C. \u00c9tymologie<\/h3>\n<p>Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Morus<\/em> d\u00e9rive du latin <em>morus<\/em>, emprunt\u00e9 au grec \u03bc\u03cc\u03c1\u03bf\u03bd (<em>moron<\/em>), d\u00e9signant la m\u00fbre du m\u00fbrier. Ce terme est peut-\u00eatre apparent\u00e9 au grec \u03bc\u03b1\u1fe6\u03c1\u03bf\u03c2 (<em>mauros<\/em>), \u00ab sombre, noir \u00bb. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>nigra<\/em>, du latin \u00ab noir \u00bb, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur des fruits m\u00fbrs. \u00c0 noter que le terme fran\u00e7ais \u00ab m\u00fbre \u00bb d\u00e9signe \u00e0 la fois le fruit du m\u00fbrier (<em>Morus<\/em>) et celui de la ronce (<em>Rubus<\/em>), source de confusion fr\u00e9quente ; le terme \u00ab m\u00fbre de m\u00fbrier \u00bb est plus pr\u00e9cis.<\/p>\n<h3>D. Distinction avec Morus alba<\/h3>\n<p>La distinction entre <em>M. nigra<\/em> et <em>M. alba<\/em> est fondamentale tant sur le plan botanique que pharmacognosique. <em>Morus alba<\/em>, le m\u00fbrier blanc, originaire de Chine, a \u00e9t\u00e9 introduit en Europe au XII<sup>e<\/sup>-XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sp\u00e9cifiquement pour l&rsquo;\u00e9levage du ver \u00e0 soie (<em>Bombyx mori<\/em>), dont il est la plante nourrici\u00e8re exclusive. <em>M. nigra<\/em>, plus ancien en Europe m\u00e9diterran\u00e9enne, a toujours \u00e9t\u00e9 cultiv\u00e9 principalement pour ses fruits. Les deux esp\u00e8ces s&rsquo;hybrident facilement, ce qui complique la taxonomie. Les principaux crit\u00e8res distinctifs sont :<\/p>\n<ul>\n<li><em>M. nigra<\/em> : feuilles \u00e9paisses, rugueuses, cordiformes, \u00e0 face inf\u00e9rieure pubescente ; fruits gros (2-3 cm), violet-noir, tr\u00e8s juteux et tachants, \u00e0 saveur acidul\u00e9e<\/li>\n<li><em>M. alba<\/em> : feuilles plus minces, lisses, souvent lob\u00e9es, \u00e0 face inf\u00e9rieure glabre ou peu pubescente ; fruits plus petits (1-2 cm), blancs, ros\u00e9s ou pourpres selon les vari\u00e9t\u00e9s, plus sucr\u00e9s et moins acides<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p>Le m\u00fbrier noir est un arbre de taille moyenne, atteignant 8 \u00e0 15 m\u00e8tres de hauteur (rarement 20 m), \u00e0 croissance lente et \u00e0 tr\u00e8s grande long\u00e9vit\u00e9 \u2014 des sp\u00e9cimens de 300 \u00e0 500 ans sont document\u00e9s en Italie, en Gr\u00e8ce et en Iran. Le tronc est court, robuste, souvent tortueux et noueux, pouvant atteindre 1 m de diam\u00e8tre. L&rsquo;\u00e9corce est brun-orang\u00e9 \u00e0 gris fonc\u00e9, \u00e9paisse, profond\u00e9ment fissur\u00e9e et crevass\u00e9e longitudinalement avec l&rsquo;\u00e2ge, se d\u00e9tachant parfois en lambeaux irr\u00e9guliers. Le houppier est large, \u00e9tal\u00e9, arrondi, dense, formant une cime ample et ombrageuse. La ramification est sympodiale, les branches ma\u00eetresses \u00e9tant souvent contourn\u00e9es et retombantes \u00e0 leur extr\u00e9mit\u00e9.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Rameaux :<\/strong> Les jeunes rameaux sont pubescents, vert-gris\u00e2tre, devenant brun-gris et glabres avec l&rsquo;\u00e2ge. Les bourgeons sont ovo\u00efdes, petits (3-5 mm), brun rouge\u00e2tre, \u00e0 \u00e9cailles cili\u00e9es. Tous les organes v\u00e9g\u00e9tatifs contiennent un latex blanc, caract\u00e9ristique de la famille des Morac\u00e9es, qui s&rsquo;\u00e9coule \u00e0 la cassure.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> Les feuilles sont alternes, simples, caduques, \u00e0 p\u00e9tiole pubescent de 1,5 \u00e0 3 cm. Le limbe est cordiforme \u00e0 largement ovale, de 6 \u00e0 20 cm de longueur et 5 \u00e0 15 cm de largeur, parfois faiblement lob\u00e9 (2-3 lobes peu profonds), \u00e0 marge irr\u00e9guli\u00e8rement dent\u00e9e-cr\u00e9nel\u00e9e. La face sup\u00e9rieure est vert fonc\u00e9, rugueuse au toucher en raison de trichomes courts et rudes (poils de cystolithe). La face inf\u00e9rieure est plus claire, dens\u00e9ment pubescente, douce au toucher. La nervation est penn\u00e9e, saillante sur la face inf\u00e9rieure, avec 4 \u00e0 6 paires de nervures secondaires. Les feuilles jaunissent en automne avant de tomber.<\/p>\n<p><strong>Racines :<\/strong> Le syst\u00e8me racinaire est pivotant puis tra\u00e7ant, puissant, p\u00e9n\u00e9trant profond\u00e9ment dans le sol (jusqu&rsquo;\u00e0 3-4 m) et s&rsquo;\u00e9tendant largement autour du tronc. Les racines sont orang\u00e9es \u00e0 la coupe, contenant un pigment carot\u00e9no\u00efdique. L&rsquo;arbre est tr\u00e8s solidement ancr\u00e9 et r\u00e9sistant au vent.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> L&rsquo;esp\u00e8ce est mono\u00efque, portant des inflorescences m\u00e2les et femelles s\u00e9par\u00e9es sur le m\u00eame arbre. Les inflorescences m\u00e2les sont des chatons cylindriques pendants, de 2 \u00e0 4 cm de longueur, vert jaun\u00e2tre, \u00e0 fleurs dens\u00e9ment group\u00e9es. Les inflorescences femelles sont des chatons plus courts et plus compacts, ovo\u00efdes, de 1 \u00e0 2 cm, dress\u00e9s puis pendants.<\/p>\n<p><strong>Fleurs m\u00e2les :<\/strong> Petites, ap\u00e9tales, compos\u00e9es de 4 t\u00e9pales verd\u00e2tres et de 4 \u00e9tamines \u00e0 filets \u00e9lastiques. Lors de la d\u00e9hiscence des anth\u00e8res, les filets se d\u00e9tendent brusquement (mouvement catapultaire), projetant le pollen dans l&rsquo;air \u2014 adaptation \u00e0 la pollinisation an\u00e9mophile.<\/p>\n<p><strong>Fleurs femelles :<\/strong> Petites, ap\u00e9tales, \u00e0 4 t\u00e9pales charnus devenant accrescent autour du fruit, et un ovaire sup\u00e8re uniloculaire contenant un seul ovule pendant. Le style est court, bifide, \u00e0 2 stigmates filiformes papilleux.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> Le fruit est un <strong>sorosis<\/strong> (faux fruit compos\u00e9), r\u00e9sultant de la coalescence des t\u00e9pales charnus, juteux et color\u00e9s, de l&rsquo;ensemble des fleurs femelles de l&rsquo;inflorescence. Chaque \u00ab grain \u00bb correspond \u00e0 un ak\u00e8ne minuscule envelopp\u00e9 par les t\u00e9pales devenus succulents. Le sorosis est ovo\u00efde \u00e0 cylindrique, de 2 \u00e0 3 cm de longueur, d&rsquo;abord vert, puis rouge, enfin violet-noir \u00e0 maturit\u00e9 compl\u00e8te. La chair est tr\u00e8s juteuse, pourpre-noir, intens\u00e9ment tachante, \u00e0 saveur sucr\u00e9e-acidul\u00e9e caract\u00e9ristique, rappelant la m\u00fbre de ronce avec une note vineuse. La maturation est \u00e9chelonn\u00e9e de juillet \u00e0 septembre.<\/p>\n<p><strong>Graines :<\/strong> Les ak\u00e8nes v\u00e9ritables, noy\u00e9s dans la chair des t\u00e9pales, contiennent chacun une petite graine lenticulaire (1-2 mm), brun jaun\u00e2tre, \u00e0 t\u00e9gument dur.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie et biologie reproductive<\/h3>\n<p>La feuillaison est tardive (fin avril-mai), faisant du m\u00fbrier noir l&rsquo;un des derniers arbres \u00e0 d\u00e9bourrer, ce qui le prot\u00e8ge des gel\u00e9es printani\u00e8res. Les anciens consid\u00e9raient que le d\u00e9bourrement du m\u00fbrier signalait la fin d\u00e9finitive des froids : \u00ab Quand le m\u00fbrier se v\u00eat, plus de froid \u00e0 craindre. \u00bb La floraison a lieu en mai-juin, les inflorescences m\u00e2les apparaissant l\u00e9g\u00e8rement avant les femelles (protandrie). La pollinisation est principalement an\u00e9mophile (le pollen est l\u00e9ger et abondant), mais les insectes participent accessoirement. La fructification s&rsquo;\u00e9tale de juillet \u00e0 septembre. L&rsquo;arbre commence \u00e0 fructifier vers l&rsquo;\u00e2ge de 8 \u00e0 15 ans et reste productif pendant des si\u00e8cles.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p><em>Morus nigra<\/em> est un arbre m\u00e9sophile, h\u00e9liophile, thermophile, qui affectionne les sols profonds, fertiles, frais mais bien drain\u00e9s, \u00e0 pH neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement calcaire. Il tol\u00e8re une gamme assez large de substrats (argilo-calcaires, limons, sols alluviaux) mais souffre en terrain acide, compact\u00e9 ou hydromorphe. Il supporte la s\u00e9cheresse estivale mod\u00e9r\u00e9e une fois bien enracin\u00e9 mais pr\u00e9f\u00e8re les situations abrit\u00e9es des vents froids. Sa rusticit\u00e9 hivernale est bonne jusqu&rsquo;\u00e0 -15 \u00e0 -20\u00b0C en zone abrit\u00e9e, mais les jeunes sujets sont plus sensibles. Il peut \u00eatre cultiv\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 600-800 m d&rsquo;altitude en climat m\u00e9diterran\u00e9en, moins en climat continental.<\/p>\n<h3>B. Distribution g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;aire d&rsquo;origine de <em>Morus nigra<\/em> est discut\u00e9e. L&rsquo;hypoth\u00e8se dominante situe son berceau en Asie occidentale, dans une zone allant de l&rsquo;Iran au Caucase et \u00e0 l&rsquo;Asie Mineure (actuelle Turquie). La distinction entre populations v\u00e9ritablement indig\u00e8nes et populations anciennes introduites est rendue difficile par des mill\u00e9naires de culture. Le m\u00fbrier noir a \u00e9t\u00e9 introduit dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 grecque, puis diffus\u00e9 par les Romains dans tout l&rsquo;Empire. Il est aujourd&rsquo;hui naturalis\u00e9 dans la plupart des pays du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en, en Europe centrale et occidentale jusqu&rsquo;au sud de l&rsquo;Angleterre.<\/p>\n<p><strong>En France<\/strong>, le m\u00fbrier noir est naturalis\u00e9 de longue date dans tout le Midi (Provence, Languedoc, Roussillon, vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, sud-ouest), o\u00f9 il persiste dans les jardins anciens, les ruines, les haies et les vergers abandonn\u00e9s. Il est plus rare dans le nord mais cultivable jusqu&rsquo;en \u00cele-de-France et en Val de Loire. Des sp\u00e9cimens centenaires subsistent dans de nombreux villages proven\u00e7aux, corses et languedociens. Il est \u00e9galement pr\u00e9sent en Corse. L&rsquo;esp\u00e8ce est consid\u00e9r\u00e9e comme arch\u00e9ophyte (introduite avant 1500) en France m\u00e9diterran\u00e9enne. Son statut de plante cultiv\u00e9e subspontan\u00e9e emp\u00eache son inclusion dans les inventaires de flore indig\u00e8ne stricto sensu, mais sa naturalisation multi-s\u00e9culaire est incontestable.<\/p>\n<h3>C. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>En tant qu&rsquo;arbre cultiv\u00e9 et naturalis\u00e9, <em>Morus nigra<\/em> ne d\u00e9finit pas d&rsquo;association v\u00e9g\u00e9tale naturelle. Dans les paysages ruraux m\u00e9diterran\u00e9ens, il s&rsquo;inscrit dans les cort\u00e8ges des esp\u00e8ces arboricoles traditionnelles aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;olivier (<em>Olea europaea<\/em>), du figuier (<em>Ficus carica<\/em>), de l&rsquo;amandier (<em>Prunus dulcis<\/em>) et du grenadier (<em>Punica granatum<\/em>). Dans les situations de subspontan\u00e9it\u00e9, il se rencontre dans les haies, les lisi\u00e8res thermophiles et les friches p\u00e9ri-urbaines, en compagnie de <em>Ficus carica<\/em>, <em>Celtis australis<\/em> (micocoulier), <em>Ulmus minor<\/em> (orme champ\u00eatre) et <em>Sambucus nigra<\/em> (sureau noir).<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Plusieurs organes de <em>Morus nigra<\/em> sont utilis\u00e9s en pharmacognosie et en phytoth\u00e9rapie traditionnelle :<\/p>\n<p><strong>Feuilles<\/strong> (<em>Mori nigrae folium<\/em>) : r\u00e9colt\u00e9es en \u00e9t\u00e9 (juin-ao\u00fbt), pendant la phase de croissance active, lorsque la teneur en <strong>1-d\u00e9soxynojirimycine<\/strong> est maximale. Elles sont s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ombre ou en \u00e9tuve \u00e0 basse temp\u00e9rature (35-40\u00b0C) pour pr\u00e9server les iminosucres thermolabiles. La drogue s\u00e8che se pr\u00e9sente sous forme de feuilles enti\u00e8res ou fragment\u00e9es, vert-gris, \u00e0 odeur faible et saveur l\u00e9g\u00e8rement am\u00e8re et astringente.<\/p>\n<p><strong>Fruits<\/strong> (<em>Mori nigrae fructus<\/em>) : r\u00e9colt\u00e9s \u00e0 pleine maturit\u00e9 (ao\u00fbt-septembre), lorsqu&rsquo;ils sont violet-noir, juteux et se d\u00e9tachent facilement de l&rsquo;arbre. Utilis\u00e9s frais ou transform\u00e9s (sirop, confiture, vin, vinaigre), rarement s\u00e9ch\u00e9s en raison de leur teneur en eau \u00e9lev\u00e9e. Le <strong>sirop de m\u00fbres<\/strong> (<em>Syrupus Mori<\/em>) est une pr\u00e9paration officinale traditionnelle.<\/p>\n<p><strong>\u00c9corce de la racine<\/strong> (<em>Mori nigrae radicis cortex<\/em>) : r\u00e9colt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;automne ou au d\u00e9but du printemps sur des racines secondaires. S\u00e9ch\u00e9e, elle se pr\u00e9sente en morceaux fibreux, brun-orang\u00e9. Utilis\u00e9e dans la m\u00e9decine traditionnelle chinoise (sous le nom de <em>sang bai pi<\/em>, qui d\u00e9signe toutefois principalement l&rsquo;\u00e9corce de racine de <em>M. alba<\/em>).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Iminosucres (feuilles)<\/h3>\n<p>La d\u00e9couverte majeure concernant la phytochimie des feuilles de m\u00fbrier est la pr\u00e9sence d&rsquo;<strong>iminosucres<\/strong> (azasucres), analogues structuraux de monosaccharides dans lesquels l&rsquo;oxyg\u00e8ne endocyclique est remplac\u00e9 par un atome d&rsquo;azote. Le compos\u00e9 principal est la <strong>1-d\u00e9soxynojirimycine<\/strong> (<strong>DNJ<\/strong>), un polyhydroxypip\u00e9ridine mimant le glucose. Sa teneur dans les feuilles s\u00e8ches de <em>M. nigra<\/em> varie de 0,05 \u00e0 0,3 % selon les conditions de culture, le stade ph\u00e9nologique et le g\u00e9notype (les teneurs sont comparables voire inf\u00e9rieures \u00e0 celles de <em>M. alba<\/em>). D&rsquo;autres iminosucres apparent\u00e9s sont pr\u00e9sents :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>N-m\u00e9thyl-1-d\u00e9soxynojirimycine<\/strong> (N-Me-DNJ)<\/li>\n<li><strong>Fagomine<\/strong> (1,2-did\u00e9soxynojirimycine)<\/li>\n<li><strong>1,4-did\u00e9soxy-1,4-imino-D-arabinitol<\/strong> (DAB)<\/li>\n<li><strong>Calystegiine B2<\/strong> \u2014 nortropane polyhydroxyl\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Anthocyanes et polyph\u00e9nols (fruits)<\/h3>\n<p>Les fruits de <em>M. nigra<\/em> doivent leur couleur pourpre-noir intense \u00e0 une teneur \u00e9lev\u00e9e en <strong>anthocyanes<\/strong> (anthocyanosides), dont les principaux sont :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Cyanidine-3-O-glucoside<\/strong> (chrysanth\u00e9mine) \u2014 anthocyane majoritaire<\/li>\n<li><strong>Cyanidine-3-O-rutinoside<\/strong> (k\u00e9racyanine)<\/li>\n<li><strong>P\u00e9largonidine-3-O-glucoside<\/strong> (callist\u00e9phine)<\/li>\n<li><strong>P\u00e9largonidine-3-O-rutinoside<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>La teneur totale en anthocyanes des fruits m\u00fbrs atteint 100 \u00e0 350 mg\/100 g de fruit frais, pla\u00e7ant la m\u00fbre noire parmi les fruits les plus riches en ces pigments, au m\u00eame niveau que la myrtille sauvage (<em>Vaccinium myrtillus<\/em>).<\/p>\n<p>Les fruits contiennent \u00e9galement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Resv\u00e9ratrol<\/strong> (trans-3,5,4&prime;-trihydroxystilb\u00e8ne) et son glucoside la <strong>pic\u00e9ide<\/strong> \u2014 stilb\u00e8nes aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et cardioprotectrices, \u00e0 des concentrations de 1 \u00e0 5 mg\/100 g de fruit frais<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">Acide chlorog\u00e9nique<\/a><\/strong>, <strong>acide n\u00e9ochlorog\u00e9nique<\/strong> et <strong>acide caf\u00e9ique<\/strong> \u2014 acides hydroxycinnamiques<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">Rutine<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>-3-O-rutinoside), <strong>isoquercitrine<\/strong> et <strong>querc\u00e9tine<\/strong> \u2014 <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavonols\/\">flavonols<\/a><\/li>\n<li><strong>Acide ellagique<\/strong> et <strong>acide gallique<\/strong> \u2014 tanins hydrolysables<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. Pr\u00e9nylph\u00e9nols (\u00e9corce et bois)<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce de la racine et le bois de c\u0153ur contiennent des flavono\u00efdes pr\u00e9nyl\u00e9s et des stilb\u00e8nes pr\u00e9nyl\u00e9s caract\u00e9ristiques du genre <em>Morus<\/em> :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Morusine<\/strong>, <strong>kuwanone G<\/strong>, <strong>sanggenon D<\/strong> \u2014 pr\u00e9nylflavono\u00efdes \u00e0 activit\u00e9 anti-inflammatoire et antimicrobienne marqu\u00e9e<\/li>\n<li><strong>Oxyresv\u00e9ratrol<\/strong> \u2014 stilb\u00e8ne hydroxyl\u00e9, inhibiteur de la tyrosinase (effet d\u00e9pigmentant)<\/li>\n<li><strong>Moracine M<\/strong> et <strong>moracine P<\/strong> \u2014 benzofuranes<\/li>\n<\/ul>\n<h3>D. Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Acides organiques des fruits :<\/strong> <strong>acide malique<\/strong> (majoritaire), <strong>acide citrique<\/strong>, <strong>acide succinique<\/strong><\/li>\n<li><strong>Sucres :<\/strong> <strong>glucose<\/strong>, <strong>fructose<\/strong>, <strong>saccharose<\/strong> (10 \u00e0 15 % dans le fruit frais)<\/li>\n<li><strong>Vitamines :<\/strong> <strong>acide ascorbique<\/strong> (vitamine C, 15-36 mg\/100 g), <strong>tocoph\u00e9rols<\/strong> (vitamine E)<\/li>\n<li><strong>Min\u00e9raux :<\/strong> potassium, calcium, magn\u00e9sium, fer<\/li>\n<li><strong>Fibres et <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pectines\/\">pectines<\/a><\/strong> dans la pulpe<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Inhibition de l&rsquo;\u03b1-glucosidase (feuilles \u2014 activit\u00e9 antidiab\u00e9tique)<\/h3>\n<p>La <strong>1-d\u00e9soxynojirimycine<\/strong> (DNJ) est un inhibiteur comp\u00e9titif puissant des <strong>\u03b1-glucosidases<\/strong> intestinales (maltase, sucrase, isomaltase) situ\u00e9es sur la bordure en brosse des ent\u00e9rocytes de l&rsquo;intestin gr\u00eale. En mimant la conformation du glucose au site actif de l&rsquo;enzyme, la DNJ bloque la lib\u00e9ration des monosaccharides \u00e0 partir des oligosaccharides alimentaires, retardant ainsi l&rsquo;absorption du glucose et att\u00e9nuant le pic glyc\u00e9mique postprandial. Ce m\u00e9canisme est identique \u00e0 celui de l&rsquo;<strong>acarbose<\/strong> et du <strong>miglitol<\/strong>, m\u00e9dicaments de synth\u00e8se utilis\u00e9s dans le traitement du diab\u00e8te de type 2. La DNJ inhibe \u00e9galement l&rsquo;<strong>\u03b1-amylase<\/strong> pancr\u00e9atique, bien qu&rsquo;avec une affinit\u00e9 moindre. La CI<sub>50<\/sub> de la DNJ sur l&rsquo;\u03b1-glucosidase est de l&rsquo;ordre de 0,1 \u00e0 1 \u03bcM, confirmant une affinit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9 antioxydante (fruits)<\/h3>\n<p>Les anthocyanes et le resv\u00e9ratrol des fruits exercent une puissante activit\u00e9 antioxydante par plusieurs m\u00e9canismes compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<ul>\n<li>Pi\u00e9geage direct des radicaux libres (O<sub>2<\/sub><sup>\u2022\u2212<\/sup>, OH<sup>\u2022<\/sup>, ROO<sup>\u2022<\/sup>) par les groupements hydroxyles des structures ph\u00e9noliques<\/li>\n<li>Ch\u00e9lation des ions m\u00e9talliques pro-oxydants (Fe<sup>2+<\/sup>, Cu<sup>2+<\/sup>), emp\u00eachant la r\u00e9action de Fenton<\/li>\n<li>Activation de la voie <strong>Nrf2\/ARE<\/strong>, induisant l&rsquo;expression des enzymes antioxydantes endog\u00e8nes (<strong>SOD<\/strong>, <strong>GPx<\/strong>, <strong>HO-1<\/strong>)<\/li>\n<li>Inhibition des enzymes pro-oxydantes : <strong>NADPH oxydase<\/strong>, <strong>xanthine oxydase<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>La capacit\u00e9 antioxydante totale (ORAC) des m\u00fbres noires est parmi les plus \u00e9lev\u00e9es des fruits, comparable \u00e0 celle du cassis et de la myrtille.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/h3>\n<p>La <strong>cyanidine-3-O-glucoside<\/strong>, le <strong>resv\u00e9ratrol<\/strong> et les pr\u00e9nylflavono\u00efdes de l&rsquo;\u00e9corce inhibent la voie <strong>NF-\u03baB<\/strong> par stabilisation de l&rsquo;inhibiteur I\u03baB\u03b1, r\u00e9duisant l&rsquo;expression de <strong>COX-2<\/strong>, <strong>iNOS<\/strong>, <strong>TNF-\u03b1<\/strong> et <strong>IL-6<\/strong>. Le resv\u00e9ratrol active les <strong>sirtuines<\/strong> (SIRT1), d\u00e9ac\u00e9tylases NAD<sup>+<\/sup>-d\u00e9pendantes impliqu\u00e9es dans la r\u00e9gulation de l&rsquo;inflammation et du m\u00e9tabolisme cellulaire. La <strong>kuwanone G<\/strong>, pr\u00e9nylflavono\u00efde de l&rsquo;\u00e9corce, inhibe la lib\u00e9ration de <strong>NO<\/strong> (monoxyde d&rsquo;azote) et de <strong>PGE<sub>2<\/sub><\/strong> par les macrophages activ\u00e9s, avec une CI<sub>50<\/sub> de l&rsquo;ordre de 5-10 \u03bcM.<\/p>\n<h3>D. Activit\u00e9 antimicrobienne et astringente<\/h3>\n<p>Les tanins et polyph\u00e9nols du fruit et de l&rsquo;\u00e9corce exercent une activit\u00e9 antimicrobienne mod\u00e9r\u00e9e, justifiant l&rsquo;usage traditionnel en gargarismes. Les <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a> pr\u00e9cipitent les prot\u00e9ines de surface des muqueuses buccales et pharyng\u00e9es, formant une couche protectrice astringente qui limite la prolif\u00e9ration bact\u00e9rienne et r\u00e9duit l&rsquo;inflammation. La <strong>morusine<\/strong> et l&rsquo;<strong>oxyresv\u00e9ratrol<\/strong> ont d\u00e9montr\u00e9 <em>in vitro<\/em> une activit\u00e9 contre <em>Staphylococcus aureus<\/em>, <em>Streptococcus mutans<\/em> et <em>Candida albicans<\/em>.<\/p>\n<h3>E. Activit\u00e9 hypolip\u00e9miante et cardioprotectrice<\/h3>\n<p>Le resv\u00e9ratrol et les anthocyanes des fruits de m\u00fbrier noir exercent des effets cardioprotecteurs par inhibition de l&rsquo;oxydation des LDL, am\u00e9lioration de la fonction endoth\u00e9liale (augmentation de la biodisponibilit\u00e9 du <strong>NO<\/strong> endoth\u00e9lial par activation de la <strong>eNOS<\/strong>) et inhibition de l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire. Les feuilles, via la DNJ, r\u00e9duisent l&rsquo;hyperglyc\u00e9mie postprandiale et, indirectement, le stress glyco-oxydatif contribuant \u00e0 l&rsquo;ath\u00e9rogen\u00e8se.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Astringent<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antidiarrh\u00e9ique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>A. Feuilles de m\u00fbrier et glyc\u00e9mie postprandiale<\/h3>\n<p>Plusieurs essais cliniques ont \u00e9valu\u00e9 l&rsquo;effet des feuilles de m\u00fbrier (principalement <em>M. alba<\/em>, mais extrapolable \u00e0 <em>M. nigra<\/em> compte tenu de la similarit\u00e9 du profil en DNJ) sur la glyc\u00e9mie postprandiale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Kimura et al. (2007)<\/strong> \u2014 Essai crois\u00e9 randomis\u00e9 chez des volontaires sains : la prise de poudre de feuilles de m\u00fbrier (1 g) avant un repas riche en glucides a r\u00e9duit significativement le pic glyc\u00e9mique postprandial de 22 % par rapport au placebo (p &lt; 0,05).<\/li>\n<li><strong>Mudra et al. (2007)<\/strong> \u2014 Essai clinique chez des sujets diab\u00e9tiques de type 2 : l&rsquo;extrait aqueux de feuilles de m\u00fbrier (1 g avant chaque repas pendant 12 semaines) a r\u00e9duit l&rsquo;HbA1c de 0,4 % et la glyc\u00e9mie \u00e0 jeun de 15 mg\/dL par rapport au groupe t\u00e9moin.<\/li>\n<li><strong>Asai et al. (2011)<\/strong> \u2014 Essai contr\u00f4l\u00e9 au Japon : confirmation de la r\u00e9duction de la glyc\u00e9mie et de l&rsquo;insulin\u00e9mie postprandiales par la DNJ (6 mg, correspondant \u00e0 environ 1 g de feuilles s\u00e8ches) chez des sujets pr\u00e9diab\u00e9tiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Usage traditionnel valid\u00e9<\/h3>\n<p>Les gargarismes au sirop ou \u00e0 la d\u00e9coction de m\u00fbres noires pour les maux de gorge, les angines et les inflammations buccales rel\u00e8vent d&rsquo;un usage traditionnel bien \u00e9tabli, reconnu par la Commission E allemande et r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 dans les pharmacop\u00e9es fran\u00e7aises et britanniques anciennes. Le <strong>Sirop de M\u00fbres<\/strong> (<em>Sirupus Mori<\/em>) figurait \u00e0 la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle comme adoucissant et astringent de la muqueuse buccale.<\/p>\n<h3>C. Fruits et stress oxydatif<\/h3>\n<p>Des \u00e9tudes d&rsquo;intervention nutritionnelle chez l&rsquo;homme ont montr\u00e9 qu&rsquo;une consommation r\u00e9guli\u00e8re de baies riches en anthocyanes (dont les m\u00fbres noires) augmente la capacit\u00e9 antioxydante plasmatique, r\u00e9duit les marqueurs du stress oxydatif (malondiald\u00e9hyde, LDL oxyd\u00e9es) et am\u00e9liore la r\u00e9activit\u00e9 vasculaire endoth\u00e9liale, bien que les essais sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>M. nigra<\/em> demeurent limit\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Iminosucres<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>1-d\u00e9soxynojirimycine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>DNJ<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>N-m\u00e9thyl-1-d\u00e9soxynojirimycine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Fagomine<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<h3>A. Infusion de feuilles<\/h3>\n<p>Infuser 2 \u00e0 5 g de feuilles s\u00e9ch\u00e9es dans 250 ml d&rsquo;eau fr\u00e9missante pendant 10 \u00e0 15 minutes. Filtrer. Boire 1 \u00e0 3 tasses par jour, <strong>de pr\u00e9f\u00e9rence 10 \u00e0 15 minutes avant les repas<\/strong> pour optimiser l&rsquo;inhibition de l&rsquo;\u03b1-glucosidase. Indication : hyperglyc\u00e9mie postprandiale, pr\u00e9diab\u00e8te, accompagnement du diab\u00e8te de type 2.<\/p>\n<h3>B. Poudre de feuilles<\/h3>\n<p>Feuilles s\u00e9ch\u00e9es et r\u00e9duites en poudre fine, conditionn\u00e9es en g\u00e9lules de 250 \u00e0 500 mg. Posologie : 1 \u00e0 2 g par jour (2 \u00e0 4 g\u00e9lules), avant les repas. Cette forme permet une standardisation plus ais\u00e9e de la teneur en DNJ.<\/p>\n<h3>C. Extrait standardis\u00e9 de feuilles<\/h3>\n<p>Extrait sec hydro-alcoolique ou aqueux, standardis\u00e9 \u00e0 1-5 % de 1-d\u00e9soxynojirimycine (DNJ). Posologie : 250 \u00e0 500 mg d&rsquo;extrait par jour. Plusieurs sp\u00e9cialit\u00e9s commercialis\u00e9es au Japon et en Europe sous forme de compl\u00e9ments alimentaires.<\/p>\n<h3>D. Sirop de m\u00fbres<\/h3>\n<p>Sirop officinal traditionnel pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 partir du jus de m\u00fbres noires press\u00e9es, additionn\u00e9 de sucre (2 parties de sucre pour 1 partie de jus). Le sirop est d&rsquo;un rouge-noir profond, de saveur sucr\u00e9e-acidul\u00e9e agr\u00e9able. Usage : gargarismes (dilu\u00e9 au 1\/3 dans l&rsquo;eau ti\u00e8de) pour les maux de gorge, les aphtes, les gingivites. Posologie per os : 1 \u00e0 3 cuiller\u00e9es \u00e0 soupe par jour (adoucissant pectoral).<\/p>\n<h3>E. D\u00e9coction d&rsquo;\u00e9corce de racine<\/h3>\n<p>Faire bouillir 5 \u00e0 10 g d&rsquo;\u00e9corce de racine s\u00e9ch\u00e9e dans 500 ml d&rsquo;eau pendant 15 minutes. Filtrer. Usage traditionnel (m\u00e9decine chinoise) : toux, asthme, bronchite. Posologie : 2 \u00e0 3 tasses par jour.<\/p>\n<h3>F. Fruits frais et transform\u00e9s<\/h3>\n<p>Les fruits frais sont consomm\u00e9s tels quels, en jus, en confiture, en coulis ou en vin de m\u00fbres. L&rsquo;apport nutritionnel optimal en anthocyanes est obtenu par une consommation quotidienne de 100 \u00e0 200 g de fruits frais pendant la saison. La cong\u00e9lation pr\u00e9serve correctement les anthocyanes.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<h3>A. Toxicit\u00e9<\/h3>\n<p><em>Morus nigra<\/em> pr\u00e9sente un excellent profil de s\u00e9curit\u00e9. Les feuilles et les fruits sont consomm\u00e9s depuis des mill\u00e9naires sans effets toxiques notables. La DNJ, \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es, peut provoquer des troubles gastro-intestinaux (flatulences, ballonnements, diarrh\u00e9es) li\u00e9s \u00e0 la fermentation des glucides non dig\u00e9r\u00e9s dans le c\u00f4lon, un effet de classe des inhibiteurs de l&rsquo;\u03b1-glucosidase analogue \u00e0 celui de l&rsquo;acarbose. Ces sympt\u00f4mes sont dose-d\u00e9pendants et g\u00e9n\u00e9ralement transitoires. La DL50 de la DNJ chez la souris par voie orale est sup\u00e9rieure \u00e0 5 000 mg\/kg, confirmant une toxicit\u00e9 aigu\u00eb tr\u00e8s faible.<\/p>\n<p>Le latex contenu dans les rameaux et les feuilles peut provoquer des irritations cutan\u00e9es de contact chez les sujets sensibles (dermatite de contact phototoxique rapport\u00e9e occasionnellement).<\/p>\n<h3>B. Contre-indications<\/h3>\n<ul>\n<li>Hypersensibilit\u00e9 connue aux Morac\u00e9es<\/li>\n<li>Prudence chez les patients trait\u00e9s par antidiab\u00e9tiques oraux (risque d&rsquo;hypoglyc\u00e9mie additive avec la DNJ)<\/li>\n<li>Grossesse et allaitement : donn\u00e9es insuffisantes pour les extraits concentr\u00e9s de feuilles ; les fruits alimentaires ne posent pas de probl\u00e8me<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Antidiab\u00e9tiques oraux<\/strong> (acarbose, miglitol, metformine, sulfamides hypoglyc\u00e9miants, inhibiteurs de la DPP-4) : potentialisation de l&rsquo;effet hypoglyc\u00e9miant ; surveillance glyc\u00e9mique renforc\u00e9e recommand\u00e9e<\/li>\n<li><strong>Insuline :<\/strong> m\u00eame pr\u00e9caution que ci-dessus<\/li>\n<li><strong>Anticoagulants :<\/strong> interaction th\u00e9orique li\u00e9e au resv\u00e9ratrol (activit\u00e9 antiplaquettaire), cliniquement non significative aux doses alimentaires<\/li>\n<\/ul>\n<h3>D. Effets ind\u00e9sirables<\/h3>\n<p>Les principaux effets ind\u00e9sirables aux doses th\u00e9rapeutiques de feuilles sont les troubles digestifs (flatulences, ballonnements, diarrh\u00e9e osmotique), comparables \u00e0 ceux de l&rsquo;acarbose. Ils sont minimis\u00e9s par une introduction progressive des doses. La coloration des urines et des selles en rouge-noir apr\u00e8s consommation importante de fruits est b\u00e9nigne et sans signification pathologique.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<h3>A. Usage culinaire<\/h3>\n<p>Les m\u00fbres noires sont un fruit de terroir appr\u00e9ci\u00e9 dans toute la M\u00e9diterran\u00e9e et au-del\u00e0. En Provence et en Languedoc, elles sont consomm\u00e9es fra\u00eeches, en confiture (confiture de m\u00fbres de m\u00fbrier, distincte de la confiture de m\u00fbres de ronce), en sirop (siropen proven\u00e7al), en coulis pour accompagner les desserts et les fromages de ch\u00e8vre, ou en sorbet. En Iran et en Turquie, le <em>t\u016bt<\/em> (m\u00fbre) est un fruit estival omnipr\u00e9sent, consomm\u00e9 frais, s\u00e9ch\u00e9 ou transform\u00e9 en <em>pekmez<\/em> (m\u00e9lasse de m\u00fbres concentr\u00e9e par cuisson). En Angleterre, le <em>mulberry pie<\/em> (tarte aux m\u00fbres de m\u00fbrier) est une sp\u00e9cialit\u00e9 r\u00e9gionale. Le jus de m\u00fbres noires, d&rsquo;un pourpre profond, est utilis\u00e9 comme colorant alimentaire naturel. La production de vin de m\u00fbres (<em>mulberry wine<\/em>) est attest\u00e9e en Angleterre et en Europe orientale depuis le Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p>Les jeunes feuilles de m\u00fbrier, bien que peu consomm\u00e9es en Europe, sont utilis\u00e9es en Asie comme l\u00e9gume-feuille (feuilles de <em>M. alba<\/em> en cuisine japonaise) et surtout comme tisane de sant\u00e9 (<em>kuwaba cha<\/em> au Japon, \u00ab th\u00e9 de m\u00fbrier \u00bb).<\/p>\n<h3>B. Traditions populaires et s\u00e9riciculture<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du m\u00fbrier noir en Europe est indissociable de celle de la s\u00e9riciculture, bien que la confusion avec le m\u00fbrier blanc m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre clarifi\u00e9e. C&rsquo;est <em>Morus alba<\/em>, et non <em>M. nigra<\/em>, qui est la plante nourrici\u00e8re du ver \u00e0 soie (<em>Bombyx mori<\/em>), les larves pr\u00e9f\u00e9rant nettement ses feuilles plus tendres et moins riches en tanins. Toutefois, <em>M. nigra<\/em> a souvent \u00e9t\u00e9 plant\u00e9 comme arbre d&rsquo;appoint dans les magnaneries, ses feuilles \u00e9tant utilis\u00e9es en dernier recours ou pour les derniers stades larvaires.<\/p>\n<p>En France, Henri IV puis Colbert encourag\u00e8rent massivement la plantation de m\u00fbriers (blancs surtout, mais aussi noirs) pour d\u00e9velopper l&rsquo;industrie s\u00e9ricicole fran\u00e7aise. Des millions d&rsquo;arbres furent plant\u00e9s dans le Midi, en C\u00e9vennes, dans la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne et jusqu&rsquo;en Touraine. L&rsquo;\u00e9levage du ver \u00e0 soie c\u00e9venol (<em>magnanerie<\/em>) fut un pilier \u00e9conomique majeur du XVII<sup>e<\/sup> au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, d\u00e9clinant avec l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de p\u00e9brine (maladie du ver \u00e0 soie, \u00e9tudi\u00e9e par Pasteur) et la concurrence de la soie asiatique.<\/p>\n<p>Dans la m\u00e9decine populaire fran\u00e7aise, les gargarismes au sirop de m\u00fbres \u00e9taient un rem\u00e8de classique contre les angines, les pharyngites et les aphtes. Le sirop de m\u00fbres figurait dans toutes les armoires \u00e0 pharmacie familiales du Midi. En Angleterre, un vieux proverbe attribue au m\u00fbrier noir la sagesse de ne d\u00e9bourrer qu&rsquo;apr\u00e8s les derni\u00e8res gel\u00e9es : <em>\u00ab\u00a0The mulberry tree, when it begins to sprout, winter is quite over.\u00a0\u00bb<\/em> Les Grecs anciens consacraient le m\u00fbrier noir \u00e0 Ath\u00e9na et le consid\u00e9raient comme l&rsquo;arbre \u00ab le plus sage \u00bb du verger.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p><em>Morus nigra<\/em> pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique multiforme dans les \u00e9cosyst\u00e8mes anthropiques et semi-naturels m\u00e9diterran\u00e9ens :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ressource alimentaire pour l&rsquo;avifaune :<\/strong> les fruits m\u00fbrs constituent une source alimentaire majeure pour de nombreux oiseaux frugivores en \u00e9t\u00e9 : merles noirs (<em>Turdus merula<\/em>), \u00e9tourneaux sansonnets (<em>Sturnus vulgaris<\/em>), fauvettes (<em>Sylvia<\/em> spp.), grives, rouge-gorges. Les oiseaux assurent en retour la diss\u00e9mination des graines (ornithochorie).<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce mellif\u00e8re :<\/strong> la floraison printani\u00e8re (an\u00e9mophile) produit n\u00e9anmoins du pollen utilis\u00e9 par les abeilles. Les fruits, bien que non nectarif\u00e8res, attirent de nombreux insectes (gu\u00eapes, dipt\u00e8res, papillons) qui se nourrissent du jus des fruits m\u00fbrs tomb\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Ombrage et microclimat :<\/strong> la frondaison dense et \u00e9tal\u00e9e du m\u00fbrier noir en fait un arbre d&rsquo;ombrage traditionnel des places de village, des cours de ferme et des terrasses m\u00e9diterran\u00e9ennes, cr\u00e9ant un microclimat frais en \u00e9t\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Arbre patrimonial :<\/strong> les m\u00fbriers noirs centenaires et pluricentenaires constituent des \u00e9l\u00e9ments patrimoniaux vivants du paysage m\u00e9diterran\u00e9en, abritant dans leurs troncs creux une biodiversit\u00e9 cavernicole (chiropt\u00e8res, rapaces nocturnes, insectes saproxyliques).<\/li>\n<li><strong>R\u00e9sistance au stress hydrique :<\/strong> bien enracin\u00e9, le m\u00fbrier noir tol\u00e8re la s\u00e9cheresse estivale m\u00e9diterran\u00e9enne, ce qui en fait un candidat pertinent pour l&rsquo;arboriculture adapt\u00e9e au changement climatique dans le sud de la France.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<p>La principale confusion porte sur les diff\u00e9rentes esp\u00e8ces du genre <em>Morus<\/em> et sur l&rsquo;homonymie avec les m\u00fbres de ronce :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><em>Morus alba<\/em> L.<\/strong> (m\u00fbrier blanc) \u2014 distinction d\u00e9crite au chapitre I. Les deux esp\u00e8ces coexistent en France m\u00e9ridionale et s&rsquo;hybrident facilement. Les feuilles de <em>M. alba<\/em> sont plus fines, souvent profond\u00e9ment lob\u00e9es, glabres dessous. Les fruits sont g\u00e9n\u00e9ralement blancs, ros\u00e9s ou rouges (rarement noirs chez certains cultivars de <em>M. alba<\/em>, source de confusion fr\u00e9quente). La distinction est pertinente car les teneurs en DNJ, en anthocyanes et les propri\u00e9t\u00e9s organoleptiques diff\u00e8rent.<\/li>\n<li><strong><em>Morus rubra<\/em> L.<\/strong> (m\u00fbrier rouge d&rsquo;Am\u00e9rique) \u2014 esp\u00e8ce nord-am\u00e9ricaine, rarement plant\u00e9e en Europe. Feuilles grandes, rugueuses, fruits rouge-noir. Distinction d&rsquo;int\u00e9r\u00eat limit\u00e9 en contexte fran\u00e7ais.<\/li>\n<li><strong><em>Rubus fruticosus<\/em> L. agg.<\/strong> (ronce commune, m\u00fbre de ronce) \u2014 malgr\u00e9 l&rsquo;homonymie des fruits (\u00ab m\u00fbres \u00bb), la confusion botanique est impossible : la ronce est un arbrisseau sarmenteux \u00e9pineux de la famille des Rosac\u00e9es, \u00e0 feuilles compos\u00e9es-palm\u00e9es. Cependant, la confusion commerciale et populaire est fr\u00e9quente. Le fruit de la ronce est une polydrupe (drup\u00e9oles sur un r\u00e9ceptacle conique), tandis que celui du m\u00fbrier est un sorosis (t\u00e9pales charnus soud\u00e9s).<\/li>\n<li><strong><em>Broussonetia papyrifera<\/em> (L.) Vent.<\/strong> (m\u00fbrier \u00e0 papier) \u2014 arbre de la m\u00eame famille (Morac\u00e9es), parfois naturalis\u00e9 en France m\u00e9ridionale. Feuilles tr\u00e8s grandes, profond\u00e9ment lob\u00e9es, velout\u00e9es. Fruits rouges, globuleux, de structure tr\u00e8s diff\u00e9rente. Pas de risque de confusion pour un botaniste.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Le m\u00fbrier noir incarne une dualit\u00e9 pharmacognosique remarquable : ses feuilles, riches en iminosucres (DNJ), offrent un potentiel antidiab\u00e9tique fond\u00e9 sur l&rsquo;inhibition enzymatique de l&rsquo;\u03b1-glucosidase, m\u00e9canisme partag\u00e9 avec des m\u00e9dicaments de synth\u00e8se et valid\u00e9 par des essais cliniques ; ses fruits, concentr\u00e9s en anthocyanes et en resv\u00e9ratrol, constituent une source naturelle d&rsquo;antioxydants de premier plan, pertinente dans la pr\u00e9vention du stress oxydatif, de l&rsquo;inflammation chronique et du vieillissement vasculaire. \u00c0 cette double richesse s&rsquo;ajoute la pharmacologie encore insuffisamment explor\u00e9e de l&rsquo;\u00e9corce, riche en pr\u00e9nylflavono\u00efdes aux activit\u00e9s anti-inflammatoires et antimicrobiennes prometteuses.<\/p>\n<p>La tradition d&rsquo;usage, solidement ancr\u00e9e dans la pharmacop\u00e9e m\u00e9diterran\u00e9enne (gargarismes au sirop de m\u00fbres, tisane de feuilles) et dans la m\u00e9decine traditionnelle asiatique (\u00e9corce de racine en m\u00e9decine chinoise), offre un socle ethnopharmacologique coh\u00e9rent avec les donn\u00e9es pharmacologiques modernes. Les limites actuelles r\u00e9sident dans le nombre encore insuffisant d&rsquo;essais cliniques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>M. nigra<\/em> (la plupart des \u00e9tudes portant sur <em>M. alba<\/em>), la variabilit\u00e9 des teneurs en DNJ selon les conditions culturales et le manque de standardisation des pr\u00e9parations commerciales.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat renouvel\u00e9 pour cette esp\u00e8ce, au croisement de la nutrition-sant\u00e9 (superfruits riches en polyph\u00e9nols), de la phytoth\u00e9rapie (feuilles antidiab\u00e9tiques) et de la valorisation du patrimoine arboricole m\u00e9diterran\u00e9en, justifie pleinement le d\u00e9veloppement de recherches cliniques d\u00e9di\u00e9es et la mise en place de fili\u00e8res de production de qualit\u00e9, int\u00e9grant la conservation des vieux m\u00fbriers noirs comme ressource g\u00e9n\u00e9tique et patrimoniale.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie \u2014 Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5<sup>e<\/sup> \u00e9dition. Paris : Lavoisier Tec &amp; Doc ; 2016.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. (coords). <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>. M\u00e8ze : Biotope \u00c9ditions ; 2014.<\/li>\n<li>Wichtl M., Anton R. <em>Plantes th\u00e9rapeutiques \u2014 Tradition, pratique officinale, science et th\u00e9rapeutique<\/em>. 2<sup>e<\/sup> \u00e9dition fran\u00e7aise. Paris : Tec &amp; Doc ; 2003.<\/li>\n<li>Fournier P. <em>Le Livre des plantes m\u00e9dicinales et v\u00e9n\u00e9neuses de France<\/em>. Tomes I-III. Paris : Lechevalier ; 1947-1948.<\/li>\n<li>Asano N., Yamashita T., Yasuda K., Ikeda K., Kizu H., Kameda Y., et al. Polyhydroxylated alkaloids isolated from mulberry trees (<em>Morus alba<\/em> L.) and silkworms (<em>Bombyx mori<\/em> L.). <em>Journal of Agricultural and Food Chemistry<\/em>. 2001;49(9):4208-4213.<\/li>\n<li>Kimura T., Nakagawa K., Kubota H., Kojima Y., Goto Y., Yamagishi K., et al. Food-grade mulberry powder enriched with 1-deoxynojirimycin suppresses the elevation of postprandial blood glucose in humans. <em>Journal of Agricultural and Food Chemistry<\/em>. 2007;55(14):5869-5874.<\/li>\n<li>Mudra M., Erber-Zimmer N., Engel S., Froelich S., Nussbaum P., Auw\u00e4rter V. Influence of mulberry leaf extract on blood glucose and breath hydrogen response to ingestion of 75 g sucrose by type 2 diabetic and control subjects. <em>Diabetes Care<\/em>. 2007;30(5):1272-1274.<\/li>\n<li>\u00d6zgen M., Ser\u00e7e S., Kaya C. Phytochemical and antioxidant properties of anthocyanin-rich <em>Morus nigra<\/em> and <em>Morus rubra<\/em> fruits. <em>Scientia Horticulturae<\/em>. 2009;119(3):275-279.<\/li>\n<li>Nati\u0107 M.M., Dabi\u0107 D.\u010c., Papetti A., Fotiri\u0107 Ak\u0161i\u0107 M.M., Ognjanov V., Ljubojevi\u0107 M., et al. Analysis and characterisation of phytochemicals in mulberry (<em>Morus alba<\/em> L.) fruits grown in Vojvodina, North Serbia. <em>Food Chemistry<\/em>. 2015;171:128-136.<\/li>\n<li>Ercisli S., Orhan E. Chemical composition of white (<em>Morus alba<\/em>), red (<em>Morus rubra<\/em>) and black (<em>Morus nigra<\/em>) mulberry fruits. <em>Food Chemistry<\/em>. 2007;103(4):1380-1384.<\/li>\n<li>Singab A.N., El-Beshbishy H.A., Yonekawa M., Nomura T., Fukai T. Hypoglycemic effect of Egyptian <em>Morus alba<\/em> root bark extract: effect on diabetes and lipid peroxidation of streptozotocin-induced diabetic rats. <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>. 2005;100(3):333-338.<\/li>\n<li>Rameau J.-C., Mansion D., Dum\u00e9 G. <em>Flore foresti\u00e8re fran\u00e7aise \u2014 Guide \u00e9cologique illustr\u00e9<\/em>. Tome 3 : R\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne. Paris : IDF ; 2008.<\/li>\n<li>Bonnier G. <em>Flore compl\u00e8te illustr\u00e9e en couleurs de France, Suisse et Belgique<\/em>. Tomes I-XIII. Paris : Librairie g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;enseignement ; 1911-1935.<\/li>\n<li>ESCOP. <em>ESCOP Monographs<\/em>. 2<sup>nd<\/sup> edition. Stuttgart : Thieme ; 2003.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise. <em>Sirop de M\u00fbres<\/em>. Paris : ANSM.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Astringent (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le m\u00fbrier noir, Morus nigra L., est un arbre fruitier de la famille des Morac\u00e9es, originaire d&rsquo;Asie occidentale et naturalis\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 dans l&rsquo;ensemble du [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[144],"tags":[],"class_list":["post-8843","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-moracees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8843","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8843"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8843\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13524,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8843\/revisions\/13524"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8843"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8843"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8843"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}