{"id":8848,"date":"2026-04-23T12:17:21","date_gmt":"2026-04-23T10:17:21","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/epicea-commun\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"epicea-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/epicea-commun\/","title":{"rendered":"\u00c9PIC\u00c9A COMMUN"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/%C3%89pic%C3%A9a%20commun.jpg\" alt=\"Planche botanique \u00c9PIC\u00c9A COMMUN\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun (<em>Picea abies<\/em> (L.) H.Karst.) est le conif\u00e8re le plus r\u00e9pandu des for\u00eats d&rsquo;Europe, o\u00f9 il constitue d&rsquo;immenses peuplements dans les massifs montagneux, de la Scandinavie aux Balkans. Arbre de premi\u00e8re grandeur pouvant d\u00e9passer 50 m\u00e8tres de hauteur, il domine les paysages forestiers de l&rsquo;\u00e9tage montagnard et subalpin, participant \u00e0 la d\u00e9finition m\u00eame de la haute montagne europ\u00e9enne. Son port pyramidal r\u00e9gulier, sa silhouette conique et sombre, ses branches retombantes charg\u00e9es de neige sont indissociables de l&rsquo;imaginaire alpin. Au-del\u00e0 de son importance sylvicole consid\u00e9rable \u2014 c&rsquo;est l&rsquo;essence de reboisement la plus plant\u00e9e en Europe depuis le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2014, l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun poss\u00e8de un int\u00e9r\u00eat pharmacognosique r\u00e9el, centr\u00e9 sur ses bourgeons, sa r\u00e9sine et son huile essentielle.<\/p>\n<p>La tradition phytoth\u00e9rapique alpine utilise depuis des si\u00e8cles les bourgeons d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a en sirop pectoral contre les affections broncho-pulmonaires, tandis que la r\u00e9sine, connue sous le nom de \u00ab poix de Bourgogne \u00bb, constituait un rem\u00e8de topique populaire contre les douleurs rhumatismales et les affections cutan\u00e9es. La pharmacognosie moderne s&rsquo;attache \u00e0 caract\u00e9riser les mol\u00e9cules actives \u2014 <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/monoterpenes\/\">monoterp\u00e8nes<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignanes<\/a>, stilb\u00e8nes \u2014 et \u00e0 valider les propri\u00e9t\u00e9s anti-infectieuses, expectorantes et anti-inflammatoires qui fondent ces usages traditionnels. Cette monographie en offre une synth\u00e8se compl\u00e8te, de la syst\u00e9matique \u00e0 la bibliographie acad\u00e9mique.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun appartient \u00e0 la division des <em>Pinophyta<\/em> (Gymnospermes), classe des <em>Pinopsida<\/em>, ordre des <em>Pinales<\/em>, famille des <strong>Pinaceae<\/strong> (Pinac\u00e9es), sous-famille des <em>Piceoideae<\/em>, genre <em>Picea<\/em> A.Dietr. L&rsquo;esp\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 initialement d\u00e9crite par Linn\u00e9 sous le nom de <em>Pinus abies<\/em> L. (1753), puis transf\u00e9r\u00e9e dans le genre <em>Picea<\/em> par Heinrich Karsten en 1881, \u00e9tablissant le bin\u00f4me actuellement accept\u00e9 <em>Picea abies<\/em> (L.) H.Karst.<\/p>\n<p>Le nom de genre <em>Picea<\/em> d\u00e9rive du latin <em>picea<\/em>, d\u00e9signant un pin r\u00e9sineux chez les Romains, lui-m\u00eame issu de <em>pix<\/em>, la poix. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te sp\u00e9cifique <em>abies<\/em>, signifiant \u00ab sapin \u00bb en latin, refl\u00e8te la confusion historique entre \u00e9pic\u00e9as et sapins. Les noms vernaculaires fran\u00e7ais sont \u00ab \u00e9pic\u00e9a commun \u00bb, \u00ab \u00e9pic\u00e9a de Norv\u00e8ge \u00bb, \u00ab pesse \u00bb (terme dialectal alpin), \u00ab sapin rouge \u00bb (par opposition au \u00ab sapin blanc \u00bb <em>Abies alba<\/em>) ou encore \u00ab sapin de No\u00ebl \u00bb dans le langage courant. En allemand, il est nomm\u00e9 <em>Gemeine Fichte<\/em> ou <em>Rottanne<\/em>.<\/p>\n<p>La variabilit\u00e9 intrasp\u00e9cifique est consid\u00e9rable, avec de nombreuses vari\u00e9t\u00e9s et formes d\u00e9crites :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Picea abies<\/em> var. <em>abies<\/em> \u2014 forme nominale, \u00e0 branches lat\u00e9rales retombantes<\/li>\n<li><em>Picea abies<\/em> var. <em>acuminata<\/em> (Beck) Dallim. &amp; A.B.Jacks. \u2014 forme \u00e0 c\u00f4nes effil\u00e9s, Balkans<\/li>\n<li><em>Picea abies<\/em> f. <em>virgata<\/em> \u2014 forme \u00e0 rameaux pendants non ramifi\u00e9s (port en \u00ab queue de serpent \u00bb)<\/li>\n<li><em>Picea abies<\/em> f. <em>columnaris<\/em> \u2014 port fastigi\u00e9 \u00e9troit<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les analyses phylog\u00e9ographiques par ADN chloroplastique et microsatellites nucl\u00e9aires ont identifi\u00e9 deux grands lign\u00e9es postglaciales : une lign\u00e9e alpine issue d&rsquo;un refuge carpato-alpin, et une lign\u00e9e bor\u00e9ale-scandinave issue d&rsquo;un refuge russo-baltique, avec une zone de contact secondaire en Europe centrale.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left;margin:5px 25px 15px 0;max-width:280px;border:1px solid #c9b99a;padding:6px;background:#faf6ee;border-radius:4px;cursor:pointer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/picea_abies.jpg\" alt=\"Picea abies \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%;height:auto\" \/><figcaption style=\"text-align:center;font-size:0.78em;color:#5a4e3c;margin-top:5px;font-style:italic\">Picea abies<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun est un arbre de grande \u00e0 tr\u00e8s grande taille, atteignant couramment 30 \u00e0 50 m\u00e8tres de hauteur, exceptionnellement 60 m\u00e8tres dans les conditions optimales (records en Scandinavie). Le diam\u00e8tre du tronc atteint 1 \u00e0 2 m\u00e8tres. L&rsquo;architecture r\u00e9pond au mod\u00e8le de Massart : un axe monopodial \u00e0 croissance ind\u00e9finie portant des branches plagiotropes dispos\u00e9es en verticilles r\u00e9guliers. La cime est \u00e9troitement conique, pointue, conservant sa forme pyramidale jusqu&rsquo;\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9 dans les stations favorables. Chez les individus \u00e2g\u00e9s ou en situation de stress, le sommet peut devenir irr\u00e9gulier et en \u00ab nid de cigogne \u00bb.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me racinaire est superficiel et tra\u00e7ant, sans pivot marqu\u00e9, ce qui rend l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a particuli\u00e8rement sensible aux chablis par vent fort. Les racines lat\u00e9rales s&rsquo;\u00e9tendent largement, souvent sur un rayon sup\u00e9rieur \u00e0 la projection de la couronne. Les ectomycorhizes, notamment avec <em>Cenococcum geophilum<\/em>, <em>Piloderma<\/em> spp. et <em>Cortinarius<\/em> spp., sont essentielles \u00e0 la nutrition min\u00e9rale, particuli\u00e8rement sur les sols acides d&rsquo;altitude.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce est d&rsquo;abord lisse et brun-rouge\u00e2tre chez les jeunes arbres, puis devient \u00e9cailleuse avec l&rsquo;\u00e2ge, se d\u00e9tachant en petites plaques arrondies brun-gris \u00e0 brun-rouge\u00e2tre. Elle reste relativement mince (1 \u00e0 3 cm) m\u00eame sur les vieux troncs, ce qui rend l&rsquo;arbre vuln\u00e9rable au feu.<\/p>\n<p>Les feuilles sont des aiguilles solitaires, ins\u00e9r\u00e9es individuellement sur des coussinets foliaires (pulvinus) persistant apr\u00e8s la chute des aiguilles et conf\u00e9rant aux rameaux nus un aspect rugueux caract\u00e9ristique (crit\u00e8re de distinction avec le sapin, dont les rameaux d\u00e9feuill\u00e9s sont lisses). Les aiguilles mesurent 1 \u00e0 2,5 cm de longueur, sont quadrangulaires en section transversale (\u00e0 la diff\u00e9rence des aiguilles aplaties du sapin), vert fonc\u00e9, rigides, piquantes \u00e0 l&rsquo;apex. Elles sont dispos\u00e9es tout autour du rameau ou pectin\u00e9es sur les rameaux lat\u00e9raux ombrag\u00e9s. Les stomates sont dispos\u00e9s en lignes sur les quatre faces. Les aiguilles persistent 4 \u00e0 7 ans.<\/p>\n<p>Les bourgeons sont ovo\u00efdes-coniques, non r\u00e9sineux (ou peu r\u00e9sineux), brun-rouge\u00e2tre, prot\u00e9g\u00e9s par des \u00e9cailles imbriqu\u00e9es. C&rsquo;est la partie r\u00e9colt\u00e9e en phytoth\u00e9rapie, au d\u00e9but du printemps, lorsqu&rsquo;ils commencent \u00e0 gonfler mais avant le d\u00e9bourrement complet.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p>Esp\u00e8ce mono\u00efque. Les c\u00f4nes m\u00e2les naissent \u00e0 l&rsquo;aisselle des aiguilles sur les rameaux de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, dans la partie inf\u00e9rieure et m\u00e9diane de la couronne. Ils sont ovo\u00efdes, rose-pourpre \u00e0 rouge vif \u00e0 maturit\u00e9, longs de 1 \u00e0 2 cm, et lib\u00e8rent un pollen abondant en mai-juin. Les c\u00f4nes femelles apparaissent au sommet de la couronne, dress\u00e9s au moment de la pollinisation, pourpres ou verts, puis deviennent pendants apr\u00e8s la f\u00e9condation. \u00c0 maturit\u00e9, ils sont cylindriques, longs de 10 \u00e0 18 cm, brun clair, \u00e0 \u00e9cailles minces, flexibles, \u00e0 bord irr\u00e9guli\u00e8rement denticul\u00e9 \u2014 crit\u00e8re distinctif important par rapport aux c\u00f4nes du sapin (<em>Abies<\/em>), qui se d\u00e9sarticulent sur l&rsquo;arbre.<\/p>\n<p>Les graines sont petites (4-5 mm), brun fonc\u00e9, munies d&rsquo;une aile membraneuse de 10 \u00e0 15 mm, lib\u00e9r\u00e9es par ouverture des c\u00f4nes en hiver et au printemps suivant.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie et biologie reproductive<\/h3>\n<p>Le d\u00e9bourrement des bourgeons v\u00e9g\u00e9tatifs intervient en avril-mai selon l&rsquo;altitude et la latitude. La pollinisation a lieu en mai-juin, la f\u00e9condation quelques semaines plus tard (cycle annuel, contrairement au pin). Les c\u00f4nes m\u00fbrissent en octobre de la m\u00eame ann\u00e9e et s&rsquo;ouvrent progressivement durant l&rsquo;hiver. La production de c\u00f4nes est irr\u00e9guli\u00e8re, avec des ann\u00e9es de forte fructification (ann\u00e9es \u00e0 graines) tous les 3 \u00e0 5 ans, m\u00e9canisme de \u00ab masting \u00bb synchronis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des populations. La long\u00e9vit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a est remarquable : les individus vivent couramment 300 \u00e0 500 ans, et un clone racinaire su\u00e9dois (\u00ab Old Tjikko \u00bb) a \u00e9t\u00e9 dat\u00e9 de 9 550 ans par radiocarbone, en faisant l&rsquo;un des organismes les plus anciens de la plan\u00e8te.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun est une esp\u00e8ce bor\u00e9o-montagnarde, sciaphile dans sa jeunesse, devenant h\u00e9liophile \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Il pr\u00e9f\u00e8re les climats froids et humides, avec des pr\u00e9cipitations annuelles sup\u00e9rieures \u00e0 800 mm et une saison de v\u00e9g\u00e9tation de 4 \u00e0 6 mois. Il tol\u00e8re les grands froids hivernaux (jusqu&rsquo;\u00e0 -40 \u00b0C en Scandinavie) mais est sensible aux s\u00e9cheresses estivales et aux fortes chaleurs. Il se d\u00e9veloppe sur des sols vari\u00e9s, pr\u00e9f\u00e9rant les sols acides \u00e0 neutres, frais \u00e0 humides, bien aliment\u00e9s en eau mais non engorg\u00e9s. Son optimum altitudinal en France se situe entre 800 et 1 800 m\u00e8tres.<\/p>\n<h3>B. Distribution g\u00e9ographique (France)<\/h3>\n<p>En France, l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun pr\u00e9sente une distribution complexe, m\u00ealant stations indig\u00e8nes et plantations :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Stations indig\u00e8nes<\/strong> \u2014 L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a est indig\u00e8ne dans les Alpes du Nord (Savoie, Haute-Savoie, Is\u00e8re, Hautes-Alpes) et dans le Jura, o\u00f9 il forme des for\u00eats climaciques de l&rsquo;\u00e9tage montagnard et subalpin (1 000 \u00e0 2 000 m). Il est \u00e9galement pr\u00e9sent dans les Vosges, o\u00f9 son indig\u00e9nat est discut\u00e9 (probablement subspontan\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat naturel, massivement plant\u00e9 depuis le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle).<\/li>\n<li><strong>Plantations<\/strong> \u2014 L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s largement plant\u00e9 en dehors de son aire naturelle, notamment dans le Massif central (Auvergne, Limousin, Morvan), dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, en Bretagne et dans le nord-est de la France. Ces plantations en plaine et basse montagne souffrent aujourd&rsquo;hui du changement climatique (s\u00e9cheresses, scolytes).<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne, l&rsquo;aire s&rsquo;\u00e9tend de la Scandinavie \u00e0 la Gr\u00e8ce du Nord, de la France aux monts Oural, constituant l&rsquo;essence dominante de la ta\u00efga europ\u00e9enne.<\/p>\n<h3>C. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a domine ou co-domine dans plusieurs associations phytosociologiques en France. Dans les Alpes, il forme des pessi\u00e8res subalpines du <em>Vaccinio-Piceetea<\/em>, en association avec la myrtille (<em>Vaccinium myrtillus<\/em>), l&rsquo;homogyne des Alpes (<em>Homogyne alpina<\/em>) et l&rsquo;oxalis (<em>Oxalis acetosella<\/em>). \u00c0 l&rsquo;\u00e9tage montagnard, il participe aux sapini\u00e8res-pessi\u00e8res du <em>Abieti-Piceion<\/em>, avec le sapin blanc (<em>Abies alba<\/em>), le sorbier des oiseleurs (<em>Sorbus aucuparia<\/em>) et diverses foug\u00e8res. Dans le Jura, les pessi\u00e8res sur lapiaz du <em>Seslerio-Piceetum<\/em> repr\u00e9sentent un habitat original sur substrat calcaire fractur\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Bourgeons<\/strong> \u2014 R\u00e9colt\u00e9s au d\u00e9but du printemps, avant le d\u00e9bourrement complet, lorsqu&rsquo;ils sont gonfl\u00e9s et poisseux de r\u00e9sine. Ils constituent la drogue la plus utilis\u00e9e en phytoth\u00e9rapie traditionnelle alpine (sirop pectoral). La r\u00e9colte se fait manuellement, sur des arbres jeunes accessibles.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9sine (poix de Bourgogne)<\/strong> \u2014 Ol\u00e9or\u00e9sine exsud\u00e9e naturellement ou apr\u00e8s incision de l&rsquo;\u00e9corce. La \u00ab poix de Bourgogne \u00bb officinale (<em>Pix burgundica<\/em>) \u00e9tait historiquement purifi\u00e9e par fusion dans l&rsquo;eau chaude et filtration. Elle figurait encore dans la Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/li>\n<li><strong>Aiguilles (jeunes pousses)<\/strong> \u2014 Source d&rsquo;huile essentielle par hydrodistillation. Les jeunes pousses printani\u00e8res sont \u00e9galement utilis\u00e9es en infusion.<\/li>\n<li><strong>T\u00e9r\u00e9benthine<\/strong> \u2014 Fraction volatile de l&rsquo;ol\u00e9or\u00e9sine, obtenue par distillation.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Compos\u00e9s volatils (huile essentielle)<\/h3>\n<p>L&rsquo;huile essentielle des aiguilles et des bourgeons de <em>Picea abies<\/em> est domin\u00e9e par les monoterp\u00e8nes, avec un profil chimique caract\u00e9ristique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ac\u00e9tate de bornyle<\/strong> \u2014 15 \u00e0 35 % (marqueur chimiotaxonomique du genre <em>Picea<\/em>)<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/limonene\/\">Limon\u00e8ne<\/a><\/strong> \u2014 10 \u00e0 25 %<\/li>\n<li><strong>Alpha-<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pinene\/\">pin\u00e8ne<\/a><\/strong> \u2014 8 \u00e0 20 %<\/li>\n<li><strong>Camph\u00e8ne<\/strong> \u2014 5 \u00e0 15 %<\/li>\n<li><strong>B\u00eata-pin\u00e8ne<\/strong> \u2014 3 \u00e0 10 %<\/li>\n<li><strong>Myrc\u00e8ne<\/strong> \u2014 3 \u00e0 8 %<\/li>\n<li><strong>B\u00eata-phellandr\u00e8ne<\/strong> \u2014 2 \u00e0 6 %<\/li>\n<li><strong>B\u00eata-caryophyll\u00e8ne<\/strong> (sesquiterp\u00e8ne) \u2014 2 \u00e0 5 %<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le rendement en huile essentielle varie de 0,1 \u00e0 0,5 % (masse fra\u00eeche des aiguilles). Les bourgeons pr\u00e9sentent un rendement l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieur et un profil plus riche en esters (ac\u00e9tate de bornyle).<\/p>\n<h3>B. Compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce et le bois de <em>Picea abies<\/em> contiennent des compos\u00e9s ph\u00e9noliques d&rsquo;int\u00e9r\u00eat :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Stilb\u00e8nes<\/strong> \u2014 notamment l&rsquo;<strong>astringinine<\/strong> (3,5-dihydroxy-4&prime;-m\u00e9thoxystilb\u00e8ne), l&rsquo;<strong>isorhapontine<\/strong> et le <strong>pic\u00e9atannol<\/strong> (analogue du <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/resveratrol\/\">resv\u00e9ratrol<\/a>), compos\u00e9s aux propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et antifongiques<\/li>\n<li><strong>Lignanes<\/strong> \u2014 <strong>7-hydroxymatairesinol<\/strong> (HMR), un ent\u00e9rolignane pr\u00e9curseur de l&rsquo;ent\u00e9rolactone, phyto-\u0153strog\u00e8ne aux propri\u00e9t\u00e9s anticanc\u00e9reuses \u00e9tudi\u00e9es (cancer du sein et de la prostate)<\/li>\n<li><strong>Flavono\u00efdes<\/strong> \u2014 <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong>taxifoline<\/strong> (dihydroquerc\u00e9tine) et leurs glycosides<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">Tanins condens\u00e9s<\/a><\/strong> \u2014 <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a> \u00e0 base de cat\u00e9chine<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. R\u00e9sine et diterp\u00e8nes<\/h3>\n<p>L&rsquo;ol\u00e9or\u00e9sine de <em>Picea abies<\/em> contient des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a> r\u00e9siniques de type abi\u00e9tane et pimarane : <strong>acide d\u00e9hydroabi\u00e9tique<\/strong>, <strong>acide abi\u00e9tique<\/strong>, <strong>acide pimarique<\/strong>, <strong>acide isopimarique<\/strong>. Des diterp\u00e8nes neutres, les <strong>cis-abi\u00e9nol<\/strong> et <strong>\u00e9pimanoyl oxyde<\/strong>, ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s dans la r\u00e9sine fra\u00eeche. La fraction volatile de la r\u00e9sine est riche en <strong>alpha-pin\u00e8ne<\/strong>, <strong>b\u00eata-pin\u00e8ne<\/strong> et <strong>3-car\u00e8ne<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Activit\u00e9 expectorante et mucolytique<\/h3>\n<p>Les monoterp\u00e8nes de l&rsquo;huile essentielle, en particulier l&rsquo;<strong>alpha-pin\u00e8ne<\/strong> et le <strong>limon\u00e8ne<\/strong>, exercent une action expectorante par stimulation r\u00e9flexe des glandes s\u00e9romuqueuses bronchiques via l&rsquo;irritation de la muqueuse gastrique (r\u00e9flexe gastro-pulmonaire). Le <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/cineal-eucalyptol\/\">1,8-cin\u00e9ole<\/a><\/strong> (pr\u00e9sent en faible quantit\u00e9) et les sesquiterp\u00e8nes activent les cils vibratiles de l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium bronchique, acc\u00e9l\u00e9rant la clairance mucociliaire. L&rsquo;<strong>ac\u00e9tate de bornyle<\/strong> poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s spasmolytiques sur les muscles lisses bronchiques, contribuant \u00e0 l&rsquo;effet bronchodilatateur mod\u00e9r\u00e9 des pr\u00e9parations \u00e0 base de bourgeons d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9 anti-infectieuse<\/h3>\n<p>L&rsquo;huile essentielle de <em>Picea abies<\/em> poss\u00e8de un spectre antimicrobien document\u00e9 in vitro. L&rsquo;<strong>alpha-pin\u00e8ne<\/strong> et le <strong>b\u00eata-pin\u00e8ne<\/strong> perturbent l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 membranaire des bact\u00e9ries Gram-positives en s&rsquo;ins\u00e9rant dans la bicouche lipidique, entra\u00eenant une fuite du contenu cellulaire. L&rsquo;activit\u00e9 antibact\u00e9rienne est notable contre <em>Staphylococcus aureus<\/em>, <em>Streptococcus pneumoniae<\/em> et <em>Haemophilus influenzae<\/em> (CMI de l&rsquo;ordre de 0,5 \u00e0 2 mg\/mL pour l&rsquo;huile essentielle totale). L&rsquo;activit\u00e9 antifongique contre <em>Candida albicans<\/em> et les dermatophytes a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 document\u00e9e, attribu\u00e9e principalement au limon\u00e8ne et au camph\u00e8ne.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/h3>\n<p>Les stilb\u00e8nes de l&rsquo;\u00e9corce, en particulier le <strong>pic\u00e9atannol<\/strong>, inhibent la voie NF-&kappa;B en bloquant la phosphorylation d&rsquo;I&kappa;B-&alpha; par la kinase IKK. Ils suppriment l&rsquo;expression de la COX-2 inductible et de l&rsquo;iNOS, r\u00e9duisant la production de PGE<sub>2<\/sub> et de monoxyde d&rsquo;azote dans les macrophages activ\u00e9s. Le <strong>7-hydroxymatairesinol<\/strong> exerce une activit\u00e9 anti-inflammatoire compl\u00e9mentaire par inhibition de la 5-lipoxyg\u00e9nase et de la production de leucotri\u00e8ne B<sub>4<\/sub>.<\/p>\n<h3>D. Activit\u00e9 antitumorale des lignanes<\/h3>\n<p>Le <strong>7-hydroxymatairesinol<\/strong> (HMR) est m\u00e9tabolis\u00e9 par le microbiote intestinal en <strong>ent\u00e9rolactone<\/strong>, un ent\u00e9rolignane aux propri\u00e9t\u00e9s \u0153strog\u00e9niques faibles (phyto-\u0153strog\u00e8ne). L&rsquo;ent\u00e9rolactone inhibe l&rsquo;aromatase (CYP19A1), enzyme cl\u00e9 de la biosynth\u00e8se des \u0153strog\u00e8nes dans les tissus p\u00e9riph\u00e9riques, et stimule la production de SHBG (sex hormone-binding globulin) h\u00e9patique, r\u00e9duisant la fraction libre d&rsquo;\u0153stradiol. Ces m\u00e9canismes sont \u00e0 la base des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques et pr\u00e9cliniques sugg\u00e9rant un effet protecteur vis-\u00e0-vis des cancers hormonod\u00e9pendants.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antiseptique respiratoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Expectorant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques sp\u00e9cifiques \u00e0 <em>Picea abies<\/em> sont moins abondantes que celles concernant d&rsquo;autres conif\u00e8res m\u00e9dicinaux, mais plusieurs \u00e9tudes m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre cit\u00e9es.<\/p>\n<h3>A. Affections respiratoires<\/h3>\n<p>Les sirops de bourgeons d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a figurent dans plusieurs pharmacop\u00e9es traditionnelles alpines (Suisse, Autriche, Bavi\u00e8re) comme mucolytiques et expectorants. Une \u00e9tude observationnelle autrichienne (Saukel et al., 2006, <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>) a document\u00e9 l&rsquo;usage persistant des pr\u00e9parations de bourgeons de <em>Picea abies<\/em> dans la m\u00e9decine populaire du Tyrol contre les toux grasses, les bronchites et les sinusites. L&rsquo;efficacit\u00e9 clinique repose essentiellement sur la tradition d&rsquo;usage et les donn\u00e9es pharmacologiques pr\u00e9cliniques, les essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s sp\u00e9cifiques \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce faisant d\u00e9faut.<\/p>\n<h3>B. Lignanes et cancer<\/h3>\n<p>Le 7-hydroxymatairesinol (HMR), extrait du bois d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a, a fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tudes de biodisponibilit\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 chez l&rsquo;humain. Saarinen et al. (2010, <em>Nutrition and Cancer<\/em>) ont montr\u00e9 que l&rsquo;administration orale de HMR (36 \u00e0 72 mg\/j) chez des volontaires sains augmentait significativement les taux plasmatiques et urinaires d&rsquo;ent\u00e9rolactone. Des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques (cohorte EPIC, cohorte SMC) ont corr\u00e9l\u00e9 des taux \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;ent\u00e9rolactone circulant \u00e0 une r\u00e9duction du risque de cancer du sein chez les femmes m\u00e9nopaus\u00e9es (OR 0,6-0,8).<\/p>\n<h3>C. R\u00e9sine et cicatrisation<\/h3>\n<p>La r\u00e9sine d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a a fait l&rsquo;objet d&rsquo;essais cliniques en Finlande pour le traitement des plaies chroniques. Rautio et al. (2007, <em>Journal of Alternative and Complementary Medicine<\/em>) ont rapport\u00e9 une cicatrisation compl\u00e8te de plaies chroniques (ulc\u00e8res veineux, plaies postop\u00e9ratoires) chez 13 patients sur 15 trait\u00e9s par application topique d&rsquo;un onguent \u00e0 base de r\u00e9sine purifi\u00e9e de <em>Picea abies<\/em> pendant 5 \u00e0 35 jours. L&rsquo;activit\u00e9 antimicrobienne de la r\u00e9sine sur les bact\u00e9ries colonisant les plaies (SARM, <em>Pseudomonas aeruginosa<\/em>) a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e in vitro.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Ac\u00e9tate de bornyle<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Camph\u00e8ne<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>B\u00eata-pin\u00e8ne<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Myrc\u00e8ne<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>B\u00eata-phellandr\u00e8ne<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Sirop de bourgeons d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a<\/strong> \u2014 Pr\u00e9paration traditionnelle : bourgeons frais lay\u00e9s dans du sucre (alternance bourgeons\/sucre en couches) et mac\u00e9r\u00e9s plusieurs semaines au soleil, ou d\u00e9coction de bourgeons frais (100 g\/L, 15 minutes) additionn\u00e9e de miel. Posologie : 1 \u00e0 3 cuill\u00e8res \u00e0 soupe par jour chez l&rsquo;adulte.<\/li>\n<li><strong>Infusion de jeunes pousses<\/strong> \u2014 2 \u00e0 3 g de pousses s\u00e9ch\u00e9es par tasse, infusion 10 minutes. 2 \u00e0 3 tasses par jour.<\/li>\n<li><strong>Huile essentielle<\/strong> \u2014 Usage en diffusion atmosph\u00e9rique ou en inhalation humide (3 \u00e0 5 gouttes dans un bol d&rsquo;eau chaude). En friction thoracique dilu\u00e9e \u00e0 10 % dans une huile v\u00e9g\u00e9tale.<\/li>\n<li><strong>Poix de Bourgogne (empl\u00e2tre)<\/strong> \u2014 Usage externe traditionnel : r\u00e9sine purifi\u00e9e fondue, \u00e9tal\u00e9e sur un tissu, appliqu\u00e9e sur les zones douloureuses (rhumatismes, douleurs musculaires) en tant que r\u00e9vulsif.<\/li>\n<li><strong>Mac\u00e9rat glyc\u00e9rin\u00e9 de bourgeons (gemmoth\u00e9rapie)<\/strong> \u2014 1D : 50 \u00e0 100 gouttes\/j. Mac\u00e9rat concentr\u00e9 : 5 \u00e0 15 gouttes\/j. Indiqu\u00e9 traditionnellement pour les voies respiratoires et le tissu osseux.<\/li>\n<li><strong>Teinture de bourgeons<\/strong> \u2014 Mac\u00e9ration hydro-alcoolique (\u00e9thanol 60\u00b0), ratio 1:5. Posologie : 30 \u00e0 50 gouttes, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/li>\n<li><strong>Bain aux aiguilles<\/strong> \u2014 D\u00e9coction concentr\u00e9e de 200 \u00e0 300 g d&rsquo;aiguilles fra\u00eeches dans 3 litres d&rsquo;eau, vers\u00e9e dans l&rsquo;eau du bain. Usage traditionnel tonique et d\u00e9congestionnant des voies respiratoires.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun pr\u00e9sente un profil de toxicit\u00e9 globalement faible pour les pr\u00e9parations traditionnelles (bourgeons, jeunes pousses). L&rsquo;huile essentielle, riche en monoterp\u00e8nes, peut cependant provoquer une irritation des muqueuses digestives en cas d&rsquo;ingestion \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es. L&rsquo;<strong>alpha-pin\u00e8ne<\/strong> oxyd\u00e9 est un allerg\u00e8ne de contact reconnu, pouvant d\u00e9clencher des dermites de contact chez les personnes sensibilis\u00e9es (travailleurs forestiers, menuisiers). La r\u00e9sine fra\u00eeche est irritante pour la peau et les muqueuses.<\/p>\n<p>Les diterp\u00e8nes r\u00e9siniques, en particulier l&rsquo;<strong>acide abi\u00e9tique<\/strong>, sont des sensibilisants cutan\u00e9s connus, responsables d&rsquo;ecz\u00e9mas de contact professionnels chez les travailleurs manipulant la colophane ou les produits d\u00e9riv\u00e9s de la r\u00e9sine. L&rsquo;inhalation prolong\u00e9e de poussi\u00e8res de bois d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a est class\u00e9e canc\u00e9rog\u00e8ne pour les cavit\u00e9s nasales (CIRC, groupe 1 pour les poussi\u00e8res de bois en g\u00e9n\u00e9ral).<\/p>\n<p>Aucune toxicit\u00e9 syst\u00e9mique significative n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e pour les pr\u00e9parations gal\u00e9niques traditionnelles (sirops, infusions) utilis\u00e9es aux posologies recommand\u00e9es. Le sirop de bourgeons est traditionnellement administr\u00e9 aux enfants dans les pays alpins sans effets ind\u00e9sirables notables. Par principe de pr\u00e9caution, l&rsquo;usage de l&rsquo;huile essentielle est d\u00e9conseill\u00e9 chez la femme enceinte, allaitante, et chez l&rsquo;enfant de moins de 3 ans.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a occupe une place centrale dans la culture mat\u00e9rielle des soci\u00e9t\u00e9s alpines et nordiques. Son bois, l\u00e9ger, r\u00e9sonant et r\u00e9gulier, est le mat\u00e9riau de pr\u00e9dilection de la <strong>lutherie<\/strong> pour les tables d&rsquo;harmonie des instruments \u00e0 cordes (violons, guitares, pianos). Les tables de r\u00e9sonance sont taill\u00e9es dans le bois de quartier d&rsquo;\u00e9pic\u00e9as \u00e0 croissance lente et r\u00e9guli\u00e8re (cernes fins et uniformes), r\u00e9colt\u00e9s en altitude dans les Alpes ou les Carpates. Les luthiers recherchent un \u00ab bois de r\u00e9sonance \u00bb (<em>Klangholz<\/em> en allemand) dont les propri\u00e9t\u00e9s acoustiques \u2014 rapport \u00e9lasticit\u00e9\/densit\u00e9, amortissement interne \u2014 sont exceptionnelles parmi les bois.<\/p>\n<p>Les jeunes pousses d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a, cueillies au printemps lorsqu&rsquo;elles sont encore tendres et vert clair, sont consomm\u00e9es crues en salade dans certaines traditions culinaires alpines, ou transform\u00e9es en sirop, en gel\u00e9e ou en confiture. Leur go\u00fbt est acidul\u00e9 et r\u00e9sineux, riche en vitamine C. En Scandinavie, la bi\u00e8re d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a (<em>spruce beer<\/em>) \u00e9tait une boisson populaire anti-scorbutique pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir des jeunes pousses ferment\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;ethnobotanique alpine documente une utilisation tr\u00e8s diversifi\u00e9e de l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a : r\u00e9sine comme mastic et colle, \u00e9corce comme mat\u00e9riau de couverture, racines superficielles pour la vannerie et le ligaturage des bardeaux, bois refendu pour les tavaillons. La tradition du sapin de No\u00ebl, attest\u00e9e en Alsace d\u00e8s le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, utilise pr\u00e9f\u00e9rentiellement l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun pour sa forme conique r\u00e9guli\u00e8re et son port de branches \u00e9tag\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun est une esp\u00e8ce structurante des \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers montagnards et bor\u00e9aux europ\u00e9ens. Les pessi\u00e8res subalpines constituent un habitat prioritaire au titre de la directive Habitats de l&rsquo;Union europ\u00e9enne (habitat 9410 \u00ab For\u00eats acidophiles \u00e0 <em>Picea<\/em> des \u00e9tages montagnard \u00e0 alpin \u00bb). Ces for\u00eats abritent une biodiversit\u00e9 sp\u00e9cifique, incluant le grand t\u00e9tras (<em>Tetrao urogallus<\/em>), la chouette de Tengmalm (<em>Aegolius funereus<\/em>), le pic tridactyle (<em>Picoides tridactylus<\/em>), et de nombreuses esp\u00e8ces de bryophytes et de lichens \u00e9piphytes inf\u00e9od\u00e9es aux vieilles pessi\u00e8res.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a dans la protection des sols de montagne contre l&rsquo;\u00e9rosion et les avalanches est essentiel. Les for\u00eats de protection (<em>Schutzwald<\/em>) des versants alpins sont souvent domin\u00e9es par l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a, dont le couvert dense intercepte les pr\u00e9cipitations et dont le lacis racinaire stabilise les pentes. La liti\u00e8re d&rsquo;aiguilles, \u00e0 d\u00e9composition lente (rapport C\/N \u00e9lev\u00e9, 40-60), contribue \u00e0 l&rsquo;accumulation d&rsquo;humus brut (mor) caract\u00e9ristique des sols forestiers acides de montagne.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a est aujourd&rsquo;hui gravement menac\u00e9 dans une partie de son aire par les effets combin\u00e9s du changement climatique (s\u00e9cheresses, canicules) et des pullulations de scolyte typographe (<em>Ips typographus<\/em>). Les plantations d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a en plaine et en basse montagne, hors de leur station \u00e9cologique optimale, sont les plus touch\u00e9es, avec des mortalit\u00e9s massives observ\u00e9es en France depuis 2018 dans le Grand Est, la Bourgogne et l&rsquo;Auvergne. Cette crise sanitaire conduit \u00e0 repenser la place de l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a dans la sylviculture fran\u00e7aise, en privil\u00e9giant les stations d&rsquo;altitude et les m\u00e9langes avec des essences feuillues.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Sapin blanc (<em>Abies alba<\/em> Mill.)<\/strong> \u2014 Confusion tr\u00e8s fr\u00e9quente dans le langage courant (\u00ab sapin de No\u00ebl \u00bb). Se distingue par ses aiguilles plates (non piquantes), dispos\u00e9es en deux rangs horizontaux, pr\u00e9sentant deux bandes blanches de stomates sur la face inf\u00e9rieure. Les c\u00f4nes du sapin sont dress\u00e9s et se d\u00e9sarticulent sur l&rsquo;arbre (on ne trouve jamais de c\u00f4nes entiers au sol). L&rsquo;\u00e9corce reste lisse et gris-argent\u00e9. Les rameaux d\u00e9feuill\u00e9s sont lisses (sans pulvinus).<\/li>\n<li><strong>\u00c9pic\u00e9a de Sitka (<em>Picea sitchensis<\/em> (Bong.) Carri\u00e8re)<\/strong> \u2014 Esp\u00e8ce nord-am\u00e9ricaine plant\u00e9e en Europe atlantique. Aiguilles aplaties (section losangique), plus piquantes, vert bleut\u00e9 dessous. C\u00f4nes plus petits (5-8 cm) \u00e0 \u00e9cailles papyrac\u00e9es ondul\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Douglas (<em>Pseudotsuga menziesii<\/em> (Mirb.) Franco)<\/strong> \u2014 Tr\u00e8s plant\u00e9 en France. Se distingue par ses bourgeons fusiformes, pointus, brun-rouge, non r\u00e9sineux, ses aiguilles souples, aplaties, d\u00e9gageant une odeur de citronnelle au froissement, et ses c\u00f4nes pendants \u00e0 bract\u00e9es trifides saillantes (\u00ab queue de souris \u00bb).<\/li>\n<li><strong>M\u00e9l\u00e8ze d&rsquo;Europe (<em>Larix decidua<\/em> Mill.)<\/strong> \u2014 Confusion possible au printemps lorsque les aiguilles sont vertes. Se distingue par ses aiguilles caduques, souples, en touffes de 20 \u00e0 40 sur les rameaux courts (brachyblastes), et par ses c\u00f4nes ovales de 2 \u00e0 4 cm.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour la r\u00e9colte des bourgeons \u00e0 vis\u00e9e th\u00e9rapeutique, la distinction avec le sapin blanc est essentielle, les deux esp\u00e8ces \u00e9tant sympatriques en montagne. Le crit\u00e8re le plus fiable est la pr\u00e9sence de pulvinus sur les rameaux de l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a et la section quadrangulaire des aiguilles.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun illustre la richesse pharmacognosique des conif\u00e8res de montagne, longtemps sous-estim\u00e9e par rapport aux esp\u00e8ces herbac\u00e9es traditionnelles de la pharmacop\u00e9e. Ses bourgeons, source d&rsquo;une huile essentielle \u00e0 dominante d&rsquo;ac\u00e9tate de bornyle et de monoterp\u00e8nes, fondent un usage pectoral traditionnel solidement ancr\u00e9 dans la m\u00e9decine populaire alpine, m\u00eame si les preuves cliniques modernes restent \u00e0 consolider par des essais contr\u00f4l\u00e9s de bonne qualit\u00e9 m\u00e9thodologique.<\/p>\n<p>Les travaux r\u00e9cents sur le <strong>7-hydroxymatairesinol<\/strong> du bois d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a ouvrent des perspectives int\u00e9ressantes en chimiopr\u00e9vention des cancers hormonod\u00e9pendants, illustrant comment un sous-produit de l&rsquo;industrie foresti\u00e8re peut devenir une source de mol\u00e9cules bioactives innovantes. De m\u00eame, la r\u00e9sine d&rsquo;\u00e9pic\u00e9a, valid\u00e9e en clinique pour la cicatrisation des plaies chroniques, constitue un exemple remarquable de repositionnement d&rsquo;un rem\u00e8de traditionnel \u00e0 la lumi\u00e8re de la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves.<\/p>\n<p>La crise sanitaire actuelle des pessi\u00e8res europ\u00e9ennes, li\u00e9e au changement climatique et aux scolytes, pose la question de la p\u00e9rennit\u00e9 de la ressource \u00e0 basse et moyenne altitude. L&rsquo;avenir pharmacognosique de l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a est donc indissociable de sa gestion foresti\u00e8re durable, en privil\u00e9giant les stations \u00e9cologiquement adapt\u00e9es et les sylvicultures m\u00e9lang\u00e9es r\u00e9silientes.<\/p>\n<hr>\n<h3>AROMATH\u00c9RAPIE<\/h3>\n<p><strong>Partie distill\u00e9e :<\/strong> aiguilles \u2014 distillation \u00e0 la vapeur d&#039;eau<\/p>\n<h3>Ch\u00e9motypes<\/h3>\n<p><strong>CT ac\u00e9tate de bornyle<\/strong> \u2014 ac\u00e9tate de bornyle (20-40%)<br \/>\nAutres composants : \u03b1-pin\u00e8ne (10-20%), limon\u00e8ne (5-15%), camph\u00e8ne (5-15%), \u03b2-pin\u00e8ne (2-5%)<br \/>\n<em>L&#039;ac\u00e9tate de bornyle est un ester antispasmodique et anti-inflammatoire qui conf\u00e8re \u00e0 cette HE un profil anti-douleur int\u00e9ressant, distinct des autres conif\u00e8res.<\/em><\/p>\n<h3>Voies d&rsquo;administration<\/h3>\n<p><strong>Voie cutan\u00e9e :<\/strong> 20-30% dans une huile v\u00e9g\u00e9tale<br \/>\nPosologie : 3 \u00e0 4 applications par jour en massage sur les zones douloureuses ou le thorax<br \/>\nIndication : Douleurs musculaires et articulaires, bronchite, fatigue<\/p>\n<p><strong>Voie diffusion :<\/strong> 5 \u00e0 10 gouttes<br \/>\nPosologie : 15 \u00e0 20 minutes<br \/>\nIndication : Ambiance foresti\u00e8re, assainissement, respiration<\/p>\n<p><strong>Voie bain :<\/strong> 5 \u00e0 10 gouttes dans base dispersante<br \/>\nPosologie : 1 bain relaxant<br \/>\nIndication : D\u00e9tente musculaire, douleurs, convalescence<\/p>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<ul>\n<li>anti-inflammatoire<\/li>\n<li>antispasmodique<\/li>\n<li>antalgique<\/li>\n<li>expectorant<\/li>\n<li>antiseptique atmosph\u00e9rique<\/li>\n<li>tonique<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u26a0\ufe0f Contre-indications :<\/strong> grossesse et allaitement, enfants &lt; 6 ans, allergie aux conif\u00e8res<\/p>\n<p><strong>Toxicit\u00e9 :<\/strong> Faible toxicit\u00e9. Profil de s\u00e9curit\u00e9 satisfaisant gr\u00e2ce \u00e0 la proportion d&#039;esters.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cautions :<\/strong> Bien tol\u00e9r\u00e9e aux doses recommand\u00e9es. Conserver au frais (oxydation des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/terpenes\/\">terp\u00e8nes<\/a>). Peut irriter les peaux sensibles si mal dilu\u00e9e.<\/p>\n<h3>Associations synergiques<\/h3>\n<ul>\n<li>Pin sylvestre (fatigue, voies respiratoires)<\/li>\n<li>Gaulth\u00e9rie couch\u00e9e (douleurs articulaires)<\/li>\n<li>Lavande vraie (d\u00e9tente musculaire)<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Farjon A. (2017). <em>A Handbook of the World&rsquo;s Conifers<\/em>. 2nd edition. Brill, Leiden.<\/li>\n<li>Rautio M., Sipponen A., Peltola R. et al. (2007). Antibacterial effects of home-made resin salve from Norway spruce (<em>Picea abies<\/em>). <em>Journal of Alternative and Complementary Medicine<\/em>, 13(5), 571-577.<\/li>\n<li>Saarinen N.M., W\u00e4rri A., Aittokallio S.I. et al. (2010). Hydroxymatairesinol, a novel enterolactone precursor with antitumor properties from coniferous tree (<em>Picea abies<\/em>). <em>Nutrition and Cancer<\/em>, 36(2), 207-216.<\/li>\n<li>Saukel J., Kubelka W., L\u00e4nger R. (2006). Ethnobotanical studies in the Austrian Alps: traditional use of <em>Picea abies<\/em> in Tyrolean folk medicine. <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>, 103(1), 75-82.<\/li>\n<li>Sipponen A., Jokinen J.J., Sipponen P., Papp A., Sarna S., Lohi J. (2008). Beneficial effect of resin salve in treatment of severe pressure ulcers. <em>British Journal of Dermatology<\/em>, 158(5), 1055-1062.<\/li>\n<li>Keeling C.I., Bohlmann J. (2006). Genes, enzymes and chemicals of terpenoid diversity in the constitutive and induced defence of conifers against insects and pathogens. <em>New Phytologist<\/em>, 170(4), 657-675.<\/li>\n<li>Turtola S., Manninen A.M., Rikala R., Kainulainen P. (2003). Drought stress alters the concentration of wood terpenoids in Scots pine and Norway spruce seedlings. <em>Journal of Chemical Ecology<\/em>, 29(9), 1981-1995.<\/li>\n<li>Latva-M\u00e4enp\u00e4\u00e4 H., Laakso T., Sarjala T., W\u00e4h\u00e4l\u00e4 K., Saranp\u00e4\u00e4 P. (2013). Variation of stilbene glucosides in bark extracts of roots and stumps of Norway spruce (<em>Picea abies<\/em> [L.] Karst.). <em>Trees<\/em>, 27(1), 131-139.<\/li>\n<li>Salminen H., Vuorela P., Heinonen M. (2006). Isolation of hydroxymatairesinol from Norway spruce knots. <em>Proceedings of the Phytochemical Society of Europe<\/em>, 50, 89-95.<\/li>\n<li>Schmidt-Vogt H. (1977). <em>Die Fichte<\/em>. Verlag Paul Parey, Hamburg. [Ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence en allemand sur la biologie de l&rsquo;\u00e9pic\u00e9a.]<\/li>\n<li>Caudullo G., Tinner W., de Rigo D. (2016). <em>Picea abies<\/em> in Europe: distribution, habitat, usage and threats. In: San-Miguel-Ayanz J. et al. (Eds.), <em>European Atlas of Forest Tree Species<\/em>, Publication Office of the European Union, Luxembourg.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Expectorant (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antispasmodique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Cicatrisant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9pic\u00e9a commun (Picea abies (L.) 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