{"id":8852,"date":"2026-04-23T12:17:21","date_gmt":"2026-04-23T10:17:21","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/scille-maritime\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"scille-maritime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/23\/scille-maritime\/","title":{"rendered":"SCILLE MARITIME"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Scille%20maritime.jpg\" alt=\"Planche botanique SCILLE MARITIME\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La scille maritime, <em>Drimia maritima<\/em> (L.) Stearn, est l&rsquo;une des plantes bulbeuses les plus imposantes et les plus singuli\u00e8res du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en. Son bulbe colossal, pouvant atteindre trois kilogrammes, et sa hampe florale spectaculaire qui jaillit du sol nu \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, en font une pr\u00e9sence remarquable des garrigues, des falaises littorales et des sables c\u00f4tiers. Connue depuis la plus haute Antiquit\u00e9 \u00e9gyptienne \u2014 elle figure dans le Papyrus Ebers (1550 av. J.-C.) parmi les rem\u00e8des cardiaques \u2014, elle a travers\u00e9 toute l&rsquo;histoire de la pharmacie occidentale, de Dioscoride \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne contemporaine, sans jamais cesser de fasciner les pharmacognostes par la puissance et la complexit\u00e9 de ses principes actifs.<\/p>\n<p>La scille maritime tire son importance pharmacologique de ses <strong>bufadi\u00e9nolides<\/strong>, glycosides cardiotoniques structuralement distincts des card\u00e9nolides de la digitale, mais partageant avec eux une action inotrope positive sur le myocarde. La pr\u00e9sence concomitante de scillirosides, bufadi\u00e9nolides \u00e0 activit\u00e9 raticide s\u00e9lective, a ajout\u00e9 \u00e0 cette plante une dimension toxicologique et \u00e9conomique consid\u00e9rable. Entre la pharmacop\u00e9e cardiaque, le raticide s\u00e9culaire et le poison violent, la scille maritime incarne cette ambivalence fondamentale des drogues v\u00e9g\u00e9tales o\u00f9 la marge entre l&rsquo;effet th\u00e9rapeutique et l&rsquo;effet l\u00e9tal se mesure en milligrammes. Son \u00e9tude constitue un chapitre incontournable de la pharmacognosie des h\u00e9t\u00e9rosides cardiotoniques.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La position syst\u00e9matique de la scille maritime a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment remani\u00e9e par les classifications phylog\u00e9n\u00e9tiques modernes. Longtemps rattach\u00e9e aux Liliac\u00e9es <em>sensu lato<\/em>, puis aux Hyacinthac\u00e9es, elle est aujourd&rsquo;hui plac\u00e9e dans la famille des <strong>Asparagaceae<\/strong> (Asparagac\u00e9es), sous-famille des <strong>Scilloideae<\/strong>, selon la classification APG IV (2016).<\/p>\n<h3>A. Position syst\u00e9matique<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left;margin:5px 25px 15px 0;max-width:280px;border:1px solid #c9b99a;padding:6px;background:#faf6ee;border-radius:4px;cursor:pointer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/drimia_maritima.jpg\" alt=\"Drimia maritima \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%;height:auto\" \/><figcaption style=\"text-align:center;font-size:0.78em;color:#5a4e3c;margin-top:5px;font-style:italic\">Drimia maritima<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e8gne :<\/strong> Plantae<\/li>\n<li><strong>Clade :<\/strong> Angiospermes, Monocotyl\u00e9dones<\/li>\n<li><strong>Ordre :<\/strong> Asparagales<\/li>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Asparagaceae<\/li>\n<li><strong>Sous-famille :<\/strong> Scilloideae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Drimia<\/em> Jacq. ex Willd.<\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Drimia maritima<\/em> (L.) Stearn (1978)<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Synonymie et historique nomenclatural<\/h3>\n<p>La nomenclature de cette esp\u00e8ce est particuli\u00e8rement complexe, ayant subi de nombreux remaniements g\u00e9n\u00e9riques. Les principaux synonymes sont :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Scilla maritima<\/em> L. (1753) \u2014 basionyme linn\u00e9en<\/li>\n<li><em>Urginea maritima<\/em> (L.) Baker (1873) \u2014 nom longtemps utilis\u00e9 dans la litt\u00e9rature pharmacologique<\/li>\n<li><em>Urginea scilla<\/em> Steinh.<\/li>\n<li><em>Charybdis maritima<\/em> (L.) Speta (1998)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le transfert dans le genre <em>Drimia<\/em> par Stearn (1978), confirm\u00e9 par les \u00e9tudes mol\u00e9culaires, est aujourd&rsquo;hui le nom accept\u00e9. Cependant, les pharmacop\u00e9es et la litt\u00e9rature m\u00e9dicale utilisent encore fr\u00e9quemment le bin\u00f4me <em>Urginea maritima<\/em>.<\/p>\n<h3>C. \u00c9tymologie<\/h3>\n<p>Le nom de genre <em>Drimia<\/em> vient du grec <em>drimys<\/em> (piquant, \u00e2cre), en r\u00e9f\u00e9rence au suc irritant du bulbe. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>maritima<\/em> souligne l&rsquo;habitat littoral pr\u00e9f\u00e9rentiel de l&rsquo;esp\u00e8ce. Le nom vernaculaire \u00ab scille \u00bb d\u00e9rive du latin <em>scilla<\/em>, lui-m\u00eame emprunt\u00e9 au grec <em>skilla<\/em>. On rencontre \u00e9galement les noms de \u00ab squille \u00bb, \u00ab oignon marin \u00bb, \u00ab scille officinale \u00bb et \u00ab ail de mer \u00bb.<\/p>\n<h3>D. Vari\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<p>Deux vari\u00e9t\u00e9s sont traditionnellement distingu\u00e9es, parfois \u00e9lev\u00e9es au rang de sous-esp\u00e8ces :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Vari\u00e9t\u00e9 blanche<\/strong> (<em>var. alba<\/em>) : tuniques bulbaires externes blanc-jaun\u00e2tre, \u00e9cailles internes blanches. C&rsquo;est la vari\u00e9t\u00e9 officinale, utilis\u00e9e en pharmacie.<\/li>\n<li><strong>Vari\u00e9t\u00e9 rouge<\/strong> (<em>var. rubra<\/em>) : tuniques et \u00e9cailles teint\u00e9es de rouge vineux. Plus riche en scillirosides, elle est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e pour la fabrication de raticides.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<p><em>Drimia maritima<\/em> est une plante herbac\u00e9e vivace, g\u00e9ophyte \u00e0 bulbe, de grande taille. La hampe florale peut atteindre 100 \u00e0 200 cm de hauteur. La plante pr\u00e9sente un cycle de d\u00e9veloppement remarquable, caract\u00e9ristique des g\u00e9ophytes m\u00e9diterran\u00e9ennes \u00e0 repos estival : les feuilles apparaissent en automne-hiver, disparaissent au printemps, et la hampe florale \u00e9merge brusquement du sol nu \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, en l&rsquo;absence de toute feuille, ce qui conf\u00e8re \u00e0 la floraison un caract\u00e8re spectaculaire et inattendu.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>Le <strong>bulbe<\/strong> est l&rsquo;organe le plus remarquable de la plante. C&rsquo;est l&rsquo;un des plus volumineux du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal : piriforme \u00e0 subglobuleux, il mesure 10 \u00e0 20 cm de diam\u00e8tre et peut peser de 1 \u00e0 3 kg, exceptionnellement jusqu&rsquo;\u00e0 5 kg chez les individus \u00e2g\u00e9s. Il est constitu\u00e9 de tuniques concentriques charnues (\u00e9cailles), les externes s\u00e8ches et papyrac\u00e9es (brun-rouge\u00e2tre ou blanch\u00e2tres selon la vari\u00e9t\u00e9), les internes charnues, gorg\u00e9es d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilage<\/a> visqueux et irritant. Le bulbe est semi-enterr\u00e9, souvent affleurant \u00e0 la surface du sol. Sa long\u00e9vit\u00e9 est consid\u00e9rable, potentiellement plusieurs d\u00e9cennies. \u00c0 la base du bulbe, un plateau basal porte de nombreuses racines adventives charnues.<\/p>\n<p>Les <strong>feuilles<\/strong> sont toutes basales, au nombre de 5 \u00e0 10, apparaissant en rosette apr\u00e8s la floraison (octobre-novembre) et persistent jusqu&rsquo;au printemps suivant (avril-mai). Elles sont largement lanc\u00e9ol\u00e9es, longues de 30 \u00e0 60 cm et larges de 5 \u00e0 10 cm, charnues, glabres, d&rsquo;un vert fonc\u00e9 luisant, \u00e0 nervation parall\u00e8le. Leur surface est lisse et l\u00e9g\u00e8rement ondul\u00e9e sur les bords. Elles disparaissent compl\u00e8tement en \u00e9t\u00e9, la plante entrant alors en dormance estivale.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p>La <strong>hampe florale<\/strong> (scape) est robuste, cylindrique, pleine, glabre, de couleur vert-glauque, \u00e9mergeant directement du bulbe sans aucune feuille. Elle porte \u00e0 son sommet une <strong>grappe<\/strong> (rac\u00e8me) dense, allong\u00e9e, de 20 \u00e0 60 cm de longueur, compos\u00e9e de 50 \u00e0 150 fleurs. Les fleurs sont petites (8 \u00e0 12 mm de diam\u00e8tre), actinomorphes, hexam\u00e8res, port\u00e9es par des p\u00e9dicelles de 10 \u00e0 20 mm munis chacun d&rsquo;une bract\u00e9e lin\u00e9aire caduque. Le p\u00e9rianthe est compos\u00e9 de 6 t\u00e9pales libres, oblongs, blanc pur avec une nervure m\u00e9diane verd\u00e2tre ou brun\u00e2tre. Les \u00e9tamines sont au nombre de 6, \u00e0 filets blancs \u00e9largis \u00e0 la base. L&rsquo;ovaire est sup\u00e8re, triloculaire, surmont\u00e9 d&rsquo;un style unique. La floraison est centrip\u00e8te : les fleurs s&rsquo;ouvrent de la base vers le sommet de la grappe.<\/p>\n<p>Le <strong>fruit<\/strong> est une capsule ovo\u00efde, triloculaire, \u00e0 d\u00e9hiscence loculicide, de 8 \u00e0 12 mm. Les graines sont aplaties, noires, ail\u00e9es, au nombre de 6 \u00e0 12 par capsule.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie et biologie reproductive<\/h3>\n<p>Le cycle ph\u00e9nologique est de type <strong>hyst\u00e9ranth\u00e9<\/strong> (floraison pr\u00e9c\u00e9dant la feuillaison) : la floraison survient en ao\u00fbt-septembre, avant l&rsquo;apparition des feuilles. Les feuilles se d\u00e9veloppent d&rsquo;octobre \u00e0 avril-mai, assurant la photosynth\u00e8se et le rechargement des r\u00e9serves du bulbe pendant la saison humide et fra\u00eeche. La dormance estivale (juin-ao\u00fbt) pr\u00e9c\u00e8de la floraison. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e par divers hym\u00e9nopt\u00e8res et dipt\u00e8res. La diss\u00e9mination des graines est an\u00e9mochore (graines ail\u00e9es). La multiplication v\u00e9g\u00e9tative est possible par division du bulbe (production de ca\u00efeux), mais reste lente.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p><em>Drimia maritima<\/em> est une esp\u00e8ce strictement m\u00e9diterran\u00e9enne, thermophile et x\u00e9rophile. Elle cro\u00eet sur les substrats sablonneux, rocheux ou rocailleux du littoral et de l&rsquo;arri\u00e8re-pays proche, du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 environ 500 m d&rsquo;altitude (exceptionnellement 800 m). Ses habitats de pr\u00e9dilection sont : les sables littoraux stabilis\u00e9s, les falaises maritimes, les garrigues ouvertes, les phryganes, les clairi\u00e8res de maquis, les oliveraies abandonn\u00e9es et les talus rocheux expos\u00e9s au sud. Elle tol\u00e8re les sols tr\u00e8s pauvres, calcaires ou siliceux, et supporte une s\u00e9cheresse estivale intense gr\u00e2ce aux r\u00e9serves hydriques consid\u00e9rables de son bulbe.<\/p>\n<h3>B. Distribution g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;aire de r\u00e9partition couvre l&rsquo;ensemble du bassin m\u00e9diterran\u00e9en, des \u00eeles Canaries au Proche-Orient. En <strong>France<\/strong>, la scille maritime est pr\u00e9sente sur le littoral m\u00e9diterran\u00e9en : <strong>Corse<\/strong> (commune sur les c\u00f4tes, surtout occidentales), <strong>Provence<\/strong> (Var, Bouches-du-Rh\u00f4ne, littoral des Maures et de l&rsquo;Esterel), <strong>Languedoc<\/strong> (H\u00e9rault, Aude, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales) et <strong>Roussillon<\/strong>. Elle est plus rare sur la C\u00f4te d&rsquo;Azur urbanis\u00e9e. Quelques stations isol\u00e9es existent dans les Alpes-Maritimes \u00e0 basse altitude. L&rsquo;esp\u00e8ce est absente de la fa\u00e7ade atlantique fran\u00e7aise et de tout le nord du pays. En Corse, elle est particuli\u00e8rement abondante dans les maquis littoraux et les zones incendi\u00e9es, o\u00f9 elle recolonise rapidement les sols nus.<\/p>\n<h3>C. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p><em>Drimia maritima<\/em> s&rsquo;inscrit dans les associations de la classe des <em>Quercetea ilicis<\/em> (maquis et garrigues) et des groupements littoraux du <em>Crithmo-Limonietea<\/em>. Elle cohabite fr\u00e9quemment avec <em>Asphodelus ramosus<\/em> (asphod\u00e8le), <em>Pistacia lentiscus<\/em> (lentisque), <em>Myrtus communis<\/em> (myrte), <em>Rosmarinus officinalis<\/em> (romarin), <em>Euphorbia characias<\/em> (euphorbe characias), <em>Pancratium maritimum<\/em> (lis maritime) et <em>Ampelodesmos mauritanicus<\/em> (diss). Dans les zones incendi\u00e9es, elle est souvent pionni\u00e8re, ses bulbes profond\u00e9ment enfouis r\u00e9sistant au feu.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La drogue officinale est constitu\u00e9e par les <strong>\u00e9cailles moyennes du bulbe<\/strong> (squames), d\u00e9barrass\u00e9es des tuniques externes s\u00e8ches et du coeur central muqueux. La r\u00e9colte s&rsquo;effectue de pr\u00e9f\u00e9rence en ao\u00fbt-septembre, au moment de la floraison, lorsque la concentration en principes actifs est maximale. Les bulbes sont arrach\u00e9s, les tuniques externes papyrac\u00e9es et les \u00e9cailles centrales les plus internes (pauvres en glycosides) sont \u00e9limin\u00e9es. Les \u00e9cailles moyennes charnues sont d\u00e9coup\u00e9es en lamelles et s\u00e9ch\u00e9es rapidement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tuve (50-60 \u00b0C) ou au soleil. La drogue s\u00e8che se pr\u00e9sente sous forme de fragments translucides, jaun\u00e2tres, corn\u00e9s, cassants, de saveur am\u00e8re et \u00e2cre, provoquant une irritation caract\u00e9ristique de la muqueuse buccale.<\/p>\n<p>La <strong>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne<\/strong> (monographie \u00ab Squille \u00bb) d\u00e9finit la drogue comme les \u00e9cailles moyennes du bulbe de la vari\u00e9t\u00e9 blanche, s\u00e9ch\u00e9es, contenant au minimum 0,15 % de glycosides totaux exprim\u00e9s en proscillaridine A. La vari\u00e9t\u00e9 rouge, plus riche en scillirosides, est utilis\u00e9e exclusivement pour les pr\u00e9parations raticides.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique du bulbe de <em>Drimia maritima<\/em> est domin\u00e9e par des <strong>glycosides cardiotoniques de type bufadi\u00e9nolide<\/strong>, structuralement caract\u00e9ris\u00e9s par un noyau st\u00e9ro\u00efdien portant un cycle lactone \u00e0 6 cha\u00eenons (2-pyranone) en position C-17, \u00e0 la diff\u00e9rence des card\u00e9nolides (digitale) qui portent un cycle lactone \u00e0 5 cha\u00eenons (but\u00e9nolide). Cette distinction structurale a des implications pharmacocin\u00e9tiques importantes.<\/p>\n<h3>A. Bufadi\u00e9nolides cardiotoniques<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Scillar\u00e8ne A<\/strong> (proscillaridine A 3-glucoside) : glycoside majeur de la vari\u00e9t\u00e9 blanche. L&rsquo;aglycone est la scillaridine A (bufadi\u00e9nolide hydroxyl\u00e9 en 3\u03b2 et 14\u03b2).<\/li>\n<li><strong>Scillar\u00e8ne B<\/strong> : second glycoside important, structuralement proche du scillar\u00e8ne A.<\/li>\n<li><strong>Proscillaridine A<\/strong> (C<sub>30<\/sub>H<sub>42<\/sub>O<sub>8<\/sub>) : monoglucoside de la scillaridine A. C&rsquo;est le glycoside cardiotonique le plus \u00e9tudi\u00e9 pharmacologiquement. Il est utilis\u00e9 comme marqueur analytique de la drogue dans la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne.<\/li>\n<li><strong>Glucoscillar\u00e8ne A<\/strong> : bisglycoside de la scillaridine A.<\/li>\n<li><strong>Scillipha\u00e9oside<\/strong> et <strong>scillicyanoside<\/strong> : bufadi\u00e9nolides minoritaires.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Scillirosides (bufadi\u00e9nolides raticides)<\/h3>\n<p>Le <strong>scilliroside<\/strong> (C<sub>32<\/sub>H<sub>44<\/sub>O<sub>12<\/sub>) est un bufadi\u00e9nolide acyl\u00e9 (porteur d&rsquo;un groupement glucosyl et ac\u00e9tyl) particuli\u00e8rement abondant dans la vari\u00e9t\u00e9 rouge. Il poss\u00e8de une toxicit\u00e9 s\u00e9lective remarquable pour les rongeurs, qui ne peuvent vomir (contrairement aux autres mammif\u00e8res et \u00e0 l&rsquo;homme). Cette propri\u00e9t\u00e9 en a fait un raticide naturel de premier ordre pendant des si\u00e8cles. La teneur en scilliroside de la vari\u00e9t\u00e9 rouge peut atteindre 0,01 \u00e0 0,05 % du poids sec.<\/p>\n<h3>C. Autres constituants<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Flavono\u00efdes :<\/strong> <strong>taxifoline<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong> et leurs glycosides.<\/li>\n<li><strong>Stilb\u00e9no\u00efdes :<\/strong> <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/resveratrol\/\">resv\u00e9ratrol<\/a><\/strong> et d\u00e9riv\u00e9s (pr\u00e9sence confirm\u00e9e par analyse HPLC).<\/li>\n<li><strong>Anthocyanes :<\/strong> dans la vari\u00e9t\u00e9 rouge (responsables de la couleur).<\/li>\n<li><strong>Mucilages :<\/strong> abondants dans les \u00e9cailles centrales (glucomannanes).<\/li>\n<li><strong>Acides organiques :<\/strong> acide citrique, acide oxalique (raphides d&rsquo;oxalate de calcium abondants, responsables en partie de l&rsquo;irritation cutan\u00e9e).<\/li>\n<li><strong>Sinistrine :<\/strong> polyfructosane de r\u00e9serve (fructane de type <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/inuline\/\">inuline<\/a>), utilis\u00e9 comme marqueur de la filtration glom\u00e9rulaire en physiologie r\u00e9nale.<\/li>\n<li><strong>Huile essentielle :<\/strong> traces, contenant des compos\u00e9s soufr\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Action cardiotonique (inotrope positive)<\/h3>\n<p>Les bufadi\u00e9nolides de la scille agissent selon le m\u00eame m\u00e9canisme que les card\u00e9nolides de la digitale : inhibition de la pompe Na<sup>+<\/sup>\/K<sup>+<\/sup>-ATPase membranaire des cardiomyocytes. Le blocage de cette enzyme provoque une augmentation de la concentration intracellulaire en Na<sup>+<\/sup>, qui r\u00e9duit l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9changeur Na<sup>+<\/sup>\/Ca<sup>2+<\/sup>, conduisant \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation du Ca<sup>2+<\/sup> cytosolique. Cette surcharge calcique renforce le couplage excitation-contraction et augmente la force de contraction du myocarde (effet inotrope positif). Les bufadi\u00e9nolides exercent simultan\u00e9ment un effet chronotrope n\u00e9gatif (ralentissement de la fr\u00e9quence cardiaque) par stimulation vagale et un effet dromotrope n\u00e9gatif (ralentissement de la conduction auriculoventriculaire).<\/p>\n<p>La <strong>proscillaridine A<\/strong> se distingue des digitaliques par plusieurs caract\u00e9ristiques pharmacocin\u00e9tiques : absorption digestive plus rapide, liaison aux prot\u00e9ines plasmatiques plus faible, demi-vie d&rsquo;\u00e9limination plus courte (environ 24 heures contre 5 \u00e0 7 jours pour la <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/digoxine\/\">digoxine<\/a>), et \u00e9limination principalement h\u00e9patique (et non r\u00e9nale). Ces propri\u00e9t\u00e9s lui conf\u00e8rent un risque cumulatif moindre et une meilleure maniabilit\u00e9 th\u00e9rapeutique th\u00e9orique, mais l&rsquo;\u00e9troitesse de la marge th\u00e9rapeutique reste un probl\u00e8me majeur.<\/p>\n<h3>B. Effet diur\u00e9tique<\/h3>\n<p>La scille poss\u00e8de un effet diur\u00e9tique mod\u00e9r\u00e9, partiellement ind\u00e9pendant de l&rsquo;action cardiotonique. Ce double tropisme cardiaque et r\u00e9nal \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 reconnu par les anciens, qui utilisaient la scille dans les hydropisies (oed\u00e8mes d&rsquo;origine cardiaque). Le m\u00e9canisme diur\u00e9tique semble impliquer une action directe sur les tubules r\u00e9naux, favorisant l&rsquo;excr\u00e9tion sod\u00e9e.<\/p>\n<h3>C. Effet expectorant<\/h3>\n<p>\u00c0 faible dose, les extraits de scille exercent un effet expectorant par stimulation r\u00e9flexe de la s\u00e9cr\u00e9tion bronchique (r\u00e9flexe gastro-pulmonaire). Cet effet a justifi\u00e9 l&rsquo;inclusion de la scille dans de nombreuses sp\u00e9cialit\u00e9s antitussives et expectorantes, notamment en Allemagne (o\u00f9 les <em>Scilla-Pr\u00e4parate<\/em> restent utilis\u00e9es en phytoth\u00e9rapie).<\/p>\n<h3>D. Activit\u00e9 raticide des scillirosides<\/h3>\n<p>Le <strong>scilliroside<\/strong> est s\u00e9lectivement toxique pour les rongeurs en raison de l&rsquo;absence de r\u00e9flexe de vomissement chez ces animaux (rats, souris). Les autres mammif\u00e8res (chiens, chats, homme) vomissent apr\u00e8s ingestion de scilliroside, ce qui limite l&rsquo;absorption syst\u00e9mique et r\u00e9duit consid\u00e9rablement la toxicit\u00e9. Chez le rat, le scilliroside provoque des convulsions, un oed\u00e8me pulmonaire et une fibrillation ventriculaire. Cette toxicit\u00e9 s\u00e9lective a fait de la poudre de scille rouge le raticide v\u00e9g\u00e9tal le plus utilis\u00e9 au monde avant l&rsquo;av\u00e8nement des anticoagulants de synth\u00e8se.<\/p>\n<hr>\n<h3>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h3>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Expectorant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Antitussif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Carminatif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>A. Usage cardiologique historique<\/h3>\n<p>La scille maritime est l&rsquo;un des plus anciens m\u00e9dicaments cardiaques connus. Le Papyrus Ebers (environ 1550 av. J.-C.) mentionne son usage dans les maladies du coeur. Dioscoride (I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle) d\u00e9crit en d\u00e9tail sa pr\u00e9paration (le <em>vinaigre scillitique<\/em>) et ses indications (hydropisie, toux). Au Moyen \u00c2ge, les m\u00e9decins arabes (Avicenne, Rhazes) perp\u00e9tuent son usage. La scille resta un m\u00e9dicament important du coeur et du rein jusqu&rsquo;au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avant d&rsquo;\u00eatre progressivement supplant\u00e9e par la digitale (plus maniable) et les diur\u00e9tiques de synth\u00e8se.<\/p>\n<h3>B. Sp\u00e9cialit\u00e9s \u00e0 base de proscillaridine<\/h3>\n<p>La <strong>proscillaridine A<\/strong> purifi\u00e9e a \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9e sous le nom de sp\u00e9cialit\u00e9 <em>Talusin<\/em> (comprim\u00e9s de 0,5 \u00e0 1 mg) dans plusieurs pays europ\u00e9ens pour le traitement de l&rsquo;insuffisance cardiaque. Des \u00e9tudes cliniques comparatives ont montr\u00e9 une efficacit\u00e9 comparable \u00e0 la digoxine sur la fraction d&rsquo;\u00e9jection ventriculaire gauche, avec une incidence moindre de toxicit\u00e9 cumulative gr\u00e2ce \u00e0 la demi-vie plus courte. Toutefois, la proscillaridine n&rsquo;a jamais atteint la diffusion de la digoxine et a \u00e9t\u00e9 progressivement retir\u00e9e du march\u00e9 dans la plupart des pays.<\/p>\n<h3>C. Usage expectorant<\/h3>\n<p>Des pr\u00e9parations \u00e0 base d&rsquo;extrait de scille \u00e0 faible dose (non cardiotonique) sont encore commercialis\u00e9es dans certains pays europ\u00e9ens (notamment en Allemagne) comme expectorant dans les bronchites aigu\u00ebs et chroniques. L&rsquo;extrait de scille est souvent associ\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres drogues expectorantes (thym, lierre) dans des sp\u00e9cialit\u00e9s de phytoth\u00e9rapie.<\/p>\n<h3>D. Intoxications<\/h3>\n<p>Les intoxications accidentelles par la scille sont rares en France, la plante n&rsquo;\u00e9tant pas consomm\u00e9e. Des cas sporadiques sont rapport\u00e9s en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, o\u00f9 le bulbe est parfois utilis\u00e9 comme abortif populaire avec des cons\u00e9quences dramatiques (arr\u00eat cardiaque). Les sympt\u00f4mes d&rsquo;intoxication associent vomissements (effet protecteur), diarrh\u00e9e, troubles du rythme cardiaque (bradycardie, extrasystoles ventriculaires, fibrillation ventriculaire), convulsions et d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Scillar\u00e8ne A<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Scillar\u00e8ne B<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Proscillaridine A<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Glucoscillar\u00e8ne A<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Scillipha\u00e9oside<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<h3>A. Poudre de squille<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Poudre de bulbe (vari\u00e9t\u00e9 blanche) :<\/strong> posologie traditionnelle de 0,06 \u00e0 0,5 g par jour, en poudre ou en g\u00e9lules. La dose cardiotonique efficace est de l&rsquo;ordre de 0,1 \u00e0 0,3 g\/jour. La dose toxique commence \u00e0 0,5-1 g. Usage r\u00e9serv\u00e9 aux professionnels de sant\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Teinture de squille<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Teinture (1:10, \u00e9thanol 70\u00b0) :<\/strong> 0,3 \u00e0 2 mL par jour. Inscrite dans les pharmacop\u00e9es fran\u00e7aise et europ\u00e9enne historiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>C. Vinaigre scillitique<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Pr\u00e9paration traditionnelle :<\/strong> mac\u00e9ration de bulbe frais dans le vinaigre de vin (rapport 1:10) pendant 8 jours. Posologie empirique : 2 \u00e0 4 mL par jour. Cette pr\u00e9paration antique, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite par Dioscoride, fut officialis\u00e9e dans les pharmacop\u00e9es europ\u00e9ennes jusqu&rsquo;au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>D. Sirop de squille compos\u00e9<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Sirop expectorant :<\/strong> extrait de scille associ\u00e9 \u00e0 des extraits de s\u00e9n\u00e9ga, d&rsquo;ip\u00e9ca ou de thym. Posologie adulte : 5 \u00e0 15 mL par jour. Encore disponible dans certaines pharmacop\u00e9es (Allemagne, Suisse).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>E. Proscillaridine purifi\u00e9e<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Comprim\u00e9s de proscillaridine A :<\/strong> 0,25 \u00e0 1 mg par jour, dose d&rsquo;entretien 0,5 mg\/jour. Usage strictement m\u00e9dical. Sp\u00e9cialit\u00e9 retir\u00e9e du march\u00e9 fran\u00e7ais.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>F. Pr\u00e9parations raticides<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Poudre de scille rouge :<\/strong> bulbe de la vari\u00e9t\u00e9 rouge, s\u00e9ch\u00e9 et pulv\u00e9ris\u00e9, m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 des app\u00e2ts c\u00e9r\u00e9aliers (ratio 10 \u00e0 25 % de poudre de scille). Usage en d\u00e9ratisation, en d\u00e9clin face aux anticoagulants de synth\u00e8se.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<h3>A. Toxicit\u00e9 aigu\u00eb<\/h3>\n<p>Toutes les parties de la plante sont toxiques, le bulbe \u00e9tant la partie la plus concentr\u00e9e en principes actifs. La DL<sub>50<\/sub> de la proscillaridine A par voie orale chez le rat est d&rsquo;environ 16 mg\/kg. La dose l\u00e9tale chez l&rsquo;homme est estim\u00e9e entre 50 et 100 mg de glycosides totaux, soit l&rsquo;\u00e9quivalent de quelques grammes de bulbe frais. Le tableau clinique de l&rsquo;intoxication associe :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Phase digestive :<\/strong> naus\u00e9es, vomissements violents (pr\u00e9coces et parfois protecteurs), douleurs abdominales, diarrh\u00e9e parfois sanglante.<\/li>\n<li><strong>Phase cardiaque :<\/strong> bradycardie, troubles du rythme (extrasystoles ventriculaires, tachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire), bloc auriculoventriculaire.<\/li>\n<li><strong>Phase neurologique :<\/strong> confusion, somnolence, convulsions.<\/li>\n<li><strong>Phase terminale :<\/strong> collapsus cardiovasculaire, arr\u00eat cardiaque.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Irritation cutan\u00e9e et muqueuse<\/h3>\n<p>Le suc frais du bulbe est intens\u00e9ment irritant pour la peau et les muqueuses, en raison de la pr\u00e9sence combin\u00e9e de raphides d&rsquo;oxalate de calcium (cristaux aciculaires traumatisant les tissus) et de compos\u00e9s chimiques irritants (bufadi\u00e9nolides, mucilages \u00e2cres). La manipulation des bulbes frais sans gants provoque des dermatites de contact, avec \u00e9ryth\u00e8me, oed\u00e8me et v\u00e9siculation. Le contact oculaire est particuli\u00e8rement dangereux (k\u00e9ratite).<\/p>\n<h3>C. Contre-indications<\/h3>\n<ul>\n<li>Grossesse et allaitement (contre-indication absolue)<\/li>\n<li>Hypokali\u00e9mie (potentialisation de la toxicit\u00e9 des bufadi\u00e9nolides)<\/li>\n<li>Insuffisance r\u00e9nale s\u00e9v\u00e8re<\/li>\n<li>Traitement concomitant par digitaliques, diur\u00e9tiques hypokali\u00e9miants, cortico\u00efdes, laxatifs<\/li>\n<li>Blocs auriculoventriculaires, cardiomyopathie hypertrophique obstructive<\/li>\n<\/ul>\n<h3>D. Traitement des intoxications<\/h3>\n<p>Le traitement est analogue \u00e0 celui des intoxications digitaliques : lavage gastrique pr\u00e9coce, charbon activ\u00e9, correction de l&rsquo;hypokali\u00e9mie, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/atropine\/\">atropine<\/a> pour la bradycardie, lidoca\u00efne pour les arythmies ventriculaires. Les fragments Fab anti-digoxine (Digifab) pr\u00e9sentent une r\u00e9activit\u00e9 crois\u00e9e partielle avec les bufadi\u00e9nolides de la scille et peuvent \u00eatre utilis\u00e9s dans les intoxications graves.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<h3>A. Raticide s\u00e9culaire<\/h3>\n<p>L&rsquo;usage de la scille rouge comme raticide est document\u00e9 depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 \u00e9gyptienne et reste pratiqu\u00e9 dans les pays m\u00e9diterran\u00e9ens. La poudre de bulbe rouge, m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 des app\u00e2ts alimentaires, a constitu\u00e9 le raticide v\u00e9g\u00e9tal le plus efficace et le plus s\u00e9lectif avant l&rsquo;introduction des anticoagulants de synth\u00e8se (warfarine, bromadiolone) au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La s\u00e9lectivit\u00e9 pour les rongeurs, due \u00e0 leur incapacit\u00e9 \u00e0 vomir, en fait un produit relativement s\u00fbr pour les autres animaux domestiques et pour l&rsquo;homme. Cet usage a connu un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans le cadre de la lutte biologique et de la r\u00e9duction des pesticides de synth\u00e8se.<\/p>\n<h3>B. Usages ethnobotaniques traditionnels<\/h3>\n<p>Dans le monde m\u00e9diterran\u00e9en, le bulbe de scille \u00e9tait traditionnellement suspendu au-dessus des portes comme talisman protecteur contre le \u00ab mauvais oeil \u00bb et les sortil\u00e8ges (Gr\u00e8ce, Turquie, Maghreb). Cette pratique apotropa\u00efque, document\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 (Dioscoride la mentionne), est encore vivace dans certaines r\u00e9gions rurales. Au Maghreb, le bulbe est utilis\u00e9 en m\u00e9decine traditionnelle comme diur\u00e9tique, antitussif et abortif (usage dangereux responsable de d\u00e9c\u00e8s). En Gr\u00e8ce, le vinaigre scillitique (<em>oxysquille<\/em>) \u00e9tait un rem\u00e8de populaire contre l&rsquo;hydropisie et les catarrhes.<\/p>\n<h3>C. Usages agricoles<\/h3>\n<p>Les bulbes de scille broy\u00e9s \u00e9taient autrefois utilis\u00e9s pour prot\u00e9ger les semences de c\u00e9r\u00e9ales contre les rongeurs avant le semis. La pulpe irritante servait \u00e9galement de r\u00e9pulsif contre les limaces et les insectes dans les jardins m\u00e9diterran\u00e9ens traditionnels.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<h3>A. Adaptation au milieu m\u00e9diterran\u00e9en<\/h3>\n<p><em>Drimia maritima<\/em> est un mod\u00e8le remarquable d&rsquo;adaptation au stress hydrique m\u00e9diterran\u00e9en. Son cycle ph\u00e9nologique invers\u00e9 (v\u00e9g\u00e9tation hivernale, dormance estivale, floraison sur sol nu en fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9) optimise l&rsquo;utilisation des ressources hydriques saisonni\u00e8res. Le bulbe massif constitue un r\u00e9servoir d&rsquo;eau et de nutriments permettant de traverser la s\u00e9cheresse estivale prolong\u00e9e et de produire la hampe florale avant les premi\u00e8res pluies automnales, sans apport hydrique externe. Les \u00e9cailles charnues gorg\u00e9es de mucilage retiennent l&rsquo;eau avec une efficacit\u00e9 remarquable.<\/p>\n<h3>B. R\u00e9sistance au feu<\/h3>\n<p>La scille maritime pr\u00e9sente une r\u00e9sistance exceptionnelle aux incendies, ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9current dans les \u00e9cosyst\u00e8mes m\u00e9diterran\u00e9ens. Le bulbe profond\u00e9ment enfoui (parfois \u00e0 20-30 cm) survit au passage du feu et la plante est souvent l&rsquo;une des premi\u00e8res \u00e0 recoloniser les surfaces br\u00fbl\u00e9es, jouant un r\u00f4le de pionnier post-incendie. Cette capacit\u00e9 de r\u00e9silience lui conf\u00e8re une importance \u00e9cologique significative dans la dynamique de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration post-perturbation des garrigues et maquis m\u00e9diterran\u00e9ens.<\/p>\n<h3>C. Interactions biotiques<\/h3>\n<p>La toxicit\u00e9 du bulbe prot\u00e8ge efficacement la plante contre l&rsquo;herbivorie. Aucun mammif\u00e8re ne consomme les bulbes dans la nature. Les fleurs, en revanche, sont visit\u00e9es par de nombreux insectes pollinisateurs (abeilles solitaires, syrphes, papillons), et la floraison tardive (ao\u00fbt-septembre) offre une ressource nectarif\u00e8re \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 les sources de nectar sont rares dans le maquis m\u00e9diterran\u00e9en dess\u00e9ch\u00e9. La plante joue ainsi un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans le maintien des populations de pollinisateurs en fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h3>D. Statut de conservation<\/h3>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas menac\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de son aire de r\u00e9partition et ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucun statut de protection particulier en France. Elle est localement abondante, notamment en Corse et dans les garrigues du Var. L&rsquo;urbanisation littorale constitue cependant une menace pour certaines populations c\u00f4ti\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<h3>A. Autres esp\u00e8ces du genre <em>Drimia<\/em><\/h3>\n<p>Plusieurs esp\u00e8ces du genre <em>Drimia<\/em> sont pr\u00e9sentes en M\u00e9diterran\u00e9e. <em>Drimia numidica<\/em> (Jord. &amp; Fourr.) J.C.Manning &amp; Goldblatt, end\u00e9mique du Maghreb, est parfois confondue avec <em>D. maritima<\/em>. En France, aucune autre esp\u00e8ce du genre n&rsquo;est pr\u00e9sente, ce qui limite les risques de confusion.<\/p>\n<h3>B. Pancratium maritimum L. (lis maritime)<\/h3>\n<p>Cette Amaryllidac\u00e9e bulbeuse littorale partage le m\u00eame habitat sableux que la scille. Ses feuilles ruban\u00e9es, glauques, peuvent rappeler celles de la scille, mais elles sont plus \u00e9troites et persistantes en \u00e9t\u00e9. Les grandes fleurs blanches en ombelle, tr\u00e8s diff\u00e9rentes de la grappe de petites fleurs de la scille, l\u00e8vent toute ambigu\u00eft\u00e9 au moment de la floraison.<\/p>\n<h3>C. Asphodelus ramosus L. (asphod\u00e8le rameux)<\/h3>\n<p>L&rsquo;asphod\u00e8le, fr\u00e9quent dans les m\u00eames milieux, poss\u00e8de des feuilles basales en rosette pouvant \u00e9voquer celles de la scille. Ses feuilles sont toutefois nettement plus \u00e9troites, lin\u00e9aires et car\u00e9n\u00e9es, et ses racines sont des tubercules allong\u00e9s, non un gros bulbe tuniqu\u00e9. La floraison printani\u00e8re blanche en grappe terminale est tr\u00e8s diff\u00e9rente.<\/p>\n<h3>D. Allium ampeloprasum L. (poireau sauvage)<\/h3>\n<p>Ce grand ail sauvage, pr\u00e9sent sur le littoral m\u00e9diterran\u00e9en, poss\u00e8de un bulbe tuniqu\u00e9 parfois volumineux. Ses feuilles planes, larges, pourraient \u00e9voquer celles de la scille, mais l&rsquo;odeur alliac\u00e9e caract\u00e9ristique au froissement est un crit\u00e8re de distinction imm\u00e9diat et sans ambigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Drimia maritima<\/em> (L.) Stearn est une drogue v\u00e9g\u00e9tale d&rsquo;importance historique majeure, dont l&rsquo;usage m\u00e9dicinal remonte \u00e0 plus de 3 500 ans. Son profil phytochimique, domin\u00e9 par les bufadi\u00e9nolides (scillar\u00e8ne A, scillar\u00e8ne B, proscillaridine A, scilliroside), en fait un repr\u00e9sentant \u00e9minent de la classe des h\u00e9t\u00e9rosides cardiotoniques, structuralement distinct des card\u00e9nolides de la digitale par la pr\u00e9sence d&rsquo;un cycle lactone hexagonal (2-pyranone) en C-17. Le m\u00e9canisme d&rsquo;action \u2014 inhibition de la Na<sup>+<\/sup>\/K<sup>+<\/sup>-ATPase \u2014 est commun aux deux classes de glycosides, mais les caract\u00e9ristiques pharmacocin\u00e9tiques des bufadi\u00e9nolides (demi-vie plus courte, \u00e9limination h\u00e9patique) leur conf\u00e8rent un profil distinct.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique de la scille r\u00e9side principalement dans trois domaines : la cardiotonie (proscillaridine A), l&rsquo;effet expectorant (extraits \u00e0 faible dose) et l&rsquo;activit\u00e9 raticide s\u00e9lective (scillirosides de la vari\u00e9t\u00e9 rouge). Si l&rsquo;usage cardiotonique a \u00e9t\u00e9 largement supplant\u00e9 par les digitaliques puis par les inhibiteurs de l&rsquo;enzyme de conversion et les b\u00eatabloquants, l&rsquo;usage expectorant persiste dans certaines pharmacop\u00e9es europ\u00e9ennes, et l&rsquo;usage raticide conna\u00eet un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans le contexte de la r\u00e9duction des pesticides chimiques.<\/p>\n<p>Du point de vue pharmacognosique, la drogue officinale (\u00e9cailles moyennes du bulbe, vari\u00e9t\u00e9 blanche) se caract\u00e9rise par : un aspect macroscopique de fragments corn\u00e9s translucides jaun\u00e2tres ; une saveur \u00e2cre et am\u00e8re ; la pr\u00e9sence microscopique de raphides d&rsquo;oxalate de calcium abondants, de cellules mucillagineuses et de parenchyme amylac\u00e9 ; un profil chromatographique (CCM avec r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 l&rsquo;antimoine trichlor\u00e9 ; HPLC-UV) centr\u00e9 sur les pics de proscillaridine A et de scillar\u00e8ne A. Le dosage officinal s&rsquo;effectue par HPLC avec d\u00e9tection UV \u00e0 300 nm.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Pohl T.S., Koorbanally N.A., Crouch N.R. (2001). Bufadienolides from <em>Drimia robusta<\/em> and <em>Urginea epigea<\/em> (Hyacinthaceae). <em>Phytochemistry<\/em>, 58(4) : 557-561.<\/li>\n<li>Kopp B., Krenn L., Draxler M., Hoyer A., Terkola R., Vallaster P., Robien W. (1996). Bufadienolides from <em>Urginea maritima<\/em> from Egypt. <em>Phytochemistry<\/em>, 42(2) : 513-522.<\/li>\n<li>Mammadov R., D\u00fcsen O., Uysal D. (2010). Antioxidant and antimicrobial activities of extracts of <em>Urginea maritima<\/em> (L.) Baker. <em>Journal of Medicinal Plants Research<\/em>, 4(22) : 2369-2377.<\/li>\n<li>El-Seedi H.R., Burman R., Mansour A. et al. (2013). The traditional medical uses and cytotoxic activities of sixty-one Egyptian plants : discovery of an active cardiac glycoside from <em>Urginea maritima<\/em>. <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>, 145(3) : 746-757.<\/li>\n<li>Fernandes P., Ferreira S., Bastos M. (2012). <em>Drimia maritima<\/em> (L.) Stearn : from traditional Mediterranean medicine to a source of bioactive compounds. <em>Planta Medica<\/em>, 78(11) : PI462.<\/li>\n<li>Pascual-Villalobos M.J., Fern\u00e1ndez M. (1999). Insecticidal activity of ethanolic extracts of <em>Urginea maritima<\/em> (L.) Baker bulbs. <em>Industrial Crops and Products<\/em>, 10(2) : 115-120.<\/li>\n<li>Bozorgi M., Amin G., Shekarchi M., Rahimi R. (2017). Traditional medical uses of <em>Drimia<\/em> species in the world with a focus on <em>Drimia maritima<\/em>: a review. <em>Journal of Traditional Chinese Medicine<\/em>, 37(1) : 124-139.<\/li>\n<li>Taoubi K., Fauvel M.T., Moulis C., Fouraste I. (1997). Phenylpropanoid glycosides from <em>Urginea maritima<\/em>. <em>Planta Medica<\/em>, 63(1) : 94.<\/li>\n<li>Knittel D.N., Stintzing F.C., Kammerer D.R. (2014). Simultaneous determination of bufadienolides and phenolic compounds in sea squill (<em>Drimia maritima<\/em> (L.) Stearn) by HPLC-DAD-MS<sup>n<\/sup>. <em>Phytochemical Analysis<\/em>, 25(4) : 327-335.<\/li>\n<li>Bruneton J. (2009). <em>Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 4<sup>e<\/sup> \u00e9dition, Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Diur\u00e9tique (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Expectorant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Carminatif<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La scille maritime, Drimia maritima (L.) Stearn, est l&rsquo;une des plantes bulbeuses les plus imposantes et les plus singuli\u00e8res du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en. 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