{"id":886,"date":"2026-03-26T11:30:51","date_gmt":"2026-03-26T10:30:51","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/laiche-dioique\/"},"modified":"2026-06-24T17:34:47","modified_gmt":"2026-06-24T15:34:47","slug":"laiche-dioique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/laiche-dioique\/","title":{"rendered":"LA\u00ceCHE DIO\u00cfQUE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/La%C3%AEche%20dio%C3%AFque.jpg\" alt=\"Planche botanique La\u00eeche dio\u00efque\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La <em>La\u00eeche dio\u00efque<\/em> (<em>Carex dioica<\/em> L.) appartient \u00e0 la famille des <em>Cyperaceae<\/em>. C&rsquo;est une petite plante herbac\u00e9e vivace, cespiteuse \u00e0 rhizomateuse, mesurant de 5 \u00e0 30 cm de hauteur. Le rhizome est fin, rampant, formant des touffes l\u00e2ches reli\u00e9es par de minces stolons souterrains. Les tiges (chaumes) sont dress\u00e9es, gr\u00eales, trigones (\u00e0 section triangulaire), lisses, d\u00e9passant les feuilles. Les feuilles sont basilaires, \u00e9troitement lin\u00e9aires, de 0,5 \u00e0 1 mm de large, canalicul\u00e9es, vert sombre, formant de petites touffes denses. L&rsquo;esp\u00e8ce est dio\u00efque, caract\u00e9ristique exceptionnelle dans le genre <em>Carex<\/em> qui est majoritairement mono\u00efque : les fleurs m\u00e2les et les fleurs femelles sont port\u00e9es par des individus distincts. L&rsquo;\u00e9pi est unique, terminal, de 1 \u00e0 2 cm de long. Les \u00e9pis m\u00e2les sont gr\u00eales, \u00e0 \u00e9cailles brun-rouge\u00e2tre. Les \u00e9pis femelles sont plus trapus, \u00e0 utricules (enveloppes du fruit) ovo\u00efdes, \u00e9tal\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 maturit\u00e9, de 2,5 \u00e0 3,5 mm, bruns, nerv\u00e9s, \u00e0 bec court et bifide. Le fruit est un ak\u00e8ne lenticulaire enferm\u00e9 dans l&rsquo;utricule. La floraison a lieu de mai \u00e0 juin. La plante est de petite taille et peut passer facilement inaper\u00e7ue dans la v\u00e9g\u00e9tation.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque est une esp\u00e8ce circumbor\u00e9ale \u00e0 distribution arctique-alpine. Son aire de r\u00e9partition couvre les r\u00e9gions froides de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord : Scandinavie, Islande, Grande-Bretagne, Irlande, Europe centrale (montagnes), Sib\u00e9rie, nord du Japon et nord de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord (Canada, Alaska, nord des \u00c9tats-Unis). En France, elle est rare et localis\u00e9e aux massifs montagneux : Jura (o\u00f9 elle est la plus fr\u00e9quente), Alpes du Nord, Massif central (Auvergne, Cantal, Aubrac), Vosges (tr\u00e8s rare) et Pyr\u00e9n\u00e9es (exceptionnelle). Elle se d\u00e9veloppe principalement entre 500 et 2 000 m d&rsquo;altitude en France. La La\u00eeche dio\u00efque est une esp\u00e8ce caract\u00e9ristique des tourbi\u00e8res alcalines (fens), des bas-marais \u00e0 pH neutre \u00e0 basique, des prairies tourbeuses et des suintements calcaires. Elle est indicatrice de milieux humides oligotrophes \u00e0 m\u00e9sotrophes, aliment\u00e9s par des eaux riches en bases (calcium, magn\u00e9sium). Ses habitats sont parmi les plus menac\u00e9s en Europe : les bas-marais alcalins ont subi un d\u00e9clin catastrophique au cours du XXe si\u00e8cle en raison du drainage, de l&rsquo;eutrophisation et de l&rsquo;abandon du p\u00e2turage extensif.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et cycle de vie<\/h3>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque est une h\u00e9micryptophyte vivace qui se maintient gr\u00e2ce \u00e0 son rhizome rampant et ses stolons souterrains. La croissance v\u00e9g\u00e9tative est lente, formant progressivement des clones l\u00e2ches. La dio\u00e9cie (s\u00e9paration des sexes sur des individus distincts) impose une pollinisation crois\u00e9e obligatoire. La pollinisation est an\u00e9mogame, le pollen \u00e9tant transport\u00e9 par le vent entre les pieds m\u00e2les et femelles. La floraison a lieu de mai \u00e0 juin, d\u00e8s le r\u00e9chauffement printanier. La fructification intervient en juillet-ao\u00fbt. Les utricules, l\u00e9gers et pourvus d&rsquo;un bec, peuvent \u00eatre dispers\u00e9s par le vent (an\u00e9mochorie) et par l&rsquo;eau (hydrochorie). La multiplication v\u00e9g\u00e9tative par stolons est probablement le mode de propagation principal dans les populations \u00e9tablies. La La\u00eeche dio\u00efque est une esp\u00e8ce caract\u00e9ristique des communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales du <em>Caricion davallianae<\/em>, alliance phytosociologique des bas-marais alcalins. Elle cohabite avec des mousses brunes (<em>Drepanocladus<\/em>, <em>Campylium<\/em>), des la\u00eeches (<em>Carex davalliana<\/em>, <em>C. flacca<\/em>), des linaigrettes et des orchid\u00e9es des marais. L&rsquo;esp\u00e8ce est tr\u00e8s sensible \u00e0 l&rsquo;eutrophisation, au drainage et \u00e0 la fermeture du milieu par le boisement spontan\u00e9. Le maintien d&rsquo;un niveau hydrique \u00e9lev\u00e9 et d&rsquo;un milieu ouvert est indispensable \u00e0 sa survie.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La composition chimique de <em>Carex dioica<\/em> n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune publication scientifique d\u00e9di\u00e9e. Par analogie avec les esp\u00e8ces du genre <em>Carex<\/em> et de la famille des Cyperaceae \u00e9tudi\u00e9es, on peut supposer la pr\u00e9sence de <strong>cellulose<\/strong> et d&rsquo;<strong>h\u00e9micelluloses<\/strong> en abondance dans les feuilles et les tiges, caract\u00e9ristiques des gramino\u00efdes. Des <strong>silice<\/strong> biog\u00e9nique (phytolithes) est probable dans les tissus foliaires, comme chez la plupart des Cyperaceae. Les feuilles contiennent vraisemblablement des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (d\u00e9riv\u00e9s de la <strong>lut\u00e9oline<\/strong> et de l&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/apigenine\/\">apig\u00e9nine<\/a><\/strong>), des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> et des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/tanins-condenses\/\">tanins condens\u00e9s<\/a>). Des <strong>stilb\u00e9no\u00efdes<\/strong>, compos\u00e9s d\u00e9fensifs caract\u00e9ristiques de certaines Cyperaceae, pourraient \u00eatre pr\u00e9sents. Le rhizome contient probablement de l&rsquo;<strong>amidon<\/strong> comme r\u00e9serve glucidique. Les utricules renferment un ak\u00e8ne dont la composition en <strong>lipides<\/strong> et en <strong>prot\u00e9ines<\/strong> n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e. La teneur en <strong>min\u00e9raux<\/strong> des parties a\u00e9riennes (calcium, magn\u00e9sium, silicium) est vraisemblablement significative, refl\u00e9tant la richesse en bases du milieu o\u00f9 la plante se d\u00e9veloppe. L&rsquo;\u00e9tude phytochimique de cette esp\u00e8ce constituerait une contribution originale \u00e0 la chimie du genre <em>Carex<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune \u00e9tude pharmacologique. Aucune propri\u00e9t\u00e9 m\u00e9dicinale ne lui est attribu\u00e9e dans la litt\u00e9rature scientifique ou ethnobotanique. Le genre <em>Carex<\/em>, dans son ensemble, est tr\u00e8s peu \u00e9tudi\u00e9 sur le plan pharmacologique malgr\u00e9 sa diversit\u00e9 consid\u00e9rable. Quelques \u00e9tudes ponctuelles sur d&rsquo;autres esp\u00e8ces de <em>Carex<\/em> (<em>C. brevicollis<\/em>, <em>C. distachya<\/em>) ont mis en \u00e9vidence la pr\u00e9sence de <strong>stilb\u00e9no\u00efdes<\/strong> et de <strong>flavono\u00efdes<\/strong> dot\u00e9s d&rsquo;activit\u00e9s <strong>antioxydantes<\/strong> et <strong>cytotoxiques<\/strong> mod\u00e9r\u00e9es. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s de certaines esp\u00e8ces de Cyp\u00e9rac\u00e9es, mais leur pr\u00e9sence chez <em>Carex dioica<\/em> n&rsquo;est pas document\u00e9e. Les <strong>compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/strong> et les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/lignanes\/\">lignanes<\/a><\/strong>, fr\u00e9quents chez les Cyp\u00e9rac\u00e9es, pourraient \u00eatre pr\u00e9sents. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat pharmacologique de la La\u00eeche dio\u00efque est purement hypoth\u00e9tique et sp\u00e9culatif. La raret\u00e9 de l&rsquo;esp\u00e8ce et son statut menac\u00e9 interdisent toute r\u00e9colte \u00e0 des fins de recherche phytochimique sans un programme de culture ou de conservation ex situ. La chimie des petites la\u00eeches arctiques-alpines repr\u00e9sente un champ de recherche largement inexplor\u00e9 qui pourrait receler des compos\u00e9s originaux.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Cellulose<\/td>\n<td>Fibre<\/td>\n<td>Constituant structural<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>H\u00e9micelluloses<\/td>\n<td>Fibre<\/td>\n<td>Constituant structural<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Silice<\/td>\n<td>Min\u00e9ral<\/td>\n<td>Remin\u00e9ralisant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavono\u00efdes<\/td>\n<td>Flavono\u00efde<\/td>\n<td>Antioxydant, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Lut\u00e9oline<\/td>\n<td>Flavone<\/td>\n<td>Antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque n&rsquo;a aucune utilisation th\u00e9rapeutique, alimentaire, cosm\u00e9tique ou artisanale connue. Aucune forme gal\u00e9nique, aucune pr\u00e9paration et aucune posologie n&rsquo;existent pour cette esp\u00e8ce. Elle ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e, aucun formulaire d&rsquo;herboristerie et aucun recueil de m\u00e9decine populaire. Son seul \u00ab usage \u00bb est d&rsquo;ordre scientifique et conservatoire. La La\u00eeche dio\u00efque sert d&rsquo;indicateur biologique de la qualit\u00e9 et de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des bas-marais alcalins, l&rsquo;un des habitats les plus menac\u00e9s d&rsquo;Europe. Sa pr\u00e9sence dans un site atteste d&rsquo;un fonctionnement hydrologique intact, d&rsquo;une faible eutrophisation et d&rsquo;un cort\u00e8ge floristique de grande valeur patrimoniale. \u00c0 ce titre, elle est activement recherch\u00e9e par les botanistes lors des inventaires floristiques et des \u00e9tudes d&rsquo;impact. L&rsquo;esp\u00e8ce est photographi\u00e9e et \u00e9tudi\u00e9e in situ, sans pr\u00e9l\u00e8vement. Les donn\u00e9es de localisation des stations sont collect\u00e9es et int\u00e9gr\u00e9es dans les bases de donn\u00e9es floristiques nationales et r\u00e9gionales. La plante contribue aux diagnostics \u00e9cologiques des zones humides et aux \u00e9tudes de suivi de l&rsquo;\u00e9tat de conservation des habitats Natura 2000.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque n&rsquo;\u00e9tant pas utilis\u00e9e en th\u00e9rapeutique ni en alimentation, aucune pr\u00e9caution d&#8217;emploi ni contre-indication ne s&rsquo;applique. La principale pr\u00e9caution concerne la conservation de l&rsquo;esp\u00e8ce et de ses habitats. La La\u00eeche dio\u00efque est une esp\u00e8ce menac\u00e9e dans une grande partie de son aire europ\u00e9enne, et toute atteinte \u00e0 ses stations naturelles doit \u00eatre \u00e9vit\u00e9e. Le drainage des bas-marais, l&rsquo;eutrophisation par les eaux de ruissellement agricoles, le boisement spontan\u00e9 en l&rsquo;absence de gestion pastorale, les travaux de voirie et les am\u00e9nagements touristiques constituent les principales menaces. Le pi\u00e9tinement des tourbi\u00e8res et des bas-marais doit \u00eatre minimis\u00e9 : ces milieux sont fragiles et la tourbe met des milliers d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 se former. Les botanistes qui prospectent ces habitats doivent utiliser des raquettes ou marcher sur des platelages lorsque le substrat est tr\u00e8s meuble. En cas de d\u00e9couverte d&rsquo;une station nouvelle, la signaler au Conservatoire botanique national et \u00e0 la DREAL est recommand\u00e9. Il ne faut en aucun cas arracher, d\u00e9terrer ou transplanter des individus de La\u00eeche dio\u00efque de leur habitat naturel.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque n&rsquo;a aucun usage traditionnel document\u00e9 en m\u00e9decine populaire, en alimentation ou en artisanat. Sa petite taille, sa raret\u00e9 et sa localisation dans des milieux de montagne peu accessibles l&rsquo;ont toujours tenue \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des pratiques ethnobotaniques. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les petites la\u00eeches n&rsquo;ont que rarement retenu l&rsquo;attention des herboristes et des paysans, contrairement aux grandes esp\u00e8ces de <em>Carex<\/em> (comme <em>Carex paniculata<\/em> ou <em>Carex acutiformis<\/em>) dont les feuilles servaient de liti\u00e8re, de rembourrage ou de couverture v\u00e9g\u00e9tale. Le genre <em>Carex<\/em>, avec plus de 2 000 esp\u00e8ces dans le monde, est l&rsquo;un des plus vastes des plantes \u00e0 fleurs, mais son int\u00e9r\u00eat utilitaire est rest\u00e9 limit\u00e9. Les milieux dans lesquels pousse la La\u00eeche dio\u00efque \u2014 les bas-marais alcalins \u2014 \u00e9taient autrefois exploit\u00e9s pour la r\u00e9colte de la tourbe (combustible), le p\u00e2turage extensif du b\u00e9tail et la coupe de la liti\u00e8re. Ces pratiques contribuaient paradoxalement au maintien de milieux ouverts favorables \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce. Leur abandon au cours du XXe si\u00e8cle a conduit \u00e0 la fermeture de nombreux bas-marais par le boisement spontan\u00e9 et \u00e0 la r\u00e9gression des esp\u00e8ces qui y vivaient, dont la La\u00eeche dio\u00efque.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et multiplication<\/h3>\n<p>La culture de la La\u00eeche dio\u00efque est techniquement possible mais tr\u00e8s rarement pratiqu\u00e9e, en dehors des programmes de conservation ex situ des jardins botaniques. La multiplication se fait par semis ou par division des touffes. Les graines (utricules) se r\u00e9coltent en \u00e9t\u00e9 \u00e0 maturit\u00e9 et se s\u00e8ment en automne dans un substrat tourbeux calcaire, maintenu en permanence tr\u00e8s humide. Le semis en terrine plac\u00e9e dans une soucoupe d&rsquo;eau reproduit les conditions du bas-marais. La germination est irr\u00e9guli\u00e8re et peut prendre plusieurs mois, une stratification froide hivernale \u00e9tant probablement n\u00e9cessaire. La division des touffes au printemps est possible, en pr\u00e9levant des fragments de rhizome avec quelques pousses. Le substrat de culture doit \u00eatre un m\u00e9lange de tourbe blonde, de sable calcaire et de perlite, maintenu satur\u00e9 d&rsquo;eau non calcaire \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement calcaire. Le pH doit \u00eatre neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement basique (6,5-7,5). L&rsquo;exposition est ensoleill\u00e9e \u00e0 mi-ombrag\u00e9e. La plante ne supporte pas la s\u00e9cheresse et le dess\u00e8chement du substrat est fatal. Aucune fertilisation ne doit \u00eatre apport\u00e9e, l&rsquo;esp\u00e8ce \u00e9tant oligotrophe. La culture en bac ou en bassin peu profond donne les meilleurs r\u00e9sultats, permettant un contr\u00f4le pr\u00e9cis du niveau d&rsquo;eau.<\/p>\n<hr>\n<h3>R\u00e9colte et conservation<\/h3>\n<p>La r\u00e9colte de la La\u00eeche dio\u00efque dans la nature est interdite ou fortement d\u00e9conseill\u00e9e dans la quasi-totalit\u00e9 de son aire europ\u00e9enne, en raison de son statut menac\u00e9. Seule la r\u00e9colte de graines \u00e0 des fins scientifiques ou conservatoires peut \u00eatre autoris\u00e9e, sur d\u00e9rogation des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes (pr\u00e9fecture, DREAL), avec l&rsquo;avis du Conservatoire botanique national. Les utricules se r\u00e9coltent en juillet-ao\u00fbt, \u00e0 maturit\u00e9, en coupant les chaumes fructif\u00e8res. Ils sont s\u00e9ch\u00e9s \u00e0 l&rsquo;air libre et conserv\u00e9s dans des sachets en papier au froid (4 \u00b0C). La conservation en banque de semences est possible (graines s\u00e9ch\u00e9es \u00e0 5 % d&rsquo;humidit\u00e9, stock\u00e9es \u00e0 -20 \u00b0C), mais les donn\u00e9es de viabilit\u00e9 \u00e0 long terme sont insuffisantes pour cette esp\u00e8ce. La conservation ex situ en jardins botaniques, sous forme de collections vivantes reproduisant les conditions du bas-marais, constitue un compl\u00e9ment \u00e0 la conservation in situ. L&rsquo;herbier reste le mode de documentation principal : les sp\u00e9cimens sont press\u00e9s, s\u00e9ch\u00e9s et conserv\u00e9s avec des donn\u00e9es de localisation pr\u00e9cises. La conservation in situ, par la protection et la gestion adapt\u00e9e des bas-marais alcalins (fauche tardive, p\u00e2turage extensif, maintien du niveau hydrique), demeure la m\u00e9thode la plus efficace.<\/p>\n<hr>\n<h3>Aspects r\u00e9glementaires<\/h3>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un statut de protection dans de nombreuses r\u00e9gions d&rsquo;Europe. En France, elle n&rsquo;est pas prot\u00e9g\u00e9e au niveau national mais figure sur les listes rouges r\u00e9gionales de plusieurs r\u00e9gions o\u00f9 elle est rare et menac\u00e9e : Auvergne, Rh\u00f4ne-Alpes, Franche-Comt\u00e9, Lorraine. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab vuln\u00e9rable \u00bb \u00e0 \u00ab en danger \u00bb dans ces r\u00e9gions. L&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas inscrite aux annexes de la directive Habitats (92\/43\/CEE) ni dans la Convention de Berne. Cependant, les habitats qu&rsquo;elle colonise \u2014 les bas-marais alcalins \u00e0 <em>Caricion davallianae<\/em> \u2014 constituent un habitat d&rsquo;int\u00e9r\u00eat communautaire prioritaire au titre de Natura 2000 (code 7230 : tourbi\u00e8res basses alcalines). La protection de l&rsquo;esp\u00e8ce passe donc principalement par la protection de ses habitats. En Grande-Bretagne et en Irlande, la La\u00eeche dio\u00efque est inscrite sur les listes rouges nationales et fait l&rsquo;objet de plans de conservation sp\u00e9cifiques. En Scandinavie, o\u00f9 elle est plus commune, elle n&rsquo;est pas menac\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, l&rsquo;UICN la classe en LC (Least Concern), mais ce statut masque des situations r\u00e9gionales tr\u00e8s pr\u00e9occupantes, notamment en Europe occidentale.<\/p>\n<hr>\n<h3>Associations et synergies<\/h3>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque est une esp\u00e8ce caract\u00e9ristique de l&rsquo;alliance phytosociologique du <em>Caricion davallianae<\/em>, qui regroupe les communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales des bas-marais alcalins. Ses esp\u00e8ces compagnes typiques incluent la La\u00eeche de Davall (<em>Carex davalliana<\/em>), la La\u00eeche \u00e0 fruits nerv\u00e9s (<em>Carex flacca<\/em>), le Choin noir\u00e2tre (<em>Schoenus nigricans<\/em>), la Linaigrette \u00e0 larges feuilles (<em>Eriophorum latifolium<\/em>), la Parnassie des marais (<em>Parnassia palustris<\/em>), l&rsquo;\u00c9pipactis des marais (<em>Epipactis palustris<\/em>), le Liparis de Loesel (<em>Liparis loeselii<\/em>), la Grassette commune (<em>Pinguicula vulgaris<\/em>) et la Gentiane pneumonanthe (<em>Gentiana pneumonanthe<\/em>). Le tapis bryophytique est constitu\u00e9 de mousses brunes calcicoles : <em>Drepanocladus cossonii<\/em>, <em>Campylium stellatum<\/em>, <em>Scorpidium scorpioides<\/em>. Cette communaut\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale est d&rsquo;une richesse floristique exceptionnelle et comprend de nombreuses esp\u00e8ces rares et prot\u00e9g\u00e9es. La conservation de la La\u00eeche dio\u00efque est indissociable de celle de l&rsquo;ensemble du cort\u00e8ge floristique des bas-marais alcalins. La gestion pastorale extensive (fauche tardive, p\u00e2turage l\u00e9ger) et le maintien du r\u00e9gime hydrologique naturel sont essentiels \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de ces communaut\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et faits remarquables<\/h3>\n<p>La dio\u00e9cie de <em>Carex dioica<\/em> \u2014 le fait que les pieds m\u00e2les et femelles soient des individus s\u00e9par\u00e9s \u2014 est un caract\u00e8re remarquable et rare dans le genre <em>Carex<\/em>, qui compte plus de 2 000 esp\u00e8ces quasi-exclusivement mono\u00efques. Seules quelques esp\u00e8ces, comme <em>C. dioica<\/em> et <em>C. davalliana<\/em>, sont dio\u00efques. Ce caract\u00e8re a intrigu\u00e9 les botanistes depuis Linn\u00e9, qui a nomm\u00e9 l&rsquo;esp\u00e8ce en 1753. La dio\u00e9cie impose une pollinisation crois\u00e9e obligatoire et rend l&rsquo;esp\u00e8ce d\u00e9pendante de la proximit\u00e9 entre pieds m\u00e2les et femelles, ce qui peut limiter la reproduction dans les populations fragment\u00e9es. Le genre <em>Carex<\/em> est le troisi\u00e8me genre le plus riche du monde en nombre d&rsquo;esp\u00e8ces, apr\u00e8s <em>Astragalus<\/em> (l\u00e9gumineuses) et <em>Bulbophyllum<\/em> (orchid\u00e9es). La La\u00eeche dio\u00efque, malgr\u00e9 son apparence modeste, est un jalon important pour comprendre l&rsquo;\u00e9volution des syst\u00e8mes de reproduction chez les plantes. Les bas-marais alcalins dans lesquels elle vit sont des milieux d&rsquo;une anciennet\u00e9 remarquable : certains se sont form\u00e9s depuis la fin de la derni\u00e8re glaciation, il y a plus de 10 000 ans, et leur tourbe constitue un v\u00e9ritable archive pal\u00e9o\u00e9cologique. Leur destruction est irr\u00e9versible \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle humaine.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La La\u00eeche dio\u00efque est une esp\u00e8ce discr\u00e8te mais d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat botanique, \u00e9cologique et patrimonial. Sa dio\u00e9cie, exceptionnelle dans le genre <em>Carex<\/em>, en fait un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude pour l&rsquo;\u00e9volution des syst\u00e8mes de reproduction. Sa fid\u00e9lit\u00e9 aux bas-marais alcalins, milieux parmi les plus menac\u00e9s d&rsquo;Europe, en fait un indicateur de conservation de premi\u00e8re importance. Le d\u00e9clin de l&rsquo;esp\u00e8ce en Europe occidentale est le reflet direct de la destruction et de la d\u00e9gradation des zones humides : drainage agricole, eutrophisation, abandon de la gestion pastorale traditionnelle, urbanisation. La conservation de la La\u00eeche dio\u00efque passe imp\u00e9rativement par la protection des bas-marais alcalins, leur restauration hydrologique et le maintien d&rsquo;une gestion extensive (fauche, p\u00e2turage l\u00e9ger). Les programmes Natura 2000 et les contrats de gestion des zones humides constituent les principaux outils de conservation. Les suivis populationnels \u00e0 long terme, la caract\u00e9risation g\u00e9n\u00e9tique des populations isol\u00e9es et la constitution de collections de conservation en jardins botaniques sont des mesures compl\u00e9mentaires n\u00e9cessaires. La sensibilisation des gestionnaires et du public \u00e0 la valeur irrempla\u00e7able de ces milieux et de leur flore reste un enjeu majeur.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=La\u00eeche%20dio\u00efque\">Plants of the World Online, Kew : <em>La\u00eeche dio\u00efque<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=La\u00eeche+dio\u00efque\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>La\u00eeche dio\u00efque<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant (usage traditionnel)<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La La\u00eeche dio\u00efque (Carex dioica L.) appartient \u00e0 la famille des Cyperaceae. 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