{"id":927,"date":"2026-03-26T11:31:46","date_gmt":"2026-03-26T10:31:46","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/euphorbe-des-bois\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"euphorbe-des-bois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/euphorbe-des-bois\/","title":{"rendered":"EUPHORBE DES BOIS"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Euphorbe%20des%20bois.jpg\" alt=\"Planche botanique Euphorbe des bois\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des bois, <em>Euphorbia amygdaloides<\/em> L., appartient \u00e0 la famille des <strong>Euphorbiaceae<\/strong>, genre <em>Euphorbia<\/em> L. Avec plus de 2000 esp\u00e8ces, <em>Euphorbia<\/em> est l&rsquo;un des genres les plus vastes du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal, pr\u00e9sentant une diversit\u00e9 morphologique extraordinaire allant des herbes annuelles aux arbres succulents cactiformes. <em>E. amygdaloides<\/em> se rattache au sous-genre <em>Esula<\/em>, section <em>Helioscopia<\/em>, qui regroupe les euphorbes herbac\u00e9es europ\u00e9ennes \u00e0 cyathiums en ombelle terminale. Les noms vernaculaires incluent Euphorbe des bois, Euphorbe \u00e0 feuilles d&rsquo;amandier et Herbe \u00e0 la faux. Sur le plan de la classification APG IV, les Euphorbiaceae appartiennent \u00e0 l&rsquo;ordre des Malpighiales, au sein du clade des Rosidae. La synonymie de l&rsquo;esp\u00e8ce est relativement stable, bien que la sous-esp\u00e8ce <em>robbiae<\/em> (Turrill) Stace, originaire du nord-ouest de la Turquie, soit largement cultiv\u00e9e comme plante ornementale et parfois trait\u00e9e comme esp\u00e8ce distincte. L&rsquo;aire de r\u00e9partition couvre l&rsquo;Europe occidentale et m\u00e9ridionale, de l&rsquo;Angleterre \u00e0 l&rsquo;Asie Mineure, dans les sous-bois et les lisi\u00e8res foresti\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Plante vivace herbac\u00e9e, cham\u00e9phyte, haute de 30 \u00e0 80 cm, \u00e0 souche ligneuse et \u00e0 tiges bisannuelles persistant l&rsquo;hiver sous forme de rosettes feuill\u00e9es. Les tiges st\u00e9riles de premi\u00e8re ann\u00e9e portent des feuilles persistantes, oblongues-spatul\u00e9es, vert sombre, longues de 4 \u00e0 8 cm, mollement pubescentes en dessous, dispos\u00e9es en spirale dense formant une rosette sommitale \u00e9voquant un palmier miniature. La deuxi\u00e8me ann\u00e9e, la tige s&rsquo;allonge et porte l&rsquo;inflorescence terminale. Les feuilles caulinaires de la tige florif\u00e8re sont plus petites et sessiles. L&rsquo;inflorescence est une ombelle compos\u00e9e \u00e0 5-10 rayons, sous-tendue par des bract\u00e9es ovales jaun\u00e2tres formant une collerette voyante. Les cyathiums, structures florales caract\u00e9ristiques du genre <em>Euphorbia<\/em>, comprennent un involucre en forme de coupe portant des glandes nectarif\u00e8res en croissant, jaune verd\u00e2tre \u00e0 jaun\u00e2tre. Le fruit est une capsule triloculaire lisse, de 4-5 mm de diam\u00e8tre. Les graines sont ovo\u00efdes, lisses, munies d&rsquo;un \u00e9laiosome (caroncule) attirant les fourmis pour la myrm\u00e9cochorie. Toute la plante exsude un latex blanc laiteux, caustique et irritant, \u00e0 la moindre blessure. La floraison a lieu d&rsquo;avril \u00e0 juin. L&rsquo;esp\u00e8ce habite les sous-bois, haies, lisi\u00e8res et talus forestiers sur sols frais, humif\u00e8res, neutres \u00e0 calcaires.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET HABITAT<\/h3>\n<p><em>Euphorbia amygdaloides<\/em> est une esp\u00e8ce foresti\u00e8re m\u00e9sophile \u00e0 sciaphile, caract\u00e9ristique des sous-bois de ch\u00eanaies, de h\u00eatraies et de for\u00eats mixtes sur sols frais, humif\u00e8res, neutres \u00e0 calcaires. L&rsquo;esp\u00e8ce est pr\u00e9sente du niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 environ 1200 m d&rsquo;altitude. Son aire de r\u00e9partition couvre l&rsquo;Europe occidentale et m\u00e9ridionale, de l&rsquo;Angleterre et de la Belgique au Caucase et \u00e0 l&rsquo;Asie Mineure. En France, l&rsquo;esp\u00e8ce est commune dans la moiti\u00e9 nord et les r\u00e9gions montagnardes, plus rare dans le Midi m\u00e9diterran\u00e9en. Le cham\u00e9phyte \u00e0 tiges bisannuelles maintient sa pr\u00e9sence hivernale par les rosettes de feuilles persistantes, lui conf\u00e9rant un avantage comp\u00e9titif pour intercepter la lumi\u00e8re au d\u00e9but du printemps avant la fermeture de la canop\u00e9e. La pollinisation est entomogame, assur\u00e9e par de petits dipt\u00e8res et hym\u00e9nopt\u00e8res attir\u00e9s par le nectar des glandes du cyathium. La myrm\u00e9cochorie assure une dispersion locale efficace. L&rsquo;esp\u00e8ce forme souvent des colonies denses dans les sous-bois clairs et les lisi\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des bois n&rsquo;est pas une plante m\u00e9dicinale recommand\u00e9e en raison de la causticit\u00e9 de son <strong>latex<\/strong>. Historiquement, c&rsquo;est principalement le <strong>latex<\/strong> (suc laiteux) qui a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 en m\u00e9decine populaire, comme caustique externe pour br\u00fbler les verrues et les cors. Les <strong>parties a\u00e9riennes<\/strong> et la <strong>racine<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9es ponctuellement comme purgatif drastique dans des traditions anciennes, usage extr\u00eamement dangereux en raison de l&rsquo;irritation violente des muqueuses digestives. Le latex est obtenu par incision des tiges ou par simple brisure du v\u00e9g\u00e9tal. Il coagule rapidement \u00e0 l&rsquo;air en une masse \u00e9lastique brune. L&rsquo;ensemble de la plante doit \u00eatre manipul\u00e9 avec pr\u00e9caution : le latex au contact de la peau provoque des dermites v\u00e9sicantes et au contact des yeux des k\u00e9rato-conjonctivites s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. Diterp\u00e8nes de type tigliane et ing\u00e9nane<\/h3>\n<p>Le latex d&rsquo;<em>Euphorbia amygdaloides<\/em> contient des <strong>esters de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a><\/strong> de type tigliane (phorbol) et ing\u00e9nane, caract\u00e9ristiques du genre <em>Euphorbia<\/em>. Les <strong>esters de phorbol<\/strong> (12-O-t\u00e9trad\u00e9canoylphorbol-13-ac\u00e9tate, TPA) sont des activateurs puissants de la <strong>prot\u00e9ine kinase C<\/strong> (PKC), enzymes impliqu\u00e9es dans la signalisation cellulaire, la prolif\u00e9ration et l&rsquo;inflammation. L&rsquo;<strong>ing\u00e9nol<\/strong> et ses esters constituent une autre classe de diterp\u00e8nes macrocycliques aux propri\u00e9t\u00e9s biologiques remarquables.<\/p>\n<h3>B. Triterp\u00e8nes<\/h3>\n<p>Le latex contient des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a><\/strong> du type euphol, tirucallol et cycloartane. L&rsquo;<strong>euphol<\/strong> et le <strong>tirucallol<\/strong> sont des t\u00e9tracyclo-triterp\u00e8nes caract\u00e9ristiques de la famille, poss\u00e9dant des activit\u00e9s anti-inflammatoires et cytotoxiques document\u00e9es in vitro.<\/p>\n<h3>C. Flavono\u00efdes et compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p>Les parties a\u00e9riennes renferment des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong>myric\u00e9tine<\/strong> et leurs glycosides), des <strong>tanins<\/strong> hydrolysables et condens\u00e9s, et des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (<strong>acide ellagique<\/strong>, <strong>acide gallique<\/strong>). Ces compos\u00e9s participent aux d\u00e9fenses antioxydantes de la plante.<\/p>\n<h3>D. Caoutchouc et r\u00e9sines<\/h3>\n<p>Le latex contient du <strong>caoutchouc naturel<\/strong> (cis-polyisopr\u00e8ne), des <strong>r\u00e9sines<\/strong> et des <strong>cires<\/strong> qui lui conf\u00e8rent sa consistance laiteuse et son \u00e9lasticit\u00e9 apr\u00e8s s\u00e9chage. La fraction r\u00e9sineuse contient les esters de diterp\u00e8nes responsables de la causticit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les <strong>esters de phorbol<\/strong> du latex sont de puissants activateurs de la prot\u00e9ine kinase C (PKC), provoquant une cascade de signalisation intracellulaire aboutissant \u00e0 la lib\u00e9ration de m\u00e9diateurs inflammatoires, la prolif\u00e9ration cellulaire et la promotion tumorale dans les mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux. Cet effet pro-inflammatoire explique la causticit\u00e9 du latex et son utilisation traditionnelle comme v\u00e9sicant et r\u00e9vulsif. Paradoxalement, certains esters de diterp\u00e8nes de type ing\u00e9nane, notamment l&rsquo;<strong>ing\u00e9nol m\u00e9butate<\/strong> (isol\u00e9 d&rsquo;<em>E. peplus<\/em>), ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s comme m\u00e9dicament anticanc\u00e9reux topique (Picato) pour le traitement des k\u00e9ratoses actiniques, illustrant la dualit\u00e9 pharmacologique du genre. Les <strong>triterp\u00e8nes<\/strong> (euphol, tirucallol) exercent un effet anti-inflammatoire par inhibition de la voie NF-\u03baB et de la 5-lipooxyg\u00e9nase. Les <strong>flavono\u00efdes<\/strong> contribuent \u00e0 un effet antioxydant. L&rsquo;effet <strong>purgatif drastique<\/strong> du latex r\u00e9sulte de l&rsquo;irritation directe de la muqueuse intestinale par les esters de diterp\u00e8nes et les r\u00e9sines, provoquant une hypers\u00e9cr\u00e9tion hydrique et des contractions p\u00e9ristaltiques violentes.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Aucune \u00e9tude clinique n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sur <em>Euphorbia amygdaloides<\/em>. L&rsquo;esp\u00e8ce ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e officielle ni dans les monographies des instances r\u00e9glementaires europ\u00e9ennes. En revanche, le genre <em>Euphorbia<\/em> a suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat pharmacologique consid\u00e9rable en raison du potentiel anticanc\u00e9reux de certains diterp\u00e8nes. L&rsquo;<strong>ing\u00e9nol m\u00e9butate<\/strong>, isol\u00e9 d&rsquo;<em>E. peplus<\/em>, a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 par la FDA pour le traitement topique des k\u00e9ratoses actiniques (retir\u00e9 depuis pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 long terme). Des extraits d&rsquo;<em>E. lathyris<\/em>, <em>E. tirucalli<\/em> et <em>E. resinifera<\/em> ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9tudes pr\u00e9cliniques et cliniques pr\u00e9liminaires dans divers contextes oncologiques et dermatologiques. Ces r\u00e9sultats illustrent le potentiel du genre sans \u00eatre directement transposables \u00e0 <em>E. amygdaloides<\/em>. L&rsquo;utilisation du latex brut comme caustique traditionnel pour les verrues est document\u00e9e ethnographiquement mais non valid\u00e9e par la m\u00e9decine fond\u00e9e sur les preuves.<\/p>\n<hr>\n<h3>TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h3>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe chimique<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Esters de phorbol<\/strong><\/td>\n<td>Diterp\u00e8nes tigliane<\/td>\n<td>Activateur PKC, pro-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Ing\u00e9nol<\/strong><\/td>\n<td>Diterp\u00e8ne ing\u00e9nane<\/td>\n<td>Cytotoxique, anticanc\u00e9reux potentiel<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Euphol<\/strong><\/td>\n<td>Triterp\u00e8ne t\u00e9tracyclique<\/td>\n<td>Anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Kaempf\u00e9rol<\/strong><\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavonols\/\">Flavonol<\/a><\/td>\n<td>Antioxydant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Acide ellagique<\/strong><\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/polyphenols\/\">Polyph\u00e9nol<\/a><\/td>\n<td>Antioxydant, antiprolif\u00e9ratif<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>cis-Polyisopr\u00e8ne<\/strong><\/td>\n<td>Caoutchouc naturel<\/td>\n<td>Constituant structural du latex<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Esters de phorbol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Prot\u00e9ine kinase c<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ing\u00e9nol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Euphol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Tirucallol<\/td>\n<td>M\u00e9tabolite<\/td>\n<td>Constituant<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des bois ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune pr\u00e9paration gal\u00e9nique standardis\u00e9e dans la phytoth\u00e9rapie moderne. Les usages historiques, tous d\u00e9conseill\u00e9s, incluent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Latex frais :<\/strong> appliqu\u00e9 directement sur les verrues et cors comme caustique. Usage dangereux (risque de br\u00fblure cutan\u00e9e \u00e9tendue et d&rsquo;inflammation s\u00e9v\u00e8re).<\/li>\n<li><strong>D\u00e9coction de racine :<\/strong> usage purgatif drastique ancien, abandonn\u00e9 en raison de la violence des effets et des risques toxiques.<\/li>\n<li><strong>Aucune sp\u00e9cialit\u00e9 pharmaceutique<\/strong> actuelle ne contient <em>E. amygdaloides<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;usage m\u00e9dicinal de cette esp\u00e8ce est formellement d\u00e9conseill\u00e9. Seule la recherche pharmacologique, dans un cadre contr\u00f4l\u00e9, peut explorer le potentiel de ses compos\u00e9s bioactifs.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p><em>Euphorbia amygdaloides<\/em> est une plante <strong>toxique<\/strong> par son latex. Les esters de phorbol sont des irritants puissants des muqueuses et de la peau. Le contact cutan\u00e9 provoque un \u00e9ryth\u00e8me, des v\u00e9sicules et des br\u00fblures. Le contact oculaire entra\u00eene une k\u00e9rato-conjonctivite douloureuse pouvant aboutir \u00e0 des ulc\u00e9rations corn\u00e9ennes. L&rsquo;ingestion du latex ou de la plante provoque une stomatite, une \u0153sophagite, des douleurs abdominales violentes, une diarrh\u00e9e profuse, voire un collapsus cardiovasculaire \u00e0 forte dose. Les esters de phorbol sont des co-carcinog\u00e8nes reconnus (promoteurs tumoraux) dans les mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux (mod\u00e8le de carcinogen\u00e8se en deux \u00e9tapes). Les animaux de p\u00e2turage \u00e9vitent g\u00e9n\u00e9ralement les euphorbes en raison de l&rsquo;amertume du latex. Des cas d&rsquo;intoxication du b\u00e9tail par ingestion forc\u00e9e (fourrage contamin\u00e9) ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s. La manipulation de la plante au jardin doit se faire avec des gants. Les enfants doivent \u00eatre particuli\u00e8rement prot\u00e9g\u00e9s du contact avec le latex.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Les euphorbes sont connues depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 pour leur latex caustique. Le genre tire son nom d&rsquo;Euphorbus, m\u00e9decin du roi Juba II de Mauritanie, qui aurait d\u00e9crit les propri\u00e9t\u00e9s purgatives de l&rsquo;Euphorbe des montagnes d&rsquo;Afrique du Nord. Dioscoride et Pline mentionnent plusieurs euphorbes comme purgatifs violents et comme rem\u00e8des contre les morsures de serpents (usage magico-m\u00e9dical). Au Moyen \u00c2ge, le latex d&rsquo;euphorbe \u00e9tait employ\u00e9 comme caustique pour br\u00fbler les verrues, les cors et les excroissances cutan\u00e9es, et comme purgatif drastique dans des formulations \u00e0 risque. L&rsquo;Euphorbe des bois, commune dans les sous-bois europ\u00e9ens, participait de ces usages g\u00e9n\u00e9raux du genre. En m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire populaire, le latex \u00e9tait appliqu\u00e9 sur les plaies du b\u00e9tail comme caut\u00e9risant. Les campagnards fran\u00e7ais la surnommaient \u00ab herbe \u00e0 la faux \u00bb en raison de l&rsquo;irritation provoqu\u00e9e lors de la fauche des sous-bois. Le r\u00f4le \u00e9cologique de la myrm\u00e9cochorie (dispersion par les fourmis attir\u00e9es par l&rsquo;\u00e9laiosome des graines) a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des premiers exemples document\u00e9s de mutualisme plante-insecte.<\/p>\n<hr>\n<h3>STATUT DE CONSERVATION ET PROTECTION<\/h3>\n<p><em>Euphorbia amygdaloides<\/em> est une esp\u00e8ce commune et non menac\u00e9e dans l&rsquo;ensemble de son aire. Elle est class\u00e9e LC (Pr\u00e9occupation mineure) dans les \u00e9valuations UICN nationales et r\u00e9gionales. L&rsquo;esp\u00e8ce ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucune protection r\u00e9glementaire en France ni en Europe. Sa sous-esp\u00e8ce <em>robbiae<\/em>, originaire de Turquie, est largement cultiv\u00e9e comme plante ornementale de sous-bois dans les jardins europ\u00e9ens et peut localement s&rsquo;\u00e9chapper des cultures. L&rsquo;exploitation foresti\u00e8re et la fragmentation des massifs bois\u00e9s constituent les seules menaces potentielles, mais la plasticit\u00e9 \u00e9cologique de l&rsquo;esp\u00e8ce et sa capacit\u00e9 de multiplication v\u00e9g\u00e9tative assurent sa p\u00e9rennit\u00e9. La plante n&rsquo;est pas r\u00e9colt\u00e9e commercialement. Son statut de plante toxique la prot\u00e8ge paradoxalement de la cueillette.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des bois illustre parfaitement l&rsquo;ambivalence pharmacologique du genre <em>Euphorbia<\/em> : des compos\u00e9s extr\u00eamement puissants (esters de phorbol, ing\u00e9nanes) aux applications potentielles en oncologie et en dermatologie, mais associ\u00e9s \u00e0 une toxicit\u00e9 qui interdit tout usage brut. La plante ne peut en aucun cas \u00eatre recommand\u00e9e en phytoth\u00e9rapie familiale. Son int\u00e9r\u00eat pharmacognosique r\u00e9side dans la richesse de sa chimioth\u00e8que diterp\u00e9nique, qui constitue une source de mol\u00e9cules pour la recherche anticanc\u00e9reuse. L&rsquo;histoire des euphorbes en m\u00e9decine populaire t\u00e9moigne de la conscience empirique de la puissance de ces compos\u00e9s, utilis\u00e9s comme caustiques et purgatifs avec les risques que cela impliquait. La plante reste un \u00e9l\u00e9ment remarquable de la flore foresti\u00e8re europ\u00e9enne, appr\u00e9ci\u00e9e des jardiniers pour son feuillage persistant et ses inflorescences chartreuse au printemps.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Appendino G., 2016. Ingenane diterpenoids. In: <em>Progress in the Chemistry of Organic Natural Products<\/em>, vol. 102, 1-90.<\/li>\n<li>Vasas A., Hohmann J., 2014. <em>Euphorbia<\/em> diterpenes: isolation, structure, biological activity, and synthesis. <em>Chemical Reviews<\/em>, 114(17), 8579-8612.<\/li>\n<li>Evans F.J., Taylor S.E., 1983. Pro-inflammatory, tumour-promoting and anti-tumour diterpenes of <em>Euphorbiaceae<\/em>. <em>Fortschritte der Chemie organischer Naturstoffe<\/em>, 44, 1-99.<\/li>\n<li>Bruneton J., 2009. <em>Pharmacognosie<\/em>, 4e \u00e9d. Tec &amp; Doc Lavoisier : Euphorbiaceae.<\/li>\n<li>Plants of the World Online \u2014 Royal Botanic Gardens, Kew : <em>Euphorbia amygdaloides<\/em>.<\/li>\n<li>Tela Botanica \u2014 eFlore : Fiche <em>Euphorbia amygdaloides<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;Euphorbe des bois, Euphorbia amygdaloides L., appartient \u00e0 la famille des Euphorbiaceae, genre Euphorbia L. 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