{"id":929,"date":"2026-03-26T11:31:49","date_gmt":"2026-03-26T10:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/euphorbe-des-marais\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"euphorbe-des-marais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/euphorbe-des-marais\/","title":{"rendered":"EUPHORBE DES MARAIS"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Euphorbe%20des%20marais.jpg\" alt=\"Planche botanique Euphorbe des marais\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des marais, <em>Euphorbia palustris<\/em> L., est une plante vivace herbac\u00e9e de la famille des Euphorbiac\u00e9es (Euphorbiaceae). C&rsquo;est l&rsquo;une des plus grandes euphorbes europ\u00e9ennes, pouvant atteindre 80 \u00e0 150 centim\u00e8tres de hauteur, formant des touffes imposantes et spectaculaires au printemps. Le genre <em>Euphorbia<\/em>, avec ses quelque 2 000 esp\u00e8ces mondiales, est l&rsquo;un des plus diversifi\u00e9s du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal. <em>Euphorbia palustris<\/em> se distingue par son port robuste, ses tiges \u00e9paisses, creuses, dress\u00e9es et souvent rouge\u00e2tres \u00e0 la base, et ses feuilles oblongues-lanc\u00e9ol\u00e9es relativement larges pour une euphorbe. L&rsquo;inflorescence est une ombelle ample \u00e0 nombreux rayons, portant des cyathes munis de glandes ovales enti\u00e8res, sans cornes, de couleur jaune vif. Comme toutes les euphorbes, elle exsude un latex blanc et irritant \u00e0 la moindre blessure. Le fruit est une capsule triloculaire verruqueuse. La plante d\u00e9veloppe une souche \u00e9paisse et charnue, parfois presque ligneuse, qui lui assure une grande long\u00e9vit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Euphorbia palustris<\/em> est une esp\u00e8ce eurosib\u00e9rienne dont l&rsquo;aire de r\u00e9partition s&rsquo;\u00e9tend de la France \u00e0 l&rsquo;Asie centrale, en passant par l&rsquo;Europe centrale et orientale. En France, sa distribution est discontinue et principalement concentr\u00e9e dans les vall\u00e9es fluviales des grandes rivi\u00e8res et des fleuves : Loire, Rh\u00f4ne, Sa\u00f4ne, Rhin, Garonne et leurs affluents. Elle est absente ou tr\u00e8s rare en r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne stricte et dans l&rsquo;ouest atlantique. Son habitat de pr\u00e9dilection est constitu\u00e9 par les prairies humides alluviales, les m\u00e9gaphorbiaies, les cari\u00e7aies, les foss\u00e9s et les bords de cours d&rsquo;eau sujets \u00e0 des inondations temporaires. Elle se d\u00e9veloppe sur des sols profonds, riches en nutriments, argileux \u00e0 limono-argileux, temporairement inond\u00e9s en hiver et au printemps mais ressuy\u00e9s en \u00e9t\u00e9. Cette \u00e9cologie particuli\u00e8re, li\u00e9e aux dynamiques alluviales, explique sa raret\u00e9 relative et son d\u00e9clin dans les r\u00e9gions o\u00f9 les zones humides ont \u00e9t\u00e9 drain\u00e9es ou artificialis\u00e9es. Elle affectionne les situations ensoleill\u00e9es \u00e0 mi-ombrag\u00e9es et se montre fid\u00e8le aux groupements v\u00e9g\u00e9taux de l&rsquo;alliance du <em>Cnidion dubii<\/em> ou de l&rsquo;<em>Oenanthion fistulosae<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h3>Caract\u00e9ristiques morphologiques d\u00e9taill\u00e9es<\/h3>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des marais est une plante vigoureuse dont les tiges, hautes de 80 \u00e0 150 centim\u00e8tres, sont robustes, dress\u00e9es, glabres, cylindriques et souvent teint\u00e9es de rouge violac\u00e9 \u00e0 la base. Elles sont ramifi\u00e9es dans leur partie sup\u00e9rieure et portent de nombreuses feuilles caulinaires alternes, sessiles, oblongues \u00e0 lanc\u00e9ol\u00e9es, longues de 4 \u00e0 8 centim\u00e8tres et larges de 1 \u00e0 2 centim\u00e8tres, \u00e0 marge enti\u00e8re et \u00e0 nervure m\u00e9diane bien marqu\u00e9e sur la face inf\u00e9rieure. Les feuilles sont vert tendre au printemps, devenant plus soutenues en \u00e9t\u00e9, puis prenant des teintes orang\u00e9es \u00e0 rouge\u00e2tres remarquables en automne. L&rsquo;ombelle terminale est compos\u00e9e de 5 \u00e0 8 rayons primaires, eux-m\u00eames bifurqu\u00e9s deux \u00e0 trois fois. Les bract\u00e9es ombellaires sont ovales \u00e0 r\u00e9niformes, jaune vif, tr\u00e8s d\u00e9coratives. Les glandes du cyathe sont ovales, enti\u00e8res, sans appendices en corne, ce qui distingue cette esp\u00e8ce de nombreuses autres euphorbes. La capsule, longue de 5 \u00e0 6 millim\u00e8tres, est couverte de verrues cylindriques pro\u00e9minentes. Les graines, ovo\u00efdes et brunes, mesurent environ 3 millim\u00e8tres et sont pourvues d&rsquo;une caroncule.<\/p>\n<hr>\n<h3>Cycle de vie et ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p>Plante vivace h\u00e9micryptophyte, <em>Euphorbia palustris<\/em> poss\u00e8de une souche p\u00e9renne \u00e9paisse qui assure sa survie d&rsquo;une ann\u00e9e sur l&rsquo;autre. Les bourgeons hivernaux, situ\u00e9s au niveau du sol, produisent de vigoureuses pousses d\u00e8s le mois de mars. La croissance printani\u00e8re est rapide, favoris\u00e9e par les r\u00e9serves accumul\u00e9es dans la souche et par l&rsquo;humidit\u00e9 du sol au sortir de l&rsquo;hiver. La floraison intervient de mai \u00e0 juillet, offrant un spectacle remarquable avec ses larges ombelles jaune dor\u00e9 qui dominent la v\u00e9g\u00e9tation environnante. La pollinisation est assur\u00e9e par divers insectes butineurs, notamment les mouches, les abeilles et les col\u00e9opt\u00e8res, attir\u00e9s par le nectar abondant des glandes du cyathe. La fructification a lieu de juillet \u00e0 septembre. Les capsules m\u00fbres s&rsquo;ouvrent par d\u00e9hiscence explosive. La dispersion des graines est compl\u00e9t\u00e9e par l&rsquo;eau (hydrochorie), un mode de diss\u00e9mination coh\u00e9rent avec son habitat riverain. En automne, le feuillage prend des colorations spectaculaires rouge orang\u00e9 avant le dess\u00e8chement des parties a\u00e9riennes. La plante entre ensuite en dormance hivernale, prot\u00e9g\u00e9e par le sol souvent gorg\u00e9 d&rsquo;eau.<\/p>\n<hr>\n<h3>Exigences \u00e9cologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des marais est une esp\u00e8ce hygrophile, inf\u00e9od\u00e9e aux milieux humides \u00e0 sol profond. Elle n\u00e9cessite un sol riche en \u00e9l\u00e9ments nutritifs, \u00e0 texture fine (argileuse \u00e0 limoneuse), pr\u00e9sentant un r\u00e9gime hydrique contrast\u00e9 : inondation hivernale et printani\u00e8re suivie d&rsquo;un ass\u00e8chement estival relatif. Cette alternance de saturation et de ressuyage est essentielle \u00e0 son d\u00e9veloppement. La plante tol\u00e8re bien les inondations temporaires de plusieurs semaines mais ne supporte pas la submersion permanente. Elle est h\u00e9liophile et atteint son d\u00e9veloppement optimal en pleine lumi\u00e8re, bien qu&rsquo;elle puisse tol\u00e9rer un l\u00e9ger ombrage. Le pH du sol est g\u00e9n\u00e9ralement neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement basique. L&rsquo;Euphorbe des marais est une esp\u00e8ce indicatrice des prairies alluviales de bonne qualit\u00e9 \u00e9cologique, et sa pr\u00e9sence t\u00e9moigne d&rsquo;un fonctionnement hydrologique naturel avec des crues r\u00e9guli\u00e8res. Elle supporte bien le froid hivernal et est rustique dans l&rsquo;ensemble de la France m\u00e9tropolitaine. En revanche, elle est sensible au drainage, \u00e0 l&rsquo;intensification agricole et \u00e0 la r\u00e9gulation des cours d&rsquo;eau, qui modifient les r\u00e9gimes d&rsquo;inondation dont elle d\u00e9pend.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Phytochimie peu \u00e9tudi\u00e9e pour cette esp\u00e8ce ; aucun profil mol\u00e9culaire valoris\u00e9 n\u2019est document\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les \u00e9tudes pharmacologiques contemporaines se sont int\u00e9ress\u00e9es aux <strong>diterp\u00e8nes de type jatrophane<\/strong> isol\u00e9s d&rsquo;<em>Euphorbia palustris<\/em>, qui pr\u00e9sentent des propri\u00e9t\u00e9s modulatrices de la r\u00e9sistance multidrogue (MDR) dans les cellules canc\u00e9reuses. Ces compos\u00e9s agissent en inhibant la glycoprot\u00e9ine P (<strong>P-gp<\/strong>), une pompe d&rsquo;efflux membranaire responsable de l&rsquo;expulsion des agents chimioth\u00e9rapeutiques hors des cellules tumorales. Cette activit\u00e9 en fait des candidats potentiels comme agents chimiosensibilisants en oncologie. Des extraits de la plante ont \u00e9galement montr\u00e9 une activit\u00e9 antimicrobienne contre diverses bact\u00e9ries Gram-positives et Gram-n\u00e9gatives. L&rsquo;activit\u00e9 antioxydante des extraits polyph\u00e9noliques a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par plusieurs tests in vitro (DPPH, ABTS, FRAP). Des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es pour certaines fractions purifi\u00e9es. Cependant, la toxicit\u00e9 intrins\u00e8que de la plante et la complexit\u00e9 de ses m\u00e9langes chimiques limitent consid\u00e9rablement les perspectives d&rsquo;utilisation th\u00e9rapeutique directe. Aucun m\u00e9dicament d\u00e9riv\u00e9 de cette esp\u00e8ce n&rsquo;est actuellement commercialis\u00e9 ni en d\u00e9veloppement clinique avanc\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<p>Aucun compos\u00e9 n\u2019est document\u00e9 de fa\u00e7on suffisante pour dresser un tableau phytochimique fiable.<\/p>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Usage traditionnel en infusion (d\u00e9part \u00e0 froid) ; pas de forme standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Par sa stature imposante et ses ombelles volumineuses, <em>Euphorbia palustris<\/em> constitue une ressource nectarif\u00e8re significative pour la faune pollinisatrice des zones humides au printemps et en d\u00e9but d&rsquo;\u00e9t\u00e9. De nombreuses esp\u00e8ces de mouches, abeilles, bourdons et col\u00e9opt\u00e8res visitent ses cyathes. Les graines, dispers\u00e9es par l&rsquo;eau lors des crues, contribuent \u00e0 la dynamique de colonisation des milieux alluviaux. Comme pour les autres euphorbes, le latex toxique dissuade la plupart des herbivores. N\u00e9anmoins, les larves du sphinx de l&rsquo;euphorbe (<em>Hyles euphorbiae<\/em>) sont capables de se nourrir de cette esp\u00e8ce, s\u00e9questrant les compos\u00e9s toxiques du latex dans leurs tissus. La plante participe \u00e0 la structuration verticale de la v\u00e9g\u00e9tation des prairies humides en d\u00e9passant largement la plupart des esp\u00e8ces herbac\u00e9es compagnes. Ses touffes denses offrent des abris pour la petite faune terrestre et les invert\u00e9br\u00e9s. En automne, les tiges dess\u00e9ch\u00e9es persistent et fournissent un support structural pour divers organismes hivernants.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s biochimiques et composition<\/h3>\n<p>Le latex de <em>Euphorbia palustris<\/em> contient, comme celui des autres esp\u00e8ces du genre, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a><\/strong> de type <strong>ester de phorbol<\/strong>, responsables de son pouvoir irritant et pro-inflammatoire. Des compos\u00e9s sp\u00e9cifiques de type <strong>jatrophane<\/strong> et <strong>tigliane<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s de cette esp\u00e8ce, pr\u00e9sentant des profils d&rsquo;activit\u00e9 biologique int\u00e9ressants. Les parties a\u00e9riennes renferment des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> vari\u00e9s, notamment des d\u00e9riv\u00e9s de la <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong> et du <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, ainsi que des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (acide caf\u00e9ique, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-chlorogenique\/\">acide chlorog\u00e9nique<\/a>). Des <strong>tanins<\/strong> hydrolysables et condens\u00e9s sont \u00e9galement pr\u00e9sents. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a><\/strong> pentacycliques, dont l&rsquo;<strong>euphol<\/strong> et le <strong>cycloart\u00e9nol<\/strong>, ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s dans la plante enti\u00e8re. La teneur en compos\u00e9s bioactifs varie selon l&rsquo;organe consid\u00e9r\u00e9, le latex \u00e9tant la fraction la plus riche en diterp\u00e8nes irritants, tandis que les feuilles concentrent davantage les compos\u00e9s ph\u00e9noliques. Les racines charnues accumulent des r\u00e9serves glucidiques sous forme d&rsquo;<strong>amidon<\/strong> et de <strong>sucres solubles<\/strong>.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicit\u00e9 et pr\u00e9cautions<\/h3>\n<p><em>Euphorbia palustris<\/em> pr\u00e9sente une toxicit\u00e9 comparable \u00e0 celle des autres grandes euphorbes. Le latex blanc, abondant et visqueux, provoque au contact de la peau une irritation pouvant aller de l&rsquo;\u00e9ryth\u00e8me simple \u00e0 la formation de cloques douloureuses, selon la dur\u00e9e d&rsquo;exposition et la sensibilit\u00e9 individuelle. Les projections oculaires constituent le risque le plus grave : elles peuvent entra\u00eener une k\u00e9ratoconjonctivite chimique intense, avec douleur, larmoiement, photophobie et risque de l\u00e9sions corn\u00e9ennes n\u00e9cessitant une prise en charge ophtalmologique urgente. L&rsquo;ingestion provoque une irritation violente du tube digestif avec vomissements, diarrh\u00e9es profuses, douleurs abdominales et, dans les cas graves, atteinte r\u00e9nale et collapsus. Les cas d&rsquo;intoxication humaine restent rares en raison de l&rsquo;amertume extr\u00eame de la plante et de la br\u00fblure imm\u00e9diate qu&rsquo;elle cause en bouche. Les animaux d&rsquo;\u00e9levage l&rsquo;\u00e9vitent g\u00e9n\u00e9ralement au p\u00e2turage. La manipulation de cette plante lors de travaux de jardinage, de r\u00e9colte botanique ou de gestion des zones humides impose le port de gants et de lunettes de protection.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des marais a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans la m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne, quoique de fa\u00e7on moins r\u00e9pandue que certaines autres euphorbes plus accessibles. Son latex servait traditionnellement de caustique pour br\u00fbler les verrues, les cors et les durillons, un usage commun \u00e0 de nombreuses esp\u00e8ces du genre. Dans certaines r\u00e9gions d&rsquo;Europe centrale, la plante s\u00e9ch\u00e9e \u00e9tait employ\u00e9e comme purgatif drastique dans la pharmacop\u00e9e populaire, bien que cet usage ait toujours \u00e9t\u00e9 reconnu comme risqu\u00e9. En Russie et en Europe de l&rsquo;Est, des pr\u00e9parations \u00e0 base de racines d&rsquo;<em>Euphorbia palustris<\/em> \u00e9taient utilis\u00e9es contre les affections h\u00e9patiques et comme antihelminthique. Le latex dilu\u00e9 \u00e9tait parfois appliqu\u00e9 sur les morsures de serpent dans la croyance qu&rsquo;il neutralisait le venin. La plante a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 employ\u00e9e localement pour la p\u00eache par empoisonnement des eaux, le latex ayant un effet stup\u00e9fiant sur les poissons. Au XIXe si\u00e8cle, la m\u00e9decine hom\u00e9opathique a int\u00e9gr\u00e9 <em>Euphorbia palustris<\/em> dans sa mati\u00e8re m\u00e9dicale, sous le nom d&rsquo;<em>Euphorbium<\/em>, pour les affections cutan\u00e9es et respiratoires.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et entretien<\/h3>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des marais est de plus en plus appr\u00e9ci\u00e9e en horticulture ornementale pour son port majestueux, sa floraison printani\u00e8re spectaculaire et ses colorations automnales remarquables. Elle convient parfaitement aux jardins de bord de bassin, aux zones humides am\u00e9nag\u00e9es et aux massifs de vivaces en sol frais. Sa culture n\u00e9cessite un sol profond, riche, restant frais \u00e0 humide au printemps mais supportant un ressuyage partiel en \u00e9t\u00e9. Un emplacement ensoleill\u00e9 \u00e0 mi-ombrag\u00e9 est id\u00e9al. La plantation s&rsquo;effectue de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;automne. La multiplication peut se faire par division de la souche au printemps ou par semis, la germination \u00e9tant facilit\u00e9e par une stratification froide. Une fois \u00e9tablie, la plante est robuste et n\u00e9cessite peu d&rsquo;entretien. La taille des tiges dess\u00e9ch\u00e9es peut \u00eatre effectu\u00e9e en fin d&rsquo;hiver, en veillant \u00e0 porter des gants pour \u00e9viter le contact avec le latex r\u00e9siduel. L&rsquo;Euphorbe des marais est parfaitement rustique sous les climats fran\u00e7ais et ne souffre d&rsquo;aucune maladie ni ravageur significatif en culture.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>La grande taille de <em>Euphorbia palustris<\/em> et son habitat humide la distinguent de la plupart des autres euphorbes fran\u00e7aises. La confusion la plus probable concerne <em>Euphorbia villosa<\/em> (Euphorbe velue), une autre grande euphorbe des milieux humides, qui se diff\u00e9rencie par ses tiges et feuilles pubescentes (poilues) alors que <em>E. palustris<\/em> est enti\u00e8rement glabre. <em>Euphorbia hyberna<\/em> (Euphorbe d&rsquo;Irlande), pr\u00e9sente dans les milieux ombrag\u00e9s humides de l&rsquo;ouest, est plus petite et poss\u00e8de des capsules \u00e0 verrues plus allong\u00e9es. <em>Euphorbia esula<\/em>, qui peut occasionnellement se trouver en milieu frais, est nettement plus petite et poss\u00e8de des feuilles plus \u00e9troites. Dans son habitat, l&rsquo;Euphorbe des marais peut \u00eatre confondue \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat v\u00e9g\u00e9tatif avec certaines grandes plantes de m\u00e9gaphorbiaie, mais la pr\u00e9sence imm\u00e9diate de latex blanc \u00e0 la cassure de la tige permet une identification certaine du genre. Les glandes enti\u00e8res, sans cornes, distinguent <em>E. palustris<\/em> au sein du genre.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation et menaces<\/h3>\n<p>L&rsquo;Euphorbe des marais a connu un d\u00e9clin significatif en France et dans plusieurs pays d&rsquo;Europe occidentale au cours du XXe si\u00e8cle, principalement en raison de la destruction et de la d\u00e9gradation des zones humides alluviales. Le drainage des prairies inondables, la canalisation des cours d&rsquo;eau, l&rsquo;intensification agricole et l&rsquo;urbanisation des vall\u00e9es fluviales ont consid\u00e9rablement r\u00e9duit son habitat disponible. En France, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme quasi menac\u00e9e \u00e0 vuln\u00e9rable selon les r\u00e9gions et figure sur plusieurs listes rouges r\u00e9gionales de la flore vasculaire. Elle b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un statut de protection l\u00e9gale dans certains d\u00e9partements et r\u00e9gions. L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9galement menac\u00e9e par la modification des r\u00e9gimes hydrologiques li\u00e9e \u00e0 la construction de barrages et de seuils, qui suppriment les crues naturelles n\u00e9cessaires au maintien de son habitat. Les politiques de conservation des zones humides, notamment dans le cadre de Natura 2000, contribuent \u00e0 pr\u00e9server ses stations. La restauration des dynamiques alluviales naturelles constitue la mesure de conservation la plus efficace pour cette esp\u00e8ce patrimoniale.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et culture<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te sp\u00e9cifique <em>palustris<\/em>, du latin \u00ab des marais \u00bb, souligne sans ambigu\u00eft\u00e9 l&rsquo;affinit\u00e9 de cette euphorbe pour les milieux humides, ce qui la rend atypique dans un genre souvent associ\u00e9 aux environnements arides. Cette particularit\u00e9 \u00e9cologique a longtemps intrigu\u00e9 les botanistes, qui voyaient en elle une sorte de paradoxe v\u00e9g\u00e9tal : une plante du d\u00e9sert adapt\u00e9e aux marais. En r\u00e9alit\u00e9, la diversit\u00e9 du genre <em>Euphorbia<\/em> est telle qu&rsquo;il comprend des esp\u00e8ces de tous les milieux, des d\u00e9serts les plus arides aux tourbi\u00e8res. Dans les jardins anglais de style naturaliste, <em>Euphorbia palustris<\/em> est devenue une vivace pris\u00e9e depuis que les grands jardiniers paysagistes comme Beth Chatto l&rsquo;ont popularis\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970-1980 pour les \u00ab jardins humides \u00bb. Sa spectaculaire coloration automnale, dans les tons de rouge orang\u00e9 et de cuivre, en fait une plante aussi remarquable en fin de saison qu&rsquo;au moment de sa floraison printani\u00e8re dor\u00e9e. Elle symbolise bien la richesse botanique des prairies alluviales europ\u00e9ennes, ces \u00e9cosyst\u00e8mes m\u00e9connus qui comptent parmi les plus menac\u00e9s du continent.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>EUPHORBE DES MARAIS pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Euphorbia%20palustris\">Plants of the World Online, Kew : <em>Euphorbia palustris<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Euphorbia+palustris\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Euphorbia palustris<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;Euphorbe des marais, Euphorbia palustris L., est une plante vivace herbac\u00e9e de la famille des Euphorbiac\u00e9es (Euphorbiaceae). 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