{"id":931,"date":"2026-03-26T11:31:52","date_gmt":"2026-03-26T10:31:52","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/euphorbe-petit-cypres\/"},"modified":"2026-06-24T17:36:15","modified_gmt":"2026-06-24T15:36:15","slug":"euphorbe-petit-cypres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/euphorbe-petit-cypres\/","title":{"rendered":"EUPHORBE PETIT-CYPR\u00c8S"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Euphorbe%20petit-cypr%C3%A8s.jpg\" alt=\"Planche botanique Euphorbe petit-cypr\u00e8s\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>L&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s, <em>Euphorbia cyparissias<\/em> L., appartient \u00e0 la famille des Euphorbiac\u00e9es (Euphorbiaceae), l&rsquo;un des ensembles les plus vastes du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal avec plus de 7 500 esp\u00e8ces r\u00e9parties dans environ 300 genres. Le genre <em>Euphorbia<\/em> est lui-m\u00eame gigantesque, comptant pr\u00e8s de 2 000 esp\u00e8ces \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. Cette plante vivace herbac\u00e9e, haute de 15 \u00e0 40 centim\u00e8tres, se reconna\u00eet ais\u00e9ment \u00e0 ses tiges dress\u00e9es et ramifi\u00e9es, couvertes de feuilles lin\u00e9aires tr\u00e8s \u00e9troites, dispos\u00e9es de fa\u00e7on dense et rappelant les aiguilles d&rsquo;un cypr\u00e8s miniature \u2014 d&rsquo;o\u00f9 son nom vernaculaire \u00e9vocateur. La floraison survient d&rsquo;avril \u00e0 juillet sous la forme d&rsquo;ombelles terminales \u00e0 rayons multiples, portant des cyathes caract\u00e9ristiques du genre, munis de glandes en croissant jaun\u00e2tre \u00e0 verd\u00e2tre. Comme toutes les euphorbes, elle produit un latex blanc, abondant et irritant, qui s&rsquo;\u00e9coule \u00e0 la moindre blessure de la tige. Le fruit est une capsule triloculaire \u00e0 surface finement granuleuse. La plante poss\u00e8de un syst\u00e8me racinaire tra\u00e7ant constitu\u00e9 de rhizomes vigoureux, qui lui conf\u00e8re une grande capacit\u00e9 de colonisation v\u00e9g\u00e9tative.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Euphorbia cyparissias<\/em> est une esp\u00e8ce eurasiatique largement r\u00e9pandue \u00e0 travers l&rsquo;Europe, depuis la p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique jusqu&rsquo;\u00e0 la Russie occidentale, et vers le sud jusqu&rsquo;au nord de la M\u00e9diterran\u00e9e. Elle est pr\u00e9sente dans l&rsquo;ensemble du territoire fran\u00e7ais, aussi bien en plaine qu&rsquo;en moyenne montagne, pouvant atteindre 2 500 m\u00e8tres d&rsquo;altitude dans les Alpes. Cette euphorbe affectionne les milieux ouverts, secs et bien ensoleill\u00e9s : pelouses calcaires, talus routiers, bords de chemins, friches, lisi\u00e8res foresti\u00e8res thermophiles, prairies s\u00e8ches et rocailles. Elle tol\u00e8re bien les sols pauvres, sablonneux ou caillouteux, pourvu qu&rsquo;ils soient bien drain\u00e9s. On la retrouve fr\u00e9quemment sur substrat calcaire, mais elle n&rsquo;est pas strictement calcicole et peut coloniser des terrains siliceux. Naturalis\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 introduite au XIXe si\u00e8cle, elle y est parfois consid\u00e9r\u00e9e comme envahissante, notamment dans les prairies du nord-est des \u00c9tats-Unis et du Canada. En France, c&rsquo;est une plante commune qui ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucun statut de protection particulier.<\/p>\n<hr>\n<h3>Caract\u00e9ristiques morphologiques d\u00e9taill\u00e9es<\/h3>\n<p>La souche de l&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s est constitu\u00e9e de rhizomes horizontaux ramifi\u00e9s, permettant la formation de colonies denses. Les tiges, dress\u00e9es, cylindriques, glabres et souvent rouge\u00e2tres \u00e0 la base, portent de nombreuses feuilles caulinaires sessiles, lin\u00e9aires, longues de 15 \u00e0 30 millim\u00e8tres pour 1 \u00e0 2 millim\u00e8tres de largeur, \u00e0 marge enti\u00e8re et \u00e0 apex obtus. Les feuilles des rameaux st\u00e9riles sont encore plus fines, presque filiformes. L&rsquo;inflorescence est une ombelle compos\u00e9e de 9 \u00e0 18 rayons primaires, g\u00e9n\u00e9ralement bifurqu\u00e9s une \u00e0 trois fois. Les bract\u00e9es de l&rsquo;ombelle sont ovales-rhombo\u00efdales, jaun\u00e2tres puis devenant rouge\u00e2tres apr\u00e8s la floraison. Les cyathes, structures florales propres au genre <em>Euphorbia<\/em>, comportent un involucre cupuliforme renfermant une fleur femelle centrale entour\u00e9e de plusieurs fleurs m\u00e2les r\u00e9duites chacune \u00e0 une \u00e9tamine. Les glandes nectarif\u00e8res du cyathe sont en forme de croissant, \u00e0 cornes allong\u00e9es. La capsule mesure environ 3 millim\u00e8tres, \u00e0 surface lisse ou finement ponctu\u00e9e. Les graines sont ovo\u00efdes, gris\u00e2tres, munies d&rsquo;une caroncule favorisant la dispersion par les fourmis (myrm\u00e9cochorie).<\/p>\n<hr>\n<h3>Cycle de vie et ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p>L&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s est une plante vivace h\u00e9micryptophyte dont la p\u00e9rennit\u00e9 est assur\u00e9e par ses rhizomes souterrains. Le cycle annuel d\u00e9bute au d\u00e9but du printemps, d\u00e8s mars, lorsque les nouvelles pousses \u00e9mergent du sol \u00e0 partir des bourgeons rhizomateux. La croissance v\u00e9g\u00e9tative est rapide et la floraison intervient typiquement d&rsquo;avril \u00e0 juillet, selon l&rsquo;altitude et les conditions climatiques locales. La pollinisation est principalement entomophile, assur\u00e9e par de petits insectes attir\u00e9s par le nectar des glandes du cyathe, mais une part d&rsquo;autopollinisation est possible. La fructification a lieu de juin \u00e0 ao\u00fbt ; les capsules m\u00fbres s&rsquo;ouvrent par d\u00e9hiscence explosive, projetant les graines \u00e0 plusieurs dizaines de centim\u00e8tres. La dispersion secondaire est assur\u00e9e par les fourmis, attir\u00e9es par l&rsquo;\u00e9la\u00efosome (caroncule). Apr\u00e8s la fructification, les parties a\u00e9riennes commencent \u00e0 s\u00e9cher mais peuvent persister sous forme dess\u00e9ch\u00e9e durant l&rsquo;hiver. La multiplication v\u00e9g\u00e9tative par les rhizomes est extr\u00eamement efficace et constitue le principal mode de propagation de cette esp\u00e8ce, qui peut former des peuplements monosp\u00e9cifiques \u00e9tendus en quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<hr>\n<h3>Exigences \u00e9cologiques<\/h3>\n<p>Cette euphorbe est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile \u00e0 thermophile, requ\u00e9rant un ensoleillement direct pour se d\u00e9velopper de mani\u00e8re optimale. Elle supporte cependant une ombre l\u00e9g\u00e8re en lisi\u00e8re foresti\u00e8re. Son optimum \u00e9cologique se situe sur des sols secs \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment secs, bien drain\u00e9s, de texture sableuse \u00e0 limoneuse, \u00e0 pH neutre \u00e0 basique. Elle est classiquement associ\u00e9e aux pelouses x\u00e9rophiles sur calcaire, mais sa plasticit\u00e9 \u00e9daphique lui permet de coloniser des substrats vari\u00e9s. L&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s est r\u00e9sistante \u00e0 la s\u00e9cheresse estivale gr\u00e2ce \u00e0 son syst\u00e8me racinaire profond et ses rhizomes qui accumulent des r\u00e9serves. Elle tol\u00e8re bien le froid hivernal, supportant des temp\u00e9ratures tr\u00e8s basses, ce qui explique sa pr\u00e9sence jusqu&rsquo;en altitude \u00e9lev\u00e9e. En revanche, elle supporte mal l&rsquo;engorgement du sol et dispara\u00eet des milieux humides. Sa capacit\u00e9 \u00e0 coloniser des sols perturb\u00e9s, pauvres en nutriments, en fait une esp\u00e8ce pionni\u00e8re fr\u00e9quente sur les remblais, les bords de route et les friches industrielles.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Phytochimie peu \u00e9tudi\u00e9e pour cette esp\u00e8ce ; aucun profil mol\u00e9culaire valoris\u00e9 n\u2019est document\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches pharmacologiques modernes ont confirm\u00e9 l&rsquo;activit\u00e9 biologique puissante des compos\u00e9s de <em>Euphorbia cyparissias<\/em>. Les <strong>esters de phorbol<\/strong> diterp\u00e9niques pr\u00e9sentent une activit\u00e9 pro-inflammatoire marqu\u00e9e par activation de la <strong>prot\u00e9ine kinase C<\/strong> (PKC), ce qui leur conf\u00e8re un potentiel co-carcinog\u00e8ne exp\u00e9rimentalement d\u00e9montr\u00e9. Paradoxalement, certains d\u00e9riv\u00e9s diterp\u00e9niques de la m\u00eame famille montrent des propri\u00e9t\u00e9s anti-tumorales in vitro, par induction de l&rsquo;apoptose dans des lign\u00e9es cellulaires canc\u00e9reuses. Des \u00e9tudes ont mis en \u00e9vidence une activit\u00e9 antimicrobienne des extraits de la plante contre plusieurs souches bact\u00e9riennes pathog\u00e8nes, notamment <em>Staphylococcus aureus<\/em> et <em>Escherichia coli<\/em>. Les flavono\u00efdes contribuent \u00e0 une activit\u00e9 antioxydante mesurable. Le latex poss\u00e8de une activit\u00e9 molluscicide d\u00e9montr\u00e9e, \u00e9tudi\u00e9e dans le cadre de la lutte contre les h\u00f4tes interm\u00e9diaires de parasites (schistosomiase). En raison de sa toxicit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e et de la difficult\u00e9 \u00e0 ma\u00eetriser les dosages, <em>Euphorbia cyparissias<\/em> n&rsquo;est pas utilis\u00e9e en phytoth\u00e9rapie contemporaine et n&rsquo;entre dans aucune pharmacop\u00e9e officielle actuelle.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Donn\u00e9es cliniques limit\u00e9es ; usage essentiellement traditionnel. <strong>Niveau de preuve :<\/strong> usage traditionnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<p>Aucun compos\u00e9 n\u2019est document\u00e9 de fa\u00e7on suffisante pour dresser un tableau phytochimique fiable.<\/p>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Usage traditionnel en infusion (d\u00e9part \u00e0 froid) ; pas de forme standardis\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 la toxicit\u00e9 de son latex, l&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s entretient des relations \u00e9cologiques diversifi\u00e9es. Ses cyathes produisent un nectar accessible \u00e0 de nombreux insectes pollinisateurs, notamment les petites mouches, les abeilles solitaires et certains col\u00e9opt\u00e8res. Les fourmis jouent un r\u00f4le cl\u00e9 dans la dispersion de ses graines gr\u00e2ce \u00e0 la caroncule nutritive qu&rsquo;elles consomment apr\u00e8s avoir transport\u00e9 la graine jusqu&rsquo;\u00e0 leur nid. La plante est fr\u00e9quemment parasit\u00e9e par un champignon rouille, <em>Uromyces pisi<\/em>, qui d\u00e9forme spectaculairement les tiges infect\u00e9es : les feuilles s&rsquo;\u00e9largissent, les tiges ne fleurissent plus et prennent un aspect m\u00e9connaissable. Ce parasitisme est si caract\u00e9ristique qu&rsquo;il a parfois conduit \u00e0 des confusions taxonomiques. Le latex dissuade efficacement la plupart des herbivores mammif\u00e8res ; les bovins, ovins et chevaux \u00e9vitent g\u00e9n\u00e9ralement cette plante au p\u00e2turage. Quelques insectes sp\u00e9cialis\u00e9s, notamment certains papillons sphinx (<em>Hyles euphorbiae<\/em>), se nourrissent n\u00e9anmoins de ses feuilles \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat larvaire, s\u00e9questrant les compos\u00e9s toxiques pour leur propre d\u00e9fense.<\/p>\n<hr>\n<h3>Propri\u00e9t\u00e9s biochimiques et composition<\/h3>\n<p>Le latex blanc de <em>Euphorbia cyparissias<\/em> contient un ensemble de substances biologiquement actives, dont les principales sont des <strong>esters de phorbol<\/strong> diterp\u00e9niques, responsables de l&rsquo;irritation cutan\u00e9e et muqueuse. Parmi ces compos\u00e9s, on retrouve des d\u00e9riv\u00e9s de type <strong>ing\u00e9nane<\/strong> et <strong>tigliane<\/strong>, connus pour leurs propri\u00e9t\u00e9s pro-inflammatoires et co-carcinog\u00e8nes. Le latex renferme \u00e9galement de l&rsquo;<strong>euphorbine<\/strong>, des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a><\/strong> (euphol, tirucallol), des <strong>st\u00e9rols<\/strong> et du <strong>caoutchouc naturel<\/strong> en faible proportion. Les parties a\u00e9riennes contiennent des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>, kaempf\u00e9rol et leurs glycosides), des <strong>tanins<\/strong>, des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> et de l&rsquo;<strong>acide gallique<\/strong>. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s en faible quantit\u00e9. La composition biochimique varie selon la saison et le stade ph\u00e9nologique : le latex est plus abondant et plus concentr\u00e9 en <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a> irritants au printemps, en pleine p\u00e9riode de croissance. La r\u00e9sine qui se forme apr\u00e8s s\u00e9chage du latex conserve une grande partie de ses propri\u00e9t\u00e9s irritantes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Toxicit\u00e9 et pr\u00e9cautions<\/h3>\n<p>L&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s est une plante significativement toxique, principalement en raison de son latex. Le contact cutan\u00e9 avec le latex frais provoque une dermatite de contact irritative, avec \u00e9ryth\u00e8me, v\u00e9sicules et parfois br\u00fblures au second degr\u00e9 lors d&rsquo;expositions prolong\u00e9es. Le contact oculaire est particuli\u00e8rement dangereux et peut entra\u00eener une k\u00e9ratoconjonctivite s\u00e9v\u00e8re, avec risque de l\u00e9sions corn\u00e9ennes durables pouvant compromettre la vision. L&rsquo;ingestion de la plante provoque une irritation intense des muqueuses digestives : br\u00fblures buccales, naus\u00e9es violentes, vomissements, diarrh\u00e9es sanglantes et coliques. \u00c0 doses \u00e9lev\u00e9es, une atteinte r\u00e9nale et h\u00e9patique peut survenir, avec un risque vital en cas d&rsquo;ingestion massive. Les animaux d&rsquo;\u00e9levage sont rarement intoxiqu\u00e9s car ils \u00e9vitent la plante au p\u00e2turage, mais des cas ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s chez les bovins consommant du foin contenant de l&rsquo;euphorbe s\u00e9ch\u00e9e, le latex conservant partiellement ses propri\u00e9t\u00e9s irritantes apr\u00e8s dessiccation. Les jardiniers et les botanistes manipulant cette plante doivent porter des gants et \u00e9viter tout contact avec les yeux et les muqueuses.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Connue depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9, l&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans la m\u00e9decine populaire europ\u00e9enne principalement comme purgatif drastique, v\u00e9sicant et caustique. Dioscoride et Pline l&rsquo;Ancien mentionnent d\u00e9j\u00e0 les euphorbes pour leurs propri\u00e9t\u00e9s purgatives violentes. Au Moyen \u00c2ge, le latex frais \u00e9tait appliqu\u00e9 sur les verrues et les cors pour les d\u00e9truire par caut\u00e9risation chimique, un usage qui a perdur\u00e9 dans les campagnes fran\u00e7aises jusqu&rsquo;au XXe si\u00e8cle. La plante entrait dans la composition de certains rem\u00e8des v\u00e9t\u00e9rinaires populaires, notamment pour traiter les affections cutan\u00e9es du b\u00e9tail. Dans certaines r\u00e9gions, le latex dilu\u00e9 \u00e9tait utilis\u00e9 pour \u00e9tourdir les poissons dans les cours d&rsquo;eau, une pratique de p\u00eache illicite ancienne. Les rhizomes broy\u00e9s servaient parfois de purgatif d&rsquo;urgence, bien que cette utilisation ait \u00e9t\u00e9 reconnue comme dangereuse. En usage externe, des cataplasmes de la plante fra\u00eeche \u00e9taient appliqu\u00e9s sur les douleurs rhumatismales. Ces usages empiriques t\u00e9moignent de la puissance pharmacologique de la plante, mais aussi de ses risques consid\u00e9rables.<\/p>\n<hr>\n<h3>Culture et entretien<\/h3>\n<p>L&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s n&rsquo;est que rarement cultiv\u00e9e intentionnellement dans les jardins, bien que sa texture fine et ses inflorescences jaune-vert puissent pr\u00e9senter un int\u00e9r\u00eat ornemental dans les jardins naturalistes et les rocailles. Sa culture est extr\u00eamement simple : la plante s&rsquo;accommode de tout sol bien drain\u00e9, m\u00eame pauvre et caillouteux, et ne requiert aucun arrosage une fois \u00e9tablie. Elle se multiplie spontan\u00e9ment par ses rhizomes, ce qui peut rapidement devenir probl\u00e9matique dans un jardin structur\u00e9. La multiplication s&rsquo;effectue facilement par division des touffes au printemps ou \u00e0 l&rsquo;automne, ou par semis. Aucun entretien particulier n&rsquo;est n\u00e9cessaire, si ce n&rsquo;est de contenir son expansion en arrachant r\u00e9guli\u00e8rement les rejets p\u00e9riph\u00e9riques. La plante est totalement rustique et ne craint aucune maladie significative hormis la rouille \u00e0 <em>Uromyces pisi<\/em>. En cas de manipulation pour la taille ou l&rsquo;arrachage, le port de gants est indispensable pour \u00e9viter les irritations cutan\u00e9es dues au latex.<\/p>\n<hr>\n<h3>Confusions possibles<\/h3>\n<p>La confusion la plus fr\u00e9quente concerne les autres esp\u00e8ces d&rsquo;euphorbes \u00e0 feuilles \u00e9troites, notamment <em>Euphorbia esula<\/em> (Euphorbe \u00e9sule), tr\u00e8s proche morphologiquement mais dont les feuilles sont un peu plus larges (2 \u00e0 5 millim\u00e8tres) et les glandes du cyathe \u00e0 cornes plus courtes. <em>Euphorbia seguieriana<\/em> (Euphorbe de S\u00e9guier) pr\u00e9sente \u00e9galement des feuilles lin\u00e9aires mais elle est plus glauque et ses bract\u00e9es sont plus triangulaires. La forme parasit\u00e9e par la rouille <em>Uromyces pisi<\/em> peut \u00eatre confondue avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales en raison de la d\u00e9formation profonde des tiges et de l&rsquo;\u00e9largissement des feuilles. L&rsquo;aspect g\u00e9n\u00e9ral en touffe dense de feuilles filiformes peut \u00e9voquer certaines gramin\u00e9es ou le feuillage de jeunes cypr\u00e8s, mais la pr\u00e9sence du latex blanc \u00e0 la cassure de la tige l\u00e8ve imm\u00e9diatement toute ambigu\u00eft\u00e9. Aucune euphorbe \u00e0 latex blanc ne peut \u00eatre confondue avec une plante comestible, ce qui limite le risque d&rsquo;intoxication accidentelle par ingestion.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut de conservation et menaces<\/h3>\n<p><em>Euphorbia cyparissias<\/em> est une esp\u00e8ce abondante et largement r\u00e9pandue en France et en Europe, ne faisant l&rsquo;objet d&rsquo;aucune pr\u00e9occupation de conservation. Elle n&rsquo;est inscrite sur aucune liste rouge nationale ou r\u00e9gionale et ne b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;aucun statut de protection. Sa plasticit\u00e9 \u00e9cologique, sa reproduction v\u00e9g\u00e9tative vigoureuse et sa capacit\u00e9 \u00e0 coloniser les milieux perturb\u00e9s en font une esp\u00e8ce tr\u00e8s r\u00e9siliente face aux modifications de l&rsquo;environnement. Elle tend m\u00eame \u00e0 se d\u00e9velopper dans les milieux d\u00e9grad\u00e9s et les friches anthropiques. En Am\u00e9rique du Nord, o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 introduite, elle est au contraire class\u00e9e comme esp\u00e8ce exotique envahissante dans plusieurs \u00c9tats et provinces, o\u00f9 elle entre en comp\u00e9tition avec la flore indig\u00e8ne des prairies. Les programmes de lutte biologique ont utilis\u00e9 avec un certain succ\u00e8s le sphinx de l&rsquo;euphorbe (<em>Hyles euphorbiae<\/em>) et la chrysom\u00e8le <em>Aphthona<\/em> pour contr\u00f4ler ses populations invasives outre-Atlantique.<\/p>\n<hr>\n<h3>Anecdotes et culture<\/h3>\n<p>Le nom du genre <em>Euphorbia<\/em> rend hommage \u00e0 Euphorbe, m\u00e9decin du roi Juba II de Maur\u00e9tanie au Ier si\u00e8cle avant notre \u00e8re, qui aurait le premier d\u00e9crit les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de certaines euphorbes africaines. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>cyparissias<\/em>, du grec <em>kyparissos<\/em> (cypr\u00e8s), fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la ressemblance du feuillage dense et fin avec celui d&rsquo;un cypr\u00e8s nain. Dans les traditions populaires fran\u00e7aises, l&rsquo;euphorbe \u00e9tait parfois appel\u00e9e \u00ab herbe \u00e0 verrues \u00bb ou \u00ab lait de couleuvre \u00bb, allusions respectivement \u00e0 son usage dermatologique et \u00e0 la m\u00e9fiance qu&rsquo;inspirait son latex v\u00e9n\u00e9neux. La croyance populaire attribuait \u00e0 cette plante le pouvoir d&rsquo;\u00e9loigner les serpents, ce qui conduisait certains paysans \u00e0 en frotter le seuil de leur maison. En Franche-Comt\u00e9, on disait que toucher le latex portait malheur et provoquait des maladies de peau contagieuses \u2014 une fa\u00e7on imag\u00e9e de transmettre la connaissance empirique de sa toxicit\u00e9. L&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s illustre parfaitement la dualit\u00e9 des euphorbes : des plantes d&rsquo;apparence modeste mais dot\u00e9es d&rsquo;une chimie redoutable, rappelant que la beaut\u00e9 discr\u00e8te du monde v\u00e9g\u00e9tal peut receler une puissance insoup\u00e7onn\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>EUPHORBE PETIT-CYPR\u00c8S pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat phytoth\u00e9rapeutique surtout traditionnel, \u00e0 confirmer faute de donn\u00e9es cliniques propres ; sa lecture demande de la prudence.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Euphorbia%20cyparissias\">Plants of the World Online, Kew : <em>Euphorbia cyparissias<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Euphorbia+cyparissias\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Euphorbia cyparissias<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antimicrobien<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE L&rsquo;Euphorbe petit-cypr\u00e8s, Euphorbia cyparissias L., appartient \u00e0 la famille des Euphorbiac\u00e9es (Euphorbiaceae), l&rsquo;un des ensembles les plus vastes du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[69],"tags":[],"class_list":["post-931","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-euphorbiacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/931","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=931"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/931\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13912,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/931\/revisions\/13912"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=931"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=931"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=931"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}