{"id":9507,"date":"2026-04-25T20:40:02","date_gmt":"2026-04-25T18:40:02","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/ginseng\/"},"modified":"2026-06-24T16:41:25","modified_gmt":"2026-06-24T14:41:25","slug":"ginseng","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/ginseng\/","title":{"rendered":"GINSENG"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Ginseng.jpg\" alt=\"Planche botanique Ginseng\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Le ginseng, <em>Panax ginseng<\/em> C.A. Meyer, occupe une place singuli\u00e8re dans l&rsquo;histoire de la pharmacop\u00e9e mondiale. Utilis\u00e9 depuis plus de cinq mill\u00e9naires en m\u00e9decine traditionnelle chinoise, il est consid\u00e9r\u00e9 comme la plante adaptog\u00e8ne par excellence, capable de restaurer l&rsquo;\u00e9quilibre physiologique global de l&rsquo;organisme. Son nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Panax<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du grec <em>pan<\/em> (tout) et <em>akos<\/em> (rem\u00e8de), traduit \u00e0 lui seul l&rsquo;\u00e9tendue des vertus qui lui sont attribu\u00e9es. La racine, partie noble de la plante, concentre un arsenal biochimique d&rsquo;une remarquable complexit\u00e9, dont les gins\u00e9nosides constituent les principes actifs majeurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat scientifique contemporain pour <em>Panax ginseng<\/em> n&rsquo;a cess\u00e9 de cro\u00eetre depuis les travaux pionniers du pharmacologue russe Israel Brekhman dans les ann\u00e9es 1960. Aujourd&rsquo;hui, plus de 8 000 publications r\u00e9f\u00e9renc\u00e9es sur PubMed attestent de l&rsquo;ampleur des recherches consacr\u00e9es \u00e0 cette esp\u00e8ce. Des essais cliniques rigoureux ont permis de confirmer plusieurs propri\u00e9t\u00e9s traditionnellement reconnues, notamment ses effets immunomodulateurs, neuroprotecteurs et antifatigue. Toutefois, la complexit\u00e9 de sa phytochimie et la variabilit\u00e9 des pr\u00e9parations commerciales imposent une analyse pharmacognosique approfondie, que cette monographie se propose de mener avec rigueur.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><em>Panax ginseng<\/em> C.A. Meyer appartient \u00e0 la famille des <strong>Araliaceae<\/strong>, ordre des Apiales, clade des Ast\u00e9rid\u00e9es (classification APG IV). Le genre <em>Panax<\/em> L. comprend une quinzaine d&rsquo;esp\u00e8ces r\u00e9parties en Asie orientale et en Am\u00e9rique du Nord. L&rsquo;esp\u00e8ce type, <em>Panax ginseng<\/em>, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite formellement par le botaniste germano-russe Carl Anton von Meyer en 1843, \u00e0 partir de sp\u00e9cimens collect\u00e9s en Mandchourie.<\/p>\n<p>La classification phylog\u00e9n\u00e9tique place le genre <em>Panax<\/em> dans la tribu des Aralieae, aux c\u00f4t\u00e9s des genres <em>Aralia<\/em>, <em>Fatsia<\/em> et <em>Polyscias<\/em>. Les analyses mol\u00e9culaires fond\u00e9es sur les marqueurs ITS et <em>matK<\/em> confirment la monophylie du genre et distinguent clairement <em>P. ginseng<\/em> de ses cong\u00e9n\u00e8res <em>P. quinquefolius<\/em> (ginseng am\u00e9ricain), <em>P. notoginseng<\/em> (ginseng de Sanchi) et <em>P. japonicus<\/em> (ginseng japonais).<\/p>\n<p>Les noms vernaculaires sont nombreux et t\u00e9moignent de l&rsquo;importance culturelle de la plante : <strong>r\u00e9nsh\u0113n<\/strong> (\u4eba\u53c3) en chinois mandarin, signifiant litt\u00e9ralement \u00ab racine-homme \u00bb en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la forme anthropomorphe de la racine ; <strong>insam<\/strong> (\uc778\uc0bc) en cor\u00e9en ; <strong>ninjin<\/strong> (\u4eba\u53c2) en japonais. En fran\u00e7ais, le terme \u00ab ginseng \u00bb provient de la romanisation du mandarin. On distingue commercialement le ginseng blanc (racine s\u00e9ch\u00e9e) du ginseng rouge (<em>hong shen<\/em>), obtenu par \u00e9tuvage, qui modifie profond\u00e9ment le profil en gins\u00e9nosides.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tymologie du nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Panax<\/em>, forg\u00e9 par Linn\u00e9 en 1753, associe les racines grecques \u03c0\u1fb6\u03bd (<em>pan<\/em>, \u00ab tout \u00bb) et \u1f04\u03ba\u03bf\u03c2 (<em>akos<\/em>, \u00ab rem\u00e8de \u00bb), donnant \u00ab panac\u00e9e \u00bb. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te sp\u00e9cifique <em>ginseng<\/em> reprend directement le nom chinois romanis\u00e9. Cette d\u00e9nomination refl\u00e8te la r\u00e9putation d&rsquo;omnivalence th\u00e9rapeutique qui accompagne la plante depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port g\u00e9n\u00e9ral<\/h3>\n<p><em>Panax ginseng<\/em> est une plante herbac\u00e9e vivace de 30 \u00e0 60 cm de hauteur, \u00e0 croissance lente, caract\u00e9ris\u00e9e par une tige unique dress\u00e9e, glabre, cylindrique et non ramifi\u00e9e. La plante pr\u00e9sente un port modeste, sans caract\u00e8re ornemental marqu\u00e9, avec une touffe terminale de feuilles dispos\u00e9es en verticille. La dur\u00e9e de vie des individus peut d\u00e9passer cinquante ans dans des conditions optimales, bien que la culture commerciale r\u00e9colte habituellement les racines entre la cinqui\u00e8me et la septi\u00e8me ann\u00e9e.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>La racine, organe principal d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pharmacologique, est une racine pivotante charnue, fusiforme \u00e0 napiforme, de 10 \u00e0 20 cm de longueur et de 1 \u00e0 3 cm de diam\u00e8tre \u00e0 maturit\u00e9. Elle est fr\u00e9quemment bifurqu\u00e9e, \u00e9voquant une silhouette humaine \u2014 d&rsquo;o\u00f9 le nom chinois <em>r\u00e9nsh\u0113n<\/em>. L&rsquo;\u00e9piderme est jaun\u00e2tre \u00e0 brun clair, marqu\u00e9 de fines stries transversales. La section r\u00e9v\u00e8le un parenchyme blanch\u00e2tre riche en amidon, travers\u00e9 par des canaux s\u00e9cr\u00e9teurs contenant une ol\u00e9or\u00e9sine. Le rhizome, court et noduleux, porte les cicatrices des tiges des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, permettant d&rsquo;estimer l&rsquo;\u00e2ge de la plante.<\/p>\n<p>Les feuilles, au nombre de 3 \u00e0 6, sont palmaticompos\u00e9es, dispos\u00e9es en un verticille terminal unique. Chaque feuille comprend 5 folioles elliptiques \u00e0 obovales, acumin\u00e9es, \u00e0 marge finement dent\u00e9e. Les folioles mesurent de 8 \u00e0 15 cm de longueur et de 3 \u00e0 5 cm de largeur. Le limbe est glabre sur les deux faces, d&rsquo;un vert soutenu sur la face adaxiale, plus p\u00e2le en dessous. La nervation est penn\u00e9e avec un r\u00e9seau tertiaire r\u00e9ticul\u00e9 bien visible par transparence. Le p\u00e9tiole, long de 5 \u00e0 15 cm, est glabre et l\u00e9g\u00e8rement canalicul\u00e9.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p>L&rsquo;inflorescence est une ombelle simple terminale, solitaire, port\u00e9e par un p\u00e9doncule de 5 \u00e0 15 cm \u00e9mergeant du centre du verticille foliaire. Les fleurs, petites (3 \u00e0 4 mm de diam\u00e8tre), sont pentam\u00e8res, actinomorphes, hermaphrodites ou parfois fonctionnellement m\u00e2les. Le calice est r\u00e9duit \u00e0 5 dents courtes. La corolle comprend 5 p\u00e9tales verd\u00e2tres \u00e0 blanc jaun\u00e2tre, libres, r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 l&rsquo;anth\u00e8se. Les 5 \u00e9tamines, alternip\u00e9tales, portent des anth\u00e8res biloculaires \u00e0 d\u00e9hiscence longitudinale. L&rsquo;ovaire inf\u00e8re, bicarpell\u00e9, surmont\u00e9 de 2 styles courts, contient un ovule par loge.<\/p>\n<p>Le fruit est une drupe globuleuse de 6 \u00e0 8 mm de diam\u00e8tre, rouge vif \u00e0 maturit\u00e9, contenant 2 noyaux aplatis. Les graines, lenticulaires, mesurent environ 4 \u00e0 5 mm. La germination est hypog\u00e9e et n\u00e9cessite une p\u00e9riode de stratification froide de 18 \u00e0 22 mois, ce qui constitue un facteur limitant majeur pour la reproduction. La pollinisation est assur\u00e9e principalement par de petits dipt\u00e8res et hym\u00e9nopt\u00e8res.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p>La reprise v\u00e9g\u00e9tative intervient au printemps, g\u00e9n\u00e9ralement en avril-mai dans les conditions climatiques de la Cor\u00e9e et de la Mandchourie. La floraison se produit de juin \u00e0 juillet, les fruits m\u00fbrissant d&rsquo;ao\u00fbt \u00e0 septembre. La s\u00e9nescence a\u00e9rienne commence en octobre, la partie souterraine entrant en dormance hivernale. Le cycle de d\u00e9veloppement est remarquablement lent : la premi\u00e8re floraison ne survient qu&rsquo;\u00e0 la troisi\u00e8me ou quatri\u00e8me ann\u00e9e. La plante ne produit qu&rsquo;un seul verticille de trois folioles la premi\u00e8re ann\u00e9e, puis augmente progressivement le nombre de feuilles (jusqu&rsquo;\u00e0 cinq ou six) au fil des ann\u00e9es.<\/p>\n<h3>E. Habitat naturel<\/h3>\n<p><em>Panax ginseng<\/em> est une esp\u00e8ce sciaphile caract\u00e9ristique du sous-bois des for\u00eats mixtes \u00e0 feuilles caduques de montagne. Son habitat optimal se situe entre 200 et 1 500 m d&rsquo;altitude, sur des sols profonds, humif\u00e8res, bien drain\u00e9s, \u00e0 pH l\u00e9g\u00e8rement acide (5,5-6,5). La plante exige un ombrage de 70 \u00e0 80 %, une humidit\u00e9 atmosph\u00e9rique \u00e9lev\u00e9e et des temp\u00e9ratures hivernales suffisamment basses pour assurer la vernalisation (p\u00e9riode de froid inf\u00e9rieure \u00e0 -10 \u00b0C pendant au moins deux mois). Les pr\u00e9cipitations annuelles optimales se situent entre 800 et 1 200 mm.<\/p>\n<h3>F. Distribution g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;aire de r\u00e9partition naturelle de <em>P. ginseng<\/em> s&rsquo;\u00e9tend du nord-est de la Chine (Mandchourie : provinces du Heilongjiang, Jilin et Liaoning) \u00e0 la p\u00e9ninsule cor\u00e9enne et \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame sud-est de la Sib\u00e9rie russe (Primori\u00e9). Les populations sauvages sont aujourd&rsquo;hui extr\u00eamement rar\u00e9fi\u00e9es du fait d&rsquo;une cueillette mill\u00e9naire excessive. L&rsquo;esp\u00e8ce est class\u00e9e \u00ab en danger \u00bb (EN) sur la liste rouge de l&rsquo;UICN et inscrite \u00e0 l&rsquo;Annexe II de la CITES. La culture, principalement r\u00e9alis\u00e9e en Cor\u00e9e du Sud (r\u00e9gion de Geumsan), en Chine (Jilin) et au Canada (Ontario), couvre plusieurs dizaines de milliers d&rsquo;hectares sous ombri\u00e8res artificielles.<\/p>\n<h3>G. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>Dans son biotope naturel, <em>Panax ginseng<\/em> s&rsquo;inscrit dans les phytoc\u00e9noses domin\u00e9es par les ch\u00eanes (<em>Quercus mongolica<\/em>), les tilleuls (<em>Tilia amurensis<\/em>), les fr\u00eanes (<em>Fraxinus mandshurica<\/em>) et les \u00e9rables (<em>Acer mono<\/em>). Le sous-bois accueille fr\u00e9quemment <em>Dioscorea nipponica<\/em>, <em>Arisaema amurense<\/em>, <em>Caulophyllum robustum<\/em> et diverses foug\u00e8res. Les sols forestiers riches en mati\u00e8re organique, colonis\u00e9s par des ectomycorhizes, fournissent les conditions \u00e9daphiques requises par cette esp\u00e8ce exigeante.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La <strong>racine principale<\/strong> constitue la drogue officinale inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne (monographie 01\/2017:1523). Elle est r\u00e9colt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;automne sur des plantes \u00e2g\u00e9es de cinq \u00e0 sept ans, nettoy\u00e9e et trait\u00e9e selon deux proc\u00e9d\u00e9s principaux :<\/p>\n<p>\u2014 Le <strong>ginseng blanc<\/strong> (<em>bai shen<\/em>) est obtenu par simple s\u00e9chage au soleil ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9tuve \u00e0 basse temp\u00e9rature (40-50 \u00b0C). La racine conserve un aspect jaun\u00e2tre p\u00e2le et un profil en gins\u00e9nosides \u00ab natifs \u00bb (Rb1, Rb2, Rc, Rd, Re, Rg1).<\/p>\n<p>\u2014 Le <strong>ginseng rouge<\/strong> (<em>hong shen<\/em>) r\u00e9sulte d&rsquo;un \u00e9tuvage \u00e0 la vapeur (95-100 \u00b0C pendant 2 \u00e0 3 heures) suivi d&rsquo;un s\u00e9chage. Ce traitement hydrothermique provoque des r\u00e9actions de Maillard, donnant \u00e0 la racine sa couleur brun-rouge caract\u00e9ristique, et engendre la formation de gins\u00e9nosides dits \u00ab transform\u00e9s \u00bb (Rg3, Rg5, Rk1, Rs3), absents de la racine fra\u00eeche, dot\u00e9s de propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques distinctes.<\/p>\n<p>Les <strong>radicelles<\/strong> (<em>mao shen<\/em>) sont parfois utilis\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment. Les <strong>feuilles<\/strong> et les <strong>baies<\/strong>, bien que moins courantes en th\u00e9rapeutique, contiennent \u00e9galement des gins\u00e9nosides (notamment Re et Rd dans les feuilles) et font l&rsquo;objet d&rsquo;une valorisation croissante.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La complexit\u00e9 phytochimique de <em>Panax ginseng<\/em> est consid\u00e9rable : plus de 200 compos\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s et caract\u00e9ris\u00e9s \u00e0 ce jour. Les <strong>gins\u00e9nosides<\/strong> (ou <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/saponines-triterpeniques\/\">saponines triterp\u00e9niques<\/a> de type dammarane) constituent le groupe majeur, repr\u00e9sentant 2 \u00e0 8 % de la masse s\u00e8che de la racine selon l&rsquo;\u00e2ge, le cultivar et les conditions de culture.<\/p>\n<p>Les gins\u00e9nosides sont class\u00e9s en deux groupes structuraux principaux selon leur aglycone :<\/p>\n<p>\u2014 Les <strong>protopanaxadiols<\/strong> (PPD) : <strong>gins\u00e9noside Rb1<\/strong>, <strong>Rb2<\/strong>, <strong>Rc<\/strong>, <strong>Rd<\/strong>, <strong>Rg3<\/strong>, <strong>Rh2<\/strong>. L&rsquo;aglycone est le 20(S)-protopanaxadiol, hydroxyl\u00e9 en C-3 et C-20, glycosyl\u00e9 en C-3 et\/ou C-20. Le <strong>gins\u00e9noside Rb1<\/strong> est g\u00e9n\u00e9ralement le composant majoritaire (25 \u00e0 40 % des gins\u00e9nosides totaux).<\/p>\n<p>\u2014 Les <strong>protopanaxatriols<\/strong> (PPT) : <strong>gins\u00e9noside Re<\/strong>, <strong>Rf<\/strong>, <strong>Rg1<\/strong>, <strong>Rg2<\/strong>, <strong>Rh1<\/strong>. L&rsquo;aglycone est le 20(S)-protopanaxatriol, portant une hydroxylation suppl\u00e9mentaire en C-6. Le <strong>gins\u00e9noside Rg1<\/strong> est le principal repr\u00e9sentant de ce groupe.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me groupe, les <strong>gins\u00e9nosides de type ol\u00e9anane<\/strong>, est repr\u00e9sent\u00e9 par le <strong>gins\u00e9noside Ro<\/strong>, saponine triterp\u00e9nique \u00e0 aglycone acide ol\u00e9anolique, structurellement distinct des pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>Parmi les autres classes de m\u00e9tabolites, on trouve : les <strong>polysaccharides acides<\/strong> (ginsenanes PA et PB, de masse mol\u00e9culaire 10 \u00e0 150 kDa), dot\u00e9s de propri\u00e9t\u00e9s immunostimulantes ; les <strong>polyac\u00e9tyl\u00e8nes<\/strong> (<strong>panaxydol<\/strong>, <strong>panaxynol<\/strong>, <strong>panaxytriol<\/strong>), compos\u00e9s lipophiles \u00e0 activit\u00e9 cytotoxique ; les <strong>peptides<\/strong> et <strong>glycopeptides<\/strong> ; des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> (acide vanillique, acide p-coumarique) ; et des compos\u00e9s volatils (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a>, dont le <strong>panax\u00e8ne<\/strong>).<\/p>\n<p>Le ginseng rouge pr\u00e9sente un profil phytochimique modifi\u00e9 : la vapeur d&rsquo;eau catalyse la d\u00e9glycosylation partielle des gins\u00e9nosides natifs, g\u00e9n\u00e9rant les gins\u00e9nosides \u00ab rares \u00bb <strong>Rg3<\/strong>, <strong>Rg5<\/strong>, <strong>Rk1<\/strong>, <strong>Rs3<\/strong>, <strong>Rs4<\/strong> et le compos\u00e9 K (m\u00e9tabolite intestinal du Rb1). Ces d\u00e9riv\u00e9s pr\u00e9sentent une lipophilie accrue et une biodisponibilit\u00e9 sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Le contr\u00f4le qualit\u00e9 repose sur le dosage des gins\u00e9nosides par HPLC-UV (d\u00e9tection \u00e0 203 nm) ou HPLC-ELSD. La Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne exige une teneur minimale de 0,40 % en gins\u00e9nosides Rg1 et Rb1 combin\u00e9s (drogue s\u00e8che). Le rapport Rg1\/Rb1 est un marqueur de l&rsquo;esp\u00e8ce : il est voisin de 0,5 pour <em>P. ginseng<\/em>, sup\u00e9rieur \u00e0 1 pour <em>P. notoginseng<\/em> et inf\u00e9rieur \u00e0 0,3 pour <em>P. quinquefolius<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les gins\u00e9nosides exercent leurs effets biologiques par des m\u00e9canismes multiples, d\u00e9pendant de leur structure et de leur degr\u00e9 de glycosylation. La compr\u00e9hension de ces m\u00e9canismes a consid\u00e9rablement progress\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p><strong>Modulation du syst\u00e8me hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS)<\/strong> \u2014 L&rsquo;effet adaptog\u00e8ne du ginseng repose en partie sur la r\u00e9gulation de l&rsquo;axe du stress. Le <strong>gins\u00e9noside Rg1<\/strong> inhibe l&rsquo;expression excessive de la corticolib\u00e9rine (CRH) et module la sensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs aux glucocortico\u00efdes dans l&rsquo;hippocampe, pr\u00e9venant l&rsquo;hyperactivation de l&rsquo;axe HHS. Le <strong>gins\u00e9noside Rb1<\/strong> r\u00e9duit les taux plasmatiques de corticost\u00e9rone chez l&rsquo;animal stress\u00e9. Ces effets convergent vers une normalisation de la r\u00e9ponse au stress, sans suppression de la capacit\u00e9 de r\u00e9ponse en situation aigu\u00eb.<\/p>\n<p><strong>Neuroprotection et cognition<\/strong> \u2014 Le <strong>gins\u00e9noside Rg1<\/strong> active la voie PI3K\/Akt et inhibe l&rsquo;apoptose neuronale induite par le stress oxydatif. Il stimule la neurogen\u00e8se hippocampique via l&rsquo;augmentation de l&rsquo;expression du BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor). Le <strong>gins\u00e9noside Rb1<\/strong> r\u00e9duit l&rsquo;accumulation de peptide b\u00eata-amylo\u00efde en activant la voie de d\u00e9gradation par la n\u00e9prilysine. Le <strong>gins\u00e9noside Rg3<\/strong> bloque les canaux calciques de type N et L, r\u00e9duisant l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique.<\/p>\n<p><strong>Immunomodulation<\/strong> \u2014 Les <strong>polysaccharides acides<\/strong> du ginseng stimulent les macrophages via le r\u00e9cepteur TLR4, induisant la production d&rsquo;interleukines IL-1\u03b2, IL-6 et de TNF-\u03b1. Paradoxalement, les gins\u00e9nosides PPD exercent un effet anti-inflammatoire en inhibant la voie NF-\u03baB et en r\u00e9duisant l&rsquo;expression de la COX-2 et de l&rsquo;iNOS. Cette dualit\u00e9 explique le caract\u00e8re immunomodulateur (et non simplement immunostimulant) de la plante enti\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Effets cardiovasculaires<\/strong> \u2014 Le <strong>gins\u00e9noside Rg3<\/strong> inhibe l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire en bloquant la mobilisation calcique intracellulaire. Le <strong>gins\u00e9noside Re<\/strong> stimule la production de monoxyde d&rsquo;azote (NO) par la eNOS endoth\u00e9liale, induisant une vasodilatation. Les gins\u00e9nosides PPT am\u00e9liorent le profil lipidique en activant le r\u00e9cepteur PPAR-\u03b3 et en inhibant la PCSK9 h\u00e9patique.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antidiab\u00e9tique<\/strong> \u2014 Le <strong>gins\u00e9noside Rb1<\/strong> et le <strong>compos\u00e9 K<\/strong> activent l&rsquo;AMPK (AMP-activated protein kinase) dans le muscle squelettique et le tissu adipeux, augmentant la translocation membranaire du transporteur GLUT4 et am\u00e9liorant la captation du glucose. Le <strong>gins\u00e9noside Rg1<\/strong> prot\u00e8ge les cellules b\u00eata pancr\u00e9atiques de l&rsquo;apoptose induite par la glucotoxicit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antitumorale<\/strong> \u2014 Les gins\u00e9nosides <strong>Rg3<\/strong>, <strong>Rh2<\/strong> et le <strong>compos\u00e9 K<\/strong> induisent l&rsquo;apoptose de cellules tumorales via l&rsquo;activation des caspases 3, 8 et 9. Le <strong>gins\u00e9noside Rg3<\/strong> inhibe l&rsquo;angiogen\u00e8se tumorale en r\u00e9duisant l&rsquo;expression du VEGF. Ces effets sont observ\u00e9s <em>in vitro<\/em> et sur des mod\u00e8les animaux ; leur transposition clinique reste \u00e0 confirmer.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques sur <em>Panax ginseng<\/em> sont abondantes mais h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, en raison de la diversit\u00e9 des pr\u00e9parations utilis\u00e9es (extraits standardis\u00e9s, poudre de racine, ginseng rouge vs blanc) et des protocoles d&rsquo;\u00e9tude.<\/p>\n<p><strong>Fatigue et performance cognitive<\/strong> \u2014 Un essai randomis\u00e9 en double aveugle (Reay et al., 2005, <em>Psychopharmacology<\/em>) a montr\u00e9 qu&rsquo;une dose unique de 200 mg d&rsquo;extrait standardis\u00e9 G115 am\u00e9liorait significativement la vitesse de traitement de l&rsquo;information et la m\u00e9moire de travail chez des adultes sains. Une m\u00e9ta-analyse (Geng et al., 2010, <em>J Psychopharmacol<\/em>) portant sur 9 essais a confirm\u00e9 un effet modeste mais significatif sur la fatigue mentale (diff\u00e9rence standardis\u00e9e : -0,35 ; IC 95 % : -0,56 \u00e0 -0,14).<\/p>\n<p><strong>Diab\u00e8te de type 2<\/strong> \u2014 L&rsquo;essai GINDIA (Vuksan et al., 2008, <em>Nutr Metab Cardiovasc Dis<\/em>) a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une prise de 6 g\/jour de ginseng rouge cor\u00e9en pendant 12 semaines r\u00e9duisait significativement la glyc\u00e9mie \u00e0 jeun (-0,78 mmol\/L) et l&rsquo;HbA1c (-0,30 %) par rapport au placebo chez des patients diab\u00e9tiques de type 2 sous traitement conventionnel.<\/p>\n<p><strong>Immunit\u00e9 et infections respiratoires<\/strong> \u2014 L&rsquo;extrait standardis\u00e9 CVT-E002 (COLD-fX), riche en polysaccharides, a fait l&rsquo;objet de plusieurs essais. McElhaney et al. (2004, <em>J Am Geriatr Soc<\/em>) ont montr\u00e9 une r\u00e9duction significative de l&rsquo;incidence des infections respiratoires chez des personnes \u00e2g\u00e9es vaccin\u00e9es contre la grippe (32 % vs 62 % ; p = 0,009).<\/p>\n<p><strong>Dysfonction \u00e9rectile<\/strong> \u2014 Une m\u00e9ta-analyse de 7 essais (Jang et al., 2008, <em>Br J Clin Pharmacol<\/em>) a conclu \u00e0 un effet significatif du ginseng rouge cor\u00e9en (900 mg trois fois par jour) sur le score IIEF-5 (diff\u00e9rence moyenne pond\u00e9r\u00e9e : +3,00 ; IC 95 % : 1,20 \u00e0 4,80), avec un profil de tol\u00e9rance favorable.<\/p>\n<p><strong>Limites m\u00e9thodologiques<\/strong> \u2014 De nombreux essais souffrent de petits effectifs (n &lt; 50), de dur\u00e9es courtes (4 \u00e0 12 semaines) et d&#039;un manque de standardisation des extraits. Les revues Cochrane soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 d&#039;essais de plus grande envergure, multicentriques, utilisant des pr\u00e9parations dont le contenu en gins\u00e9nosides est pr\u00e9cis\u00e9ment caract\u00e9ris\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Gins\u00e9noside Rb1<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/saponines-triterpeniques\/\">Saponine triterp\u00e9nique<\/a> (PPD)<\/td>\n<td>Compos\u00e9 majoritaire ; neuroprotection, effet antidiab\u00e9tique<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Gins\u00e9noside Rg1<\/td>\n<td>Saponine triterp\u00e9nique (PPT)<\/td>\n<td>Adaptog\u00e8ne, neurogen\u00e8se, cognition<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Gins\u00e9noside Rg3<\/td>\n<td>Saponine (ginseng rouge)<\/td>\n<td>Antiplaquettaire, antitumoral<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Gins\u00e9noside Re<\/td>\n<td>Saponine triterp\u00e9nique (PPT)<\/td>\n<td>Vasodilatation (production de NO)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Polysaccharides acides<\/td>\n<td>Polysaccharides<\/td>\n<td>Immunomodulateurs<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Panaxynol \/ panaxydol<\/td>\n<td>Polyac\u00e9tyl\u00e8nes<\/td>\n<td>Compos\u00e9s lipophiles cytotoxiques<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Les formes gal\u00e9niques du ginseng sont vari\u00e9es, refl\u00e9tant une tradition d&rsquo;usage mill\u00e9naire et une industrie contemporaine dynamique :<\/p>\n<p><strong>Poudre de racine<\/strong> \u2014 1 \u00e0 3 g par jour, en g\u00e9lules de 500 mg, \u00e0 r\u00e9partir en 2 \u00e0 3 prises. La poudre totale conserve l&rsquo;ensemble du phytocomplexe, y compris les polysaccharides et les polyac\u00e9tyl\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec standardis\u00e9 (G115)<\/strong> \u2014 Extrait hydroalcoolique standardis\u00e9 \u00e0 4-7 % de gins\u00e9nosides totaux. Posologie usuelle : 100 \u00e0 200 mg deux fois par jour. C&rsquo;est la forme la plus utilis\u00e9e dans les essais cliniques.<\/p>\n<p><strong>Extrait fluide (1:1)<\/strong> \u2014 1 \u00e0 3 mL par jour, dilu\u00e9 dans de l&rsquo;eau. Extraction hydroalcoolique (\u00e9thanol 40-60 %).<\/p>\n<p><strong>Teinture m\u00e8re (1:5)<\/strong> \u2014 2 \u00e0 5 mL par jour. Mac\u00e9ration dans l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 60 % pendant 21 jours minimum.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9coction traditionnelle<\/strong> \u2014 3 \u00e0 9 g de racine s\u00e8che par litre d&rsquo;eau, d\u00e9coction de 30 minutes \u00e0 feu doux. Prise en 2 \u00e0 3 fois dans la journ\u00e9e. Mode de pr\u00e9paration privil\u00e9gi\u00e9 en m\u00e9decine traditionnelle chinoise.<\/p>\n<p><strong>Ginseng rouge en tranches<\/strong> \u2014 Les tranches de ginseng rouge \u00e9tuv\u00e9 se m\u00e2chent directement (1 \u00e0 3 g\/jour) ou s&rsquo;infusent. Le ginseng rouge pr\u00e9sente un profil pharmacologique distinct du ginseng blanc, avec une teneur accrue en gins\u00e9nosides rares (Rg3, Rg5).<\/p>\n<p>La dur\u00e9e d&rsquo;utilisation recommand\u00e9e est de 4 \u00e0 12 semaines, suivie d&rsquo;une pause de 2 semaines, conform\u00e9ment au principe traditionnel de la cure discontinue. L&rsquo;ESCOP valide un usage de 3 mois maximum cons\u00e9cutifs.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 aigu\u00eb de <em>Panax ginseng<\/em> est tr\u00e8s faible : la DL50 orale chez la souris d\u00e9passe 5 g\/kg pour l&rsquo;extrait hydroalcoolique, ce qui classe la plante dans la cat\u00e9gorie des substances \u00e0 tr\u00e8s faible toxicit\u00e9. Les \u00e9tudes de toxicit\u00e9 subchronique (90 jours) chez le rat, \u00e0 des doses allant jusqu&rsquo;\u00e0 2 g\/kg\/jour d&rsquo;extrait standardis\u00e9, n&rsquo;ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aucune anomalie significative sur les param\u00e8tres h\u00e9matologiques, biochimiques ou histopathologiques.<\/p>\n<p>Les <strong>effets ind\u00e9sirables<\/strong> rapport\u00e9s dans les essais cliniques sont g\u00e9n\u00e9ralement b\u00e9nins et r\u00e9versibles : insomnie (surtout en cas de prise vesp\u00e9rale), nervosit\u00e9, c\u00e9phal\u00e9es, troubles digestifs (naus\u00e9es, diarrh\u00e9e). Le \u00ab syndrome d&rsquo;abus de ginseng \u00bb d\u00e9crit par Siegel en 1979 (<em>JAMA<\/em>) \u2014 associant hypertension, nervosit\u00e9 et diarrh\u00e9e \u2014 a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 m\u00e9thodologiquement, les patients concern\u00e9s consommant simultan\u00e9ment de la caf\u00e9ine en grande quantit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/strong> \u2014 La principale pr\u00e9caution concerne les <strong>anticoagulants oraux<\/strong> (warfarine) : le gins\u00e9noside Rg1 poss\u00e8de une activit\u00e9 antiplaquettaire qui peut potentialiser le risque h\u00e9morragique. Des cas cliniques de diminution de l&rsquo;INR ont cependant \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s, sugg\u00e9rant une interaction complexe. L&rsquo;association avec les <strong>IMAO<\/strong> est d\u00e9conseill\u00e9e (risque de syndrome s\u00e9rotoninergique). La prudence est recommand\u00e9e avec les <strong>hypoglyc\u00e9miants<\/strong> (risque d&rsquo;hypoglyc\u00e9mie additive) et les <strong>immunosuppresseurs<\/strong> (effet immunomodulateur du ginseng).<\/p>\n<p><strong>Contre-indications<\/strong> \u2014 Par principe de pr\u00e9caution : grossesse et allaitement (donn\u00e9es insuffisantes), enfants de moins de 12 ans, hypertension art\u00e9rielle non contr\u00f4l\u00e9e, insomnie s\u00e9v\u00e8re, cancers hormono-d\u00e9pendants (activit\u00e9 \u0153strog\u00e9nique faible mais non nulle de certains gins\u00e9nosides).<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>En Cor\u00e9e, le ginseng est profond\u00e9ment int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la culture alimentaire. Le <strong>samgyetang<\/strong> (\uc0bc\uacc4\ud0d5), soupe de poulet farci au ginseng, aux jujubes et au riz gluant, est un plat estival r\u00e9put\u00e9 restaurer les forces en p\u00e9riode de grande chaleur. Les tranches de ginseng frais sont incorpor\u00e9es dans des salades, des bouillons et des boissons. L&rsquo;industrie agroalimentaire cor\u00e9enne commercialise une vaste gamme de produits d\u00e9riv\u00e9s : th\u00e9 au ginseng, bonbons, boissons \u00e9nerg\u00e9tiques, confitures de ginseng au miel (<em>insam jeong-gwa<\/em>).<\/p>\n<p>En Chine, le ginseng est l&rsquo;un des \u00ab souverains \u00bb (<em>jun<\/em>) de la pharmacop\u00e9e traditionnelle, class\u00e9 parmi les toniques du Qi (\u00e9nergie vitale) depuis le <em>Shennong Bencao Jing<\/em> (Ier-IIe si\u00e8cle). Il entre dans la composition de formules classiques telles que le <strong>Si Jun Zi Tang<\/strong> (D\u00e9coction des Quatre Gentilshommes) et le <strong>Bu Zhong Yi Qi Tang<\/strong> (D\u00e9coction pour Tonifier le Centre et Augmenter le Qi).<\/p>\n<p>Chez les Toungouses et les peuples mandchous, la r\u00e9colte du ginseng sauvage (<em>sansam<\/em>) \u00e9tait entour\u00e9e de rituels chamaniques complexes. Le cueilleur devait observer un je\u00fbne, prononcer des incantations et utiliser un b\u00e2tonnet d&rsquo;os de cerf pour d\u00e9terrer la racine sans la blesser. La valeur commerciale du ginseng sauvage ancien reste extraordinaire : une racine de plus de cinquante ans peut atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars sur les march\u00e9s asiatiques.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p><em>Panax ginseng<\/em> est une esp\u00e8ce indicatrice de for\u00eats matures, bien conserv\u00e9es, dont le sous-bois n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9 depuis plusieurs d\u00e9cennies. Sa pr\u00e9sence signale un \u00e9cosyst\u00e8me forestier temp\u00e9r\u00e9 de haute qualit\u00e9, avec une liti\u00e8re \u00e9paisse, une faune du sol diversifi\u00e9e et un microclimat stable. En ce sens, la plante peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une esp\u00e8ce parapluie : la conservation de ses habitats b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 l&rsquo;ensemble de la biodiversit\u00e9 foresti\u00e8re associ\u00e9e.<\/p>\n<p>Les populations sauvages de <em>P. ginseng<\/em> sont aujourd&rsquo;hui en d\u00e9clin critique, principalement en raison de la r\u00e9colte excessive exerc\u00e9e depuis des si\u00e8cles. En Russie (Primori\u00e9), la population sauvage r\u00e9siduelle est estim\u00e9e \u00e0 quelques milliers d&rsquo;individus, fragment\u00e9s en micro-populations isol\u00e9es. Les programmes de conservation <em>in situ<\/em> incluent la cr\u00e9ation de r\u00e9serves naturelles (r\u00e9serve d&rsquo;Oussouri), la r\u00e9gulation de la cueillette et des programmes de r\u00e9introduction. La culture <em>ex situ<\/em> contribue indirectement \u00e0 r\u00e9duire la pression sur les populations sauvages, \u00e0 condition d&rsquo;\u00eatre correctement encadr\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan agronomique, la culture intensive du ginseng pose des probl\u00e8mes \u00e9cologiques : les sols cultiv\u00e9s en ginseng sont soumis \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab fatigue du sol \u00bb (<em>replant disease<\/em>), emp\u00eachant toute culture successive sur le m\u00eame terrain pendant 10 \u00e0 15 ans. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;accumulation de gins\u00e9nosides phytotoxiques et \u00e0 la prolif\u00e9ration de pathog\u00e8nes telluriques (<em>Cylindrocarpon destructans<\/em>, <em>Phytophthora cactorum<\/em>), impose des rotations longues et contribue \u00e0 la d\u00e9forestation dans les zones de production.<\/p>\n<h3>Confusions et adult\u00e9rations<\/h3>\n<p>Plusieurs esp\u00e8ces portent abusivement le nom de \u00ab ginseng \u00bb sans appartenir au genre <em>Panax<\/em>, ce qui constitue une source majeure de confusion :<\/p>\n<p>\u2014 <strong><em>Eleutherococcus senticosus<\/em><\/strong> (\u00e9leuth\u00e9rocoque), commercialis\u00e9 sous le nom de \u00ab ginseng sib\u00e9rien \u00bb, appartient \u00e0 la m\u00eame famille (Araliaceae) mais ne contient aucun gins\u00e9noside. Ses principes actifs sont les \u00e9leuth\u00e9rosides.<\/p>\n<p>\u2014 <strong><em>Pfaffia paniculata<\/em><\/strong>, appel\u00e9 \u00ab ginseng br\u00e9silien \u00bb ou suma, est une Amaranthaceae sud-am\u00e9ricaine contenant des ecdyst\u00e9ro\u00efdes et des pfaffosides, chimiquement distincts des saponines de <em>Panax<\/em>.<\/p>\n<p>\u2014 <strong><em>Withania somnifera<\/em><\/strong> (ashwagandha), parfois qualifi\u00e9 de \u00ab ginseng indien \u00bb, est une Solanaceae dont les withanolides n&rsquo;ont aucun lien structural avec les gins\u00e9nosides.<\/p>\n<p>Au sein du genre <em>Panax<\/em>, la distinction entre <em>P. ginseng<\/em> (ginseng asiatique) et <em>P. quinquefolius<\/em> (ginseng am\u00e9ricain) est essentielle sur le plan pharmacologique. Le ginseng am\u00e9ricain pr\u00e9sente un profil en gins\u00e9nosides enrichi en Rb1 et appauvri en Rg1, lui conf\u00e9rant des propri\u00e9t\u00e9s davantage \u00ab rafra\u00eechissantes \u00bb (yin) selon la m\u00e9decine chinoise, par opposition aux propri\u00e9t\u00e9s \u00ab r\u00e9chauffantes \u00bb (yang) du ginseng asiatique. L&rsquo;identification botanique repose sur les caract\u00e8res floraux (ombelle plus compacte chez <em>P. quinquefolius<\/em>) et la chromatographie des gins\u00e9nosides.<\/p>\n<p>Des cas d&rsquo;adult\u00e9ration des produits commerciaux ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s, incluant la substitution par de la poudre de <em>Platycodon grandiflorus<\/em> (racine de forme similaire) ou l&rsquo;addition d&rsquo;amidon de ma\u00efs. Le contr\u00f4le par HPLC-MS ou par les techniques d&#8217;empreinte ADN (barcoding avec le marqueur ITS2) est recommand\u00e9 pour garantir l&rsquo;authenticit\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Panax ginseng<\/em> repr\u00e9sente l&rsquo;arch\u00e9type de la plante adaptog\u00e8ne, dont l&rsquo;efficacit\u00e9 repose sur un phytocomplexe d&rsquo;une richesse exceptionnelle. Les gins\u00e9nosides, saponines triterp\u00e9niques de type dammarane, agissent de mani\u00e8re synergique sur de multiples cibles mol\u00e9culaires : axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien, voies de signalisation PI3K\/Akt et AMPK, r\u00e9cepteurs TLR4, canaux ioniques et facteurs de transcription (NF-\u03baB, Nrf2). Cette pluralit\u00e9 d&rsquo;action mol\u00e9culaire sous-tend le concept d&rsquo;adaptog\u00e9nie \u2014 la capacit\u00e9 de normaliser les fonctions physiologiques perturb\u00e9es, quel que soit le sens de la d\u00e9viation.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es cliniques, bien qu&rsquo;encore insuffisantes en termes de puissance statistique, convergent vers la confirmation d&rsquo;effets significatifs sur la fatigue, la cognition, le m\u00e9tabolisme glucidique et l&rsquo;immunit\u00e9. La distinction entre ginseng blanc et ginseng rouge constitue un param\u00e8tre pharmacognosique essentiel, les processus de transformation modifiant profond\u00e9ment le profil en gins\u00e9nosides et, par cons\u00e9quent, les propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques.<\/p>\n<p>Le profil de s\u00e9curit\u00e9 est globalement favorable pour un usage \u00e0 court et moyen terme (jusqu&rsquo;\u00e0 12 semaines) aux posologies recommand\u00e9es. Les interactions m\u00e9dicamenteuses, notamment avec les anticoagulants et les hypoglyc\u00e9miants, imposent une vigilance pharmacologique. L&rsquo;enjeu principal demeure la standardisation des pr\u00e9parations commerciales, condition sine qua non de la reproductibilit\u00e9 des effets cliniques et de la fiabilit\u00e9 des \u00e9tudes pharmacologiques.<\/p>\n<p>Du point de vue \u00e9cologique, la rar\u00e9faction des populations sauvages et les probl\u00e8mes agronomiques li\u00e9s \u00e0 la monoculture intensive appellent au d\u00e9veloppement de m\u00e9thodes de culture durables, incluant la culture sous for\u00eat (<em>forest farming<\/em>) et les biotechnologies (culture de cellules en bior\u00e9acteur, production h\u00e9t\u00e9rologue de gins\u00e9nosides par fermentation). La conservation de cette esp\u00e8ce embl\u00e9matique, au croisement de la pharmacologie, de l&rsquo;\u00e9cologie et de la culture, constitue un enjeu majeur du XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. 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