{"id":9508,"date":"2026-04-25T20:40:02","date_gmt":"2026-04-25T18:40:02","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/ginkgo\/"},"modified":"2026-06-24T16:43:23","modified_gmt":"2026-06-24T14:43:23","slug":"ginkgo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/ginkgo\/","title":{"rendered":"GINKGO"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Ginkgo.jpg\" alt=\"Planche botanique Ginkgo\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>Le ginkgo, <em>Ginkgo biloba<\/em> L., est un arbre d&rsquo;une long\u00e9vit\u00e9 extraordinaire, seul repr\u00e9sentant vivant d&rsquo;un ordre botanique apparu au Permien, il y a plus de 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es. Qualifi\u00e9 de \u00ab fossile vivant \u00bb par Charles Darwin, il a travers\u00e9 les extinctions de masse sans modification morphologique majeure, constituant un t\u00e9moignage unique de la flore m\u00e9sozo\u00efque. Son usage th\u00e9rapeutique, document\u00e9 depuis la dynastie Song (environ 10e-11e si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C., soit plus de mille ans), notamment pour les amandes (bai guo) dans le traitement de l&rsquo;asthme et de la toux, a connu un essor consid\u00e9rable en Occident \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, lorsque les laboratoires allemands ont d\u00e9velopp\u00e9 les premiers extraits standardis\u00e9s.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, <em>Ginkgo biloba<\/em> figure parmi les plantes m\u00e9dicinales les plus prescrites au monde, notamment en Europe, o\u00f9 l&rsquo;extrait standardis\u00e9 EGb 761 a fait l&rsquo;objet de plus de 600 \u00e9tudes cliniques. Ses propri\u00e9t\u00e9s vasor\u00e9gulatrices, neuroprotectrices et antioxydantes en font un rem\u00e8de de premier plan dans la prise en charge des insuffisances circulatoires c\u00e9r\u00e9brales et p\u00e9riph\u00e9riques. Cependant, la complexit\u00e9 de son phytocomplexe et les d\u00e9bats entourant son efficacit\u00e9 dans la pr\u00e9vention des d\u00e9mences imposent une analyse critique rigoureuse de la litt\u00e9rature scientifique.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><em>Ginkgo biloba<\/em> L. est l&rsquo;unique esp\u00e8ce vivante de la famille des <strong>Ginkgoaceae<\/strong>, de l&rsquo;ordre des Ginkgoales, de la classe des Ginkgoopsida, dans l&#8217;embranchement des Spermatophytes. Cette position taxonomique isol\u00e9e, sans aucun parent vivant proche, conf\u00e8re au ginkgo un statut exceptionnel en botanique syst\u00e9matique. Il constitue \u00e0 lui seul une division enti\u00e8re (Ginkgophyta) dans certaines classifications.<\/p>\n<p>Le genre <em>Ginkgo<\/em> a compt\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 une dizaine d&rsquo;esp\u00e8ces au Cr\u00e9tac\u00e9, r\u00e9parties dans tout l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re nord. Le registre fossile atteste de la pr\u00e9sence du genre en Europe, en Am\u00e9rique du Nord et en Asie d\u00e8s le Jurassique. La contraction progressive de l&rsquo;aire de r\u00e9partition au Tertiaire a conduit \u00e0 la survie d&rsquo;une seule esp\u00e8ce, cantonn\u00e9e \u00e0 quelques vall\u00e9es du sud-est de la Chine.<\/p>\n<p>Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Ginkgo<\/em> d\u00e9rive du japonais <em>gin-ky\u014d<\/em> (\u9280\u674f), signifiant \u00ab abricot d&rsquo;argent \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;aspect du faux-fruit. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>biloba<\/em>, du latin <em>bi-<\/em> (deux) et <em>lobus<\/em> (lobe), d\u00e9crit la morphologie bilob\u00e9e caract\u00e9ristique de la feuille. Linn\u00e9 a d\u00e9crit l&rsquo;esp\u00e8ce en 1771 dans le <em>Mantissa Plantarum<\/em>. Les noms vernaculaires incluent : arbre aux quarante \u00e9cus (fran\u00e7ais, en r\u00e9f\u00e9rence au prix pay\u00e9 par le botaniste P\u00e9tigny en 1788 pour les premiers exemplaires introduits en France), <em>maidenhair tree<\/em> (anglais), <em>F\u00e4cherblattbaum<\/em> (allemand), <em>y\u00ednx\u00ecng<\/em> (\u94f6\u674f, chinois mandarin).<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port g\u00e9n\u00e9ral<\/h3>\n<p><em>Ginkgo biloba<\/em> est un arbre dio\u00efque de grande taille, pouvant atteindre 30 \u00e0 40 m de hauteur et un diam\u00e8tre de tronc d\u00e9passant 3 m chez les sujets \u00e2g\u00e9s. La silhouette est d&rsquo;abord conique-pyramidale chez les jeunes sujets, puis s&rsquo;\u00e9largit avec l&rsquo;\u00e2ge pour devenir largement \u00e9tal\u00e9e, parfois irr\u00e9guli\u00e8re. Le tronc est droit, colonnaire, couvert d&rsquo;une \u00e9corce gris-brun, profond\u00e9ment crevass\u00e9e longitudinalement. La long\u00e9vit\u00e9 est exceptionnelle : des sp\u00e9cimens mill\u00e9naires existent en Chine et au Japon, certains estim\u00e9s \u00e0 plus de 3 000 ans.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me racinaire est puissant, profond, ancrant solidement l&rsquo;arbre. Des racines tra\u00e7antes se d\u00e9veloppent chez les sujets \u00e2g\u00e9s. Certains vieux arbres produisent des excroissances ligneuses pendantes depuis les branches basses, appel\u00e9es <em>chi-chi<\/em> (\u4e73) au Japon, qui, au contact du sol, peuvent s&rsquo;enraciner et former de nouveaux troncs.<\/p>\n<p>Les rameaux sont de deux types : les <strong>auxiblastes<\/strong> (rameaux longs), \u00e0 croissance rapide, portant des feuilles alternes et espac\u00e9es ; et les <strong>brachyblastes<\/strong> (rameaux courts), \u00e0 croissance tr\u00e8s lente (quelques millim\u00e8tres par an), portant des bouquets de 3 \u00e0 5 feuilles \u00e0 leur sommet. Cette dimorphie caulinaire est un caract\u00e8re primitif partag\u00e9 avec les conif\u00e8res du genre <em>Larix<\/em>.<\/p>\n<p>Les feuilles sont uniques dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal actuel : flabelliformes (en forme d&rsquo;\u00e9ventail), de 5 \u00e0 10 cm de largeur, \u00e0 limbe cun\u00e9iforme, g\u00e9n\u00e9ralement bilob\u00e9 (d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te sp\u00e9cifique), \u00e0 marge ondul\u00e9e ou lobul\u00e9e. La nervation est dichotomique ouverte, sans r\u00e9ticulation \u2014 un caract\u00e8re archa\u00efque absent chez les angiospermes. Le p\u00e9tiole, long de 4 \u00e0 10 cm, est gr\u00eale et souple. Les feuilles, caduques, virent au jaune d&rsquo;or lumineux en automne avant de tomber de mani\u00e8re synchrone.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><em>Ginkgo biloba<\/em> est une esp\u00e8ce <strong>dio\u00efque<\/strong> : les organes m\u00e2les et femelles sont port\u00e9s par des individus distincts. Les structures m\u00e2les sont des chatons (microsporangiophores) de 2 \u00e0 3 cm, pendants, port\u00e9s par les brachyblastes, compos\u00e9s d&rsquo;un axe souple portant de nombreux microsporophylles biloculaires. Le pollen, an\u00e9mophile, est lib\u00e9r\u00e9 en mars-avril.<\/p>\n<p>Les structures femelles consistent en un p\u00e9doncule portant 2 (rarement 1 ou 3) ovules nus, terminaux, sans enveloppe carpellaire \u2014 confirmant la nature \u00ab gymnospermique \u00bb de la plante. La f\u00e9condation est zo\u00efdogame : le grain de pollen germe dans la chambre pollinique et produit deux spermatozo\u00efdes flagell\u00e9s (ant\u00e9rozo\u00efdes), caract\u00e8re primitif partag\u00e9 avec les cycadales, d\u00e9couvert par Hirase en 1896. La f\u00e9condation effective intervient en septembre-octobre, plusieurs mois apr\u00e8s la pollinisation.<\/p>\n<p>Le \u00ab fruit \u00bb (techniquement un ovule f\u00e9cond\u00e9 entour\u00e9 d&rsquo;un t\u00e9gument charnu) mesure 2 \u00e0 3 cm de diam\u00e8tre. Le sarcotesta externe, charnu et jaun\u00e2tre \u00e0 maturit\u00e9, d\u00e9gage une odeur naus\u00e9abonde d&rsquo;acide butyrique. Il contient de l&rsquo;<strong>acide ginkgolique<\/strong>, irritant cutan\u00e9. Le scl\u00e9rotesta interne, dur et lisse, renferme l&rsquo;amande (gametophyte femelle et embryon), comestible apr\u00e8s cuisson.<\/p>\n<h3>D. Ph\u00e9nologie<\/h3>\n<p>Le d\u00e9bourrement a lieu en avril dans les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es. La pollinisation se produit en avril-mai, avant le plein d\u00e9veloppement des feuilles. Les ovules m\u00fbrissent de septembre \u00e0 novembre. La coloration automnale, d&rsquo;un jaune d&rsquo;or spectaculaire, appara\u00eet en octobre-novembre, suivie d&rsquo;une chute foliaire rapide et quasi simultan\u00e9e. L&rsquo;arbre entre en dormance hivernale compl\u00e8te, avec une r\u00e9sistance au froid remarquable (jusqu&rsquo;\u00e0 -35 \u00b0C pour les cultivars les plus rustiques).<\/p>\n<h3>E. Habitat naturel<\/h3>\n<p>L&rsquo;habitat naturel r\u00e9siduel de <em>Ginkgo biloba<\/em> se limite \u00e0 quelques vall\u00e9es montagneuses du sud-est de la Chine, dans les provinces du Zhejiang (mont Tianmu), du Guizhou et du Chongqing. Ces stations, situ\u00e9es entre 500 et 1 100 m d&rsquo;altitude, correspondent \u00e0 des for\u00eats mixtes \u00e0 feuilles caduques sur sols profonds, bien drain\u00e9s, \u00e0 pH neutre \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement acide. L&rsquo;esp\u00e8ce tol\u00e8re une large gamme de pr\u00e9cipitations (600 \u00e0 1 500 mm\/an) et de temp\u00e9ratures.<\/p>\n<h3>F. Distribution g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;aire naturelle relictuelle est aujourd&rsquo;hui tr\u00e8s restreinte. Certains auteurs (Tang et al., 2012) estiment que les seules populations v\u00e9ritablement sauvages subsistent dans la r\u00e9serve du mont Tianmu (Zhejiang). La plupart des populations chinoises consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab naturelles \u00bb seraient en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;origine anthropique, li\u00e9es \u00e0 la plantation autour des temples bouddhistes et tao\u00efstes depuis plus de mille ans.<\/p>\n<p>En culture ornementale et m\u00e9dicinale, <em>G. biloba<\/em> est aujourd&rsquo;hui plant\u00e9 dans toutes les r\u00e9gions temp\u00e9r\u00e9es du globe. Des plantations de production de feuilles existent en France (Sud-Ouest : Dordogne, Lot-et-Garonne), en Chine (Jiangsu, Shandong), aux \u00c9tats-Unis (Caroline du Sud) et au Japon. La production mondiale de feuilles s\u00e8ches d\u00e9passe 15 000 tonnes par an.<\/p>\n<h3>G. Associations v\u00e9g\u00e9tales<\/h3>\n<p>Dans ses stations naturelles du Zhejiang, <em>Ginkgo biloba<\/em> cohabite avec <em>Liquidambar formosana<\/em>, <em>Cunninghamia lanceolata<\/em>, <em>Castanopsis sclerophylla<\/em>, <em>Torreya grandis<\/em> et diverses esp\u00e8ces de <em>Quercus<\/em>. Le sous-bois comprend <em>Lindera aggregata<\/em>, <em>Eurya japonica<\/em> et des foug\u00e8res. En contexte cultiv\u00e9, l&rsquo;arbre s&rsquo;adapte \u00e0 une grande diversit\u00e9 de compagnonnages et se montre remarquablement r\u00e9sistant \u00e0 la pollution atmosph\u00e9rique urbaine.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La <strong>feuille<\/strong> (<em>Ginkgo folium<\/em>) constitue la drogue officinale inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne (monographie 01\/2017:1828). Les feuilles sont r\u00e9colt\u00e9es en \u00e9t\u00e9 (juin-ao\u00fbt), lorsque leur teneur en flavono\u00efdes et en <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/terpenes\/\">terp\u00e8nes<\/a> est maximale, sur des arbres de plantation \u00e2g\u00e9s de 3 \u00e0 5 ans. Le s\u00e9chage est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 basse temp\u00e9rature (40-50 \u00b0C) pour pr\u00e9server les principes actifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>amande<\/strong> (<em>bai guo<\/em>, \u767d\u679c) est utilis\u00e9e en m\u00e9decine traditionnelle chinoise et dans la gastronomie asiatique. Elle est consomm\u00e9e cuite (grill\u00e9e, bouillie ou incorpor\u00e9e dans des plats), jamais crue en raison de sa toxicit\u00e9 (pr\u00e9sence de <strong>4&prime;-O-m\u00e9thylpyridoxine<\/strong>, antagoniste de la vitamine B6).<\/p>\n<p>Le <strong>sarcotesta<\/strong> (pulpe du faux-fruit) n&rsquo;est pas utilis\u00e9 en th\u00e9rapeutique en raison de sa teneur en acides ginkgoliques allergisants et irritants. Il est \u00e9limin\u00e9 lors de la r\u00e9colte des amandes.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La phytochimie de la feuille de <em>Ginkgo biloba<\/em> est domin\u00e9e par deux groupes de m\u00e9tabolites secondaires : les flavono\u00efdes et les terp\u00e9no-lactones.<\/p>\n<p><strong>Flavono\u00efdes<\/strong> \u2014 La feuille s\u00e8che contient environ 0,5 \u00e0 2 % de glycosides de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavonols\/\">flavonol<\/a> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a>, kaempf\u00e9rol, isorhamn\u00e9tine), en fonction de la saison et du stade v\u00e9g\u00e9tatif. L&rsquo;extrait standardis\u00e9 EGb 761 concentre ces compos\u00e9s \u00e0 24 % de glycosides de flavonol par un proc\u00e9d\u00e9 d&rsquo;extraction au 35-67:1. : <strong>querc\u00e9tine<\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong> et <strong>isorhamn\u00e9tine<\/strong>. Les glycosides principaux sont le querc\u00e9tine-3-O-rutinoside (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a><\/strong>), le kaempf\u00e9rol-3-O-rutinoside et de nombreux coumaroyl- et ac\u00e9tyl-glycosides. Des <strong>biflavones<\/strong> sp\u00e9cifiques du ginkgo sont \u00e9galement pr\u00e9sentes : <strong>ginkg\u00e9tine<\/strong>, <strong>isoginkg\u00e9tine<\/strong>, <strong>bilob\u00e9tine<\/strong>, <strong>sciadopitysine<\/strong> et <strong>amentoflavone<\/strong>. Ces biflavones, dim\u00e8res de <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/flavones\/\">flavones<\/a> reli\u00e9s par une liaison C-C ou C-O-C, sont des marqueurs chimiotaxonomiques de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p><strong>Terp\u00e9no-lactones<\/strong> \u2014 Ce groupe, exclusif au genre <em>Ginkgo<\/em>, comprend :<\/p>\n<p>\u2014 Les <strong>ginkgolides<\/strong> A, B, C, J et M : <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/diterpenes\/\">diterp\u00e8nes<\/a> \u00e0 squelette cage tri-lactonique unique (6 cycles en fusionnant un squelette abietane et un tert-butyl). Le <strong>ginkgolide B<\/strong> est le plus \u00e9tudi\u00e9 pharmacologiquement. Leur teneur dans la feuille s\u00e8che est de 0,06 \u00e0 0,24 %.<\/p>\n<p>\u2014 Le <strong>bilobalide<\/strong> : <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8ne<\/a> trilactonique de structure apparent\u00e9e, d\u00e9riv\u00e9 biosynth\u00e9tiquement d&rsquo;un pr\u00e9curseur diterp\u00e9nique par perte de carbones. Sa teneur est de 0,1 \u00e0 0,3 % dans la feuille s\u00e8che.<\/p>\n<p><strong>Autres compos\u00e9s<\/strong> \u2014 Les <strong>acides ginkgoliques<\/strong> (alkylph\u00e9nols \u00e0 longue cha\u00eene) sont des compos\u00e9s allerg\u00e8nes et cytotoxiques, ind\u00e9sirables dans les pr\u00e9parations th\u00e9rapeutiques. L&rsquo;extrait standardis\u00e9 EGb 761 est sp\u00e9cifiquement purifi\u00e9 pour r\u00e9duire leur teneur \u00e0 moins de 5 ppm. D&rsquo;autres constituants incluent des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong>, des <strong>acides organiques<\/strong> (acide shikimique, acide 6-hydroxykynur\u00e9nique), des <strong>st\u00e9rols<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">sitost\u00e9rol<\/a>) et des <strong>polypr\u00e9nols<\/strong>.<\/p>\n<p>L&rsquo;extrait standardis\u00e9 <strong>EGb 761<\/strong> (Schwabe) est d\u00e9fini par un ratio d&rsquo;extraction de 35-67:1 (feuille s\u00e8che : extrait) avec un solvant ac\u00e9tone 60 %. Il est standardis\u00e9 \u00e0 <strong>24 % de glycosides de flavonol<\/strong> (exprim\u00e9s en querc\u00e9tine, kaempf\u00e9rol et isorhamn\u00e9tine) et <strong>6 % de terp\u00e9no-lactones<\/strong> (3,1 % ginkgolides + 2,9 % bilobalide), avec un maximum de 5 ppm d&rsquo;acides ginkgoliques.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 pharmacologique de l&rsquo;extrait de ginkgo repose sur la synergie entre flavono\u00efdes et terp\u00e9no-lactones, chaque groupe contribuant \u00e0 des m\u00e9canismes distincts.<\/p>\n<p><strong>Antagonisme du PAF (Platelet-Activating Factor)<\/strong> \u2014 Le <strong>ginkgolide B<\/strong> est un antagoniste comp\u00e9titif puissant du r\u00e9cepteur au PAF (r\u00e9cepteur PAFR). Le PAF, m\u00e9diateur phospholipidique, joue un r\u00f4le cl\u00e9 dans l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire, l&rsquo;inflammation, le bronchospasme et l&rsquo;augmentation de la perm\u00e9abilit\u00e9 vasculaire. Le ginkgolide B se lie au site de fixation du PAF sur son r\u00e9cepteur avec une IC50 de l&rsquo;ordre du micromolaire, inhibant la cascade de signalisation en aval (activation de la PLC, mobilisation calcique, activation de la PKC).<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 antioxydante<\/strong> \u2014 Les flavono\u00efdes glycosyl\u00e9s exercent une puissante activit\u00e9 de pi\u00e9geage des radicaux libres (O2\u2022\u207b, OH\u2022, ROO\u2022). La querc\u00e9tine inhibe la xanthine oxydase et la lipoxyg\u00e9nase, r\u00e9duisant la production endog\u00e8ne de ROS. Le <strong>bilobalide<\/strong> prot\u00e8ge les membranes mitochondriales de la peroxydation lipidique et pr\u00e9serve l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la cha\u00eene respiratoire. L&rsquo;effet antioxydant global est synergique entre les deux classes de compos\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Vasor\u00e9gulation<\/strong> \u2014 L&rsquo;extrait de ginkgo stimule la production de monoxyde d&rsquo;azote (NO) par la eNOS endoth\u00e9liale et inhibe la phosphodiest\u00e9rase, augmentant les taux intracellulaires de GMPc. Il en r\u00e9sulte une relaxation des cellules musculaires lisses vasculaires et une am\u00e9lioration du flux sanguin, particuli\u00e8rement dans la microcirculation c\u00e9r\u00e9brale et p\u00e9riph\u00e9rique. Les flavono\u00efdes stabilisent \u00e9galement la paroi des capillaires, r\u00e9duisant leur perm\u00e9abilit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Neuroprotection<\/strong> \u2014 Le <strong>bilobalide<\/strong> r\u00e9duit l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 glutamatergique en modulant l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs NMDA. Il prot\u00e8ge les neurones hippocampiques de l&rsquo;isch\u00e9mie en maintenant le potentiel de membrane mitochondrial. Les ginkgolides inhibent l&rsquo;apoptose neuronale induite par le stress oxydatif via la voie Bcl-2\/Bax. L&rsquo;extrait total augmente l&rsquo;expression du BDNF et stimule la neurogen\u00e8se dans le gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe chez l&rsquo;animal.<\/p>\n<p><strong>Modulation des neurotransmetteurs<\/strong> \u2014 L&rsquo;extrait de ginkgo inhibe la recapture de la s\u00e9rotonine, de la noradr\u00e9naline et de la dopamine de mani\u00e8re mod\u00e9r\u00e9e. Il augmente la densit\u00e9 des r\u00e9cepteurs muscariniques M1 dans l&rsquo;hippocampe et inhibe la MAO-A et la MAO-B, contribuant \u00e0 ses effets sur la cognition et l&rsquo;humeur.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p><strong>Insuffisance circulatoire c\u00e9r\u00e9brale et d\u00e9clin cognitif<\/strong> \u2014 L&rsquo;essai GuidAge (Vellas et al., 2012, <em>Lancet Neurol<\/em>), randomis\u00e9 en double aveugle sur 2 854 sujets \u00e2g\u00e9s de plus de 70 ans, n&rsquo;a pas d\u00e9montr\u00e9 de r\u00e9duction significative du risque de d\u00e9velopper une maladie d&rsquo;Alzheimer apr\u00e8s 5 ans de traitement par EGb 761 (120 mg deux fois par jour). En revanche, une m\u00e9ta-analyse de Tan et al. (2015, <em>J Alzheimers Dis<\/em>) portant sur 2 561 patients souffrant de d\u00e9mences diagnostiqu\u00e9es a conclu \u00e0 un b\u00e9n\u00e9fice significatif de l&rsquo;EGb 761 (240 mg\/jour) sur les fonctions cognitives (ADAS-Cog : -2,86 points ; IC 95 % : -3,18 \u00e0 -2,54) et les activit\u00e9s de la vie quotidienne, en traitement adjuvant.<\/p>\n<p><strong>Art\u00e9riopathie oblit\u00e9rante des membres inf\u00e9rieurs (claudication intermittente)<\/strong> \u2014 La m\u00e9ta-analyse Cochrane de Nicola\u00ef et al. (2013, 14 essais, 739 participants) n&rsquo;a pas mis en \u00e9vidence de b\u00e9n\u00e9fice cliniquement significatif du ginkgo sur la distance de marche dans l&rsquo;AOMI (effet de 3,57 kcal, IC 95 % : -0,10 \u00e0 7,23 ; P = 0,06, non significatif ; \u00e9quivalent \u00e0 +64,5 m sur tapis plat, IC -1,8 \u00e0 130,7 m). Les auteurs concluent \u00e0 l&rsquo;absence de preuve d&rsquo;un b\u00e9n\u00e9fice cliniquement pertinent. Des m\u00e9ta-analyses plus anciennes (Pittler &#038; Ernst, 2000 ; 8 essais) avaient montr\u00e9 une diff\u00e9rence significative de +34 m (IC 26-43 m) pour la distance sans douleur, mais avec un biais de publication reconnu.<\/p>\n<p><strong>Acouph\u00e8nes<\/strong> \u2014 Les r\u00e9sultats sont contradictoires. La revue syst\u00e9matique de von Boetticher (2011, Neuropsychiatr Dis Treat) a conclu \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;EGb 761 dans le traitement des acouph\u00e8nes, sur la base de trois essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s dont les patients pr\u00e9sentaient des acouph\u00e8nes comme plainte principale, compl\u00e9t\u00e9s par cinq essais en population avec d\u00e9ficit cognitif li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge. Les donn\u00e9es restent insuffisantes pour les pr\u00e9parations non standardis\u00e9es. Toutefois, des \u00e9tudes ouvertes et des donn\u00e9es pragmatiques sugg\u00e8rent un b\u00e9n\u00e9fice chez certains sous-groupes (acouph\u00e8nes r\u00e9cents d&rsquo;origine vasculaire).<\/p>\n<p><strong>Vertige et troubles vestibulaires<\/strong> \u2014 L&rsquo;EGb 761 a montr\u00e9 une efficacit\u00e9 comparable \u00e0 celle de la b\u00e9tahistine dans le traitement du vertige d&rsquo;origine vasculaire (Sokolova et al., 2014, <em>Int J Otolaryngol<\/em>).<\/p>\n<p><strong>D\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence maculaire li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (DMLA)<\/strong> \u2014 Des donn\u00e9es pr\u00e9liminaires (Evans, 2013, <em>Cochrane<\/em>) sugg\u00e8rent un ralentissement de la progression de la DMLA s\u00e8che, mais les preuves demeurent insuffisantes.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Ginkgolides A, B, C<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/terpenes\/\">Terp\u00e9no-lactones<\/a><\/td>\n<td>Antagonistes du PAF, antithrombotiques<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Bilobalide<\/td>\n<td>Sesquiterp\u00e8ne-lactone<\/td>\n<td>Neuroprotecteur<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">Querc\u00e9tine<\/a>, kaempf\u00e9rol<\/td>\n<td>Flavonols<\/td>\n<td>Antioxydants, vasculoprotecteurs<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Amentoflavone, ginkg\u00e9tine<\/td>\n<td>Biflavones<\/td>\n<td>Antioxydants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Extrait standardis\u00e9 EGb 761<\/strong> \u2014 Posologie usuelle : 120 \u00e0 240 mg par jour, en 2 \u00e0 3 prises, au moment des repas. C&rsquo;est la forme de r\u00e9f\u00e9rence, standardis\u00e9e \u00e0 24 % de glycosides de flavonol et 6 % de terp\u00e9no-lactones. Dur\u00e9e recommand\u00e9e : 8 \u00e0 12 semaines minimum avant d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec standardis\u00e9 (autres marques)<\/strong> \u2014 De nombreux extraits g\u00e9n\u00e9riques existent, mais leur standardisation varie. Il est essentiel de v\u00e9rifier la conformit\u00e9 au ratio 24\/6 et la teneur en acides ginkgoliques (&lt; 5 ppm).<\/p>\n<p><strong>Teinture m\u00e8re (1:5)<\/strong> \u2014 3 \u00e0 5 mL par jour dans un peu d&rsquo;eau. Extraction hydroalcoolique (\u00e9thanol 45 %). Forme peu utilis\u00e9e en clinique mais disponible en officine.<\/p>\n<p><strong>Infusion de feuilles s\u00e8ches<\/strong> \u2014 1 \u00e0 2 cuill\u00e8res \u00e0 caf\u00e9 (2-4 g) de feuilles s\u00e8ches par tasse de 250 mL, infusion de 10 minutes. Bien que traditionnelle, cette forme ne permet pas un contr\u00f4le pr\u00e9cis de la teneur en terp\u00e9no-lactones et peut contenir des acides ginkgoliques en quantit\u00e9 excessive. Son usage est d\u00e9conseill\u00e9 par l&rsquo;EMA.<\/p>\n<p><strong>G\u00e9lules de poudre de feuilles<\/strong> \u2014 500 \u00e0 1 000 mg par jour en 2 prises. Forme moins bien caract\u00e9ris\u00e9e que l&rsquo;extrait standardis\u00e9.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de l&rsquo;extrait standardis\u00e9 EGb 761 est tr\u00e8s faible : la DL50 orale chez le rat est sup\u00e9rieure \u00e0 7,73 g\/kg. Les \u00e9tudes de toxicit\u00e9 chronique (2 ans) chez le rat et la souris ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une augmentation de l&rsquo;incidence des ad\u00e9nocarcinomes h\u00e9patocellulaires et thyro\u00efdiens chez la souris \u00e0 tr\u00e8s haute dose (2 000 mg\/kg\/jour), mais ces r\u00e9sultats, obtenus avec des doses sans rapport avec l&rsquo;usage humain, n&rsquo;ont pas conduit \u00e0 modifier les recommandations d&#8217;emploi.<\/p>\n<p><strong>Effets ind\u00e9sirables<\/strong> \u2014 Troubles gastro-intestinaux l\u00e9gers (naus\u00e9es, diarrh\u00e9e), c\u00e9phal\u00e9es, vertiges. De rares cas d&rsquo;h\u00e9morragies intracr\u00e2niennes et de saignements spontan\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s, bien que le lien causal soit discut\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses<\/strong> \u2014 L&rsquo;association avec les <strong>anticoagulants<\/strong> (warfarine, h\u00e9parine) et les <strong>antiagr\u00e9gants plaquettaires<\/strong> (aspirine, clopidogrel) n\u00e9cessite une surveillance accrue en raison du risque h\u00e9morragique additif. Des donn\u00e9es in vitro sugg\u00e8rent une induction des CYP3A4 et CYP2C9, mais l&rsquo;\u00e9tude clinique de cocktail de Zadoyan et al. (2012) n&rsquo;a pas mis en \u00e9vidence d&rsquo;effet cliniquement significatif de l&rsquo;EGb 761 sur les CYP aux doses th\u00e9rapeutiques. La prudence reste de mise en cas d&rsquo;association avec des substrats \u00e0 index th\u00e9rapeutique \u00e9troit (ciclosporine, warfarine), davantage pour leur effet pharmacodynamique (anticoagulation) que pharmacocin\u00e9tique. L&rsquo;association avec les <strong>ISRS<\/strong> est \u00e0 surveiller (cas rapport\u00e9s de syndrome s\u00e9rotoninergique).<\/p>\n<p><strong>Contre-indications<\/strong> \u2014 Grossesse (effet anti-PAF : risque th\u00e9orique de saignement), allaitement, chirurgie programm\u00e9e (arr\u00eater 10 jours avant), \u00e9pilepsie (risque th\u00e9orique de r\u00e9duction du seuil convulsif par la 4&prime;-O-m\u00e9thylpyridoxine pr\u00e9sente dans les graines, mais absente des extraits foliaires standardis\u00e9s).<\/p>\n<p>Les <strong>acides ginkgoliques<\/strong>, puissants allerg\u00e8nes de contact, provoquent des dermatites s\u00e9v\u00e8res au contact du sarcotesta du faux-fruit. Cette toxicit\u00e9 concerne surtout les r\u00e9colteurs d&rsquo;amandes et les jardiniers manipulant les fruits tomb\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>En Chine et au Japon, les <strong>amandes de ginkgo<\/strong> (<em>bai guo<\/em>, \u767d\u679c ; <em>ginnan<\/em>, \u9280\u674f en japonais) sont un ingr\u00e9dient culinaire appr\u00e9ci\u00e9. Elles sont consomm\u00e9es grill\u00e9es, bouillies ou incorpor\u00e9es dans des plats sal\u00e9s (rago\u00fbts, soupes, <em>chawan-mushi<\/em> japonais). Leur saveur est douce, l\u00e9g\u00e8rement am\u00e8re, avec une texture farineuse. La consommation est limit\u00e9e \u00e0 quelques unit\u00e9s par repas en raison de la pr\u00e9sence de <strong>4&prime;-O-m\u00e9thylpyridoxine<\/strong> (ginkgotoxine), un antagoniste de la vitamine B6 qui peut provoquer des convulsions en cas d&rsquo;ingestion excessive (plus de 40 \u00e0 50 amandes chez l&rsquo;adulte, moins chez l&rsquo;enfant).<\/p>\n<p>En m\u00e9decine traditionnelle chinoise, les amandes sont utilis\u00e9es depuis le <em>Bencao Gangmu<\/em> de Li Shizhen (1578) pour traiter l&rsquo;asthme, la toux productive et les leucorrh\u00e9es. Les feuilles, en revanche, n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la pharmacop\u00e9e chinoise que tardivement (XXe si\u00e8cle), leur usage m\u00e9dicinal \u00e9tant principalement une innovation occidentale.<\/p>\n<p>Le ginkgo occupe une place symbolique majeure dans les cultures d&rsquo;Asie orientale. Arbre sacr\u00e9 plant\u00e9 aupr\u00e8s des temples bouddhistes et confuc\u00e9ens, il symbolise la long\u00e9vit\u00e9, la r\u00e9silience et l&rsquo;espoir. Le ginkgo survivant d&rsquo;Hiroshima \u2014 un arbre situ\u00e9 \u00e0 1 130 m\u00e8tres de l&rsquo;hypocentre de l&rsquo;explosion atomique du 6 ao\u00fbt 1945, qui a reverdi au printemps 1946 \u2014 est devenu un symbole universel de r\u00e9sistance et de renouveau. La feuille de ginkgo est l&#8217;embl\u00e8me officiel de la ville de Tokyo.<\/p>\n<h3>Int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique<\/h3>\n<p><em>Ginkgo biloba<\/em> pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique \u00e0 la fois patrimonial et fonctionnel. En tant que dernier repr\u00e9sentant d&rsquo;un lignage de 270 millions d&rsquo;ann\u00e9es, il constitue un conservatoire g\u00e9n\u00e9tique irrempla\u00e7able. La diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des populations naturelles chinoises, \u00e9tudi\u00e9e par microsatellites (Gong et al., 2008), r\u00e9v\u00e8le une variabilit\u00e9 \u00e9tonnamment faible, t\u00e9moignant d&rsquo;un goulot d&rsquo;\u00e9tranglement g\u00e9n\u00e9tique ancien.<\/p>\n<p>En milieu urbain, le ginkgo est l&rsquo;un des arbres les plus r\u00e9sistants \u00e0 la pollution atmosph\u00e9rique, aux sols compact\u00e9s et au stress hydrique. Sa r\u00e9sistance aux agents pathog\u00e8nes est remarquable : il ne conna\u00eet pratiquement aucune maladie fongique ou virale grave, une particularit\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 la richesse de son arsenal phytochimique d\u00e9fensif (ginkgolides, biflavones). Cette robustesse en fait un alli\u00e9 pr\u00e9cieux pour le v\u00e9g\u00e9talisation des espaces urbains, contribuant \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de l&rsquo;air et au confort thermique.<\/p>\n<p>La conservation <em>in situ<\/em> des populations naturelles relictuelles constitue un enjeu prioritaire. Les stations du mont Tianmu b\u00e9n\u00e9ficient du statut de r\u00e9serve naturelle nationale en Chine. Des programmes de conservation g\u00e9n\u00e9tique <em>ex situ<\/em> sont men\u00e9s dans plusieurs jardins botaniques \u00e0 travers le monde, notamment au Royal Botanic Gardens de Kew et au Jardin botanique de Wuhan.<\/p>\n<h3>Confusions et adult\u00e9rations<\/h3>\n<p>La feuille de <em>Ginkgo biloba<\/em>, avec sa forme flabelliforme unique et sa nervation dichotomique, est pratiquement impossible \u00e0 confondre avec toute autre esp\u00e8ce v\u00e9g\u00e9tale actuelle. La silhouette bilob\u00e9e caract\u00e9ristique constitue un crit\u00e8re diagnostique imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Cependant, des confusions peuvent survenir au niveau des produits commerciaux :<\/p>\n<p>\u2014 Des adult\u00e9rations d&rsquo;extraits de ginkgo par ajout de rutine et de querc\u00e9tine synth\u00e9tiques ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es (Wohlmuth et al., 2014, Phytomedicine). Ces adult\u00e9rations permettent d&rsquo;atteindre frauduleusement le seuil de 24 % de flavono\u00efdes sans utiliser les quantit\u00e9s requises de feuilles. La d\u00e9tection repose sur le profil HPLC complet : un extrait authentique pr\u00e9sente un spectre complexe de glycosides de flavonol, tandis qu&rsquo;un extrait adult\u00e9r\u00e9 montre des pics disproportionn\u00e9s de rutine et de querc\u00e9tine aglycone.<\/p>\n<p>\u2014 La confusion entre <strong>extraits de feuilles<\/strong> et <strong>extraits d&rsquo;amandes<\/strong> peut avoir des cons\u00e9quences toxicologiques, les amandes contenant la ginkgotoxine (4&prime;-O-m\u00e9thylpyridoxine) absente des feuilles.<\/p>\n<p>\u2014 Sur le plan botanique, certains fossiles de <em>Baiera<\/em> et <em>Sphenobaiera<\/em> (Ginkgoales \u00e9teintes) peuvent \u00eatre confondus avec <em>Ginkgo<\/em> en pal\u00e9obotanique, mais cette question ne concerne pas l&rsquo;usage pharmacognosique.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Ginkgo biloba<\/em> est une esp\u00e8ce exceptionnelle \u00e0 tout point de vue : fossile vivant unique en son genre, arbre d&rsquo;une long\u00e9vit\u00e9 remarquable, source de m\u00e9tabolites secondaires exclusifs (ginkgolides, bilobalide, biflavones) et plante m\u00e9dicinale dont l&rsquo;usage clinique repose sur un solide corpus de donn\u00e9es pharmacologiques et cliniques.<\/p>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;extrait standardis\u00e9 EGb 761 est la mieux document\u00e9e pour l&rsquo;insuffisance circulatoire c\u00e9r\u00e9brale symptomatique et les d\u00e9mences diagnostiqu\u00e9es (en traitement adjuvant). En revanche, son r\u00f4le en pr\u00e9vention primaire des d\u00e9mences n&rsquo;est pas \u00e9tabli. Les m\u00e9canismes d&rsquo;action \u2014 antagonisme du PAF, activit\u00e9 antioxydante, vasor\u00e9gulation NO-d\u00e9pendante, neuroprotection \u2014 sont bien caract\u00e9ris\u00e9s et coh\u00e9rents avec les effets cliniques observ\u00e9s.<\/p>\n<p>La qualit\u00e9 de la mati\u00e8re premi\u00e8re et la standardisation des extraits sont des enjeux cruciaux. Les acides ginkgoliques, compos\u00e9s ind\u00e9sirables toxiques et allerg\u00e8nes, doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9s par le proc\u00e9d\u00e9 d&rsquo;extraction. La prolif\u00e9ration d&rsquo;extraits non standardis\u00e9s et potentiellement adult\u00e9r\u00e9s sur le march\u00e9 des compl\u00e9ments alimentaires constitue un risque pour le consommateur et nuit \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 scientifique de la plante. Seuls les extraits conformes aux sp\u00e9cifications de la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne offrent les garanties de qualit\u00e9, d&rsquo;efficacit\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 n\u00e9cessaires \u00e0 un usage rationnel.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<p>Ahlemeyer B, Krieglstein J. Neuroprotective effects of <em>Ginkgo biloba<\/em> extract. <em>Cellular and Molecular Life Sciences<\/em>. 2003;60(9):1779-1792.<\/p>\n<p>Braquet P. The ginkgolides: potent platelet-activating factor antagonists isolated from <em>Ginkgo biloba<\/em> L.: chemistry, pharmacology and clinical applications. <em>Drugs of the Future<\/em>. 1987;12(7):643-699.<\/p>\n<p>DeFeudis FV. <em>Ginkgo biloba<\/em> Extract (EGb 761): Pharmacological Activities and Clinical Applications. Paris : Elsevier, 1991.<\/p>\n<p>Gong W, Chen C, Dobe\u0161 C, Fu CX, Koch MA. Phylogeography of a living fossil: Pleistocene glaciations forced <em>Ginkgo biloba<\/em> L. 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