{"id":9517,"date":"2026-04-25T20:40:02","date_gmt":"2026-04-25T18:40:02","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/griffe-de-chat\/"},"modified":"2026-06-24T16:55:01","modified_gmt":"2026-06-24T14:55:01","slug":"griffe-de-chat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/griffe-de-chat\/","title":{"rendered":"GRIFFE DE CHAT"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Griffe%20de%20chat.jpg\" alt=\"Planche botanique Griffe de chat\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<h1>Griffe de chat \u2014 <em>Uncaria tomentosa<\/em> (Willd. ex Schult.) DC.<\/h1>\n<p>La griffe de chat, connue sous le nom vernaculaire espagnol <em>u\u00f1a de gato<\/em>, est une liane ligneuse majeure de la pharmacop\u00e9e traditionnelle amazonienne. Utilis\u00e9e depuis des si\u00e8cles par les peuples autochtones du P\u00e9rou, notamment les Ash\u00e1ninka, elle a suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat scientifique consid\u00e9rable \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 en raison de ses propri\u00e9t\u00e9s immunomodulatrices et anti-inflammatoires remarquables. Sa richesse en <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> oxindoliques<\/strong> pentacycliques et t\u00e9tracycliques en fait une plante m\u00e9dicinale de premier plan dans l&rsquo;arsenal phytoth\u00e9rapeutique contemporain. La pr\u00e9sente monographie propose une synth\u00e8se exhaustive des connaissances botaniques, phytochimiques, pharmacologiques et cliniques relatives \u00e0 cette esp\u00e8ce fascinante, en int\u00e9grant les donn\u00e9es les plus r\u00e9centes de la litt\u00e9rature scientifique internationale.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><em>Uncaria tomentosa<\/em> (Willd. ex Schult.) DC. appartient \u00e0 la famille des <strong>Rubiaceae<\/strong>, l&rsquo;une des plus vastes familles d&rsquo;Angiospermes avec environ 13 000 esp\u00e8ces r\u00e9parties en plus de 600 genres. Le genre <em>Uncaria<\/em> comprend une trentaine d&rsquo;esp\u00e8ces distribu\u00e9es dans les r\u00e9gions tropicales d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud.<\/p>\n<p>Classification syst\u00e9matique compl\u00e8te :<\/p>\n<ul>\n<li>R\u00e8gne : Plantae<\/li>\n<li>Sous-r\u00e8gne : Tracheobionta<\/li>\n<li>Division : Magnoliophyta<\/li>\n<li>Classe : Magnoliopsida<\/li>\n<li>Sous-classe : Asteridae<\/li>\n<li>Ordre : Gentianales<\/li>\n<li>Famille : Rubiaceae<\/li>\n<li>Sous-famille : Cinchonoideae<\/li>\n<li>Tribu : Naucleeae<\/li>\n<li>Genre : <em>Uncaria<\/em><\/li>\n<li>Esp\u00e8ce : <em>Uncaria tomentosa<\/em> (Willd. ex Schult.) DC.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le basionyme de l&rsquo;esp\u00e8ce est <em>Nauclea tomentosa<\/em> Willd. ex Schult., publi\u00e9 en 1819. La combinaison actuelle a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie par Augustin Pyramus de Candolle en 1830 dans son <em>Prodromus Systematis Naturalis Regni Vegetabilis<\/em>. Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Uncaria<\/em> d\u00e9rive du latin <em>uncus<\/em> (crochet), en r\u00e9f\u00e9rence aux \u00e9pines recourb\u00e9es caract\u00e9ristiques du genre, tandis que l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>tomentosa<\/em> fait allusion \u00e0 la pilosit\u00e9 tomenteuse des jeunes rameaux et de la face inf\u00e9rieure des feuilles.<\/p>\n<p>Synonymes nomenclaturaux : <em>Nauclea tomentosa<\/em> Willd. ex Schult., <em>Ourouparia tomentosa<\/em> (Willd. ex Schult.) K.Schum., <em>Uncaria tomentosa<\/em> var. <em>dioica<\/em> Bremek.<\/p>\n<p>Il convient de distinguer rigoureusement <em>Uncaria tomentosa<\/em> de <em>Uncaria guianensis<\/em> (Aubl.) J.F.Gmel., seconde esp\u00e8ce sud-am\u00e9ricaine du genre, parfois commercialis\u00e9e sous le m\u00eame nom vernaculaire mais pr\u00e9sentant un profil phytochimique et pharmacologique sensiblement diff\u00e9rent. <em>Uncaria guianensis<\/em> se distingue morphologiquement par ses inflorescences en capitules solitaires (contre des capitules group\u00e9s chez <em>U. tomentosa<\/em>) et chimiquement par une pr\u00e9dominance d&rsquo;alcalo\u00efdes oxindoliques t\u00e9tracycliques.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Uncaria tomentosa<\/em> est une liane ligneuse pouvant atteindre 20 \u00e0 30 m\u00e8tres de longueur, grimpant dans la canop\u00e9e des for\u00eats tropicales humides gr\u00e2ce \u00e0 des crochets ligneux caract\u00e9ristiques. Le diam\u00e8tre du tronc principal peut atteindre 10 \u00e0 20 centim\u00e8tres chez les sp\u00e9cimens \u00e2g\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Appareil v\u00e9g\u00e9tatif.<\/strong> La tige est cylindrique, de couleur brun-rouge\u00e2tre, recouverte d&rsquo;une \u00e9corce \u00e9paisse, fibreuse et profond\u00e9ment crevass\u00e9e chez les sujets \u00e2g\u00e9s. L&rsquo;\u00e9corce interne est de couleur rouge-orang\u00e9e, exsudant un latex brun-rouge\u00e2tre \u00e0 la coupe. Les jeunes rameaux sont dens\u00e9ment tomenteux, couverts de poils simples et doux. Les feuilles sont oppos\u00e9es, simples, enti\u00e8res, de forme ovale \u00e0 elliptique, mesurant 7 \u00e0 17 centim\u00e8tres de longueur sur 4 \u00e0 12 centim\u00e8tres de largeur. Le limbe est coriace, \u00e0 base arrondie ou l\u00e9g\u00e8rement cord\u00e9e, \u00e0 sommet acumin\u00e9, \u00e0 marge enti\u00e8re. La face sup\u00e9rieure est glabre \u00e0 subglabre, d&rsquo;un vert fonc\u00e9 luisant, tandis que la face inf\u00e9rieure est dens\u00e9ment tomenteuse, de couleur gris-verd\u00e2tre. La nervation est penn\u00e9e, avec 5 \u00e0 9 paires de nervures secondaires saillantes sur la face inf\u00e9rieure. Les p\u00e9tioles mesurent 1 \u00e0 3 centim\u00e8tres. Les stipules sont interp\u00e9tiolaires, foliac\u00e9es, ovales, persistantes, mesurant environ 1 centim\u00e8tre.<\/p>\n<p>Les crochets (\u00e9pines axillaires recourb\u00e9es) sont des p\u00e9doncules d&rsquo;inflorescences modifi\u00e9s, dispos\u00e9s par paires \u00e0 l&rsquo;aisselle des feuilles, fortement recourb\u00e9s vers le bas, longs de 1 \u00e0 2 centim\u00e8tres, ligneux et robustes. Ce sont eux qui permettent \u00e0 la liane de s&rsquo;accrocher aux arbres supports et qui ont inspir\u00e9 le nom vernaculaire de \u00ab griffe de chat \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Appareil reproducteur.<\/strong> Les inflorescences sont des capitules globuleux de 1 \u00e0 2 centim\u00e8tres de diam\u00e8tre, group\u00e9s par 2 \u00e0 5 en cymes axillaires. Chaque capitule porte de nombreuses fleurs sessiles. Les fleurs sont hermaphrodites, actinomorphes, pentam\u00e8res. Le calice est tubulaire, \u00e0 5 lobes courts. La corolle est tubulaire, infundibuliforme, longue de 8 \u00e0 12 millim\u00e8tres, de couleur blanc-jaun\u00e2tre \u00e0 jaune p\u00e2le, \u00e0 5 lobes \u00e9tal\u00e9s. Les \u00e9tamines sont au nombre de 5, ins\u00e9r\u00e9es sur le tube corollin, \u00e0 filets courts et anth\u00e8res exsertes. L&rsquo;ovaire est inf\u00e8re, biloculaire, surmont\u00e9 d&rsquo;un style filiforme \u00e0 stigmate capit\u00e9 exsert. La floraison intervient principalement entre mai et ao\u00fbt dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re sud.<\/p>\n<p>Le fruit est une capsule bivalve, oblongue, de 5 \u00e0 8 millim\u00e8tres de longueur, contenant de nombreuses graines ail\u00e9es, fusiformes, de tr\u00e8s petite taille (environ 2 millim\u00e8tres), facilitant la diss\u00e9mination an\u00e9mochore.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p><em>Uncaria tomentosa<\/em> est originaire des for\u00eats tropicales humides d&rsquo;Am\u00e9rique centrale et d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud. Son aire de r\u00e9partition naturelle s&rsquo;\u00e9tend du sud du Mexique (Chiapas, Oaxaca) \u00e0 travers l&rsquo;Am\u00e9rique centrale (Guatemala, Belize, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panama) jusqu&rsquo;en Am\u00e9rique du Sud (Colombie, Venezuela, \u00c9quateur, P\u00e9rou, Bolivie, Br\u00e9sil \u2014 Amazonie occidentale et m\u00e9ridionale, Guyanes, Trinidad).<\/p>\n<p>La plante prosp\u00e8re dans les for\u00eats tropicales humides de basse et moyenne altitude, entre 0 et 800 m\u00e8tres, exceptionnellement jusqu&rsquo;\u00e0 1 200 m\u00e8tres. Elle affectionne les milieux perturb\u00e9s et les lisi\u00e8res foresti\u00e8res, les bords de rivi\u00e8res, les clairi\u00e8res et les for\u00eats secondaires, o\u00f9 la luminosit\u00e9 est suffisante pour permettre la croissance de ses longues tiges volubiles. Elle tol\u00e8re une pluviom\u00e9trie annuelle de 1 500 \u00e0 4 000 millim\u00e8tres et des temp\u00e9ratures moyennes de 22 \u00e0 28 \u00b0C. Les sols pr\u00e9f\u00e9rentiels sont des sols forestiers profonds, bien drain\u00e9s, \u00e0 forte teneur en mati\u00e8re organique, de pH acide \u00e0 neutre (4,5 \u00e0 7,0).<\/p>\n<p>La liane est une esp\u00e8ce h\u00e9liophile \u00e0 semi-sciaphile : les plantules se d\u00e9veloppent \u00e0 l&rsquo;ombre du sous-bois, mais la croissance vigoureuse n\u00e9cessite un acc\u00e8s \u00e0 la lumi\u00e8re de la canop\u00e9e. Elle joue un r\u00f4le \u00e9cologique important dans la dynamique foresti\u00e8re en contribuant \u00e0 la structure verticale de la for\u00eat et en fournissant habitat et nourriture \u00e0 divers organismes. Les fleurs sont pollinis\u00e9es par des insectes, notamment des abeilles et des papillons, tandis que les graines ail\u00e9es sont dispers\u00e9es par le vent.<\/p>\n<p>La surexploitation commerciale dans certaines r\u00e9gions du P\u00e9rou a conduit les autorit\u00e9s \u00e0 r\u00e9glementer la r\u00e9colte. Le P\u00e9rou a class\u00e9 <em>Uncaria tomentosa<\/em> parmi les esp\u00e8ces n\u00e9cessitant un plan de gestion durable. Des programmes de culture ont \u00e9t\u00e9 mis en place, mais la croissance lente de la liane (plusieurs ann\u00e9es avant la premi\u00e8re r\u00e9colte d&rsquo;\u00e9corce) reste un frein \u00e0 la domestication compl\u00e8te de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie, conservation et culture<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploitation commerciale intensive d&rsquo;<em>Uncaria tomentosa<\/em> \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990 a exerc\u00e9 une pression significative sur les populations naturelles, en particulier dans les d\u00e9partements p\u00e9ruviens de Jun\u00edn, Pasco, Ucayali et Loreto. La r\u00e9colte de l&rsquo;\u00e9corce, lorsqu&rsquo;elle est effectu\u00e9e de mani\u00e8re destructrice (abattage de la liane enti\u00e8re plut\u00f4t que pr\u00e9l\u00e8vement partiel), peut entra\u00eener la mort de la plante et la rar\u00e9faction locale de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Des pratiques de r\u00e9colte durable ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es, consistant \u00e0 ne pr\u00e9lever qu&rsquo;un tiers de l&rsquo;\u00e9corce sur les lianes matures (diam\u00e8tre sup\u00e9rieur \u00e0 8 cm), en laissant suffisamment d&rsquo;\u00e9corce pour la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. La liane est capable de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer son \u00e9corce en 3 \u00e0 5 ans apr\u00e8s un pr\u00e9l\u00e8vement partiel.<\/p>\n<p>La culture d&rsquo;<em>Uncaria tomentosa<\/em> est techniquement possible mais \u00e9conomiquement contraignante. La multiplication se fait par semis (germination en 2 \u00e0 4 semaines \u00e0 25-30 \u00b0C) ou par bouturage de tiges semi-ligneuses. La croissance est relativement lente : il faut 5 \u00e0 8 ans avant de pouvoir r\u00e9aliser une premi\u00e8re r\u00e9colte d&rsquo;\u00e9corce de qualit\u00e9. Des essais de culture en agroforesterie, associant la liane \u00e0 des arbres tuteurs, ont donn\u00e9 des r\u00e9sultats encourageants en Amazonie p\u00e9ruvienne et colombienne.<\/p>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas actuellement inscrite sur les listes CITES, mais elle figure sur les listes nationales p\u00e9ruviennes d&rsquo;esp\u00e8ces n\u00e9cessitant un plan de gestion. Des programmes de certification de r\u00e9colte durable ont \u00e9t\u00e9 mis en place par plusieurs ONG et organisations de commerce \u00e9quitable.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La drogue principale est constitu\u00e9e par l&rsquo;<strong>\u00e9corce de tige<\/strong> (<em>Uncariae tomentosae cortex<\/em>), r\u00e9colt\u00e9e sur des lianes \u00e2g\u00e9es d&rsquo;au moins 5 \u00e0 8 ans. L&rsquo;\u00e9corce est pr\u00e9lev\u00e9e par incision longitudinale et d\u00e9collage, puis s\u00e9ch\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ombre ou dans des s\u00e9choirs \u00e0 basse temp\u00e9rature (inf\u00e9rieure \u00e0 40 \u00b0C) pour pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des alcalo\u00efdes thermolabiles.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce s\u00e8che se pr\u00e9sente sous forme de fragments plats ou enroul\u00e9s, de 2 \u00e0 5 millim\u00e8tres d&rsquo;\u00e9paisseur, de couleur brun-rouge\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, rouge-orang\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. La surface externe est rugueuse, souvent couverte de lichens. La cassure est fibreuse et feuillet\u00e9e. La poudre est de couleur brun-rouge\u00e2tre. La saveur est am\u00e8re et l\u00e9g\u00e8rement astringente.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9corce de racine<\/strong> est \u00e9galement utilis\u00e9e traditionnellement, avec des teneurs en alcalo\u00efdes g\u00e9n\u00e9ralement sup\u00e9rieures \u00e0 celles de l&rsquo;\u00e9corce de tige, mais sa r\u00e9colte est plus destructrice pour la plante et moins durable \u00e9cologiquement. Son utilisation est donc progressivement d\u00e9courag\u00e9e au profit de l&rsquo;\u00e9corce de tige.<\/p>\n<p>Les <strong>feuilles<\/strong> sont parfois utilis\u00e9es en m\u00e9decine traditionnelle sous forme de d\u00e9coction, bien qu&rsquo;elles soient moins riches en alcalo\u00efdes que l&rsquo;\u00e9corce. Des \u00e9tudes r\u00e9centes ont toutefois montr\u00e9 une teneur int\u00e9ressante en compos\u00e9s ph\u00e9noliques et flavono\u00efdes dans les feuilles.<\/p>\n<p>Crit\u00e8res de qualit\u00e9 de la drogue v\u00e9g\u00e9tale : la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne ne dispose pas encore de monographie sp\u00e9cifique pour <em>Uncaria tomentosa<\/em>. Les standards de qualit\u00e9 sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9finis par les fabricants et les organismes de contr\u00f4le, avec des exigences portant sur la teneur minimale en alcalo\u00efdes oxindoliques totaux (g\u00e9n\u00e9ralement sup\u00e9rieure ou \u00e9gale \u00e0 1,5 % en masse s\u00e8che), l&rsquo;absence de contamination par <em>U. guianensis<\/em>, et les crit\u00e8res microbiologiques et de m\u00e9taux lourds habituels.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>La phytochimie d&rsquo;<em>Uncaria tomentosa<\/em> est d&rsquo;une grande richesse et d&rsquo;une complexit\u00e9 remarquable. Plus de 50 compos\u00e9s bioactifs ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s et caract\u00e9ris\u00e9s \u00e0 ce jour, appartenant \u00e0 plusieurs classes chimiques distinctes.<\/p>\n<h3>Alcalo\u00efdes oxindoliques<\/h3>\n<p>Les alcalo\u00efdes oxindoliques constituent la classe de compos\u00e9s la plus caract\u00e9ristique et la plus \u00e9tudi\u00e9e. On distingue deux groupes structuraux :<\/p>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes oxindoliques pentacycliques (POA)<\/strong> \u2014 consid\u00e9r\u00e9s comme les principaux responsables de l&rsquo;activit\u00e9 immunomodulatrice :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Isopt\u00e9ropodine<\/strong> (isom\u00e8re A) \u2014 alcalo\u00efde majoritaire dans les chimiotypes de qualit\u00e9<\/li>\n<li><strong>Pt\u00e9ropodine<\/strong> (isom\u00e8re B)<\/li>\n<li><strong>Isomitraphylline<\/strong> (isom\u00e8re C)<\/li>\n<li><strong>Mitraphylline<\/strong> (isom\u00e8re D) \u2014 propri\u00e9t\u00e9s anti-prolif\u00e9ratives d\u00e9montr\u00e9es<\/li>\n<li><strong>Uncarine F<\/strong> (isom\u00e8re E)<\/li>\n<li><strong>Sp\u00e9ciophylline<\/strong> (isom\u00e8re F)<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Alcalo\u00efdes oxindoliques t\u00e9tracycliques (TOA)<\/strong> \u2014 consid\u00e9r\u00e9s comme antagonistes des POA sur le plan immunologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Rhynchophylline<\/strong><\/li>\n<li><strong>Isorhynchophylline<\/strong><\/li>\n<li><strong>Corynox\u00e9ine<\/strong><\/li>\n<li><strong>Isocorynox\u00e9ine<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Le rapport POA\/TOA est un crit\u00e8re de qualit\u00e9 fondamental. Les extraits standardis\u00e9s de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure pr\u00e9sentent un rapport POA\/TOA \u00e9lev\u00e9 (sup\u00e9rieur \u00e0 1), car les TOA exercent un effet antagoniste sur l&rsquo;activit\u00e9 immunostimulante des POA. Certains chimiotypes naturels pr\u00e9sentent une pr\u00e9dominance de TOA, ce qui r\u00e9duit consid\u00e9rablement leur int\u00e9r\u00eat th\u00e9rapeutique en immunomodulation. La teneur totale en alcalo\u00efdes oxindoliques varie de 0,5 \u00e0 3 % selon la partie de la plante, l&rsquo;\u00e2ge, la saison de r\u00e9colte et le chimiotype.<\/p>\n<h3>Alcalo\u00efdes indoliques<\/h3>\n<p>Plusieurs <strong>alcalo\u00efdes indoliques<\/strong> ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s : <strong>akuammigine<\/strong>, <strong>hirsutine<\/strong>, <strong>hirsut\u00e9ine<\/strong>, <strong>dihydrocorynanth\u00e9ine<\/strong>. Ces compos\u00e9s pr\u00e9sentent des propri\u00e9t\u00e9s vasodilatatrices et hypotensives document\u00e9es.<\/p>\n<h3>Glycosides d&rsquo;acide quinovique<\/h3>\n<p>Les <strong>glycosides d&rsquo;acide quinovique<\/strong> sont des <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/triterpenes\/\">triterp\u00e8nes<\/a> caract\u00e9ristiques du genre <em>Uncaria<\/em>. Au moins sept d\u00e9riv\u00e9s glycosyl\u00e9s de l&rsquo;<strong>acide quinovique<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 isol\u00e9s de l&rsquo;\u00e9corce. Ces compos\u00e9s poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires et antivirales notables.<\/p>\n<h3>Procyanidines et compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9corce contient des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/proanthocyanidines\/\">proanthocyanidines<\/a><\/strong> (procyanidines de type B), des <strong>cat\u00e9chines<\/strong> (<strong>\u00e9picat\u00e9chine<\/strong>, <strong>cat\u00e9chine<\/strong>), des <strong>acides ph\u00e9noliques<\/strong> et des flavono\u00efdes. Un extrait aqueux d\u00e9alcalo\u00efd\u00e9, riche en proanthocyanidines, a d\u00e9montr\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s antioxydantes et r\u00e9paratrices de l&rsquo;ADN remarquables.<\/p>\n<h3>Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p>On trouve \u00e9galement des <strong>st\u00e9rols<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">b\u00eata-sitost\u00e9rol<\/a><\/strong>, <strong>stigmast\u00e9rol<\/strong>, <strong>campest\u00e9rol<\/strong>), des <strong>acides triterp\u00e9niques<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-ursolique\/\">acide ursolique<\/a><\/strong>, <strong>acide ol\u00e9anolique<\/strong>), des <strong>polyhydroxyl\u00e9s<\/strong> et des <strong>h\u00e9t\u00e9rosides<\/strong> divers.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>Immunomodulation<\/h3>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 immunomodulatrice constitue la propri\u00e9t\u00e9 pharmacologique la plus document\u00e9e et la plus remarquable d&rsquo;<em>Uncaria tomentosa<\/em>. Les <strong>alcalo\u00efdes oxindoliques pentacycliques<\/strong>, en particulier l&rsquo;<strong>isopt\u00e9ropodine<\/strong> et la <strong>pt\u00e9ropodine<\/strong>, stimulent la phagocytose par les macrophages et les granulocytes. Des \u00e9tudes <em>in vitro<\/em> ont d\u00e9montr\u00e9 une augmentation de 30 \u00e0 50 % de l&rsquo;activit\u00e9 phagocytaire des macrophages p\u00e9riton\u00e9aux murins \u00e0 des concentrations de l&rsquo;ordre du micromolaire. La <strong>mitraphylline<\/strong> induit l&rsquo;apoptose de certaines lign\u00e9es cellulaires tumorales tout en \u00e9pargnant les cellules saines.<\/p>\n<p>Les extraits standardis\u00e9s augmentent la production d&rsquo;<strong>interleukine-1<\/strong> (IL-1) et d&rsquo;<strong>interleukine-6<\/strong> (IL-6) par les monocytes humains, favorisent la prolif\u00e9ration lymphocytaire T et B, et modulent l&rsquo;expression des r\u00e9cepteurs de surface des cellules immunitaires. Paradoxalement, \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es ou dans des contextes inflammatoires chroniques, les m\u00eames extraits exercent un effet anti-inflammatoire en inhibant la production de <strong>TNF-alpha<\/strong> et en r\u00e9duisant l&rsquo;expression de <strong>NF-kB<\/strong>, ce qui justifie le terme d&rsquo;immunomodulateur plut\u00f4t que d&rsquo;immunostimulant.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/h3>\n<p>Les <strong>glycosides d&rsquo;acide quinovique<\/strong> inhibent de mani\u00e8re dose-d\u00e9pendante l&rsquo;\u0153d\u00e8me de la patte de rat induit par la carrag\u00e9nine, avec une puissance comparable \u00e0 celle de l&rsquo;indom\u00e9tacine. Le m\u00e9canisme implique l&rsquo;inhibition de la <strong>cyclo-oxyg\u00e9nase-2<\/strong> (COX-2) et de la <strong>5-lipoxyg\u00e9nase<\/strong> (5-LOX), r\u00e9duisant la synth\u00e8se des prostaglandines et des leucotri\u00e8nes pro-inflammatoires. La <strong>mitraphylline<\/strong> inhibe la production de <strong>monoxyde d&rsquo;azote<\/strong> (NO) par les macrophages activ\u00e9s, en r\u00e9primant l&rsquo;expression de la <strong>NO synthase inductible<\/strong> (iNOS).<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 antioxydante et r\u00e9paration de l&rsquo;ADN<\/h3>\n<p>Les extraits aqueux riches en <strong>proanthocyanidines<\/strong> pr\u00e9sentent une capacit\u00e9 antioxydante significative, mesur\u00e9e par les tests ORAC et DPPH. Plus remarquablement, des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que ces extraits favorisent la r\u00e9paration de l&rsquo;ADN endommag\u00e9 par les radiations ultraviolettes ou par des agents chimiques mutag\u00e8nes, en stimulant les m\u00e9canismes de r\u00e9paration par excision de nucl\u00e9otides (NER). Cette propri\u00e9t\u00e9, unique dans le r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal \u00e0 ce niveau d&rsquo;efficacit\u00e9, a fait l&rsquo;objet de brevets.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 antivirale<\/h3>\n<p>Des propri\u00e9t\u00e9s antivirales ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es <em>in vitro<\/em> contre le virus de l&rsquo;herp\u00e8s simplex de type 1 (HSV-1), le virus de la dengue et le virus de la stomatite v\u00e9siculaire. Les <strong>glycosides d&rsquo;acide quinovique<\/strong> et les <strong>alcalo\u00efdes oxindoliques<\/strong> contribuent synergiquement \u00e0 cette activit\u00e9.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 antiprolif\u00e9rative<\/h3>\n<p>Plusieurs \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 une activit\u00e9 antiprolif\u00e9rative <em>in vitro<\/em> contre diverses lign\u00e9es cellulaires tumorales humaines (sein, c\u00f4lon, poumon, leuc\u00e9mie). La <strong>mitraphylline<\/strong> et l&rsquo;<strong>uncarine F<\/strong> induisent l&rsquo;apoptose via l&rsquo;activation des caspases 3 et 9, la lib\u00e9ration du cytochrome c mitochondrial et l&rsquo;arr\u00eat du cycle cellulaire en phase G2\/M.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>Arthrose et affections rhumatismales<\/h3>\n<p>Un essai clinique randomis\u00e9, en double aveugle, contr\u00f4l\u00e9 par placebo, conduit par Piscoya et al. (2001) sur 45 patients atteints de gonarthrose, a montr\u00e9 qu&rsquo;un traitement de 4 semaines par un extrait lyophilis\u00e9 d&rsquo;<em>Uncaria guianensis<\/em> (esp\u00e8ce voisine) \u00e0 100 mg par jour r\u00e9duisait significativement la douleur \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 par rapport au placebo. Un essai ult\u00e9rieur avec <em>U. tomentosa<\/em> (Mur et al., 2002) sur 40 patients atteints de polyarthrite rhumato\u00efde trait\u00e9s par sulfasalazine ou hydroxychloroquine a montr\u00e9 qu&rsquo;un extrait standardis\u00e9 (60 mg\/jour pendant 24 semaines) r\u00e9duisait significativement le nombre d&rsquo;articulations douloureuses et tum\u00e9fi\u00e9es par rapport au placebo.<\/p>\n<h3>Immunostimulation<\/h3>\n<p>Lamm et al. (2001) ont conduit un essai contr\u00f4l\u00e9 montrant qu&rsquo;un extrait aqueux standardis\u00e9 (C-Med-100, 350 mg\/jour pendant 2 mois) augmentait significativement le nombre de leucocytes chez des volontaires sains ayant pr\u00e9alablement re\u00e7u une vaccination antipneumococcique. Sheng et al. (2000) ont montr\u00e9 une am\u00e9lioration des param\u00e8tres de r\u00e9paration de l&rsquo;ADN chez des volontaires sains recevant le m\u00eame extrait.<\/p>\n<h3>Infections virales<\/h3>\n<p>Quelques \u00e9tudes pilotes non contr\u00f4l\u00e9es ont sugg\u00e9r\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice clinique chez des patients s\u00e9ropositifs pour le VIH (am\u00e9lioration du rapport CD4\/CD8) et chez des patients atteints de zona, mais ces r\u00e9sultats pr\u00e9liminaires n\u00e9cessitent confirmation par des essais de grande envergure.<\/p>\n<h3>Limites des donn\u00e9es cliniques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 des r\u00e9sultats prometteurs, les donn\u00e9es cliniques restent limit\u00e9es en quantit\u00e9 et en qualit\u00e9 m\u00e9thodologique. La plupart des essais portent sur de petits effectifs, avec des dur\u00e9es de suivi courtes. L&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des pr\u00e9parations utilis\u00e9es (extraits aqueux, hydroalcooliques, standardis\u00e9s sur les POA ou non) rend les comparaisons difficiles. Des essais de phase III multicentriques sont n\u00e9cessaires pour confirmer les indications th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<hr>\n<h3>Indications th\u00e9rapeutiques retenues<\/h3>\n<p>En l&rsquo;\u00e9tat actuel des connaissances, les indications suivantes peuvent \u00eatre retenues avec diff\u00e9rents niveaux de preuve :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Adjuvant dans les affections rhumatismales inflammatoires<\/strong> (polyarthrite rhumato\u00efde, arthrose) : niveau de preuve B (essais cliniques contr\u00f4l\u00e9s de petite taille)<\/li>\n<li><strong>Soutien de l&rsquo;immunit\u00e9<\/strong> en pr\u00e9vention des infections r\u00e9currentes : niveau de preuve B<\/li>\n<li><strong>Adjuvant en oncologie<\/strong> (r\u00e9duction des effets secondaires de la chimioth\u00e9rapie, soutien immunitaire) : niveau de preuve C (\u00e9tudes pilotes, donn\u00e9es pr\u00e9cliniques)<\/li>\n<li><strong>Infections virales chroniques<\/strong> (herp\u00e8s r\u00e9current) : niveau de preuve C<\/li>\n<\/ul>\n<p>Aucune monographie officielle n&rsquo;a encore \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e pour <em>Uncaria tomentosa<\/em>. L&rsquo;usage est essentiellement reconnu comme traditionnel en Europe et encadr\u00e9 par les r\u00e9glementations nationales sur les compl\u00e9ments alimentaires.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Mitraphylline, pt\u00e9ropodine<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">Alcalo\u00efdes<\/a> oxindoliques pentacycliques (POA)<\/td>\n<td>Immunomodulateurs, anti-inflammatoires<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Rhynchophylline, isorhynchophylline<\/td>\n<td>Alcalo\u00efdes oxindoliques t\u00e9tracycliques (TOA)<\/td>\n<td>Action sur le SNC et vasculaire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Acides quinoviques (glycosides)<\/td>\n<td>Triterp\u00e8nes<\/td>\n<td>Anti-inflammatoires<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Proanthocyanidines<\/td>\n<td>Polyph\u00e9nols<\/td>\n<td>Antioxydants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>D\u00e9coction traditionnelle.<\/strong> 10 \u00e0 30 grammes d&rsquo;\u00e9corce pour 1 litre d&rsquo;eau, port\u00e9s \u00e0 \u00e9bullition pendant 15 \u00e0 30 minutes. Boire 1 \u00e0 3 tasses par jour. C&rsquo;est la forme la plus ancienne, utilis\u00e9e par les peuples amazoniens.<\/p>\n<p><strong>Poudre d&rsquo;\u00e9corce en g\u00e9lules.<\/strong> 300 \u00e0 500 mg par g\u00e9lule, 2 \u00e0 3 fois par jour, soit 600 \u00e0 1 500 mg par jour de poudre totale.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec standardis\u00e9.<\/strong> Standardis\u00e9 \u00e0 3 \u00e0 5 % d&rsquo;alcalo\u00efdes oxindoliques totaux, ou enrichi en POA. Posologie usuelle : 20 \u00e0 60 mg par jour d&rsquo;extrait standardis\u00e9 (\u00e9quivalent \u00e0 300-1 000 mg de drogue s\u00e8che selon le ratio d&rsquo;extraction). Les extraits les plus \u00e9tudi\u00e9s cliniquement sont standardis\u00e9s sur la fraction POA avec un ratio POA\/TOA sup\u00e9rieur \u00e0 1.<\/p>\n<p><strong>Teinture m\u00e8re.<\/strong> Pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir d&rsquo;\u00e9corce fra\u00eeche ou s\u00e8che dans de l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 45-60 %. Posologie usuelle : 2 \u00e0 5 ml, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Extrait fluide.<\/strong> 1 \u00e0 3 ml par jour en 2 \u00e0 3 prises.<\/p>\n<p>La dur\u00e9e de traitement recommand\u00e9e est g\u00e9n\u00e9ralement de 4 \u00e0 12 semaines, avec possibilit\u00e9 de cures renouvel\u00e9es apr\u00e8s une fen\u00eatre th\u00e9rapeutique de 2 \u00e0 4 semaines. L&rsquo;effet immunomodulateur se manifeste progressivement sur plusieurs semaines de traitement continu.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p><strong>Toxicit\u00e9 aigu\u00eb.<\/strong> La DL50 par voie orale chez le rat est sup\u00e9rieure \u00e0 8 g\/kg de poids corporel pour l&rsquo;extrait hydroalcoolique, ce qui t\u00e9moigne d&rsquo;une tr\u00e8s faible toxicit\u00e9 aigu\u00eb. Aucune mortalit\u00e9 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e chez le rat \u00e0 des doses allant jusqu&rsquo;\u00e0 5 g\/kg pendant 28 jours.<\/p>\n<p><strong>Toxicit\u00e9 chronique.<\/strong> Les \u00e9tudes de toxicit\u00e9 subchronique (90 jours) chez le rat n&rsquo;ont pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d&rsquo;alt\u00e9ration significative des param\u00e8tres h\u00e9matologiques, biochimiques, histologiques h\u00e9patiques ou r\u00e9naux \u00e0 des doses allant jusqu&rsquo;\u00e0 1 g\/kg\/jour.<\/p>\n<p><strong>G\u00e9notoxicit\u00e9.<\/strong> Le test d&rsquo;Ames et les tests de micronoyaux se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s n\u00e9gatifs pour les extraits standardis\u00e9s, confirmant l&rsquo;absence de potentiel mutag\u00e8ne. Paradoxalement, certains extraits riches en proanthocyanidines ont montr\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s antimutag\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong>Effets ind\u00e9sirables rapport\u00e9s.<\/strong> Les effets ind\u00e9sirables sont rares et g\u00e9n\u00e9ralement b\u00e9nins : troubles gastro-intestinaux (naus\u00e9es, diarrh\u00e9e, douleurs abdominales) chez 1 \u00e0 3 % des patients dans les essais cliniques, c\u00e9phal\u00e9es occasionnelles, sensations vertigineuses. De rares cas de r\u00e9actions allergiques cutan\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications.<\/strong> L&rsquo;utilisation est d\u00e9conseill\u00e9e chez la femme enceinte (effet ut\u00e9rotonique potentiel rapport\u00e9 dans la m\u00e9decine traditionnelle) et allaitante, chez l&rsquo;enfant de moins de 12 ans (absence de donn\u00e9es), et chez les patients sous traitement immunosuppresseur (risque d&rsquo;interf\u00e9rence avec l&rsquo;immunomodulation). Une prudence est recommand\u00e9e chez les patients pr\u00e9sentant des maladies auto-immunes en raison de l&rsquo;activit\u00e9 immunomodulatrice.<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses.<\/strong> Interactions potentielles avec les anticoagulants (effet antiagr\u00e9gant plaquettaire rapport\u00e9 <em>in vitro<\/em>), les immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus), les inhibiteurs de prot\u00e9ase du VIH (inhibition possible du CYP3A4). La prudence est recommand\u00e9e en cas de co-administration avec des m\u00e9dicaments \u00e0 marge th\u00e9rapeutique \u00e9troite m\u00e9tabolis\u00e9s par le CYP3A4.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La griffe de chat occupe une place centrale dans la pharmacop\u00e9e des peuples autochtones d&rsquo;Amazonie, en particulier chez les <strong>Ash\u00e1ninka<\/strong> (Campa) du P\u00e9rou central, qui la consid\u00e8rent comme une plante sacr\u00e9e et une \u00ab panac\u00e9e de la for\u00eat \u00bb. Ils l&rsquo;utilisent traditionnellement depuis plus de 2 000 ans pour traiter une vaste gamme d&rsquo;affections.<\/p>\n<p>Usages traditionnels ash\u00e1ninka : d\u00e9coction d&rsquo;\u00e9corce pour les inflammations articulaires, les troubles digestifs (gastrite, ulc\u00e8re, dysenterie), les infections urinaires, la cicatrisation des plaies, la r\u00e9cup\u00e9ration post-partum, et comme tonique g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;organisme. L&rsquo;\u00e9corce de racine \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux affections les plus graves, notamment les tumeurs et les infections profondes.<\/p>\n<p>Les <strong>Cashibo<\/strong> et les <strong>Shipibo-Conibo<\/strong> utilisent la d\u00e9coction d&rsquo;\u00e9corce comme contraceptif f\u00e9minin (\u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es et prolong\u00e9es) et comme agent anti-inflammatoire. Les <strong>Yanesha<\/strong> emploient les feuilles en cataplasme sur les plaies infect\u00e9es et les abc\u00e8s.<\/p>\n<p>La plante a \u00e9t\u00e9 \u00ab d\u00e9couverte \u00bb par la science occidentale gr\u00e2ce aux travaux du naturaliste autrichien <strong>Oscar Schuler-Egg<\/strong> dans les ann\u00e9es 1920, puis r\u00e9ellement popularis\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 par les recherches du Dr <strong>Klaus Keplinger<\/strong>, chercheur autrichien qui a brevet\u00e9 des proc\u00e9d\u00e9s d&rsquo;extraction des alcalo\u00efdes oxindoliques. Les premi\u00e8res \u00e9tudes pharmacologiques approfondies ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, entra\u00eenant un engouement commercial consid\u00e9rable qui a parfois menac\u00e9 les populations sauvages.<\/p>\n<p>Au P\u00e9rou, <em>Uncaria tomentosa<\/em> est reconnue officiellement comme plante m\u00e9dicinale depuis 1995 et fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9glementation sp\u00e9cifique pour assurer la durabilit\u00e9 de sa r\u00e9colte.<\/p>\n<hr>\n<h3>Risques de confusion<\/h3>\n<p>Le principal risque de confusion concerne <em>Uncaria guianensis<\/em> (Aubl.) J.F.Gmel., esp\u00e8ce sympatrique fr\u00e9quemment commercialis\u00e9e sous le m\u00eame nom vernaculaire de \u00ab griffe de chat \u00bb. Cette esp\u00e8ce se distingue par ses inflorescences en capitules solitaires (versus group\u00e9s), ses crochets plus petits et plus fins, et surtout un profil alcalo\u00efdique domin\u00e9 par les <strong>TOA<\/strong> (t\u00e9tracycliques), ce qui lui conf\u00e8re des propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques diff\u00e9rentes et potentiellement antagonistes de celles recherch\u00e9es pour l&rsquo;immunomodulation.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres esp\u00e8ces du genre <em>Uncaria<\/em> d&rsquo;origine asiatique, notamment <em>Uncaria rhynchophylla<\/em> (Miq.) Miq. ex Havil. (<em>gou teng<\/em> en m\u00e9decine traditionnelle chinoise) et <em>Uncaria sinensis<\/em> (Oliv.) Havil., ne doivent pas \u00eatre confondues avec l&rsquo;esp\u00e8ce sud-am\u00e9ricaine. Bien qu&rsquo;elles partagent certains alcalo\u00efdes (rhynchophylline), leur profil phytochimique global et leurs indications th\u00e9rapeutiques diff\u00e8rent sensiblement.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse chromatographique (HPLC, CCM) du profil alcalo\u00efdique constitue la m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence pour l&rsquo;identification certaine de la drogue v\u00e9g\u00e9tale et la distinction entre les esp\u00e8ces.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Uncaria tomentosa<\/em> est une plante m\u00e9dicinale majeure dont le potentiel th\u00e9rapeutique est soutenu par une base pr\u00e9clinique solide et des donn\u00e9es cliniques pr\u00e9liminaires encourageantes. Ses propri\u00e9t\u00e9s immunomodulatrices, anti-inflammatoires, antioxydantes et r\u00e9paratrices de l&rsquo;ADN en font un candidat de choix pour le d\u00e9veloppement de phytom\u00e9dicaments dans les domaines de la rhumatologie, de l&rsquo;immunologie et de l&rsquo;oncologie compl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis actuels incluent la standardisation des pr\u00e9parations (ratio POA\/TOA, identification chimiotypique), la conduite d&rsquo;essais cliniques de grande envergure r\u00e9pondant aux standards m\u00e9thodologiques actuels, la mise en place de fili\u00e8res de production durables respectant les \u00e9cosyst\u00e8mes amazoniens et les droits des communaut\u00e9s autochtones, et l&rsquo;inscription de la drogue dans les pharmacop\u00e9es officielles.<\/p>\n<p>Les perspectives de recherche les plus prometteuses concernent l&rsquo;exploration des m\u00e9canismes de r\u00e9paration de l&rsquo;ADN induits par les proanthocyanidines, le d\u00e9veloppement de combinaisons synergiques avec d&rsquo;autres immunomodulateurs v\u00e9g\u00e9taux, et l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;activit\u00e9 anti-tumorale des alcalo\u00efdes oxindoliques isol\u00e9s dans le cadre d&rsquo;essais cliniques contr\u00f4l\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Heitzman M.E. et al. Ethnobotany, phytochemistry and pharmacology of <em>Uncaria<\/em> (Rubiaceae). <em>Phytochemistry<\/em>, 2005, 66(1) : 5-29.<\/li>\n<li>Keplinger K. et al. <em>Uncaria tomentosa<\/em> (Willd.) DC. \u2014 Ethnomedicinal use and new pharmacological, toxicological and botanical results. <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>, 1999, 64(1) : 23-34.<\/li>\n<li>Sandoval M. et al. Cat&rsquo;s claw inhibits TNF-alpha production and scavenges free radicals: role in cytoprotection. <em>Free Radical Biology and Medicine<\/em>, 2000, 29(1) : 71-78.<\/li>\n<li>Mur E. et al. Randomized double blind trial of an extract from the pentacyclic alkaloid-chemotype of <em>Uncaria tomentosa<\/em> for the treatment of rheumatoid arthritis. <em>Journal of Rheumatology<\/em>, 2002, 29(4) : 678-681.<\/li>\n<li>Piscoya J. et al. 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