{"id":9519,"date":"2026-04-25T20:40:02","date_gmt":"2026-04-25T18:40:02","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/gingembre\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"gingembre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/gingembre\/","title":{"rendered":"GINGEMBRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Gingembre.jpg\" alt=\"Planche botanique Gingembre\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<h1>Gingembre \u2014 <em>Zingiber officinale<\/em> Roscoe<\/h1>\n<p>Le gingembre est sans doute l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales et aromatiques les plus universellement connues et utilis\u00e9es \u00e0 travers le monde. \u00c9pice embl\u00e9matique du commerce international depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9, rem\u00e8de polyvalent des pharmacop\u00e9es traditionnelles asiatiques depuis plus de 5 000 ans, il fait aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet d&rsquo;une recherche scientifique d&rsquo;une ampleur consid\u00e9rable. Ses principaux compos\u00e9s actifs, les <strong>ging\u00e9rols<\/strong> et les <strong>shogaols<\/strong>, conf\u00e8rent \u00e0 son rhizome des propri\u00e9t\u00e9s anti\u00e9m\u00e9tiques, anti-inflammatoires, antioxydantes et digestives solidement \u00e9tay\u00e9es par la litt\u00e9rature clinique. La pr\u00e9sente monographie synth\u00e9tise l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es botaniques, phytochimiques, pharmacologiques et cliniques relatives \u00e0 cette esp\u00e8ce majeure.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><em>Zingiber officinale<\/em> Roscoe appartient \u00e0 la famille des <strong>Zingiberaceae<\/strong>, famille monocotyl\u00e9done tropicale comprenant environ 1 600 esp\u00e8ces r\u00e9parties en 50 genres. Le genre <em>Zingiber<\/em> comprend une centaine d&rsquo;esp\u00e8ces distribu\u00e9es principalement en Asie tropicale et subtropicale.<\/p>\n<p>Classification syst\u00e9matique :<\/p>\n<ul>\n<li>R\u00e8gne : Plantae<\/li>\n<li>Sous-r\u00e8gne : Tracheobionta<\/li>\n<li>Division : Magnoliophyta<\/li>\n<li>Classe : Liliopsida<\/li>\n<li>Sous-classe : Zingiberidae<\/li>\n<li>Ordre : Zingiberales<\/li>\n<li>Famille : Zingiberaceae<\/li>\n<li>Sous-famille : Zingiberoideae<\/li>\n<li>Tribu : Zingibereae<\/li>\n<li>Genre : <em>Zingiber<\/em><\/li>\n<li>Esp\u00e8ce : <em>Zingiber officinale<\/em> Roscoe<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par William Roscoe en 1807 dans ses <em>Transactions of the Linnean Society of London<\/em>. Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Zingiber<\/em> d\u00e9rive du sanskrit <em>shringavera<\/em> (en forme de corne de cerf), en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la morphologie ramifi\u00e9e du rhizome. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>officinale<\/em> indique l&rsquo;usage officinal reconnu dans les pharmacop\u00e9es. Le mot fran\u00e7ais \u00ab gingembre \u00bb provient du latin <em>zingiber<\/em>, lui-m\u00eame emprunt\u00e9 au grec <em>ziggiberis<\/em>.<\/p>\n<p>Synonymes nomenclaturaux : <em>Amomum zingiber<\/em> L., <em>Zingiber aromaticum<\/em> Noronha, <em>Zingiber sichuanense<\/em> Z.Y.Zhu, S.L.Zhang &amp; S.X.Chen.<\/p>\n<p><em>Zingiber officinale<\/em> est exclusivement connu \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat cultiv\u00e9 et n&rsquo;existe pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage. L&rsquo;esp\u00e8ce ancestrale sauvage n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e avec certitude, bien que le centre d&rsquo;origine soit probablement situ\u00e9 en Asie du Sud-Est (Inde nord-orientale, Myanmar, sud de la Chine).<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Zingiber officinale<\/em> est une plante herbac\u00e9e vivace par son rhizome, \u00e0 tiges a\u00e9riennes annuelles, atteignant 60 \u00e0 120 centim\u00e8tres de hauteur.<\/p>\n<p><strong>Appareil souterrain.<\/strong> Le rhizome est la partie la plus remarquable de la plante et constitue la drogue officinale. C&rsquo;est un rhizome sympodial, charnu, aplati, irr\u00e9guli\u00e8rement ramifi\u00e9 de mani\u00e8re digit\u00e9e, de couleur jaune p\u00e2le \u00e0 jaune-brun\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, jaune vif \u00e0 jaune-orang\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Il est recouvert d&rsquo;une fine pellicule (p\u00e9riderme) lisse et satin\u00e9e chez le gingembre frais, rugueuse et fibreuse chez le gingembre s\u00e9ch\u00e9. La taille varie consid\u00e9rablement selon les cultivars et les conditions de culture : de 5 \u00e0 15 centim\u00e8tres de longueur, 3 \u00e0 5 centim\u00e8tres de largeur, 1 \u00e0 2 centim\u00e8tres d&rsquo;\u00e9paisseur. Le rhizome \u00e9met des racines adventives fibreuses \u00e0 partir de sa face inf\u00e9rieure. La cassure est nette, r\u00e9v\u00e9lant un parenchyme jaune riche en cellules s\u00e9cr\u00e9trices d&rsquo;ol\u00e9or\u00e9sine. L&rsquo;odeur est aromatique, chaude, camphr\u00e9e, caract\u00e9ristique. La saveur est piquante, br\u00fblante, aromatique.<\/p>\n<p><strong>Appareil v\u00e9g\u00e9tatif a\u00e9rien.<\/strong> Les tiges a\u00e9riennes (pseudo-tiges) sont form\u00e9es par les gaines foliaires imbriqu\u00e9es, dress\u00e9es, simples, non ramifi\u00e9es, de 60 \u00e0 120 centim\u00e8tres de hauteur, vertes, lisses, cylindriques. Les feuilles sont alternes, distiques, sessiles sur la gaine, lanc\u00e9ol\u00e9es-lin\u00e9aires, longues de 15 \u00e0 30 centim\u00e8tres, larges de 2 \u00e0 3 centim\u00e8tres, acumin\u00e9es au sommet, \u00e0 base att\u00e9nu\u00e9e, glabres, de couleur vert fonc\u00e9 luisant. La nervation est parall\u00e8le. La ligule est membraneuse, bilob\u00e9e, longue de 2 \u00e0 5 millim\u00e8tres.<\/p>\n<p><strong>Appareil reproducteur.<\/strong> L&rsquo;inflorescence est un \u00e9pi dense, ovo\u00efde \u00e0 ellipso\u00efde, long de 4 \u00e0 7 centim\u00e8tres, port\u00e9 par un p\u00e9doncule distinct, issu directement du rhizome (ind\u00e9pendant des pseudo-tiges feuill\u00e9es), haut de 15 \u00e0 30 centim\u00e8tres. Les bract\u00e9es sont imbriqu\u00e9es, ovales, vert p\u00e2le \u00e0 jaun\u00e2tres, \u00e0 marge souvent rouge\u00e2tre. Les fleurs sont zygomorphes, trim\u00e8res, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Le calice est tubulaire, membraneux, trident\u00e9. La corolle est tubulaire, \u00e0 3 lobes, de couleur jaune-verd\u00e2tre. Le labelle (p\u00e9tale modifi\u00e9) est ovale, trilob\u00e9, de couleur pourpre \u00e0 violet fonc\u00e9 avec des macules jaunes, plus grand que les p\u00e9tales. L&rsquo;\u00e9tamine fertile est unique, flanqu\u00e9e de 2 staminodes p\u00e9talo\u00efdes. L&rsquo;ovaire est inf\u00e8re, triloculaire. La floraison est rare en culture et la plante ne produit g\u00e9n\u00e9ralement pas de fruits viables. La multiplication est exclusivement v\u00e9g\u00e9tative, par division du rhizome.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p><em>Zingiber officinale<\/em> est une esp\u00e8ce exclusivement cultiv\u00e9e, dont le centre d&rsquo;origine pr\u00e9sum\u00e9 se situe en Asie du Sud-Est tropicale humide. La plante est cultiv\u00e9e dans toutes les r\u00e9gions tropicales et subtropicales du monde : Asie (Inde, Chine, N\u00e9pal, Bangladesh, Tha\u00eflande, Indon\u00e9sie, Japon), Afrique (Nigeria, Sierra Leone, Cameroun, \u00c9thiopie), Am\u00e9rique (Jama\u00efque, Br\u00e9sil, P\u00e9rou, Costa Rica), Oc\u00e9anie (Australie, Fidji, Hawa\u00ef).<\/p>\n<p>L&rsquo;Inde est le premier producteur mondial avec environ 2 millions de tonnes par an (chiffres 2023), suivie de la Chine, du N\u00e9pal, de l&rsquo;Indon\u00e9sie et du Nigeria. Les principaux \u00c9tats producteurs en Inde sont le Kerala, le Karnataka, le Meghalaya, l&rsquo;Assam et l&rsquo;Arunachal Pradesh.<\/p>\n<p>Le gingembre requiert un climat tropical ou subtropical chaud et humide, avec des temp\u00e9ratures optimales de 25 \u00e0 30 \u00b0C et une pluviom\u00e9trie annuelle de 1 500 \u00e0 3 000 millim\u00e8tres, bien r\u00e9partie sur la saison de croissance. Il tol\u00e8re un ombrage partiel (30 \u00e0 50 %) et est souvent cultiv\u00e9 en intercalaire dans les plantations de cocotiers ou d&rsquo;ar\u00e9quiers. Les sols id\u00e9aux sont des sols limoneux-sableux, profonds, bien drain\u00e9s, riches en mati\u00e8re organique, de pH 5,5 \u00e0 6,5. Le gingembre est sensible \u00e0 l&rsquo;engorgement hydrique, qui favorise les pourritures du rhizome.<\/p>\n<p>Le cycle cultural dure 8 \u00e0 10 mois selon les r\u00e9gions et les cultivars. La plantation s&rsquo;effectue au d\u00e9but de la saison des pluies, par mise en terre de fragments de rhizome (\u00ab semenceaux \u00bb) de 25 \u00e0 50 grammes portant 1 \u00e0 2 bourgeons. La r\u00e9colte intervient lorsque les feuilles jaunissent et se dess\u00e8chent, signe de maturit\u00e9 du rhizome.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie, conservation et culture<\/h3>\n<p><em>Zingiber officinale<\/em> est une esp\u00e8ce exclusivement cultiv\u00e9e et ne pr\u00e9sente aucun probl\u00e8me de conservation. C&rsquo;est l&rsquo;une des cultures d&rsquo;\u00e9pices les plus importantes au monde, avec une production mondiale estim\u00e9e \u00e0 plus de 4 millions de tonnes de rhizome frais par an.<\/p>\n<p>La culture est pratiqu\u00e9e sous les tropiques entre 0 et 1 500 m\u00e8tres d&rsquo;altitude. La plantation s&rsquo;effectue en d\u00e9but de saison des pluies (mars-mai en Inde) par mise en terre de fragments de rhizome de 25 \u00e0 50 grammes, espac\u00e9s de 20 \u00e0 25 centim\u00e8tres, dans des sillons ou des buttes, \u00e0 une profondeur de 5 \u00e0 8 centim\u00e8tres. Un paillage organique \u00e9pais (10-15 cm de feuilles mortes, paille de riz ou cosses de coco) est essentiel pour maintenir l&rsquo;humidit\u00e9, r\u00e9guler la temp\u00e9rature du sol et limiter les adventices.<\/p>\n<p>La fertilisation organique est traditionnellement privil\u00e9gi\u00e9e (fumier, compost, tourteau de neem). Les besoins en eau sont de 1 500 \u00e0 2 500 mm r\u00e9partis sur 8 \u00e0 10 mois. L&rsquo;irrigation d&rsquo;appoint est n\u00e9cessaire en p\u00e9riode s\u00e8che. Les principaux probl\u00e8mes phytosanitaires sont la pourriture molle du rhizome (<em>Pythium<\/em> spp.), le fl\u00e9trissement bact\u00e9rien (<em>Ralstonia solanacearum<\/em>), les n\u00e9matodes \u00e0 galles (<em>Meloidogyne<\/em> spp.) et le charan\u00e7on du rhizome (<em>Aspidiella hartii<\/em>).<\/p>\n<p>La r\u00e9colte du gingembre frais intervient 6 \u00e0 7 mois apr\u00e8s la plantation (gingembre vert, pour la confiserie et le march\u00e9 frais), tandis que la r\u00e9colte du gingembre sec se fait \u00e0 8 \u00e0 10 mois (maturit\u00e9 compl\u00e8te). Les rendements varient de 15 \u00e0 25 tonnes de rhizome frais par hectare en culture intensive.<\/p>\n<p>De nombreux cultivars sont reconnus, diff\u00e9rant par la taille et la forme du rhizome, la teneur en fibres, l&rsquo;ar\u00f4me, la pungence et le rendement en huile essentielle. Les cultivars indiens les plus r\u00e9put\u00e9s sont Rio de Janeiro, Maran, Nadia et Varada.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La drogue officinale est le <strong>rhizome<\/strong> (<em>Zingiberis rhizoma<\/em>). On distingue plusieurs formes commerciales :<\/p>\n<p><strong>Gingembre frais<\/strong> (<em>Zingiberis rhizoma recens<\/em>) : rhizome non pel\u00e9 ou partiellement pel\u00e9, juteux, charnu, utilis\u00e9 en cuisine et en m\u00e9decine traditionnelle chinoise sous le nom de <em>shengjiang<\/em> (\u751f\u59dc). La teneur en ging\u00e9rols est maximale dans le rhizome frais.<\/p>\n<p><strong>Gingembre s\u00e9ch\u00e9<\/strong> (<em>Zingiberis rhizoma siccum<\/em>) : rhizome pel\u00e9 ou non, s\u00e9ch\u00e9 au soleil ou dans des s\u00e9choirs. C&rsquo;est la drogue officinale des pharmacop\u00e9es europ\u00e9enne et fran\u00e7aise. Le s\u00e9chage provoque la conversion partielle des <strong>ging\u00e9rols<\/strong> (thermolabiles) en <strong>shogaols<\/strong> (plus piquants et plus stables), modifiant le profil organoleptique et pharmacologique.<\/p>\n<p><strong>Gingembre confit<\/strong> : rhizome conserv\u00e9 dans le sucre, utilis\u00e9 en confiserie et en cuisine.<\/p>\n<p>La Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne (monographie 01\/2017:1522) d\u00e9finit <em>Zingiberis rhizoma<\/em> comme le rhizome, entier ou coup\u00e9, pel\u00e9 ou non pel\u00e9, s\u00e9ch\u00e9, de <em>Zingiber officinale<\/em> Roscoe. La drogue doit contenir au minimum 15 ml\/kg d&rsquo;huile essentielle (drogue dess\u00e9ch\u00e9e) et les caract\u00e8res chromatographiques (CCM) doivent montrer la pr\u00e9sence de ging\u00e9rols et de shogaols.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>huile essentielle de gingembre<\/strong>, obtenue par hydrodistillation du rhizome frais ou sec, est \u00e9galement officinale. Elle est de couleur jaune p\u00e2le, de consistance fluide, avec une odeur chaude, \u00e9pic\u00e9e, l\u00e9g\u00e8rement citronn\u00e9e. Le rendement est de 1 \u00e0 3 % (m\/m).<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le rhizome de gingembre contient une ol\u00e9or\u00e9sine (4 \u00e0 7,5 % de la masse s\u00e8che) renfermant les compos\u00e9s responsables de la saveur piquante, une huile essentielle (1 \u00e0 3 %) responsable de l&rsquo;ar\u00f4me, et divers autres constituants.<\/p>\n<h3>Ph\u00e9nylalcanones et ph\u00e9nylalc\u00e9nones (fraction piquante)<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left; margin:5px 25px 15px 0; max-width:280px; border:1px solid #c9b99a; padding:6px; background:#faf6ee; border-radius:4px; cursor:pointer;\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/zingiber_officinale.jpg\" alt=\"Zingiber officinale \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%; height:auto; display:block;\" \/><figcaption style=\"text-align:center; font-size:0.78em; color:#5a4e3c; margin-top:5px; font-style:italic;\">Zingiber officinale<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les compos\u00e9s responsables de la pungence du gingembre appartiennent \u00e0 la classe des vanillylamides :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ging\u00e9rols<\/strong> \u2014 famille de compos\u00e9s ph\u00e9noliques dont le <strong>[6]-ging\u00e9rol<\/strong> est le repr\u00e9sentant majoritaire (1 \u00e0 3 % de la drogue s\u00e8che). La s\u00e9rie comprend le [4]-ging\u00e9rol, le [6]-ging\u00e9rol, le [8]-ging\u00e9rol, le [10]-ging\u00e9rol et le [12]-ging\u00e9rol, diff\u00e9rant par la longueur de la cha\u00eene lat\u00e9rale aliphatique. Le [6]-ging\u00e9rol est le compos\u00e9 le plus abondant et le plus \u00e9tudi\u00e9 pharmacologiquement.<\/li>\n<li><strong>Shogaols<\/strong> \u2014 produits de d\u00e9shydratation des ging\u00e9rols correspondants, form\u00e9s lors du s\u00e9chage et du stockage. Le <strong>[6]-shogaol<\/strong> est le plus abondant dans le gingembre s\u00e9ch\u00e9. Les shogaols sont environ deux fois plus piquants que les ging\u00e9rols correspondants et pr\u00e9sentent une activit\u00e9 pharmacologique souvent sup\u00e9rieure.<\/li>\n<li><strong>Paradols<\/strong> \u2014 produits de r\u00e9duction des shogaols, pr\u00e9sents en faible quantit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Gingerdiones<\/strong>, <strong>gingerdiac\u00e9tates<\/strong>, <strong>zingerone<\/strong> (vanillylac\u00e9tone, responsable de l&rsquo;ar\u00f4me du gingembre cuit).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Huile essentielle (fraction aromatique)<\/h3>\n<p>L&rsquo;huile essentielle contient principalement des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/sesquiterpenes\/\">sesquiterp\u00e8nes<\/a> hydrocarbon\u00e9s<\/strong> : <strong>zingib\u00e9r\u00e8ne<\/strong> (20-30 %, marqueur chimique), <strong>ar-curcum\u00e8ne<\/strong>, <strong>b\u00eata-sesquiphellandr\u00e8ne<\/strong>, <strong>b\u00eata-bisabol\u00e8ne<\/strong>, <strong>alpha-farn\u00e9s\u00e8ne<\/strong>. Les <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/monoterpenes\/\">monoterp\u00e8nes<\/a><\/strong> sont \u00e9galement pr\u00e9sents : <strong>camph\u00e8ne<\/strong>, <strong>b\u00eata-phellandr\u00e8ne<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/cineal-eucalyptol\/\">cin\u00e9ole<\/a><\/strong>, <strong>g\u00e9ranial<\/strong>, <strong>n\u00e9ral<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/linalol\/\">linalol<\/a><\/strong>, <strong>born\u00e9ol<\/strong>. La composition varie consid\u00e9rablement selon l&rsquo;origine g\u00e9ographique, le cultivar et les conditions de culture.<\/p>\n<h3>Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p>Le rhizome contient de l&rsquo;amidon (40-60 % de la masse s\u00e8che), des prot\u00e9ines (environ 9 %), des lipides (3-8 %), des fibres (3-8 %), des <strong>diarylheptano\u00efdes<\/strong> (apparent\u00e9s \u00e0 la curcumine), des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> (<strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/quercetine\/\">querc\u00e9tine<\/a><\/strong>, <strong>kaempf\u00e9rol<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/rutine\/\">rutine<\/a><\/strong>) et des vitamines (C, B6, niacine).<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>Activit\u00e9 anti\u00e9m\u00e9tique<\/h3>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 anti\u00e9m\u00e9tique constitue la propri\u00e9t\u00e9 pharmacologique la plus solidement \u00e9tablie du gingembre. Le m\u00e9canisme est multiple et implique :<\/p>\n<ul>\n<li>Un antagonisme des r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques <strong>5-HT3<\/strong> au niveau de la zone ch\u00e9mor\u00e9ceptrice du plancher du quatri\u00e8me ventricule et au niveau des aff\u00e9rences vagales gastro-intestinales. Le <strong>[6]-ging\u00e9rol<\/strong> et le <strong>[6]-shogaol<\/strong> se lient au r\u00e9cepteur 5-HT3 avec une affinit\u00e9 comparable \u00e0 celle de l&rsquo;ondans\u00e9tron.<\/li>\n<li>Un antagonisme des r\u00e9cepteurs de la <strong>substance P<\/strong> (r\u00e9cepteurs NK1) dans le centre du vomissement.<\/li>\n<li>Une action prokin\u00e9tique gastrique : les ging\u00e9rols acc\u00e9l\u00e8rent la vidange gastrique en stimulant la motilit\u00e9 antrale, ce qui contribue \u00e0 l&rsquo;effet anti\u00e9m\u00e9tique en r\u00e9duisant la distension gastrique.<\/li>\n<li>Une action anticholinergique p\u00e9riph\u00e9rique mod\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/h3>\n<p>Le <strong>[6]-ging\u00e9rol<\/strong> et le <strong>[6]-shogaol<\/strong> inhibent de mani\u00e8re dose-d\u00e9pendante la synth\u00e8se des <strong>prostaglandines<\/strong> et des <strong>leucotri\u00e8nes<\/strong> par double inhibition de la <strong>cyclo-oxyg\u00e9nase<\/strong> (COX-1 et COX-2) et de la <strong>5-lipoxyg\u00e9nase<\/strong> (5-LOX). Cette double inhibition, rare parmi les anti-inflammatoires conventionnels, conf\u00e8re au gingembre un profil anti-inflammatoire original. Les ging\u00e9rols inhibent \u00e9galement la production de <strong>TNF-\u03b1<\/strong>, d&rsquo;<strong>IL-1\u03b2<\/strong> et de <strong>NO<\/strong> par les macrophages activ\u00e9s, via l&rsquo;inhibition de la voie <strong>NF-kB<\/strong>.<\/p>\n<p><em>In vivo<\/em>, les extraits de gingembre r\u00e9duisent l&rsquo;\u0153d\u00e8me de la patte de rat induit par la carrag\u00e9nine, avec une efficacit\u00e9 comparable \u00e0 celle de l&rsquo;indom\u00e9tacine aux doses \u00e9tudi\u00e9es.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 antioxydante<\/h3>\n<p>Les ging\u00e9rols et shogaols sont de puissants pi\u00e9geurs de radicaux libres (radical hydroxyle, radical superoxyde, radical peroxyle). Le <strong>[6]-shogaol<\/strong> est environ 3 fois plus antioxydant que le <strong>[6]-ging\u00e9rol<\/strong> dans les tests DPPH et ORAC. L&rsquo;activit\u00e9 antioxydante est renforc\u00e9e par les flavono\u00efdes et les diarylheptano\u00efdes pr\u00e9sents dans le rhizome.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 sur le m\u00e9tabolisme lipidique<\/h3>\n<p>Des \u00e9tudes pr\u00e9cliniques et cliniques pr\u00e9liminaires montrent un effet hypocholest\u00e9rol\u00e9miant et hypotriglyc\u00e9rid\u00e9miant, par inhibition de l&rsquo;absorption intestinale du cholest\u00e9rol, stimulation de la conversion h\u00e9patique du cholest\u00e9rol en acides biliaires, et activation de la <strong>lipoprot\u00e9ine lipase<\/strong>.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 antiagr\u00e9gante plaquettaire<\/h3>\n<p>Les ging\u00e9rols inhibent la synth\u00e8se du <strong>thromboxane A2<\/strong> plaquettaire par inhibition de la thromboxane synthase, r\u00e9duisant l&rsquo;agr\u00e9gation plaquettaire <em>in vitro<\/em>. L&rsquo;effet <em>in vivo<\/em> \u00e0 doses alimentaires est cependant consid\u00e9r\u00e9 comme cliniquement peu significatif.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>Naus\u00e9es et vomissements de la grossesse<\/h3>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;indication clinique la plus robustement document\u00e9e. Une m\u00e9ta-analyse Cochrane (Viljoen et al., 2014) portant sur 12 essais cliniques randomis\u00e9s (1 278 femmes enceintes) a conclu que la suppl\u00e9mentation en gingembre (1 \u00e0 1,5 g\/jour de poudre de rhizome pendant 4 \u00e0 7 jours) r\u00e9duisait significativement la fr\u00e9quence des naus\u00e9es et le nombre d&rsquo;\u00e9pisodes vomitifs par rapport au placebo au premier trimestre de grossesse, sans augmentation du risque d&rsquo;effets ind\u00e9sirables maternels ou f\u0153taux.<\/p>\n<p>Deux essais comparatifs avec la vitamine B6 (pyridoxine) \u00e0 75 mg\/jour ont montr\u00e9 une efficacit\u00e9 comparable du gingembre (1 g\/jour) \u00e0 celle de la pyridoxine pour le soulagement des naus\u00e9es gravidiques.<\/p>\n<h3>Naus\u00e9es et vomissements postop\u00e9ratoires<\/h3>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse (Chaiyakunapruk et al., 2006) portant sur 5 essais randomis\u00e9s (363 patients) a montr\u00e9 qu&rsquo;une dose fixe de 1 g de poudre de gingembre administr\u00e9e avant l&rsquo;intervention chirurgicale r\u00e9duisait significativement l&rsquo;incidence des naus\u00e9es postop\u00e9ratoires (RR 0,68 ; IC 95 % : 0,48-0,98) par rapport au placebo.<\/p>\n<h3>Naus\u00e9es chimio-induites<\/h3>\n<p>Ryan et al. (2012) ont conduit un essai multicentrique randomis\u00e9 en double aveugle sur 576 patients canc\u00e9reux recevant une chimioth\u00e9rapie, montrant que la suppl\u00e9mentation en gingembre (0,5 \u00e0 1 g\/jour pendant 6 jours autour de chaque cycle) r\u00e9duisait significativement la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des naus\u00e9es chimio-induites, en particulier le jour du traitement, par rapport au placebo.<\/p>\n<h3>Mal des transports<\/h3>\n<p>Plusieurs essais cliniques ont \u00e9valu\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 du gingembre contre le mal des transports, avec des r\u00e9sultats mitig\u00e9s. Lien et al. (2003) ont montr\u00e9 un effet protecteur significatif du gingembre (1 \u00e0 2 g) contre la cin\u00e9tose induite par stimulation optokin\u00e9tique. D&rsquo;autres essais n&rsquo;ont pas retrouv\u00e9 de sup\u00e9riorit\u00e9 significative par rapport au placebo ou \u00e0 la <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/scopolamine\/\">scopolamine<\/a>.<\/p>\n<h3>Arthrose et douleurs musculosquelettiques<\/h3>\n<p>Altman et Marcussen (2001) ont conduit un essai randomis\u00e9 en double aveugle sur 261 patients atteints de gonarthrose, montrant qu&rsquo;un extrait standardis\u00e9 de gingembre (255 mg, 2 fois par jour pendant 6 semaines) r\u00e9duisait significativement la douleur au mouvement et le handicap fonctionnel par rapport au placebo. Une m\u00e9ta-analyse ult\u00e9rieure (Bartels et al., 2015) a confirm\u00e9 un effet antalgique modeste mais statistiquement significatif dans l&rsquo;arthrose.<\/p>\n<h3>Dysm\u00e9norrh\u00e9e<\/h3>\n<p>Plusieurs essais randomis\u00e9s ont montr\u00e9 que la poudre de gingembre (750 mg \u00e0 2 g\/jour pendant les 3 premiers jours des menstruations) r\u00e9duisait significativement la douleur menstruelle, avec une efficacit\u00e9 comparable \u00e0 celle de l&rsquo;ibuprof\u00e8ne (400 mg) ou de l&rsquo;acide m\u00e9f\u00e9namique (250 mg) dans les essais comparatifs.<\/p>\n<hr>\n<h3>Indications th\u00e9rapeutiques retenues<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Pr\u00e9vention et traitement des naus\u00e9es et vomissements de la grossesse<\/strong> (premier trimestre) : niveau de preuve A (m\u00e9ta-analyse Cochrane)<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9vention des naus\u00e9es et vomissements postop\u00e9ratoires<\/strong> : niveau de preuve A<\/li>\n<li><strong>Naus\u00e9es chimio-induites<\/strong> (en adjuvant des anti\u00e9m\u00e9tiques standards) : niveau de preuve B<\/li>\n<li><strong>Mal des transports<\/strong> : niveau de preuve B (r\u00e9sultats h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes)<\/li>\n<li><strong>Arthrose<\/strong> (soulagement symptomatique de la douleur) : niveau de preuve B<\/li>\n<li><strong>Dysm\u00e9norrh\u00e9e primaire<\/strong> : niveau de preuve B<\/li>\n<li><strong>Dyspepsie fonctionnelle<\/strong> et troubles digestifs : niveau de preuve C (usage traditionnel, donn\u00e9es pr\u00e9cliniques)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le gingembre est reconnu, sur la base d&rsquo;essais cliniques, pour la pr\u00e9vention des naus\u00e9es et vomissements li\u00e9s au mal des transports, et d&rsquo;usage traditionnel pour le traitement symptomatique des troubles digestifs mineurs. La Commission E allemande approuve l&rsquo;usage pour la dyspepsie et la pr\u00e9vention du mal des transports.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>[6]-ging\u00e9rol<\/td>\n<td>Ging\u00e9rol (ph\u00e9nol)<\/td>\n<td>Anti\u00e9m\u00e9tique, anti-inflammatoire<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>[6]-shogaol<\/td>\n<td>Shogaol<\/td>\n<td>Anti-inflammatoire, antioxydant (gingembre s\u00e9ch\u00e9)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Zingib\u00e9r\u00e8ne<\/td>\n<td>Sesquiterp\u00e8ne (HE)<\/td>\n<td>Aromatique, carminatif<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Ging\u00e9rdiones<\/td>\n<td>C\u00e9tones ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>Anti-inflammatoires<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Poudre de rhizome en g\u00e9lules.<\/strong> C&rsquo;est la forme la plus couramment utilis\u00e9e et la plus \u00e9tudi\u00e9e cliniquement. Posologie anti\u00e9m\u00e9tique : 250 mg, 4 fois par jour, soit 1 g par jour. Pour les naus\u00e9es de grossesse : 250 mg, 4 fois par jour pendant au maximum 4 jours cons\u00e9cutifs. Pour le mal des transports : 1 \u00e0 2 g, 30 minutes \u00e0 1 heure avant le voyage.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec standardis\u00e9.<\/strong> Standardis\u00e9 \u00e0 5 % de ging\u00e9rols totaux ou \u00e0 un ratio ging\u00e9rols\/shogaols d\u00e9fini. Posologie : 100 \u00e0 300 mg, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Teinture m\u00e8re.<\/strong> Pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir de rhizome frais dans de l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 70 %. Posologie : 1 \u00e0 3 ml, 3 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Infusion.<\/strong> 1 \u00e0 2 grammes de rhizome frais r\u00e2p\u00e9 ou 0,5 \u00e0 1 gramme de poudre de rhizome sec par tasse d&rsquo;eau bouillante, infuser 5 \u00e0 10 minutes. 2 \u00e0 4 tasses par jour.<\/p>\n<p><strong>Huile essentielle.<\/strong> Usage interne (sur avis professionnel) : 1 \u00e0 2 gouttes sur un support, 2 \u00e0 3 fois par jour. Usage externe : en massage dilu\u00e9 (5 \u00e0 10 %) dans une huile v\u00e9g\u00e9tale pour les douleurs musculaires et articulaires.<\/p>\n<p><strong>Rhizome frais.<\/strong> L&rsquo;usage alimentaire (5 \u00e0 10 grammes par jour) apporte une dose pharmacologiquement active de ging\u00e9rols et contribue \u00e0 l&rsquo;effet anti\u00e9m\u00e9tique et digestif.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p><strong>Toxicit\u00e9 aigu\u00eb.<\/strong> La DL50 par voie orale chez le rat est sup\u00e9rieure \u00e0 5 g\/kg pour l&rsquo;ol\u00e9or\u00e9sine de gingembre, attestant d&rsquo;une toxicit\u00e9 aigu\u00eb tr\u00e8s faible. Le gingembre est class\u00e9 GRAS (<em>Generally Recognized As Safe<\/em>) par la FDA am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p><strong>S\u00e9curit\u00e9 pendant la grossesse.<\/strong> Les donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 chez la femme enceinte sont rassurantes. La m\u00e9ta-analyse de Viljoen et al. (2014) n&rsquo;a pas mis en \u00e9vidence d&rsquo;augmentation du risque de malformations cong\u00e9nitales, de fausse couche, d&rsquo;accouchement pr\u00e9matur\u00e9 ou de petit poids de naissance chez les femmes ayant consomm\u00e9 du gingembre pendant le premier trimestre. Le registre norv\u00e9gien des naissances (68 522 grossesses) a confirm\u00e9 l&rsquo;absence de risque t\u00e9ratog\u00e8ne. N\u00e9anmoins, par prudence, la posologie ne devrait pas d\u00e9passer 1 \u00e0 1,5 g\/jour et la dur\u00e9e de traitement devrait \u00eatre limit\u00e9e \u00e0 quelques jours.<\/p>\n<p><strong>Effets ind\u00e9sirables.<\/strong> Aux doses th\u00e9rapeutiques, les effets ind\u00e9sirables sont rares et b\u00e9nins : br\u00fblures d&rsquo;estomac et reflux gastro-\u0153sophagien (surtout \u00e0 doses \u00e9lev\u00e9es), \u00e9ructations \u00e0 saveur de gingembre, diarrh\u00e9e l\u00e9g\u00e8re, irritation buccale et \u0153sophagienne (en cas de prise de poudre sans suffisamment d&rsquo;eau). Des cas isol\u00e9s de dermatite de contact ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s lors de manipulations prolong\u00e9es du rhizome frais.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications.<\/strong> Obstruction des voies biliaires (effet chol\u00e9r\u00e9tique), lithiase biliaire symptomatique. L&rsquo;utilisation avant une intervention chirurgicale est d\u00e9battue en raison de l&rsquo;effet antiagr\u00e9gant plaquettaire th\u00e9orique, bien que les donn\u00e9es cliniques ne confirment pas d&rsquo;augmentation du risque h\u00e9morragique aux doses alimentaires et th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses.<\/strong> Les interactions cliniquement significatives sont consid\u00e9r\u00e9es comme faibles aux doses th\u00e9rapeutiques. Une interaction th\u00e9orique existe avec les anticoagulants oraux (effet antiagr\u00e9gant plaquettaire additif) et les antidiab\u00e9tiques oraux (effet hypoglyc\u00e9miant additif modeste). La prudence est recommand\u00e9e en cas de co-administration avec la warfarine, bien qu&rsquo;une \u00e9tude pharmacocin\u00e9tique contr\u00f4l\u00e9e n&rsquo;ait pas montr\u00e9 d&rsquo;alt\u00e9ration significative de l&rsquo;INR chez des volontaires sains.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le gingembre est l&rsquo;une des plus anciennes plantes m\u00e9dicinales et aromatiques connues de l&rsquo;humanit\u00e9. Sa domestication remonte \u00e0 au moins 5 000 ans en Asie du Sud-Est. Les plus anciens textes m\u00e9dicaux sanskrits (<em>Charaka Samhita<\/em>, <em>Sushruta Samhita<\/em>) le mentionnent sous le nom de <em>shunthi<\/em> (sec) ou <em>ardrakam<\/em> (frais) comme un rem\u00e8de universel, un <em>vishwabheshaja<\/em> (\u00ab rem\u00e8de du monde \u00bb).<\/p>\n<p>En <strong>Ayurveda<\/strong>, le gingembre est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des rem\u00e8des les plus importants. Le gingembre frais (<em>ardrakam<\/em>) est r\u00e9put\u00e9 anti\u00e9m\u00e9tique, ap\u00e9ritif et digestif. Le gingembre sec (<em>shunthi<\/em>) est consid\u00e9r\u00e9 comme plus puissant et utilis\u00e9 pour les affections respiratoires, les douleurs articulaires et comme tonique digestif. Il entre dans la composition du c\u00e9l\u00e8bre <em>Trikatu<\/em> (m\u00e9lange de gingembre, poivre noir et poivre long).<\/p>\n<p>En <strong>m\u00e9decine traditionnelle chinoise<\/strong>, le gingembre frais (<em>shengjiang<\/em>, \u751f\u59dc) est utilis\u00e9 depuis plus de 2 500 ans pour disperser le froid ext\u00e9rieur, r\u00e9chauffer le Poumon, arr\u00eater les vomissements et d\u00e9toxifier. Le gingembre s\u00e9ch\u00e9 (<em>ganjiang<\/em>, \u5e72\u59dc) r\u00e9chauffe le Centre et disperse le froid interne. Le gingembre carbonis\u00e9 (<em>paojiang<\/em>) arr\u00eate les h\u00e9morragies.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine, le gingembre \u00e9tait une \u00e9pice de luxe import\u00e9e d&rsquo;Orient. Dioscoride (1er si\u00e8cle) le recommandait pour les troubles digestifs et comme antidote. Pline l&rsquo;Ancien mentionnait son usage contre les douleurs oculaires. Au Moyen \u00c2ge, il fut l&rsquo;une des \u00e9pices les plus pris\u00e9es en Europe, utilis\u00e9e aussi bien en cuisine qu&rsquo;en m\u00e9decine.<\/p>\n<p>La m\u00e9decine traditionnelle arabe (<em>tibb unani<\/em>) consid\u00e8re le gingembre comme \u00ab chaud et sec au troisi\u00e8me degr\u00e9 \u00bb, indiqu\u00e9 pour les troubles digestifs, les affections respiratoires et l&rsquo;impuissance. Il est l&rsquo;un des ingr\u00e9dients de la c\u00e9l\u00e8bre <em>ma&rsquo;jun<\/em> (confiture m\u00e9dicinale).<\/p>\n<hr>\n<h3>Risques de confusion<\/h3>\n<p>Le risque de confusion est limit\u00e9 pour le rhizome entier, dont la morphologie, l&rsquo;odeur et la saveur sont tr\u00e8s caract\u00e9ristiques. Cependant, certaines confusions peuvent survenir :<\/p>\n<p><em>Curcuma longa<\/em> L. (curcuma) : le rhizome s\u00e9ch\u00e9 en poudre peut \u00eatre confondu ou m\u00e9lang\u00e9 frauduleusement au gingembre en poudre. Le curcuma se distingue par sa couleur orange vif intense et sa saveur terreuse, peu piquante.<\/p>\n<p><em>Alpinia officinarum<\/em> Hance (galanga) : cette Zingib\u00e9rac\u00e9e voisine est parfois commercialis\u00e9e sous le nom de \u00ab gingembre chinois \u00bb. Le rhizome est plus petit, plus dur, \u00e0 saveur camphr\u00e9e et \u00e9pic\u00e9e diff\u00e9rente.<\/p>\n<p><em>Zingiber zerumbet<\/em> (L.) Roscoe ex Sm. (gingembre amer, <em>shampoo ginger<\/em>) : esp\u00e8ce proche, \u00e0 rhizome extr\u00eamement amer, utilis\u00e9e localement en m\u00e9decine traditionnelle mais non interchangeable avec le gingembre officinal.<\/p>\n<p>La chromatographie (CCM, HPLC) avec identification des ging\u00e9rols et du zingib\u00e9r\u00e8ne est la m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence pour confirmer l&rsquo;authenticit\u00e9 de la drogue.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Zingiber officinale<\/em> est l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les mieux document\u00e9es scientifiquement, avec un corpus de donn\u00e9es cliniques robuste pour l&rsquo;indication anti\u00e9m\u00e9tique. Son profil de s\u00e9curit\u00e9 remarquable, y compris pendant la grossesse, en fait un recours th\u00e9rapeutique de choix dans des situations cliniques o\u00f9 les options pharmacologiques conventionnelles sont limit\u00e9es ou d\u00e9conseill\u00e9es.<\/p>\n<p>Les perspectives de recherche actuelles incluent l&rsquo;approfondissement de l&rsquo;activit\u00e9 anti-inflammatoire dans l&rsquo;arthrose et les maladies inflammatoires chroniques, l&rsquo;exploration du potentiel antidiab\u00e9tique et hypolipid\u00e9miant, le d\u00e9veloppement de formulations \u00e0 biodisponibilit\u00e9 am\u00e9lior\u00e9e (les ging\u00e9rols \u00e9tant rapidement m\u00e9tabolis\u00e9s par glucuronoconjugaison), et l&rsquo;\u00e9tude des effets neuroprotecteurs des shogaols dans les mod\u00e8les de neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence.<\/p>\n<p>La standardisation des pr\u00e9parations reste un enjeu important, car la teneur et le ratio ging\u00e9rols\/shogaols varient consid\u00e9rablement selon la forme gal\u00e9nique (rhizome frais versus sec) et les conditions de transformation. L&rsquo;\u00e9laboration de monographies pharmacop\u00e9iques harmonis\u00e9es au niveau international contribuera \u00e0 garantir la qualit\u00e9 et l&rsquo;efficacit\u00e9 des produits commercialis\u00e9s.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Viljoen E. et al. A systematic review and meta-analysis of the effect and safety of ginger in the treatment of pregnancy-associated nausea and vomiting. <em>Nutrition Journal<\/em>, 2014, 13 : 20.<\/li>\n<li>Chaiyakunapruk N. et al. The efficacy of ginger for the prevention of postoperative nausea and vomiting: a meta-analysis. <em>American Journal of Obstetrics and Gynecology<\/em>, 2006, 194(1) : 95-99.<\/li>\n<li>Ryan J.L. et al. Ginger (Zingiber officinale) reduces acute chemotherapy-induced nausea: a URCC CCOP study of 576 patients. <em>Supportive Care in Cancer<\/em>, 2012, 20(7) : 1479-1489.<\/li>\n<li>Altman R.D., Marcussen K.C. Effects of a ginger extract on knee pain in patients with osteoarthritis. <em>Arthritis &amp; Rheumatism<\/em>, 2001, 44(11) : 2531-2538.<\/li>\n<li>Bartels E.M. et al. Efficacy and safety of ginger in osteoarthritis patients: a meta-analysis of randomized placebo-controlled trials. <em>Osteoarthritis and Cartilage<\/em>, 2015, 23(1) : 13-21.<\/li>\n<li>Semwal R.B. et al. Gingerols and shogaols: Important nutraceutical principles from ginger. <em>Phytochemistry<\/em>, 2015, 117 : 554-568.<\/li>\n<li>Mao Q.Q. et al. Bioactive compounds and bioactivities of ginger (<em>Zingiber officinale<\/em> Roscoe). <em>Foods<\/em>, 2019, 8(6) : 185.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. Monographie <em>Zingiberis rhizoma<\/em> (01\/2017:1522). 9e \u00e9dition, Strasbourg, 2017.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5e \u00e9dition, Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris, 2016.<\/li>\n<li>Ravindran P.N., Babu K.N. 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CRC Press, Boca Raton, 2005.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Anti\u00e9m\u00e9tique (naus\u00e9es, mal des transports, grossesse)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Digestif \/ carminatif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Antioxydant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gingembre \u2014 Zingiber officinale Roscoe Le gingembre est sans doute l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales et aromatiques les plus universellement connues et utilis\u00e9es \u00e0 travers le [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[153],"tags":[],"class_list":["post-9519","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-zingiberacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9519","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9519"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9519\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14344,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9519\/revisions\/14344"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9519"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9519"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9519"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}