{"id":9520,"date":"2026-04-25T20:40:03","date_gmt":"2026-04-25T18:40:03","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/aloe-vera\/"},"modified":"2026-06-24T16:50:00","modified_gmt":"2026-06-24T14:50:00","slug":"aloe-vera","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/aloe-vera\/","title":{"rendered":"ALOE VERA"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/aloe-vera.png\" alt=\"Planche botanique Aloe vera\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<h1>Aloe vera \u2014 <em>Aloe vera<\/em> (L.) Burm.f.<\/h1>\n<p>L&rsquo;aloe vera est l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus anciennement connues et les plus largement utilis\u00e9es au monde. Pr\u00e9sente dans les pharmacop\u00e9es de civilisations aussi \u00e9loign\u00e9es que l&rsquo;\u00c9gypte pharaonique, la Gr\u00e8ce antique, l&rsquo;Inde et la Chine, elle continue de faire l&rsquo;objet d&rsquo;un usage th\u00e9rapeutique et cosm\u00e9tique consid\u00e9rable, soutenu par une industrie mondiale pesant plusieurs milliards de dollars. La plante fournit deux drogues pharmacologiquement distinctes : le <strong>latex<\/strong> (suc) jaune amer, riche en <strong>alo\u00efne<\/strong> (barbalo\u00efne), puissant laxatif stimulant, et le <strong>gel<\/strong> (<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilage<\/a>) incolore et visqueux du parenchyme foliaire, riche en <strong>ac\u00e9mannane<\/strong>, aux propri\u00e9t\u00e9s cicatrisantes, hydratantes et immunomodulatrices. Cette dualit\u00e9 pharmacologique impose une rigueur dans la distinction des pr\u00e9parations et de leurs indications.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><em>Aloe vera<\/em> (L.) Burm.f. appartient \u00e0 la famille des <strong>Asphodelaceae<\/strong> (anciennement Liliaceae <em>sensu lato<\/em> ou Aloaceae), sous-famille des Asphodeloideae. Le genre <em>Aloe<\/em> est l&rsquo;un des plus vastes de cette famille, comprenant plus de 500 esp\u00e8ces, principalement distribu\u00e9es en Afrique et \u00e0 Madagascar.<\/p>\n<p>Classification syst\u00e9matique :<\/p>\n<ul>\n<li>R\u00e8gne : Plantae<\/li>\n<li>Sous-r\u00e8gne : Tracheobionta<\/li>\n<li>Division : Magnoliophyta<\/li>\n<li>Classe : Liliopsida<\/li>\n<li>Sous-classe : Liliidae<\/li>\n<li>Ordre : Asparagales<\/li>\n<li>Famille : Asphodelaceae<\/li>\n<li>Sous-famille : Asphodeloideae<\/li>\n<li>Genre : <em>Aloe<\/em><\/li>\n<li>Esp\u00e8ce : <em>Aloe vera<\/em> (L.) Burm.f.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La nomenclature de cette esp\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 longtemps d\u00e9battue. Le basionyme est <em>Aloe perfoliata<\/em> var. <em>vera<\/em> L. (1753). La combinaison <em>Aloe vera<\/em> (L.) Burm.f. a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1768. Le nom <em>Aloe barbadensis<\/em> Mill. (1768) est un synonyme fr\u00e9quemment utilis\u00e9 dans la litt\u00e9rature commerciale. D&rsquo;autres synonymes incluent <em>Aloe vulgaris<\/em> Lam., <em>Aloe indica<\/em> Royle et <em>Aloe chinensis<\/em> Steud.<\/p>\n<p>Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Aloe<\/em> d\u00e9rive probablement de l&rsquo;arabe <em>alloeh<\/em> ou de l&rsquo;h\u00e9breu <em>ahalim<\/em>, signifiant \u00ab amer \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la saveur du latex. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>vera<\/em> (\u00ab vrai \u00bb) distingue cette esp\u00e8ce des nombreuses autres alo\u00e8s m\u00e9dicinaux.<\/p>\n<p>Il convient de distinguer <em>Aloe vera<\/em> des autres esp\u00e8ces officinales du genre, notamment <em>Aloe ferox<\/em> Mill. (alo\u00e8s du Cap), esp\u00e8ce sud-africaine fournissant un latex de qualit\u00e9 comparable, inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne sous le nom de <em>Aloe capensis<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Aloe vera<\/em> est une plante vivace succulente, acaule ou \u00e0 tige courte, atteignant 60 \u00e0 100 centim\u00e8tres de hauteur, formant des rosettes basales denses.<\/p>\n<p><strong>Appareil v\u00e9g\u00e9tatif.<\/strong> La tige est tr\u00e8s courte, ligneuse, souvent enfouie dans le sol ou dress\u00e9e de quelques centim\u00e8tres seulement. Elle porte \u00e0 son sommet une rosette de 15 \u00e0 30 feuilles charnues, dispos\u00e9es en spirale. Les feuilles sont sessiles, lanc\u00e9ol\u00e9es, dress\u00e9es \u00e0 \u00e9tal\u00e9es, longues de 40 \u00e0 60 centim\u00e8tres, larges de 6 \u00e0 10 centim\u00e8tres \u00e0 la base, \u00e9paisses de 1,5 \u00e0 3 centim\u00e8tres. Elles sont de couleur vert gris\u00e2tre \u00e0 vert glauque, parfois macul\u00e9es de taches blanch\u00e2tres chez les jeunes plants (qui disparaissent avec l&rsquo;\u00e2ge dans les populations cultiv\u00e9es). La surface est lisse, l\u00e9g\u00e8rement concave sur la face sup\u00e9rieure, convexe sur la face inf\u00e9rieure. La marge porte des dents cartilagineuses triangulaires, espac\u00e9es de 1 \u00e0 2 centim\u00e8tres, de couleur blanch\u00e2tre \u00e0 ros\u00e2tre, longues de 2 \u00e0 3 millim\u00e8tres.<\/p>\n<p>La coupe transversale d&rsquo;une feuille r\u00e9v\u00e8le trois tissus distincts d&rsquo;importance pharmacologique :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;<strong>\u00e9piderme<\/strong> externe (cuticule \u00e9paisse et chlorenchyme) : couche protectrice coriace.<\/li>\n<li>Les <strong>cellules p\u00e9ricycliques<\/strong> (ou canaux laticif\u00e8res) : situ\u00e9es imm\u00e9diatement sous l&rsquo;\u00e9piderme, elles contiennent le latex jaune amer, riche en <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">anthraquinones<\/a>.<\/li>\n<li>Le <strong>parenchyme de r\u00e9serve<\/strong> (m\u00e9sophylle aquif\u00e8re) : tissu central constitu\u00e9 de grandes cellules mucilaginneuses gorg\u00e9es d&rsquo;un gel translucide et visqueux. Ce gel constitue la majeure partie du volume foliaire (65-80 %).<\/li>\n<\/ul>\n<p>La plante se multiplie abondamment par rejets (drageons) issus de la base de la rosette m\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Appareil reproducteur.<\/strong> L&rsquo;inflorescence est un rac\u00e8me simple, dense, cylindrique, long de 30 \u00e0 50 centim\u00e8tres, port\u00e9 par une hampe florale dress\u00e9e de 60 \u00e0 100 centim\u00e8tres de hauteur, partant du centre de la rosette. Les fleurs sont pendantes, tubulaires, longues de 25 \u00e0 35 millim\u00e8tres, de couleur jaune vif \u00e0 orang\u00e9e. Le p\u00e9rianthe est form\u00e9 de 6 t\u00e9pales soud\u00e9s \u00e0 la base en un tube cylindrique. Les \u00e9tamines sont au nombre de 6, l\u00e9g\u00e8rement exsertes. L&rsquo;ovaire est sup\u00e8re, triloculaire, surmont\u00e9 d&rsquo;un style filiforme. La pollinisation est assur\u00e9e par les oiseaux (ornithophilie) et les insectes dans les r\u00e9gions d&rsquo;origine. Le fruit est une capsule loculicide oblongue contenant de nombreuses graines noires, ail\u00e9es. La floraison est rare dans de nombreuses r\u00e9gions de culture.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p>L&rsquo;origine g\u00e9ographique exacte d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em> fait l&rsquo;objet de discussions. L&rsquo;esp\u00e8ce est probablement originaire de la p\u00e9ninsule Arabique (Oman, Y\u00e9men) et de la Corne de l&rsquo;Afrique (Somalie, \u00c9thiopie, Soudan). Elle a \u00e9t\u00e9 introduite et naturalis\u00e9e tr\u00e8s anciennement dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en, les \u00eeles de Macaron\u00e9sie (Canaries), l&rsquo;Inde, l&rsquo;Asie du Sud-Est, les Antilles et l&rsquo;Am\u00e9rique tropicale.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, <em>Aloe vera<\/em> est cultiv\u00e9e commercialement dans toutes les r\u00e9gions tropicales, subtropicales et m\u00e9diterran\u00e9ennes : Mexique (premier producteur mondial), R\u00e9publique dominicaine, Venezuela, \u00c9tats-Unis (Texas, Floride), Costa Rica, Guatemala, Inde, Chine, Tha\u00eflande, Australie, Afrique du Sud, Espagne (Canaries, Andalousie), Italie, Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce est remarquablement adapt\u00e9e aux conditions arides et semi-arides. Son m\u00e9tabolisme de type <strong>CAM<\/strong> (Crassulacean Acid Metabolism) lui permet de fixer le CO2 nocturne en r\u00e9duisant les pertes en eau par transpiration diurne. Elle tol\u00e8re des temp\u00e9ratures de 10 \u00e0 45 \u00b0C (optimum 20-30 \u00b0C), une pluviom\u00e9trie aussi faible que 200 millim\u00e8tres par an (gr\u00e2ce \u00e0 ses r\u00e9serves hydriques foliaires) et des sols pauvres, sableux ou caillouteux, bien drain\u00e9s. Elle ne supporte pas le gel prolong\u00e9 (mort des tissus en dessous de -2 \u00b0C) ni l&rsquo;engorgement hydrique (pourriture des racines). Le pH optimal du sol est de 6,0 \u00e0 8,0.<\/p>\n<p><em>Aloe vera<\/em> est une esp\u00e8ce pionni\u00e8re des milieux perturb\u00e9s, des falaises c\u00f4ti\u00e8res, des pentes rocheuses et des terrains vagues dans ses r\u00e9gions de naturalisation. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme potentiellement invasive dans certains \u00e9cosyst\u00e8mes insulaires tropicaux.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie, conservation et culture<\/h3>\n<p><em>Aloe vera<\/em> est une esp\u00e8ce cultiv\u00e9e \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle et ne pr\u00e9sente aucun probl\u00e8me de conservation. En revanche, de nombreuses autres esp\u00e8ces du genre <em>Aloe<\/em> sont menac\u00e9es d&rsquo;extinction dans leur habitat naturel en raison de la destruction de leur habitat, de la surexploitation et du changement climatique. Le genre <em>Aloe<\/em> est inscrit \u00e0 l&rsquo;Annexe II de la CITES (\u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;<em>A. vera<\/em>, qui en est exempt\u00e9e en raison de son statut cultiv\u00e9).<\/p>\n<p>La culture d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em> est relativement simple et peu exigeante. La multiplication est presque exclusivement v\u00e9g\u00e9tative, par s\u00e9paration des rejets de la rosette m\u00e8re. Les rejets sont repiqu\u00e9s directement en plein champ ou en pot, \u00e0 un espacement de 50 \u00e0 80 centim\u00e8tres. La plante n\u00e9cessite peu d&rsquo;irrigation (sauf en milieu tr\u00e8s aride), pas de fertilisation intensive et tr\u00e8s peu de traitements phytosanitaires. Les principaux probl\u00e8mes sont les pourritures racinaires en sol mal drain\u00e9 et les cochenilles.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re r\u00e9colte de feuilles intervient 18 \u00e0 24 mois apr\u00e8s la plantation. Les feuilles les plus basses et les plus matures sont pr\u00e9lev\u00e9es manuellement, 3 \u00e0 4 fois par an. Un plant mature produit 3 \u00e0 5 kilogrammes de feuilles par an. La dur\u00e9e de vie productive d&rsquo;une plantation est de 4 \u00e0 6 ans.<\/p>\n<p>La transformation industrielle du gel n\u00e9cessite un processus rapide (dans les 6 heures suivant la r\u00e9colte) pour pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des polysaccharides et des enzymes. Le fileting (retrait de l&rsquo;\u00e9piderme et du latex) est suivi d&rsquo;une homog\u00e9n\u00e9isation, d&rsquo;une filtration et d&rsquo;une stabilisation (pasteurisation \u00e0 basse temp\u00e9rature, lyophilisation ou ajout de conservateurs naturels).<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Deux drogues pharmacologiquement distinctes sont obtenues \u00e0 partir des feuilles :<\/p>\n<h3>Latex d&rsquo;alo\u00e8s (suc d&rsquo;alo\u00e8s)<\/h3>\n<p>Le <strong>latex<\/strong> (<em>Aloe<\/em>, <em>Aloes<\/em>) est le suc jaune-brun obtenu par incision transversale des feuilles, qui s&rsquo;\u00e9coule spontan\u00e9ment des cellules p\u00e9ricycliques. Il est recueilli, concentr\u00e9 par \u00e9vaporation et s\u00e9ch\u00e9 pour donner une masse vitreuse, brun-noir, translucide, \u00e0 cassure concho\u00efdale, d&rsquo;odeur caract\u00e9ristique et de saveur intens\u00e9ment am\u00e8re. C&rsquo;est la drogue inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne sous le nom <em>Aloe barbadensis<\/em> (de <em>A. vera<\/em>) ou <em>Aloe capensis<\/em> (de <em>A. ferox<\/em>). La Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne exige une teneur minimale de 28 % d&rsquo;hydroxyanthrac\u00e8nes totaux calcul\u00e9s en barbalo\u00efne.<\/p>\n<h3>Gel d&rsquo;alo\u00e8s (mucilage)<\/h3>\n<p>Le <strong>gel<\/strong> (<em>Aloe vera gel<\/em>) est le mucilage translucide et incolore extrait du parenchyme aquif\u00e8re central des feuilles, apr\u00e8s \u00e9limination soigneuse de l&rsquo;\u00e9piderme et du latex. Il est constitu\u00e9 \u00e0 98-99 % d&rsquo;eau et contient des polysaccharides (principalement l&rsquo;<strong>ac\u00e9mannane<\/strong>), des glycoprot\u00e9ines, des vitamines, des min\u00e9raux et des enzymes. Le gel est utilis\u00e9 frais ou stabilis\u00e9 (pasteurisation, lyophilisation, ajout de conservateurs). Il n&rsquo;existe pas de monographie sp\u00e9cifique dans la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne pour le gel, mais des normes de qualit\u00e9 sont d\u00e9finies par l&rsquo;International Aloe Science Council (IASC).<\/p>\n<p>La distinction entre ces deux drogues est fondamentale car elles ont des compositions chimiques et des activit\u00e9s pharmacologiques radicalement diff\u00e9rentes. La contamination du gel par le latex (pr\u00e9sence d&rsquo;anthraquinones) est un probl\u00e8me de qualit\u00e9 fr\u00e9quent qui peut entra\u00eener des effets laxatifs ind\u00e9sirables.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>Compos\u00e9s du latex (anthraquinones)<\/h3>\n<p>Le latex contient principalement des <strong>d\u00e9riv\u00e9s anthrac\u00e9niques<\/strong> de type C-glycosides d&rsquo;anthrone :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Alo\u00efne A et B<\/strong> (barbalo\u00efne) \u2014 compos\u00e9s majoritaires, repr\u00e9sentant 25 \u00e0 40 % de la masse s\u00e8che du latex. Ce sont des C-glucosides de l&rsquo;alo\u00e9-\u00e9modol anthrone. L&rsquo;alo\u00efne A (10-glucosyl-alo\u00e9-\u00e9modol anthrone) et l&rsquo;alo\u00efne B (diast\u00e9r\u00e9oisom\u00e8re) constituent le principal marqueur analytique et le pr\u00e9curseur de la forme active laxative.<\/li>\n<li><strong>Aloinoside A et B<\/strong> \u2014 rhamnosylglucosides de l&rsquo;alo\u00efne.<\/li>\n<li><strong>Alo\u00e9-\u00e9modine<\/strong> (anthraquinone libre) \u2014 pr\u00e9sente en faible quantit\u00e9, m\u00e9tabolite actif form\u00e9 par hydrolyse bact\u00e9rienne colique de l&rsquo;alo\u00efne.<\/li>\n<li><strong>Chrysophanol<\/strong>, <strong>aloeresine A<\/strong> (aloesone 2&prime;-O-glucoside), <strong>alo\u00e9sine<\/strong> (aloesone 8-C-glucoside).<\/li>\n<li><strong>Chromones<\/strong> : <strong>aloesone<\/strong>, <strong>aloeresines<\/strong> \u2014 compos\u00e9s ph\u00e9noliques contributifs au profil antioxydant.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Compos\u00e9s du gel (polysaccharides et autres)<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Ac\u00e9mannane<\/strong> (acemannan) \u2014 polysaccharide de haut poids mol\u00e9culaire constitu\u00e9 de r\u00e9sidus mannose ac\u00e9tyl\u00e9s li\u00e9s en b\u00eata-(1\u21924), avec des ramifications de galactose et de glucose. C&rsquo;est le compos\u00e9 bioactif majeur du gel, repr\u00e9sentant 0,5 \u00e0 1 % de la masse s\u00e8che. Il poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s immunomodulatrices, cicatrisantes et antivirales.<\/li>\n<li><strong>Glucomannanes<\/strong> et <strong>galactomannanes<\/strong> \u2014 polysaccharides de poids mol\u00e9culaire variable.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pectines\/\">Pectines<\/a><\/strong>, <strong>h\u00e9micelluloses<\/strong>, <strong>glucuronanes<\/strong>.<\/li>\n<li><strong>Glycoprot\u00e9ines<\/strong> : <strong>alprog\u00e8ne<\/strong> (antiallergique), <strong>aloctin A<\/strong> (immunomodulateur).<\/li>\n<li><strong>Enzymes<\/strong> : <strong>lipase<\/strong>, <strong>amylase<\/strong>, <strong>catalase<\/strong>, <strong>peroxydase<\/strong>, <strong>carboxypeptidase<\/strong>, <strong>bradykinase<\/strong> (anti-inflammatoire), <strong>superoxyde dismutase<\/strong>.<\/li>\n<li><strong>Vitamines<\/strong> : A (b\u00eata-carot\u00e8ne), C (acide ascorbique), E (alpha-tocoph\u00e9rol), B1, B2, B3, B6, B9, B12 (en traces).<\/li>\n<li><strong>Min\u00e9raux<\/strong> : calcium, magn\u00e9sium, zinc, chrome, s\u00e9l\u00e9nium, sodium, potassium, mangan\u00e8se, cuivre, fer.<\/li>\n<li><strong>Acides amin\u00e9s<\/strong> : 20 acides amin\u00e9s dont 7 essentiels.<\/li>\n<li><strong>Acides organiques<\/strong> : <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/acide-salicylique\/\">acide salicylique<\/a><\/strong>, <strong>acide gamma-linol\u00e9nique<\/strong>.<\/li>\n<li><strong>St\u00e9rols<\/strong> : <strong>lup\u00e9ol<\/strong>, <strong>cholest\u00e9rol<\/strong>, <strong>campest\u00e9rol<\/strong>, <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/beta-sitosterol\/\">b\u00eata-sitost\u00e9rol<\/a><\/strong>.<\/li>\n<li><strong>Saponines<\/strong> : substances tensioactives aux propri\u00e9t\u00e9s antiseptiques.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>Activit\u00e9 laxative (latex)<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>alo\u00efne<\/strong>, prodrogue inactive, est hydrolys\u00e9e par les b\u00eata-glucosidases de la flore bact\u00e9rienne colique en <strong>alo\u00e9-\u00e9modine anthrone<\/strong>, la forme pharmacologiquement active. Ce m\u00e9tabolite agit par deux m\u00e9canismes compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Effet s\u00e9cr\u00e9toire<\/strong> : stimulation de la s\u00e9cr\u00e9tion active d&rsquo;eau et d&rsquo;\u00e9lectrolytes (chlorure, potassium) dans la lumi\u00e8re colique par inhibition de l&rsquo;absorption d&rsquo;eau et de sodium au niveau des ent\u00e9rocytes. Ce m\u00e9canisme implique l&rsquo;ouverture des canaux chlorure et l&rsquo;inhibition de la Na+\/K+-ATPase basolat\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Effet moteur<\/strong> : stimulation de la motricit\u00e9 colique par augmentation de la production locale de prostaglandines (PGE2) et de monoxyde d&rsquo;azote, et par stimulation directe des plexus nerveux myent\u00e9riques (plexus d&rsquo;Auerbach).<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;effet laxatif survient 8 \u00e0 12 heures apr\u00e8s l&rsquo;ingestion, correspondant au temps de transit jusqu&rsquo;au c\u00f4lon et \u00e0 l&rsquo;hydrolyse bact\u00e9rienne.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 cicatrisante et anti-inflammatoire (gel)<\/h3>\n<p>Le gel d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em> acc\u00e9l\u00e8re la cicatrisation cutan\u00e9e par de multiples m\u00e9canismes :<\/p>\n<ul>\n<li>Stimulation de la prolif\u00e9ration des fibroblastes et de la synth\u00e8se de collag\u00e8ne par l&rsquo;<strong>ac\u00e9mannane<\/strong> et les glycoprot\u00e9ines.<\/li>\n<li>Augmentation de la n\u00e9ovascularisation au niveau du tissu de granulation.<\/li>\n<li>Stimulation de la migration k\u00e9ratinocytaire et de la r\u00e9-\u00e9pith\u00e9lialisation.<\/li>\n<li>Activit\u00e9 anti-inflammatoire par inhibition de la <strong>cyclo-oxyg\u00e9nase<\/strong> et de la <strong>thromboxane synthase<\/strong> par les st\u00e9rols et l&rsquo;acide salicylique.<\/li>\n<li>Activit\u00e9 antioxydante locale par les vitamines C et E, les glutathion peroxydases et la superoxyde dismutase.<\/li>\n<li>Activit\u00e9 antibact\u00e9rienne mod\u00e9r\u00e9e par les saponines et l&rsquo;acide salicylique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La <strong>bradykinase<\/strong> contenue dans le gel hydrolyse la bradykinine, m\u00e9diateur de la douleur et de l&rsquo;inflammation, contribuant \u00e0 l&rsquo;effet analg\u00e9sique local.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 immunomodulatrice (gel)<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>ac\u00e9mannane<\/strong> est un puissant activateur des macrophages : il se lie aux r\u00e9cepteurs mannose des macrophages, induisant la lib\u00e9ration d&rsquo;<strong>IL-1<\/strong>, d&rsquo;<strong>IL-6<\/strong>, de <strong>TNF-\u03b1<\/strong> et d&rsquo;<strong>interf\u00e9ron-gamma<\/strong>. Il stimule \u00e9galement la production de monoxyde d&rsquo;azote macrophagique et l&rsquo;activit\u00e9 des cellules NK. Ces propri\u00e9t\u00e9s immunostimulantes ont \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9es en m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire (traitement du fibrosarcome f\u00e9lin).<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 antivirale (gel)<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>ac\u00e9mannane<\/strong> poss\u00e8de une activit\u00e9 antivirale d\u00e9montr\u00e9e <em>in vitro<\/em> contre le VIH-1, les virus de l&rsquo;herp\u00e8s simplex (HSV-1, HSV-2), le virus de la grippe et le virus de la rougeole. Le m\u00e9canisme implique l&rsquo;inhibition de la glycosylation des prot\u00e9ines d&rsquo;enveloppe virale et la stimulation de la r\u00e9ponse immune antivirale.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>Br\u00fblures et cicatrisation cutan\u00e9e<\/h3>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse (Maenthaisong et al., 2007) portant sur 4 essais cliniques contr\u00f4l\u00e9s (371 patients) a conclu que l&rsquo;application topique de gel d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em> acc\u00e9l\u00e9rait significativement la cicatrisation des br\u00fblures du premier et du second degr\u00e9 superficiel, avec une r\u00e9duction du temps de cicatrisation d&rsquo;environ 9 jours par rapport aux traitements conventionnels (vaseline, gaze argentique).<\/p>\n<p>Plusieurs essais cliniques ont \u00e9galement montr\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice dans la cicatrisation des plaies chirurgicales, des escarres et des fissures anales.<\/p>\n<h3>Dermatite de radioth\u00e9rapie<\/h3>\n<p>Les r\u00e9sultats cliniques sont contradictoires. Certains essais ont montr\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;application de gel d&rsquo;aloe vera pour pr\u00e9venir ou traiter la dermatite induite par la radioth\u00e9rapie, tandis que d&rsquo;autres n&rsquo;ont pas retrouv\u00e9 de sup\u00e9riorit\u00e9 par rapport \u00e0 une cr\u00e8me aqueuse neutre.<\/p>\n<h3>Psoriasis<\/h3>\n<p>Syed et al. (1996) ont conduit un essai randomis\u00e9 en double aveugle sur 60 patients atteints de psoriasis en plaques l\u00e9ger \u00e0 mod\u00e9r\u00e9, montrant qu&rsquo;une cr\u00e8me \u00e0 0,5 % d&rsquo;extrait de gel d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em>, appliqu\u00e9e 3 fois par jour pendant 4 semaines, induisait une gu\u00e9rison compl\u00e8te ou une am\u00e9lioration significative chez 83,3 % des patients contre 6,6 % sous placebo.<\/p>\n<h3>Constipation (latex)<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 laxative du latex d&rsquo;alo\u00e8s est reconnue cliniquement et inscrite dans les pharmacop\u00e9es. L&rsquo;effet est dose-d\u00e9pendant et survient en 8 \u00e0 12 heures. La posologie laxative est de 10 \u00e0 30 mg d&rsquo;hydroxyanthrac\u00e8nes par jour (correspondant \u00e0 20 \u00e0 60 mg de latex). Un usage prolong\u00e9 au-del\u00e0 de 1 \u00e0 2 semaines est d\u00e9conseill\u00e9.<\/p>\n<h3>Diab\u00e8te de type 2<\/h3>\n<p>Plusieurs essais cliniques de petite taille ont sugg\u00e9r\u00e9 un effet hypoglyc\u00e9miant mod\u00e9r\u00e9 du gel ou du latex d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em> chez des patients diab\u00e9tiques de type 2, avec une r\u00e9duction de la glyc\u00e9mie \u00e0 jeun et de l&rsquo;h\u00e9moglobine glyqu\u00e9e. Cependant, la qualit\u00e9 m\u00e9thodologique de ces essais est insuffisante pour \u00e9tablir une recommandation th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<h3>Colite ulc\u00e9reuse<\/h3>\n<p>Un essai randomis\u00e9 en double aveugle (Langmead et al., 2004) sur 44 patients atteints de colite ulc\u00e9reuse l\u00e9g\u00e8re \u00e0 mod\u00e9r\u00e9e a montr\u00e9 qu&rsquo;une prise orale de gel d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em> (100 ml, 2 fois par jour pendant 4 semaines) induisait une r\u00e9ponse clinique chez 47 % des patients contre 14 % sous placebo.<\/p>\n<hr>\n<h3>Indications th\u00e9rapeutiques retenues<\/h3>\n<h3>Gel (usage topique)<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Br\u00fblures superficielles (1er et 2e degr\u00e9 superficiel)<\/strong> : niveau de preuve B<\/li>\n<li><strong>Cicatrisation des plaies cutan\u00e9es mineures<\/strong> : niveau de preuve B<\/li>\n<li><strong>Psoriasis en plaques l\u00e9ger \u00e0 mod\u00e9r\u00e9<\/strong> : niveau de preuve B (un essai)<\/li>\n<li><strong>Hydratation et protection cutan\u00e9e<\/strong> : usage cosm\u00e9tique reconnu<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Gel (usage oral)<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Colite ulc\u00e9reuse l\u00e9g\u00e8re \u00e0 mod\u00e9r\u00e9e<\/strong> (adjuvant) : niveau de preuve C<\/li>\n<li><strong>Diab\u00e8te de type 2<\/strong> (adjuvant) : niveau de preuve C<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Latex (usage oral)<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Constipation occasionnelle (usage \u00e0 court terme, maximum 1 semaine) : niveau de preuve A (usage bien \u00e9tabli, pharmacop\u00e9es)<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;EMA reconna\u00eet l&rsquo;usage bien \u00e9tabli du latex d&rsquo;alo\u00e8s comme laxatif stimulant pour le traitement \u00e0 court terme de la constipation occasionnelle.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Ac\u00e9mannane<\/td>\n<td>Polysaccharide (gel)<\/td>\n<td>Immunomodulateur, cicatrisant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Alo\u00efne (barbalo\u00efne)<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/anthraquinones\/\">Anthraquinone<\/a> (latex)<\/td>\n<td>Laxatif stimulant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Polysaccharides mucilagineux<\/td>\n<td>Mucilages<\/td>\n<td>\u00c9mollients, hydratants<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Compos\u00e9s ph\u00e9noliques<\/td>\n<td>Polyph\u00e9nols<\/td>\n<td>Antioxydants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<h3>Gel \u2014 usage topique<\/h3>\n<p><strong>Gel natif stabilis\u00e9.<\/strong> Application directe sur la zone \u00e0 traiter, 2 \u00e0 3 fois par jour. Les gels du commerce contiennent g\u00e9n\u00e9ralement 90 \u00e0 99 % de gel d&rsquo;aloe vera stabilis\u00e9. Le gel frais, pr\u00e9lev\u00e9 directement dans la feuille, peut \u00eatre appliqu\u00e9 imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p><strong>Cr\u00e8mes et pommades.<\/strong> Formulations contenant 10 \u00e0 70 % de gel d&rsquo;aloe vera, associ\u00e9 \u00e0 des excipients cosm\u00e9tiques ou pharmaceutiques.<\/p>\n<h3>Gel \u2014 usage oral<\/h3>\n<p><strong>Jus de gel d&rsquo;aloe vera.<\/strong> 50 \u00e0 100 ml de gel stabilis\u00e9, 1 \u00e0 2 fois par jour. La qualit\u00e9 du produit est d\u00e9terminante : il doit \u00eatre certifi\u00e9 exempt d&rsquo;alo\u00efne (teneur en anthraquinones inf\u00e9rieure \u00e0 10 ppm selon les normes IASC).<\/p>\n<p><strong>Extrait sec de gel.<\/strong> Standardis\u00e9 en ac\u00e9mannane, 200 \u00e0 400 mg par jour.<\/p>\n<h3>Latex \u2014 usage oral<\/h3>\n<p><strong>Extrait sec de latex (alo\u00e8s en poudre).<\/strong> Posologie laxative : 10 \u00e0 30 mg d&rsquo;hydroxyanthrac\u00e8nes totaux par jour, soit environ 20 \u00e0 60 mg de poudre de latex titr\u00e9e \u00e0 50 % d&rsquo;alo\u00efne. \u00c0 prendre le soir au coucher pour un effet le lendemain matin. Commencer par la dose la plus faible et ajuster. Ne pas d\u00e9passer 1 semaine de traitement cons\u00e9cutif.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<h3>Gel<\/h3>\n<p>Le gel d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em> est consid\u00e9r\u00e9 comme tr\u00e8s bien tol\u00e9r\u00e9 en usage topique. Les r\u00e9actions allergiques sont rares (dermatite de contact, exceptionnelle). En usage oral, le gel purifi\u00e9 (exempt d&rsquo;alo\u00efne) est g\u00e9n\u00e9ralement bien tol\u00e9r\u00e9. Des cas isol\u00e9s de diarrh\u00e9e, de douleurs abdominales et d&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s avec des pr\u00e9parations orales. L&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9, bien que rare, est reconnue par LiverTox (NIH) avec plus d&rsquo;une dizaine de cas publi\u00e9s ; elle survient en g\u00e9n\u00e9ral entre 3 et 24 semaines de prise et r\u00e9gresssive \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. Le lien avec les anthraquinones r\u00e9siduelles est probable mais le m\u00e9canisme exact n&rsquo;est pas d\u00e9finitivement \u00e9tabli.<\/p>\n<h3>Latex<\/h3>\n<p>La toxicit\u00e9 du latex est li\u00e9e aux anthraquinones. Les effets ind\u00e9sirables fr\u00e9quents incluent : crampes abdominales, diarrh\u00e9e, coloration brune des urines (inoffensive). L&rsquo;usage prolong\u00e9 (sup\u00e9rieur \u00e0 2 semaines) peut entra\u00eener :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hypokali\u00e9mie<\/strong> par pertes potassiques coliques, potentiellement grave (risque d&rsquo;arythmie cardiaque).<\/li>\n<li><strong>Pseudomelanosis coli<\/strong> : pigmentation b\u00e9nigne et r\u00e9versible de la muqueuse colique.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pendance laxative<\/strong> : le c\u00f4lon devient r\u00e9fractaire \u00e0 la stimulation, n\u00e9cessitant des doses croissantes (\u00ab c\u00f4lon des laxatifs \u00bb).<\/li>\n<li><strong>N\u00e9phrotoxicit\u00e9<\/strong> : des cas d&rsquo;insuffisance r\u00e9nale ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s apr\u00e8s usage prolong\u00e9 \u00e0 fortes doses.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En 2002, la FDA am\u00e9ricaine a retir\u00e9 l&rsquo;approbation des laxatifs stimulants \u00e0 base d&rsquo;alo\u00efne en raison du manque de donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 long terme. En Europe, l&rsquo;usage reste autoris\u00e9 mais strictement limit\u00e9 \u00e0 1-2 semaines.<\/p>\n<p>L&rsquo;alo\u00e9-\u00e9modine a montr\u00e9 un potentiel g\u00e9notoxique <em>in vitro<\/em> (test d&rsquo;Ames positif dans certaines conditions). Toutefois, les \u00e9tudes <em>in vivo<\/em> n&rsquo;ont pas confirm\u00e9 de risque carcinog\u00e8ne aux doses th\u00e9rapeutiques. Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) a class\u00e9 l&rsquo;extrait de feuille enti\u00e8re d&rsquo;<em>Aloe vera<\/em> contenant de l&rsquo;alo\u00efne dans le groupe 2B (possiblement canc\u00e9rog\u00e8ne pour l&rsquo;homme) en 2016, tandis que le gel d\u00e9color\u00e9 (exempt d&rsquo;alo\u00efne) n&rsquo;est pas classifiable.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications.<\/strong> Latex : grossesse (risque de stimulation ut\u00e9rine et d&rsquo;hypokali\u00e9mie), allaitement, enfants de moins de 12 ans, occlusion intestinale, maladies inflammatoires intestinales en pouss\u00e9e, insuffisance r\u00e9nale, hypokali\u00e9mie. Gel oral : grossesse (par prudence).<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses.<\/strong> Le latex potentialise l&rsquo;effet des digitaliques (risque d&rsquo;arythmie par hypokali\u00e9mie), des diur\u00e9tiques hypokali\u00e9miants, des cortico\u00efdes et des antiarythmiques. Il peut r\u00e9duire l&rsquo;absorption de m\u00e9dicaments administr\u00e9s concomitamment par acc\u00e9l\u00e9ration du transit.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;alo\u00e8s est l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus anciennement document\u00e9es. Le papyrus Ebers (environ 1550 av. J.-C.), l&rsquo;un des plus anciens trait\u00e9s m\u00e9dicaux connus, mentionne d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;usage de l&rsquo;alo\u00e8s pour les affections cutan\u00e9es, les infections et la constipation. La l\u00e9gende veut que Cl\u00e9op\u00e2tre ait utilis\u00e9 le gel d&rsquo;alo\u00e8s dans ses rituels de beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Dioscoride (1er si\u00e8cle apr. J.-C.) d\u00e9crit en d\u00e9tail les usages m\u00e9dicinaux de l&rsquo;alo\u00e8s dans son <em>De Materia Medica<\/em> : laxatif, cicatrisant des plaies, traitement des affections oculaires, h\u00e9mostatique. Pline l&rsquo;Ancien mentionne des usages similaires. L&rsquo;alo\u00e8s \u00e9tait l&rsquo;une des denr\u00e9es les plus pr\u00e9cieuses du commerce antique entre l&rsquo;Arabie, l&rsquo;Inde et la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>En <strong>Ayurveda<\/strong>, l&rsquo;alo\u00e8s (<em>kumari<\/em>, \u00ab la jeune fille \u00bb) est utilis\u00e9 comme tonique amer, laxatif, emm\u00e9nagogue, anti-inflammatoire et cicatrisant. Il est r\u00e9put\u00e9 \u00e9quilibrer les trois <em>doshas<\/em> (Vata, Pitta, Kapha). En <strong>m\u00e9decine traditionnelle chinoise<\/strong>, le latex d&rsquo;alo\u00e8s (<em>luhui<\/em>, \u82a6\u835f) est class\u00e9 parmi les purgatifs, utilis\u00e9 pour \u00ab purger le feu du foie \u00bb et traiter la constipation.<\/p>\n<p>En m\u00e9decine traditionnelle africaine, les alo\u00e8s (nombreuses esp\u00e8ces locales) sont utilis\u00e9s pour les br\u00fblures, les plaies, les dermatoses, les parasitoses intestinales et comme r\u00e9pulsif contre les insectes. \u00c0 Madagascar, <em>Aloe<\/em> spp. sont employ\u00e9s en m\u00e9decine traditionnelle et en rituels de purification.<\/p>\n<p>La diffusion mondiale de l&rsquo;aloe vera a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement stimul\u00e9e par son usage dans la m\u00e9decine populaire des Cara\u00efbes (o\u00f9 l&rsquo;esp\u00e8ce fut introduite au XVIe si\u00e8cle par les conquistadors espagnols) et par la popularisation de ses vertus cosm\u00e9tiques et cicatrisantes aux \u00c9tats-Unis \u00e0 partir des ann\u00e9es 1930-1940, notamment apr\u00e8s les travaux sur le traitement des br\u00fblures radiologiques.<\/p>\n<hr>\n<h3>Risques de confusion<\/h3>\n<p><em>Aloe vera<\/em> peut \u00eatre confondu avec d&rsquo;autres esp\u00e8ces du genre <em>Aloe<\/em>, notamment :<\/p>\n<p><em>Aloe ferox<\/em> Mill. (alo\u00e8s du Cap) : esp\u00e8ce sud-africaine arbustive, atteignant 2 \u00e0 3 m\u00e8tres de hauteur, \u00e0 feuilles plus \u00e9pineuses et \u00e0 inflorescences ramifi\u00e9es rouge-orang\u00e9. Le latex est de qualit\u00e9 officinale comparable. Le gel est moins abondant que chez <em>A. vera<\/em>.<\/p>\n<p><em>Aloe arborescens<\/em> Mill. (alo\u00e8s arborescent) : esp\u00e8ce buissonnante tr\u00e8s ramifi\u00e9e, \u00e0 feuilles plus \u00e9troites et plus \u00e9pineuses. Largement utilis\u00e9e en m\u00e9decine populaire au Japon et au Br\u00e9sil (protocole du P\u00e8re Zago), mais moins \u00e9tudi\u00e9e cliniquement qu&rsquo;<em>A. vera<\/em>.<\/p>\n<p><em>Agave americana<\/em> L. (agave) : plante morphologiquement similaire mais appartenant \u00e0 la famille des Asparagaceae, \u00e0 feuilles beaucoup plus grandes, plus rigides, termin\u00e9es par une \u00e9pine ac\u00e9r\u00e9e et \u00e0 marge portant de fortes \u00e9pines crochues. Elle ne contient pas d&rsquo;alo\u00efne ni d&rsquo;ac\u00e9mannane et ne poss\u00e8de pas les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales.<\/p>\n<p>Des plantes succulentes ornementales du genre <em>Haworthia<\/em> ou <em>Gasteria<\/em> peuvent \u00eatre confondues avec de jeunes plants d&rsquo;alo\u00e8s, mais elles ne pr\u00e9sentent pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00e9dicinal.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Aloe vera<\/em> est une plante m\u00e9dicinale d&rsquo;importance mondiale majeure, offrant deux drogues aux propri\u00e9t\u00e9s compl\u00e9mentaires. Le gel, riche en <strong>ac\u00e9mannane<\/strong>, constitue un agent cicatrisant, hydratant et immunomodulateur de premier plan en usage topique, tandis que le latex, riche en <strong>alo\u00efne<\/strong>, est un laxatif stimulant efficace mais \u00e0 usage strictement limit\u00e9 dans le temps.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis actuels incluent la standardisation et le contr\u00f4le de qualit\u00e9 des pr\u00e9parations commerciales (beaucoup de produits sur le march\u00e9 contiennent des quantit\u00e9s insuffisantes de principes actifs ou sont contamin\u00e9s par le latex), l&rsquo;approfondissement des \u00e9tudes cliniques sur les usages oraux du gel (colite ulc\u00e9reuse, diab\u00e8te, dyslipid\u00e9mie), la clarification du profil de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 long terme des anthraquinones, et le d\u00e9veloppement de formulations innovantes (nanoparticules d&rsquo;ac\u00e9mannane, hydrogels biomim\u00e9tiques, pansements bioactifs).<\/p>\n<p>Les recherches les plus prometteuses concernent l&rsquo;exploitation des propri\u00e9t\u00e9s immunomodulatrices de l&rsquo;ac\u00e9mannane en immunoth\u00e9rapie et en adjuvant vaccinal, le d\u00e9veloppement de biomat\u00e9riaux pour l&rsquo;ing\u00e9nierie tissulaire \u00e0 partir du gel, et l&rsquo;utilisation de l&rsquo;aloe vera dans des syst\u00e8mes de d\u00e9livrance m\u00e9dicamenteuse innovants.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Surjushe A., Vasani R., Saple D.G. Aloe vera: a short review. <em>Indian Journal of Dermatology<\/em>, 2008, 53(4) : 163-166.<\/li>\n<li>Maenthaisong R. et al. The efficacy of aloe vera used for burn wound healing: a systematic review. <em>Burns<\/em>, 2007, 33(6) : 713-718.<\/li>\n<li>Syed T.A. et al. Management of psoriasis with <em>Aloe vera<\/em> extract in a hydrophilic cream: a placebo-controlled, double-blind study. <em>Tropical Medicine and International Health<\/em>, 1996, 1(4) : 505-509.<\/li>\n<li>Langmead L. et al. Randomized, double-blind, placebo-controlled trial of oral aloe vera gel for active ulcerative colitis. <em>Alimentary Pharmacology &amp; Therapeutics<\/em>, 2004, 19(7) : 739-747.<\/li>\n<li>Hamman J.H. Composition and applications of <em>Aloe vera<\/em> leaf gel. <em>Molecules<\/em>, 2008, 13(8) : 1599-1616.<\/li>\n<li>Radha M.H., Laxmipriya N.P. Evaluation of biological properties and clinical effectiveness of <em>Aloe vera<\/em>: a systematic review. <em>Journal of Traditional and Complementary Medicine<\/em>, 2015, 5(1) : 21-26.<\/li>\n<li>EMA\/HMPC. Community herbal monograph on <em>Aloe barbadensis<\/em> Mill. and <em>Aloe (various species, mainly Aloe ferox<\/em> Mill. and its hybrids), folii succus siccatus. EMA\/HMPC\/759585\/2009, 2017.<\/li>\n<li>IARC. Monographs on the evaluation of carcinogenic risks to humans. Volume 108: Some drugs and herbal products. Aloe vera. Lyon, 2016.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne. Monographies <em>Aloe barbadensis<\/em> et <em>Aloe capensis<\/em>. 9e \u00e9dition, Strasbourg, 2017.<\/li>\n<li>Reynolds T. (\u00e9d.). <em>Aloes: The genus Aloe<\/em>. CRC Press, Boca Raton, 2004.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5e \u00e9dition, Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris, 2016.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Cicatrisant cutan\u00e9 (gel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> \u00c9mollient \/ hydratant<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Laxatif stimulant (latex)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Anti-inflammatoire<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aloe vera \u2014 Aloe vera (L.) Burm.f. L&rsquo;aloe vera est l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus anciennement connues et les plus largement utilis\u00e9es au monde. 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