{"id":9524,"date":"2026-04-25T20:40:03","date_gmt":"2026-04-25T18:40:03","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/kava\/"},"modified":"2026-06-24T16:55:01","modified_gmt":"2026-06-24T14:55:01","slug":"kava","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/04\/25\/kava\/","title":{"rendered":"KAVA"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Kava.jpg\" alt=\"Planche botanique Kava\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<h1>Kava \u2014 <em>Piper methysticum<\/em> G.Forst.<\/h1>\n<p>Le kava, boisson sacr\u00e9e et rituelle des peuples du Pacifique Sud depuis plus de 3 000 ans, est aussi l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus remarquables et les plus controvers\u00e9es de la pharmacop\u00e9e mondiale. Ses principes actifs, les <strong>kavalactones<\/strong>, constituent une classe unique de compos\u00e9s psychoactifs non addictifs poss\u00e9dant des propri\u00e9t\u00e9s anxiolytiques, myorelaxantes et s\u00e9datives d\u00e9montr\u00e9es par de solides donn\u00e9es cliniques. L&rsquo;histoire r\u00e9cente du kava est toutefois marqu\u00e9e par une vive pol\u00e9mique concernant sa s\u00e9curit\u00e9 h\u00e9patique, qui a conduit \u00e0 son retrait temporaire du march\u00e9 dans plusieurs pays europ\u00e9ens au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. La pr\u00e9sente monographie propose un examen objectif et complet de l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es scientifiques disponibles, permettant de situer le kava dans sa juste perspective th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p><em>Piper methysticum<\/em> G.Forst. appartient \u00e0 la famille des <strong>Piperaceae<\/strong>, famille pantropicale comprenant environ 3 600 esp\u00e8ces r\u00e9parties en 5 genres, dont le genre <em>Piper<\/em> (poivrier) est de tr\u00e8s loin le plus vaste avec plus de 2 000 esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Classification syst\u00e9matique :<\/p>\n<ul>\n<li>R\u00e8gne : Plantae<\/li>\n<li>Sous-r\u00e8gne : Tracheobionta<\/li>\n<li>Division : Magnoliophyta<\/li>\n<li>Classe : Magnoliopsida<\/li>\n<li>Sous-classe : Magnoliidae<\/li>\n<li>Ordre : Piperales<\/li>\n<li>Famille : Piperaceae<\/li>\n<li>Genre : <em>Piper<\/em><\/li>\n<li>Esp\u00e8ce : <em>Piper methysticum<\/em> G.Forst.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;esp\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par Georg Forster en 1786, d&rsquo;apr\u00e8s les sp\u00e9cimens collect\u00e9s lors du second voyage de James Cook dans le Pacifique (1772-1775). Le nom g\u00e9n\u00e9rique <em>Piper<\/em> est le nom latin du poivre. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>methysticum<\/em> d\u00e9rive du grec <em>methystikos<\/em> (enivrant), en r\u00e9f\u00e9rence aux effets psychotropes de la boisson traditionnelle.<\/p>\n<p>Synonymes nomenclaturaux : <em>Macropiper methysticum<\/em> (G.Forst.) Miq., <em>Piper inebrians<\/em> Bertero ex Steud.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab kava \u00bb (ou <em>kava kava<\/em>, par redoublement intensif) provient du tongien et du polyn\u00e9sien <em>kava<\/em>, signifiant \u00ab amer \u00bb ou \u00ab acre \u00bb. D&rsquo;autres noms vernaculaires incluent <em>&lsquo;awa<\/em> (hawa\u00efen), <em>yaqona<\/em> (fidjien), <em>sakau<\/em> (pohnp\u00e9ien), <em>malok<\/em> ou <em>malogu<\/em> (vanuatais).<\/p>\n<p><em>Piper methysticum<\/em> est une esp\u00e8ce exclusivement cultiv\u00e9e, consid\u00e9r\u00e9e comme un cultivar st\u00e9rile domestiqu\u00e9 d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;esp\u00e8ce sauvage <em>Piper wichmannii<\/em> C.DC. par s\u00e9lection humaine au cours de mill\u00e9naires de culture en Oc\u00e9anie.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p><em>Piper methysticum<\/em> est un arbuste vivace dress\u00e9, atteignant 2 \u00e0 5 m\u00e8tres de hauteur, \u00e0 tiges charnues, noueuses et fortement ramifi\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Appareil v\u00e9g\u00e9tatif.<\/strong> Les tiges sont dichotomiquement ramifi\u00e9es, charnues, succulentes, de couleur verte, marqu\u00e9es de n\u0153uds pro\u00e9minents (cicatrices foliaires), devenant ligneuses \u00e0 la base avec l&rsquo;\u00e2ge. Le diam\u00e8tre des tiges principales peut atteindre 5 \u00e0 8 centim\u00e8tres. Le rhizome (souche) est massif, charnu, irr\u00e9guli\u00e8rement lob\u00e9, pouvant atteindre 3 \u00e0 10 kilogrammes chez les plants matures (3 \u00e0 5 ans), de couleur gris-brun\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, blanc-jaun\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, avec une texture fibreuse et humide. Le syst\u00e8me racinaire comprend de nombreuses racines lat\u00e9rales charnues, \u00e9paisses.<\/p>\n<p>Les feuilles sont alternes, simples, enti\u00e8res, largement cordiformes (en forme de c\u0153ur), longues de 10 \u00e0 25 centim\u00e8tres, larges de 8 \u00e0 20 centim\u00e8tres, \u00e0 base profond\u00e9ment cord\u00e9e, \u00e0 sommet acumin\u00e9, \u00e0 marge enti\u00e8re, glabres, de couleur vert fonc\u00e9 luisant, \u00e0 nervation palm\u00e9e (7 \u00e0 11 nervures principales rayonnant du point d&rsquo;insertion du p\u00e9tiole). Le p\u00e9tiole est long (2 \u00e0 6 centim\u00e8tres), charnu, engainant la tige \u00e0 sa base. Les stipules sont caduques.<\/p>\n<p><strong>Appareil reproducteur.<\/strong> Les inflorescences sont des \u00e9pis charnus (spadices) cylindriques, solitaires, oppos\u00e9s aux feuilles, longs de 3 \u00e0 9 centim\u00e8tres, denses, de couleur blanc-verd\u00e2tre. Les fleurs sont tr\u00e8s petites, unisexu\u00e9es (la plante est dio\u00efque), nues (absence de calice et de corolle), constitu\u00e9es uniquement d&rsquo;\u00e9tamines (fleurs m\u00e2les) ou d&rsquo;un pistil (fleurs femelles). La plante cultiv\u00e9e est presque toujours st\u00e9rile : les fleurs m\u00e2les produisent du pollen non viable et les fleurs femelles ne produisent pas de fruits. Cette st\u00e9rilit\u00e9, r\u00e9sultant de la polyplo\u00efdie et de la multiplication v\u00e9g\u00e9tative exclusive, est un indice fort de la domestication tr\u00e8s ancienne de l&rsquo;esp\u00e8ce. La multiplication se fait exclusivement par bouturage de tiges portant au moins 2 \u00e0 3 n\u0153uds.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/h3>\n<p><em>Piper methysticum<\/em> est originaire de M\u00e9lan\u00e9sie occidentale (probablement Vanuatu ou Papouasie-Nouvelle-Guin\u00e9e), d&rsquo;o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 diss\u00e9min\u00e9 par les navigateurs austron\u00e9siens dans l&rsquo;ensemble du Pacifique insulaire : M\u00e9lan\u00e9sie (Vanuatu, Fidji, Salomon), Polyn\u00e9sie (Tonga, Samoa, Hawa\u00ef, Marquises, Wallis-et-Futuna), Micron\u00e9sie (Pohnpei, Kosrae).<\/p>\n<p>La plante est cultiv\u00e9e dans les zones tropicales humides du Pacifique, depuis le niveau de la mer jusqu&rsquo;\u00e0 500 m\u00e8tres d&rsquo;altitude (rarement au-del\u00e0). Elle requiert un climat tropical humide, avec des temp\u00e9ratures comprises entre 20 et 35 \u00b0C (optimum 25-30 \u00b0C), une pluviom\u00e9trie \u00e9lev\u00e9e (2 000 \u00e0 4 000 millim\u00e8tres par an, bien r\u00e9partie) et une humidit\u00e9 atmosph\u00e9rique \u00e9lev\u00e9e. Elle pr\u00e9f\u00e8re un ombrage l\u00e9ger \u00e0 mod\u00e9r\u00e9 (30-50 %) et ne tol\u00e8re pas l&rsquo;exposition directe au soleil intense ni les vents forts.<\/p>\n<p>Les sols pr\u00e9f\u00e9rentiels sont des sols volcaniques profonds, fertiles, bien drain\u00e9s, de pH l\u00e9g\u00e8rement acide (5,5 \u00e0 6,5). Le kava est souvent cultiv\u00e9 dans les jardins vivriers traditionnels m\u00e9lan\u00e9siens et polyn\u00e9siens, en association avec d&rsquo;autres cultures (taro, igname, bananier).<\/p>\n<p>Le Vanuatu est le premier producteur et exportateur mondial de kava, suivi de Fidji, des Tonga et de Samoa. La culture du kava repr\u00e9sente une activit\u00e9 \u00e9conomique majeure pour ces pays insulaires. Plus de 80 cultivars nomm\u00e9s sont reconnus au Vanuatu, diff\u00e9rant par leur morphologie, leur teneur en kavalactones et la composition de leur profil chimique (chimiotype).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie, conservation et culture<\/h3>\n<p><em>Piper methysticum<\/em> est une esp\u00e8ce exclusivement cultiv\u00e9e et ne pr\u00e9sente pas de probl\u00e8me de conservation en tant que tel. Cependant, la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des cultivars traditionnels (plus de 200 cultivars nomm\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du Pacifique) est menac\u00e9e par l&rsquo;\u00e9rosion vari\u00e9tale li\u00e9e \u00e0 la standardisation commerciale.<\/p>\n<p>La culture est pratiqu\u00e9e traditionnellement en agroforesterie sous couvert forestier. Les boutures de tige (2 \u00e0 3 n\u0153uds) sont plant\u00e9es dans des trous enrichis en compost, sous un ombrage de 30 \u00e0 50 %. L&rsquo;espacement est de 2 \u00e0 3 m\u00e8tres entre les plants. La plante n\u00e9cessite un sol fertile, profond, bien drain\u00e9, et une humidit\u00e9 constante. Elle est sensible au manque d&rsquo;eau et \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s de soleil direct.<\/p>\n<p>La r\u00e9colte intervient 3 \u00e0 5 ans apr\u00e8s la plantation, par arrachage complet de la plante (le rhizome est extrait du sol). Le rendement en rhizome sec est de 1 \u00e0 3 kilogrammes par plant, soit 1 \u00e0 3 tonnes par hectare. La culture est compatible avec les syst\u00e8mes agroforestiers durables pratiqu\u00e9s dans le Pacifique, et constitue une source de revenus importante pour les communaut\u00e9s rurales oc\u00e9aniennes.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 mondial du kava est en expansion, port\u00e9 par la demande croissante en produits anxiolytiques naturels. Le Vanuatu a adopt\u00e9 un code de qualit\u00e9 national (<em>Vanuatu Kava Act<\/em>) imposant l&rsquo;exportation exclusive de cultivars nobles, transform\u00e9s selon les m\u00e9thodes traditionnelles.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La drogue est constitu\u00e9e par le <strong>rhizome<\/strong> (souche) et les <strong>racines<\/strong> (<em>Piperis methystici rhizoma<\/em>), r\u00e9colt\u00e9s sur des plants \u00e2g\u00e9s de 3 \u00e0 5 ans minimum. Le rendement en rhizome frais est de 5 \u00e0 25 kilogrammes par plant selon le cultivar, l&rsquo;\u00e2ge et les conditions de culture.<\/p>\n<p>Le rhizome est d\u00e9terr\u00e9, nettoy\u00e9, d\u00e9coup\u00e9 en morceaux et s\u00e9ch\u00e9 au soleil ou dans des s\u00e9choirs \u00e0 air chaud (40-60 \u00b0C). Le rhizome s\u00e9ch\u00e9 se pr\u00e9sente sous forme de morceaux irr\u00e9guliers, durs, fibreux, de couleur gris-brun \u00e0 beige, \u00e0 cassure fibreuse et farineuse. La poudre est de couleur beige \u00e0 gris clair. La saveur est acre, piquante, anesth\u00e9siante (engourdissement de la langue caract\u00e9ristique), l\u00e9g\u00e8rement am\u00e8re.<\/p>\n<p>La Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne ne contient pas de monographie officielle pour le kava (en raison de la controverse sur l&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9). L&rsquo;ancienne Pharmacop\u00e9e fran\u00e7aise (10e \u00e9dition) incluait une monographie <em>Kava (rhizome de)<\/em>, avec une teneur minimale de 3,5 % de kavalactones totales. La Pharmacop\u00e9e am\u00e9ricaine (USP) a publi\u00e9 une monographie avec des exigences similaires.<\/p>\n<p>Les <strong>parties a\u00e9riennes<\/strong> (tiges, feuilles) ne sont pas utilis\u00e9es en phytoth\u00e9rapie occidentale. Cependant, dans certaines \u00eeles du Pacifique, des pr\u00e9parations \u00e0 base de tiges et de feuilles (appel\u00e9es <em>tudei kava<\/em> ou <em>two-day kava<\/em>) sont parfois consomm\u00e9es malgr\u00e9 leur r\u00e9putation de provoquer davantage d&rsquo;effets ind\u00e9sirables. La distinction entre les cultivars \u00ab nobles \u00bb (utilis\u00e9s pour la boisson quotidienne) et les cultivars \u00ab tudei \u00bb (non nobles, contenant des chimiotypes diff\u00e9rents) est un crit\u00e8re de qualit\u00e9 fondamental.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>Kavalactones (kavapyrones)<\/h3>\n<p>Les kavalactones constituent la classe de compos\u00e9s bioactifs caract\u00e9ristique et pharmacologiquement d\u00e9terminante. Le rhizome s\u00e9ch\u00e9 contient 5 \u00e0 20 % de kavalactones totales selon le cultivar. Six kavalactones majeures repr\u00e9sentent plus de 96 % de la fraction lactone :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Kavaine<\/strong> (K) \u2014 kavalactone la plus abondante dans les cultivars nobles, aux propri\u00e9t\u00e9s anxiolytiques et analg\u00e9siques pr\u00e9dominantes.<\/li>\n<li><strong>Dihydrokavaine<\/strong> (DHK) \u2014 d\u00e9riv\u00e9 hydrog\u00e9n\u00e9 de la kavaine, aux propri\u00e9t\u00e9s similaires.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9thysticine<\/strong> (M) \u2014 kavalactone portant un groupement m\u00e9thyl\u00e8nedioxyph\u00e9nyle (MDP).<\/li>\n<li><strong>Dihydrom\u00e9thysticine<\/strong> (DHM) \u2014 d\u00e9riv\u00e9 hydrog\u00e9n\u00e9 de la m\u00e9thysticine, aux propri\u00e9t\u00e9s s\u00e9datives et myorelaxantes prononc\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Yangonine<\/strong> (Y) \u2014 kavalactone m\u00e9thoxyl\u00e9e, affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs cannabino\u00efdes CB1.<\/li>\n<li><strong>Desm\u00e9thoxyyangonine<\/strong> (DMY) \u2014 analogue de la yangonine.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le <strong>chimiotype<\/strong> est d\u00e9fini par l&rsquo;ordre d\u00e9croissant de concentration des six kavalactones majeures. Les cultivars nobles du Vanuatu pr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement un chimiotype commen\u00e7ant par la kavaine (chimiotype 4-2-6 : kavaine &gt; dihydrokavaine &gt; yangonine), associ\u00e9 \u00e0 des effets agr\u00e9ables et peu d&rsquo;effets ind\u00e9sirables. Les cultivars non nobles (\u00ab tudei \u00bb) pr\u00e9sentent un chimiotype domin\u00e9 par la dihydrom\u00e9thysticine et la m\u00e9thysticine, associ\u00e9 \u00e0 des effets s\u00e9datifs excessifs et des c\u00e9phal\u00e9es.<\/p>\n<h3>Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p>Le rhizome contient \u00e9galement des <strong>chalcones<\/strong> (<strong>flavokavaines A, B et C<\/strong>), des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a> pip\u00e9ridiniques<\/strong> (<strong>pipermethystine<\/strong>, en traces), de l&rsquo;<strong>amidon<\/strong> (40-50 %), des <strong>st\u00e9rols<\/strong>, des <strong>min\u00e9raux<\/strong> (calcium, potassium, fer) et des <strong>sucres<\/strong>.<\/p>\n<p>Les <strong>flavokavaines<\/strong>, en particulier la <strong>flavokavaine B<\/strong>, sont pr\u00e9sentes en quantit\u00e9 variable selon les cultivars. Elles poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s anti-tumorales <em>in vitro<\/em> mais sont aussi suspect\u00e9es de contribuer \u00e0 l&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 signal\u00e9e pour certaines pr\u00e9parations.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>Activit\u00e9 anxiolytique<\/h3>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 anxiolytique est la propri\u00e9t\u00e9 la mieux document\u00e9e du kava. Les kavalactones agissent sur le syst\u00e8me nerveux central par de multiples m\u00e9canismes convergents :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Modulation du r\u00e9cepteur GABA-A<\/strong> : les kavalactones, en particulier la <strong>kavaine<\/strong> et la <strong>dihydrokavaine<\/strong>, potentialisent la neurotransmission GABAergique, non pas en se liant au site benzodiaz\u00e9pinique (ce qui explique l&rsquo;absence de d\u00e9pendance), mais en modulant allost\u00e9riquement le canal chlorure du r\u00e9cepteur GABA-A, possiblement par un site de liaison distinct. Certaines \u00e9tudes sugg\u00e8rent une interaction avec les sous-unit\u00e9s b\u00eata du r\u00e9cepteur.<\/li>\n<li><strong>Inhibition des canaux sodiques et calciques voltage-d\u00e9pendants<\/strong> : la kavaine bloque les canaux Nav et Cav de mani\u00e8re concentration-d\u00e9pendante, contribuant aux effets analg\u00e9siques et myorelaxants.<\/li>\n<li><strong>Inhibition de la recapture de la noradr\u00e9naline<\/strong> : la <strong>kavaine<\/strong> et la <strong>desm\u00e9thoxyyangonine<\/strong> inhibent la recapture synaptique de la noradr\u00e9naline, contribuant \u00e0 l&rsquo;effet anxiolytique et \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;humeur.<\/li>\n<li><strong>Inhibition de la monoamine oxydase B<\/strong> (MAO-B) : certaines kavalactones inhibent la MAO-B, ce qui pourrait contribuer aux effets antid\u00e9presseurs.<\/li>\n<li><strong>Interaction avec les r\u00e9cepteurs cannabino\u00efdes<\/strong> : la <strong>yangonine<\/strong> se lie au r\u00e9cepteur CB1, ce qui pourrait contribuer aux effets relaxants et euphorisants.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Contrairement aux benzodiaz\u00e9pines, les kavalactones n&rsquo;alt\u00e8rent pas les fonctions cognitives (m\u00e9moire, attention, temps de r\u00e9action) aux doses th\u00e9rapeutiques, ce qui constitue un avantage clinique majeur.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 myorelaxante<\/h3>\n<p>Les kavalactones, en particulier la <strong>dihydrom\u00e9thysticine<\/strong>, exercent un effet myorelaxant central et p\u00e9riph\u00e9rique, par inhibition des canaux calciques voltage-d\u00e9pendants dans le muscle squelettique et par modulation de la neurotransmission au niveau de la corne ant\u00e9rieure de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 analg\u00e9sique<\/h3>\n<p>La <strong>kavaine<\/strong> et la <strong>dihydrokavaine<\/strong> poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s analg\u00e9siques d\u00e9montr\u00e9es dans le test de la plaque chaude et le test de torsion chez la souris, par un m\u00e9canisme non opio\u00efde impliquant le blocage des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants (m\u00e9canisme de type anesth\u00e9sique local).<\/p>\n<h3>Activit\u00e9 neuroprotectrice<\/h3>\n<p>La <strong>kavaine<\/strong> exerce des effets neuroprotecteurs dans les mod\u00e8les d&rsquo;isch\u00e9mie c\u00e9r\u00e9brale et de neurotoxicit\u00e9 glutamatergique, par inhibition de l&rsquo;excitotoxicit\u00e9 et r\u00e9duction de l&rsquo;influx calcique neuronal.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<h3>Anxi\u00e9t\u00e9<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 anxiolytique du kava est soutenue par une base clinique substantielle. La m\u00e9ta-analyse Cochrane (Pittler et Ernst, 2003) portant sur 12 essais cliniques randomis\u00e9s en double aveugle, contr\u00f4l\u00e9s par placebo, a conclu \u00e0 une r\u00e9duction significative de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 mesur\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;Hamilton (HAM-A) chez les patients trait\u00e9s par des extraits de kava par rapport au placebo (diff\u00e9rence moyenne pond\u00e9r\u00e9e : -3,9 points ; IC 95 % : -7,1 \u00e0 -0,7).<\/p>\n<p>Sarris et al. (2013) ont conduit un essai clinique randomis\u00e9 en double aveugle sur 75 patients atteints de trouble anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 (TAG), montrant qu&rsquo;un extrait aqueux de kava (120 \u00e0 240 mg de kavalactones par jour pendant 6 semaines) r\u00e9duisait significativement le score HAM-A par rapport au placebo, avec un taux de r\u00e9mission de 26 % (contre 6 % sous placebo). Aucun cas d&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 dans cet essai.<\/p>\n<p>Un essai comparatif (Woelk et al., 1993) a montr\u00e9 une efficacit\u00e9 comparable du kava (300 mg d&rsquo;extrait\/jour, soit environ 210 mg de kavalactones) \u00e0 celle de l&rsquo;oxaz\u00e9pam (15 mg\/jour) dans le TAG, sans les effets secondaires cognitifs des benzodiaz\u00e9pines.<\/p>\n<h3>Insomnie et troubles du sommeil<\/h3>\n<p>Quelques essais cliniques ont sugg\u00e9r\u00e9 une am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 du sommeil chez les patients anxieux trait\u00e9s par kava, probablement secondaire \u00e0 la r\u00e9duction de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 un effet hypnotique direct.<\/p>\n<h3>Syndrome climat\u00e9rique<\/h3>\n<p>Des essais cliniques ont montr\u00e9 une r\u00e9duction de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de l&rsquo;irritabilit\u00e9 chez les femmes m\u00e9nopaus\u00e9es trait\u00e9es par un extrait de kava, en compl\u00e9ment ou en alternative au traitement hormonal substitutif.<\/p>\n<hr>\n<h3>Indications th\u00e9rapeutiques retenues<\/h3>\n<ul>\n<li><strong>Anxi\u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8re \u00e0 mod\u00e9r\u00e9e<\/strong> et tension nerveuse : niveau de preuve A (m\u00e9ta-analyse Cochrane)<\/li>\n<li><strong>Trouble anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9<\/strong> (alternative aux benzodiaz\u00e9pines) : niveau de preuve B<\/li>\n<li><strong>Insomnie li\u00e9e au stress et \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9<\/strong> : niveau de preuve C<\/li>\n<li><strong>Anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e au syndrome climat\u00e9rique<\/strong> : niveau de preuve C<\/li>\n<\/ul>\n<p>Aucune monographie communautaire europ\u00e9enne n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e, en raison de la controverse sur l&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9. La Commission E allemande avait approuv\u00e9 l&rsquo;usage pour \u00ab les \u00e9tats d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, de tension et d&rsquo;agitation nerveuse \u00bb avant le retrait du march\u00e9 en 2002 (lev\u00e9 partiellement en 2014 par une d\u00e9cision de justice). En France, le kava reste interdit \u00e0 la vente comme compl\u00e9ment alimentaire depuis 2002. Dans les pays du Pacifique, il est utilis\u00e9 librement et constitue un produit culturel fondamental.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Kava\u00efne, dihydrokava\u00efne<\/td>\n<td>Kavalactones<\/td>\n<td>Anxiolytiques, s\u00e9datives<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>M\u00e9thysticine, yangonine<\/td>\n<td>Kavalactones<\/td>\n<td>Myorelaxantes, anxiolytiques<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Flavokava\u00efnes A, B, C<\/td>\n<td>Chalcones<\/td>\n<td>Constituants (h\u00e9patotoxicit\u00e9 discut\u00e9e)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p><strong>Boisson traditionnelle.<\/strong> Rhizome frais ou sec, broy\u00e9, mac\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;eau froide, filtr\u00e9 et bu. C&rsquo;est la forme utilis\u00e9e depuis des mill\u00e9naires dans le Pacifique, consid\u00e9r\u00e9e comme la plus s\u00fbre. L&rsquo;extraction aqueuse solubilise pr\u00e9f\u00e9rentiellement les kavalactones de type kavaine et dihydrokavaine, moins les m\u00e9thysticines.<\/p>\n<p><strong>Extrait sec standardis\u00e9.<\/strong> Extrait ac\u00e9tonique ou \u00e9thanolique de rhizome, standardis\u00e9 \u00e0 30-70 % de kavalactones. Posologie usuelle : 100 \u00e0 250 mg de kavalactones par jour, en 2 \u00e0 3 prises. La dose anxiolytique \u00e9tudi\u00e9e dans les essais cliniques est de 60 \u00e0 120 mg de kavalactones, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Teinture m\u00e8re.<\/strong> Pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 partir de rhizome sec dans de l&rsquo;\u00e9thanol \u00e0 70 %. Posologie : 2 \u00e0 5 ml, 2 \u00e0 3 fois par jour.<\/p>\n<p><strong>Poudre de rhizome en g\u00e9lules.<\/strong> 500 \u00e0 1 000 mg par prise, correspondant \u00e0 25 \u00e0 100 mg de kavalactones selon la qualit\u00e9 du rhizome.<\/p>\n<p>La dur\u00e9e de traitement recommand\u00e9e ne devrait pas d\u00e9passer 4 \u00e0 8 semaines en continu. L&rsquo;interruption progressive est recommand\u00e9e bien que l&rsquo;absence de d\u00e9pendance pharmacologique soit bien \u00e9tablie.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<h3>La controverse h\u00e9patotoxique<\/h3>\n<p>Entre 1999 et 2002, environ 80 cas d&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 (dont plusieurs cas d&rsquo;h\u00e9patite fulminante n\u00e9cessitant une transplantation h\u00e9patique, et quelques d\u00e9c\u00e8s) ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9s dans le monde chez des consommateurs de pr\u00e9parations \u00e0 base de kava, principalement des extraits ac\u00e9toniques ou \u00e9thanoliques commercialis\u00e9s en Allemagne et en Suisse. Cela a conduit au retrait du march\u00e9 dans plusieurs pays europ\u00e9ens (Allemagne, France, Suisse, Royaume-Uni) entre 2002 et 2003.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse r\u00e9trospective de ces cas a toutefois r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la majorit\u00e9 impliquait des facteurs confondants : co-m\u00e9dications h\u00e9patotoxiques (parac\u00e9tamol, statines, antid\u00e9presseurs), consommation concomitante d&rsquo;alcool, pathologies h\u00e9patiques pr\u00e9existantes, doses excessives ou utilisation prolong\u00e9e. De plus, certaines pr\u00e9parations incrimin\u00e9es utilisaient des parties a\u00e9riennes de la plante ou des cultivars non nobles, ou des solvants d&rsquo;extraction (ac\u00e9tone) susceptibles d&rsquo;extraire des compos\u00e9s h\u00e9patotoxiques absents des pr\u00e9parations aqueuses traditionnelles.<\/p>\n<p>Fait remarquable, dans les populations oc\u00e9aniennes consommant traditionnellement la boisson aqueuse de kava depuis des mill\u00e9naires (\u00e0 des doses quotidiennes souvent sup\u00e9rieures aux doses th\u00e9rapeutiques occidentales), aucune \u00e9pid\u00e9mie d&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 document\u00e9e. Les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques au Vanuatu, aux Fidji et en Australie (communaut\u00e9s aborig\u00e8nes) n&rsquo;ont pas mis en \u00e9vidence d&rsquo;augmentation de la morbidit\u00e9 h\u00e9patique chez les consommateurs r\u00e9guliers de kava aqueux.<\/p>\n<p>Les revues sp\u00e9cialis\u00e9es de pharmacovigilance (Teschke et al., 2010) ont conclu que le risque h\u00e9patotoxique du kava est r\u00e9el mais rare et probablement idiosyncrasique, les pr\u00e9parations aqueuses traditionnelles pr\u00e9sentant un profil de s\u00e9curit\u00e9 plus favorable. Le Code du kava du Codex Alimentarius du Pacifique (2012) recommande l&rsquo;utilisation exclusive de cultivars nobles et de pr\u00e9parations aqueuses.<\/p>\n<h3>Effets ind\u00e9sirables courants<\/h3>\n<p>Aux doses th\u00e9rapeutiques, les effets ind\u00e9sirables sont g\u00e9n\u00e9ralement b\u00e9nins : sensation de somnolence, fatigue, c\u00e9phal\u00e9es, troubles gastro-intestinaux l\u00e9gers (naus\u00e9es, inconfort). Un engourdissement de la langue et des l\u00e8vres est normal et caract\u00e9ristique.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage chronique \u00e0 fortes doses (usage traditionnel intensif) peut provoquer une <strong>dermopathie du kava<\/strong> (<em>kani<\/em>) : x\u00e9rose cutan\u00e9e ichtyosiforme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, de m\u00e9canisme mal \u00e9lucid\u00e9, r\u00e9versible \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. Cette dermopathie a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e exclusivement chez les gros consommateurs traditionnels dans le Pacifique.<\/p>\n<p><strong>Contre-indications.<\/strong> Insuffisance h\u00e9patique ou maladie h\u00e9patique active, grossesse et allaitement, d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re (risque d&rsquo;aggravation par l&rsquo;effet s\u00e9datif), patients sous m\u00e9dicaments h\u00e9patotoxiques ou m\u00e9tabolis\u00e9s par le CYP. Ne pas associer \u00e0 l&rsquo;alcool (potentialisation de l&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 et de la s\u00e9dation).<\/p>\n<p><strong>Interactions m\u00e9dicamenteuses.<\/strong> Potentialisation des effets s\u00e9datifs de l&rsquo;alcool, des benzodiaz\u00e9pines, des barbituriques et des antihistaminiques. Les kavalactones inhibent plusieurs cytochromes P450 (CYP1A2, CYP2C9, CYP2C19, CYP2D6, CYP3A4), ce qui peut augmenter les concentrations plasmatiques de m\u00e9dicaments co-administr\u00e9s. La prudence est imp\u00e9rative en cas de polym\u00e9dication.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le kava occupe une place centrale et sacr\u00e9e dans les cultures du Pacifique Sud. La boisson de kava est consomm\u00e9e depuis au moins 3 000 ans dans les c\u00e9r\u00e9monies rituelles, les rassemblements sociaux et les pratiques m\u00e9dicinales traditionnelles de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Oc\u00e9anie insulaire.<\/p>\n<p>Au <strong>Vanuatu<\/strong>, le kava est consomm\u00e9 quotidiennement par une large proportion de la population masculine (et de plus en plus f\u00e9minine). Il est pr\u00e9par\u00e9 en broyant le rhizome frais (traditionnellement m\u00e2ch\u00e9 par de jeunes hommes, aujourd&rsquo;hui broy\u00e9 m\u00e9caniquement), en le trempant dans de l&rsquo;eau froide et en filtrant le jus. La boisson, de couleur gris-verd\u00e2tre et de go\u00fbt amer et terreux, est bue dans les <em>nakamals<\/em> (kava-bars traditionnels) au cr\u00e9puscule.<\/p>\n<p>Aux <strong>Fidji<\/strong>, la c\u00e9r\u00e9monie du kava (<em>yaqona<\/em>) est un rituel social fondamental, pratiqu\u00e9 pour accueillir les visiteurs, sceller les alliances, r\u00e9soudre les conflits et marquer les \u00e9v\u00e9nements importants (naissance, mariage, d\u00e9c\u00e8s, investiture de chef). La pr\u00e9paration dans le <em>tanoa<\/em> (r\u00e9cipient c\u00e9r\u00e9moniel) et le service dans les <em>bilo<\/em> (coupes de noix de coco) suivent un protocole pr\u00e9cis et hi\u00e9rarchique.<\/p>\n<p>En <strong>Polyn\u00e9sie<\/strong> (Tonga, Samoa, Hawa\u00ef), le kava (<em>&lsquo;awa<\/em>) \u00e9tait traditionnellement r\u00e9serv\u00e9 aux chefs et aux pr\u00eatres pour la communication avec les anc\u00eatres et les esprits. Le capitaine James Cook d\u00e9crivit en d\u00e9tail la pr\u00e9paration et la consommation du kava lors de ses voyages dans le Pacifique en 1768-1779.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dicinal traditionnel, le kava est utilis\u00e9 dans le Pacifique pour traiter l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, l&rsquo;insomnie, les douleurs musculaires, les infections urinaires et g\u00e9nito-urinaires, les affections respiratoires (toux, asthme), les troubles digestifs et les douleurs de la sph\u00e8re ORL.<\/p>\n<hr>\n<h3>Risques de confusion<\/h3>\n<p><em>Piper methysticum<\/em> peut \u00eatre confondu avec son anc\u00eatre sauvage <em>Piper wichmannii<\/em> C.DC., pr\u00e9sent en M\u00e9lan\u00e9sie. Cette esp\u00e8ce sauvage contient des kavalactones mais dans des proportions diff\u00e9rentes et avec des chimiotypes souvent non nobles, potentiellement plus toxiques. La distinction est principalement fond\u00e9e sur la fertilit\u00e9 (fruits pr\u00e9sents chez <em>P. wichmannii<\/em>, absents chez <em>P. methysticum<\/em>) et le profil chimique.<\/p>\n<p>Les cultivars non nobles (\u00ab tudei \u00bb) de <em>P. methysticum<\/em> lui-m\u00eame constituent un risque majeur de confusion commerciale. Ils sont reconnaissables \u00e0 leur chimiotype domin\u00e9 par les formes dihydro (DHM et DHK) et \u00e0 la couleur plus fonc\u00e9e du jus. Le test colorim\u00e9trique \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9tone d\u00e9velopp\u00e9 par le chimiste Lebot permet une distinction rapide.<\/p>\n<p>Aucune autre esp\u00e8ce de <em>Piper<\/em> n&rsquo;est susceptible d&rsquo;\u00eatre confondue avec le kava en contexte commercial.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p><em>Piper methysticum<\/em> repr\u00e9sente une ressource th\u00e9rapeutique unique et pr\u00e9cieuse pour le traitement de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, offrant une alternative non addictive et respectueuse des fonctions cognitives aux benzodiaz\u00e9pines. L&rsquo;efficacit\u00e9 anxiolytique des <strong>kavalactones<\/strong> est solidement \u00e9tablie par des essais cliniques de bonne qualit\u00e9.<\/p>\n<p>La controverse h\u00e9patotoxique, sans \u00eatre enti\u00e8rement r\u00e9solue, a conduit \u00e0 une meilleure compr\u00e9hension des facteurs de risque (cultivars non nobles, solvants d&rsquo;extraction organiques, parties a\u00e9riennes, susceptibilit\u00e9 individuelle) et \u00e0 la promotion de pr\u00e9parations de meilleure qualit\u00e9 (extraits aqueux de cultivars nobles, selon les m\u00e9thodes traditionnelles). La r\u00e9habilitation progressive du kava sur les march\u00e9s europ\u00e9ens est en cours, sous r\u00e9serve du respect de crit\u00e8res de qualit\u00e9 stricts.<\/p>\n<p>Les perspectives de recherche incluent la caract\u00e9risation mol\u00e9culaire du m\u00e9canisme d&rsquo;action anxiolytique (site de liaison GABA-A, interaction CB1), le d\u00e9veloppement de d\u00e9riv\u00e9s semi-synth\u00e9tiques de la kavaine \u00e0 profil de s\u00e9curit\u00e9 am\u00e9lior\u00e9, l&rsquo;identification de biomarqueurs de susceptibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00e9patotoxicit\u00e9 idiosyncrasique, et l&rsquo;exploration du potentiel anticanc\u00e9reux des flavokavaines.<\/p>\n<hr>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Pittler M.H., Ernst E. Kava extract versus placebo for treating anxiety. <em>Cochrane Database of Systematic Reviews<\/em>, 2003, (1) : CD003383.<\/li>\n<li>Sarris J. et al. Kava in the treatment of generalized anxiety disorder: a double-blind, randomized, placebo-controlled study. <em>Journal of Clinical Psychopharmacology<\/em>, 2013, 33(5) : 643-648.<\/li>\n<li>Woelk H. et al. Kava-kava extract WS 1490 versus placebo in anxiety disorders \u2014 a randomized placebo-controlled 25-week outpatient trial. <em>Pharmacopsychiatry<\/em>, 1993, 26(1) : 1-5.<\/li>\n<li>Teschke R. et al. Kava hepatotoxicity: a clinical review. <em>Annals of Hepatology<\/em>, 2010, 9(3) : 251-265.<\/li>\n<li>Lebot V., Merlin M., Lindstrom L. <em>Kava: The Pacific Elixir<\/em>. Yale University Press, New Haven, 1992.<\/li>\n<li>Singh Y.N. Kava: an overview. <em>Journal of Ethnopharmacology<\/em>, 1992, 37(1) : 13-45.<\/li>\n<li>Cairney S. et al. Saccade and cognitive impairment associated with kava intoxication. <em>Human Psychopharmacology<\/em>, 2003, 18(7) : 525-533.<\/li>\n<li>Sarris J. et al. Kava: a comprehensive review of efficacy, safety, and psychopharmacology. <em>Australian and New Zealand Journal of Psychiatry<\/em>, 2011, 45(1) : 27-35.<\/li>\n<li>Bruneton J. <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>. 5e \u00e9dition, Lavoisier Tec &amp; Doc, Paris, 2016.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Anxiolytique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> S\u00e9datif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Myorelaxant<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Kava \u2014 Piper methysticum G.Forst. 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