{"id":973,"date":"2026-03-26T11:32:47","date_gmt":"2026-03-26T10:32:47","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gentiane-acaule\/"},"modified":"2026-06-25T09:28:36","modified_gmt":"2026-06-25T07:28:36","slug":"gentiane-acaule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gentiane-acaule\/","title":{"rendered":"GENTIANE ACAULE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Gentiane%20de%20Koch.jpg\" alt=\"Planche botanique Gentiane de Koch\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<p>La <strong>gentiane acaule<\/strong> (<em>Gentiana acaulis<\/em> L.) appartient \u00e0 la famille des <strong>Gentianaceae<\/strong>. Le genre <em>Gentiana<\/em> comprend environ 350 \u00e0 400 esp\u00e8ces, principalement r\u00e9parties dans les r\u00e9gions montagneuses de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re Nord (Alpes, Himalaya, Andes). Le nombre chromosomique est 2n = 36. Le nom <em>Gentiana<\/em> honore <strong>Gentius<\/strong>, roi d&rsquo;Illyrie (IIe si\u00e8cle av. J.-C.), qui aurait d\u00e9couvert les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales des gentianes. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>acaulis<\/em> (du latin <em>a-<\/em>, sans, et <em>caulis<\/em>, tige) signifie \u00ab sans tige \u00bb, la fleur semblant \u00e9merger directement de la rosette foliaire. Noms vernaculaires : gentiane de Koch, gentiane des Alpes, grande gentiane bleue, gentiane \u00e0 grandes fleurs. En anglais : <em>stemless gentian<\/em>, <em>trumpet gentian<\/em>. L&rsquo;esp\u00e8ce est souvent confondue avec <em>Gentiana clusii<\/em> Perr. et Song., dont elle se distingue par les taches vertes internes de la corolle et la pr\u00e9f\u00e9rence pour les sols acides.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<p>Petite plante herbac\u00e9e vivace de 5 \u00e0 10 cm de hauteur. <strong>Souche<\/strong> compacte, \u00e0 racine pivotante courte et racines secondaires fibreuses, formant des touffes denses. <strong>Tige<\/strong> extr\u00eamement courte, pratiquement inexistante, portant une fleur unique qui semble pos\u00e9e sur la rosette foliaire. <strong>Feuilles<\/strong> basales dispos\u00e9es en rosette dense, oppos\u00e9es, elliptiques-lanc\u00e9ol\u00e9es, longues de 3 \u00e0 7 cm, larges de 1 \u00e0 2 cm, coriaces, \u00e0 bords entiers, vert fonc\u00e9 luisant, \u00e0 3-5 nervures bien visibles ; les feuilles caulinaires r\u00e9duites \u00e0 1-2 paires sur la tige tr\u00e8s courte. <strong>Fleur<\/strong> solitaire, terminale, tr\u00e8s grande proportionnellement \u00e0 la plante (5-7 cm de longueur), dress\u00e9e ou l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9e. <strong>Corolle<\/strong> tubulaire-campanul\u00e9e, bleu intense \u00e0 bleu-violet profond, divis\u00e9e en 5 lobes principaux \u00e9tal\u00e9s ; <strong>entre les lobes<\/strong>, 5 plis (plicatures) triangulaires ; <strong>gorge de la corolle<\/strong> ponctu\u00e9e de taches vertes et de stries verd\u00e2tres (caract\u00e8re distinctif par rapport \u00e0 <em>G. clusii<\/em> qui en est d\u00e9pourvue). <strong>Calice<\/strong> tubuleux, \u00e0 5 dents triangulaires. <strong>\u00c9tamines<\/strong> 5, soud\u00e9es au tube de la corolle. <strong>Ovaire<\/strong> sup\u00e8re, uniloculaire. <strong>Fruit<\/strong> : capsule fusiforme, contenant de nombreuses graines ail\u00e9es. <strong>Floraison<\/strong> : mai \u00e0 juillet.<\/p>\n<hr>\n<h3>Origine g\u00e9ographique et r\u00e9partition<\/h3>\n<p>Esp\u00e8ce <strong>orophyte europ\u00e9enne<\/strong>. R\u00e9partie dans les massifs montagneux d&rsquo;Europe : <strong>Alpes<\/strong> (de la France \u00e0 l&rsquo;Autriche), <strong>Pyr\u00e9n\u00e9es<\/strong>, <strong>Apennins<\/strong>, <strong>Balkans<\/strong> (jusqu&rsquo;au nord de la Gr\u00e8ce), <strong>Carpates<\/strong>. En France, pr\u00e9sente dans les Alpes (du Chablais au Mercantour), les Pyr\u00e9n\u00e9es et ponctuellement dans le Jura et le Massif central (Cantal, Aubrac). L&rsquo;esp\u00e8ce est typiquement subalpine \u00e0 alpine, entre 1 000 et 2 800 m d&rsquo;altitude, mais peut descendre exceptionnellement jusqu&rsquo;\u00e0 800 m dans les Pr\u00e9alpes expos\u00e9es au nord. L&rsquo;aire de r\u00e9partition est fragment\u00e9e, les populations \u00e9tant isol\u00e9es sur les sommets et les cr\u00eates. L&rsquo;esp\u00e8ce a surv\u00e9cu aux glaciations dans des refuges m\u00e9ridionaux (Balkans, Apennins) et a recolonis\u00e9 les Alpes au Postglaciaire.<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9cologie et habitat<\/h3>\n<p><strong>Pelouses alpines<\/strong>, <strong>prairies subalpines<\/strong>, <strong>p\u00e2turages d&rsquo;altitude<\/strong>, <strong>rochers herbeux<\/strong>, <strong>combes \u00e0 neige<\/strong>. <em>Gentiana acaulis<\/em> est caract\u00e9ristique des pelouses acidiphiles \u00e0 neutres de l&rsquo;\u00e9tage subalpin et alpin, sur substrat siliceux ou d\u00e9calcifi\u00e9 (contrairement \u00e0 <em>G. clusii<\/em> qui pr\u00e9f\u00e8re les sols calcaires). Les sols sont frais, humif\u00e8res, bien drain\u00e9s, \u00e0 texture argilo-limoneuse. L&rsquo;esp\u00e8ce est h\u00e9liophile, r\u00e9sistante au froid intense (elle supporte les temp\u00e9ratures hivernales de -30 \u00b0C sous la couverture neigeuse) et \u00e0 l&rsquo;exposition aux UV alpins. Elle appartient aux communaut\u00e9s des Nardion (pelouses \u00e0 nard raide), des Caricion curvulae (pelouses alpines acides) et des Festucion variae. La pollinisation est assur\u00e9e par les <strong>bourdons<\/strong> (<em>Bombus<\/em> spp.), dont la trompe est assez longue pour atteindre le nectar au fond du tube corollaire. L&rsquo;esp\u00e8ce est \u00e9galement visit\u00e9e par les papillons alpins. La dispersion des graines est an\u00e9mochore (graines ail\u00e9es).<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>Parties a\u00e9riennes (usage traditionnel).<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<p>Le profil chimique de <em>G. acaulis<\/em> est apparent\u00e9 \u00e0 celui des autres gentianes, mais les concentrations en principes actifs sont significativement plus faibles que chez la gentiane jaune (<em>G. lutea<\/em>). Les racines contiennent des <strong>s\u00e9coirido\u00efdes amers<\/strong> : <strong>gentiopicroside<\/strong> (principal amer, 1-3 % dans la racine, contre 2-5 % chez <em>G. lutea<\/em>), <strong>amarogentine<\/strong> (en traces ; c&rsquo;est la substance naturelle la plus am\u00e8re connue, perceptible \u00e0 la dilution 1:58 000 000), <strong>swertiamarine<\/strong> et <strong>sw\u00e9roside<\/strong>. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/xanthones\/\">xanthones<\/a><\/strong> : <strong>gentisine<\/strong> (gentisina), <strong>isogentisine<\/strong>, <strong>1,3,5-trihydroxyxanthone<\/strong>, compos\u00e9s jaunes responsables de la coloration des racines. Des <strong>flavono\u00efdes<\/strong> : <strong>isovitexine<\/strong>, <strong>isoori\u00e9ntine<\/strong>. Des <strong><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a><\/strong> en traces (<strong>gentianine<\/strong>, un pyridine-<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/monoterpenes\/\">monoterp\u00e8ne<\/a>). Des <strong>sucres<\/strong> : <strong>gentianose<\/strong> (trisaccharide) et <strong>gentiobiose<\/strong>. Les fleurs contiennent des <strong>anthocyanes<\/strong> (<strong>delphinidine<\/strong>, <strong>gentiodelphinidine<\/strong>) responsables du bleu intense.<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<p>Les <strong>s\u00e9coirido\u00efdes amers<\/strong>, en particulier le <strong>gentiopicroside<\/strong> et l&rsquo;<strong>amarogentine<\/strong>, stimulent les <strong>r\u00e9cepteurs gustatifs de l&rsquo;amertume<\/strong> (r\u00e9cepteurs T2R), d\u00e9clenchant un r\u00e9flexe gastrique : augmentation de la s\u00e9cr\u00e9tion de salive, du suc gastrique, de la bile et du suc pancr\u00e9atique. Cet effet <strong>stomachique<\/strong> et <strong>eupeptique<\/strong> est le fondement de l&rsquo;usage des gentianes comme toniques digestifs. Le gentiopicroside poss\u00e8de \u00e9galement des propri\u00e9t\u00e9s <strong>h\u00e9patoprotectrices<\/strong>, <strong>anti-inflammatoires<\/strong> (inhibition de NF-\u03baB) et <strong>antifongiques<\/strong>. Les <strong>xanthones<\/strong> exercent des effets <strong>antioxydants<\/strong> (pi\u00e9geage des radicaux libres), <strong>anti-inflammatoires<\/strong> et <strong>antid\u00e9presseurs<\/strong> (inhibition de la MAO). La <strong>gentianine<\/strong> poss\u00e8de des propri\u00e9t\u00e9s <strong>antipyr\u00e9tiques<\/strong> et <strong>anti-inflammatoires<\/strong> faibles. Cependant, les concentrations en principes actifs \u00e9tant plus faibles chez <em>G. acaulis<\/em> que chez <em>G. lutea<\/em>, l&rsquo;activit\u00e9 pharmacologique clinique est consid\u00e9r\u00e9e comme moindre.<\/p>\n<hr>\n<h3>Utilisations m\u00e9dicinales traditionnelles<\/h3>\n<p>Contrairement \u00e0 la gentiane jaune (<em>G. lutea<\/em>), l&rsquo;usage m\u00e9dicinal de <em>G. acaulis<\/em> est limit\u00e9 et localis\u00e9. En <strong>m\u00e9decine populaire alpine<\/strong>, les racines \u00e9taient parfois r\u00e9colt\u00e9es et utilis\u00e9es comme substitut de la gentiane jaune pour pr\u00e9parer des <strong>ap\u00e9ritifs amers<\/strong> et des <strong>digestifs<\/strong>. En <strong>Autriche<\/strong> et en <strong>Suisse<\/strong>, la racine s\u00e9ch\u00e9e entrait dans la composition de liqueurs am\u00e8res artisanales. En <strong>m\u00e9decine populaire tyrolienne<\/strong>, l&rsquo;infusion de racine servait de tonique en cas de faiblesse digestive, de perte d&rsquo;app\u00e9tit et de convalescence. L&rsquo;usage est cependant rest\u00e9 marginal en raison de la petite taille des racines (difficiles \u00e0 r\u00e9colter en quantit\u00e9) et de la protection croissante de l&rsquo;esp\u00e8ce. En <strong>hom\u00e9opathie<\/strong>, <em>Gentiana<\/em> est prescrite pour les troubles dyspeptiques. La gentiane acaule n&rsquo;a jamais figur\u00e9 dans les pharmacop\u00e9es officielles en tant qu&rsquo;esp\u00e8ce distincte de <em>G. lutea<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>Les recherches sur <em>G. acaulis<\/em> portent principalement sur la <strong>phylog\u00e9ographie<\/strong> (reconstruction de l&rsquo;histoire postglaciaire de la colonisation alpine par analyses d&rsquo;ADN chloroplastique et nucl\u00e9aire), la <strong>chimie compar\u00e9e<\/strong> des s\u00e9coirido\u00efdes et des xanthones entre esp\u00e8ces du genre (chimiotaxonomie), et l&rsquo;<strong>\u00e9cologie de la pollinisation<\/strong> alpine (interactions avec les bourdons, strat\u00e9gies de thermor\u00e9gulation florale). Des travaux r\u00e9cents montrent que les fleurs de <em>G. acaulis<\/em> fonctionnent comme des <strong>collecteurs solaires<\/strong> : la forme tubulaire concentre la chaleur, maintenant l&rsquo;int\u00e9rieur de la fleur 5 \u00e0 10 \u00b0C au-dessus de la temp\u00e9rature ambiante, ce qui acc\u00e9l\u00e8re la maturation du pollen et attire les pollinisateurs en altitude. La <strong>culture in vitro<\/strong> de gentianes est d\u00e9velopp\u00e9e pour la conservation ex situ et la production de m\u00e9tabolites secondaires (gentiopicroside, xanthones) par des cultures de cellules et d&rsquo;organes. La <strong>g\u00e9nomique<\/strong> du genre progresse avec les analyses transcriptomiques des voies de biosynth\u00e8se des s\u00e9coirido\u00efdes.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Gentiopicroside, amarogentine<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides\/\">S\u00e9coirido\u00efdes<\/a> amers<\/td>\n<td>Ap\u00e9ritifs, eupeptiques<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/xanthones\/\">Xanthones<\/a><\/td>\n<td>Xanthones<\/td>\n<td>Chol\u00e9r\u00e9tiques<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Oligosaccharides (gentianose)<\/td>\n<td>Sucres<\/td>\n<td>Constituants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<p>Aucune posologie sp\u00e9cifique n&rsquo;est \u00e9tablie pour <em>G. acaulis<\/em>. Les monographies pharmacop\u00e9iques de la gentiane (Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne) concernent exclusivement <em>Gentiana lutea<\/em>. \u00c0 titre indicatif, les usages traditionnels alpins rapportent : <strong>infusion de racine s\u00e9ch\u00e9e :<\/strong> 1 \u00e0 2 g pour 250 mL d&rsquo;eau (d\u00e9part \u00e0 froid), infuser 10 minutes, 1 tasse avant les repas comme ap\u00e9ritif amer. <strong>Mac\u00e9ration dans l&rsquo;alcool :<\/strong> racine s\u00e9ch\u00e9e dans de l&rsquo;eau-de-vie (ratio variable), comme digestif. <strong>Teinture-m\u00e8re :<\/strong> en dilutions hom\u00e9opathiques. L&rsquo;usage de <em>G. acaulis<\/em> n&rsquo;est ni recommand\u00e9 ni interdit, mais la r\u00e9colte en milieu naturel est prohib\u00e9e dans de nombreuses r\u00e9gions prot\u00e9g\u00e9es. Les pr\u00e9parations \u00e0 base de gentiane disponibles dans le commerce utilisent exclusivement <em>G. lutea<\/em>.<\/p>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La toxicit\u00e9 de <em>G. acaulis<\/em> est consid\u00e9r\u00e9e comme tr\u00e8s faible. Les <strong>substances am\u00e8res<\/strong> (gentiopicroside, amarogentine) peuvent provoquer des naus\u00e9es et des vomissements \u00e0 forte dose. Les <strong>xanthones<\/strong> n&rsquo;ont pas montr\u00e9 de toxicit\u00e9 significative aux doses th\u00e9rapeutiques. La <strong>gentianine<\/strong> poss\u00e8de une activit\u00e9 pharmacologique \u00e0 dose \u00e9lev\u00e9e (effets sur le syst\u00e8me nerveux central) mais les concentrations dans la plante sont infimes. Le risque principal est celui de la <strong>confusion botanique<\/strong> : la gentiane acaule peut \u00eatre confondue avec le <strong>v\u00e9r\u00e2tre blanc<\/strong> (<em>Veratrum album<\/em>) au stade v\u00e9g\u00e9tatif, une plante extr\u00eamement toxique des pelouses alpines dont les feuilles basales ressemblent superficiellement \u00e0 celles des gentianes. Des intoxications mortelles au v\u00e9r\u00e2tre sont r\u00e9guli\u00e8rement rapport\u00e9es en Europe, le plus souvent chez des randonneurs confondant les deux esp\u00e8ces. <strong>Contre-indications :<\/strong> ulc\u00e8re gastroduod\u00e9nal (les amers stimulent la s\u00e9cr\u00e9tion gastrique acide), grossesse.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La gentiane acaule est l&rsquo;une des fleurs les plus embl\u00e9matiques des <strong>Alpes<\/strong>, au m\u00eame titre que l&rsquo;edelweiss et le rhododendron. Elle figure sur de nombreuses <strong>armoiries<\/strong>, <strong>timbres-poste<\/strong>, <strong>logos touristiques<\/strong> et <strong>objets artisanaux alpins<\/strong>. En <strong>Autriche<\/strong> et en <strong>Bavi\u00e8re<\/strong>, la gentiane bleue est un motif traditionnel de la c\u00e9ramique, de la broderie et de l&rsquo;orf\u00e8vrerie populaire. La <strong>liqueur de gentiane<\/strong> (Enzian en allemand) est une boisson embl\u00e9matique des Alpes, bien que la gentiane jaune en soit la source principale. La gentiane acaule est cultiv\u00e9e dans les <strong>jardins alpins<\/strong> et les <strong>rocailles<\/strong> depuis le XVIe si\u00e8cle ; les premi\u00e8res mentions horticoles datent de <strong>Clusius<\/strong> (1583), qui l&rsquo;a d\u00e9crite et illustr\u00e9e dans ses <em>Rariorum plantarum historia<\/em>. En <strong>symbolique alpine<\/strong>, la gentiane repr\u00e9sente la fid\u00e9lit\u00e9, la force et la r\u00e9sistance aux conditions adverses. Le bleu profond de ses fleurs, unique dans la flore alpine, a inspir\u00e9 de nombreux po\u00e8tes et peintres.<\/p>\n<hr>\n<h3>Statut r\u00e9glementaire et conservation<\/h3>\n<p><em>Gentiana acaulis<\/em> est prot\u00e9g\u00e9e dans de nombreuses r\u00e9gions europ\u00e9ennes. En France, elle est prot\u00e9g\u00e9e au niveau r\u00e9gional dans plusieurs d\u00e9partements alpins et pyr\u00e9n\u00e9ens (arr\u00eat\u00e9s pr\u00e9fectoraux). Elle est inscrite sur les listes rouges r\u00e9gionales avec un statut de <strong>pr\u00e9occupation mineure<\/strong> (LC) \u00e0 <strong>quasi menac\u00e9e<\/strong> (NT) selon les r\u00e9gions. Au niveau europ\u00e9en, l&rsquo;esp\u00e8ce n&rsquo;est pas inscrite aux annexes de la Directive Habitats, mais b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une protection dans les parcs nationaux et les r\u00e9serves naturelles alpines. Les menaces incluent le <strong>surp\u00e2turage<\/strong>, le <strong>pi\u00e9tinement touristique<\/strong>, la <strong>cueillette ornementale<\/strong>, le <strong>changement climatique<\/strong> (remont\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tage alpin) et l&rsquo;<strong>abandon du pastoralisme<\/strong> (enfrichement des pelouses). La plante ne figure dans aucune pharmacop\u00e9e officielle en tant qu&rsquo;esp\u00e8ce distincte. La culture horticole est bien \u00e9tablie, avec de nombreux cultivars disponibles dans le commerce.<\/p>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>Aucune monographie pharmacognosique officielle distincte de <em>G. lutea<\/em>. L&rsquo;identification repose sur les caract\u00e8res morphologiques : rosette de feuilles coriaces elliptiques, fleur tubulaire bleu intense solitaire, taches vertes dans la gorge de la corolle. La distinction avec <em>G. clusii<\/em> est essentielle : chez <em>G. clusii<\/em>, l&rsquo;int\u00e9rieur de la corolle est uniform\u00e9ment bleu sans taches vertes, et l&rsquo;esp\u00e8ce pousse sur sols calcaires. L&rsquo;examen microscopique de la racine montre un parenchyme cortical contenant des cellules \u00e0 xanthones (coloration jaune) et un xyl\u00e8me peu d\u00e9velopp\u00e9 (racine pivotante courte). Le dosage des s\u00e9coirido\u00efdes (gentiopicroside) se fait par HPLC-UV. Le profil en xanthones est utilis\u00e9 en chimiotaxonomie pour distinguer les esp\u00e8ces du genre. L&rsquo;indice d&rsquo;amertume (dilution maximale \u00e0 laquelle l&rsquo;amertume est perceptible) est un param\u00e8tre pharmacognosique classique pour les gentianes.<\/p>\n<hr>\n<h3>Conclusion et perspectives<\/h3>\n<p><em>Gentiana acaulis<\/em>, joyau bleu des pelouses alpines, est avant tout une esp\u00e8ce embl\u00e9matique du patrimoine naturel et culturel des montagnes europ\u00e9ennes. Si ses propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales sont modestes compar\u00e9es \u00e0 celles de la gentiane jaune, les s\u00e9coirido\u00efdes et les xanthones qu&rsquo;elle contient pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat pharmacologique ind\u00e9niable. Les recherches en phylog\u00e9ographie et en \u00e9cologie de la pollinisation r\u00e9v\u00e8lent des adaptations remarquables \u00e0 l&rsquo;environnement alpin extr\u00eame, notamment le m\u00e9canisme de collecteur solaire floral. La conservation de cette esp\u00e8ce embl\u00e9matique passe par le maintien du pastoralisme extensif en altitude, la lutte contre le changement climatique et la sensibilisation du public \u00e0 la fragilit\u00e9 des pelouses alpines. La gentiane acaule incarne la beaut\u00e9 aust\u00e8re et la r\u00e9silience de la flore des sommets, un patrimoine vivant dont la sauvegarde est indissociable de celle des \u00e9cosyst\u00e8mes alpins dans leur ensemble.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/powo.science.kew.org\/results?q=Gentiana%20acaulis\">Plants of the World Online, Kew : <em>Gentiana acaulis<\/em><\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.tela-botanica.org\/?s=Gentiana+acaulis\">Tela Botanica \/ eFlore : <em>Gentiana acaulis<\/em><\/a>.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B. <em>Flora Gallica<\/em>. M\u00e8ze : Biotope ; 2014.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Tonique amer \/ ap\u00e9ritif (usage traditionnel)<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Eupeptique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> Chol\u00e9r\u00e9tique<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE La gentiane acaule (Gentiana acaulis L.) appartient \u00e0 la famille des Gentianaceae. Le genre Gentiana comprend environ 350 \u00e0 400 esp\u00e8ces, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[70],"tags":[],"class_list":["post-973","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-gentianacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/973","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=973"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/973\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14229,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/973\/revisions\/14229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=973"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=973"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=973"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}