{"id":981,"date":"2026-03-26T11:32:58","date_gmt":"2026-03-26T10:32:58","guid":{"rendered":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gentiane-jaune\/"},"modified":"2026-07-23T20:10:49","modified_gmt":"2026-07-23T18:10:49","slug":"gentiane-jaune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/2026\/03\/26\/gentiane-jaune\/","title":{"rendered":"GENTIANE JAUNE"},"content":{"rendered":"<div class=\"planche-botanique\" style=\"text-align:center;margin:0 0 2em 0\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/dessins\/Gentiane%20jaune.jpg\" alt=\"Planche botanique Gentiane jaune\" class=\"planche-zoom\" style=\"max-width:100%;height:auto;border-radius:8px\" \/><\/div>\n<p>La gentiane jaune est la reine des plantes am\u00e8res d&rsquo;Europe et l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus c\u00e9l\u00e8bres des r\u00e9gions montagnardes. Ses grandes hampes florales jaune d&rsquo;or, dress\u00e9es \u00e0 plus d&rsquo;un m\u00e8tre de hauteur dans les prairies subalpines, constituent l&rsquo;un des spectacles botaniques les plus impressionnants des Alpes, des Pyr\u00e9n\u00e9es et du Massif central. Mais c&rsquo;est sous terre que r\u00e9side son tr\u00e9sor : une racine \u00e9paisse et profonde, jaune orang\u00e9 \u00e0 la coupe, intens\u00e9ment am\u00e8re, qui renferme les <strong>s\u00e9coirido\u00efdes<\/strong> les plus amers du r\u00e8gne v\u00e9g\u00e9tal \u2014 la gentiopicroside et l&rsquo;amarogentine, cette derni\u00e8re d\u00e9tenant le record absolu d&rsquo;amertume parmi toutes les substances naturelles connues.<\/p>\n<p>Inscrite \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne comme amer stomachique de r\u00e9f\u00e9rence, la gentiane est aussi la base de l&rsquo;industrie des liqueurs am\u00e8res alpines (Suze, Av\u00e8ze, Salers) et un symbole culturel des terroirs de montagne. Mais sa surexploitation et la lenteur de sa croissance (10-15 ans avant la premi\u00e8re floraison) en font une esp\u00e8ce prot\u00e9g\u00e9e dans de nombreuses r\u00e9gions, dont la r\u00e9colte est strictement r\u00e9glement\u00e9e.<\/p>\n<hr>\n<h2>I. SYST\u00c9MATIQUE ET TAXONOMIE<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Famille :<\/strong> Gentianaceae<\/li>\n<li><strong>Genre :<\/strong> <em>Gentiana<\/em><\/li>\n<li><strong>Esp\u00e8ce :<\/strong> <em>Gentiana lutea<\/em> L.<\/li>\n<li><strong>Noms vernaculaires :<\/strong> Gentiane jaune, Grande gentiane, Gentiane officinale, Quinquina des pauvres, Jouvansaude (Auvergne).<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>\u00c9tymologie :<\/strong> <em>Gentiana<\/em> rend hommage \u00e0 Gentius, roi d&rsquo;Illyrie (IIe si\u00e8cle av. J.-C.), qui aurait d\u00e9couvert les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de la plante. <em>lutea<\/em> (\u00ab jaune \u00bb) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la couleur des fleurs. Le genre <em>Gentiana<\/em> comprend environ 400 esp\u00e8ces, principalement montagnardes, r\u00e9parties dans les deux h\u00e9misph\u00e8res.<\/p>\n<hr>\n<h2>II. DESCRIPTION BOTANIQUE<\/h2>\n<h3>A. Port et architecture<\/h3>\n<figure class=\"zoomable-figure kohler-planche\" style=\"float:left;margin:5px 25px 15px 0;max-width:280px;border:1px solid #c9b99a;padding:6px;background:#faf6ee;border-radius:4px;cursor:pointer\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/wp-content\/uploads\/kohler\/gentiana_lutea.jpg\" alt=\"Gentiana lutea \u2014 planche K\u00f6hler (1887)\" style=\"width:100%;height:auto\" \/><figcaption style=\"text-align:center;font-size:0.78em;color:#5a4e3c;margin-top:5px;font-style:italic\">Gentiana lutea<br \/>K\u00f6hler&rsquo;s Medizinal-Pflanzen, 1887<\/figcaption><\/figure>\n<p>Plante herbac\u00e9e vivace de grande taille (60 \u00e0 150 cm en fleur), \u00e0 grosse souche pivotante pouvant atteindre 1 m de profondeur et peser plusieurs kilogrammes chez les individus \u00e2g\u00e9s. La plante ne fleurit qu&rsquo;apr\u00e8s 7 \u00e0 15 ans de croissance v\u00e9g\u00e9tative \u2014 pendant ces ann\u00e9es, elle ne produit qu&rsquo;une rosette de feuilles basales.<\/p>\n<h3>B. Appareil v\u00e9g\u00e9tatif<\/h3>\n<p><strong>Racine :<\/strong> c&rsquo;est l&rsquo;organe le plus important \u2014 pivotante, \u00e9paisse (3-6 cm de diam\u00e8tre), cylindrique, ramifi\u00e9e, <strong>jaune orang\u00e9<\/strong> \u00e0 la coupe (coloration due aux <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/xanthones\/\">xanthones<\/a>). La surface externe est brun-gris\u00e2tre, rid\u00e9e longitudinalement. La racine est charnue, am\u00e8re, et d\u00e9gage une odeur forte caract\u00e9ristique en s\u00e9chant. Son poids peut d\u00e9passer 5 kg chez les individus centenaires.<\/p>\n<p><strong>Tiges :<\/strong> dress\u00e9es, robustes, cylindriques, creuses, simples, glabres, glauques. Une seule tige florif\u00e8re par rosette.<\/p>\n<p><strong>Feuilles :<\/strong> les basales sont tr\u00e8s grandes (20-30 cm), ovales-elliptiques, enti\u00e8res, \u00e0 5-7 nervures parall\u00e8les saillantes (caract\u00e8re diagnostique : nervation \u00ab monocotyl\u00e9done \u00bb chez une dicotyl\u00e9done), vert bleut\u00e9, glabres. Les caulinaires sont oppos\u00e9es, sessiles et embrassantes, progressivement r\u00e9duites vers le sommet. La rosette basale peut atteindre 50 cm de diam\u00e8tre.<\/p>\n<h3>C. Appareil reproducteur<\/h3>\n<p><strong>Inflorescence :<\/strong> fleurs group\u00e9es en verticilles denses (3-10 fleurs) \u00e0 l&rsquo;aisselle des feuilles sup\u00e9rieures, sur les 2\/3 sup\u00e9rieurs de la tige.<\/p>\n<p><strong>Fleur :<\/strong> de 25-30 mm de diam\u00e8tre, <strong>jaune vif<\/strong>, rotac\u00e9e (en \u00e9toile plate), \u00e0 5-9 lobes \u00e9troits et profonds. Les p\u00e9tales sont \u00e9tal\u00e9s et non soud\u00e9s en tube (contrairement \u00e0 la plupart des gentianes bleues). Le calice est membraneux, fendu d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 (spathe). Cinq \u00e9tamines. Ovaire sup\u00e8re allong\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Fruit :<\/strong> capsule ovo\u00efde-allong\u00e9e (3-4 cm), s&rsquo;ouvrant par 2 valves, contenant de nombreuses graines ail\u00e9es (diss\u00e9mination an\u00e9mochore).<\/p>\n<p><strong>Floraison :<\/strong> juin \u00e0 ao\u00fbt. Pollinisation entomophile (bourdons, papillons, col\u00e9opt\u00e8res).<\/p>\n<hr>\n<h3>\u00c9COLOGIE ET DISTRIBUTION<\/h3>\n<h3>A. Habitat<\/h3>\n<p>La gentiane jaune est une esp\u00e8ce montagnarde, h\u00e9liophile et calcicole \u00e0 neutrophile. Elle cro\u00eet dans les prairies subalpines, les pelouses de fauche d&rsquo;altitude, les p\u00e2turages extensifs, les m\u00e9gaphorbiaies et les lisi\u00e8res foresti\u00e8res, entre <strong>800 et 2500 m<\/strong> d&rsquo;altitude (exceptionnellement plus bas dans les zones \u00e0 climat montagnard). Elle est caract\u00e9ristique des groupements du <em>Triseto-Polygonion<\/em> (prairies de fauche montagnardes) et du <em>Nardion<\/em> (pelouses subalpines).<\/p>\n<h3>B. Distribution<\/h3>\n<p>Montagnes d&rsquo;Europe m\u00e9ridionale et centrale : Alpes, Pyr\u00e9n\u00e9es, Massif central (Auvergne, C\u00e9vennes), Jura, Apennins, Balkans, Carpates. En France, pr\u00e9sente dans le Massif central (Aubrac, Cantal, C\u00e9zallier, Margeride \u2014 zone historique de r\u00e9colte), les Alpes, les Pyr\u00e9n\u00e9es et le Jura. Absente des plaines et des r\u00e9gions m\u00e9diterran\u00e9ennes basses.<\/p>\n<hr>\n<h2>III. PARTIES UTILIS\u00c9ES<\/h2>\n<p>La <strong>racine<\/strong> \u2014 r\u00e9colt\u00e9e en automne sur des plants de plus de 4-5 ans. La drogue est inscrite \u00e0 la <strong>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne<\/strong> (monographie <em>Gentianae radix<\/em>) et doit contenir au minimum 2 % de gentiopicroside. La r\u00e9colte est r\u00e9glement\u00e9e dans la plupart des d\u00e9partements fran\u00e7ais (autorisation pr\u00e9fectorale, quotas, rotation des parcelles) en raison de la lenteur de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<hr>\n<h2>IV. PHYTOCHIMIE ET ANALYSE MOL\u00c9CULAIRE<\/h2>\n<h3>A. S\u00e9coirido\u00efdes \u2014 les compos\u00e9s amers records<\/h3>\n<p>Les s\u00e9coirido\u00efdes sont les compos\u00e9s pharmacologiquement les plus importants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Gentiopicroside<\/strong> (gentiopicrine, 2-4 %) \u2014 s\u00e9coirido\u00efde glycosyl\u00e9, principal compos\u00e9 amer de la racine et marqueur de qualit\u00e9 pharmacop\u00e9ique.<\/li>\n<li><strong>Amarogentine<\/strong> (0,01-0,05 %) \u2014 <strong>la substance la plus am\u00e8re du monde naturel<\/strong>. D\u00e9tectable au go\u00fbt \u00e0 une dilution de 1:58 000 000 (58 millions). Pour comparaison, la quinine est am\u00e8re \u00e0 1:50 000. L&rsquo;amarogentine est donc environ 1000 fois plus am\u00e8re que la quinine. C&rsquo;est un dim\u00e8re s\u00e9coirido\u00efde-xanthone unique dans la nature.<\/li>\n<li><strong>Sw\u00e9roside<\/strong> \u2014 s\u00e9coirido\u00efde secondaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>B. Xanthones<\/h3>\n<p><strong>Gentisine<\/strong>, <strong>isogentisine<\/strong>, <strong>gentioside<\/strong> \u2014 pigments jaunes responsables de la coloration de la racine. Activit\u00e9 antioxydante, anti-inflammatoire et h\u00e9patoprotectrice.<\/p>\n<h3>C. Sucres<\/h3>\n<p>La racine fra\u00eeche contient jusqu&rsquo;\u00e0 <strong>30 % de sucres<\/strong> (gentianose, saccharose). Cette richesse saccharidique est exploit\u00e9e pour la fermentation lors de la fabrication des liqueurs de gentiane.<\/p>\n<h3>D. Autres compos\u00e9s<\/h3>\n<p><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/pectines\/\">Pectines<\/a>, <a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/mucilages\/\">mucilages<\/a>, acide gentisique (acide ph\u00e9nolique antibact\u00e9rien). Pas d&rsquo;<a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/alcaloides\/\">alcalo\u00efdes<\/a>, pas de tanins \u2014 la racine est \u00ab propre \u00bb pharmacologiquement (am\u00e8re pure).<\/p>\n<hr>\n<h2>V. M\u00c9CANISMES PHARMACODYNAMIQUES<\/h2>\n<h3>A. Activit\u00e9 stomachique et ap\u00e9ritive (amer de r\u00e9f\u00e9rence)<\/h3>\n<p>Les s\u00e9coirido\u00efdes (gentiopicroside, amarogentine) activent les <strong>r\u00e9cepteurs du go\u00fbt amer<\/strong> (TAS2R) de la muqueuse buccale et gastrique. Cette stimulation d\u00e9clenche, par voie r\u00e9flexe vagale :<\/p>\n<ul>\n<li>Augmentation de la s\u00e9cr\u00e9tion salivaire<\/li>\n<li>Augmentation de la s\u00e9cr\u00e9tion gastrique (HCl, pepsine)<\/li>\n<li>Stimulation de la s\u00e9cr\u00e9tion pancr\u00e9atique<\/li>\n<li>Stimulation de la s\u00e9cr\u00e9tion biliaire (cholagogue\/chol\u00e9r\u00e9tique)<\/li>\n<li>Augmentation du p\u00e9ristaltisme intestinal<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cet effet \u00ab amer r\u00e9flexe \u00bb fait de la gentiane l&rsquo;<strong>amer stomachique de r\u00e9f\u00e9rence<\/strong> en pharmacognosie \u2014 c&rsquo;est la plante \u00e0 laquelle toutes les autres drogues am\u00e8res sont compar\u00e9es.<\/p>\n<h3>B. Activit\u00e9 h\u00e9patoprotectrice<\/h3>\n<p>Les xanthones (gentisine, isogentisine) exercent un effet h\u00e9patoprotecteur document\u00e9 <em>in vitro<\/em> et sur mod\u00e8les animaux, par r\u00e9duction du stress oxydatif h\u00e9patique et inhibition de la peroxydation lipidique.<\/p>\n<h3>C. Activit\u00e9 anti-inflammatoire<\/h3>\n<p>Le gentiopicroside poss\u00e8de une activit\u00e9 anti-inflammatoire et analg\u00e9sique document\u00e9e par inhibition de la production de NO et de PGE2.<\/p>\n<hr>\n<h2>VI. DONN\u00c9ES CLINIQUES<\/h2>\n<p>L&rsquo;usage traditionnel bien \u00e9tabli de la racine de gentiane est reconnu pour le \u00ab traitement des troubles digestifs tels que la perte d&rsquo;app\u00e9tit, la sensation de pl\u00e9nitude et les flatulences \u00bb. L&rsquo;utilisation comme amer stomachique est soutenue par des donn\u00e9es pharmacologiques solides et par une tradition d&rsquo;usage mill\u00e9naire. Des essais cliniques formels de grande envergure sont limit\u00e9s, car l&rsquo;usage est consid\u00e9r\u00e9 comme suffisamment \u00e9tabli par la tradition et la pharmacologie.<\/p>\n<hr>\n<h2>VII. TABLEAU DES PRINCIPAUX COMPOS\u00c9S<\/h2>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Compos\u00e9<\/th>\n<th>Classe<\/th>\n<th>Action principale<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Gentiopicroside, amarogentine<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/iridoides\/\">S\u00e9coirido\u00efdes<\/a> amers<\/td>\n<td>Ap\u00e9ritifs, eupeptiques (les plus amers connus)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Xanthones (gentisine)<\/td>\n<td><a href=\"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/phytochimie\/xanthones\/\">Xanthones<\/a><\/td>\n<td>Chol\u00e9r\u00e9tiques, antioxydantes<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Oligosaccharides (gentianose)<\/td>\n<td>Sucres<\/td>\n<td>Constituants<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<hr>\n<h2>VIII. FORMES GAL\u00c9NIQUES<\/h2>\n<ul>\n<li><strong>Mac\u00e9ration \u00e0 froid :<\/strong> 1-2 g de racine coup\u00e9e dans 150 ml d&rsquo;eau froide, mac\u00e9rer 8-12h. Filtrer. 1 tasse 30 min avant les repas. La mac\u00e9ration \u00e0 froid extrait les amers sans les tanins (pas de tanins dans la gentiane, mais la mac\u00e9ration froide est la forme traditionnelle).<\/li>\n<li><strong>Teinture :<\/strong> 1:5 dans \u00e9thanol \u00e0 60\u00b0, 20-30 gouttes avant les repas.<\/li>\n<li><strong>Poudre :<\/strong> g\u00e9lules de 200-500 mg, 1-2 avant les repas.<\/li>\n<li><strong>Vin de gentiane :<\/strong> mac\u00e9ration de racine dans du vin blanc (recette traditionnelle auvergnate).<\/li>\n<li><strong>Liqueurs am\u00e8res :<\/strong> Suze\u00ae, Av\u00e8ze\u00ae, Salers\u00ae \u2014 gentiane mac\u00e9r\u00e9e puis distill\u00e9e dans l&rsquo;alcool, sucr\u00e9e et aromatis\u00e9e. Produits ap\u00e9ritifs embl\u00e9matiques du Massif central.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>IX. TOXICOLOGIE<\/h2>\n<p>La gentiane est de <strong>faible toxicit\u00e9<\/strong> aux doses th\u00e9rapeutiques. L&rsquo;amertume extr\u00eame constitue un facteur limitant naturel de la consommation excessive. Contre-indications : ulc\u00e8re gastro-duod\u00e9nal actif (stimulation de la s\u00e9cr\u00e9tion acide), reflux gastro-\u0153sophagien. Par pr\u00e9caution, d\u00e9conseill\u00e9e pendant la grossesse (effet emm\u00e9nagogue th\u00e9orique) et chez les sujets hypertendus (certains auteurs signalent un effet hypertenseur l\u00e9ger).<\/p>\n<p><strong>Attention aux confusions :<\/strong> la rosette de feuilles de gentiane ressemble dangereusement \u00e0 celle du <strong>v\u00e9ratre blanc<\/strong> (<em>Veratrum album<\/em>), plante extr\u00eamement toxique qui pousse dans les m\u00eames prairies d&rsquo;altitude. Cette confusion est la cause d&rsquo;intoxications graves et parfois mortelles chez les cueilleurs imprudents.<\/p>\n<hr>\n<h2>X. USAGES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>La gentiane jaune est utilis\u00e9e depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 : Dioscoride et Pline la d\u00e9crivent comme f\u00e9brifuge et tonique. Au Moyen \u00c2ge, elle \u00e9tait le rem\u00e8de des \u00ab fi\u00e8vres pestilentielles \u00bb et entrait dans la composition de la th\u00e9riaque. Dans les montagnes d&rsquo;Auvergne, la r\u00e9colte traditionnelle de la racine de gentiane (\u00ab l&rsquo;arrachage \u00bb) est une pratique ancestrale qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 une fili\u00e8re \u00e9conomique encore vivante : chaque ann\u00e9e, des r\u00e9colteurs agr\u00e9\u00e9s (\u00ab gentianaires \u00bb) extraient les racines \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une fourche sp\u00e9ciale (la \u00ab fourche du diable \u00bb) dans les estives du Cantal, de l&rsquo;Aubrac et du C\u00e9zallier. La gentiane est le symbole culturel de l&rsquo;Auvergne et de ses produits de terroir.<\/p>\n<hr>\n<h3>INT\u00c9R\u00caT \u00c9COLOGIQUE<\/h3>\n<p>La gentiane jaune est une <strong>esp\u00e8ce structurante des prairies subalpines<\/strong> :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Plante mellif\u00e8re d&rsquo;altitude :<\/strong> ses fleurs jaunes produisent un nectar abondant appr\u00e9ci\u00e9 des bourdons alpins et des papillons d&rsquo;altitude.<\/li>\n<li><strong>Indicatrice de prairies extensives :<\/strong> sa pr\u00e9sence signale des p\u00e2turages non amend\u00e9s et non surexploit\u00e9s, de haute valeur pastorale et floristique.<\/li>\n<li><strong>Long\u00e9vit\u00e9 :<\/strong> les individus peuvent vivre 50 \u00e0 100 ans, avec des racines pesant plus de 5 kg \u2014 chaque plante arrach\u00e9e met 15-20 ans \u00e0 \u00eatre remplac\u00e9e. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une gestion durable de la r\u00e9colte.<\/li>\n<li><strong>Protection :<\/strong> esp\u00e8ce prot\u00e9g\u00e9e dans plusieurs d\u00e9partements et pays. La r\u00e9colte est soumise \u00e0 autorisation pr\u00e9fectorale en France.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h3>CONFUSIONS POSSIBLES<\/h3>\n<ul>\n<li><strong><em>Veratrum album<\/em><\/strong> (v\u00e9ratre blanc) : <strong>CONFUSION MORTELLE.<\/strong> M\u00eame habitat, rosettes de feuilles tr\u00e8s similaires. Crit\u00e8res distinctifs : les feuilles du v\u00e9ratre sont embrassantes, pliss\u00e9es en \u00e9ventail, alternes et pubescentes dessous \u2014 celles de la gentiane sont oppos\u00e9es, lisses et glabres. En cas de doute, ne pas r\u00e9colter.<\/li>\n<li><strong><em>Gentiana punctata<\/em><\/strong> (gentiane ponctu\u00e9e) : m\u00eame habitat, fleurs jaune ponctu\u00e9es de noir, propri\u00e9t\u00e9s similaires mais plus rare.<\/li>\n<li><strong><em>Gentiana purpurea<\/em><\/strong> (gentiane pourpre) : fleurs pourpre-rouge, m\u00eame usage amer.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>XI. SYNTH\u00c8SE PHARMACOGNOSIQUE<\/h2>\n<p>La gentiane jaune est l&rsquo;<strong>amer de r\u00e9f\u00e9rence absolu<\/strong> de la pharmacognosie europ\u00e9enne. Ses s\u00e9coirido\u00efdes \u2014 gentiopicroside et amarogentine (la substance naturelle la plus am\u00e8re connue) \u2014 constituent le mod\u00e8le pharmacologique de l&rsquo;activit\u00e9 stomachique am\u00e8re. Son inscription \u00e0 la Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne et trois mill\u00e9naires d&rsquo;usage continu en font l&rsquo;une des drogues v\u00e9g\u00e9tales les plus l\u00e9gitimes de la mati\u00e8re m\u00e9dicale. Sa double identit\u00e9 \u2014 plante m\u00e9dicinale et mati\u00e8re premi\u00e8re des liqueurs de terroir \u2014 et sa croissance extr\u00eamement lente imposent une gestion raisonn\u00e9e et durable de la ressource, conciliant pharmacop\u00e9e, gastronomie et conservation de la biodiversit\u00e9 montagnarde.<\/p>\n<hr>\n<h2>XII. BIBLIOGRAPHIE ACAD\u00c9MIQUE<\/h2>\n<ul>\n<li>Bruneton J., <em>Pharmacognosie, phytochimie, plantes m\u00e9dicinales<\/em>, 5<sup>e<\/sup> \u00e9d., Lavoisier, 2016.<\/li>\n<li>Pharmacop\u00e9e europ\u00e9enne, monographie <em>Gentianae radix<\/em>, 10<sup>e<\/sup> \u00e9d.<\/li>\n<li>Tison J.-M., de Foucault B., <em>Flora Gallica \u2014 Flore de France<\/em>, Biotope \u00c9ditions, 2014.<\/li>\n<li>Meynadier A., \u00ab La gentiane jaune en Auvergne : de la cueillette \u00e0 la liqueur \u00bb, <em>Revue d&rsquo;Auvergne<\/em>, 2012.<\/li>\n<li>Aberham A., Pieri V., Croom E.M. et al., \u00ab Analysis of iridoids, secoiridoids and xanthones in <em>Centaurium erythraea<\/em>, <em>Frasera caroliniensis<\/em> and <em>Gentiana lutea<\/em> using LC-MS \u00bb, <em>Journal of Pharmaceutical and Biomedical Analysis<\/em>, 2011.<\/li>\n<\/ul>\n<hr>\n<h2>PROPRI\u00c9T\u00c9S M\u00c9DICINALES \u2014 NOTATION<\/h2>\n<ul style=\"padding-left:0\">\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2605\u2606<\/strong> Tonique amer \/ ap\u00e9ritif<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2605\u2606\u2606<\/strong> Eupeptique \/ chol\u00e9r\u00e9tique<\/li>\n<li><strong>\u2605\u2605\u2606\u2606\u2606<\/strong> F\u00e9brifuge<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La gentiane jaune est la reine des plantes am\u00e8res d&rsquo;Europe et l&rsquo;une des plantes m\u00e9dicinales les plus c\u00e9l\u00e8bres des r\u00e9gions montagnardes. Ses grandes hampes florales [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"0","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[70],"tags":[],"class_list":["post-981","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-gentianacees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/981","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=981"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/981\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14300,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/981\/revisions\/14300"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=981"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=981"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leprincedulac.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=981"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}