Ces Poacées qui se ressemblent toutes — Guide de terrain pour la région Rhône-Alpes

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I. Introduction — pourquoi les graminées découragent le botaniste

Les Poacées (anciennement Graminées) forment la cinquième famille de plantes à fleurs par le nombre d’espèces — environ 12 000 dans le monde, plus de 300 en France — et sans doute la première par l’impact sur les paysages. En Rhône-Alpes, des plaines du Lyonnais aux alpages du Vercors et de la Vanoise, elles tapissent chaque prairie, chaque talus, chaque sous-bois. Et pourtant, la plupart des naturalistes avouent les esquiver : « Ce sont des herbes, elles se ressemblent toutes. »

Ce guide de terrain veut démontrer le contraire. Avec une poignée de critères — le type de ligule, la forme de l’inflorescence, la section du chaume, la présence ou l’absence d’oreillettes — il devient possible de nommer la majorité des graminées qu’on croise lors d’une sortie. Le secret tient en une phrase : ne regardez pas la plante dans son ensemble, regardez la jonction entre la gaine et le limbe. C’est là, dans ce centimètre carré que le néophyte ignore, que se cache presque toujours la clé.

Nous passerons en revue une quarantaine d’espèces parmi les plus fréquentes ou les plus remarquables de la région Rhône-Alpes, regroupées par habitat. Pour chacune, les critères discriminants sont mis en valeur, les confusions classiques signalées, et les astuces de terrain soulignées. Le vocabulaire nécessaire est expliqué dans le chapitre suivant — il est indispensable de le maîtriser avant d’aller plus loin.

II. Anatomie d’une graminée — le vocabulaire indispensable

Avant d’aborder les espèces, il faut parler la même langue. Voici les termes que ce guide utilisera constamment.

L’appareil végétatif

Le chaume est la tige des graminées. Il est presque toujours creux (sauf chez le maïs et quelques autres) et divisé en entre-nœuds séparés par des nœuds pleins. Sa section est ronde chez l’immense majorité des espèces, mais comprimée latéralement chez le pâturin (Poa) et nettement triangulaire chez les Cypéracées — qui ne sont pas des Poacées.

La feuille se compose de deux parties : la gaine, qui enveloppe le chaume comme un manchon, et le limbe, la partie libre qui s’en écarte. La gaine peut être fendue (ouverte sur toute sa longueur, les bords se chevauchant simplement) ou soudée (formant un tube fermé). Ce caractère est fondamental : il sépare d’emblée des genres entiers.

À la jonction de la gaine et du limbe se trouve la ligule. C’est une petite membrane, une frange de poils, ou parfois un simple bourrelet. Sa forme, sa longueur et sa texture constituent le critère d’identification le plus fiable des graminées. Pour l’observer, tenez la feuille entre le pouce et l’index, tirez doucement le limbe vers l’arrière : la ligule apparaît, dressée contre le chaume. Une ligule membraneuse est une languette translucide, souvent blanche, de 0,5 à 10 mm. Une ligule ciliée est réduite à une rangée de poils courts.

De part et d’autre de la ligule, certaines espèces portent des oreillettes (ou auricules) : deux petits crochets ou lobes qui embrassent le chaume. Leur présence, leur taille et leur pilosité sont des critères précieux. L’orge des rats et le ray-grass d’Italie (Lolium multiflorum) en ont de bien développées ; chez le ray-grass anglais (Lolium perenne) elles sont en revanche petites ou peu marquées, et la plupart des pâturins n’en ont pas.

La préfoliation — la manière dont les jeunes feuilles sont pliées dans le bourgeon — se vérifie en coupant transversalement la base d’une touffe. Si les jeunes feuilles sont pliées en V (condupliquées), la section montre des V emboîtés ; si elles sont enroulées (convolutées), la section montre des cercles concentriques. Ce caractère, stable et facile à observer à la loupe, sépare notamment les fétuques (pliées) des ray-grass (pliées aussi) et des agrostides (enroulées).

L’inflorescence

L’unité de base de l’inflorescence est l’épillet. Chaque épillet contient une ou plusieurs fleurs (fleurons), protégées à la base par deux bractées appelées glumes. Chaque fleuron est lui-même enveloppé par deux pièces : la lemme (glumelle inférieure, qui porte souvent une arête) et la paléole (glumelle supérieure, membraneuse).

Les épillets sont disposés selon trois grands types d’inflorescence :

— L’épi : les épillets sont directement fixés (sessiles) sur l’axe central (le rachis), sans pédicelle. L’ivraie (Lolium) et le chiendent (Elymus) portent de vrais épis.

— La panicule : les épillets sont portés par des rameaux qui se ramifient eux-mêmes, formant une structure aérée, pyramidale ou ovoïde. La panicule peut être lâche (ouverte, les rameaux écartés) ou contractée (resserrée, les rameaux plaqués contre l’axe, mimant un épi). La fléole et le vulpin portent des panicules contractées qu’on prend souvent pour des épis.

— La grappe : les épillets sont portés par des pédicelles simples (non ramifiés) fixés directement sur l’axe. Le brome et le mélique en portent.

La présence ou l’absence d’une arête sur la lemme, sa position (terminale, dorsale, basale) et sa longueur sont des critères majeurs. L’arête dorsale et genouillée de l’avoine, l’arête terminale du brome, l’absence d’arête chez le pâturin : autant de signatures reconnaissables.

Le port général

On distingue les graminées cespiteuses (formant des touffes denses, sans stolons ni rhizomes) des graminées traçantes (émettant des stolons rampant à la surface ou des rhizomes souterrains). Le dactyle est cespiteux ; le chiendent est traçant par rhizomes ; le pâturin des prés combine les deux stratégies.

III. Clé de détermination simplifiée par type d’inflorescence

Cette clé ne remplace pas une flore, mais elle oriente rapidement vers le bon groupe. Elle couvre les espèces traitées dans ce guide.

A. Inflorescence en épi vrai (épillets sessiles sur le rachis)

→ Épillets insérés par leur côté plat (une seule glume visible par épillet, sauf l’épillet terminal) : Ivraie (Lolium)
→ Épillets insérés par leur côté étroit (deux glumes visibles), solitaires à chaque nœud : Chiendent (Elymus)
→ Épillets groupés par 2-3 à chaque nœud : Orge (Hordeum)
→ Épi unilatéral, épillets sur un seul côté : Nard raide (Nardus)
→ Épi cylindrique dense avec de longs cils, « queue de renard » : Vulpin (Alopecurus) — en réalité panicule très contractée

B. Inflorescence en panicule contractée, cylindrique ou ovoïde (aspect d’épi mais épillets pédicellés)

→ Panicule cylindrique très dense, ne se déforme pas quand on la plie entre les doigts : Fléole (Phleum)
→ Panicule cylindrique dense, se déforme quand on la plie : Vulpin (Alopecurus)
→ Panicule lobée, en glomérules unilatéraux serrés : Dactyle (Dactylis)
→ Panicule spiciforme étroite, dorée : Koelérie (Koeleria)
→ Panicule spiciforme argentée, soyeuse : Calamagrostide (Calamagrostis)

C. Inflorescence en panicule lâche et ouverte

→ Épillets en forme de cœur, pendants, tremblants au moindre souffle : Brize (Briza)
→ Épillets très petits (2-3 mm), panicule vaporeuse : Agrostide (Agrostis)
→ Épillets à arête dorsale genouillée dépassant les glumes : Fromental (Arrhenatherum) ou Avoine (Avena)
→ Épillets à 2 fleurons dont un aristé, panicule dense et velue au toucher : Houlque (Holcus)
→ Épillets sans arête, panicule pyramidale à rameaux par 3-5, chaume comprimé : Pâturin (Poa)
→ Panicule très grande (20-50 cm), épillets violacés à arêtes droites : Brome (Bromus)
→ Panicule diffuse, épillets isolés, gros (5-7 mm), grain visible : Millet diffus (Milium)
→ Panicule à rameaux dressés puis retombants, épillets dorés, parfum de coumarine au froissement : Flouve (Anthoxanthum)

Planche botanique de Agrostis capillaris — Agrostide commune
Agrostis capillaris — Agrostide commune. Cliquer pour agrandir.

D. Inflorescence en grappe ou racème

→ Épis digitées (2-6 épis partant d’un même point au sommet du chaume) : Digitaire (Digitaria)
→ Épis en écouvillon, hérissés de soies : Sétaire (Setaria)
→ Grappe unilatérale, épillets pectinés : Crételle (Cynosurus)

IV. Les graminées des prairies de fauche et des pâturages

Les prairies mésophiles de Rhône-Alpes — des bords de Saône aux vallées alpines — abritent un cortège remarquablement constant de graminées fourragères. C’est dans ce milieu que le débutant doit commencer son apprentissage, car les espèces y sont abondantes, faciles d’accès, et leur identification conditionne la lecture de tous les autres habitats.

Dactyle aggloméré — Dactylis glomerata L.

Planche botanique de Dactylis glomerata — Dactyle aggloméré
Dactylis glomerata — Dactyle aggloméré. Cliquer pour agrandir.

C’est souvent la première graminée qu’un débutant apprend à reconnaître, tant son port est caractéristique. Le dactyle forme des touffes robustes de 40 à 120 cm, aux chaumes raides et comprimés latéralement à la base — si vous pressez la base d’une touffe entre vos doigts, vous sentez nettement les chaumes aplatis. Les feuilles sont larges (5-10 mm), vert-gris, rudes au toucher, à gaine fortement carénée. La ligule est membraneuse, longue (5-10 mm), souvent déchirée. Pas d’oreillettes.

L’inflorescence est une panicule caractéristique : les épillets sont agglomérés en glomérules denses, unilatéraux, portés par des rameaux raides et écartés. On ne peut confondre cette architecture lobée avec aucune autre graminée française. À maturité, les glomérules deviennent violacés ou paille, et les épillets s’écartent, rendant chaque glomérule hérissé.

Critère imparable : la base comprimée de la touffe + les glomérules unilatéraux. Même en hiver, sans inflorescence, la section aplatie des chaumes trahit le dactyle.

Floraison : mai-septembre. Omniprésent de la plaine à l’étage montagnard (1 800 m).

Fromental élevé — Arrhenatherum elatius (L.) P.Beauv. ex J.Presl & C.Presl

Planche botanique de Arrhenatherum elatius — Fromental élevé
Arrhenatherum elatius — Fromental élevé. Cliquer pour agrandir.

Le fromental est le grand aristocrate des prairies de fauche. Il atteint 60 à 150 cm, avec des chaumes lisses et dressés. Les feuilles sont planes, larges de 4-8 mm, vert franc, à gaine lisse et glabre. La ligule est membraneuse, courte (1-3 mm), tronquée. Pas d’oreillettes.

La panicule est grande (15-30 cm), lâche, brillante, aux reflets argentés et dorés. Chaque épillet contient deux fleurons : le fleuron inférieur est mâle et porte une longue arête dorsale genouillée qui dépasse largement les glumes ; le fleuron supérieur est bisexué, à arête courte ou nulle. C’est cette arête genouillée, coudée à angle droit et vrillée à la base, qui signe le fromental.

Confusion possible : avec la folle avoine (Avena fatua), qui possède aussi des arêtes genouillées, mais dont les glumes sont beaucoup plus grandes (enveloppant tout l’épillet) et dont les fleurons portent tous une arête. Le fromental est vivace et cespiteux ; la folle avoine est annuelle.

Floraison : mai-juillet. Très commun dans toutes les prairies de fauche, du Lyonnais au Grésivaudan.

Houlque laineuse — Holcus lanatus L.

Planche botanique de Holcus lanatus — Houlque laineuse
Holcus lanatus — Houlque laineuse. Cliquer pour agrandir.

La houlque se reconnaît avant même qu’on l’examine de près : toute la plante est mollement veloutée. Passez la main sur les gaines et les limbes — la pubescence dense et douce est caractéristique. Les touffes atteignent 30 à 80 cm. Les feuilles sont vert pâle, molles, larges de 4-10 mm. La ligule est membraneuse, courte (1-3 mm), tronquée et ciliée au sommet. Pas d’oreillettes.

La panicule est ovoïde-oblongue (6-15 cm), dense, souvent rosée ou blanchâtre, devenant paille à maturité. Les épillets contiennent deux fleurons ; le fleuron supérieur porte une arête dorsale courte et en crochet, ne dépassant pas les glumes. C’est cette petite arête recourbée, cachée dans l’épillet, qui la distingue du fromental (arête longue et genouillée qui dépasse).

Confusion possible : avec la houlque molle (Holcus mollis), espèce forestière traçante dont les nœuds portent une touffe de poils réfléchis caractéristique — chez H. lanatus, la pilosité est uniformément répartie.

Floraison : juin-août. Prairies, pelouses, bords de routes. Commune partout en Rhône-Alpes.

Flouve odorante — Anthoxanthum odoratum L.

Planche botanique de Anthoxanthum odoratum — Flouve odorante
Anthoxanthum odoratum — Flouve odorante. Cliquer pour agrandir.

La flouve est la graminée qui sent bon. Froissez une feuille entre vos doigts : l’odeur de coumarine — celle du foin fraîchement coupé, de l’aspérule odorante, de la fève tonka — est immédiate et prononcée. C’est elle qui donne son parfum au foin des prairies de montagne.

Plante grêle, de 20 à 50 cm, en touffes lâches. Feuilles étroites (3-5 mm), vert clair, à poils épars. La ligule est membraneuse, courte (1-2 mm), tronquée. L’inflorescence est une panicule spiciforme ovoïde-oblongue (3-7 cm), dense, dorée à maturité. Chaque épillet contient un seul fleuron fertile, flanqué de deux glumes très inégales et de deux lemmes stériles dont l’une porte une arête genouillée.

Critère imparable : l’odeur de coumarine. Aucune autre graminée commune ne la possède à ce point. En l’absence de fleurs, froissez les feuilles basales — le parfum suffit.

Floraison : avril-juin (une des premières à fleurir). Prairies, pelouses, lisières. Commune de la plaine aux alpages (2 500 m).

Pâturin des prés — Poa pratensis L.

Planche botanique de Poa pratensis — Pâturin des prés
Poa pratensis — Pâturin des prés. Cliquer pour agrandir.

Le genre Poa est le cauchemar du débutant : une dizaine d’espèces communes, toutes à panicule lâche, toutes sans arête, toutes à feuilles étroites. Mais P. pratensis a un caractère exclusif facile à vérifier : c’est une espèce traçante, produisant de longs rhizomes souterrains qui forment un gazon continu (jamais en touffes isolées).

Chaumes de 30 à 80 cm, lisses, dressés. Feuilles planes ou pliées, étroites (2-4 mm), vert franc, à sommet en forme de proue de barque (naviculaire) — critère visible à l’œil nu si l’on retourne la feuille. La ligule est membraneuse, très courte (0,5-2 mm), tronquée. Pas d’oreillettes. Gaine lisse, non carénée.

La panicule est pyramidale (5-15 cm), les rameaux inférieurs groupés par 3-5, d’abord dressés puis étalés. Les épillets sont petits (3-5 mm), ovales, à 3-5 fleurons, sans arête. La base de chaque lemme porte souvent des poils laineux (poils de la calle) visibles à la loupe — un critère qui différencie P. pratensis de P. trivialis.

Confusion classique : avec le pâturin commun (Poa trivialis), très fréquent aussi en prairie. P. trivialis est cespiteux (pas de rhizomes), sa gaine est fortement carénée et rude au toucher (passer le doigt de bas en haut), et sa ligule est longue (4-8 mm), aiguë. Chez P. pratensis : rhizomes, gaine lisse, ligule courte.

Floraison : mai-juillet. Prairies, pelouses, bords de routes. Partout en Rhône-Alpes, de la plaine à 2 500 m.

Fétuque des prés — Festuca pratensis Huds.

Planche botanique de Festuca pratensis — Fétuque des prés
Festuca pratensis — Fétuque des prés. Cliquer pour agrandir.

La fétuque des prés est une grande graminée fourragère (40-120 cm), cespiteuse, aux feuilles planes, larges de 3-6 mm, vert foncé, luisantes sur la face supérieure, lisses au toucher. La ligule est membraneuse, très courte (0,5-1 mm), tronquée. De petites oreillettes sont présentes, courtes, embrassant mollement le chaume, glabres.

La panicule est unilatérale au début, puis étalée (10-20 cm), avec un rameau inférieur portant 1-2 épillets seulement et un rameau portant 4-6 épillets. Les épillets sont oblongs, de 8-15 mm, à 5-10 fleurons, sans arête (ou à arête très courte, < 1 mm).

Confusion classique : avec le ray-grass anglais (Lolium perenne) qui a aussi des oreillettes et des feuilles luisantes. Mais le ray-grass porte un épi (épillets sessiles) tandis que la fétuque porte une panicule (épillets pédicellés). Autre piège : Festuca arundinacea (fétuque élevée), plus grande (60-200 cm), aux feuilles plus larges et rudes, à oreillettes ciliées.

Floraison : juin-juillet. Prairies de fauche, prés humides. Commune dans les vallées.

Ray-grass anglais — Lolium perenne L.

Planche botanique de Lolium perenne — Ray-grass anglais
Lolium perenne — Ray-grass anglais. Cliquer pour agrandir.

Le ray-grass est probablement la graminée la plus semée en Europe — pelouses, gazons, prairies temporaires. On le retrouve partout, y compris dans les interstices des trottoirs. C’est une espèce clé car son identification est facile et permet de calibrer son regard.

Plante de 20 à 70 cm, cespiteuse, en touffes aplaties à la base. Feuilles planes, étroites (2-4 mm), vert foncé, luisantes sur le revers (face inférieure brillante comme vernie). La ligule est membraneuse, très courte (1-2 mm). Les oreillettes sont bien développées, embrassant nettement le chaume. Préfoliation pliée.

L’inflorescence est un épi distique caractéristique : les épillets sont insérés alternativement sur deux rangs, par leur côté étroit (tranche) contre le rachis, et chacun ne porte qu’une seule glume (la glume interne est absente, sauf sur l’épillet terminal). Cette disposition donne à l’épi un aspect aplati, en arête de poisson.

Critère imparable : épi distique + une seule glume par épillet + feuilles luisantes dessous. Aucune autre graminée commune ne réunit ces trois caractères.

Confusion possible : avec l’ivraie enivrante (Lolium temulentum), annuelle, à épillets plus gros et aristés, devenue très rare. Et avec le ray-grass d’Italie (Lolium multiflorum), à épillets aristés et feuilles enroulées dans le bourgeon (vs pliées chez L. perenne).

Floraison : mai-octobre. Omniprésent en Rhône-Alpes, de la plaine aux fonds de vallées alpines.

Vulpin des prés — Alopecurus pratensis L.

Planche botanique de Alopecurus pratensis — Vulpin des prés
Alopecurus pratensis — Vulpin des prés. Cliquer pour agrandir.

Le vulpin mérite son nom : son inflorescence ressemble à une queue de renard, cylindrique, dense, soyeuse au toucher, longue de 4-10 cm. Mais attention : ce n’est pas un épi. Les épillets sont pédicellés — c’est une panicule très contractée. Pour le vérifier, écartez délicatement les épillets : vous verrez les pédicelles courts.

Plante de 30 à 100 cm, cespiteuse ou à rhizomes courts. Feuilles planes, larges de 3-8 mm, vert franc. Ligule membraneuse, courte (1-3 mm), tronquée. Pas d’oreillettes. La gaine supérieure est souvent un peu renflée.

Chaque épillet contient un seul fleuron. Les deux glumes sont soudées à la base, pubescentes, et portent une carène ailée ciliée. La lemme porte une arête dorsale insérée vers le tiers inférieur, genouillée, dépassant nettement les glumes.

Confusion classique : avec la fléole des prés (Phleum pratense), autre « queue de cylindre ». Le test de la pliure les sépare : pliez la panicule entre deux doigts — chez le vulpin, elle se déforme et reprend sa forme (souple) ; chez la fléole, elle reste rigide (raide). De plus, les glumes de la fléole sont tronquées et portent une arête apicale, tandis que celles du vulpin sont aiguës et soudées.

Floraison : avril-juin (précoce). Prairies humides de fauche, bords de cours d’eau. Très commun dans les plaines et vallées de Rhône-Alpes.

Fléole des prés — Phleum pratense L.

Planche botanique de Phleum pratense — Fléole des prés
Phleum pratense — Fléole des prés. Cliquer pour agrandir.

La fléole complète le duo des « queues de renard ». Son inflorescence est une panicule cylindrique très dense, de 5-15 cm, vert pâle puis dorée, raide au toucher — comme un petit goupillon. Elle ne se déforme pas à la pliure.

Plante robuste, de 40 à 100 cm, cespiteuse, parfois à base un peu renflée en bulbe (surtout chez la sous-espèce nodosum). Feuilles planes, larges de 4-8 mm, vert-gris, rudes sur les bords. Ligule membraneuse, moyenne (2-4 mm), tronquée. Pas d’oreillettes.

Les glumes sont le signe distinctif : tronquées au sommet, à carène droite portant une arête rigide courte (1-2 mm), donnant à l’épi son aspect hérissé quand on le regarde de profil. Un seul fleuron par épillet.

Comment distinguer fléole et vulpin :

— Fléole : panicule raide (ne se plie pas), glumes tronquées à arête terminale, pas d’arête dorsale sur la lemme.
— Vulpin : panicule souple (se plie), glumes aiguës soudées à la base, arête dorsale genouillée sur la lemme.

Floraison : juin-août (plus tardive que le vulpin). Prairies, pâturages, bords de routes. Commune de la plaine à l’étage montagnard.

Trisète jaunâtre — Trisetum flavescens (L.) P.Beauv.

Planche botanique de Trisetum flavescens — Trisète jaunâtre
Trisetum flavescens — Trisète jaunâtre. Cliquer pour agrandir.

Le trisète est la graminée dorée des prairies de fauche de montagne. Sa panicule lâche, jaune d’or à maturité, illumine les prés de fauche du Vercors, de la Chartreuse et des Bauges en juin-juillet.

Plante de 30 à 80 cm, cespiteuse, grêle. Feuilles planes, étroites (2-5 mm), vert tendre, à pubescence molle. Ligule membraneuse, très courte (0,5-1,5 mm), tronquée. Pas d’oreillettes.

La panicule est lâche à semi-contractée (8-15 cm), dorée et brillante. Chaque épillet contient 2-4 fleurons, chacun portant une arête dorsale genouillée, fine, dépassant les glumes. Les glumes sont très inégales, la supérieure nettement plus grande.

Confusion possible : avec le fromental, autre graminée à arêtes genouillées. Mais le fromental est beaucoup plus grand (jusqu’à 150 cm), ses épillets ne contiennent que 2 fleurons (un mâle aristé + un bisexué peu aristé), et sa panicule est argentée, non dorée.

Floraison : juin-juillet. Prairies de fauche, surtout en montagne (500-2 200 m). Espèce indicatrice des prairies bien gérées.

Crételle des prés — Cynosurus cristatus L.

Planche botanique de Cynosurus cristatus — Crételle des prés
Cynosurus cristatus — Crételle des prés. Cliquer pour agrandir.

La crételle est une petite graminée discrète (20-60 cm) qui passe souvent inaperçue en prairie, mais dont l’inflorescence est unique. Elle porte un épi unilatéral étroit (3-8 cm), raide et linéaire, dont les épillets sont tous tournés du même côté. Vue de face, on distingue des paires : un épillet fertile (à fleurons normaux) flanqué d’un épillet stérile en peigne — un éventail de lemmes en dents de peigne, sans fleurons. Cette structure pectinée est unique en France.

Feuilles étroites (1-3 mm), vert foncé, pliées. Ligule membraneuse, très courte (0,5-1 mm), tronquée. Pas d’oreillettes. Plante cespiteuse.

Critère imparable : l’épi unilatéral avec les épillets stériles en peigne. Visible à l’œil nu avec un peu d’attention.

Floraison : juin-juillet. Prairies pâturées, pelouses, bords de routes. Commune en Rhône-Alpes jusqu’à 2 000 m.

V. Les graminées des pelouses sèches et des coteaux

Les coteaux calcaires du Bugey, les pelouses sèches du sud de la Drôme, les adrets rocheux du Dévoluy : ces milieux xériques abritent un cortège de graminées adaptées à la sécheresse, souvent à feuilles fines et enroulées, en touffes denses.

Brome dressé — Bromus erectus Huds.

Planche botanique de Bromus erectus — Brome dressé
Bromus erectus — Brome dressé. Cliquer pour agrandir.

Le brome dressé est la graminée dominante des pelouses sèches calcaires de Rhône-Alpes. Robuste (40-100 cm), cespiteux, il forme des touffes denses reconnaissables même en hiver. Les feuilles basales sont étroites (2-4 mm), souvent enroulées par la sécheresse, bordées de cils réguliers qui les rendent rudes au toucher. La ligule est membraneuse, courte (1-2 mm), denticulée. Pas d’oreillettes.

La panicule est dressée et raide (10-20 cm), à rameaux courts et dressés. Les épillets sont grands (15-30 mm), linéaires-lancéolés, contenant 5-10 fleurons, souvent teintés de pourpre. Chaque lemme porte une arête terminale droite de 3-6 mm.

Confusion possible : avec le brome mou (Bromus hordeaceus), annuel, plus petit, à panicule contractée et épillets pubescents et ovales (non linéaires). Et avec le brome stérile (Bromus sterilis), à panicule très lâche et retombante, à longues arêtes (15-30 mm).

Floraison : mai-juillet. Pelouses calcaires, coteaux secs, talus. Très commun dans le Bugey, le Vercors, la basse vallée du Rhône.

Brachypode penné — Brachypodium pinnatum (L.) P.Beauv.

Planche botanique de Brachypodium pinnatum — Brachypode penné
Brachypodium pinnatum — Brachypode penné. Cliquer pour agrandir.

Le brachypode penné est le compagnon fidèle du brome dressé sur les pelouses sèches. Plante traçante par rhizomes vigoureux (contrairement au brome, cespiteux), il forme des nappes denses, jaunissantes dès l’été, qui envahissent les pelouses abandonnées.

Chaumes de 30 à 80 cm, raides. Feuilles planes à enroulées, étroites (3-6 mm), vert jaunâtre, raides, à pilosité éparse. Ligule membraneuse, très courte (1-2 mm), tronquée. Pas d’oreillettes. La gaine inférieure porte souvent des poils réfléchis.

L’inflorescence est une grappe raide, dressée, de 4-10 épillets alternes, sessiles ou subsessiles, dressés et plaqués contre l’axe. Chaque épillet est long (20-40 mm), contenant 8-20 fleurons, à arêtes courtes (2-5 mm). L’aspect général rappelle un petit épi de blé maigre.

Confusion classique : avec le brachypode des bois (B. sylvaticum), espèce forestière. B. pinnatum est traçant, à feuilles raides et dressées, à grappe raide et dressée ; B. sylvaticum est cespiteux, à feuilles molles et retombantes, à grappe souple et arquée-pendante.

Floraison : juin-août. Pelouses calcaires, ourlets, friches sèches. Espèce envahissante des pelouses en déprise pastorale.

Brize intermédiaire (Amourette) — Briza media L.

Planche botanique de Briza media — Brize intermédiaire
Briza media — Brize intermédiaire. Cliquer pour agrandir.

L’amourette est la plus élégante des graminées de nos pelouses. On la reconnaît instantanément : ses épillets en forme de petit cœur, arrondis, bombés, vert pâle puis dorés, pendent au bout de pédicelles capillaires si fins qu’ils tremblent au moindre souffle. L’effet est celui d’un mobile délicat suspendu dans l’air.

Plante grêle, de 20 à 50 cm, cespiteuse. Feuilles étroites (2-4 mm), lisses, vert franc. Ligule membraneuse, très courte (0,5-1 mm), tronquée. Pas d’oreillettes. Gaine lisse.

La panicule est lâche et pyramidale (5-12 cm), à rameaux flexueux. Les épillets sont ovales-cordiformes, de 4-7 mm, comprimés latéralement, contenant 4-8 fleurons emboîtés comme les écailles d’un cône de pin miniature. Pas d’arête.

Critère imparable : les épillets tremblants en cœur. Aucune confusion possible en France.

Floraison : mai-juillet. Prairies maigres, pelouses sèches et mésophiles, talus. Commune en Rhône-Alpes jusqu’à 2 300 m. Indicatrice de prairies pauvres en nutriments (oligotrophes).

Koelérie pyramidale — Koeleria pyramidata (Lam.) P.Beauv.

Planche botanique de Koeleria pyramidata — Koelérie pyramidale
Koeleria pyramidata — Koelérie pyramidale. Cliquer pour agrandir.

La koelérie est une graminée grêle (20-60 cm) des pelouses sèches, reconnaissable à son inflorescence en panicule spiciforme étroite (5-10 cm), argentée à dorée, brillante, lobulée (légèrement interrompue à la base). Les épillets sont petits (4-6 mm), à 2-3 fleurons, comprimés latéralement, sans arête ou à arête très courte.

Feuilles basales étroites (1-3 mm), souvent enroulées et pubescentes. Ligule membraneuse, très courte (< 1 mm). Pas d'oreillettes. Plante cespiteuse, à base souvent renflée par les gaines persistantes desséchées.

Confusion possible : avec la fléole, autre panicule cylindrique — mais la fléole est plus robuste, sa panicule est uniforme (non lobulée), et ses glumes sont tronquées. La koelérie est plus grêle, plus argentée, et préfère les sols secs.

Floraison : juin-juillet. Pelouses calcaires, rocailles, talus secs. Commune sur les coteaux du Rhône, du Bugey, du Vercors.

Fétuque ovine — Festuca ovina L. s.l.

Planche botanique de Festuca ovina — Fétuque ovine
Festuca ovina — Fétuque ovine. Cliquer pour agrandir.

La fétuque ovine forme des touffes denses et hémisphériques de feuilles très fines, raides et piquantes, vert glauque. C’est la graminée en « coussin d’aiguilles » qu’on foule sur toutes les pelouses sèches, du Lyonnais aux alpages.

Chaumes grêles, de 15 à 40 cm. Feuilles basales sétacées (< 1 mm de diamètre), enroulées, formant des fils rigides. En coupe transversale, elles montrent un faisceau de sclérenchyme continu — un critère microscopique qui sépare les sous-espèces du complexe ovina. La ligule est membraneuse, extrêmement courte (< 0,5 mm). Pas d'oreillettes. Gaine fendue.

La panicule est courte (3-8 cm), contractée avant et après floraison, brièvement étalée pendant la floraison. Épillets de 5-7 mm, à 3-6 fleurons, lemmes à arête courte (1-3 mm).

Confusion classique : avec la fétuque rouge (Festuca rubra), qui possède aussi des feuilles fines mais qui est traçante (rhizomes), alors que F. ovina est strictement cespiteuse. En tirant sur un chaume de F. rubra, on sent la résistance du rhizome ; chez F. ovina, la touffe vient en bloc.

Floraison : mai-juillet. Pelouses sèches, rocailles, landes, alpages. Omniprésente en Rhône-Alpes, de la plaine à 3 000 m.

Stipe pennée — Stipa pennata L.

Planche botanique de Stipa pennata — Stipe pennée
Stipa pennata — Stipe pennée. Cliquer pour agrandir.

La stipe est la reine spectaculaire des pelouses steppiques. Impossible à confondre : chaque lemme porte une arête de 15 à 30 cm, genouillée, dont la partie terminale est plumeuse — garnie de poils soyeux de 3-6 mm, formant un panache argenté qui ondule au vent. Par vent léger, une population de stipes offre un spectacle de vagues argentées inoubliable.

Plante cespiteuse, de 30 à 80 cm, en touffes denses. Feuilles enroulées, filiformes, raides, vert-gris. Ligule membraneuse, longue (3-10 mm), aiguë. Pas d’oreillettes. La panicule est étroite, à peu d’épillets (5-15), chacun contenant un seul fleuron.

Statut : espèce protégée dans plusieurs départements de Rhône-Alpes. Ne pas cueillir. Pelouses xériques calcaires, adrets rocheux. Présente dans le sud de la Drôme, le Diois, le Dévoluy, quelques stations dans le Bugey et la cluse de Chambéry.

Floraison : mai-juin.

VI. Les graminées des zones humides

Des bords du Rhône aux marais de Lavours, des tourbières du Pilat aux rives du lac du Bourget, les zones humides de Rhône-Alpes hébergent des graminées souvent imposantes qui structurent le paysage.

Roseau commun — Phragmites australis (Cav.) Trin. ex Steud.

Planche botanique de Phragmites australis — Roseau commun
Phragmites australis — Roseau commun. Cliquer pour agrandir.

Le roseau est la plus grande graminée d’Europe — ses chaumes atteignent 2 à 4 mètres. Il forme des roselières denses et monospecifiques le long des cours d’eau, des étangs et des marais, grâce à ses rhizomes puissants qui s’étendent sur plusieurs mètres.

Chaumes robustes, ligneux à la base, vert glauque puis paille. Feuilles larges (1-3 cm), planes, glauques, à bord coupant. Ligule réduite à une rangée de poils courts (2-3 mm) — caractère important : c’est une ligule ciliée, pas membraneuse. Pas d’oreillettes.

La panicule est terminale, grande (15-40 cm), plumeuse, d’abord pourpre-violacée puis argentée et soyeuse à maturité. Les épillets contiennent 3-7 fleurons, le rachillet portant de longs poils soyeux qui donnent à la panicule son aspect plumeux. Le fleuron inférieur est mâle ou stérile, les suivants bisexués.

Confusion possible : avec la canne de Provence (Arundo donax), naturalisée dans le sud de la Drôme, encore plus grande (3-6 m), à feuilles plus larges (3-6 cm) et à ligule membraneuse courte (pas ciliée).

Floraison : août-octobre. Bords d’eau, marais, fossés, roselières. Omniprésent en Rhône-Alpes en dessous de 1 000 m.

Baldingère faux-roseau — Phalaris arundinacea L.

Planche botanique de Phalaris arundinacea — Baldingère faux-roseau
Phalaris arundinacea — Baldingère faux-roseau. Cliquer pour agrandir.

La baldingère est l’autre grande graminée des bords d’eau (80-200 cm), mais elle se distingue du roseau par son inflorescence : une panicule lobée, contractée, de 8-20 cm, blanchâtre à rosée, qui s’ouvre brièvement à la floraison puis se referme. Le roseau a une panicule plumeuse et étalée ; la baldingère a une panicule dense et lobulée.

Plante fortement traçante par rhizomes. Feuilles planes, larges (8-18 mm), vert franc, à bord rude. Ligule membraneuse, longue (3-8 mm), tronquée. Pas d’oreillettes. Les nœuds sont glabres.

Épillets petits (5-6 mm), à un seul fleuron fertile flanqué de 2 lemmes stériles réduites à des écailles poilues. Pas d’arête.

Critère de terrain : grande graminée des bords d’eau + panicule lobée contractée (ni plumeuse comme le roseau, ni en épi comme le vulpin). La forme ornementale panachée (var. picta, « herbe-aux-rubans ») s’échappe parfois des jardins.

Floraison : juin-juillet. Bords de rivières, fossés, prairies inondables. Commune dans toute la région.

Glycérie flottante — Glyceria fluitans (L.) R.Br.

Planche botanique de Glyceria fluitans — Glycérie flottante
Glyceria fluitans — Glycérie flottante. Cliquer pour agrandir.

La glycérie est une graminée semi-aquatique, souvent couchée à la surface de l’eau, enracinée dans la vase. Ses chaumes de 30 à 80 cm sont couchés puis redressés aux nœuds. Les feuilles sont planes, vert clair, flottant parfois à la surface, larges de 4-10 mm. Ligule membraneuse, longue (5-10 mm), aiguë. Pas d’oreillettes. Gaine fermée (soudée) sur la majeure partie de sa longueur — un caractère rare chez les Poacées et facile à vérifier.

La panicule est étroite et allongée (15-40 cm), à rameaux appliqués contre l’axe, s’ouvrant brièvement à la floraison. Les épillets sont longs et étroits (15-30 mm), cylindriques, contenant 8-16 fleurons. Pas d’arête. Les lemmes portent 7 nervures saillantes, parallèles — un critère visible à la loupe.

Critère de terrain : graminée des eaux peu profondes + gaine soudée + épillets très longs et cylindriques. En l’absence de fleurs, la gaine fermée suffit pour orienter vers le genre Glyceria.

Floraison : mai-août. Fossés, mares, ruisseaux lents, prairies inondées. Commune en Rhône-Alpes en dessous de 1 500 m.

Molinie bleue — Molinia caerulea (L.) Moench

Planche botanique de Molinia caerulea — Molinie bleue
Molinia caerulea — Molinie bleue. Cliquer pour agrandir.

La molinie est la graminée des landes humides et des tourbières. Elle forme des touffes énormes et denses, caractéristiques, dont les chaumes atteignent 30 à 100 cm (jusqu’à 200 cm chez la sous-espèce arundinacea). Son trait le plus remarquable : les chaumes ne portent aucun nœud visible au-dessus de la base — tous les nœuds sont concentrés à la base de la touffe, et la longue tige qui porte la panicule est un entre-nœud unique, lisse et raide. Aucune autre graminée commune ne présente cette architecture.

Feuilles longues, étroites (3-8 mm), vert foncé virant au jaune d’or en automne (les moliniaies automnales sont spectaculaires). Ligule réduite à une rangée de poils courts (0,5-1 mm). Pas d’oreillettes.

La panicule est étroite et contractée (5-20 cm), violacée à brunâtre, à rameaux dressés. Épillets de 4-7 mm, à 1-4 fleurons, sans arête.

Critère imparable : la touffe dense + l’absence de nœuds sur le chaume au-dessus de la base. En automne, les feuilles dorées sont reconnaissables de loin.

Floraison : juillet-septembre. Landes humides, tourbières, sous-bois acides, prairies tourbeuses. Commune dans le Pilat, le Bugey, les Alpes internes.

Calamagrostide commune — Calamagrostis epigejos (L.) Roth

Planche botanique de Calamagrostis epigejos — Calamagrostide commune
Calamagrostis epigejos — Calamagrostide commune. Cliquer pour agrandir.

La calamagrostide est une grande graminée (80-180 cm) traçante par rhizomes, qui forme des peuplements denses et envahissants dans les clairières, les coupes forestières et les friches humides. Son inflorescence est une grande panicule (15-30 cm), dense et contractée, plumeuse et argentée, souvent teintée de pourpre, spectaculaire en contre-jour.

Feuilles larges (5-12 mm), rudes, vert-gris. Ligule membraneuse, longue (4-10 mm), souvent lacérée. Pas d’oreillettes.

Chaque épillet contient un seul fleuron. La lemme porte une arête dorsale droite, courte, insérée vers le milieu. Le callus (base du fleuron) porte de longs poils soyeux qui dépassent la lemme — c’est ce qui donne à la panicule son aspect plumeux argenté, à ne pas confondre avec les poils du rachillet chez le roseau.

Confusion possible : avec le roseau (plus grand, ligule ciliée, panicule terminale) et avec d’autres Calamagrostis alpines (C. varia, C. villosa), à panicules plus lâches et plus petites.

Floraison : juillet-août. Clairières, lisières, coupes forestières, friches humides. Commune dans toute la région.

VII. Les graminées forestières

Les sous-bois de Rhône-Alpes — hêtraies du Vercors, chênaies du Lyonnais, forêts mixtes du Jura — abritent un cortège discret de graminées sciaphiles, adaptées à la pénombre. Elles fleurissent souvent tôt (mai-juin), avant que la canopée ne se referme complètement.

Brachypode des bois — Brachypodium sylvaticum (Huds.) P.Beauv.

Planche botanique de Brachypodium sylvaticum — Brachypode des bois
Brachypodium sylvaticum — Brachypode des bois. Cliquer pour agrandir.

Le brachypode des bois est la graminée forestière la plus commune en Rhône-Alpes. Cespiteux, de 40 à 90 cm, il se reconnaît à ses feuilles molles et retombantes, planes, larges (6-12 mm), vert vif, à pilosité éparse, qui forment des arcs gracieux. Le contraste avec le brachypode penné des pelouses sèches est frappant : feuilles molles et souples vs raides et dressées.

Ligule membraneuse, courte (1-3 mm), tronquée, souvent ciliée. Pas d’oreillettes. Gaine à poils étalés.

L’inflorescence est une grappe de 5-12 épillets, lâche et penchée-arquée (souvent le sommet retombe). Les épillets sont longs (15-30 mm), à 6-14 fleurons, à arêtes terminales de 5-10 mm, plus longues que chez B. pinnatum.

Critère de terrain : sous-bois + feuilles molles retombantes + grappe penchée = B. sylvaticum. Pelouse sèche + feuilles raides + grappe raide = B. pinnatum.

Floraison : juin-août. Sous-bois, lisières, haies. Omniprésent dans toutes les forêts de Rhône-Alpes, de la plaine à 1 500 m.

Mélique uniflore — Melica uniflora Retz.

Planche botanique de Melica uniflora — Mélique uniflore
Melica uniflora — Mélique uniflore. Cliquer pour agrandir.

La mélique uniflore est une graminée grêle et discrète (20-50 cm) des sous-bois frais, reconnaissable à un caractère unique : à la jonction de la gaine et du limbe, du côté opposé à la ligule, se dresse un petit appendice pointu, l’anti-ligule (ou contre-ligule) — une pointe membraneuse aiguë de 2-5 mm. Aucune autre graminée commune de France ne possède ce caractère. Pour le trouver, retournez la feuille : la ligule est devant, l’anti-ligule est derrière.

Feuilles planes, étroites (3-5 mm), vert tendre, molles. Ligule membraneuse, très courte (< 1 mm). La gaine est lisse. Plante à rhizomes grêles.

La panicule est très lâche, unilatérale, à rameaux longs et flexueux portant chacun 1-3 épillets. Chaque épillet contient un seul fleuron fertile (d’où le nom uniflora), surmonté d’une masse claviforme de lemmes stériles emboîtées — un petit « bonnet » marron au sommet de l’épillet. Pas d’arête.

Critère imparable : l’anti-ligule. Même sans fleurs, ce caractère suffit.

Floraison : mai-juin. Hêtraies, chênaies, bois frais sur sol neutre à calcaire. Commune dans toute la région.

Millet diffus — Milium effusum L.

Planche botanique de Milium effusum — Millet diffus
Milium effusum — Millet diffus. Cliquer pour agrandir.

Le millet diffus est une belle graminée forestière (60-130 cm), la plus grande des espèces de sous-bois. Sa panicule est très lâche et étalée (15-30 cm), à rameaux fins, flexueux, longuement nus avant de porter les épillets — l’ensemble a un aspect aérien et diffus. Les épillets sont ovoïdes, petits (3-4 mm), ne contenant qu’un seul fleuron, lisses et luisants, vert pâle devenant dorés. Pas d’arête.

Feuilles planes, larges (6-15 mm), vert clair, molles, lisses et luisantes. Ligule membraneuse, longue (3-8 mm), aiguë ou obtuse. Pas d’oreillettes. Gaine lisse.

Critère de terrain : grande graminée de sous-bois + panicule très lâche et aérienne + épillets ovoïdes, lisses et brillants, sans arête. Aucune confusion en contexte forestier.

Floraison : mai-juin. Hêtraies, chênaies-charmaies, bois frais et humides. Commune dans les forêts de Rhône-Alpes, surtout en montagne (500-1 800 m).

Pâturin des bois — Poa nemoralis L.

Planche botanique de Poa nemoralis — Pâturin des bois
Poa nemoralis — Pâturin des bois. Cliquer pour agrandir.

Le pâturin des bois est le Poa des forêts. Grêle (30-70 cm), cespiteux, il se reconnaît à sa ligule très courte ou quasi nulle (< 0,5 mm, la plus courte de tous les pâturins) et à sa panicule lâche, à rameaux fins et flexueux, portant de petits épillets (3-5 mm) à 2-4 fleurons. Les lemmes sont souvent teintées de violet.

Feuilles étroites (1-3 mm), vert foncé, molles. Gaine lisse. Pas d’oreillettes.

Comment le séparer des autres pâturins :

P. nemoralis : ligule quasi nulle, sous-bois, cespiteux.
P. pratensis : ligule courte (1-2 mm), prairies, traçant (rhizomes).
P. trivialis : ligule longue (4-8 mm), gaine carénée et rude, prairies humides.
P. annua : ligule longue (2-5 mm), annuel, panicule petite, trottoirs et friches.

Floraison : juin-juillet. Sous-bois, murs, rochers ombragés. Commun dans toute la région.

VIII. Les graminées des montagnes alpines

Des pelouses alpines de la Vanoise aux pâturages du Beaufortain, des éboulis du mont Ventoux aux crêtes du Vercors, l’étage montagnard et alpin de Rhône-Alpes abrite des graminées adaptées au froid, au vent et à la neige. Beaucoup forment des touffes denses en « coussin » ou en « gazon ras ».

Nard raide — Nardus stricta L.

Planche botanique de Nardus stricta — Nard raide
Nardus stricta — Nard raide. Cliquer pour agrandir.

Le nard est une graminée redoutée des éleveurs : ses feuilles sont si raides et si coriaces que le bétail les refuse. Il envahit les pâturages acides surpâturés et forme un gazon ras, dense, grisâtre, qui exclut les autres espèces.

Plante basse (10-30 cm), densément cespiteuse. Feuilles sétacées (< 1 mm), raides comme des aiguilles, vert-gris, dressées, lisses mais très résistantes. Ligule membraneuse, courte (0,5-1 mm). Pas d’oreillettes.

L’inflorescence est un épi unilatéral grêle et raide (3-8 cm), tous les épillets insérés du même côté du rachis. Chaque épillet contient un seul fleuron, à lemme aristée. L’épi est souvent violacé.

Critère imparable : touffe d’aiguilles grises + épi unilatéral. Le nard est le seul genre de graminées européennes à épi strictement unilatéral (les épillets sont insérés dans des encoches sur un seul côté du rachis).

Floraison : juin-juillet. Pâturages acides, landes à myrtilles, pelouses de crête. Abondant sur les sols siliceux des Alpes internes (Vanoise, Beaufortain, Oisans), plus rare sur calcaire.

Seslérie bleue — Sesleria caerulea (L.) Ard.

Planche botanique de Sesleria caerulea — Seslérie bleue
Sesleria caerulea — Seslérie bleue. Cliquer pour agrandir.

La seslérie est la graminée emblématique des pelouses calcaires de montagne. Elle forme des touffes denses de feuilles planes, courtes (2-4 mm de large), vert glauque, à sommet brusquement rétréci en pointe. La ligule est membraneuse, très courte (< 1 mm), tronquée, ciliée.

Chaumes de 10 à 40 cm, raides. L’inflorescence est un épi ovoïde à cylindrique (1-3 cm), dense, bleuâtre à violacé, unilatéral. Les épillets contiennent 2-3 fleurons, la lemme portant 3-5 arêtes terminales courtes.

Critère de terrain : pelouse calcaire de montagne + épi court, ovoïde et bleuâtre + feuilles glauques. La seslérie est l’une des premières graminées à fleurir en montagne (avril-juin), souvent dès la fonte des neiges.

Intérêt écologique : la « sesléraie » est un habitat prioritaire en Rhône-Alpes, abritant des orchidées et des espèces rares. La seslérie domine les pelouses calcaires de l’étage montagnard au subalpin (800-2 500 m) — Vercors, Chartreuse, Bauges, Jura méridional.

Floraison : avril-juin. Pelouses calcaires, rochers, lapiaz.

Pâturin des Alpes — Poa alpina L.

Planche botanique de Poa alpina — Pâturin des Alpes
Poa alpina — Pâturin des Alpes. Cliquer pour agrandir.

Le pâturin des Alpes est un petit Poa trapu (5-30 cm) des pelouses alpines, remarquable par une particularité biologique : il est souvent vivipare. Dans la forme vivipare (f. vivipara), les épillets ne produisent pas de graines mais des bulbilles — de petites plantules vertes qui se développent directement sur la panicule, donnant à celle-ci un aspect de petit bouquet vert ébouriffé. Cette viviparité est une adaptation au climat alpin, où la saison de végétation est trop courte pour que les graines mûrissent.

Feuilles basales planes, courtes et larges (3-5 mm), vert franc, à sommet en proue de barque. Ligule membraneuse, moyenne (2-4 mm), aiguë — plus longue que chez la plupart des pâturins. Plante cespiteuse.

La panicule est courte et ouverte (2-6 cm), à rameaux étalés. Épillets assez grands pour le genre (5-8 mm), souvent violacés et vert. Pas d’arête.

Critère de terrain : alpage + petite touffe trapue + panicule souvent vivipare (plantules vertes remplaçant les fleurs). La forme vivipare est caractéristique ; la forme normale se distingue des autres Poa par ses feuilles larges et courtes et sa ligule relativement longue.

Floraison : juin-août. Pelouses alpines et subalpines, éboulis stabilisés, bords de sentiers. Commune au-dessus de 1 500 m dans tous les massifs de Rhône-Alpes.

Fétuque violacée — Festuca violacea Schleich. ex Gaudin

Planche botanique de Festuca violacea — Fétuque violacée
Festuca violacea — Fétuque violacée. Cliquer pour agrandir.

La fétuque violacée est une espèce de l’étage alpin (1 800-3 000 m), formant des touffes lâches de 15 à 40 cm. Elle se distingue des autres fétuques alpines par ses feuilles à la fois fines (1-2 mm, pliées) mais souples (non piquantes comme F. ovina), et surtout par ses épillets abondamment teintés de violet — d’où son nom. La panicule est lâche, ouverte, à rameaux flexueux, souvent unilatérale.

Ligule membraneuse, courte (0,5-1 mm). Pas d’oreillettes. Gaine fendue.

Les lemmes sont violacées, à arête courte (1-3 mm). Les glumes aussi sont violacées, à marge membraneuse translucide.

Confusion possible : avec d’autres fétuques alpines (F. nigrescens, F. halleri). La coloration violette intense et le port souple sont les meilleurs critères de terrain.

Floraison : juillet-août. Pelouses alpines, combes à neige, pâturages d’altitude. Alpes internes et externes de Rhône-Alpes.

Fléole des Alpes — Phleum alpinum L.

Planche botanique de Phleum alpinum — Fléole des Alpes
Phleum alpinum — Fléole des Alpes. Cliquer pour agrandir.

La fléole des Alpes est le pendant montagnard de la fléole des prés. Plus petite (10-40 cm), elle se reconnaît à sa panicule cylindrique courte et trapue (1-4 cm, presque aussi large que longue), souvent violacée à noirâtre. Les glumes portent de longs cils raides sur la carène, donnant à l’épi un aspect hérissé et sombre.

Ligule membraneuse, moyenne (2-4 mm), tronquée. Pas d’oreillettes. Plante cespiteuse.

Distinction avec la fléole des prés : la fléole des Alpes est plus basse, sa panicule est plus courte et plus large (rapport longueur/largeur 5 chez P. pratense), et elle est souvent violacée. Elles ne se côtoient que rarement — P. alpinum au-dessus de 1 500 m, P. pratense en dessous.

Floraison : juillet-août. Pâturages alpins, pelouses de crête, bords de sentiers d’altitude. Commune dans tous les massifs alpins de Rhône-Alpes.

IX. Les graminées rudérales et adventices

Les friches, les décombres, les trottoirs, les cultures : ces milieux perturbés abritent des graminées opportunistes, souvent annuelles, qui colonisent rapidement les sols nus. Les reconnaître est utile pour le botaniste amateur comme pour l’agriculteur.

Chiendent rampant — Elymus repens (L.) Gould

Planche botanique de Elymus repens — Chiendent rampant
Elymus repens — Chiendent rampant. Cliquer pour agrandir.

Le chiendent est l’ennemi intime du jardinier. Ses rhizomes blancs, pointus et vigoureux s’enfoncent dans le sol et traversent même les mottes compactes. Un fragment de quelques centimètres suffit à régénérer une plante entière.

Plante de 30 à 120 cm, aux feuilles planes, étroites à moyennes (3-10 mm), vert franc ou glauques, rudes sur la face supérieure. La ligule est membraneuse, très courte (< 1 mm). Les oreillettes sont bien développées, embrassantes, souvent violacées — un bon critère.

L’inflorescence est un épi distique de 5-15 cm. Les épillets sont solitaires à chaque nœud, insérés par leur côté large contre le rachis (contrairement au ray-grass, inséré par le côté étroit). Chaque épillet porte deux glumes bien visibles. Les épillets contiennent 3-7 fleurons, à arêtes courtes ou nulles.

Distinction avec le ray-grass : le chiendent insère ses épillets par le côté large (2 glumes visibles de face) ; le ray-grass par le côté étroit (1 seule glume visible). Le chiendent est traçant (rhizomes) ; le ray-grass est cespiteux.

Floraison : juin-août. Jardins, cultures, friches, bords de routes. Omniprésent.

Brome stérile — Bromus sterilis L.

Planche botanique de Bromus sterilis — Brome stérile
Bromus sterilis — Brome stérile. Cliquer pour agrandir.

Le brome stérile est une grande graminée annuelle (30-100 cm) des friches et des décombres, spectaculaire par son inflorescence : une grande panicule lâche et retombante (10-25 cm), à rameaux longs et pendants, portant des épillets étroits munis de très longues arêtes (15-30 mm), droites et divergentes. À maturité, la panicule desséchée forme un rideau de fils dorés.

Feuilles molles, pubescentes, larges de 3-6 mm. Ligule membraneuse, moyenne (2-4 mm), lacérée. Pas d’oreillettes. Gaine poilue.

Critère imparable : panicule pendante + arêtes très longues (> 15 mm). Le brome des toits (B. tectorum), espèce proche, a des épillets plus petits et plus densément groupés, et une pilosité plus courte.

Floraison : mai-juillet. Friches, décombres, pieds de murs, talus. Très commun en milieu urbain et péri-urbain.

Orge des rats — Hordeum murinum L.

Planche botanique de Hordeum murinum — Orge des rats
Hordeum murinum — Orge des rats. Cliquer pour agrandir.

L’orge des rats est la graminée des trottoirs et des pieds de murs. Annuelle, basse (10-40 cm), elle forme des touffes denses le long des caniveaux et dans les interstices des pavés. Son épi est compact, hérissé d’arêtes raides (2-4 cm), vert puis doré, rappelant un épi d’orge miniature.

Les épillets sont groupés par trois à chaque nœud du rachis : un épillet central sessile, fertile, flanqué de deux épillets latéraux pédicellés, souvent réduits. Les glumes portent de longues arêtes (20-30 mm), raides et scabres, qui rendent l’épi piquant au toucher.

Feuilles planes, molles, pubescentes, larges de 3-8 mm. Ligule membraneuse, courte (0,5-1 mm). Oreillettes bien développées, embrassantes.

Critère imparable : trottoir + épi hérissé + 3 épillets par nœud. On peut le confondre de loin avec un épi de blé, mais la taille (miniature) et l’habitat (urbain) ne trompent pas.

Floraison : mai-juillet. Trottoirs, pieds de murs, friches urbaines, terrains vagues. Omniprésent en ville.

Folle avoine — Avena fatua L.

Planche botanique de Avena fatua — Folle avoine
Avena fatua — Folle avoine. Cliquer pour agrandir.

La folle avoine est la grande adventice des cultures céréalières, redoutée des agriculteurs car ses graines mûrissent avant la moisson et contaminent les récoltes. C’est aussi une graminée très élégante, qu’il est important de savoir reconnaître.

Plante annuelle, robuste (60-150 cm), dressée. Feuilles larges (5-15 mm), planes, rudes, tordues dans le sens antihoraire. Ligule membraneuse, longue (3-6 mm), tronquée, denticulée. Pas d’oreillettes. Gaine glabre ou faiblement poilue.

La panicule est grande et lâche (15-30 cm), à rameaux étalés. Les épillets sont gros (20-25 mm), pendants, contenant 2-3 fleurons. Chaque lemme est poilue à la base (poils bruns, raides) et porte une longue arête dorsale genouillée (30-40 mm), vrillée dans sa moitié inférieure. Par temps sec, l’arête se tord et se détord, propulsant la graine dans le sol — un mécanisme hygroscopique fascinant.

Distinction avec le fromental : la folle avoine est annuelle (racine fibreuse, pas de touffe pérenne), ses 3 fleurons sont tous aristés (chez le fromental, un seul fleuron est fortement aristé), et les lemmes sont poilues à la base (lisses chez le fromental). Enfin, les glumes de la folle avoine sont plus grandes, enveloppant presque tout l’épillet.

Floraison : juin-août. Cultures de céréales, jachères, friches. Commune dans les plaines céréalières (Lyonnais, Bresse, vallée du Rhône).

Sétaire verte — Setaria viridis (L.) P.Beauv.

Planche botanique de Setaria viridis — Sétaire verte
Setaria viridis — Sétaire verte. Cliquer pour agrandir.

La sétaire est une petite graminée annuelle (10-50 cm) des cultures sarclées et des jardins, reconnaissable à son inflorescence en épi cylindrique dense (2-8 cm), hérissé de soies vertes (parfois violacées) dépassant longuement les épillets. Ces soies sont des rameaux stériles modifiés, pas des arêtes : elles naissent sous chaque épillet, pas de la lemme.

Feuilles planes, étroites (5-10 mm), vert franc, à gaine comprimée. Ligule réduite à une rangée de poils (1-2 mm). Pas d’oreillettes.

Les épillets contiennent 2 fleurons : un inférieur stérile et un supérieur fertile, à lemme finement ridée transversalement (visible à la loupe).

Confusion possible : avec la sétaire glauque (S. pumila), à soies rousses-dorées et feuilles plus larges ; et le panic pied-de-coq (Echinochloa crus-galli), plus grand, à panicule ramifiée (non cylindrique), sans soies.

Planche botanique de Echinochloa crus-galli — Panic pied-de-coq
Echinochloa crus-galli — Panic pied-de-coq. Cliquer pour agrandir.

Floraison : juillet-octobre. Cultures sarclées (maïs, vignes), jardins, friches. Commune dans les plaines chaudes de Rhône-Alpes.

Digitaire sanguine — Digitaria sanguinalis (L.) Scop.

Planche botanique de Digitaria sanguinalis — Digitaire sanguine
Digitaria sanguinalis — Digitaire sanguine. Cliquer pour agrandir.

La digitaire est une graminée annuelle couchée-ascendante (10-50 cm), s’étalant en nappes à partir de chaumes radicants aux nœuds. Son inflorescence est caractéristique : 3 à 8 épis digitées (divergeant d’un point commun au sommet du chaume, comme les doigts d’une main). Chaque épi est linéaire (5-15 cm), unilatéral, portant des épillets disposés par 2-3 sur un rachis ailé.

Feuilles planes, larges (4-10 mm), souvent à pilosité éparse. Ligule membraneuse, courte (1-3 mm), tronquée. Gaines poilues.

Critère imparable : les épis digitées partant d’un même point. D’autres graminées portent des inflorescences digitées (le cynodon, le panic), mais la digitaire est la seule commune dans les cultures estivales de Rhône-Alpes avec ce port étalé et cette taille modeste.

Floraison : juillet-octobre. Cultures sarclées, vignes, jardins, pelouses urbaines, terrains de sport. Commune dans les zones chaudes de la région.

Pâturin annuel — Poa annua L.

Planche botanique de Poa annua — Pâturin annuel
Poa annua — Pâturin annuel. Cliquer pour agrandir.

Le pâturin annuel est probablement la graminée la plus ubiquiste au monde. Annuel (ou bisannuel), nain (5-25 cm), il pousse dans la moindre fissure de trottoir, le moindre interstice de dallage, le moindre pot de fleur. Il fleurit toute l’année, même en plein hiver dans les zones urbaines abritées.

Touffe vert clair, aplatie, à chaumes comprimés latéralement, souvent couchés à la base. Feuilles courtes, planes, molles, vert clair (parfois jaunâtre), larges de 2-4 mm, à sommet en proue de barque. Ligule membraneuse, longue pour sa taille (2-5 mm), aiguë. Pas d’oreillettes.

La panicule est petite (2-8 cm), triangulaire-pyramidale, à rameaux étalés puis réfléchis. Épillets de 3-5 mm, à 3-5 fleurons, sans arête, souvent verdâtres.

Comment le reconnaître : c’est le seul Poa annuel, nain, vert clair, fleurissant toute l’année, poussant dans les fissures. Aucune autre graminée commune ne combine ces caractères.

Floraison : janvier-décembre. Trottoirs, jardins, cultures, bords de routes. Omniprésent.

X. Confusions fréquentes — les pièges à éviter

Certaines paires d’espèces provoquent des erreurs systématiques chez les débutants. Voici les confusions les plus courantes en Rhône-Alpes, résumées en un critère décisif pour chacune.

Vulpin ou fléole ?

Deux « queues de renard » cylindriques. Pliez l’inflorescence : souple et reprend sa forme = vulpin ; rigide et ne se déforme pas = fléole. Complément : les glumes du vulpin sont soudées à la base ; celles de la fléole sont libres et tronquées.

Ray-grass ou fétuque des prés ?

Deux espèces à oreillettes et feuilles luisantes. Regardez l’inflorescence : épi distique (épillets sessiles sur le rachis) = ray-grass ; panicule ramifiée (épillets pédicellés) = fétuque. Sans inflorescence : le ray-grass a les feuilles pliées dans le bourgeon ; la fétuque les a enroulées.

Fromental ou folle avoine ?

Deux grandes espèces à arêtes genouillées. Arrachez la plante : vivace en touffe pérenne = fromental ; annuelle à racine fibreuse = folle avoine. Les lemmes de la folle avoine portent des poils bruns à la base ; celles du fromental sont glabres.

Pâturin des prés ou pâturin commun ?

Passez le doigt sur la gaine de bas en haut : lisse = P. pratensis ; rugueuse et carénée = P. trivialis. Et tirez sur un chaume : rhizome qui résiste = pratensis ; touffe qui vient en bloc = trivialis.

Fétuque ovine ou fétuque rouge ?

Deux fétuques à feuilles fines et sétacées. Tirez sur un chaume : touffe compacte qui vient en bloc = F. ovina ; résistance du rhizome, le chaume s’étire sans venir = F. rubra.

Brachypode penné ou brachypode des bois ?

Habitat : pelouse sèche en plein soleil = B. pinnatum ; sous-bois ombragé = B. sylvaticum. Port : feuilles raides et dressées, grappe raide = penné ; feuilles molles et retombantes, grappe penchée = des bois. Penné est traçant, des bois est cespiteux.

Chiendent ou ray-grass ?

Deux espèces à épi distique et oreillettes. Comptez les glumes visibles par épillet : 2 glumes = chiendent ; 1 seule glume = ray-grass. Le chiendent présente le côté large de l’épillet ; le ray-grass présente le côté étroit.

Dactyle ou… rien d’autre

Le dactyle ne se confond avec aucune autre graminée française. Ses glomérules unilatéraux sont uniques. C’est la valeur sûre du débutant, le repère fixe à partir duquel calibrer son regard.

XI. Conseils de récolte et d’observation sur le terrain

Quand herboriser les graminées

La période optimale en Rhône-Alpes est mai-juillet pour les espèces de plaine et de colline, juillet-août pour les espèces alpines. Quelques espèces précoces (flouve, vulpin, seslérie) fleurissent dès avril. Les espèces rudérales estivales (sétaire, digitaire, panic) ne sont identifiables qu’en août-octobre.

Récoltez toujours l’inflorescence à maturité (épillets bien formés, étamines souvent déjà tombées) plutôt qu’en bouton. Les épillets immatures manquent de caractères diagnostiques.

Que récolter

Un bon échantillon d’herbier comprend :

— L’inflorescence complète, avec quelques centimètres de chaume sous le dernier nœud.
— Deux ou trois feuilles complètes avec leur gaine — c’est là que se trouvent la ligule, les oreillettes et la préfoliation.
— La base de la plante, pour vérifier le port (cespiteux ou traçant) et la présence de rhizomes ou de stolons. Arrachez délicatement plutôt que de couper.

Le matériel indispensable

— Une loupe × 10 : indispensable pour la ligule, les glumes, les arêtes, les poils du callus.
— Un couteau ou un canif : pour faire des coupes transversales de gaine et vérifier la préfoliation.
— Des sachets en papier (pas en plastique) : les graminées moisissent vite en sachet fermé. Numérotez chaque sachet avec le lieu, la date et l’habitat.
— Un carnet : notez la taille de la plante en place (elle se déforme au séchage), la couleur de l’inflorescence (elle pâlit), l’habitat et le sol.

La méthode d’observation

Face à une graminée inconnue, procédez toujours dans cet ordre :

1. Port : taille, touffe ou tapis, dressé ou couché ?
2. Base : rhizomes, stolons, bulbe basal ? Section du chaume (ronde ou comprimée) ?
3. Jonction gaine-limbe : ligule (type, longueur), oreillettes (présence, forme), gaine (fendue ou soudée, lisse ou carénée, glabre ou poilue) ?
4. Feuille : largeur du limbe, pliée ou enroulée, face supérieure lisse ou striée, bords lisses ou rudes ?
5. Inflorescence : épi, panicule lâche ou contractée, grappe ? Taille, forme, couleur ?
6. Épillet : nombre de fleurons, glumes (taille relative, nombre de nervures), lemme (arête ou non, position de l’arête, pilosité), callus ?

En suivant cet ordre, vous pourrez identifier la majorité des espèces de ce guide sans microscope.

XII. Glossaire de terrain

Anti-ligule : appendice membraneux situé à la face externe de la jonction gaine-limbe, face opposée à la ligule. Caractéristique du genre Melica.
Arête : prolongement filiforme de la lemme ou de la glume. Peut être terminale, dorsale ou basale, droite ou genouillée.
Auricule : voir Oreillette.
Callus : base durcie du fleuron, à la jonction avec le rachillet. Porte parfois des poils longs (calamagrostide).
Cespiteux : qui forme une touffe compacte, sans rhizomes ni stolons.
Chaume : tige des Poacées, généralement creuse et cloisonnée aux nœuds.
Condupliqué : plié en deux dans le sens de la longueur (préfoliation des fétuques).
Convolut : enroulé en spirale (préfoliation des agrostides).
Digitée : inflorescence dont les épis ou les racèmes partent d’un même point, comme les doigts d’une main.
Distique : disposé sur deux rangs opposés (épi du ray-grass).
Fleuron : fleur individuelle d’un épillet, composée de la lemme, la paléole, les étamines et le pistil.
Gaine : partie inférieure de la feuille qui enveloppe le chaume.
Genouillé : coudé à angle marqué (arête du fromental).
Glume : bractée stérile à la base de l’épillet (généralement 2 par épillet).
Glomérule : groupe dense d’épillets (dactyle).
Lemme : glumelle inférieure, enveloppant le fleuron. Porte souvent l’arête.
Ligule : appendice membraneux ou cilié à la jonction interne gaine-limbe. Critère d’identification majeur.
Naviculaire : en forme de proue de barque (sommet des feuilles de Poa).
Oreillette : petit prolongement de la gaine de part et d’autre de la ligule, embrassant le chaume.
Paléole : glumelle supérieure, membraneuse, bi-carénée.
Panicule : inflorescence ramifiée où les épillets sont portés par des pédicelles ramifiés.
Rachis : axe central d’un épi ou d’une inflorescence.
Rhizome : tige souterraine horizontale permettant la propagation végétative (chiendent).
Sétacé : fin comme une soie, filiforme (feuilles de fétuque ovine).
Spiciforme : en forme d’épi, mais de structure paniculaire (fléole, koelérie).
Stolon : tige rampante à la surface du sol, s’enracinant aux nœuds.
Unilatéral : tous les éléments tournés du même côté (épi du nard, panicule du dactyle).

XIII. Bibliographie

Hubbard C.E. (1954, rééd. 1984). Grasses: a guide to their structure, identification, uses and distribution in the British Isles. Penguin Books, Londres. — L’ouvrage fondateur, clair et illustré, qui a rendu les graminées accessibles aux amateurs.
Jauzein P., Nawrot O. (2011). Flore d’Île-de-France. Quæ, Paris. — Clés rigoureuses pour toutes les Poacées de France tempérée.
Kerguélen M. (1975). Les Gramineae (Poaceae) de la flore française. Essai de mise au point taxonomique et nomenclaturale. Lejeunia, n.s., 75 : 1-343.
Lambinon J., Delvosalle L., Duvigneaud J. (2012). Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines. 6e éd. Jardin botanique de Meise. — Clés analytiques très complètes pour les Poacées.
Cope T., Gray A. (2009). Grasses of the British Isles. BSBI Handbook 13. Botanical Society of the British Isles, Londres.
Portal R. (1999). Festuca de France. Vals-près-le-Puy. — Monographie de référence du genre Festuca en France.
Portal R. (2002). Bromus de France. Vals-près-le-Puy. — Idem pour les bromes.
Tison J.-M., de Foucault B. (coord.) (2014). Flora Gallica — Flore de France. Biotope Éditions, Mèze. — La flore de référence actuelle pour la France, clés complètes des Poacées.
Bonnier G. (1911-1935). Flore complète illustrée en couleurs de France, Suisse et Belgique. Librairie générale de l’enseignement, Paris. — Planches botaniques en couleur, toujours utiles pour la reconnaissance visuelle.
Rameau J.-C., Mansion D., Dumé G. (2008). Flore forestière française. Tome 1 : Plaines et collines. Tome 2 : Montagnes. IDF, Paris. — Descriptions détaillées des graminées forestières et montagnardes.

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