Le Prince du Lac

Limonène

Molécule · Phytochimie

Formule développée : Limonène
Limonène — C10H16, 136,24 g/mol

Le limonène est un monoterpène, c’est-à-dire un terpène à dix atomes de carbone, et l’un des constituants les plus répandus des huiles essentielles : une revue de 2016 le retrouve dans 97 % des huiles qu’elle a examinées. Il est le constituant principal de plusieurs essences d’agrumes, celles de l’orange, du citron, de la mandarine, du citron vert et du pamplemousse. Sur ce site, il est cité dans 47 fiches de plantes, surtout des Apiacées, comme le fenouil, l’aneth ou le carvi, des Cupressacées, comme les genévriers et les cyprès, et des Pinacées.

I. Sa formule

Sa formule brute est C10H16, pour une masse molaire de 136,24 g/mol. C’est un hydrocarbure : il ne contient que du carbone et de l’hydrogène. Sa structure est simple : un cycle de six atomes de carbone qui porte une double liaison, et une courte chaîne latérale qui en porte une seconde.

L’un des atomes de carbone du cycle est dit asymétrique : il existe donc deux limonènes, images l’un de l’autre dans un miroir, comme une main droite et une main gauche. Celui des agrumes est la forme dite d, ou (R)-(+)-limonène, à l’odeur de citron. C’est cette forme qui est dessinée sur cette page. La formule a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.

II. Ce qu’il fait dans la plante

L’orange accumule le limonène en grande quantité dans les glandes à essence de son écorce. Des chercheurs ont fabriqué des orangers dont les fruits en produisaient beaucoup moins. Ces fruits sont devenus résistants à un champignon, le Penicillium digitatum, et à une bactérie, Xanthomonas citri, et ils attiraient moins la mouche méditerranéenne des fruits. Quand on leur rendait du limonène, tout redevenait comme avant. Les auteurs en tirent une idée inattendue : lorsque le fruit mûrit et que le limonène atteint son maximum, celui-ci servirait de signal qui attire les ravageurs et les microbes, lesquels ouvrent le fruit aux animaux qui mangent la pulpe et dispersent les graines.

Dans le fruit du carvi, le limonène joue un autre rôle : il est une étape de fabrication. Le jeune fruit n’accumule d’abord que du limonène ; puis une enzyme apparaît qui, avec une seconde, le transforme en carvone. C’est l’activité de cette enzyme qui décide, à chaque stade, de la part de limonène et de carvone dans l’essence.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Le limonène est employé comme arôme dans les jus de fruits, les boissons, les pâtisseries ou les glaces. Une revue de 2007 rapporte qu’il a aussi servi en médecine pour dissoudre certains calculs biliaires faits de cholestérol, et pour soulager les brûlures d’estomac.

Son intérêt contre le cancer repose d’abord sur des études chez l’animal. Chez l’être humain, un essai de phase I, c’est-à-dire un premier essai destiné à mesurer la tolérance, a été mené en 1998 chez 32 patients atteints d’un cancer avancé, qui ont pris du limonène isolé par la bouche, à des doses de 0,5 à 12 grammes par mètre carré de surface corporelle et par jour. Chez un malade atteint d’un cancer du sein, la tumeur a régressé partiellement pendant onze mois, et trois malades atteints d’un cancer colorectal ont vu leur maladie se stabiliser longtemps ; en revanche, dix autres malades atteints d’un cancer du sein, traités ensuite, n’ont pas répondu. Une revue de 2021 consacrée au cancer du sein n’a retrouvé que cinq études humaines. Dans l’une d’elles, qui portait sur 43 personnes, le limonène se concentrait dans le tissu mammaire et freinait un marqueur de multiplication des cellules tumorales, mais il augmentait aussi un facteur de croissance associé au risque de cancer. Les auteurs concluent au manque d’essais et réclament des études plus solides.

Un essai récent, plus inattendu, porte sur son odeur respirée. Vingt adultes ont inhalé par vaporisation du THC, la substance active du cannabis, avec ou sans limonène. Le limonène seul ne produisait aucun effet mesurable, mais associé au THC il diminuait l’anxiété et le sentiment de méfiance que provoque ce dernier. Tous ces essais portent sur la molécule isolée ; ils ne disent rien des plantes qui en contiennent.

IV. Précautions

Le limonène est considéré comme peu toxique. Chez le rat mâle, il provoque des tumeurs du rein, mais par l’intermédiaire d’une protéine propre à cet animal, absente chez l’être humain : ce résultat ne s’applique donc pas à nous. Chez l’animal, l’organe le plus sensible aux fortes doses avalées est le foie. Chez les malades de l’essai de 1998, ce sont les nausées, les vomissements et la diarrhée qui ont limité la dose, fixée au plus à 8 grammes par mètre carré et par jour.

La précaution principale concerne la peau et l’huile concentrée. Au contact de l’air, le limonène s’oxyde et forme des hydroperoxydes, des substances qui rendent la peau allergique. Dans un réseau de cliniques dermatologiques, entre 2018 et 2020, 3,1 % des 5 511 patients testés pour un eczéma ont réagi à ces hydroperoxydes, le plus souvent faiblement ; les auteurs soulignent que les tests eux-mêmes peuvent irriter et doivent être lus avec prudence. Une essence d’agrume se garde donc bien fermée, à l’abri de l’air, et ne s’applique pas pure sur la peau. Comme toute huile essentielle concentrée, elle se range hors de portée des enfants ; une femme enceinte ou une personne sous traitement demandera conseil avant de l’employer. Ces précautions visent l’essence concentrée, et non le fruit ni la plante.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 47 fiches qui citent la Limonène sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Anacardiacées — Pistachier lentisque.

Apiacées — Ache des marais, Aneth odorant, Angélique des bois, Anis vert, Bunium bulbocastanum, Égopode podagraire, Laser de france, Ridolfie, Séséli des montagnes.

Astéracées — Armoise maritime, Estragon, Grindélia, Hélichryse italienne, Vergerette du canada.

Burséracées — Boswellia, Guggul.

Cannabacées — Chanvre.

Cupressacées — Cyprès chauve, Cyprès toujours vert, Genévrier cade, Genévrier commun, Genévrier de phénicie, Genévrier sabine, Genévrier thurifère.

Juglandacées — Noyer commun.

Lamiacées — Thym serpolet.

Lauracées — Camphrier, Laurier du japon.

Magnoliacées — Magnolia officinal.

Myrtacées — Eucalyptus camaldulensis, Eucalyptus globuleux, Myrte commune, Rince-bouteille citronné.

Pinacées — Cèdre de l’atlas, Épicéa commun, Mélèze d'europe, Pin maritime, Pin sylvestre, Sapin blanc.

Rutacées — Citronnier, Dictame blanc, Poncire (oranger trifolié).

Schisandracées — Badiane ou anis étoilé.

Verbénacées — Gattilier, Lantana, Verveine citronnée.

Sources

  • Wikidata, entrée Q27888324 « (+)-limonene » (formule brute C10H16, identifiant PubChem 440917, numéro CAS 5989-27-5) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée. L’entrée Q278809, relevée au départ, désigne le mélange des deux formes.
  • de Groot A.C., Schmidt E., « Essential Oils, Part III: Chemical Composition », Dermatitis, 2016, 27(4), 161-169. PMID 27427817.
  • Sun J., « D-Limonene: safety and clinical applications », Alternative Medicine Review, 2007, 12(3), 259-264. PMID 18072821.
  • Rodríguez A., San Andrés V., Cervera M., Redondo A. et coll., « The monoterpene limonene in orange peels attracts pests and microorganisms », Plant Signaling & Behavior, 2011, 6(11), 1820-1823. PMID 22212123.
  • Bouwmeester H.J., Gershenzon J., Konings M.C., Croteau R., « Biosynthesis of the monoterpenes limonene and carvone in the fruit of caraway. I. Demonstration of enzyme activities and their changes with development », Plant Physiology, 1998, 117(3), 901-912. PMID 9662532.
  • Vigushin D.M., Poon G.K., Boddy A., English J. et coll., « Phase I and pharmacokinetic study of D-limonene in patients with advanced cancer », Cancer Chemotherapy and Pharmacology, 1998, 42(2), 111-117. PMID 9654110.
  • Chebet J.J., Ehiri J.E., McClelland D.J., Taren D., Hakim I.A., « Effect of d-limonene and its derivatives on breast cancer in human trials: a scoping review and narrative synthesis », BMC Cancer, 2021, 21(1), 902. PMID 34362338.
  • Spindle T.R., Zamarripa C.A., Russo E., Pollak L. et coll., « Vaporized D-limonene selectively mitigates the acute anxiogenic effects of Δ9-tetrahydrocannabinol in healthy adults who intermittently use cannabis », Drug and Alcohol Dependence, 2024, 257, 111267. PMID 38498958.
  • Kim Y.W., Kim M.J., Chung B.Y., Bang D.Y. et coll., « Safety evaluation and risk assessment of d-Limonene », Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 2013, 16(1), 17-38. PMID 23573938.
  • Schubert S., Geier J., Brans R., Heratizadeh A. et coll., « Patch testing hydroperoxides of limonene and linalool in consecutive patients — Results of the IVDK 2018-2020 », Contact Dermatitis, 2023, 89(2), 85-94. PMID 37177844.
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