Digitoxine

La digitoxine est le principal glycoside cardiotonique de la digitale pourpre. Les glycosides cardiotoniques, que l’on appelle aussi stéroïdes cardiotoniques, sont des molécules qui agissent sur le cœur ; à la différence des alcaloïdes, ils ne contiennent pas d’azote. La digitoxine est une très proche parente de la digoxine. La digitale sert à soigner le cœur depuis le XVIIIe siècle, et la digitoxine vient de faire l’objet d’un grand essai clinique moderne. Sur ce site, elle est citée dans 1 fiches de plantes.
I. Sa formule
Sa formule brute est C41H64O13, pour une masse molaire de 764,95 g/mol. C’est une grande molécule en trois parties. Au centre se trouve un squelette de stéroïde, formé de quatre cycles accolés, de la même famille que le cholestérol. À une extrémité, ce squelette porte un petit cycle de cinq atomes, une lactone, c’est-à-dire un ester refermé sur lui-même. À l’autre extrémité s’attache une chaîne de trois sucres. En tout, la molécule compte huit cycles, cinq groupes hydroxyle (–OH) et vingt carbones asymétriques, dont l’orientation est fixée.
La formule dessinée sur cette page a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’elle fait dans la plante
La digitoxine est, selon les médecins qui ont publié en 2021 une intoxication par la digitale pourpre, le principal glycoside cardiotonique de cette plante. Elle n’y est pas seule. Une analyse de feuilles séchées, publiée en 1989, a mesuré 22,6 microgrammes de digitoxine pour 100 milligrammes de poudre, à côté de glycosides voisins comme la gitaloxine (54,7 microgrammes) et la gitoxine (14,0 microgrammes).
Les glycosides cardiotoniques bloquent chez les animaux une pompe logée dans la membrane des cellules, la pompe sodium-potassium. Pour la plante, c’est une défense. Une étude de 2018 l’illustre avec un insecte qui a appris à la déjouer : le papillon monarque, qui se nourrit d’asclépiades riches en glycosides cardiotoniques, possède une pompe devenue très résistante, alors que celle des insectes non adaptés est fortement bloquée. Les auteurs y voient la trace d’une course évolutive entre les plantes et les insectes qui les mangent.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
L’usage médical des digitales remonte à l’étude que le médecin William Withering a publiée en 1785 sur la digitale pourpre. En bloquant la pompe sodium-potassium, la digitoxine et la digoxine agissent sur le cœur : elles servent dans l’insuffisance cardiaque et pour ralentir un cœur trop rapide en cas de fibrillation auriculaire. Pendant la plus grande partie du XXe siècle, les digitaliques ont été le traitement de référence de l’insuffisance cardiaque, avant que d’autres médicaments ne les remplacent et que des doutes n’apparaissent sur leur sécurité.
La digitoxine se distingue de la digoxine par sa façon de circuler dans le corps. Elle est presque entièrement absorbée par l’intestin, elle est liée à 97 % à une protéine du sang, l’albumine, et elle reste longtemps dans l’organisme : sa demi-vie est de cinq à six jours, quel que soit l’état des reins. L’essai DIGIT-HF, publié en 2025, a réuni 1 212 patients atteints d’insuffisance cardiaque avec un cœur affaibli, déjà traités selon les recommandations. Au bout d’un suivi médian de trois ans, le décès ou l’hospitalisation pour aggravation est survenu chez 39,5 % des patients sous digitoxine contre 44,1 % sous placebo. Pris séparément, ni les décès ni les hospitalisations n’ont diminué de façon significative, et les effets indésirables graves ont été un peu plus fréquents sous digitoxine (4,7 % contre 2,8 %).
IV. Précautions
Pendant un traitement, la concentration de digitoxine visée dans le sang va de 8 à 18 nanogrammes par millilitre ; les intoxications décrites ci-dessous ont dépassé 40. La digitale pourpre ne doit jamais être employée en automédication, ni en boisson ni en cuisine, car il est impossible de savoir quelle quantité de glycosides elle apporte.
Plusieurs confusions sont bien documentées. Deux femmes ont été intoxiquées par un plat de légumes et de feuilles de leur jardin, dont l’une était censée être de la bourrache ; les médecins ont conclu à une confusion avec la digitale. Leur taux de digitoxine a atteint 40,9 et plus de 50 nanogrammes par millilitre, et l’une a présenté un grave trouble de la conduction du cœur ; toutes deux se sont rétablies. Les feuilles de digitale ont aussi été prises pour celles de la consoude. Neuf personnes ont été intoxiquées par une boisson préparée avec une prétendue consoude ; trois ont eu besoin d’un stimulateur cardiaque temporaire, et toutes se sont rétablies. Une femme de 55 ans, qui avait bu un « thé de consoude » fait en réalité de digitale, est morte malgré l’antidote et une assistance circulatoire. Enfin, chez une patiente qui avait bu une boisson préparée avec toutes les feuilles d’une digitale, les médecins ont estimé à 76 heures la demi-vie des glycosides dans le sang, alors que ses reins étaient normaux : c’est le reflet de la longue durée de vie de la digitoxine, qui prolonge l’intoxication.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Une seule fiche du site cite la Digitoxine ; son nom mène à la fiche de la plante.
Plantaginacées — Digitale pourpre.
Sources
- Wikidata, entrée Q423890 « digitoxin » (C41H64O13, identifiant PubChem 441207, numéro CAS 71-63-6) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
- Whayne T.F., « Clinical Use of Digitalis: A State of the Art Review », American Journal of Cardiovascular Drugs, 2018, 18(6), 427-440. PMID 30066080.
- Lehmann A., Späni S., Harings-Kaim A., Probst C., Christ A. et coll., « A case of intoxication with tea made from Digitalis purpurea », Global Cardiology Science & Practice, 2021, 2021(1), e202102. PMID 34036088.
- Fujii Y., Ikeda Y., Yamazaki M., « High-performance liquid chromatographic determination of secondary cardiac glycosides in Digitalis purpurea leaves », Journal of Chromatography, 1989, 479(2), 319-325. PMID 2808604.
- Petschenka G., Fei C.S., Araya J.J., Schröder S., Timmermann B.N. et coll., « Relative Selectivity of Plant Cardenolides for Na+/K+-ATPases From the Monarch Butterfly and Non-resistant Insects », Frontiers in Plant Science, 2018, 9, 1424. PMID 30323822.
- Smith T.W., « Pharmacokinetics, bioavailability and serum levels of cardiac glycosides », Journal of the American College of Cardiology, 1985, 5(5 Suppl A), 43A-50A. PMID 3921586.
- Bavendiek U., Großhennig A., Schwab J., Berliner D., Rieth A. et coll., « Digitoxin in Patients with Heart Failure and Reduced Ejection Fraction », New England Journal of Medicine, 2025, 393(12), 1155-1165. PMID 40879434.
- Iraci F., Herdeg C., Holzwarth M., Storz M.A., « Of mixed vegetables and cardiac arrhythmias – Digitalis purpurea confused with Borago officinalis: A case series of accidental digitoxin intoxications », Journal of Cardiology Cases, 2023, 28(2), 86-90. PMID 37521578.
- Lin C.C., Yang C.C., Phua D.H., Deng J.F., Lu L.H., « An outbreak of foxglove leaf poisoning », Journal of the Chinese Medical Association, 2010, 73(2), 97-100. PMID 20171590.
- Wu I.L., Yu J.H., Lin C.C., Seak C.J., Olson K.R. et coll., « Fatal cardiac glycoside poisoning due to mistaking foxglove for comfrey », Clinical Toxicology, 2017, 55(7), 670-673. PMID 28463019.








