Flavones
Les flavones forment l’une des grandes sous-familles des flavonoïdes, eux-mêmes rangés parmi les polyphénols. Parmi elles figurent l’apigénine et la lutéoline. Largement répandues dans le monde végétal, elles interviennent dans la communication et la défense de la plante. Sur ce site, elles sont citées dans 191 fiches de plantes, en particulier chez les Astéracées, comme les achillées, les armoises ou l’artichaut, et chez les Lamiacées.
I. Ce qui les rassemble
Comme tous les flavonoïdes, les flavones possèdent deux cycles aromatiques reliés par un cycle central qui contient un atome d’oxygène. Ce qui les caractérise se trouve dans ce cycle central : il porte une double liaison entre ses carbones 2 et 3 et une fonction cétone en position 4, mais aucun groupe hydroxyle (–OH) en position 3. C’est ce dernier point qui les sépare des flavonols. La comparaison des formules le montre bien : l’apigénine et le kaempférol ne diffèrent que par ce seul groupe hydroxyle, tout comme la lutéoline et la quercétine. Les flavanones, elles, n’ont pas la double liaison.
Dans la plante, les flavones peuvent être liées à des sucres de deux manières différentes. Dans les O-glycosides, le sucre est accroché par l’intermédiaire d’un atome d’oxygène. Dans les C-glycosides, il est fixé directement sur un atome de carbone du squelette : la vitexine, par exemple, est de l’apigénine portant un glucose ainsi soudé. Selon une revue de 2016, la plante ne fabrique pas ces deux types par la même voie, et c’est la voie de fabrication qui détermine la chimie de la flavone obtenue. Une revue de 2017 consacre une large part à l’absorption de ces deux formes par l’intestin et à l’effet du sucre sur ce qui passe dans le sang ; elle relève aussi que les teneurs en flavones mesurées dans les aliments varient beaucoup d’une étude à l’autre.
II. Leur rôle dans la plante
Les flavones jouent un rôle de messager entre la plante et les bactéries du sol. La luzerne s’associe à des bactéries du sol, les rhizobiums, qui forment des nodosités sur ses racines ; chez ces bactéries, des gènes dits de nodulation doivent être mis en marche par un signal venu de la plante. Chez le rhizobium de la luzerne, la première substance reconnue capable de donner ce signal a été une flavone, la lutéoline, extraite des graines. Une étude de 1990 montre que la graine en germination libère, dans ses quatre premières heures, des substances activant ces gènes cent fois plus vite que ne le font les racines de la jeune plante ; parmi elles figurent la lutéoline et une flavone voisine, la chrysoériol. Une revue de 2012 rappelle que, selon leur structure, les flavonoïdes libérés par les racines peuvent stimuler ou au contraire freiner ces gènes, et attirer les rhizobiums vers la racine.
Les flavones servent aussi à la défense. Dans les soies du maïs, ces longs filaments qui sortent de l’épi, deux flavones sous forme de C-glycosides, la maysine et l’apimaysine, freinent la croissance des chenilles d’un papillon ravageur de l’épi. Une étude génétique de 1998 a montré que les régions du génome qui commandent leur fabrication comptent parmi celles qui règlent la résistance du maïs à cet insecte.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Les données humaines viennent surtout d’études d’observation, qui suivent pendant des années de grandes populations en notant leur alimentation. Une méta-analyse de 2014, portant sur quatorze études de ce type, trouve un risque de maladie cardiovasculaire plus faible d’environ 12 % chez les plus gros consommateurs de flavones que chez les plus petits. Une méta-analyse de 2022, sur dix-neuf cohortes et près de 900 000 personnes, retrouve un lien avec un moindre risque de maladie coronarienne : chaque apport supplémentaire de 5 mg de flavones par jour correspond à une baisse de 5 % de ce risque. En revanche, une autre méta-analyse, en 2019, ne trouve pas de lien entre les flavones et le diabète de type 2, alors qu’elle en trouve un pour d’autres sous-familles de flavonoïdes.
Ces études décrivent une association, sans prouver que les flavones en soient la cause. Les aliments et les plantes qui les apportent contiennent bien d’autres substances, et une revue de 2011 souligne qu’on ne peut pas remplacer ce mélange par un composé purifié. Les essais sur des flavones isolées restent rares, car des molécules si répandues dans les plantes ne peuvent guère être brevetées ; les pages consacrées à l’apigénine et à la lutéoline en présentent les principaux résultats.
IV. Précautions
Consommées dans les légumes, les herbes aromatiques et les plantes, les flavones font partie de l’alimentation de toujours. Les mises en garde publiées concernent les flavonoïdes purifiés pris à forte dose en complément. Selon la revue de 2011 déjà citée, à ces doses ils peuvent perturber le statut en oligo-éléments, en folates et en vitamine C, et montrer une action sur la thyroïde. Elle ajoute qu’il faut alors tenir compte des interactions possibles avec les médicaments. Une personne sous traitement qui envisage un complément doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 191 fiches qui citent les flavones sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Acanthacées — Acanthe à feuilles molles, Andrographis.
Alismatacées — Plantain d’eau.
Anacardiacées — Pistachier térébinthe.
Apiacées — Ache des marais, Ache inondée, Carotte, Carvi, Caucalis à grandes fleurs, Fenouil commun, Orlaya à grandes fleurs, Persil, Scandix peigne-de-vénus, Séséli annuel, Tordyle majeur, Trinie glauque, Turgenie latifoliée, Xanthosélin des alpes, Œnanthe aquatique.
Aspléniacées — Doradille noire, Scolopendre.
Astéracées — Absinthe, Achillée millefeuille, Achillée sternutatoire, Armoise commune, Armoise maritime, Artichaut, Aster des alpes, Bardane à petites têtes, Bardane commune, Camomille romaine, Cardon, Carline acaule, Centaurée chausse-trappe, Centaurée des montagnes, Centaurée jacée, Centaurée scabieuse, Chicorée sauvage, Cirse laineux, Crépide capillaire, Estragon, Eupatoire à feuilles de chanvre, Génépi, Hélichryse italienne, Inule à feuilles de saule, Laiteron des champs, Laiteron maraîcher, Laitue vireuse, Marguerite commune, Matricaire camomille, Pissenlit des alpes, Séneçon commun, Verge-d’or, Vergerette du canada.
Berbéridacées — Épine-vinette.
Bétulacées — Charme commun, Noisetier.
Bignoniacées — Lapacho.
Brassicacées — Bourse-à-pasteur, Giroflée, Roquette, Roquette de mer.
Campanulacées — Campanule agglomérée, Campanule à feuilles larges, Campanule à feuilles rondes, Campanule des alpes, Campanule des cévennes, Campanule des murailles, Campanule étalée, Campanule gantelée, Campanule persicifoliée, Jasione des montagnes, Jasione des sables, Raiponce des alpes, Raiponce en épi, Raiponce hémisphérique, Raiponce orbiculaire.
Caryophyllacées — Lychnis visqueuse, Stellaire holostée.
Combrétacées — Arjuna.
Cucurbitacées — Jiaogulan.
Cypéracées — Choin noirâtre, Laîche des sables, Laîche dioïque, Laîche glauque, Laîche pendante.
Equisétacées — Grande prêle, Prêle des champs, Prêle d’hiver.
Fabacées — Anthyllide vulnéraire, Réglisse.
Gentianacées — Gentiane des marais.
Ginkgoacées — Ginkgo.
Lamiacées — Ballote, Basilic commun, Clinopode commun, Épiaire droite, Épiaire officinale, Galéopsis tétrahit, Hysope officinale, Lamier jaune, Lavande vraie, Lierre terrestre, Marrube blanc, Menthe aquatique, Menthe à longues feuilles, Menthe cervine, Menthe de corse, Menthe des champs, Menthe douce, Menthe odorante, Menthe poivrée, Menthe pouliot, Menthe verte, Mélitte à feuilles de mélisse, Orthosiphon, Ortie blanche, Sauge officinale, Scutellaire à feuilles de galéopsis, Scutellaire des alpes, Thym commun, Thym serpolet, Tulsi.
Malvacées — Mauve sylvestre.
Myrtacées — Manuka.
Orchidacées — Ophrys abeille.
Orobanchacées — Euphraise officinale, Pédiculaire des bois.
Passifloracées — Passiflore.
Plantaginacées — Linaire commune, Muflier à feuilles de pâquerette, Plantain des alpes, Plantain des sables, Plantain noirâtre.
Poacées — Brize intermédiaire, Brize mineure, Flouve odorante, Pâturin annuel, Pâturin des prés.
Polygonacées — Oseille petite.
Portulacacées — Montie annuelle, Montie des fontaines, Pourpier.
Primulacées — Androsace alpestre, Androsace velue, Primevère auricule, Primevère farineuse, Soldanelle des alpes.
Renonculacées — Clématite des alpes.
Rosacées — Aigremoine eupatoire, Fraisier des bois, Framboisier, Potentille ansérine, Potentille rampante.
Rubiacées — Aspérule des champs, Aspérule tinctoriale, Gaillet gratteron, Sherardie des champs.
Rutacées — Oranger amer ou bigaradier, Poncire (oranger trifolié), Rue officinale ou rue fétide.
Salicacées — Peuplier blanc, Peuplier tremble, Saule cendré, Saule des vanniers, Saule fragile, Saule marsault, Saule pourpre, Saule rampant.
Sapindacées — Érable champêtre.
Scrofulariacées — Scrofulaire de provence, Scrofulaire des ombrages, Scrofulaire du péloponnèse.
Solanacées — Morelle faux-jasmin, Pétunia, Tabac glauque.
Valérianacées — Centranthe à feuilles étroites, Centranthe rouge, Mâche à épi, Mâche à fruits sillonnés, Valériane des montagnes, Valériane tubéreuse.
Verbénacées — Verveine citronnée, Verveine de buenos aires, Verveine hybride.
Violacées — Violette cornue, Violette des marais, Violette des pyrénées, Violette élevée, Violette éperonnée, Violette jaune.
Sources
- Wikidata, entrées Q424525 « flavone », Q424567 « apigenin », Q415011 « luteolin », Q393336 « kaempferol », Q409478 « quercetin », Q418374 « naringenin » et Q259075 « vitexin » ; structures comparées avec RDKit (double liaison 2-3, groupe hydroxyle en position 3, liaison carbone-sucre).
- Jiang N., Doseff A.I., Grotewold E., « Flavones: From Biosynthesis to Health Benefits », Plants (Basel), 2016, 5(2), 27. PMID 27338492.
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- Hartwig U.A., Maxwell C.A., Joseph C.M., Phillips D.A., « Chrysoeriol and Luteolin Released from Alfalfa Seeds Induce nod Genes in Rhizobium meliloti », Plant Physiology, 1990, 92(1), 116-122. PMID 16667231.
- Lee E.A., Byrne P.F., McMullen M.D., Snook M.E. et coll., « Genetic mechanisms underlying apimaysin and maysin synthesis and corn earworm antibiosis in maize (Zea mays L.) », Genetics, 1998, 149(4), 1997-2006. PMID 9691053.
- Hassan S., Mathesius U., « The role of flavonoids in root-rhizosphere signalling: opportunities and challenges for improving plant-microbe interactions », Journal of Experimental Botany, 2012, 63(9), 3429-3444. PMID 22213816.
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- Guo X.F., Ruan Y., Li Z.H., Li D., « Flavonoid subclasses and type 2 diabetes mellitus risk: a meta-analysis of prospective cohort studies », Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 2019, 59(17), 2850-2862. PMID 29768032.
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