Apigénine

L’apigénine est une flavone, c’est-à-dire l’un des groupes de la grande famille des flavonoïdes, elle-même rangée parmi les polyphénols. On la trouve notamment dans le céleri, le persil et la camomille, le plus souvent attachée à un sucre. Sur ce site, elle est citée dans 147 fiches de plantes, seule ou sous l’une de ses formes sucrées.
I. Sa formule
Sa formule brute est C15H10O5, pour une masse molaire de 270,24 g/mol. Les chimistes la décrivent comme une 5,7,4′-trihydroxyflavone : elle porte trois groupes hydroxyle (–OH), deux sur le premier cycle et un sur le cycle latéral. Elle possède le squelette commun aux flavonoïdes, deux cycles aromatiques reliés par un cycle central contenant un atome d’oxygène.
La comparaison avec ses proches parents aide à situer les familles. Le kaempférol a exactement le même squelette, avec un groupe hydroxyle de plus en position 3 du cycle central : c’est ce détail qui fait de lui un flavonol, et de l’apigénine une flavone. La lutéoline, autre flavone, porte quant à elle un groupe hydroxyle de plus sur le cycle latéral. Quant à la vitexine, c’est de l’apigénine sur laquelle un glucose est fixé directement par une liaison carbone-carbone.
La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’elle fait dans la plante
Les flavones, selon une revue de 2016, interviennent dans la signalisation et dans la défense de la plante. Une étude publiée en 2026 sur le piment en donne un exemple précis. Face à Phytophthora capsici, un agent pathogène qui vit dans le sol, les variétés sensibles voyaient leur production de flavonoïdes s’effondrer, et avec elle leur teneur en apigénine, tandis que les variétés résistantes la maintenaient. Apportée de l’extérieur, l’apigénine a réduit de 95 % la libération des spores mobiles du parasite, en abîmant la membrane de ses sporanges. Elle a aussi favorisé, autour des racines, des microbes qui freinent la maladie. Les auteurs lui reconnaissent ainsi un double rôle : elle gêne directement le parasite et elle recrute des alliés dans le sol.
III. Sous quelles formes on la trouve
Dans la plante, l’apigénine est surtout présente sous forme de glycosides, c’est-à-dire attachée à des sucres. Le persil contient une forme portant deux sucres, l’apiine ; la camomille contient surtout l’apigénine-7-glucoside. Ces formes changent beaucoup la manière dont l’organisme l’absorbe. Dans une étude de 2022 menée chez des hommes en bonne santé, l’apigénine pure n’a été que très peu absorbée : l’équivalent de 0,5 % de la dose seulement se retrouvait dans les urines. Avec une boisson au persil, la proportion montait à 11 %, et avec une préparation de camomille à 34 %, avec un pic dans le sang au bout de deux heures. Dans le sang et les urines, les chercheurs n’ont pas retrouvé l’apigénine telle quelle, mais des dérivés que le corps a liés à l’acide glucuronique ou à un groupe sulfate. À la maison, une tisane de camomille se prépare en partant d’eau froide, sans jamais verser d’eau bouillante sur la plante.
Une étude plus ancienne, sur onze volontaires ayant mangé du persil blanchi, montre aussi que l’apigénine atteint son maximum dans le sang environ sept heures après le repas, avec de grandes différences d’une personne à l’autre. Les auteurs concluent qu’une petite part de l’apigénine apportée par les aliments passe bien dans la circulation.
IV. Ce que l’on sait chez l’être humain
La médecine populaire emploie les capitules de camomille pour préparer une boisson calmante et antispasmodique. En 1995, des chercheurs qui en fractionnaient l’extrait aqueux y ont isolé l’apigénine et montré qu’elle se fixe, dans le cerveau, sur le même récepteur que les benzodiazépines, une famille de médicaments contre l’anxiété. Chez la souris, elle a réduit l’anxiété sans endormir ni relâcher les muscles ; il fallait une dose dix fois plus forte pour obtenir un léger effet sédatif.
Chez l’être humain, les études cliniques que recense une revue de 2024 ont employé un extrait de camomille, qui contient de l’apigénine, et non la molécule isolée. Un essai de 2009, sur 57 patients souffrant d’anxiété généralisée légère à modérée, a comparé pendant huit semaines un extrait de camomille à un placebo : l’anxiété a davantage diminué sous camomille, et les effets indésirables étaient comparables dans les deux groupes. Les auteurs parlent d’un effet modeste, à confirmer. La même revue rapporte que, dans une grande cohorte d’adultes, l’apigénine apportée par l’alimentation va de pair avec une meilleure qualité du sommeil ; c’est une association, pas une preuve de cause à effet.
Le reste des données vient de l’animal. Une méta-analyse de 2022 a rassemblé 25 études sur des cancers provoqués chez l’animal : l’apigénine y réduit le volume et le poids des tumeurs, mais les auteurs relèvent un probable biais de publication et jugent que d’autres recherches sont nécessaires avant tout usage chez l’homme. Les essais sur la molécule isolée restent rares, parce qu’une substance aussi répandue dans les légumes et les plantes ne peut guère être brevetée.
V. Précautions
Présente dans le persil, le céleri et la camomille, l’apigénine fait partie de l’alimentation de toujours, et une revue de 2017 lui reconnaît une faible toxicité propre. La même revue rappelle toutefois que ses interactions avec les médicaments sont encore mal connues et qu’il faut les étudier avant de l’employer en essai clinique. La prudence vaut donc surtout pour le complément concentré : une personne sous traitement qui l’envisage doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 147 fiches qui citent la Apigénine sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Acanthacées — Acanthe à feuilles molles, Andrographis.
Acoracées — Acore odorant.
Anacardiacées — Pistachier lentisque.
Apiacées — Ache des marais, Ache inondée, Carotte, Carotte sauvage, Cerfeuil commun, Cerfeuil des bois, Macéron, Myrrhe odorante, Panais cultivé, Persil, Trinie glauque.
Aspléniacées — Doradille noire.
Astéracées — Anthémis fétide, Artichaut, Bleuet des champs, Camomille des champs, Centaurée des montagnes, Centaurée jacée, Centaurée scabieuse, Génépi, Grande camomille, Hélichryse italienne, Inule à feuilles de saule, Laitue vireuse, Marguerite commune, Matricaire camomille, Pissenlit à graines rouges, Pissenlit officinal, Vergerette du canada.
Campanulacées — Campanule à feuilles larges, Campanule à feuilles rondes, Campanule des alpes, Campanule des cévennes, Campanule des murailles, Raiponce des alpes, Raiponce en épi, Raiponce hémisphérique, Raiponce orbiculaire.
Cannabacées — Micocoulier de provence.
Caprifoliacées — Chèvrefeuille des jardins.
Caryophyllacées — Stellaire holostée, Œillet sauvage.
Cistacées — Hélianthème à feuilles de lavande, Hélianthème commun, Hélianthème de montpellier, Hélianthème des alpes, Hélianthème des apennins.
Cypéracées — Laîche des bois, Laîche des marais, Laîche dioïque, Laîche pendante, Linaigrette à feuilles étroites, Scirpe des marais, Souchet rond.
Dipsacacées — Céphalaire des alpes, Knautie des bois, Knautie des champs, Scabieuse colombaire, Scabieuse des champs.
Equisétacées — Prêle des champs.
Fabacées — Desmodium, Luzerne cultivée.
Gentianacées — Petite centaurée.
Lamiacées — Agripaume cardiaque (Leonurus cardiaca L.), Ballote, Basilic commun, Bugle de genève, Bugle rampant, Calament à grandes fleurs, Calament officinale, Clinopode commun, Épiaire des bois, Épiaire droite, Galéopsis tétrahit, Germandrée scorodoine, Lamier jaune, Lamier maculé, Lavande aspic, Lavande vraie, Lycope d'europe, Marjolaine, Marrube blanc, Menthe-chat (cataire), Mélisse officinale, Origan commun, Sarriette des jardins, Sarriette vivace, Sauge des prés, Sauge officinale, Sauge sclarée, Scutellaire des alpes, Thym commun, Thym serpolet, Tulsi.
Lycopodiacées — Lycopode en massue.
Orobanchacées — Euphraise des alpes, Mélampyre des bois, Mélampyre des prés, Pédiculaire des bois, Pédiculaire feuillée, Pédiculaire tubéreuse, Rhinanthe velu.
Plantaginacées — Bacopa, Grand plantain, Plantain à feuilles étroites, Plantain corne-de-cerf, Plantain des alpes, Plantain des sables, Plantain maritime, Plantain moyen, Plantain noirâtre, Plantain subulé, Véronique de perse, Véronique officinale, Véronique petit-chêne.
Poacées — Grand sorgho, Panic pied-de-coq, Sorgho d’alep.
Portulacacées — Pourpier potager.
Rosacées — Aigremoine eupatoire.
Rubiacées — Gaillet gratteron, Gaillet jaune.
Scrofulariacées — Bouillon blanc, Molène à fleurs denses, Molène blattaire, Molène d’orient, Molène lychnite, Molène noire, Molène royale, Molène sinuée, Scrofulaire aquatique, Scrofulaire à feuilles de germandrée, Scrofulaire des chiens.
Solanacées — Piment.
Valérianacées — Centranthe rouge, Mâche à épi, Mâche à fruits hérissés, Mâche à fruits lisses, Mâche à fruits sillonnés.
Verbénacées — Verveine citronnée, Verveine de buenos aires, Verveine officinale.
Violacées — Violette tricolore.
Sources
- Wikidata, entrées Q424567 « apigenin » (formule brute, identifiant PubChem 5280443, clé InChI KZNIFHPLKGYRTM-UHFFFAOYSA-N), Q2858300 « apiin » et Q259075 « vitexin » ; comparaison avec le kaempférol (Q393336) et la lutéoline (Q415011), formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir des structures publiées.
- Jiang N., Doseff A.I., Grotewold E., « Flavones: From Biosynthesis to Health Benefits », Plants (Basel), 2016, 5(2), 27. PMID 27338492.
- Liao X., Song W., Wan Y., Zhang J. et coll., « Dual functions of apigenin in suppressing Phytophthora capsici and shaping the pepper microbiome », Microbiome, 2026, 14(1), 203. PMID 41882727.
- Borges G., Fong R.Y., Ensunsa J.L., Kimball J. et coll., « Absorption, distribution, metabolism and excretion of apigenin and its glycosides in healthy male adults », Free Radical Biology & Medicine, 2022, 185, 90-96. PMID 35452808.
- Meyer H., Bolarinwa A., Wolfram G., Linseisen J., « Bioavailability of apigenin from apiin-rich parsley in humans », Annals of Nutrition & Metabolism, 2006, 50(3), 167-172. PMID 16407641.
- Viola H., Wasowski C., Levi de Stein M., Wolfman C. et coll., « Apigenin, a component of Matricaria recutita flowers, is a central benzodiazepine receptors-ligand with anxiolytic effects », Planta Medica, 1995, 61(3), 213-216. PMID 7617761.
- Amsterdam J.D., Li Y., Soeller I., Rockwell K. et coll., « A randomized, double-blind, placebo-controlled trial of oral Matricaria recutita (chamomile) extract therapy for generalized anxiety disorder », Journal of Clinical Psychopharmacology, 2009, 29(4), 378-382. PMID 19593179.
- Kramer D.J., Johnson A.A., « Apigenin: a natural molecule at the intersection of sleep and aging », Frontiers in Nutrition, 2024, 11, 1359176. PMID 38476603.
- Singh D., Gupta M., Sarwat M., Siddique H.R., « Apigenin in cancer prevention and therapy: A systematic review and meta-analysis of animal models », Critical Reviews in Oncology/Hematology, 2022, 176, 103751. PMID 35752426.
- Tang D., Chen K., Huang L., Li J., « Pharmacokinetic properties and drug interactions of apigenin, a natural flavone », Expert Opinion on Drug Metabolism & Toxicology, 2017, 13(3), 323-330. PMID 27766890.








