Le Prince du Lac

Morphine

Molécule · Phytochimie

Formule développée : Morphine
Morphine — C17H19NO3, 285,34 g/mol

La morphine est un alcaloïde de l’opium, la substance tirée du latex du pavot somnifère. Elle appartient au grand groupe des alcaloïdes benzylisoquinoléiques, celui de la papavérine, de la berbérine et de la protopine. C’est un médicament de référence contre les douleurs fortes du cancer, et le pavot somnifère en reste la seule source commerciale. Sur ce site, elle est citée dans 6 fiches de plantes, pour la plupart des Papavéracées.

I. Sa formule

Sa formule brute est C17H19NO3, pour une masse molaire de 285,34 g/mol. C’est une molécule compacte, faite de cinq cycles emboîtés les uns dans les autres. L’un d’eux est un noyau benzénique qui porte un groupe hydroxyle (–OH) de type phénol ; un autre porte un second groupe hydroxyle, de type alcool. Un atome d’oxygène forme un pont à l’intérieur de la charpente, et l’atome d’azote porte un groupe méthyle (–CH3).

La molécule possède cinq carbones asymétriques, dont l’orientation est fixée dans la morphine naturelle. La formule dessinée sur cette page a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.

II. Ce qu’elle fait dans la plante

Le pavot somnifère fabrique la morphine en plusieurs étapes, et il les répartit entre deux sortes de cellules. Les premières étapes se déroulent dans les tubes criblés, les cellules qui conduisent la sève élaborée. Les dernières, qui transforment un autre alcaloïde, la thébaïne, en morphine, ont lieu surtout dans les laticifères voisins, les cellules qui contiennent le latex. C’est ce latex, riche en morphine, qui donne l’opium. Le même pavot produit d’autres alcaloïdes utiles à la médecine, comme la codéine, la papavérine et la noscapine.

Le latex n’est pas un simple réservoir : une revue de 2021 le décrit comme une pièce essentielle de la défense de la plante contre les animaux qui la mangent et contre les microbes. Il faut enfin noter que tous les pavots ne se ressemblent pas. Une analyse de 2018 a comparé les alcaloïdes du coquelicot et du pavot somnifère : les chercheurs y ont identifié cinquante-cinq alcaloïdes, mais ils n’ont repéré la morphine et la codéine, à titre provisoire, que dans le pavot somnifère. Le coquelicot possède ses propres alcaloïdes, du groupe de la rhéadine.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

La morphine agit en se fixant sur les récepteurs opioïdes de type µ (mu) du système nerveux. Une revue de 2021 rappelle que tous les opioïdes employés en médecine agissent sur ce récepteur, et que leurs principaux effets indésirables y sont liés directement ou indirectement.

Son efficacité contre la douleur du cancer est établie depuis longtemps. La revue Cochrane de 2016 consacrée à la morphine par la bouche a réuni soixante-deux études et 4 241 patients. Dans les études qui donnaient des résultats individuels, 96 % des patients n’avaient plus qu’une douleur faible au plus, dans un délai assez court. Environ 6 % des patients ont arrêté le traitement à cause d’effets indésirables. Les auteurs soulignent que ces études sont anciennes et souvent petites, mais que l’efficacité de la morphine « a résisté à l’épreuve du temps ». Les doses quotidiennes allaient de 25 à 2 000 mg, ce qui montre combien le besoin varie d’un malade à l’autre.

IV. Précautions

La morphine est un médicament puissant, que seul un médecin peut prescrire. Ses risques principaux sont l’accoutumance, qui oblige à augmenter les doses, la dépendance, et surtout la dépression respiratoire : le ralentissement de la respiration, qui prive le cerveau d’oxygène, est sans doute le symptôme le plus dangereux d’une intoxication par les opioïdes et peut être mortel, selon une revue fondée surtout sur des travaux chez le rat. Les personnes âgées présentent davantage d’effets indésirables.

Le pavot somnifère ne doit jamais servir de remède fait maison. Une revue de 2019 sur les intoxications par l’opium à notre époque décrit des décès chez des adultes qui buvaient une préparation d’opium comme drogue, et des intoxications d’enfants à qui l’on avait donné de l’opium comme remède traditionnel. La consommation excessive de graines de pavot comme aliment a aussi provoqué quelques intoxications légères. Les graines non lavées vendues dans le commerce posent un problème particulier : en 2026, une équipe a reproduit les recettes de « thé de graines de pavot » trouvées sur internet, et a mesuré des teneurs en morphine allant de 1,8 à 19,5 mg par litre selon les marques et les essais. Une variation de un à dix rend impossible de savoir ce que l’on avale.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 6 fiches qui citent la Morphine sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Papavéracées — Coquelicot, Pavot à tige nue, Pavot des alpes, Pavot douteux, Pavot hybride, Pavot somnifère.

Sources

  • Wikidata, entrée Q81225 « morphine » (C17H19NO3, identifiant PubChem 5288826, numéro CAS 57-27-2) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
  • Beaudoin G.A., Facchini P.J., « Benzylisoquinoline alkaloid biosynthesis in opium poppy », Planta, 2014, 240(1), 19-32. PMID 24671624.
  • Onoyovwe A., Hagel J.M., Chen X., Khan M.F., Schriemer D.C. et coll., « Morphine biosynthesis in opium poppy involves two cell types: sieve elements and laticifers », The Plant Cell, 2013, 25(10), 4110-4122. PMID 24104569.
  • Gracz-Bernaciak J., Mazur O., Nawrot R., « Functional Studies of Plant Latex as a Rich Source of Bioactive Compounds: Focus on Proteins and Alkaloids », International Journal of Molecular Sciences, 2021, 22(22), 12427. PMID 34830309.
  • Oh J.H., Ha I.J., Lee M.Y., Kim E.O., Park D. et coll., « Identification and metabolite profiling of alkaloids in aerial parts of Papaver rhoeas by liquid chromatography coupled with quadrupole time-of-flight tandem mass spectrometry », Journal of Separation Science, 2018, 41(12), 2517-2527. PMID 29607619.
  • Paul A.K., Smith C.M., Rahmatullah M., Nissapatorn V., Wilairatana P. et coll., « Opioid Analgesia and Opioid-Induced Adverse Effects: A Review », Pharmaceuticals, 2021, 14(11), 1091. PMID 34832873.
  • Wiffen P.J., Wee B., Moore R.A., « Oral morphine for cancer pain », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2016, 4(4), CD003868. PMID 27105021.
  • Kiyatkin E.A., « Respiratory depression and brain hypoxia induced by opioid drugs: Morphine, oxycodone, heroin, and fentanyl », Neuropharmacology, 2019, 151, 219-226. PMID 30735692.
  • Martínez M.A., Ballesteros S., « Opium poisoning in modern times. An overview », Forensic Science International, 2019, 302, 109848. PMID 31336283.
  • Horowitz K.M., Hoang D., Kazmierczak S., Castelli R., « The Extraction of Morphine and Codeine by Brewing Poppy Seed Tea using Real-World Quantities and Methods », Journal of Medical Toxicology, 2026, 22(2), 305-309. PMID 41817913.
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