Acide chlorogénique

L’acide chlorogénique est un acide phénolique formé par l’union de deux molécules : l’acide caféique et l’acide quinique. Il appartient au groupe des acides hydroxycinnamiques, l’une des familles d’acides phénoliques, elles-mêmes rangées parmi les polyphénols. Une revue de 2020 le compte parmi les polyphénols les plus abondants de l’alimentation humaine, le café en étant la source la plus connue. Sur ce site, il est cité dans 264 fiches de plantes, en particulier chez les Apiacées, les Astéracées, les Lamiacées et les Rosacées.
I. Sa formule
Sa formule brute est C16H18O9, pour une masse molaire de 354,31 g/mol. On y reconnaît deux parties. D’un côté, l’acide caféique : un cycle aromatique portant deux groupes hydroxyle (–OH) côte à côte, prolongé par une courte chaîne. De l’autre, l’acide quinique : un cycle de six carbones, non aromatique, garni de groupes hydroxyle et d’une fonction acide. Les deux parties sont reliées par une liaison appelée ester. Les chimistes désignent aussi la molécule sous le nom d’acide 5-O-caféoylquinique.
Ce nom mérite une remarque. L’acide caféique peut s’accrocher à plusieurs positions de l’acide quinique, ce qui donne plusieurs molécules voisines, appelées isomères. Une revue de 2021 signale une confusion répandue dans la façon de nommer et de numéroter ces isomères, si bien que deux articles peuvent désigner la même molécule par des noms différents. Les auteurs insistent sur ce point, parce que ces isomères n’ont pas tous la même activité ni la même puissance. Au pluriel, on parle des « acides chlorogéniques » pour désigner toute cette famille, qui compte des molécules à une, deux, trois ou quatre unités d’acide caféique.
La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’il fait dans la plante
L’acide chlorogénique est fabriqué par la voie des phénylpropanoïdes, la chaîne de fabrication qui produit aussi les flavonoïdes, les tanins et la lignine. Une revue de 2000 rappelle que les composés de cette voie sont souvent produits en plus grande quantité quand la plante subit un stress : forte lumière, froid, attaque d’un microbe ou manque d’éléments nutritifs. Ses auteurs proposent que l’acide chlorogénique, présent dans un grand nombre de familles végétales, serve alors d’antioxydant : il capterait les molécules oxydantes qui s’accumulent dans les cellules sous l’effet du stress.
Il participe aussi à la défense contre les insectes. Une étude de 2009 a comparé des chrysanthèmes résistants et sensibles au thrips, un petit insecte qui ravage de nombreuses cultures. Les plantes résistantes contenaient davantage d’acide chlorogénique, et des essais où l’on nourrissait les thrips avec une nourriture artificielle additionnée de cette molécule ont confirmé son effet défavorable sur l’insecte.
III. Sous quelles formes on le trouve
Dans l’intestin, la forme compte. Une étude de 2001 a été menée chez sept personnes porteuses d’une iléostomie, chez qui le contenu de l’intestin grêle sort du corps avant d’atteindre le côlon. Elle montre que l’intestin grêle n’absorbe qu’un tiers environ de l’acide chlorogénique, alors qu’il absorbe presque tout l’acide caféique libre. La plus grande partie de l’acide chlorogénique gagne donc le côlon, où les bactéries intestinales le transforment. La même étude rappelle qu’un buveur de café en consomme chaque jour de 0,5 à 1 g.
IV. Ce que l’on sait chez l’être humain
Une revue systématique de 2024 recense les nombreux effets attribués à l’acide chlorogénique : protection du système nerveux, du foie, des reins et du cœur, action contre l’inflammation, régulation du sucre et des graisses du sang. Elle décrit surtout les mécanismes par lesquels la molécule agirait, et ses auteurs concluent qu’il reste à améliorer son absorption et à confirmer son efficacité chez le malade.
Un point bien étudié chez l’être humain est la pression artérielle. Une méta-analyse de 2015, portant sur cinq essais et 364 personnes, trouve une baisse moyenne de 4,3 mm Hg de la pression systolique et de 3,7 mm Hg de la diastolique. Ses auteurs précisent que ces essais sont peu nombreux, qu’ils ont tous été menés en Asie et qu’ils ont été financés par des fabricants d’acide chlorogénique ; ils demandent des essais indépendants. Une seconde méta-analyse, en 2024, porte sur l’extrait de grain de café vert, riche en acide chlorogénique : sur dix essais et 563 personnes, elle trouve une baisse de 3 mm Hg de la systolique et de 2,2 mm Hg de la diastolique, plus nette chez les personnes à tension élevée.
Ces essais portent sur la molécule ou sur des extraits concentrés, pris comme complément. Ils ne disent rien, ni en bien ni en mal, d’une plante consommée entière, où l’acide chlorogénique arrive avec tout le reste de la plante. Pour les plantes elles-mêmes, les essais manquent : on ne brevette pas une plante, et peu de financeurs prennent en charge de tels travaux.
V. Précautions
L’acide chlorogénique fait partie de l’alimentation de toujours. Les précautions concernent la molécule isolée à forte dose. Un essai de 2001 a donné à vingt personnes en bonne santé 2 g d’acide chlorogénique par jour pendant une semaine, soit deux fois ce qu’apporte une forte consommation de café. Quatre à cinq heures après la prise, leur taux sanguin d’homocystéine, une substance associée au risque cardiovasculaire, était supérieur de 12 % à celui mesuré sous placebo ; à jeun, l’écart n’était plus que de 4 %. Les auteurs ne savent pas si cette hausse a une conséquence sur la santé du cœur. La méta-analyse de 2015 note qu’aucun des essais réunis n’a rapporté d’effet indésirable, mais ces essais sont peu nombreux. Une personne sous traitement qui envisage un complément doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 264 fiches qui citent la Acide chlorogénique sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Acanthacées — Andrographis.
Apiacées — Aneth odorant, Angélique des bois, Berle à larges feuilles, Berle dressée, Buplèvre à feuilles rondes, Carotte, Centella asiatica, Cerfeuil commun, Cerfeuil des bois, Coriandre cultivée, Criste marine, Dong quai, Eryngium champêtre, Eryngium maritime, Égopode podagraire, Fenouil des alpes, Livèche officinale, Macéron, Myrrhe odorante, Myrrhis odorée, Panais cultivé, Persil, Pimprenelle saxifrage, Ridolfie, Sanicle d’europe, Séséli des montagnes, Silaüs des prés, Torilis des champs, Torilis noueuse, Trinie glauque.
Apocynacées — Dompte-venin officinal.
Araliacées — Éleuthérocoque, Lierre d’algérie, Lierre d’irlande, Lierre grimpant.
Aspléniacées — Capillaire des murailles, Cétérach officinal, Doradille noire, Scolopendre.
Astéracées — Anthémis fétide, Armoise commune, Armoise maritime, Arnica des montagnes, Artichaut, Bardane à petites têtes, Bardane commune, Camomille des champs, Cardon, Centaurée des montagnes, Centaurée scabieuse, Estragon, Génépi, Grande camomille, Hélichryse italienne, Inule à feuilles de saule, Laiteron des champs, Laiteron maraîcher, Pissenlit à graines rouges, Pissenlit officinal, Pissenlit tardif, Vergerette du canada.
Bétulacées — Bouleau nain, Bouleau verruqueux, Charme-houblon.
Brassicacées — Cresson de fontaine.
Campanulacées — Campanule agglomérée, Campanule à feuilles larges, Campanule à feuilles rondes, Campanule des cévennes, Campanule étalée, Campanule gantelée, Campanule persicifoliée, Campanule raiponce, Jasione des montagnes, Jasione des sables, Raiponce des alpes, Raiponce en épi, Raiponce hémisphérique, Raiponce orbiculaire.
Cannabacées — Houblon, Micocoulier de provence.
Caprifoliacées — Chèvrefeuille des alpes, Chèvrefeuille des bois, Chèvrefeuille des haies, Chèvrefeuille des jardins, Chèvrefeuille d’italie, Linnée boréale, Sureau noir, Sureau rouge.
Caryophyllacées — Spergulaire rouge, Stellaire holostée.
Convolvulacées — Cuscute du thym.
Cornacées — Cornouiller mâle, Cornouiller sanguin.
Crassulacées — Crassule rougeâtre, Orpin réfléchi, Rhodiola.
Dipsacacées — Cardère sauvage.
Ericacées — Airelle myrtille (Vaccinium myrtillus L.), Airelle rouge, Bruyère arborescente, Bruyère à quatre angles, Bruyère cendrée, Bruyère vagabonde, Callune, Canneberge, Monotrope sucepin.
Fabacées — Bugrane épineuse, Desmodium, Mélilot officinal.
Gentianacées — Gentiane printanière, Petite centaurée.
Géraniacées — Bec-de-grue à feuilles de ciguë.
Hamamélidacées — Hamamélis.
Hypéricacées — Androsème, Millepertuis à grandes fleurs, Millepertuis perforé.
Iridacées — Crocus à fleurs jaunes, Crocus d’automne, Crocus printanier, Glaïeul commun, Glaïeul des moissons, Romulée de provence.
Joncacées — Luzule blanche, Luzule champêtre, Luzule des alpes, Luzule des bois, Luzule poilue.
Juglandacées — Noyer commun.
Lamiacées — Agripaume cardiaque (Leonurus cardiaca L.), Bugle rampant, Calament à grandes fleurs, Épiaire des bois, Galéopsis tétrahit, Germandrée petit-chêne, Germandrée scorodoine, Hysope officinale, Lamier jaune, Lamier maculé, Lamier pourpre, Lavande aspic, Lavande vraie, Lycope d'europe, Marrube blanc, Mélisse officinale, Sarriette vivace, Sauge officinale, Thym commun.
Lauracées — Laurier noble.
Malvacées — Ketmie élevée, Lavatère annuelle, Lavatère maritime, Mauve alcée, Mauve musquée, Petite mauve, Rose trémière, Tilleul argenté, Tilleul à grandes feuilles.
Monimiacées — Boldo.
Moracées — Figuier commun, Mûrier blanc, Mûrier noir.
Moringacées — Moringa.
Myrtacées — Goyavier du brésil – feijoa.
Nymphéacées — Nénuphar blanc.
Oléacées — Filaire à feuilles larges, Frêne élevé, Frêne oxyphylle, Lilas commun.
Onagracées — Épilobe des marais.
Orchidacées — Epipactis à larges feuilles, Ophrys abeille, Spiranthe d’automne.
Orobanchacées — Euphraise des alpes, Mélampyre des bois, Mélampyre des prés, Orobanche caryophyllacée, Orobanche du lierre, Rhinanthe velu.
Papavéracées — Chélidoine, Fumeterre à petites fleurs, Fumeterre officinale, Fumeterre vaillantii.
Plantaginacées — Plantain à feuilles étroites, Plantain corne-de-cerf, Plantain des alpes, Plantain des sables, Plantain moyen, Plantain noirâtre, Plantain subulé, Véronique de perse, Véronique petit-chêne.
Poacées — Agrostide stolonifère, Bambou géant.
Polygalacées — Polygale à toupet, Polygale des alpes, Polygale du jura.
Polygonacées — Patience à feuilles obtuses, Renouée amphibie, Renouée de bohême, Renouée de sakhaline, Renouée liseron, Renouée persicaire, Sarrasin de tartarie.
Primulacées — Androsace septentrionale, Cyclamen d’europe, Glaux maritime, Lysimaque commune, Lysimaque nummulaire, Lysimaque ponctuée, Mouron bleu, Mouron rouge, Primevère auricule, Samole de valerand, Trientale d’europe.
Ptéridacées — Capillaire de montpellier.
Renonculacées — Ancolie vulgaire, Anémone hépatique, Clématite des haies, Renoncule bulbeuse.
Rhamnacées — Nerprun alaterne.
Rosacées — Abricotier, Aigremoine eupatoire, Alchémille commune, Amandier, Amélanchier ovalis, Aubépine à deux styles, Benoîte commune, Cognassier, Pêcher, Poirier sauvage, Pommier sauvage, Prunellier, Reine-des-prés, Sorbier des oiseleurs, Sorbier domestique.
Rubiacées — Aspérule des champs, Aspérule odorante, Gaillet blanc, Gaillet croisette, Gaillet gratteron, Gaillet jaune.
Scrofulariacées — Molène noire, Molène sinuée, Scrofulaire aquatique, Scrofulaire à feuilles de germandrée, Scrofulaire noueuse.
Solanacées — Aubergine, Morelle jaune, Morelle noire, Tomate.
Urticacées — Grande ortie.
Valérianacées — Centranthe rouge, Mâche à épi, Mâche à fruits hérissés, Mâche à fruits lisses, Mâche à fruits sillonnés, Valériane triptère.
Verbénacées — Verveine citronnée, Verveine de buenos aires, Verveine officinale.
Violacées — Violette tricolore.
Vitacées — Vigne rouge.
Sources
- Wikidata, entrée Q421964 « (E)-chlorogenic acid » (formule brute, identifiant PubChem 1794427) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
- Lu H., Tian Z., Cui Y., Liu Z. et coll., « Chlorogenic acid: A comprehensive review of the dietary sources, processing effects, bioavailability, beneficial properties, mechanisms of action, and future directions », Comprehensive Reviews in Food Science and Food Safety, 2020, 19(6), 3130-3158. PMID 33337063.
- Alcázar Magaña A., Kamimura N., Soumyanath A., Stevens J.F. et coll., « Caffeoylquinic acids: chemistry, biosynthesis, occurrence, analytical challenges, and bioactivity », The Plant Journal, 2021, 107(5), 1299-1319. PMID 34171156.
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- Olthof M.R., Hollman P.C., Zock P.L., Katan M.B., « Consumption of high doses of chlorogenic acid, present in coffee, or of black tea increases plasma total homocysteine concentrations in humans », American Journal of Clinical Nutrition, 2001, 73(3), 532-538. PMID 11237928.








