Le Prince du Lac

Tanins condensés

Molécule · Phytochimie

Les tanins condensés sont l’un des deux grands groupes de tanins, à côté des tanins hydrolysables. Chimiquement, ce sont les mêmes molécules que les proanthocyanidines, qui ont leur propre page ; celle-ci s’intéresse à ce qu’ils font en tant que tanins, c’est-à-dire à leur manière de s’attacher aux protéines. Ils se rangent parmi les polyphénols. Sur ce site, ils sont cités dans 119 fiches de plantes, par exemple chez les Rosacées, comme le cognassier ou l’églantier, chez les laîches, les lamiers ou les cistes.

I. Ce qui les rassemble

Une revue de 2008 définit les tanins condensés comme des chaînes, courtes ou longues, d’unités de la famille des flavonoïdes, les flavan-3-ols, que la plante fabrique par la voie des flavonoïdes. Les tanins hydrolysables sont bâtis autrement, comme l’explique leur page. Une revue de 2003 range en outre, à part, des « tanins dérivés » qui se forment pendant la préparation des aliments, surtout dans le thé noir et le thé oolong.

Ce qui fait d’eux des tanins, c’est leur grand nombre de groupes hydroxyle (–OH) phénoliques, qui leur permet de former des complexes avec les protéines. Une revue de 2011 consacrée aux ruminants souligne que leurs effets varient beaucoup selon leur structure : la longueur des chaînes, la proportion de procyanidines et de prodelphinidines, la façon dont les unités sont liées. C’est pourquoi deux plantes riches en tanins condensés n’ont pas forcément les mêmes effets. Une autre revue de 2011, consacrée aux herbivores, note aussi que la plupart des tanins condensés s’oxydent moins facilement que les tanins hydrolysables.

II. Leur rôle dans la plante

Les tanins sont, selon cette revue sur les herbivores, les plus abondants des composés que les plantes fabriquent en plus de leurs constituants de base : ils représentent couramment 5 à 10 % du poids sec des feuilles d’arbres. Ils protègent les feuilles contre les insectes, en les rebutant ou en leur étant toxiques. Contrairement à une idée ancienne, ils ne gênent pas la digestion des protéines chez les insectes ; chez les herbivores vertébrés, en revanche, ils peuvent la réduire.

Ce second effet intéresse l’élevage, car il n’est pas toujours défavorable. Une revue de 1999 consacrée aux fourrages montre que les tanins condensés se lient aux protéines des feuilles dans la panse des ruminants, où ils ralentissent leur dégradation ; une plus grande part de ces protéines parvient ainsi à l’intestin. Cette liaison dépend de l’acidité du milieu et peut se défaire. Chez le mouton, un lotier corniculé à teneur moyenne (30 à 40 g par kilo de matière sèche) a ainsi augmenté l’absorption des acides aminés, la pousse de la laine, la production de lait et la fertilité. À plus forte teneur, chez un autre lotier, les animaux mangeaient moins et grandissaient moins. La même revue fixe à 5 g par kilo le seuil qui protège les bovins de la météorisation, ce gonflement de la panse par la mousse, et observe que les moutons nourris de légumineuses à tanins supportent mieux les vers intestinaux.

Le sainfoin, riche en tanins condensés, est étudié pour cette raison. Chez des bovins nourris de sainfoin, une étude de 2017 a retrouvé l’essentiel des tanins intacts tout au long du tube digestif, et surtout, dans la caillette, l’estomac acide des ruminants, sous une forme plus accessible ; les auteurs y voient la clé de leur action contre un ver parasite qui vit à cet endroit. Une étude de 2019 a cherché si des chevreaux et des agneaux infestés choisissaient d’eux-mêmes le sainfoin pour se soigner : les chèvres en consommaient plus volontiers que les moutons, mais les animaux infestés ne le préféraient pas davantage que les autres.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

Chez l’être humain, l’effet que chacun peut ressentir est l’astringence, cette sensation de sécheresse et de resserrement dans la bouche. Une étude de 2012, qui ajoutait des procyanidines à du vin rouge, montre qu’elle vient de leur liaison avec certaines protéines de la salive, riches en proline, qu’ils font précipiter. Selon une revue de 2005, à forte teneur, les tanins du sorgho et de la fève réduisent jusqu’à 23 % la digestibilité des protéines chez le rat, la volaille et le porc ; ces résultats viennent de l’animal.

Un médicament en est directement issu. Le crofélémer, une proanthocyanidine extraite du latex de l’écorce d’un arbre, Croton lechleri, a été autorisé aux États-Unis contre la diarrhée non infectieuse des personnes vivant avec le VIH sous traitement. Il est à peine absorbé et agit sur place, dans l’intestin, en bloquant les deux principaux canaux par lesquels le chlore sort des cellules de l’intestin. Dans l’essai principal, qui portait sur 376 patients, il a fait mieux que le placebo avec une tolérance comparable.

IV. Précautions

Les tanins condensés sont présents dans le thé, le vin, de nombreux fruits et de nombreuses plantes, et font partie de l’alimentation de toujours. Chez l’animal, à forte teneur, les tanins peuvent réduire la digestion des protéines, et les tanins condensés d’un lotier très riche ont diminué l’appétit et la croissance des moutons. Leur effet sur l’absorption du fer, qu’ils partagent avec les autres tanins, est présenté sur la page des tanins. Une personne sous traitement qui envisage un complément concentré doit en parler à son médecin.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 119 fiches qui citent les tanins condensés sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Apiacées — Sanicle d’europe.

Apocynacées — Grande pervenche, Pao pereira, Petite pervenche.

Aspléniacées — Capillaire des murailles, Doradille noire, Scolopendre.

Astéracées — Chardon des champs, Pissenlit à graines rouges.

Bétulacées — Aulne blanc, Aulne glutineux, Aulne vert, Bouleau nain, Charme-houblon, Noisetier de byzance.

Boraginacées — Consoude officinale, Pulmonaire officinale.

Cannabacées — Houblon, Micocoulier de provence.

Cistacées — Ciste à feuilles de laurier, Ciste à feuilles de sauge, Ciste cotonneux, Ciste de montpellier.

Combrétacées — Arjuna.

Cornacées — Cornouiller sanguin.

Crassulacées — Crassule rougeâtre.

Cupressacées — Genévrier commun.

Cypéracées — Choin noirâtre, Laîche des bois, Laîche des marais, Laîche dioïque, Laîche glauque, Laîche hérissée, Laîche vulgaire, Linaigrette vaginée, Rhynchospore blanc, Scirpe des marais.

Dioscoréacées — Igname sauvage.

Dryoptéridacées — Fougère mâle.

Ericacées — Airelle myrtille (Vaccinium myrtillus L.), Bruyère cendrée, Callune.

Fabacées — Arbre de Judée (Cercis siliquastrum), Caroubier, Desmodium, Lotier corniculé, Mucuna, Sainfoin cultivé.

Fagacées — Chêne rouvre, Hêtre commun.

Géraniacées — Pélargonium.

Grossulariacées — Cassis.

Hamamélidacées — Hamamélis.

Hypéricacées — Millepertuis perforé.

Iridacées — Iris faux-acore.

Lamiacées — Bugle rampant, Lamier jaune, Lamier pourpre, Lavande vraie, Menthe-chat (cataire), Sarriette vivace, Sauge officinale, Thym commun.

Malvacées — Mauve alcée, Mauve musquée, Petite mauve, Tilleul argenté, Tilleul à grandes feuilles.

Monimiacées — Boldo.

Moringacées — Moringa.

Nymphéacées — Nénuphar blanc.

Oléacées — Frêne élevé, Frêne oxyphylle.

Paeoniacées — Pivoine officinale.

Pinacées — Épicéa commun, Pin maritime.

Plantaginacées — Grand plantain, Plantain à feuilles étroites, Plantain des alpes, Plantain noirâtre, Véronique de perse.

Poacées — Canche flexueuse, Grand sorgho, Molinie bleue, Sorgho d’alep.

Polygonacées — Oseille commune, Patience à feuilles obtuses, Patience maritime, Renouée amphibie, Renouée bistorte, Renouée de bohême, Renouée du japon, Renouée persicaire, Sarrasin de tartarie.

Primulacées — Cyclamen de naples, Lysimaque ponctuée.

Renonculacées — Anémone hépatique.

Rhamnacées — Épine du christ, Nerprun alaterne.

Rosacées — Amélanchier ovalis, Cognassier, Églantier, Pêcher, Poirier sauvage, Prunellier, Prunier d'afrique, Reine-des-prés, Rosier des champs, Rosier pimprenelle, Sorbier des oiseleurs, Sorbier domestique.

Rubiacées — Gaillet croisette.

Salicacées — Saule blanc.

Sapindacées — Marron d’inde.

Taxacées — If commun.

Ulmacées — Orme champêtre.

Verbénacées — Verveine officinale.

Vitacées — Vigne rouge, Vigne vierge.

Sources

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  • Beecher G.R., « Overview of dietary flavonoids: nomenclature, occurrence and intake », Journal of Nutrition, 2003, 133(10), 3248S-3254S. PMID 14519822.
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  • Barbehenn R.V., Constabel C.P., « Tannins in plant-herbivore interactions », Phytochemistry, 2011, 72(13), 1551-1565. PMID 21354580.
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  • Soares S., Sousa A., Mateus N., de Freitas V., « Effect of condensed tannins addition on the astringency of red wines », Chemical Senses, 2012, 37(2), 191-198. PMID 22086902.
  • Gilani G.S., Cockell K.A., Sepehr E., « Effects of antinutritional factors on protein digestibility and amino acid availability in foods », Journal of AOAC International, 2005, 88(3), 967-987. PMID 16001874.
  • Frampton J.E., « Crofelemer: a review of its use in the management of non-infectious diarrhoea in adult patients with HIV/AIDS on antiretroviral therapy », Drugs, 2013, 73(10), 1121-1129. PMID 23807722.
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