Papavérine

La papavérine est un alcaloïde que le pavot somnifère produit, comme la morphine. Elle appartient comme elle au groupe des alcaloïdes benzylisoquinoléiques, mais elle n’a ni son action contre la douleur ni sa parenté chimique étroite : c’est un relaxant des muscles lisses des vaisseaux, employé en médecine pour dilater les artères. Sur ce site, elle est citée dans 3 fiches de plantes ; la source documentée de cette molécule est le pavot somnifère.
I. Sa formule
Sa formule brute est C20H21NO4, pour une masse molaire de 339,39 g/mol. Sa structure est simple : un noyau d’isoquinoléine, formé de deux cycles accolés dont l’un contient l’atome d’azote, est relié par un pont d’un seul carbone à un noyau benzénique. Les deux parties portent en tout quatre groupes méthoxy (–OCH3), c’est-à-dire un atome d’oxygène coiffé d’un groupe méthyle. Contrairement à la morphine, la papavérine ne possède aucun carbone asymétrique.
La formule dessinée sur cette page a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’elle fait dans la plante
Une revue de 2023 situe la papavérine dans les capsules encore vertes du pavot somnifère. La façon dont la plante la fabrique reste en partie discutée : deux enchaînements d’étapes ont été proposés, qui diffèrent par la présence ou non d’un groupe méthyle sur l’azote. En 2019, une équipe a identifié une enzyme qui ajoute un groupe méthyle sur l’un des oxygènes de la molécule ; lorsque les chercheurs ont réduit son activité dans le pavot, la teneur en papavérine a nettement baissé, ce qui plaide pour la voie sans méthyle sur l’azote.
La dernière étape est mieux connue. La plante part d’un précurseur dont le noyau azoté n’est pas encore entièrement aromatique, la tétrahydropapavérine, et une enzyme l’oxyde pour obtenir la papavérine. Cette même enzyme sert aussi à fabriquer un autre alcaloïde, la sanguinarine, et elle sait transformer en éprouvette un précurseur en berbérine. Quand on en réduit l’activité, les racines du pavot contiennent moins de sanguinarine et moins de papavérine. Nous n’avons pas trouvé d’étude qui établisse à quoi la papavérine sert au pavot lui-même.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
La papavérine agit directement sur les vaisseaux. Dans les muscles lisses, elle freine les phosphodiestérases, des enzymes qui détruisent deux messagers internes des cellules, l’AMP cyclique et le GMP cyclique, dont la quantité augmente alors. Il en résulte une dilatation des artères du cœur, du cerveau et des poumons. La revue de 2023 énumère aussi de nombreuses autres activités, antivirales, anti-inflammatoires ou anticancéreuses, observées au laboratoire et chez l’animal ; leurs mécanismes et leur toxicité restent à préciser.
En médecine, on peut l’injecter directement dans une artère. Après une hémorragie cérébrale due à la rupture d’un anévrisme, les artères du cerveau peuvent se contracter dangereusement ; lorsque les autres traitements échouent, la papavérine injectée dans ces artères les dilate et améliore l’oxygénation du cerveau, mais son effet est passager et doit souvent être répété. Chez 239 enfants hospitalisés en réanimation, un essai en double aveugle a montré qu’ajouter de la papavérine au liquide perfusé dans leurs cathéters artériels réduisait le risque que le cathéter se bouche : 7 % d’échecs contre 22 %. On l’injecte aussi dans les corps caverneux du pénis contre les troubles de l’érection.
IV. Précautions
La papavérine est un médicament qui s’emploie en milieu médical, et ses risques sont bien décrits. Dans une série de 213 patients qui l’avaient reçue dans les artères du cœur lors d’un examen, elle a allongé chez tous un paramètre de l’électrocardiogramme, l’intervalle QT, et trois ont présenté un trouble grave du rythme, passé d’une torsade de pointes à une fibrillation ventriculaire. Le risque était plus grand en cas de cœur lent, de manque de potassium ou de cœur affaibli. Injectée dans le pénis, elle peut provoquer une érection anormalement prolongée, un priapisme : 38 cas sur 268 hommes dans une série publiée en 2020, plus souvent chez les hommes jeunes. Enfin, des atteintes du foie ont été rapportées ; dans une série de trente patients qui s’injectaient eux-mêmes de la papavérine, deux ont eu des anomalies légères du bilan hépatique, tous deux avec des antécédents d’abus d’alcool.
Le pavot somnifère ne peut pas servir de source de papavérine en automédication : l’opium contient aussi la morphine et d’autres alcaloïdes puissants, dont les dangers sont décrits sur la page de la morphine.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 3 fiches qui citent la Papavérine sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Papavéracées — Chélidoine, Coquelicot, Pavot somnifère.
Sources
- Wikidata, entrée Q410374 « papaverine » (C20H21NO4, identifiant PubChem 4680, numéro CAS 58-74-2) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
- Ashrafi S., Alam S., Sultana A., Raj A., Emon N.U. et coll., « Papaverine: A Miraculous Alkaloid from Opium and Its Multimedicinal Application », Molecules, 2023, 28(7), 3149. PMID 37049912.
- Beaudoin G.A., Facchini P.J., « Benzylisoquinoline alkaloid biosynthesis in opium poppy », Planta, 2014, 240(1), 19-32. PMID 24671624.
- Agarwal P., Pathak S., Kumar R.S., Dhar Y.V., Pandey A. et coll., « 3’O-Methyltransferase, Ps3’OMT, from opium poppy: involvement in papaverine biosynthesis », Plant Cell Reports, 2019, 38(10), 1235-1248. PMID 31190213.
- Hagel J.M., Beaudoin G.A., Fossati E., Ekins A., Martin V.J. et coll., « Characterization of a flavoprotein oxidase from opium poppy catalyzing the final steps in sanguinarine and papaverine biosynthesis », Journal of Biological Chemistry, 2012, 287(51), 42972-42983. PMID 23118227.
- Liu J.K., Couldwell W.T., « Intra-arterial papaverine infusions for the treatment of cerebral vasospasm induced by aneurysmal subarachnoid hemorrhage », Neurocritical Care, 2005, 2(2), 124-132. PMID 16159054.
- Heulitt M.J., Farrington E.A., O’Shea T.M., Stoltzman S.M., Srubar N.B. et coll., « Double-blind, randomized, controlled trial of papaverine-containing infusions to prevent failure of arterial catheters in pediatric patients », Critical Care Medicine, 1993, 21(6), 825-829. PMID 8504648.
- Okabe Y., Otowa K., Mitamura Y., Murai H., Usui S. et coll., « Evaluation of the risk factors for ventricular arrhythmias secondary to QT prolongation induced by papaverine injection during coronary flow reserve studies using a 4 Fr angio-catheter », Heart and Vessels, 2018, 33(11), 1358-1364. PMID 29713819.
- Güler Y., Erbin A., « Independent Predictive Factors for Occurrence of Ischemic Priapism after Papaverine Injection », Urology Journal, 2020, 17(5), 512-516. PMID 32478401.
- Brown S.L., Haas C.A., Koehler M., Bodner D.R., Seftel A.D., « Hepatotoxicity related to intracavernous pharmacotherapy with papaverine », Urology, 1998, 52(5), 844-847. PMID 9801111.








