Alcaloïdes
Les alcaloïdes forment l’une des grandes familles de substances fabriquées par les plantes. Leur point commun est de contenir de l’azote. La famille est si vaste qu’elle réunit la caféine du café et du thé, des médicaments majeurs comme la morphine ou l’atropine, et des poisons redoutables comme la colchicine du colchique. Sur ce site, ils sont cités dans 175 fiches de plantes, appartenant à des familles botaniques très diverses.
I. Ce qui les rassemble
Le nom même d’alcaloïde raconte leur découverte. Leur isolement est né de l’étude des principes actifs de remèdes végétaux comme l’opium et l’écorce de quinquina. Sertürner décrivit la morphine, tirée de l’opium, comme un « alcali végétal », une base capable de neutraliser les acides pour former des sels. Admettre qu’une plante puisse contenir de telles bases fut alors une petite révolution en chimie, et « alcaloïde » signifie simplement « semblable à un alcali ».
Aujourd’hui, on définit les alcaloïdes comme des molécules végétales azotées. Au sens strict, les chimistes réservent le nom de « vrais alcaloïdes » à ceux que la plante fabrique à partir d’un acide aminé, et dont l’atome d’azote est pris dans un cycle. Au-delà de ce point commun, leurs architectures sont extrêmement variées, et on les classe en grandes sous-familles selon leur squelette. Les tropaniques, caractérisés par une cage de deux cycles partageant un atome d’azote, sont surtout présents chez les Solanacées : on y trouve la hyoscyamine et la scopolamine de la belladone et du datura, mais aussi la cocaïne. Les benzylisoquinoléiques comprennent notamment la morphine et la papavérine du pavot somnifère, ainsi que la berbérine. Les pyrrolizidiniques sont connus pour leur toxicité pour le foie. Les xanthines, dont la caféine, forment encore un autre groupe.
La colchicine, dont l’azote n’est pas pris dans un cycle, n’est pas un « vrai » alcaloïde au sens strict. À l’inverse, la digitoxine et la digoxine de la digitale ne contiennent pas d’azote : ce ne sont pas des alcaloïdes, mais des glycosides cardiotoniques.
II. Leur rôle dans la plante
Les plantes ne fabriquent pas ces molécules pour nous. Une revue de 2021 les décrit comme une armure chimique qui aide la plante à faire face aux agressions de son milieu. Une démonstration nette est venue d’un tabac sauvage, Nicotiana attenuata. Des chercheurs ont empêché, par génie génétique, des pieds de ce tabac de fabriquer leur alcaloïde, la nicotine, puis les ont replantés dans leur milieu naturel. Ces plantes privées de nicotine ont été plus souvent attaquées et ont perdu trois fois plus de surface de feuilles que les plantes normales ; des chenilles y grandissaient plus vite et, quand on leur laissait le choix, les préféraient.
La caféine raconte la même histoire : des tabacs et des chrysanthèmes auxquels on a donné la capacité d’en fabriquer résistent mieux aux microbes et aux animaux qui les attaquent. Sur ce site, la page de la scopolamine décrit la même défense chez une Solanacée, et celle de la berbérine l’action de cet alcaloïde sur les microbes et les insectes.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
L’histoire des alcaloïdes se confond avec celle des médicaments tirés des plantes. Les médecines traditionnelles, puis la médecine moderne, les ont employés contre un grand nombre de maux. Beaucoup restent aujourd’hui des médicaments de premier plan, comme le montrent les pages consacrées à chacun : la morphine contre les douleurs du cancer, l’atropine dans les intoxications par certains insecticides, la scopolamine contre le mal des transports, la colchicine dans la goutte. Parmi les tropaniques, la scopolamine est celle dont le marché médical est le plus important, tandis que la cocaïne est la deuxième drogue illicite la plus consommée au monde.
Ces médicaments sont des molécules pures, données à dose précise. Les pages consacrées à chacun d’eux sur ce site présentent les essais cliniques qui les concernent et distinguent ce qui vient de l’éprouvette, de l’animal et de l’être humain.
IV. Précautions
Plusieurs plantes présentées sur ce site doivent leur toxicité à leurs alcaloïdes : le colchique, la belladone, le datura, la jusquiame ou le pavot somnifère. Elles ne doivent jamais être employées en automédication. Les confusions de cueillette les mieux documentées, par exemple celle du colchique avec l’ail des ours, sont décrites sur les pages de chaque molécule.
Les alcaloïdes pyrrolizidiniques demandent une attention particulière, car leur danger est lent et discret. Plusieurs d’entre eux abîment le foie de l’être humain et des animaux d’élevage, et se sont montrés cancérigènes chez les rongeurs de laboratoire : le foie les transforme en un composé très réactif qui attaque les cellules. Chez l’être humain, ils peuvent boucher les petites veines du foie. Un jeune homme de 23 ans est mort d’une telle atteinte ; il avait pris des feuilles de consoude, que les médecins soupçonnent d’en être la cause. Une personne âgée en est morte après avoir bu pendant deux ans une boisson préparée avec du séneçon commun. L’usage interne prolongé des plantes qui en contiennent est donc à éviter.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 175 fiches qui citent les alcaloïdes sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Acanthacées — Acanthe à feuilles molles.
Acoracées — Acore odorant.
Amaryllidacées — Perce-neige.
Apiacées — Ciguë maculée, Petite ciguë.
Apocynacées — Dompte-venin noir, Dompte-venin officinal, Grande pervenche, Pao pereira, Petite pervenche.
Aquifoliacées — Houx commun.
Aracées — Calla des marais, Gouet d’italie, Gouet tacheté.
Aristolochiacées — Aristoloche à feuilles rondes, Aristoloche clématite, Aristoloche pistoloche, Asaret d’europe.
Asclépiadacées — Gymnema.
Asparagacées — Sceau de Salomon commun, Shatavari.
Astéracées — Eupatoire à feuilles de chanvre, Pétasite hybride, Séneçon commun, Séneçon jacobée, Tussilage.
Berbéridacées — Épine-vinette.
Boraginacées — Bourrache officinale, Buglosse officinale, Consoude officinale, Pulmonaire officinale.
Brassicacées — Maca, Passerage drave, Tephroseris des alpes.
Campanulacées — Campanule à feuilles larges, Campanule à feuilles rondes.
Cannabacées — Houblon.
Caryophyllacées — Sagine nodulaire.
Célastracées — Fusain d’europe.
Colchicacées — Colchique d’automne.
Convolvulacées — Cuscute du thym, Liseron de provence, Liseron des champs, Liseron des haies, Liseron fausse-guimauve.
Cornacées — Cornouiller mâle.
Crassulacées — Crassule rougeâtre, Orpin âcre, Orpin élégant, Orpin pourpre, Orpin réfléchi.
Cypéracées — Souchet rond.
Dioscoréacées — Igname sauvage.
Ericacées — Monotrope sucepin.
Euphorbiacées — Mercuriale annuelle, Mercuriale vivace.
Fabacées — Ajonc d’europe, Cytise laburnum, Desmodium, Fenugrec, Galéga officinal, Genêt à balais, Griffonia, Lupin polyphylle, Mucuna.
Gentianacées — Gentiane acaule, Gentiane des marais, Gentiane jaune, Petite centaurée.
Lamiacées — Agripaume cardiaque (Leonurus cardiaca L.), Épiaire droite.
Lauracées — Laurier du japon.
Liliacées — Fritillaire des pyrénées, Fritillaire pintade, Tulipe sauvage.
Lycopodiacées — Lycopode en massue.
Lythracées — Grenadier.
Magnoliacées — Magnolia officinal.
Mélanthiacées — Vératre blanc.
Ményanthacées — Trèfle d'eau.
Monimiacées — Boldo.
Moringacées — Moringa.
Nymphéacées — Nénuphar blanc.
Onagracées — Circée de paris, Épilobe à feuilles de romarin.
Orchidacées — Epipactis à larges feuilles, Ophrys abeille, Ophrys mouche, Spiranthe d’automne.
Orobanchacées — Bartsie des alpes, Lathrée écailleuse, Pédiculaire des bois, Pédiculaire feuillée.
Papavéracées — Chélidoine, Coquelicot, Corydale creuse, Corydale intermédiaire, Corydale jaune, Corydale solide, Dicentra à capuchon, Eschscholtzia ou pavot de californie, Fumeterre à petites fleurs, Fumeterre grimpante, Fumeterre officinale, Fumeterre vaillantii, Pavot argémone, Pavot à tige nue, Pavot des alpes, Pavot douteux, Pavot hybride, Pavot somnifère.
Passifloracées — Passiflore.
Pinacées — Cèdre de l’atlas.
Pipéracées — Kava.
Plantaginacées — Bacopa.
Poacées — Agrostide stolonifère, Brize intermédiaire, Brize mineure, Brome stérile, Fétuque élevée, Fétuque ovine, Ivraie enivrante, Mélique ciliée, Pâturin des prés, Ray-grass anglais, Ray-grass d’italie, Roseau commun, Sorgho d’alep, Stipe pennée.
Polygalacées — Polygale amère, Polygale de montpellier.
Portulacacées — Pourpier à grandes fleurs, Pourpier potager.
Renonculacées — Aconit napel, Aconit tue-loup, Actée à grappes noires, Ancolie vulgaire, Anémone hépatique, Caltha des marais, Clématite des haies, Delphinium des champs, Hellébore fétide, Hellébore vert, Hydraste du canada, Nigelle de damas, Renoncule bulbeuse.
Rhamnacées — Épine du christ, Jujubier, Nerprun alaterne.
Rubiacées — Griffe de chat, Noni, Quinquina.
Rutacées — Oranger amer ou bigaradier, Poncire (oranger trifolié), Rue à feuilles étroites, Rue officinale ou rue fétide.
Solanacées — Ashwagandha, Aubergine, Belladone, Coqueret alkékenge, Datura stramoine, Jusquiame noire, Morelle faux-jasmin, Morelle jaune, Morelle noire, Pétunia, Tabac cultivé, Tabac glauque.
Taxacées — If commun.
Valérianacées — Centranthe rouge, Valériane dioïque, Valériane triptère.
Violacées — Violette de montpellier, Violette des bois.
Zygophyllacées — Tribulus.
Sources
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