Lignanes
Les lignanes forment une famille de composés végétaux faits de deux petites unités phénoliques soudées l’une à l’autre. Une revue de 2020 les range parmi les polyphénols qui ne sont pas des flavonoïdes. Leur fabrication est apparentée à celle de la lignine : une revue de 2017 montre que les mêmes protéines interviennent dans les deux. Le lin en est la source la plus riche. Sur ce site, ils sont cités dans 39 fiches de plantes, très variées : des conifères comme les cèdres, l’épicéa, le mélèze, le sapin, les cyprès ou les genévriers, des Astéracées comme la bardane et le chardon-marie, les cuscutes, le lin, le schisandra ou la badiane.
I. Ce qui les rassemble
Un lignane naît de l’union de deux molécules de la voie des phénylpropanoïdes, chacune formée d’un cycle aromatique prolongé par une courte chaîne de trois carbones. Pour les assembler, la plante les transforme en radicaux, des molécules très réactives, puis les fait se coupler deux à deux. Une revue de 2017 explique que des protéines particulières, dites dirigeantes, guident ce couplage : elles choisissent à quel endroit les deux unités se lient et dans quelle orientation. Chez le soja, par exemple, une telle protéine oriente le couplage de deux molécules d’alcool coniférylique pour donner un lignane, le pinorésinol. Les mêmes protéines interviennent aussi dans la fabrication de la lignine.
Selon la manière dont les deux unités sont liées et refermées, les chimistes distinguent plusieurs groupes. Le lignane le plus étudié dans l’alimentation est le sécoïsolaricirésinol, présent dans la graine de lin sous une forme liée à deux molécules de glucose. Un autre lignane, la podophyllotoxine, a servi de point de départ, selon une revue historique de 1998, à la fabrication de deux médicaments contre le cancer, l’étoposide et le téniposide.
II. Leur rôle dans la plante
Les lignanes participent à la défense de la plante, du moins chez certaines espèces. L’étude de 2017 sur le soja l’a montré directement : des plants modifiés pour produire davantage de protéine dirigeante accumulaient plus de lignanes et résistaient mieux à Phytophthora sojae, un micro-organisme qui fait pourrir les racines et les tiges, et l’extrait de lignanes de ces plants freinait la croissance de ce parasite. La revue de 2017 sur les protéines dirigeantes relève de son côté que les gènes qui les commandent s’activent souvent quand la plante subit un stress, qu’il vienne de son environnement ou d’un être vivant.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Chez l’être humain, les lignanes des aliments sont transformés par les bactéries de l’intestin. Une revue de 2022 explique que le sécoïsolaricirésinol du lin est converti en deux « lignanes de mammifère », l’entérodiol et l’entérolactone. Une revue de 2020 précise que ces entérolignanes peuvent activer, selon les tissus, les récepteurs des œstrogènes ; une méta-analyse de 2010 présente d’ailleurs les lignanes comme la principale classe de phyto-œstrogènes de l’alimentation occidentale. Tout le monde n’en produit pas autant : une revue de 2019 montre que la composition de la flore intestinale est le premier facteur qui fait varier le taux sanguin d’entérolactone d’une personne à l’autre, suivie par la prise d’antibiotiques ; la quantité de lignanes consommée, le poids, le tabac, le sexe et l’âge jouent aussi.
Les études d’observation donnent des résultats partagés. La revue de 2019 note qu’un apport élevé de lignanes ou un taux élevé d’entérolactone a été associé, de façon inconstante, à un risque plus faible de cancers du sein, de la prostate et du côlon et de maladies cardiovasculaires. Cette méta-analyse de 2010, qui porte sur 21 études, ne trouve pas de lien d’ensemble avec le cancer du sein, mais trouve une baisse de 14 % du risque chez les femmes ménopausées qui en consomment le plus. Ces études montrent des associations, pas des causes. Du côté des essais, une méta-analyse de 2015 montre que la consommation de graines de lin abaisse légèrement la tension artérielle, de 1,8 mm Hg pour la systolique et de 1,6 mm Hg pour la diastolique, la baisse de la diastolique étant plus nette avec la graine entière et au-delà de douze semaines ; mais la graine apporte aussi des fibres et de l’acide alpha-linolénique, si bien que la part des lignanes dans cet effet n’est pas connue.
IV. Précautions
Les lignanes de l’alimentation, comme ceux de la graine de lin, font partie des repas de toujours, et les sources consultées ne leur attribuent pas de danger particulier. La prudence s’impose en revanche pour la résine de podophylle, ou podophylline, longtemps appliquée sur les verrues génitales. Une revue de 2001 conclut qu’elle n’a plus sa place dans ce traitement, en raison de sa faible efficacité et de sa forte toxicité, et qu’on lui préfère des préparations de podophyllotoxine purifiée, très diluées. Un cas publié en 1978 décrit une intoxication grave chez une adolescente après application de résine de podophylle sur la peau : coma nécessitant une assistance respiratoire, atteintes nerveuses, sanguines et du foie, et des séquelles nerveuses encore présentes quatre mois plus tard. Une personne sous traitement hormonal, ou suivie pour un cancer sensible aux hormones, qui envisage un complément concentré en lignanes doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 39 fiches qui citent les lignanes sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Apiacées — Anthrisque commun, Buplèvre à feuilles rondes, Cerfeuil des bois.
Araliacées — Éleuthérocoque.
Aristolochiacées — Aristoloche à feuilles rondes, Asaret d’europe.
Astéracées — Bardane commune, Chardon à petits capitules, Chardon-marie.
Bignoniacées — Lapacho.
Burséracées — Guggul.
Convolvulacées — Cuscute des champs, Cuscute du thym, Cuscute du trèfle, Cuscute d’europe.
Cupressacées — Genévrier cade, Genévrier commun, Genévrier sabine.
Fagacées — Chêne rouvre.
Linacées — Lin cultivé.
Orobanchacées — Pédiculaire feuillée, Pédiculaire tubéreuse.
Pinacées — Cèdre de l’atlas, Cèdre du liban, Épicéa commun, Mélèze d'europe, Sapin blanc.
Poacées — Seigle cultivé.
Rosacées — Cerisier sauvage.
Rutacées — Rue à feuilles étroites.
Santalacées — Gui commun.
Schisandracées — Badiane ou anis étoilé, Schisandra.
Taxacées — If commun.
Ulmacées — Orme champêtre.
Urticacées — Grande ortie.
Valérianacées — Valériane officinale.
Verbénacées — Gattilier.
Zygophyllacées — Tribulus.
Sources
- Paniagua C., Bilkova A., Jackson P., Dabravolski S. et coll., « Dirigent proteins in plants: modulating cell wall metabolism during abiotic and biotic stress exposure », Journal of Experimental Botany, 2017, 68(13), 3287-3301. PMID 28472349.
- Li N., Zhao M., Liu T., Dong L. et coll., « A Novel Soybean Dirigent Gene GmDIR22 Contributes to Promotion of Lignan Biosynthesis and Enhances Resistance to Phytophthora sojae », Frontiers in Plant Science, 2017, 8, 1185. PMID 28725237.
- Plaha N.S., Awasthi S., Sharma A., Kaushik N., « Distribution, biosynthesis and therapeutic potential of lignans », 3 Biotech, 2022, 12(10), 255. PMID 36065422.
- Senizza A., Rocchetti G., Mosele J.I., Patrone V. et coll., « Lignans and Gut Microbiota: An Interplay Revealing Potential Health Implications », Molecules, 2020, 25(23), 5709. PMID 33287261.
- Hålldin E., Eriksen A.K., Brunius C., da Silva A.B. et coll., « Factors Explaining Interpersonal Variation in Plasma Enterolactone Concentrations in Humans », Molecular Nutrition & Food Research, 2019, 63(16), e1801159. PMID 30817848.
- Buck K., Zaineddin A.K., Vrieling A., Linseisen J. et coll., « Meta-analyses of lignans and enterolignans in relation to breast cancer risk », American Journal of Clinical Nutrition, 2010, 92(1), 141-153. PMID 20463043.
- Khalesi S., Irwin C., Schubert M., « Flaxseed consumption may reduce blood pressure: a systematic review and meta-analysis of controlled trials », Journal of Nutrition, 2015, 145(4), 758-765. PMID 25740909.
- Imbert T.F., « Discovery of podophyllotoxins », Biochimie, 1998, 80(3), 207-222. PMID 9615861.
- Longstaff E., von Krogh G., « Condyloma eradication: self-therapy with 0.15-0.5% podophyllotoxin versus 20-25% podophyllin preparations – an integrated safety assessment », Regulatory Toxicology and Pharmacology, 2001, 33(2), 117-137. PMID 11350195.
- Slater G.E., Rumack B.H., Peterson R.G., « Podophyllin poisoning. Systemic toxicity following cutaneous application », Obstetrics and Gynecology, 1978, 52(1), 94-96. PMID 683634.








