Rutine

La rutine, que l’on appelle aussi rutoside ou « vitamine P », est la forme sucrée la plus connue de la quercétine. Elle appartient donc aux flavonols, l’un des groupes de la grande famille des flavonoïdes, elle-même rangée parmi les polyphénols. On la trouve entre autres dans les feuilles de thé, les pommes et le sarrasin. Sur ce site, elle est citée dans 138 fiches de plantes.
I. Sa formule
Sa formule brute est C27H30O16, pour une masse molaire de 610,52 g/mol, soit deux fois celle de la quercétine. La différence vient de ce qu’elle porte : sur la position 3 de la quercétine est accroché un sucre double, le rutinose, formé d’un rhamnose relié à un glucose. Les chimistes l’appellent pour cette raison quercétine-3-O-rutinoside. La partie flavonoïde est plate et sans centre asymétrique ; la partie sucrée, elle, en compte dix, dont la description officielle de la molécule précise l’orientation un à un.
La formule dessinée ci-contre a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’elle fait dans la plante
Le sarrasin commun et le sarrasin de Tartarie sont adaptés aux rudes conditions de l’altitude, où le rayonnement ultraviolet est intense. Une revue de 2022 montre que ces plantes fabriquent alors des substances protectrices, au premier rang desquelles la rutine, et que leur quantité dépend directement de l’intensité des UV-B reçus. Les feuilles et les fleurs des deux espèces en contiennent à peu près autant ; le grain du sarrasin de Tartarie en est en revanche beaucoup plus riche que celui du sarrasin commun.
La même revue décrit un second rôle, plus inattendu. Lorsque le grain est broyé et humidifié, la rutine entre en contact avec des enzymes du grain qui en détachent le sucre et la transforment en quercétine, de goût amer. Cette amertume éloigne les ravageurs. La transformation ne se produit qu’une fois le grain broyé et humide, c’est-à-dire au moment où il est attaqué.
III. Comment le corps la reçoit
Le sucre de la rutine change profondément la façon dont elle est absorbée. En 2001, douze volontaires ont reçu tour à tour un complément à base d’oignon et de la rutine isolée. Avec l’oignon, la quercétine atteignait son maximum dans le sang en moins d’une heure ; avec la rutine, il fallait attendre sept heures en moyenne, et le pic restait bien plus bas, alors même que la dose de rutine était deux fois plus forte. Dans les deux cas, le sang ne contenait que des dérivés liés à l’acide glucuronique, et pas de quercétine libre. Les auteurs concluent que la nature du sucre commande l’absorption, et que le lieu où elle se fait dans l’intestin semble différer selon la forme.
La flore intestinale joue ici un grand rôle. Une étude de 2020 a mis la rutine en présence de la flore intestinale de plusieurs personnes : certaines bactéries la transforment en une autre forme sucrée de la quercétine, d’autres libèrent la quercétine elle-même, et la part de chaque voie varie beaucoup d’un individu à l’autre. Deux personnes qui mangent la même quantité de rutine n’en tirent donc pas forcément les mêmes substances.
IV. Ce que l’on sait chez l’être humain
Beaucoup d’essais concernent les veines. Il faut toutefois distinguer la rutine naturelle des hydroxyéthylrutosides, qui sont des dérivés fabriqués à partir d’elle en laboratoire et vendus comme produits standardisés contre l’insuffisance veineuse chronique. Une revue systématique de 2015, portant sur quinze essais et 1 643 participants, trouve que ces dérivés soulagent modestement la douleur, la sensation de jambes lourdes et les crampes, sans effet indésirable grave ; ses auteurs jugent cependant la qualité des essais limitée. La revue Cochrane de 2020 sur l’ensemble des veinotoniques, qui compte 28 études sur les rutosides parmi 56, conclut que ces veinotoniques, pris ensemble, réduisent probablement un peu l’œdème des jambes, sans changer la qualité de vie.
Sur la rutine elle-même, les essais sont peu nombreux. Dans un essai de 2023, cinquante personnes atteintes de diabète de type 2 ont reçu pendant trois mois 500 mg de rutine par jour ou un placebo : la glycémie, l’hémoglobine glyquée et plusieurs graisses du sang se sont améliorées dans le groupe rutine. C’est un résultat encourageant, mais obtenu sur un petit groupe et avec la molécule isolée. Une revue de 2024 rappelle que les concentrations actives dans les expériences sur cellules ne sont pas atteintes chez l’être humain, parce que la rutine passe mal dans le sang. Les essais restent rares pour une raison simple : une molécule présente dans tant de plantes ne se brevette pas.
V. Précautions
La rutine fait partie de l’alimentation de toujours, dans les fruits, les légumes et les boissons végétales. Vendue comme complément, elle est prise en général à raison de 250 à 500 mg par jour. Une revue de 2013 souligne que les doses efficaces et la toxicité de la rutine isolée restent mal établies. La revue Cochrane de 2020 relève que les veinotoniques, rutosides compris, entraînent un peu plus d’effets indésirables qu’un placebo, surtout digestifs, et qu’on ne dispose que de données de sécurité à court terme. Une personne sous traitement qui envisage un complément doit en parler à son médecin.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 138 fiches qui citent la Rutine sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Apiacées — Anis vert, Buplèvre à feuilles rondes, Centella asiatica, Coriandre cultivée, Sanicle d’europe.
Apocynacées — Grande pervenche, Laurier-rose, Petite pervenche.
Aquifoliacées — Houx commun.
Araliacées — Lierre d’algérie, Lierre d’irlande, Lierre grimpant.
Arécacées — Palmier nain.
Asparagacées — Asperge, Fragon petit-houx, Sceau de Salomon commun.
Astéracées — Armoise commune, Estragon, Grindélia, Inule à feuilles de saule.
Bétulacées — Bouleau pubescent.
Bignoniacées — Lapacho.
Boraginacées — Buglosse officinale.
Brassicacées — Bourse-à-pasteur, Cresson de fontaine.
Campanulacées — Campanule agglomérée, Campanule persicifoliée.
Cannabacées — Houblon, Micocoulier de provence.
Caprifoliacées — Chèvrefeuille des jardins, Sureau noir, Sureau rouge.
Caryophyllacées — Gypsophile paniculée.
Cistacées — Ciste de montpellier.
Cornacées — Cornouiller sanguin.
Crassulacées — Joubarbe à toile d’araignée, Joubarbe des montagnes, Joubarbe des toits, Orpin pourpre.
Cucurbitacées — Jiaogulan.
Cupressacées — Genévrier commun.
Fabacées — Févier d’amérique, Lotier corniculé.
Géraniacées — Bec-de-grue à feuilles de ciguë, Bec-de-grue à feuilles de mauve, Bec-de-grue de manescau, Bec-de-grue musqué, Géranium brun.
Ginkgoacées — Ginkgo.
Grossulariacées — Cassis.
Hypéricacées — Androsème, Millepertuis à feuilles de linaire, Millepertuis à grandes fleurs, Millepertuis couché, Millepertuis des marais, Millepertuis des montagnes, Millepertuis élégant, Millepertuis nain, Millepertuis perforé, Millepertuis quadrangulaire, Millepertuis velu.
Lamiacées — Agripaume cardiaque (Leonurus cardiaca L.), Ballote, Brunelle commune, Hysope officinale.
Malvacées — Tilleul argenté.
Ményanthacées — Trèfle d'eau.
Moracées — Figuier commun, Mûrier blanc, Mûrier noir.
Myrtacées — Eucalyptus camaldulensis.
Oléacées — Filaire à feuilles étroites, Filaire à feuilles larges, Frêne élevé, Frêne oxyphylle, Jasmin officinal, Olivier, Troène commun.
Papavéracées — Chélidoine, Fumeterre à petites fleurs, Fumeterre grimpante, Fumeterre officinale, Fumeterre vaillantii.
Plantaginacées — Véronique officinale.
Polygalacées — Polygale amère, Polygale à toupet, Polygale de montpellier, Polygale des alpes, Polygale du calcaire, Polygale vulgaire.
Polygonacées — Oseille commune, Patience à feuilles obtuses, Patience crépue, Patience maritime, Renouée amphibie, Renouée de sakhaline, Renouée persicaire, Sarrasin cultivé, Sarrasin de tartarie.
Primulacées — Lysimaque commune, Lysimaque nummulaire, Lysimaque ponctuée.
Ptéridacées — Capillaire de montpellier.
Renonculacées — Renoncule rampante.
Rhamnacées — Épine du christ, Jujubier, Nerprun alaterne.
Rosacées — Abricotier, Aubépine à deux styles, Cognassier, Pêcher, Prunellier, Reine-des-prés, Rosier des champs.
Rubiacées — Aspérule des champs, Aspérule odorante, Gaillet croisette, Noni.
Rutacées — Rue à feuilles étroites.
Sapindacées — Marron d’inde.
Scrofulariacées — Bouillon blanc, Molène royale.
Solanacées — Coqueret du pérou, Douce-amère, Jusquiame noire, Morelle jaune, Morelle noire, Tomate.
Ulmacées — Orme champêtre.
Urticacées — Grande ortie.
Violacées — Violette de montpellier, Violette des bois, Violette hérissée, Violette odorante, Violette tricolore.
Vitacées — Vigne rouge.
Zingibéracées — Gingembre.
Zygophyllacées — Tribulus.
Sources
- Wikidata, entrée Q407857 « rutin » (formule brute, identifiant PubChem 5280805, clé InChI IKGXIBQEEMLURG-NVPNHPEKSA-N, description du rutinose) ; formule développée, masse molaire et centres asymétriques calculés avec RDKit à partir de la structure publiée.
- Ganeshpurkar A., Saluja A.K., « The Pharmacological Potential of Rutin », Saudi Pharmaceutical Journal, 2017, 25(2), 149-164. PMID 28344465.
- Kreft I., Vollmannová A., Lidiková J., Musilová J. et coll., « Molecular Shield for Protection of Buckwheat Plants from UV-B Radiation », Molecules, 2022, 27(17), 5577. PMID 36080352.
- Graefe E.U., Wittig J., Mueller S., Riethling A.K. et coll., « Pharmacokinetics and bioavailability of quercetin glycosides in humans », Journal of Clinical Pharmacology, 2001, 41(5), 492-499. PMID 11361045.
- Riva A., Kolimár D., Spittler A., Wisgrill L. et coll., « Conversion of Rutin, a Prevalent Dietary Flavonol, by the Human Gut Microbiota », Frontiers in Microbiology, 2020, 11, 585428. PMID 33408702.
- Aziz Z., Tang W.L., Chong N.J., Tho L.Y., « A systematic review of the efficacy and tolerability of hydroxyethylrutosides for improvement of the signs and symptoms of chronic venous insufficiency », Journal of Clinical Pharmacy and Therapeutics, 2015, 40(2), 177-185. PMID 25630350.
- Martinez-Zapata M.J., Vernooij R.W., Simancas-Racines D., Uriona Tuma S.M. et coll., « Phlebotonics for venous insufficiency », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2020, 11(11), CD003229. PMID 33141449.
- Bazyar H., Moradi L., Zaman F., Zare Javid A., « The effects of rutin flavonoid supplement on glycemic status, lipid profile, atherogenic index of plasma, brain-derived neurotrophic factor (BDNF), some serum inflammatory, and oxidative stress factors in patients with type 2 diabetes mellitus: A double-blind, placebo-controlled trial », Phytotherapy Research, 2023, 37(1), 271-284. PMID 36101997.
- Calabrese E.J., Pressman P., Hayes A.W., Dhawan G. et coll., « RUTIN, a widely consumed flavonoid, that commonly induces hormetic effects », Food and Chemical Toxicology, 2024, 187, 114626. PMID 38556157.
- Chua L.S., « A review on plant-based rutin extraction methods and its pharmacological activities », Journal of Ethnopharmacology, 2013, 150(3), 805-817. PMID 24184193.








