Géraniol

Le géraniol est un monoterpène, c’est-à-dire un terpène à dix atomes de carbone, qui porte une fonction alcool. Il a une agréable odeur de rose, entre dans la composition de nombreuses huiles essentielles et sert largement de parfum dans les cosmétiques et les produits ménagers. Sur ce site, il est cité dans 17 fiches de plantes, surtout des Lamiacées, comme la mélisse, les thyms, la menthe-chat ou la sauge sclarée, ainsi que les tilleuls, la verveine citronnée ou le jasmin.
I. Sa formule
Sa formule brute est C10H18O, pour une masse molaire de 154,25 g/mol. C’est exactement la formule du linalol : les deux molécules sont faites des mêmes atomes, mais agencés autrement. Le géraniol est une chaîne ouverte de carbones, sans cycle, qui porte deux doubles liaisons et se termine par un groupe alcool (–OH).
La double liaison la plus proche de ce groupe alcool peut prendre deux orientations. Dans le géraniol, les deux prolongements de la chaîne partent de part et d’autre de cette liaison : les chimistes parlent de forme « trans », ou E. La forme opposée, dite « cis », est une autre molécule, le nérol. Le géraniol ne possède pas d’atome de carbone asymétrique : il n’existe que sous une seule forme. La formule dessinée sur cette page a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Ce qu’il fait dans la plante
Le géraniol participe au parfum des fleurs. Chez certaines roses, les monoterpènes représentent jusqu’à 70 % des substances du parfum. Une équipe de chercheurs a découvert en 2015 que la rose fabrique son géraniol par une voie inattendue. D’ordinaire, les monoterpènes naissent dans de petits organites de la cellule, les plastes ; chez la rose, une enzyme située hors de ces plastes, dans le liquide de la cellule, contribue à former le géraniol qui parfume la fleur.
Le géraniol est aussi une étape de fabrication. Chez la pervenche de Madagascar ou chez une népète, parente de la menthe-chat, une enzyme lui ajoute un atome d’oxygène : c’est une étape clé de la fabrication des iridoïdes, une autre famille de terpènes des plantes. Les chercheurs ont constaté que les enzymes de ces plantes acceptent indifféremment le géraniol, le nérol ou un monoterpène voisin, le citronellol.
Il n’appartient pas qu’aux plantes. L’abeille domestique produit une phéromone dite de Nasonov, qui attire ses congénères ; elle compte sept constituants, parmi lesquels le géraniol et le nérol, et chacun attire à lui seul les butineuses.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
En laboratoire et chez l’animal, le géraniol s’est montré antioxydant et anti-inflammatoire, actif contre plusieurs cancers, et antibactérien contre des germes respiratoires, cutanés ou alimentaires. Chez le rat, il franchit très bien la paroi de l’intestin : lorsqu’il est présenté sous forme d’émulsion, 92 % de la dose avalée passe dans le sang, contre 16 % lorsqu’il est fixé sur des fibres. Il disparaît ensuite vite du sang, avec une demi-vie d’environ douze minutes après injection, et il atteint le liquide qui baigne le cerveau. Chez la souris, quatre semaines à forte dose n’ont pas abîmé le foie.
Chez l’être humain, les essais portent sur une idée particulière : faire agir le géraniol dans l’intestin, là où vivent les bactéries, plutôt que de le laisser passer dans le sang. En 2022, un essai contrôlé contre placebo a porté sur 56 patients atteints du syndrome de l’intestin irritable, qui ont pris pendant quatre semaines un complément conçu pour être peu absorbé. Les symptômes ont davantage diminué que sous placebo, et 52 % des patients traités ont nettement répondu, contre 17 % sous placebo ; la flore intestinale s’est aussi modifiée. En 2025, une étude ouverte, c’est-à-dire sans groupe placebo, a suivi 1 585 patients qui ont pris de l’huile essentielle de palmarosa, riche en géraniol, fixée sur de la poudre de gingembre : leurs symptômes ont nettement reculé. Faute de groupe témoin, ce second résultat demande à être confirmé.
IV. Précautions
La précaution la mieux documentée concerne la peau. Pur, le géraniol est un allergène faible. Mais au contact de l’air, il s’oxyde et forme d’autres substances, deux aldéhydes, le géranial et le néral, ainsi qu’un hydroperoxyde, qui rendent la peau nettement plus sensible. Chez la souris, le géraniol oxydé est devenu un allergène de force moyenne. En Suède, sur 1 476 patients testés, le géraniol pur a déclenché une réaction chez 1 % d’entre eux, et le géraniol oxydé chez 3 à 8 % selon la concentration ; la plupart des patients ne réagissaient qu’à la forme oxydée. Une huile riche en géraniol, comme celle de palmarosa, se garde donc bien fermée, à l’abri de l’air, et se dilue avant d’être appliquée.
Pour la prise par la bouche, les données humaines se limitent aux essais cités, qui portent sur des compléments dosés et de courte durée. Les résumés consultés ne disent rien de l’enfant ni de la femme enceinte : par prudence, on ne donnera pas d’huile essentielle concentrée à un enfant, et une femme enceinte ou une personne sous traitement demandera conseil. Ces précautions visent l’huile concentrée, et non les plantes qui contiennent du géraniol parmi bien d’autres substances.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 17 fiches qui citent la Géraniol sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Apiacées — Carotte, Coriandre cultivée.
Astéracées — Hélichryse italienne.
Caprifoliacées — Chèvrefeuille des alpes.
Crassulacées — Rhodiola.
Lamiacées — Galéopsis tétrahit, Menthe-chat (cataire), Mélisse officinale, Sauge sclarée, Thym serpolet.
Malvacées — Tilleul argenté, Tilleul à grandes feuilles, Tilleul à petites feuilles.
Primulacées — Cyclamen d’europe.
Tropaeolacées — Capucine.
Verbénacées — Lantana, Verveine citronnée.
Sources
- Wikidata, entrée Q410836 « geraniol » (formule brute C10H18O, identifiant PubChem 637566, numéro CAS 106-24-1) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée (isomère E). Le nérol, isomère Z, correspond à l’entrée Q415359.
- Mączka W., Wińska K., Grabarczyk M., « One Hundred Faces of Geraniol », Molecules, 2020, 25(14), 3303. PMID 32708169.
- Magnard J.L., Roccia A., Caissard J.C., Vergne P. et coll., « Biosynthesis of monoterpene scent compounds in roses », Science, 2015, 349(6243), 81-83. PMID 26138978.
- Hallahan D.L., West J.M., « Cytochrome P-450 in plant/insect interactions: geraniol 10-hydroxylase and the biosynthesis of iridoid monoterpenoids », Drug Metabolism and Drug Interactions, 1995, 12(3-4), 369-382. PMID 8820862.
- Williams I.H., Pickett J.A., Martin A.P., « The Nasonov pheromone of the honeybee Apis mellifera L. (Hymenoptera, Apidae). Part II. Bioassay of the components using foragers », Journal of Chemical Ecology, 1981, 7(2), 225-237. PMID 24420468.
- Pavan B., Dalpiaz A., Marani L., Beggiato S. et coll., « Geraniol Pharmacokinetics, Bioavailability and Its Multiple Effects on the Liver Antioxidant and Xenobiotic-Metabolizing Enzymes », Frontiers in Pharmacology, 2018, 9, 18. PMID 29422862.
- Ricci C., Rizzello F., Valerii M.C., Spisni E. et coll., « Geraniol Treatment for Irritable Bowel Syndrome: A Double-Blind Randomized Clinical Trial », Nutrients, 2022, 14(19), 4208. PMID 36235860.
- Ricci C., Saracino I.M., Valerii M.C., Spigarelli R. et coll., « Very-Low-Absorbable Geraniol for the Treatment of Irritable Bowel Syndrome: A « Real-World » Open-Label Study on 1585 Patients », Nutrients, 2025, 17(2), 328. PMID 39861460.
- Hagvall L., Bäcktorp C., Svensson S., Nyman G. et coll., « Fragrance compound geraniol forms contact allergens on air exposure. Identification and quantification of oxidation products and effect on skin sensitization », Chemical Research in Toxicology, 2007, 20(5), 807-814. PMID 17428070.
- Hagvall L., Bruze M., Engfeldt M., Isaksson M. et coll., « Contact allergy to oxidized geraniol among Swedish dermatitis patients — A multicentre study by the Swedish Contact Dermatitis Research Group », Contact Dermatitis, 2018, 79(4), 232-238. PMID 29926925.








