Le Prince du Lac

Saponines triterpéniques

Molécule · Phytochimie

Les saponines triterpéniques forment l’un des deux grands groupes de saponines, ces substances végétales qui font mousser l’eau. Chacune associe un squelette de triterpène, à trente atomes de carbone, à une ou plusieurs chaînes de sucres. La page générale des saponines explique ce qu’elles ont en commun avec l’autre groupe, les saponines stéroïdiques ; celle-ci s’attache à ce qui leur est propre. Deux molécules connues y sont rattachées : la glycyrrhizine de la réglisse et l’escine du marronnier d’Inde. Sur ce site, elles sont citées dans 126 fiches de plantes, en premier lieu chez les Caryophyllacées, la famille de la saponaire et des stellaires, puis chez les Primulacées.

I. Ce qui les rassemble

Une revue de 2007, qui a classé toutes les saponines d’après leur squelette, distingue plusieurs familles de charpentes triterpéniques, parmi lesquelles les dammaranes, les lupanes, les oléananes et les ursanes. La charpente de type oléanane, à cinq cycles, est la plus répandue : on la trouve dans la plupart des ordres du règne végétal. L’acide oléanolique, qui a sa page, en fait partie. Les sucres s’y fixent le plus souvent en un ou deux points du squelette.

Une étude de 2008 a éclairci la fabrication de la glycyrrhizine. La réglisse partirait de la β-amyrine, le tout premier produit obtenu quand la plante replie en cycles la chaîne de trente carbones ; des enzymes l’oxyderaient ensuite en deux points, avant que des sucres ne soient accrochés sur un troisième. Les chercheurs ont identifié l’enzyme de la première oxydation : elle n’est active que dans les racines et les stolons, les tiges souterraines rampantes, et pas dans les feuilles ni les tiges aériennes, ce qui correspond à l’endroit où la plante accumule la glycyrrhizine.

Les ginsénosides du ginseng illustrent la variété du groupe. Une revue de 2021 les décrit comme des triterpènes chargés de sucres, répartis en quatre types, dont un de type oléanane. Ils s’accumulent dans les racines, les tiges, les feuilles et les fleurs, et leur composition change d’une espèce de ginseng à l’autre, et d’un organe à l’autre dans une même plante. L’escine, enfin, est selon une revue de 2023 une saponine de type oléanane extraite des graines du marronnier d’Inde.

II. Leur rôle dans la plante

Comme les autres saponines, les saponines triterpéniques font partie des défenses que la plante fabrique d’avance contre les champignons et les insectes ; la page générale des saponines en donne deux exemples, l’avoine et la barbarée. Les études citées ici montrent surtout que chaque plante les range dans des organes précis : les parties souterraines de la réglisse, les racines et les fleurs de la primevère officinale, les graines du marronnier d’Inde, et presque tous les organes du ginseng.

III. Ce que l’on sait chez l’être humain

La glycyrrhizine a un goût sucré et sert d’édulcorant naturel dans le monde entier. Les saponines des racines et des fleurs de la primevère officinale sont employées aujourd’hui en phytothérapie contre la bronchite et les rhumes, pour leur effet expectorant, c’est-à-dire qui aide à rejeter les sécrétions des bronches, selon une étude de 2017 qui rappelle aussi les usages de cette plante depuis le Moyen Âge. Cette étude porte sur la chimie de la plante et ne présente pas d’essai clinique.

Le marronnier d’Inde a fait l’objet d’une évaluation clinique plus poussée. Une revue Cochrane de 2012 a réuni les essais d’un extrait de ses graines, pris par la bouche, dans l’insuffisance veineuse chronique des jambes. Six essais contrôlés sur sept rapportent une baisse de la douleur des jambes par rapport au placebo, et six essais portant sur 502 personnes montrent une diminution du volume de la jambe d’environ 32 ml. Un essai suggère une efficacité comparable à celle des bas de contention. Les effets indésirables étaient en général légers et peu fréquents. Les auteurs concluent à un traitement efficace et sûr à court terme, tout en demandant des essais plus grands pour le confirmer.

Prises par la bouche, ces saponines passent pourtant mal dans le sang. Une revue de 2012 l’explique par leur grande taille et leurs nombreux sucres, qui les empêchent de traverser la paroi de l’intestin, et par leur rejet rapide dans la bile. Les bactéries du côlon peuvent leur retirer leurs sucres ; les squelettes ainsi libérés sont, après absorption, transformés par l’organisme.

IV. Précautions

La glycyrrhizine est la saponine triterpénique dont les effets indésirables sont les mieux connus. Une revue de 2023, fondée sur 104 observations publiées, rappelle que la consommation prolongée de grandes quantités de réglisse provoque un état qui imite un excès d’aldostérone, une hormone qui règle le sel et le potassium : la tension monte et le potassium du sang baisse. Ces troubles sont le plus souvent modérés, mais peuvent se compliquer de troubles du rythme du cœur, de paralysies musculaires, voire d’un coma. Une revue de 2026 précise que cet état est dû au blocage d’une enzyme, la 11β-HSD2. Elle souligne que la sensibilité varie beaucoup d’une personne à l’autre, en partie selon les bactéries intestinales, dont certaines transforment la glycyrrhizine en un dérivé que le foie élimine mal. Une revue de 2017 conseille la prudence pendant la grossesse ; elle cite l’âge avancé et le sexe féminin parmi les facteurs de risque, ce que la revue de 2023 ne confirme pas.

Prise de façon répétée, la glycyrrhizine semble aussi augmenter, chez l’animal comme chez l’être humain, l’activité d’une enzyme de détoxication appelée CYP3A, selon la revue de 2012. Une personne sous traitement, ou dont la tension est élevée, a donc intérêt à en parler à son médecin avant de consommer régulièrement de la réglisse ou un extrait concentré.

Les plantes du site qui en contiennent

Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.

Les 126 fiches qui citent les saponines triterpéniques sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.

Amaranthacées — Chénopode blanc, Chénopode bon-henri.

Apiacées — Astrance majeure, Buplèvre à feuilles rondes, Eryngium champêtre, Eryngium maritime, Sanicle d’europe.

Apocynacées — Dompte-venin noir.

Aquifoliacées — Houx commun.

Araliacées — Éleuthérocoque, Ginseng, Lierre d’algérie, Lierre d’irlande, Lierre grimpant.

Asclépiadacées — Gymnema.

Astéracées — Grindélia, Souci des champs, Souci officinal.

Brassicacées — Barbarée commune, Cresson de fontaine.

Campanulacées — Campanule à feuilles larges, Campanule des alpes, Campanule des murailles, Raiponce des alpes, Raiponce en épi, Raiponce hémisphérique, Raiponce orbiculaire.

Caprifoliacées — Chèvrefeuille des alpes, Chèvrefeuille des haies, Chèvrefeuille des jardins.

Caryophyllacées — Alsine intermédiaire, Céraiste aquatique, Céraiste commun, Céraiste glomérulé, Céraiste tomenteux, Gypsophile des murailles, Gypsophile paniculée, Lychnis fleur-de-coucou, Lychnis visqueuse, Minuartie printanière, Moehringie à trois nervures, Sabline des champs, Sabline des montagnes, Sagine couchée, Sagine nodulaire, Saponaire des rochers, Saponaire officinale, Silène blanc, Silène dioïque, Silène maritime, Spergulaire rouge, Stellaire graminée, Stellaire holostée, Œillet des chartreux, Œillet prolifère.

Combrétacées — Arjuna.

Cucurbitacées — Jiaogulan.

Dipsacacées — Cardère sauvage, Cardère velue.

Fabacées — Anthyllide vulnéraire, Astragale, Desmodium, Févier d’amérique, Galéga officinal, Lotier corniculé, Luzerne cultivée, Mélilot officinal.

Lamiacées — Calament à grandes fleurs, Lamier jaune, Lamier maculé, Orthosiphon, Thym commun.

Plantaginacées — Bacopa, Véronique de perse, Véronique officinale, Véronique petit-chêne.

Poacées — Panic pied-de-coq, Panicaut sanguin.

Polygalacées — Polygale amère, Polygale à toupet, Polygale de montpellier, Polygale des alpes, Polygale du calcaire, Polygale du jura, Polygale vulgaire.

Polypodiacées — Polypode intermédiaire.

Primulacées — Androsace septentrionale, Cyclamen de naples, Cyclamen d’europe, Glaux maritime, Hottonie des marais, Lysimaque commune, Lysimaque nummulaire, Lysimaque ponctuée, Mouron bleu, Mouron rouge, Primevère auricule, Samole de valerand, Trientale d’europe.

Renonculacées — Anémone des bois, Anémone hépatique, Anémone pulsatille, Caltha des marais, Ficaire printanière, Renoncule âcre, Renoncule bulbeuse, Renoncule rampante, Trollius d’europe.

Rhamnacées — Épine du christ, Jujubier.

Rosacées — Alchemille des alpes, Grande pimprenelle.

Rubiacées — Gaillet croisette.

Sapindacées — Marron d’inde.

Scrofulariacées — Bouillon blanc, Molène à fleurs denses, Molène blattaire, Molène d’orient, Molène lychnite, Molène noire, Molène royale, Scrofulaire aquatique, Scrofulaire des chiens, Scrofulaire noueuse.

Violacées — Violette hérissée, Violette odorante.

Sources

  • Vincken J.P., Heng L., de Groot A., Gruppen H., « Saponins, classification and occurrence in the plant kingdom », Phytochemistry, 2007, 68(3), 275-297. PMID 17141815.
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  • Yu K., Chen F., Li C., « Absorption, disposition, and pharmacokinetics of saponins from Chinese medicinal herbs: what do we know and what do we need to know more? », Current Drug Metabolism, 2012, 13(5), 577-598. PMID 22292787.
  • Ceccuzzi G., Rapino A., Perna B., Costanzini A., Farinelli A. et coll., « Liquorice Toxicity: A Comprehensive Narrative Review », Nutrients, 2023, 15(18), 3866. PMID 37764649.
  • Yoshino T., Makino T., « Clinical risk factors of licorice-induced pseudohyperaldosteronism: a 2026-updated narrative review », Frontiers in Pharmacology, 2026, 17, 1840515. PMID 42292819.
  • Nazari S., Rameshrad M., Hosseinzadeh H., « Toxicological Effects of Glycyrrhiza glabra (Licorice): A Review », Phytotherapy Research, 2017, 31(11), 1635-1650. PMID 28833680.
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