Flavanones
Les flavanones forment l’une des sous-familles des flavonoïdes, eux-mêmes rangés parmi les polyphénols. On les connaît surtout par les agrumes, dont les plus abondantes sont l’hespéridine et la naringine ; on leur rattache ici ces deux molécules et la naringénine. Pour la plante, ce sont aussi des carrefours de fabrication d’où partent d’autres flavonoïdes. Sur ce site, elles sont citées dans 24 fiches de plantes, par exemple chez des Lamiacées comme le thym, l’origan, l’hysope ou la sarriette, chez les molènes et chez le citronnier.
I. Ce qui les rassemble
Les flavanones ont le squelette commun à tous les flavonoïdes : deux cycles aromatiques reliés par un cycle central qui contient un atome d’oxygène. Leur particularité tient à ce cycle central, qui porte une fonction cétone en position 4 mais pas de double liaison entre les carbones 2 et 3. C’est ce qui les distingue des flavones. La naringénine (C15H12O5) le montre bien : elle ne diffère de l’apigénine (C15H10O5) que par ces deux atomes d’hydrogène, qui prennent la place de la double liaison. Du même coup, le carbone 2 devient un centre asymétrique.
Les deux flavanones les plus abondantes des agrumes sont des glycosides, c’est-à-dire des molécules attachées à un sucre : l’hespéridine et la naringine portent chacune un sucre double. En perdant ce sucre, l’hespéridine donne l’hespérétine et la naringine donne la naringénine, que l’on appelle leurs aglycones, c’est-à-dire leurs formes sans sucre.
II. Leur rôle dans la plante
Une revue de 2021 consacrée au réseau de fabrication des flavonoïdes range les flavanones parmi les quatre intermédiaires clés de ce réseau, à côté des chalcones, des dihydroflavonols et des leucoanthocyanidines. La plante les utilise donc comme matière première pour construire d’autres branches de la famille.
Certaines flavanones sont aussi des armes. Le riz fabrique, lorsqu’il est agressé, une phytoalexine, c’est-à-dire une substance de défense produite à la demande : la sakuranétine. Selon une étude de 2012, sa production est déclenchée par les ultraviolets, par l’acide jasmonique, une hormone de défense, ou par une infection. La sakuranétine est fabriquée à partir de la naringénine, à laquelle une enzyme ajoute un groupe méthyle ; les auteurs y voient un antibiotique végétal qui participe à la résistance du riz aux maladies.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Une revue de 2019 montre que l’hespéridine et la naringine sont transformées par les bactéries de l’intestin, surtout au début du côlon : ces bactéries leur retirent leur sucre, libérant l’hespérétine et la naringénine, puis les découpent en composés phénoliques plus petits. Une revue de 97 études d’absorption chez l’adulte classe néanmoins les flavanones parmi les polyphénols relativement bien absorbés, derrière l’acide gallique, les isoflavones et les catéchines.
Les études d’observation, qui suivent de grandes populations en notant leur alimentation, apportent quelques indices. Une méta-analyse de 2022, sur dix cohortes et près de 390 000 personnes, associe une consommation élevée de flavanones à un risque d’accident vasculaire cérébral plus faible de 15 % ; chaque apport supplémentaire de 50 mg par jour correspond à une baisse de 11 %. Ces études décrivent une association, sans prouver la cause.
Les essais sur l’hespéridine isolée, prise en complément, ne concordent pas tous. Une méta-analyse de 2025 conclut qu’elle abaisse la glycémie à jeun, les triglycérides, le cholestérol total et le LDL, ainsi que la pression systolique, surtout au-delà de 500 mg par jour et de douze semaines de prise. Une méta-analyse de 2020, qui ne rassemblait que six essais et 318 participants, n’avait trouvé aucun effet sur la glycémie. La question reste donc ouverte.
IV. Précautions
Consommées dans les fruits et les plantes, les flavanones font partie de l’alimentation de toujours. Un point pratique mérite toutefois d’être connu : le jus de pamplemousse augmente la concentration dans le sang de nombreux médicaments, en freinant une enzyme de la paroi de l’intestin qui, d’ordinaire, en dégrade une partie avant leur passage dans le sang. Une revue de 1998 attribue cet effet surtout aux furocoumarines du pamplemousse, la naringénine pouvant y contribuer. Une étude de 2006 a mesuré des teneurs en naringine qui variaient de 1 à près de 9 selon les jus. Une personne sous traitement doit vérifier auprès de son médecin ou de son pharmacien si le pamplemousse lui est déconseillé, et en parler aussi avant tout complément concentré d’agrumes.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 24 fiches qui citent les flavanones sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Asparagacées — Fragon petit-houx.
Astéracées — Hélichryse italienne.
Bignoniacées — Lapacho.
Brassicacées — Bourse-à-pasteur.
Burséracées — Guggul.
Cannabacées — Houblon.
Lamiacées — Hysope officinale, Origan commun, Sarriette des jardins, Thym commun.
Malvacées — Tilleul à grandes feuilles.
Pinacées — Pin maritime.
Polygonacées — Renouée liseron.
Polypodiacées — Polypode commun.
Ptéridacées — Capillaire de montpellier.
Rosacées — Pêcher.
Rutacées — Citronnier, Poncire (oranger trifolié).
Salicacées — Saule blanc.
Scrofulariacées — Bouillon blanc, Molène lychnite, Molène royale, Scrofulaire noueuse.
Solanacées — Tomate.
Sources
- Wikidata, entrées Q3073451 « flavanone », Q418374 « naringenin », Q385937 « hesperidin », Q418469 « naringin » et Q424567 « apigenin » ; structures comparées avec RDKit (absence de double liaison 2-3, sucres portés par l’hespéridine et la naringine).
- Liu W., Feng Y., Yu S., Fan Z. et coll., « The Flavonoid Biosynthesis Network in Plants », International Journal of Molecular Sciences, 2021, 22(23), 12824. PMID 34884627.
- Shimizu T., Lin F., Hasegawa M., Nojiri H. et coll., « The potential bioproduction of the pharmaceutical agent sakuranetin, a flavonoid phytoalexin in rice », Bioengineered, 2012, 3(6), 352-357. PMID 22895058.
- Stevens Y., Rymenant E.V., Grootaert C., Camp J.V. et coll., « The Intestinal Fate of Citrus Flavanones and Their Effects on Gastrointestinal Health », Nutrients, 2019, 11(7), 1464. PMID 31252646.
- Manach C., Williamson G., Morand C., Scalbert A. et coll., « Bioavailability and bioefficacy of polyphenols in humans. I. Review of 97 bioavailability studies », American Journal of Clinical Nutrition, 2005, 81(1 Suppl), 230S-242S. PMID 15640486.
- Li X.Q., Wang C., Yang T., Fan Z.K. et coll., « A meta-analysis of prospective cohort studies of flavonoid subclasses and stroke risk », Phytotherapy Research, 2022, 36(3), 1103-1114. PMID 35023220.
- Heidari Z., Farahmandpour F., Bazyar H., Pashayee-Khamene F., « Effects of Hesperidin Supplementation on Cardiometabolic Markers: A Systematic Review and Meta-analysis of Randomized Controlled Trials », Nutrition Reviews, 2025, 83(3), e1014-e1033. PMID 39038797.
- Shams-Rad S., Mohammadi M., Ramezani-Jolfaie N., Zarei S. et coll., « Hesperidin supplementation has no effect on blood glucose control: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled clinical trials », British Journal of Clinical Pharmacology, 2020, 86(1), 13-22. PMID 31489695.
- Fuhr U., « Drug interactions with grapefruit juice. Extent, probable mechanism and clinical relevance », Drug Safety, 1998, 18(4), 251-272. PMID 9565737.
- De Castro W.V., Mertens-Talcott S., Rubner A., Butterweck V. et coll., « Variation of flavonoids and furanocoumarins in grapefruit juices: a potential source of variability in grapefruit juice-drug interaction studies », Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2006, 54(1), 249-255. PMID 16390207.








