Colchicine

La colchicine est l’alcaloïde du colchique d’automne ; on la tire aussi d’une autre plante, Gloriosa superba. Elle se range un peu à part dans la grande famille des alcaloïdes, parmi les « proto-alcaloïdes », parce que son atome d’azote n’est pas pris dans un cycle. C’est un médicament très ancien de la goutte, qui a trouvé récemment de nouveaux usages, et c’est aussi un poison redoutable : les intoxications par le colchique sont souvent mortelles. Sur ce site, elle est citée dans 2 fiches de plantes ; le colchique d’automne en est la source, et deux des autres plantes citées, l’ail des ours et le safran, sont celles avec lesquelles on le confond.
I. Sa formule
Sa formule brute est C22H25NO6, pour une masse molaire de 399,44 g/mol. La molécule compte trois cycles. Le premier est un noyau benzénique qui porte trois groupes méthoxy (–OCH3). Le deuxième est un cycle de sept atomes de carbone, sur lequel est accroché l’atome d’azote, au sein d’un groupe acétamide, c’est-à-dire lié à un petit groupe acétyle. Le troisième, le plus original, est un autre cycle de sept atomes appelé tropolone, qui porte une fonction cétone (un oxygène lié par une double liaison) et un quatrième groupe méthoxy. Ce cycle tropolone fait partie de ce que les pharmacologues appellent le pharmacophore, la partie de la molécule responsable de son action.
La molécule possède un carbone asymétrique, celui qui porte l’azote, d’orientation (S) dans la colchicine naturelle. La formule dessinée sur cette page a été tracée par ordinateur à partir de la description officielle de la molécule, et non dessinée à la main : chaque liaison y est exacte.
II. Comment la plante la fabrique
La façon dont les plantes fabriquent la colchicine n’a été presque entièrement élucidée qu’en 2020. Cette année-là, une équipe a identifié huit gènes de Gloriosa superba qui interviennent dans sa fabrication, sans disposer au départ ni du génome de la plante ni d’outils génétiques adaptés. Elle a découvert en particulier une enzyme inhabituelle, qui agrandit un cycle de la molécule pour former le cycle tropolone. En réunissant seize enzymes dans une plante de laboratoire, Nicotiana benthamiana, les chercheurs ont reconstitué la chaîne qui mène, à partir de deux acides aminés, la phénylalanine et la tyrosine, jusqu’à un proche précurseur de la colchicine.
Nous n’avons pas trouvé d’étude qui établisse à quoi la colchicine sert au colchique lui-même. On sait en revanche qu’elle agit aussi sur les cellules végétales : elle empêche la formation du fuseau qui sépare les chromosomes lors de la division cellulaire. Les sélectionneurs de plantes s’en servent pour doubler le nombre de chromosomes d’une espèce, ce qui peut modifier son aspect, son fonctionnement et sa teneur en substances actives.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
La colchicine se fixe sur la tubuline, la protéine qui forme les microtubules, ces fins tubes qui servent de charpente et de rails à l’intérieur des cellules. Elle désorganise ce réseau et bloque la division des cellules. C’est un anti-inflammatoire, employé surtout dans la goutte et dans une maladie héréditaire, la fièvre méditerranéenne familiale. Les doses usuelles sont de l’ordre du milligramme : 1,2 mg par jour dans la crise de goutte, 1,2 à 2,4 mg par jour dans la fièvre méditerranéenne.
Son usage s’étend désormais au cœur. Une méta-analyse de 2025, réunissant six essais et 21 800 patients atteints d’une maladie des artères, trouve que la colchicine, prise chaque jour pendant un à trois ans, réduit d’un quart le risque d’accident cardiovasculaire majeur, grâce à moins d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux par obstruction d’une artère et de gestes d’urgence sur les artères du cœur, sans différence de sécurité avec le placebo.
IV. Précautions
La colchicine a une marge de sécurité très étroite : il n’existe pas de frontière nette entre dose efficace, dose toxique et dose mortelle. Les plus faibles doses mortelles rapportées vont de 7 à 26 mg, soit quelques jours de traitement pris en une fois, et la mortalité devient élevée au-delà de 0,5 mg par kilo. Certains médicaments, comme l’antibiotique clarithromycine, et le jus de pamplemousse augmentent sa concentration dans le sang : dans une étude rétrospective, neuf des 88 patients qui avaient reçu en même temps colchicine et clarithromycine sont morts, surtout quand leurs reins fonctionnaient mal. L’intoxication commence par une diarrhée et des vomissements, puis atteint plusieurs organes, dont la moelle osseuse et le cœur. Selon la revue de 2010, aucun antidote n’est disponible dans le commerce.
Le colchique ne doit jamais être employé en automédication. Le danger vient surtout d’une confusion bien documentée : au printemps, ses feuilles sont cueillies à la place de celles de l’ail des ours, qui pousse dans les mêmes lieux et leur ressemble. À Ljubljana, seize adultes ont été hospitalisés en vingt ans pour cette raison, et quatre sont morts. Les auteurs ont recensé dans la littérature cinquante-huit autres cas, dont 95 % par confusion avec l’ail des ours ; sur l’ensemble, plus d’un tiers des personnes intoxiquées sont mortes. En Autriche, le centre antipoison a reçu 174 appels pour une ingestion suspectée de colchique en dix-sept ans, dont 113 concernaient des enfants de moins de quinze ans. Le colchique est aussi souvent confondu avec le crocus du safran ; une analyse du safran, de ses fleurs et de ses bulbes n’y a trouvé aucune trace de colchicine.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 2 fiches qui citent la Colchicine sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Colchicacées — Colchique d’automne.
Papavéracées — Chélidoine.
Sources
- Wikidata, entrée Q326224 « (S)-(−)-colchicine » (C22H25NO6, identifiant PubChem 6167, numéro CAS 64-86-8) ; formule développée et masse molaire calculées avec RDKit à partir de la structure publiée.
- Nett R.S., Lau W., Sattely E.S., « Discovery and engineering of colchicine alkaloid biosynthesis », Nature, 2020, 584(7819), 148-153. PMID 32699417.
- Mykhailenko O., Ivanauskas L., Bezruk I., Marksa M., Borodina O. et coll., « Effective and simple approach for colchicine determination in saffron parts », Food Chemistry, 2022, 368, 130862. PMID 34428690.
- Singh B., Yun S., Gil Y., Park M.H., « The Role of Colchicine in Plant Breeding », International Journal of Molecular Sciences, 2025, 26(14), 6743. PMID 40724993.
- Finkelstein Y., Aks S.E., Hutson J.R., Juurlink D.N., Nguyen P. et coll., « Colchicine poisoning: the dark side of an ancient drug », Clinical Toxicology, 2010, 48(5), 407-414. PMID 20586571.
- Samuel M., Berry C., Dubé M.P., Koenig W., López-Sendón J. et coll., « Long-term trials of colchicine for secondary prevention of vascular events: a meta-analysis », European Heart Journal, 2025, 46(26), 2552-2563. PMID 40314333.
- Hung I.F., Wu A.K., Cheng V.C., Tang B.S., To K.W. et coll., « Fatal interaction between clarithromycin and colchicine in patients with renal insufficiency: a retrospective study », Clinical Infectious Diseases, 2005, 41(3), 291-300. PMID 16007523.
- Razinger G., Kozelj G., Gorjup V., Grenc D., Brvar M., « Accidental poisoning with autumn crocus (Colchicum autumnale): a case series », Clinical Toxicology, 2021, 59(6), 493-499. PMID 33156711.
- Arif T., Bicker W., Pöchacker S., Kögler A., Gangl C. et coll., « Colchicum autumnale intoxications: experience of the Poisons Information Centre, Austria 2002-2018 », Clinical Toxicology, 2023, 61(9), 687-692. PMID 37917169.
- Rousseau G., Clément J., Fezard J.B., Laribi S., « Colchicum poisoning by confusion with wild garlic (Allium ursinum) » (article en français, titre traduit par PubMed), La Revue de médecine interne, 2022, 43(9), 559-561. PMID 35597736.








