Valépotriates
Les valépotriates sont des iridoïdes caractéristiques de la famille de la valériane. Ils se distinguent des autres iridoïdes par leur construction chimique, qui les rend à la fois très actifs et très fragiles. Le valtrate, l’un des principaux, est rattaché à cette page. Dans les années 1980, on les tenait pour les principaux responsables de l’effet apaisant des racines de valériane. Sur ce site, ils sont cités dans 8 fiches de plantes, toutes de la famille des Valérianacées : valérianes, centranthe rouge et mâches.
I. Ce qui les rassemble
Une étude de 1985 décrit les valépotriates comme des triesters porteurs d’un époxyde, bâtis sur un squelette d’iridoïde. Un ester est l’assemblage d’un acide et d’un alcool : ici, trois acides sont accrochés au squelette, parmi lesquels l’acide isovalérianique. Un époxyde est un minuscule cycle de trois atomes, dont un oxygène, très tendu et donc très réactif. Les auteurs les ont isolés des racines de plusieurs Valérianacées et citent le valtrate, l’isovaltrate et le dihydrovaltrate.
On distingue deux types. Les valépotriates dits « diènes », comme le valtrate, l’isovaltrate et l’acévaltrate, portent deux doubles liaisons dans leur squelette ; les « monoènes », comme le didrovaltrate, n’en portent qu’une. Cette différence compte, car les premiers sont plus toxiques pour les cellules, comme on le verra plus bas.
Leur trait le plus marquant est leur instabilité. Une étude de 2012 les décrit comme sensibles à la chaleur et instables : même sans se décomposer tout à fait, ils perdent peu à peu leurs acides et se transforment les uns en les autres pendant la conservation. En se dégradant, le valtrate et l’isovaltrate donnent le baldrinal et l’homobaldrinal, alors que le dihydrovaltrate ne forme pas ce genre de produits.
II. Leur place dans la plante
Les études consultées décrivent les valépotriates dans les organes souterrains, racines et rhizomes, que l’on emploie en phytothérapie. Une étude de 1998 les a dosés dans des teintures préparées avec les parties souterraines de trois valérianes médicinales : la valériane officinale, Valeriana wallichii et Valeriana edulis. On les trouve aussi dans les racines du centranthe rouge : en 2018, une équipe en a purifié deux, le valtrate et le 7-homovaltrate, pour disposer de références de laboratoire. Elle les décrit comme des substances controversées, encadrées par la réglementation des compléments alimentaires à base de plantes.
Leur rôle pour la plante elle-même n’est pas établi. Une recherche dans la base PubMed ne fait apparaître aucune étude qui l’ait examiné directement. D’autres iridoïdes servent à la défense des plantes, mais on ne peut pas en conclure qu’il en va de même pour les valépotriates sans l’avoir vérifié.
III. Ce que l’on sait chez l’être humain
Les données sur les valépotriates chez l’être humain sont rares. En 2002, un petit essai a réparti trente-six personnes souffrant d’anxiété généralisée en trois groupes : extrait de valériane apportant en moyenne 81 mg de valépotriates par jour, diazépam ou placebo, pendant quatre semaines. Sur le critère principal, les trois groupes ne différaient pas, probablement, selon les auteurs, en raison de leur petite taille. Seuls les groupes valépotriates et diazépam ont vu diminuer la part psychique de l’anxiété. Les auteurs présentent ces résultats comme préliminaires.
La valériane elle-même a fait l’objet de nombreux essais. Une méta-analyse de 2020, qui a réuni soixante études, explique leurs résultats contradictoires par la qualité très variable des extraits, suggère que la racine entière donne des effets plus réguliers, et ne relève aucun effet indésirable grave entre 7 et 80 ans. Elle souligne l’instabilité de certains constituants et invite à revoir le contrôle de qualité et la durée de conservation des produits. La part des valépotriates dans l’effet de la valériane reste difficile à établir : en 2001, l’analyse de trente et une préparations vendues en Australie n’en a retrouvé qu’en faible quantité dans quelques préparations de plante sèche, et dans aucun comprimé, gélule ou extrait liquide.
IV. Précautions
Au laboratoire, les valépotriates sont des molécules réactives. L’étude de 1985 montre qu’ils ont un fort pouvoir alkylant, c’est-à-dire une grande capacité à se greffer sur d’autres molécules. Ils ne provoquent des mutations chez des bactéries que lorsqu’on ajoute un extrait d’enzymes de foie, dont certaines, les estérases, détachent leurs acides. Une étude de 1986 trouve que le baldrinal et l’homobaldrinal, leurs produits de dégradation, sont mutagènes chez les bactéries même sans ces enzymes. Sur des cellules cancéreuses humaines en culture, les valépotriates diènes se sont montrés toxiques à faible concentration ; les monoènes l’étaient deux à trois fois moins, les baldrinals dix à trente fois moins. Dans des teintures fraîches de valériane, la toxicité pour les cellules suivait la teneur en valépotriates, et elle diminuait nettement après conservation, à mesure que ceux-ci se décomposaient.
Chez l’animal, par la bouche, les études disponibles sont plus rassurantes. Chez la rate gestante, une étude de 1994 conclut que des valépotriates donnés par la bouche pendant trente jours étaient sans danger pour les mères et les petits, alors que l’injection dans l’abdomen provoquait quelques anomalies ; un retard d’ossification a toutefois été noté aux doses les plus fortes, sans que le résumé précise la voie d’administration. Chez la souris, une fraction riche en valépotriates s’est montrée peu toxique en une seule prise, et sans toxicité évidente pendant vingt-huit jours jusqu’à 300 mg par kilo, dose qui a seulement ralenti un temps la prise de poids, sans doute par un effet sédatif. Aucune de ces études ne porte sur l’être humain.
Les plantes du site qui en contiennent
Cette liste reprend les fiches du site qui citent ce composé dans la composition de la plante. Si le texte ci-dessus contredit l’une d’elles, c’est lui qui fait foi : la fiche sera revue.
Les 8 fiches qui citent les valépotriates sont rangées ci-dessous par famille. Chaque nom mène à la fiche de la plante.
Valérianacées — Centranthe rouge, Mâche à épi, Mâche à fruits hérissés, Mâche à fruits lisses, Mâche à fruits sillonnés, Valériane dioïque, Valériane officinale, Valériane triptère.
Sources
- von der Hude W., Scheutwinkel-Reich M., Braun R., Dittmar W., « In vitro mutagenicity of valepotriates », Archives of Toxicology, 1985, 56(4), 267-271. PMID 3994511.
- von der Hude W., Scheutwinkel-Reich M., Braun R., « Bacterial mutagenicity of the tranquilizing constituents of Valerianaceae roots », Mutation Research, 1986, 169(1-2), 23-27. PMID 3511364.
- Müller L.G., de Andrade Salles L., Sakamoto S., Stein A.C., Cargnin S.T. et coll., « Effect of storage time and conditions on the diene valepotriates content of the extract of Valeriana glechomifolia obtained by supercritical carbon dioxide », Phytochemical Analysis, 2012, 23(3), 222-227. PMID 21953720.
- Bos R., Hendriks H., Scheffer J.J., Woerdenbag H.J., « Cytotoxic potential of valerian constituents and valerian tinctures », Phytomedicine, 1998, 5(3), 219-225. PMID 23195845.
- Clément Chami M., Bouju E., Lequemener C., de Vaumas R., Hadji-Minaglou F. et coll., « Purification of two valepotriates from Centranthus ruber by centrifugal partition chromatography: From analytical to preparative scale », Journal of Chromatography A, 2018, 1580, 126-133. PMID 30401539.
- Andreatini R., Sartori V.A., Seabra M. de L., Leite J.R., « Effect of valepotriates (valerian extract) in generalized anxiety disorder: a randomized placebo-controlled pilot study », Phytotherapy Research, 2002, 16(7), 650-654. PMID 12410546.
- Shinjyo N., Waddell G., Green J., « Valerian Root in Treating Sleep Problems and Associated Disorders-A Systematic Review and Meta-Analysis », Journal of Evidence-Based Integrative Medicine, 2020, 25, 2515690X20967323. PMID 33086877.
- Shohet D., Wills R.B., Stuart D.L., « Valepotriates and valerenic acids in commercial preparations of valerian available in Australia », Die Pharmazie, 2001, 56(11), 860-863. PMID 11817170.
- Tufik S., Fujita K., Seabra M. de L., Lobo L.L., « Effects of a prolonged administration of valepotriates in rats on the mothers and their offspring », Journal of Ethnopharmacology, 1994, 41(1-2), 39-44. PMID 8170157.
- de Almeida T.M., von Poser G.L., Müller L.G., Pereira P.R., Cassel E. et coll., « Oral Acute and Repeated-Doses Toxicity Study of Valepotriates from Valeriana glechomifolia (Meyer) in Mice », Current Drug Discovery Technologies, 2019, 16(1), 96-103. PMID 29962347.








